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Lorsque cette collégienne disparaît après les cours un soir de décembre 1987, un vif émoi s’empare de la région d’Auxerre (Yonne). Mais les recherches sont rapidement abandonnées, et l’enquête jetée aux oubliettes. Des années plus tard, ce dossier ressurgit dans les investigations sur deux tueurs en série. Crime story raconte cette affaire dans un podcast en deux parties. 

Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Ecriture et voix : Clawdia Prolongeau et Damien Delseny - Production : Clémentine Spiler et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Photo : PIAT / AFP - Musiques : Audio Network - Archives : France 2, INA.

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Crime Story: Le podcast faits-divers du Parisien: https://bit.ly/_Crimestory

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Transcription
00:00Le podcast fait divers du Parisien.
00:02Un jeune garçon de 10 ans a été tué par balle.
00:05Des aveux, 33 ans après.
00:07Son corps a été retrouvé un mois plus tard.
00:10Des hommes qui a voulu ont tiré sur les mariés.
00:12Chaque semaine, je vous raconte une grande affaire criminelle
00:15avec le chef du service poli-justice du Parisien, Damien Delsenis.
00:26Bonjour Damien.
00:27Bonjour Claudia.
00:27Aujourd'hui dans Crime Story, Isabelle Laville, abandonnée par la justice.
00:32Dans les années 80, le département de Lyon est un peu le triangle des Bermudes pour les jeunes filles.
00:38Des disparitions qui, étrangement, ne semblent pas beaucoup préoccuper la justice.
00:42Celle d'Isabelle Laville va suivre ce chemin jusqu'à un virage aussi inattendu que terrifiant.
00:52Hiver 1987, à Saint-Georges-sur-Bolch, dans Lyon.
00:56Ce bourg d'environ 3000 habitants est l'imitrophe d'Auxerre, le chef lieu du département.
01:02Isabelle Laville, 17 ans, qui y vit avec ses parents, va au collège Bienvenue Martin d'Auxerre.
01:08Mais elle a l'habitude de faire le trajet à pied.
01:11Seulement 2 km sépare sa maison de l'établissement scolaire.
01:15Isabelle n'est pas originaire de la région.
01:17Elle est arrivée il y a seulement un an et demi, au printemps 1986,
01:21et elle habite dans une maison au mur de Crépy Blanc, dans un lotissement.
01:26Avant, elle vivait avec ses parents et sa grande sœur, Sandra, dans l'Est de la France.
01:30Son père a été muté comme manager dans le supermarché casino voisin.
01:35Marie-Jeanne, la mère, n'aime pas beaucoup la région.
01:39Isabelle est moins critique et semble s'être plutôt bien habituée.
01:43Mais elle demeure une jeune fille timide, réservée et assez solitaire.
01:48Elle n'a pas beaucoup d'amis, elle ne fait pas la fête, c'est une adolescente sage et très
01:52sérieuse.
01:53C'est la raison pour laquelle, le vendredi 11 décembre 1987, à 17h, sa mère commence à s'inquiéter.
02:01Sa fille n'est toujours pas rentrée.
02:03Isabelle est pourtant très ponctuelle.
02:05Le vendredi, elle sort habituellement de cours à 16h30 et elle est à la maison vers 16h50, 55 au plus
02:12tard.
02:13Ce ne sont donc, pour l'instant, que 10 petites minutes de retard.
02:17Mais c'est assez pour que Marie-Jeanne commence à la chercher.
02:21A 17h05, cette femme de 41 ans est dans la rue et décide de faire à pied le trajet qu
02:27'emprunte Isabelle.
02:28Il fait froid, les températures sont proches de zéro.
02:31Quelques minutes plus tard, Marie-Jeanne arrive devant l'établissement où sa fille est scolarisée, sans avoir trouvé aucune trace
02:37d'elle.
02:38Derrière la grille, elle aperçoit un homme qui travaille dans le lycée et lui demande si Isabelle est bien sortie
02:44en même temps que les autres élèves, il y a maintenant une petite heure.
02:47L'homme confirme que oui.
02:50Marie-Jeanne est de plus en plus inquiète.
02:51Elle repart dans l'autre sens, s'éloigne un peu du trajet habituel, imagine des détours, puis se rend à
02:58l'évidence.
02:59Isabelle a disparu.
03:01Elle contacte l'hôpital, quelques amis, la famille.
03:05Personne n'a de nouvelles de l'adolescente.
03:11Damien, Marie-Jeanne finit par contacter le commissariat, mais les policiers ne sont pas très inquiets de la situation.
03:17Non, là on est effectivement très proche de l'heure de disparition, elle est sortie de l'école à 17h
03:22et dès la fin d'après-midi, sa mère s'inquiète.
03:24Donc les policiers, eux, ils ne sont pas inquiets, ils pensent qu'Isabelle va revenir chez elle.
03:29Évidemment, pour Marie-Jeanne, sa maman, c'est absolument improbable.
03:32Elle, elle connaît très bien sa fille, beaucoup mieux que les policiers, ce qui est normal.
03:35Et elle sait sa fille renfermée, assez timide, qui n'a pas vraiment encore de copines puisqu'ils sont arrivés
03:42dans la région il y a peu de temps, et encore moins de petits copains.
03:46Devant le manque de réaction des policiers, Marie-Jeanne active un autre levier.
03:50Oui, il y a un ami de la famille qui habite à Saint-Georges-sur-Bolche et qui connaît quelqu
03:55'un qui travaille à la gendarmerie.
03:57Donc, comme au commissariat, ça ne réagit pas beaucoup, on prévient les gendarmes.
04:02Les gendarmes vont commencer à chercher Isabelle en attendant que des recherches un peu plus officielles soient lancées.
04:08Une première nuit passe et on reste sans nouvelles de la jeune fille.
04:11Oui, donc là, ça devient quand même assez inquiétant.
04:14Le lendemain, des gendarmes se rendent dans la maison de la famille, la ville.
04:17Et là, c'est en quelque sorte le vrai début de l'enquête, le vrai début de l'affaire.
04:21On va interroger les parents sur la personnalité d'Isabelle, essayer d'en savoir un peu plus.
04:26Les parents, ils vont répéter la même chose.
04:28Ils répètent qu'elle est très réservée à l'extérieur, même si en famille, elle est plutôt à l'aise.
04:33Elle aime la musique, elle chante d'ailleurs régulièrement avec sa maman.
04:36Elle discute souvent avec sa soeur.
04:38Ce n'est pas une enfant renfermée, mais à l'extérieur, elle est un peu plus timide.
04:41Les gendarmes, ils vont fouiller la maison, en particulier la chambre d'Isabelle, la chambre de l'adolescente.
04:47Et très vite, compte tenu de la personnalité qui est décrite de manière assez unanime,
04:52et du fait qu'ils ne trouvent absolument rien dans cette chambre, pas de lettres, pas de messages particuliers,
04:57il apparaît que le scénario de la fugue, il n'est pas tellement, tellement crédible.
05:02Donc, l'affaire, elle va être traitée un peu différemment.
05:04Elle va être traitée comme elle l'est vraiment, c'est-à-dire celle de la disparition inquiétante d'une
05:10enfant mineure.
05:12Les gendarmes ont le signalement précis de la jeune fille.
05:15Ils ont des photos d'elle, ils savent comment elle était habillée,
05:19notamment avec une paire de bottines blanches, et ils savent qu'elle avait un cartable.
05:23Comme l'avait fait Marie-Jeanne la veille, ils commencent donc par refaire le trajet habituel d'Isabelle
05:29en ne cherchant pas directement l'adolescente, mais une trace d'elle,
05:32comme des affaires scolaires qui auraient pu lui appartenir.
05:35En s'écartant un peu du chemin qu'elle empruntait, il trouve un certain nombre de cahiers, trousses ou stylos.
05:41Mais aucun n'est reconnu comme étant la propriété d'Isabelle.
05:45Le lundi 21 décembre, alors qu'Isabelle a disparu depuis dix jours,
05:49les gendarmes recommencent l'opération en agrandissant le secteur où s'étalent les recherches
05:53sur un diamètre de trois kilomètres, autour du trajet entre la maison d'Isabelle et son collège.
05:58Mais toujours sans succès.
06:00Les fêtes de Noël passent, puis le nouvel an.
06:03L'année 1988 commence sans que la famille d'Isabelle n'ait aucune nouvelle d'elle.
06:09A l'échelle locale, la disparition de cette jeune fille remue la population.
06:14Des battus sont organisés, un hélicoptère de la gendarmerie est mobilisé,
06:17et même Guirou, le célèbre entraîneur de l'AGI au CER, le club de foot local,
06:22décide de participer aux recherches.
06:24Il a fait placarder des affiches d'Isabelle Laville dans tout le stade et dans la ville d'Auxerre.
06:29Il utilise sa notoriété pour sensibiliser le grand public à cette disparition,
06:34et il organise un match afin de récolter des fonds pour aider la famille et les recherches.
06:39Si des personnes donnent des indices décisifs,
06:42ils seront tous récompensés par des chèques importants,
06:45et le financement de cette somme sera donné par un match que nous jouerons ici.
06:50Alors qu'Isabelle reste introuvable, on commence à parler d'elle partout,
06:54y compris aux 20h de TF1 du jeudi 14 janvier 1988.
06:58A Auxerre, tout le monde s'est mobilisé,
07:00et c'est le club de football bien connu qui en a été le moteur.
07:04Parallèlement, les gendarmes interrogent 300 personnes,
07:07et fouillent 1800 logements.
07:09En vain.
07:10Malgré tous ces efforts, l'enquête est dans une impasse.
07:13Le lundi 18 janvier 1988, le dossier est transmis au parquet,
07:18qui, trois jours plus tard, décide de classer l'enquête.
07:21Alors qu'Isabelle Laville a disparu depuis six semaines à peine,
07:25et qu'on ne l'a pas retrouvée.
07:27La justice abandonne donc ce dossier.
07:30Marie-Jeanne Laville, la mère d'Isabelle,
07:32raconte plus de 30 ans après ce qu'elle a ressenti,
07:35dans l'émission de France 2, au bout de l'enquête.
07:55Damien, cette décision semble assez incompréhensible.
07:59La mère d'Isabelle va même jusqu'à dire
08:01que si c'était le chien d'un notable qui avait disparu,
08:04les recherches auraient duré plus longtemps.
08:06Comment est-ce qu'on peut analyser ça aujourd'hui ?
08:08Alors, d'abord, c'est le procureur de Lyon
08:11qui prend cette décision, du tribunal dossaire.
08:13Ça signifie qu'avec ses équipes,
08:15ils n'ont pas estimé nécessaire
08:17d'ouvrir une information judiciaire,
08:19c'est-à-dire de confier le dossier à un juge d'instruction,
08:22ce qui est normalement le cas des affaires criminelles un peu graves.
08:25Et là, on est quand même dans le cadre d'une disparition de mineurs.
08:28Ça paraissait logique d'ouvrir une information judiciaire.
08:31C'est d'ailleurs ce que demandaient les gendarmes
08:33qui avaient débuté leur enquête depuis quelques semaines
08:36et qui estimaient, au terme de leurs premières investigations,
08:39que la thèse de la fugue n'était pas crédible.
08:42Donc, pas de disparition volontaire.
08:44Ça veut dire qu'il y a eu une intervention,
08:45un enlèvement, quelque chose de cet ordre-là.
08:48Et donc, ça aurait normalement dû permettre
08:49la nomination d'un juge d'instruction.
08:51Et donc, surtout, quand on nomme un juge d'instruction,
08:54c'est la possibilité de mener de nouveaux actes d'enquête plus fouillés.
08:57Les gendarmes décident alors de verser à la procédure
09:00un complément d'enquête.
09:02Qu'est-ce que c'est ?
09:03En quelque sorte, c'est une façon de dire aux magistrats
09:05« Il faut sans doute creuser un peu plus.
09:07Il y a sans doute d'autres pistes à creuser.
09:09Il faut peut-être plus de moyens.
09:10Il faut peut-être densifier un petit peu
09:12un certain nombre de recherches ou d'actes d'enquête. »
09:15Mais malgré ce complément d'enquête qui est déposé,
09:18la justice reste sur ses premières positions.
09:20Et le mardi 7 juin 1988,
09:23la disparition, le dossier de la disparition d'Isabelle Laville
09:27est classé une seconde fois.
09:29La disparition d'Isabelle intervient dans un contexte
09:32un peu particulier dans Lyon,
09:34alors qu'on est en plein dans ce qu'on appelle
09:36l'affaire des disparus de Lyon.
09:38Il faut revenir un peu en arrière, effectivement.
09:40Au début des années 80,
09:42un gendarme d'Ausserre qui s'appelle Christian Jambert
09:45travaille sur la disparition de sept jeunes filles
09:48survenu entre 1977 et 1979
09:52dans le seul département de Lyon.
09:54Alors, lui se bat un peu tout seul avec ce dossier.
09:57Il pense pourtant avoir identifié un coupable.
10:00Ce coupable, c'est un chauffeur de bus
10:02qui s'appelle Émile Louis,
10:04qui a déjà été condamné dans le passé
10:06pour ce qu'on a appelé à l'époque
10:08l'atteinte à la pudeur sur mineurs de 15 ans,
10:10ce qui équivaudrait aujourd'hui à une agression sexuelle
10:13puisque l'atteinte à la pudeur n'existe plus
10:15dans le code désormais.
10:16Mais malgré les soupçons du gendarme Jambert
10:19et les antécédents de ce Émile Louis,
10:21la justice ne lui donne pas en réalité
10:23de moyens nécessaires à ses investigations
10:26et surtout, elle ne lui demande pas
10:27d'arrêter cet homme, de placer en garde à vue.
10:29Elle n'ouvre pas d'informations judiciaires.
10:31Et donc, ce dossier va se solder lui aussi,
10:34ce dossier des disparus de Lyon,
10:36par un non-lieu,
10:37c'est-à-dire un arrêt définitif de l'enquête.
10:41On a consacré plusieurs épisodes de Crime Story
10:43à l'affaire des disparus de Lyon.
10:45Ces épisodes sont toujours disponibles
10:47et on peut les écouter ou les réécouter.
10:49Donc, on ne va pas détailler cette affaire.
10:51Mais il faut quand même préciser
10:52que ces jeunes filles étaient toutes placées à la DAS
10:56et qu'elles souffraient toutes en plus de retard mental.
10:59C'est important parce que ça permet de voir
11:01que ce n'est pas le même profil que Isabelle Laville.
11:05Oui, Isabelle, c'est une collégienne qui vit chez ses parents.
11:07Elle n'est pas placée en foyer.
11:09A priori, elle ne rentre pas dans ce cadre-là.
11:12Elle a malheureusement un point commun avec toutes ces jeunes filles,
11:14c'est que la justice se désintéresse totalement
11:16de son sort, de sa disparition.
11:19C'est un peu circulé, il n'y a rien à voir.
11:22A partir de ce jeudi 21 janvier 1988, donc,
11:26le dossier Isabelle Laville est refermé.
11:28Il n'y a plus d'actes d'enquête
11:30et plus beaucoup de chance pour les parents de la jeune fille
11:32qu'elle soit un jour retrouvée.
11:35Les années suivantes, la famille d'Isabelle
11:37va être obligée de vivre avec cette résignation.
11:40Jusqu'à ce que soudainement, 13 ans plus tard,
11:43un espoir renaisse.
11:45Le mardi 12 décembre 2000,
11:47Emile Louis est arrêté chez lui, à Draguignan, dans le Var,
11:51où il s'était installé.
11:52Grâce au travail du gendarme Jeanbert
11:54et des membres de l'Association de défense des handicapés de Lyon,
11:58l'étau a fini par se resserrer autour de cet homme.
12:01Il est placé en garde à vue.
12:03Le gendarme Christian Jeanbert n'en saura jamais rien.
12:06Il est mort en 1997,
12:09à la suite de ce que l'enquête a classé comme un suicide,
12:12bien qu'il soit mort de deux balles dans la tête
12:14tirées à la carabine.
12:16Dépressif depuis son enquête sur les disparus de Lyon,
12:19Christian Jeanbert était resté profondément marqué
12:21par son incapacité à rendre justice aux jeunes victimes.
12:25Emile Louis, 66 ans,
12:27reconnaît avoir tué sept jeunes femmes disparues dans Lyon
12:30entre 1977 et 1979.
12:33Ses aveux mettent fin à plus de 20 ans de déni
12:36et de lenteur judiciaire dans cette affaire.
12:39Mais les enquêteurs se demandent si d'autres disparitions,
12:42dans Lyon, ne peuvent pas lui être imputées.
12:44Et notamment, celle d'Isabelle Laville.
12:47Les parents de la jeune femme ne croient pas du tout à cette hypothèse.
12:50Emile Louis s'en prenait à des jeunes filles ou femmes handicapées
12:53qu'ils conduisaient de l'institut médico-éducatif où elles vivaient
12:57à leur lieu de travail.
12:58Cette situation n'a rien à voir avec celle d'Isabelle.
13:02Mais peu importe,
13:03cette nouvelle opportunité de médiatiser la disparition de leur fille
13:07doit être saisie.
13:08Elle permettra peut-être de savoir enfin
13:10ce qu'il est advenu d'Isabelle.
13:18Damien, à travers cette affaire des disparus de Lyon
13:21et du cas Emile Louis,
13:22c'est l'incompétence de la justice d'Ausserre
13:24qui est montrée du doigt.
13:25De l'incompétence, c'est certain.
13:27Mais alors, à ce niveau-là,
13:28à ce niveau d'incompétence,
13:30ça en devient presque suspect.
13:31Cette inertie systématique dans un même tribunal
13:34interpelle forcément.
13:35On peut même se poser la question
13:37et si, par exemple,
13:38la justice cherchait à protéger des notables locaux ?
13:41Pourquoi pas ?
13:42On est obligé de se poser cette question
13:44presque d'un complot local.
13:46Alors, quand on a des dossiers classés
13:48de manière expéditive
13:49ou même des dossiers qui disparaissent carrément,
13:51ce qui a été le cas au tribunal d'Ausserre,
13:53des dossiers qu'on ne retrouve plus,
13:55qui se volatilisent,
13:56c'est quand même très suspect.
13:57D'ailleurs, une enquête va être ouverte
14:00pour corruption active et passive
14:02au sein du tribunal d'Ausserre.
14:04À partir de ce moment-là,
14:05à partir du début de l'année 2001,
14:07l'enquête repart de zéro.
14:09En fait, on pourrait presque dire
14:11qu'elle n'a jamais vraiment commencé cette enquête
14:13tant il manque des choses évidentes et essentielles.
14:17Certains actes n'ont pas été menés.
14:18Par exemple, comme ça pourrait paraître
14:20complètement évident,
14:22l'audition de la mère d'Isabelle Laville
14:24ou celle de son père
14:25n'ont pas été réalisées.
14:26Alors que son père, on le sait,
14:27travaillait pour le groupe Casino
14:29qui aurait pu avoir, par exemple,
14:31des différents avec des clients
14:32ou des fournisseurs, par exemple.
14:34Enfin, tout un tas de mobiles possibles
14:35qui n'ont même pas été examinés à l'époque.
14:38Et d'ailleurs, il ne reste aucune trace
14:40des actes d'enquête réalisés
14:41au tout début des investigations.
14:43Et notamment, plus rien
14:45sur les 3000 personnes
14:47qui ont pourtant été interrogées
14:49à l'époque par les gendarmes.
14:50Finalement, Émile Louis est mis hors de cause
14:53dans l'affaire Isabelle Laville.
14:54À la fois parce qu'au moment
14:56de la disparition d'Isabelle,
14:57il avait déjà emménagé dans le Var.
15:00Il était donc à plusieurs centaines
15:01de kilomètres de Lyon.
15:03Et surtout parce qu'aucun élément factuel
15:05ne permet de le rattacher
15:07à la disparition d'Isabelle.
15:09Donc l'enquête va reprendre
15:11sur cette disparition du départ.
15:13Mais on est déjà très loin
15:15de la date de disparition d'Isabelle Laville.
15:17On sait que plus le temps passe,
15:18plus c'est compliqué.
15:19Et surtout, il va falloir attendre
15:21plus de deux ans
15:22pour qu'une vraie piste,
15:23crédible cette fois, émerge.
15:25Cette piste, elle vient d'assez loin.
15:27Elle vient de Belgique
15:29où un homme nommé Michel Fourniret
15:31et son épouse Monique Olivier
15:32viennent tout juste d'être arrêtés
15:35pour des enlèvements
15:36et des meurtres de jeunes filles.
15:38Le vendredi 11 décembre 1987,
15:41une adolescente de 17 ans,
15:43Isabelle Laville,
15:44disparaît sur le trajet
15:45entre son collège à Auxerre,
15:47dans Lyon,
15:47et sa maison à Saint-Georges-sur-Bolche,
15:50une commune limitrophe.
15:52Sa mère, ne la voyant pas revenir,
15:54sonne l'alerte immédiatement.
15:5524 heures après,
15:57des recherches officielles débutent.
15:58En vain.
15:59La jeune fille n'est pas retrouvée
16:01et un mois après,
16:02le parquet classe l'affaire.
16:0413 ans plus tard,
16:06à la fin de l'année 2000,
16:07l'arrestation d'Émile Louis,
16:09un tueur en série qui a sévi dans Lyon,
16:11remet la lumière sur cette affaire.
16:13Mais il est vite innocenté
16:14pour le cas d'Isabelle Laville.
16:16Et il faudra attendre encore plus de 2 ans
16:18pour que la disparition de la jeune fille
16:20soit enfin élucidée.
16:24Le jeudi 26 juin 2003,
16:2615 ans après la disparition d'Isabelle Laville,
16:29un homme est arrêté en Belgique,
16:31accusé d'avoir enlevé
16:32et tenté de violer
16:33une adolescente de 12 ans.
16:35Marie Ascension a fait preuve
16:37d'un incroyable sang-froid.
16:39Les faits se sont produits
16:39quelques heures plus tôt,
16:41assinés, à côté de Namur,
16:42à mi-chemin entre Mons et Liège.
16:45L'homme, âgé d'une soixantaine d'années,
16:48circule dans une fourgonnette
16:49et s'arrête au niveau de Marie Ascension,
16:51qui marche dans la rue.
16:52Il baisse la fenêtre de sa portière,
16:55lui dit qu'il est perdu
16:56et lui demande si elle peut monter avec lui
16:58pour lui montrer le chemin de l'école.
17:00La fillette refuse d'abord,
17:02mais lui indique la direction à prendre.
17:04L'homme se met en colère
17:05et lui dit que ce n'est pas bien
17:07de ne pas faire confiance aux gens.
17:09Marie Ascension est intimidée
17:10et accepte finalement de monter.
17:12L'homme démarre alors
17:14et s'enfuit avec elle à son bord.
17:17Quelques minutes plus tard,
17:18il s'arrête dans un parking,
17:20la ligote,
17:21l'installe à l'arrière de la camionnette
17:22et redémarre.
17:24Dix kilomètres plus loin,
17:25alors que le chauffeur marque un stop
17:27au niveau d'un carrefour,
17:28Marie Ascension,
17:29qui a réussi à se détacher entre temps,
17:31en profite pour ouvrir la portière
17:33et pour s'enfuir.
17:34Elle est récupérée par une femme
17:36qui la prend dans sa voiture
17:37et à laquelle elle raconte
17:38ce qu'il vient de se passer.
17:40Pendant son récit,
17:41elle voit la camionnette
17:42dont elle vient de s'échapper,
17:44revenir en sens inverse.
17:45La dame note le numéro
17:47de la plaque d'immatriculation
17:49et emmène la petite fille
17:50au poste de police le plus proche.
17:52Grâce à ce numéro,
17:54les policiers identifient le chauffeur
17:55et l'interpellent chez lui
17:57à Sartes-Custines,
17:58tout près de la frontière française.
18:00Il a 61 ans
18:02et il s'appelle
18:03Michel Fourniret.
18:07Damien Delsenis,
18:08quand les enquêteurs
18:09entendent le récit
18:11de son enlèvement
18:12fait par Marie Ascension,
18:13ça les fait immédiatement
18:15penser à d'autres affaires.
18:17Oui, le mode opératoire
18:18décrit par la fillette
18:20les alerte
18:20parce que ça semble être
18:22vraiment un scénario
18:23extrêmement bien rodé.
18:25Ça rappelle notamment
18:26des hypothèses de travail
18:27émises dans deux autres affaires.
18:29Oui, celle de la disparition
18:30de Céline Saison.
18:32Ça se passe en mai 2000.
18:33C'est une adolescente
18:34qui a disparu
18:35juste après être sortie
18:36de son lycée
18:37à Charleville-Mézières
18:38dans les Ardennes.
18:39Elle sera retrouvée morte
18:40deux mois plus tard
18:41dans une forêt des Ardennes
18:43côté belge de la frontière
18:44et celle de Magnana Tomfon
18:47qui elle était enlevée
18:48à Sedan en Belgique
18:50et dont le corps
18:51a été retrouvé
18:52en mars 2002
18:53également dans un bois
18:55tout proche
18:55de la frontière
18:56entre la France et la Belgique.
18:57Michel Fourniret
18:58ne fait pas d'aveu.
18:59Non.
19:00Et officiellement,
19:01il n'y a pas de lien
19:02entre ces trois affaires
19:03mais la police belge
19:05parce qu'elle soupçonne
19:06qu'il y en est un
19:06va essayer de travailler
19:08en collaboration
19:10avec la police française
19:11assez rapidement
19:12pour justement pouvoir
19:13effectuer ces liens
19:14ou ces rapprochements.
19:15Alors,
19:15c'est d'autant plus précieux
19:17qu'ils apprennent assez vite
19:18que Michel Fourniret
19:19a déjà été condamné
19:21dans les années 80
19:22notamment pour un viol
19:23sur mineur
19:23qui avait été requalifié
19:25en attentat à la pudeur
19:27puisque l'attentat à la pudeur
19:28existait encore
19:29dans le code pénal
19:30à l'époque.
19:33Pour faire avancer l'enquête
19:35le plus vite possible,
19:36les policiers entendent
19:37la femme de Michel Fourniret.
19:39Monique Olivier, 54 ans,
19:41a rencontré son mari
19:42alors qu'il était incarcéré
19:44à Fleury-Mérogis
19:45dans l'Essonne.
19:46Il avait fait passer
19:47une petite annonce
19:48dans le magazine
19:49Le Pèlerin,
19:49un journal hebdomadaire chrétien.
19:52On pouvait lire
19:52« prisonnier
19:53aimerait correspondre
19:55avec personne de tout âge
19:56pour oublier solitude ».
19:58Après un échange
19:59de quelques lettres
20:00avec Monique Olivier,
20:01les deux futurs époux
20:02se rencontrent au parloir.
20:04C'est là que débute
20:05réellement leur histoire.
20:06Peu de temps avant
20:07que le criminel
20:08soit libéré
20:08pour bonne conduite.
20:10Le jeudi 22 octobre 1987,
20:13Michel Fourniret
20:13sort de prison.
20:15Il s'installe
20:15avec Monique Olivier
20:16à Saint-Cyr-les-Colons,
20:18une commune de Lyon
20:18située à un peu moins
20:19de 20 kilomètres d'Auxerre.
20:2116 ans plus tard,
20:22quand Michel Fourniret
20:23est arrêté en 2003,
20:25Monique Olivier
20:25est entendue
20:26à de nombreuses reprises
20:27par les policiers belges.
20:29Mais elle ne dit
20:29absolument rien.
20:31Elle nie avoir connaissance
20:32des crimes
20:32qui sont reprochés
20:33à Michel Fourniret
20:34et elle continue
20:35à lui rendre visite
20:36en prison
20:36puisqu'il est placé
20:37en détention provisoire.
20:39La police n'abandonne pas
20:40et Monique Olivier
20:41est convoquée
20:42et reconvoquée
20:43dans leurs locaux
20:44sans arrêt.
20:45En tout,
20:46sur une période
20:47d'environ un an,
20:49elle est entendue
20:49près de 100 fois.
20:51Confrontée
20:52à des éléments factuels
20:53qui s'accumulent,
20:54comme la découverte
20:55d'un cheveu noir
20:55dans la camionnette
20:56de son mari,
20:57similaire à celui
20:58d'une des victimes,
21:00Monique Olivier
21:00ne flanche pas.
21:02Mais au bout d'un an,
21:04le lundi 28 juin 2004,
21:06elle craque.
21:07Dans les locaux
21:07de la police belge,
21:09elle change de discours
21:10et décide de parler.
21:15Damien,
21:15Monique Olivier révèle
21:17aux policiers
21:17une série de meurtres
21:19commis
21:19par son mari
21:20avec sa complicité
21:21à elle.
21:22Elle va évoquer
21:23neuf meurtres
21:24d'enfants
21:25et de jeunes filles
21:25commis à la fois
21:26en France
21:27mais aussi en Belgique.
21:28Elle confirme
21:29effectivement
21:30qu'elle a elle-même
21:31servi d'appât
21:32pour que les jeunes filles
21:33aient confiance
21:33et acceptent
21:34de suivre son mari
21:35qui en quelque sorte
21:36repérait ses proies
21:38et se servait ensuite
21:39de la complicité
21:40de Monique Olivier
21:41pour sécuriser
21:42ces jeunes filles
21:43et pour les faire monter
21:43dans sa voiture.
21:45Et quand elle va
21:46se souvenir
21:46parce que Monique Olivier
21:48elle a des souvenirs
21:49assez sélectifs
21:49elle va donner
21:51quelques indications
21:52sur des victimes
21:53ou éventuellement
21:54sur des lieux
21:55où les faits
21:55auraient pu être commis.
21:56Le lendemain
21:57de ses déclarations
21:58elle est placée
21:58sous mandat d'arrêt
21:59pour non-assistance
22:00à personnes en danger
22:01et le surlendemain
22:03le mercredi 30 juin
22:04Michel Fourniret
22:06est entendu à son tour.
22:07Alors lui aussi
22:08un niais depuis le début
22:09depuis plus d'un an
22:10et tout à coup
22:11sans même finalement
22:12qu'on lui demande
22:14il annonce
22:14que tout ce que vient
22:15de dire sa compagne
22:16Monique Olivier
22:16est vrai
22:17qu'il a tué
22:18et qu'il est prêt
22:19à en donner
22:20tous les détails.
22:20Michel Fourniret
22:21égrène alors
22:22les noms
22:23de ses victimes
22:24huit jeunes femmes.
22:25Il va citer
22:26Céline Saison
22:27dont on a déjà parlé
22:28la lycéenne enlevée
22:29à Charleville-Mézières
22:30en 2000, celui de Magnana Tonfon
22:32l'adolescente de 13 ans
22:34qui elle avait disparu
22:35à Sedan en 2002
22:36et puis il va donner
22:38très vite
22:38le nom d'Isabelle
22:40Laville
22:40sa première victime.
22:44A l'époque
22:45Michel Fourniret
22:46est sorti de prison
22:47depuis deux mois
22:48et il s'est installé
22:49avec Monique Olivier
22:50à côté d'Ausserre.
22:52Ses aveux circonstanciés
22:53sont donc très crédibles.
22:55L'avocat des parents
22:56d'Isabelle
22:57est informé
22:58de cet incroyable dénouement
22:59et il les contacte
23:00immédiatement.
23:02Mais pour que les parents
23:03d'Isabelle
23:03puissent lui offrir
23:04une sépulture
23:05et pour qu'un procès
23:06puisse avoir lieu
23:06en bonne et due forme
23:07il faut retrouver son corps.
23:10Et sur ce point-là
23:11Michel Fourniret
23:12n'est pas décidé
23:13à aider la justice.
23:14Il va falloir trouver
23:16des indices ailleurs.
23:17La maison du couple
23:18Fourniret en regorge.
23:20Quand les enquêteurs
23:20la fouillent
23:21ils découvrent des armes
23:22volées dans un poste
23:23de police français
23:24des menottes dans la cave
23:26une glace sans teint
23:27donnant sur la salle de bain
23:28et un classeur
23:29contenant les premières lettres
23:31échangées
23:31entre Michel Fourniret
23:33et Monique Olivier.
23:34Elles annoncent déjà
23:36les crimes à venir.
23:37A l'époque
23:38Michel Fourniret
23:39a été condamné
23:40à 7 ans de prison
23:41dont 2 avec sursis
23:42pour des viols
23:43sur des jeunes filles.
23:44L'ancien tourneur Fraiser
23:45devenu dessinateur industriel
23:47par correspondance
23:48envisage son avenir
23:50avec Monique Olivier
23:51une garde malade
23:52installée dans l'héros.
23:53Leurs échanges
23:54contiennent des phrases
23:55alambiquées
23:56difficilement compréhensibles
23:57et avec des airs
23:58de prophéties.
24:00Le prisonnier
24:01obsédé par la virginité
24:02promet
24:03des noces de sang
24:04écrit-il
24:05à celles
24:06qu'il appelle
24:06sa mésange.
24:08Le pacte est scellé
24:09elle lui fournira
24:10des vierges
24:11lui
24:11la vengera
24:12d'un ancien compagnon.
24:14Si l'intention
24:15d'une défloration
24:16revient un jour
24:17ou l'autre
24:17m'a fleuré
24:18écrit-il
24:18je n'entreprendrai
24:20pas d'action
24:20sans en parler.
24:21Monique Olivier
24:23répond
24:23dans une lettre
24:24datée du mois
24:25de septembre 1987
24:26quelques semaines
24:27avant la sortie
24:28de prison
24:29de Michel Fourniré
24:30« Tu sais que c'est
24:32avec plaisir
24:32que j'exécuterai
24:33tes ordres
24:34je veux travailler
24:35auprès de mon fauve. »
24:37On connaît la suite
24:38le jeudi 22 octobre
24:391987
24:40la lourde porte
24:42de la prison
24:42de Fleury-Mérogis
24:43se referme
24:44derrière Fourniré
24:45enfin libre.
24:47Moins de deux mois
24:47plus tard
24:48Isabelle Laville
24:49disparaît.
24:50Au début
24:51de l'année 2006
24:52Isabelle Laville
24:53est la seule
24:54des victimes
24:55reconnues
24:55par Michel Fourniré
24:56dont on n'a pas
24:57retrouvé les ossements.
24:58Le tueur en série
24:59a confié aux enquêteurs
25:00qu'il a jeté
25:01le corps
25:01de la jeune victime
25:02dans un puits
25:03sans apporter
25:04plus de précisions.
25:06Le lundi 9 janvier 2006
25:07celui qu'on surnomme
25:08l'ogre des Ardennes
25:09est extradé
25:10par la Belgique
25:11vers la France.
25:12Un nouveau chapitre
25:13judiciaire
25:14peut s'ouvrir.
25:17Damien
25:17cette extradition
25:18permet à la France
25:20de juger
25:20Michel Fourniré
25:21pour les crimes
25:22commis sur son territoire
25:23mais aussi
25:24de procéder
25:25à de nouveaux
25:25actes d'enquête.
25:26Oui, avant de le juger
25:27il reste des choses
25:29à faire
25:29notamment une
25:30reconstitution judiciaire
25:31dans le cas
25:32d'Isabelle Laville
25:33c'est pour retrouver
25:34évidemment ce qui peut
25:35rester de son corps
25:36elle a été tuée
25:3719 ans plus tôt
25:38donc le jeudi
25:3920 avril 2006
25:40cette reconstitution
25:42est organisée
25:43concrètement
25:44une centaine
25:45de gendarmes
25:46sont sur place
25:46pour organiser
25:47cette opération
25:48Michel Fourniré
25:49et Monique Olivier
25:50sont amenés sur place
25:52près du collège
25:53où était scolarisée
25:54Isabelle
25:55Monique Olivier
25:56va montrer en fait
25:57l'endroit
25:58où tout a commencé
25:59c'est à dire
26:00comment elle a attiré
26:01Isabelle
26:02dans sa voiture
26:03en faisant semblant
26:04de chercher son chemin
26:05avant ensuite
26:06de récupérer
26:08Michel Fourniré
26:09qui feignait
26:10de faire du stop
26:10sur le bord de la route
26:11un peu plus loin.
26:12Michel Fourniré
26:13qui a déclaré avoir tenté
26:15de violer la jeune fille
26:16à son domicile
26:17de Saint-Cyr-les-Colons
26:18près d'Auxerre
26:19avant de la tuer
26:20et de jeter son corps
26:21dans un puits
26:21se renferme
26:23dans un mutisme total
26:24selon le procureur.
26:25Oui ce qui est une constante
26:27dans la carrière criminelle
26:28de Michel Fourniré
26:29c'est à dire qu'il fait croire
26:30qu'il va dire des choses
26:31et puis finalement
26:32il change d'avis
26:33il joue toujours un peu
26:34avec cette perversité
26:36extrême
26:36avec les enquêteurs
26:37et les victimes
26:38d'ailleurs aussi
26:39donc il va faire mine
26:40à un moment donné
26:40d'étudier
26:41les cartes topographiques
26:42de la région
26:43comme s'il allait
26:44trouver l'endroit exact
26:45où il avait jeté
26:47le corps d'Isabelle Laville
26:48faire semblant d'aider
26:49d'aiguiller les enquêteurs
26:50mais en fait
26:51il va plutôt
26:52les entraîner
26:52sur des fausses pistes
26:53et puis il va finir
26:54par tout simplement
26:55refuser de parler.
26:56On en reste là
26:57pour cette première journée
26:58de reconstitution
27:00le lendemain
27:01Michel Fourniré
27:02est à nouveau
27:02amené sur place.
27:03Et il est encore
27:04dans les mêmes dispositions
27:05c'est à dire qu'il refuse
27:06encore une fois
27:07de parler
27:07de donner la moindre information
27:09le père d'Isabelle
27:10Jean-Pierre Laville
27:11il est présent
27:12à ce moment-là
27:13sur ce deuxième jour
27:14de reconstitution
27:14et il va supplier
27:16le tueur en série
27:17de dire ce qu'il sait
27:18et finalement
27:20de cet échange
27:21va naître
27:22une réaction
27:22de Fourniré
27:23qui dit
27:23qu'il va tout faire
27:24pour les aider
27:26à retrouver
27:26le lieu
27:27de dissimulation
27:28du corps d'Isabelle.
27:31Michel Fourniré
27:32demande du papier
27:33et un crayon
27:34dessus
27:35il trace les traits
27:36qui dessinent une route
27:37puis celle d'un bâtiment
27:38et d'un transformateur électrique
27:40puis il dit
27:41c'est ici
27:42que j'ai jeté la petite
27:44ces éléments
27:45ne suffisent pas
27:46le procureur
27:47décide alors
27:47de lancer un appel
27:48à témoin
27:49pour savoir
27:49si certaines personnes
27:50reconnaissent
27:51cet endroit
27:52dessiné par
27:53Michel Fourniré
27:53le maire de Bussy-en-Hôte
27:56une petite bourgade
27:57de Lyon
27:57lit cette description
27:59dans la presse locale
28:00et pense reconnaître
28:01l'endroit précis
28:02il contacte le procureur
28:05problème
28:05en 1996
28:079 ans après
28:08la disparition
28:09d'Isabelle Laville
28:10le puits
28:11que désigne
28:12le maire de Bussy-en-Hôte
28:13a été comblé
28:14à cause de sa dangerosité
28:15pour tenter
28:17d'y retrouver
28:17le squelette d'Isabelle
28:18il faut donc
28:19le recreuser
28:20ce que font
28:21les enquêteurs
28:233000 seaux de gravats
28:24sont ainsi
28:25retirés du puits
28:26jusqu'à ce que
28:27les gendarmes
28:28tombent
28:28sur une paire
28:29de bottines blanches
28:30les mêmes
28:31que celles
28:32que portait Isabelle
28:33le jour de sa disparition
28:35Jean-Pierre Laville
28:36son père
28:37les reconnaît immédiatement
28:38Marie-Jeanne Laville
28:40sa mère
28:40n'est pas là
28:41se rendre sur place
28:43était trop dur
28:43pour elle
28:44avec cette découverte
28:46les enquêteurs
28:47retrouvent des ossements humains
28:48les analyses
28:49menées dessus
28:50montreront
28:51qu'il s'agit bien
28:51du squelette
28:52d'Isabelle Laville
28:53dans une interview
28:54au Parisien
28:55sa mère
28:56Marie-Jeanne
28:56déclare
28:57retrouver Isabelle
28:59ne soulage pas
28:59notre peine
29:00mais nous pourrons
29:01enfin lui donner
29:02des obsèques dignes
29:03Isabelle
29:04était la première victime
29:05de Michel Fourniret
29:06et c'est la dernière
29:07qu'on retrouve
29:08qu'il l'ait jeté
29:09comme un chien crevé
29:10c'est difficile
29:11à accepter
29:16Damien
29:17le jeudi 27 mars 2008
29:19le procès de Michel Fourniret
29:21et Monique Olivier
29:22s'ouvre
29:22devant la cour d'assises
29:23des Ardennes
29:24à Charleville-Mézières
29:25Michel Fourniret
29:26y est jugé
29:27pour 7 meurtres
29:28Monique Olivier
29:29sa compagne
29:30est poursuivie
29:31elle dans 5
29:32de ses dossiers criminels
29:33beaucoup de familles
29:35de victimes
29:35sont présentes
29:36évidemment
29:36à ce procès
29:37Marie-Jeanne
29:38la maman d'Isabelle
29:39Jean-Pierre son papa
29:40et Sandra
29:41sa soeur
29:41sont dans la salle
29:43de la cour d'assises
29:44et au 5ème jour
29:45du procès
29:46c'est un peu leur tour
29:47de prendre la parole
29:49pour évoquer
29:49la mémoire d'Isabelle
29:51et puis surtout
29:51les faits en eux-mêmes
29:52alors c'est un moment
29:54très fort du procès
29:55Marie-Jeanne
29:56la maman va s'adresser
29:57directement
29:58à Michel Fourniret
29:59elle va lui dire
30:00Monsieur Fourniret
30:00vous êtes un homme
30:01petit
30:02petit
30:03vous n'avez pas supporté
30:04votre petitesse
30:05alors
30:05vous vous en êtes pris
30:07à plus petit que vous
30:08vous êtes pitoyable
30:09laid à l'intérieur
30:11Michel Fourniret
30:12ne veut pas raconter
30:13ce qu'il a fait aux victimes
30:14non et encore une fois
30:15Michel Fourniret
30:16va se livrer
30:17à son numéro favori
30:18qui est
30:18la manipulation
30:20la perversion
30:21il va avoir une pancarte
30:22qu'il va brandir
30:24sur laquelle il est écrit
30:25pas de huis clos
30:26pas de parole
30:27c'est à dire qu'il veut
30:28le procès à huis clos
30:29il veut pas de presse
30:30il veut pas de public
30:31donc évidemment
30:32cette tentative
30:33de prendre le procès
30:34en otage
30:35en quelque sorte
30:35va indigner tout le monde
30:37évidemment
30:38la cour va refuser
30:39ce huis clos
30:40et concernant
30:41la famille
30:42d'Isabelle Laville
30:43le salut
30:44en quelque sorte
30:45va venir
30:45de Monique Olivier
30:47qui elle
30:47va finir par parler
30:48elle dit que la veille
30:50ou l'avant-veille
30:50de l'enlèvement
30:51d'Isabelle Laville
30:51son mari et elle
30:53viennent en repérage
30:54à Auxerre
30:55et que c'est lui
30:56qui choisit
30:57et désigne
30:58Isabelle Laville
30:59oui
30:59et donc ils vont
31:00revenir le lendemain
31:02après ce premier repérage
31:03selon un scénario
31:04qu'on connaît
31:05déjà en partie
31:06Monique Olivier
31:07est seule
31:07à bord de la voiture
31:08du couple
31:09elle va aborder
31:10Isabelle
31:11pour lui demander
31:12un renseignement
31:12elle va l'inviter
31:13à monter dans la voiture
31:15Isabelle ne se méfie pas
31:16parce que c'est une femme
31:17et que finalement
31:18cette femme
31:19ça la rassure
31:20et puis quelques centaines
31:21de mètres plus tard
31:22alors qu'elle roule
31:24elles vont croiser
31:25Michel Fourniret
31:26qui lui fait semblant
31:27d'être tombé
31:28en panne d'essence
31:29et faire du stop
31:30et donc Monique Olivier
31:31va aussi le faire monter
31:33dans la voiture
31:34ça veut dire
31:34qu'à ce moment-là
31:35le piège
31:36s'est refermé
31:37sur Isabelle Laville
31:38Monique Olivier
31:38semble avoir du mal
31:39à faire ce récit
31:40oui
31:41elle a des difficultés
31:42à finir ses phrases
31:43elle dit qu'elle n'a pas pensé
31:45que ça irait jusque-là
31:46et puis elle dit
31:47que quand elle a compris
31:48c'était trop tard
31:49pour Isabelle Laville
31:50mais qu'ils avaient quand même
31:51prévu un certain nombre
31:53de choses
31:53y compris drogué
31:55Isabelle
31:55ils lui ont fait prendre
31:56des médicaments
31:57d'ailleurs quand ils sont arrivés
31:58à la maison de Saint-Cyr-les-Coulons
31:59l'adolescente dormait
32:01ou en tout cas somnolait
32:02la suite évidemment
32:04du récit de Monique Olivier
32:05c'est difficile à entendre
32:07parce que c'est d'une extrême violence
32:08Monique Olivier va donner
32:09beaucoup de détails
32:10elle dit par exemple
32:12que son mari n'arrive pas
32:13à violer Isabelle
32:14alors Monique Olivier
32:15va l'aider
32:16en lui faisant une fellation
32:17puis que Fourniret ensuite
32:18à étrangler Isabelle
32:20a enroulé son corps
32:22dans un tapis
32:22avant de le jeter
32:23le couple a repris la voiture
32:25pour trouver un endroit
32:27tranquille
32:27entre guillemets
32:28pour se débarrasser du corps
32:33Le mercredi 28 mai 2008
32:35Monique Olivier est condamnée
32:37à la réclusion criminelle
32:38à perpétuité
32:39Michel Fourniret
32:40est condamné à la même peine
32:42mais avec une mention
32:43supplémentaire et exceptionnelle
32:45l'incompressibilité
32:47il ne pourra jamais
32:48bénéficier
32:49d'aucun aménagement
32:50de peine
32:51Pour le dire plus simplement
32:52il était prévu
32:54qu'il meure en prison
32:54ce qui a été le cas
32:56le 10 mai 2021
32:58Depuis la mise en place
32:59de cette peine
33:00en 1994
33:01seules 13 personnes
33:02y ont été condamnées
33:04Avant de mourir
33:05Michel Fourniret
33:06a avoué 11 meurtres
33:07Il reste suspecté
33:09dans une vingtaine d'affaires
33:11Isabelle Laville
33:12a été incinérée
33:13et ses cendres
33:14ont été déposées
33:15par sa famille
33:15dans le jardin
33:16du souvenir d'un cimetière
33:17Une plaque indique
33:19en mémoire d'Isabelle Laville
33:21victime de la cruauté humaine
33:36Sous-titrage Société Radio-Canada
34:00Vous venez d'écouter
34:01Crime Story
34:02Isabelle Laville
34:03Abandonnée par la justice
34:04Ce récit était écrit
34:06par Claudia Prolongeau
34:07et raconté avec
34:08Damien Delsenis
34:08Pour écouter
34:09tous nos autres podcasts
34:10c'est sur le site
34:11leparisien.fr
34:12et sur n'importe quelle
34:13plateforme d'écoute
34:14Cette semaine
34:15il y avait à la production
34:16Thibault Lambert
34:17Clara Garnier-Amourou
34:19et Clémentine Spiller
34:20et à la réalisation
34:21Julien Moncouquiol
34:22Jules Lavi
34:23et le rédacteur en chef
34:24Si vous aimez
34:26Crime Story
34:26vous pouvez vous abonner
34:27et nous laisser des commentaires
34:28ou des petites étoiles
34:29Vous pouvez m'écrire
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34:33ou directement
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34:36vous pouvez écouter
34:37Code Source
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