- il y a 6 semaines
Paris, 1977, un mystérieux tueur s’en prend à des femmes dans des parkings avec le même modus operandi : strangulation et viol. En quatre jours, il fait trois victimes. Alors que la psychose s’installe dans la ville, c’est une banale opération de police qui va permettre de mettre la main sur celui qu’on surnomme « l’étrangleur ».
Crédits. Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Ecriture et voix: Clawdia Prolongeau et Damien Delseny - Production : Clémentine Spiler, Clara Garnier-Amouroux, Thibault Lambert et Marin Guillon Verne - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : Audio Network - Archives : INA.
Crédits. Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Ecriture et voix: Clawdia Prolongeau et Damien Delseny - Production : Clémentine Spiler, Clara Garnier-Amouroux, Thibault Lambert et Marin Guillon Verne - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : Audio Network - Archives : INA.
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00:01Bonjour, je suis Claudia Prolongeau et vous écoutez Crime Story, le podcast fait divers du Parisien.
00:07Un jeune garçon de 10 ans a été tué par balle.
00:10Des aveux, 33 ans après.
00:12Son corps a été retrouvé un mois plus tard.
00:14Des hommes cagoulés ont tiré sur les mariés alors qu'il...
00:17Chaque semaine, je vous raconte une grande affaire criminelle avec le chef du service police-justice du Parisien, Damien Delceny.
00:23Et je vous rappelle que jusqu'au 14 juillet, Crime Story est en partenariat avec France Télévisions qui met en
00:29ligne 4 films inspirés par des faits divers.
00:32Vous pouvez en retrouver la liste directement sur la plateforme France TV.
00:40Bonjour Damien.
00:41Bonjour Claudia.
00:42Aujourd'hui dans Crime Story, l'étrangleur du 10e arrondissement de Paris.
00:45Fin des années 70 au cœur de la capitale, plusieurs femmes sont violées et tuées dans leur parking ou leur
00:52appartement.
00:52Une psychose s'installe.
00:54D'autant que les enquêteurs de la 3e brigade territoriale de Paris sont persuadés qu'il s'agit d'un
01:00seul et même prédateur.
01:05Vendredi 4 novembre 1977.
01:08C'est le début de la soirée à Paris et la nuit est déjà en train de tomber.
01:11Le commissariat du 10e arrondissement reçoit un appel d'une femme inquiète.
01:16Sa fille, Christine, une jolie blonde âgée de 22 ans, semble ne pas être rentrée chez elle.
01:21Ce sont les collègues de Christine qui ont prévenu sa mère dans la journée.
01:25La jeune femme ne s'étant pas présentée au travail, ils se sont inquiétés.
01:30Christine Kergrès habite un studio dans le 10e arrondissement de Paris, au 26 avenue Claude Velfaux.
01:36Elle travaille déjà depuis quelque temps comme secrétaire et après avoir quitté son emploi dans une agence de voyage de
01:41la rue Saint-Honoré à Paris,
01:42elle vient de retrouver du travail.
01:44Elle a été embauchée, deux semaines plus tôt, dans une autre entreprise située en Seine-Saint-Denis, à Bobigny.
01:51Pour fêter ça et pour faciliter ses trajets, Christine s'est offert une voiture, une Renault 5 bleu marine.
01:57Elle est heureuse de ce nouveau départ.
02:00A terme, elle a d'autres projets, elle ne souhaite pas rester secrétaire et espère pouvoir devenir hôtesse de l
02:05'air.
02:06Mais déjà, elle est ravie d'être stable financièrement, de vivre seule, de subvenir à ses propres besoins et d
02:12'avoir pu s'acheter la voiture dont elle rêvait.
02:15Après l'appel de sa mère, la police et les pompiers se rendent devant l'appartement de la jeune femme.
02:20N'obtenant aucune réponse en frappant et en sonnant, ils finissent par enfoncer la porte.
02:25A l'intérieur, rien de suspect.
02:27L'appartement n'est pas en désordre.
02:29Dans un premier temps, la mère rentre chez elle.
02:31Puis elle se souvient que sa fille venait d'acheter une voiture et elle contacte des amis de Christine en
02:37leur demandant s'ils veulent bien aller vérifier la présence de la voiture au parking.
02:41Les amis prennent donc le chemin du 26 avenue Claude Velfaux.
02:45Ils descendent dans le parking.
02:47Au premier sous-sol, pas de traces de Christine ni de sa voiture.
02:52Au deuxième sous-sol, ils repèrent rapidement la R5 bleue.
02:56Ils s'approchent et aperçoivent à travers la vitre, sur la banquette arrière de la voiture, le corps de Christine.
03:13Damien, la 3ème brigade territoriale est chargée de l'enquête.
03:17Les policiers apprennent que la veille de la découverte de son corps, le jeudi soir donc, Christine a dîné avec
03:23une amie.
03:24Elle y est allée en voiture.
03:26Son amie, qui est entendue par les policiers de la 3ème BT, comme on disait à l'époque, n'a
03:31rien signalé de particulier sur le déroulé du dîner.
03:34Tout s'est passé tout à fait normalement.
03:36Elle explique ensuite aux enquêteurs que Christine est repartie, toujours au volant de sa petite R5.
03:42Elle lui a dit quand même, en partant, Christine, qu'elle avait un rendez-vous mais qu'elle n'était
03:46pas tout à fait sûre de l'honorer.
03:48En tout cas, les policiers, quand ils reconstituent cet emploi du temps, il apparaît évident pour eux qu'elle a
03:54donc été agressée dans le parking souterrain de son immeuble,
03:57après ce dîner, puisque le lendemain matin, elle ne s'est pas présentée au travail.
04:02Donc, il s'est passé quelque chose entre son départ de ce dîner et le lendemain matin.
04:05Alors, la vraie question, c'est est-ce qu'elle a honoré ce fameux rendez-vous ou pas, dont elle
04:11avait parlé à son amie ?
04:12Dans la brigade qui enquête sur cette affaire, il y a une policière stagiaire qui s'appelle Martine Monteil.
04:17Oui, une policière débutante à l'époque, qui deviendra ensuite une vraie figure de la police judiciaire française, pas seulement
04:25parisienne.
04:26À l'époque, effectivement, elle est stagiaire, elle a tout juste 27 ans.
04:30L'enquête démarre. La jeune femme victime a été étranglée, mais aussi, les policiers s'en rendent compte assez vite,
04:36très probablement violée.
04:38Oui, ça, c'est leur impression et ce qu'ils constatent sur la scène de crime très vite.
04:43Ils vont saisir tous les éléments qui pourront peut-être les aider par la suite.
04:48Alors, on rappelle, on est en 1977, donc on n'a pas d'ADN, on est très loin de la
04:53police technique et scientifique d'aujourd'hui.
04:56Même à l'époque, les empreintes digitales ne servent quasiment à rien.
05:00Alors, les policiers ne restent pas inactifs pour autant.
05:04Ils trouvent un couteau et alors, même si la jeune femme a a priori été plutôt étranglée,
05:10c'est intéressant de trouver ce couteau à cet endroit parce qu'à défaut d'être peut-être l'arme
05:15du crime,
05:16il peut quand même appartenir au meurtrier.
05:19Alors, c'est un couteau de cuisine avec un manche en plastique et qui supporte des traces de brûlure.
05:24Mais l'élément le plus intéressant que trouvent les policiers, il n'est pas matériel.
05:32Les policiers apprennent que l'année précédente, à la même époque,
05:36une autre jeune femme, habitant dans le même immeuble que Christine,
05:39a elle aussi été victime d'une terrible agression.
05:42Alors qu'elle marchait dans la rue pour rentrer chez elle,
05:45elle a remarqué qu'un homme semblait la suivre.
05:47Elle ne s'est pas inquiétée outre mesure,
05:49mais dès qu'elle s'est retrouvée dans le hall de son immeuble,
05:52l'homme s'est engouffré derrière elle et l'a tenue en joue avec un couteau dans l'ascenseur
05:56en l'obligeant à le faire entrer chez elle.
05:59Une fois dans son appartement, il la viole toujours en la menaçant avec son couteau
06:04et il finit par s'enfuir.
06:06Cette piste d'un homme qui traquerait et agresserait les jeunes femmes de l'avenue Claude Velfaux
06:10est intéressante, mais aucun élément ne vient l'étayer à ce stade.
06:15Et l'agresseur de la première jeune femme n'ayant jamais été retrouvée,
06:19les policiers ne peuvent pas l'entendre.
06:21Devant l'incapacité à creuser cette piste,
06:24les policiers se penchent sur la vie intime de Christine Kergresse.
06:28La jeune femme était célibataire,
06:29mais récemment, elle avait dû faire face aux avances d'un homme
06:32qu'elle avait éconduit et qui s'était mise à la harceler.
06:36Avant de travailler à Bobigny,
06:38Christine était employée dans une agence de voyage du centre de Paris, on l'a dit.
06:42Dans ses affaires, les policiers retrouvent des notes de Christine
06:44et comprennent que dans cette agence,
06:46le patron s'était pris d'elle et passait son temps à tenter d'obtenir un rendez-vous.
06:51Avec la jeune femme.
06:52Il lui faisait des blagues déplacées,
06:54l'invitait à des déjeuners qu'elle déclinait la plupart du temps,
06:56mais elle se sentait obligée d'accepter parfois.
06:59Il insistait,
07:00alors même qu'elle lui répétait qu'elle n'était pas intéressée par lui.
07:03Christine se sent finalement tellement mal dans cet environnement professionnel
07:07qu'elle finit par démissionner.
07:09Mais ça ne suffit pas à éloigner son désormais ancien patron,
07:12dont les enquêteurs ont de bonnes raisons de croire
07:14qu'il a été en contact avec elle le jour de son meurtre.
07:24Damien, les enquêteurs entendent cet homme, le patron.
07:27Oui, ils vont l'entendre pendant toute la nuit.
07:30Et pour eux, c'est une vraie piste sérieuse,
07:32c'est la première piste.
07:33Mais rappelez-vous, il tient ce monsieur une agence de voyage
07:36et il se trouve qu'au moment des faits,
07:38au moment du viol et du meurtre de Christine,
07:41il était très loin de Paris,
07:43il était en Tunisie.
07:44Et tout le prouve, parce qu'évidemment, les policiers font des vérifications.
07:48Ils retrouvent le billet d'avion,
07:50le cachet du passeport,
07:51le passage à la douane.
07:53Et donc, il était de manière certaine en Tunisie au moment des faits.
07:57Donc, il ne peut pas être le violeur et le meurtrier de Christine.
08:01C'est retour à la case départ.
08:03Finalement, les policiers acquièrent la conviction
08:05que l'auteur du meurtre ne se trouve pas dans l'entourage de Christine Cargress.
08:09Oui, c'est souvent dans l'entourage qu'on commence par chercher,
08:12parce que statistiquement,
08:13c'est souvent là que se trouvent les auteurs et les meurtriers.
08:16Mais après avoir passé en revue
08:18un peu toutes les fréquentations amicales ou amoureuses de Christine,
08:23les policiers vont éliminer une à une ces pistes.
08:26Et donc, la solution qui s'impose à eux,
08:29c'est celle plutôt d'un rôdeur,
08:31de quelqu'un qui a pu passer là par hasard,
08:34d'un prédateur.
08:35Donc, c'est à la fois une nouvelle piste,
08:37mais c'est surtout une piste beaucoup plus compliquée,
08:38parce que là, on cherche quelqu'un
08:40qui est beaucoup plus difficile à identifier,
08:42qui ne fait pas partie de l'entourage habituel direct de la victime.
08:46Donc, il va falloir aller chercher des gens
08:48qui n'ont pas de lien apparent avec Christine
08:51et donc plus difficilement identifiable.
08:53Mais c'est aussi une enquête plus délicate pour une autre raison,
08:57parce que ça veut dire que si on a un homme
08:59qui s'en prend aux jeunes femmes dans le quartier,
09:01un peu au hasard,
09:03ça veut dire que d'autres femmes sont encore en danger.
09:06Trois jours après le meurtre de Christine,
09:08ce que les policiers redoutaient, se produit.
09:11Oui, très rapidement.
09:12Une autre femme est agressée dans le quartier.
09:15On est effectivement le 7 novembre.
09:17Elle s'appelle Monique.
09:18Elle a 34 ans et elle va être attaquée
09:20dans le parking de son immeuble,
09:22situé au numéro 26 de la rue Vic d'Azir,
09:25c'est-à-dire à 500 mètres de là où a été tuée Christine.
09:33Monique, 34 ans, rentre chez elle après un dîner
09:36et se gare, elle aussi, dans le parking souterrain de son appartement
09:39au 26 rue Vic d'Azir, dans le 10e arrondissement de la capitale,
09:43une rue perpendiculaire à l'avenue Claude Velfaux.
09:46Il fait nuit.
09:47Après avoir garé sa voiture et alors qu'elle ouvre la portière côté conducteur,
09:51un homme qui est entré dans le parking juste derrière elle,
09:54bondit sur elle et la frappe.
09:56Il tente de la maîtriser, mais Monique parvient à lui mordre le bras,
10:00à le griffer et à appeler à l'aide.
10:02Des voisins, alertés par les cris, accourent.
10:05Quand ils arrivent près de la jeune femme, l'homme a déjà pris la fuite.
10:09Les enquêteurs de la brigade territoriale font très vite le rapprochement
10:12entre les deux affaires.
10:14La proximité des deux agressions et le mode opératoire similaire
10:17ne leur semblent pas être un hasard.
10:19Mais ils ont à peine le temps de progresser dans l'enquête
10:22que déjà une autre victime se fait connaître.
10:26Le lendemain, Catherine, 21 ans, secrétaire elle aussi,
10:29sort de son appartement dans un immeuble situé au 48 Quai de Gémap,
10:33toujours dans ce même quartier.
10:34Elle descend au deuxième sous-sol pour vider sa poubelle
10:37quand un homme lui saute dessus et tente de l'étrangler.
10:40Il s'empare de son collier et le tire fort en arrière.
10:44Elle chute et sa tête heurte le mur.
10:46Elle perd connaissance quelques secondes.
10:48Quand elle revient à elle, Catherine sait que très peu de temps est passé
10:52car la minuterie de l'éclairage ne s'est pas encore éteinte.
10:55Elle remonte vite au rez-de-chaussée et informe le couple de gardiens de l'immeuble
10:59de l'agression qu'elle vient de subir.
11:01Des habitants de l'immeuble, immédiatement prévenus,
11:04descendent dans les sous-sols, armés d'une carabine 22 longs rifles.
11:07Mais malgré leur fouille minutieuse des lieux, ils ne trouvent rien.
11:11L'homme s'est déjà enfui.
11:12Comme Monique, Catherine s'en sort saine et sauve.
11:15Mais aucune des deux femmes ne parvient à donner un signalement précis de l'homme
11:20qui les a agressées.
11:21Catherine se souvient seulement qu'il était jeune et faisait environ 1m80.
11:26Pour la troisième fois en quatre jours donc, une femme jeune habitant dans le dixième
11:30arrondissement de Paris a été sauvagement agressée par un homme qui a tenté de l'étrangler
11:35avant de prendre la fuite.
11:40Damien, cette troisième attaque inquiète particulièrement les habitants du quartier.
11:44Oui, d'autant que cette fois-ci, les médias commencent, les journalistes commencent à
11:48s'intéresser à l'affaire.
11:50Ils sont de plus en plus nombreux à relater ces agressions, cette série d'agressions.
11:55Et tout le monde commence à faire le lien entre les trois agressions, comme on vient
11:59de le dire.
11:59Donc, les journaux vont même titrer sur l'étrangleur du dixième.
12:04Résultat, une psychose s'installe, comme c'est souvent le cas dans ces cas-là.
12:07Les femmes ont peur de sortir de chez elles, tout simplement, même de rentrer le soir
12:11en voiture, même de descendre les poubelles dans le sous-sol.
12:14La préfecture de police va organiser un dispositif avec des rondes, des patrouilles qui sont
12:20un peu plus nombreuses dans l'arrondissement, des policiers qui sont en tenue, donc visibles.
12:25Et ce qui est un peu à l'encontre de ce que pensent les enquêteurs de la police judiciaire,
12:29eux, ils préfèreraient un dispositif de planque et de surveillance plus discret, en
12:34civil, en quelque sorte, pour éviter justement que le ou les agresseurs ne s'aperçoivent
12:40qu'il y a une présence policière très forte dans le quartier.
12:42Les enquêteurs sont un peu au pied du mur.
12:45Il faut vite attraper cet homme pour calmer la crainte des riverains, mais aussi, voire
12:50surtout, pour éviter que d'autres crimes n'aient lieu.
12:52Oui, ils vont avoir une idée, ce qui peut paraître quand même très risqué, ils vont
12:56demander à des jeunes femmes de jouer les appâts.
12:59Donc, des jeunes femmes qui vont être évidemment recrutées parmi les rangs de la police, qui
13:04ont l'habitude un peu du terrain ou qui travaillent dans des fonctions policières, ils vont leur
13:08demander de se rendre au volant de leur voiture, dans des parkings souterrains du quartier,
13:12pour vraiment clairement appâter ce prédateur.
13:16Un policier, quand même, un homme est présent, lui, caché un peu sur la banquette arrière
13:22du véhicule, où il reste allongé pour rester invisible, au cas où, évidemment, le prédateur
13:27se présenterait.
13:28Parmi ces femmes, il y a Martine Montaigne, la jeune stagiaire dont nous avons parlé au
13:32début de cet épisode.
13:34Oui, alors on l'a dit, elle démarre sa carrière, mais elle connaît le métier dans
13:37la mesure où elle vient d'une famille, elle est issue d'une famille de policiers, gardien
13:42de la paix, inspecteur de police à la préfecture de police de Paris, elle connaît la maison,
13:47comme on dit, d'ailleurs, elle deviendra, elle ne le sait pas encore à l'époque, mais
13:50elle sera la future grande directrice de ce 36 qui est des orfèvres.
13:54Alors, faire la part, en matière de police, on appelle ça faire la chèvre, comme on accrocherait
13:59une chèvre pour faire venir un prédateur.
14:01Donc, à l'arrière de la voiture, on l'a dit, il y a un policier qui est allongé, prêt
14:04à intervenir.
14:05Et Martine Montaigne, elle, elle joue un des rôles, une des chèvres, entre guillemets,
14:09elle va descendre à pied, alors elle n'est pas armée de toute façon, elle n'a pas
14:13le droit de l'être puisqu'elle est simplement stagiaire à l'époque, mais bon, toutes
14:16ces opérations pour « rapater » l'agresseur ne vont rien donner.
14:23Et en fait, c'est un tout autre dossier sur lequel les enquêteurs de la brigade territoriale
14:28de la 3e BT vont être envoyés.
14:31C'est ce dossier-là qui va permettre à celui des agressions en série du 10e d'avancer.
14:38Le mardi 15 novembre 1977, les pompiers sont appelés vers 15h30 pour intervenir dans
14:43un immeuble proche de l'hôpital Saint-Louis.
14:46Un feu s'est déclaré dans un appartement modeste du 5 rue Jacques-Louvel-Tessier, dans
14:50le 10e arrondissement.
14:52Après être parvenu à maîtriser le feu et à éteindre l'incendie, il découvre le
14:56corps d'une femme nue, allongée sur son lit.
14:59Elle est morte, mais il leur semble que ce n'est pas parce qu'elle a inhalé les fumées
15:03de l'incendie.
15:04Non, les marques visibles autour de son cou laissent plutôt penser qu'elle a été
15:08étranglée.
15:09En quelques minutes, les policiers de la 3e brigade territoriale sont sur place et ils
15:14reconnaissent immédiatement le mode opératoire de celui qu'ils ont appelé l'étrangleur
15:19du 10e.
15:20L'autopsie confirmera d'ailleurs que la victime a été violée avant d'être étranglée,
15:24comme c'était le cas de Christine Kergress, la première victime.
15:28Avant de quitter les lieux et après avoir tué la femme, l'homme a allumé deux foyers
15:32dans l'appartement, déclenchant ainsi l'incendie de l'immeuble.
15:35Dans le quartier, la psychose monte d'un cran.
15:38On compare ce mystérieux tueur à Jack Léventreur en Angleterre ou au tueur de l'Oise qui sévit
15:44à la même époque en Picardie et dont on apprendra bien plus tard qu'il est en fait
15:48un gendarme du secteur.
15:50L'enquête permet d'établir que la victime s'appelle Dravica Projomet.
15:53Elle avait 35 ans, deux enfants de 2 et 10 ans et elle était d'origine yougoslave,
15:59comme une bonne partie des résidents de l'immeuble.
16:01L'enquête de voisinage est compliquée car beaucoup d'habitants ne maîtrisent pas
16:04le français.
16:05Mais la plupart connaissent bien la victime et à ce titre, ils peuvent apporter des
16:09informations nouvelles, notamment en étant précis sur ses fréquentations.
16:14C'est ainsi que les enquêteurs entendent parler pour la première fois d'un homme
16:17yougoslave, décrit par tous comme assez violent.
16:21Une jeune femme de la communauté a plus à leur dire sur le sujet, mais elle souhaite
16:24le faire directement au commissariat.
16:27Rendez-vous est pris.
16:28Face au commissaire, la jeune femme raconte qu'une de ses amies est en instance de divorce
16:33avec cet homme violent et qu'en entendant parler du meurtre, elle aurait dit « c'est
16:37bien lui qui aurait fait ça ».
16:39Cet homme s'appelle Milivoï Milo Savievitch et c'est un habitué de l'immeuble où a eu
16:43lieu le deuxième meurtre.
16:45Récemment séparé, il vit chez sa mère, juste à côté, à l'angle de l'avenue
16:49Claude Velfaux a seulement quelques dizaines de mètres de l'entrée du parking de Christine
16:53Kergrès.
16:54On voit même l'entrée du parking depuis la fenêtre du salon.
16:58Pour les enquêteurs, ces éléments sont assez probants pour interpeller Milivoï Milo
17:04Savievitch.
17:08Damien, le jeudi 17 novembre, le suspect est interpellé.
17:12Il est placé en garde à vue, il y a une perquisition qui est menée comme c'est d'habituel
17:17chez sa mère puisque c'est là où il vit.
17:20Et qu'est-ce qu'on découvre, enfin qu'est-ce que les policiers découvrent ? Eh bien des
17:22couteaux de cuisine semblables à celui, vous vous souvenez, retrouvé dans la voiture
17:28de Christine Kergrès dans le parking souterrain avec en plus les mêmes traces de brûlure sur
17:34ses couteaux.
17:34Alors la mère va expliquer aux policiers, la maman de Milo Savievitch va expliquer
17:39aux policiers que son fils effectivement a l'habitude d'abîmer ses couteaux, de
17:44les brûler parce qu'il les pose directement sur la poêle chaude quand il fait cuire ses
17:49oeufs.
17:49Alors c'est un élément et un témoignage déterminant et ça va évidemment être une
17:54des questions principales qui va être posée en premier à Milo Savievitch pendant sa
17:58garde à vue.
17:59Milivoï Milo Savievitch est donc placé en garde à vue.
18:02Les enquêteurs sont convaincus qu'ils tiennent le coupable mais ils veulent absolument
18:07obtenir des aveux.
18:08Oui, rappelons, c'est à la fin des années 70, les aveux ça reste quand même la priorité,
18:13la reine des preuves comme on l'appelle à l'époque dans une procédure criminelle.
18:17Ça permet de toute façon quand même d'aller plus loin, c'est un vrai enjeu pour les policiers
18:21et les gendarmes.
18:22Surtout qu'on le répète, à l'époque on ne peut pas compter vraiment sur des preuves
18:26scientifiques comme l'ADN aujourd'hui.
18:28Un témoin, en l'occurrence la voisine de Christine Kergrès, reconnaît Milivoï Milo
18:33Slavievitch comme l'agresseur de Christine.
18:36En fait, cette voisine, elle s'était déjà manifestée auprès de la police au moment
18:40de la mort, du meurtre de Christine Kergrès parce qu'elle avait aperçu un homme, une
18:45silhouette, entrer dans le parking derrière la voiture de Christine Kergrès qui n'est
18:50quand même pas très commun.
18:51Donc là, une fois qu'ils ont Milo Slavievitch en garde à vue, les policiers vont convoquer
18:55cette voisine, ce témoin important, et puis ils vont faire ce qu'on appelle une parade
18:59d'identification, c'est-à-dire qu'ils vont mettre la voisine derrière une glace
19:02centain, devant ils vont mettre une rangée d'hommes, au milieu il y a Milo Slavievitch
19:08avec un numéro, puis autour de lui il y a des policiers souvent qu'on va piocher un peu
19:11au hasard.
19:12Enfin, il faut qu'ils aient une ressemblance quand même physique ou dans la morphologie
19:15un peu approchante.
19:16Et puis on va lui demander si elle reconnaît dans cette sélection l'agresseur supposé
19:21de Christine Kergrès, et cette voisine, elle va être formelle, elle va dire en tout
19:24cas, Milo Slavievitch, là ce monsieur que vous me présentez, c'est lui qui est rentré
19:28derrière la voiture de Christine Kergrès.
19:32Néanmoins, les enquêteurs n'ont toujours pas d'aveu, et ils ne perdent pas de vue cet
19:36objectif.
19:37Le temps est compté.
19:38Au-delà des 48 heures prévues par la loi, si le suspect ne fait pas de déclaration,
19:43ils devront se contenter de leur faisceau d'indices pour espérer un procès et une
19:47condamnation.
19:48Lors des auditions, le Yougoslave est peu locasse.
19:51Il garde la tête baissée, répond aux questions de manière évasive et ne cède pas face à
19:56la pression des enquêteurs qui se relaient, de jour comme de nuit, pour le fatiguer.
20:00Après les premières 24 heures, la garde à vue de Milivoj Milo Slavievitch est prolongée.
20:06C'est alors que Martine Monteil, la stagiaire de la 3e division de la brigade territoriale,
20:10se propose d'essayer à son tour.
20:13Le commissaire accepte.
20:14Elle raconte ce moment dans l'émission Au bout de l'enquête, sur France 2.
20:18On fouille un peu dans ses affaires et notamment, je découvre dans son portefeuille une petite
20:24photo d'identité d'un gamin de 2 ans à peu près, vous voyez, en rondouillard mignon.
20:31Je lui montre la photo et je lui dis, c'est qui lui, le garçon là ? C'est ton
20:36fils ? Et là,
20:37il lève les yeux quand même et il regarde. Et il me dit oui. Et j'ai dit, tu vois
20:43ton fils là ? Dans cette affaire, quand tu le reverras, ce sera un homme.
20:50Peut-être que si tu expliques ce que tu as fait, le juge peut avoir un regard un peu clément
20:55sur ton dossier
20:56dans la mesure où tu participes, où tu avoues. Et c'était un peu une escroquerie de ma part, bien
21:02sûr, mais bon.
21:03Ce n'est pas tout à fait vrai. Même en coopérant, si Milivoj Miloslavlevic a bien tué deux femmes,
21:09il ira en prison pour une longue durée. Mais le subterfuge fonctionne.
21:16Damien, le vendredi 18 novembre 1977, deux semaines après le premier meurtre commis par Milivoj Miloslavlevic, il avoue.
21:24Oui, alors c'est quand même assez inattendu, quelqu'un qui craque comme ça pendant une garde à vue.
21:29D'autant qu'il va se livrer complètement, pas à demi-mot, il va donner tout un tas de détails,
21:35y compris des détails, qu'il est le seul à pouvoir connaître sur ses crimes.
21:40Est-ce qu'il explique ses gestes ?
21:41Pour la première victime, il dit qu'il a commencé par une tentative de séduction, une tentative de prise de
21:47contact.
21:48Et quand elle l'a refusé, il a eu une pulsion.
21:51Pour la deuxième, c'est une femme avec laquelle il avait, dit-il, une relation.
21:56Et il dit ne pas avoir supporté qu'elle se refuse à lui cette fois-là.
22:01Milivoj Miloslavlevic est déféré devant le parquet et mis en examen pour ses meurtres.
22:06C'est annoncé dans la presse et les projecteurs sont tournés vers Martine Monteil avec des expressions sexistes bien de
22:11l'époque,
22:12comme par exemple, c'est un maigret en jupon qui a recueilli les aveux de l'étrangleur du dixième.
22:17Les termes qui désignent Martine Monteil sont évidemment assez choquants quand on les lit avec les lunettes d'aujourd'hui.
22:22Et souvent dans sa carrière, elle sera mise en avant d'abord parce que c'est une femme.
22:26Mais il faut quand même expliquer qu'à l'époque des commissaires femmes, il y en a très peu.
22:30Les promotions de commissaires en France, c'est quasi exclusivement des hommes.
22:34Et Martine Monteil, elle va toujours apparaître et elle apparaîtra toujours comme une des pionnières
22:38puisque c'est une femme qui va s'imposer dans un milieu d'hommes.
22:42Il y avait vraiment très très peu de commissaires femmes à l'époque.
22:46Et elle va faire, là à l'époque, c'est le début d'une carrière qui va être extrêmement brillante.
22:52Dans l'opinion publique, le cas Milivoï-Milosavlevic choque particulièrement.
22:57Le mardi 6 décembre 1977, alors qu'il est en détention provisoire dans l'attente de son procès depuis trois
23:03semaines,
23:04une reconstitution est organisée dans l'immeuble de Christine Kergrès.
23:07L'information a fuité et sur le trottoir, des dizaines de personnes attendent le fourgon de police transportant l'accusé
23:14en criant à mort.
23:15La peine de mort existe toujours, mais la possibilité qu'elle soit abolie est une petite musique qu'on entend
23:20de plus en plus souvent.
23:22En janvier 1977, dix mois avant les meurtres de Milivoï-Milosavlevic,
23:27Robert Badinter prononce une plaidoirie devenue célèbre, contre la peine de mort.
23:31Il défend alors Patrick Henry, accusé d'avoir tué un petit garçon de 7 ans.
23:36Robert Badinter convainc les jurés de ne pas le condamner à la peine capitale.
23:40Collectivement, on pense que c'est la fin de la peine de mort.
23:44Mais le 10 septembre 1977, dix mois plus tard, Amida Jandoubi, coupable du viol et du meurtre de sa compagne,
23:51est exécutée à la prison des Beaumettes à Marseille.
23:54Alors qu'en sera-t-il pour Milivoï-Milosavlevic ?
23:57Le mercredi 8 octobre 1980, son procès s'ouvre devant la cour d'assises de Paris.
24:02La cour d'assises de Paris examine depuis cet après-midi une affaire de viol d'une gravité exceptionnelle.
24:08L'accusé, un Yougoslave, risque deux fois la peine de mort.
24:12Sa défense insiste sur le difficile passé de l'accusé.
24:16Né en Yougoslavie en 1950, Milivoï-Milosavlevic est maltraité dès l'enfance.
24:21Selon ses avocats, il subit notamment les sévices d'un père particulièrement violent.
24:26Il est même victime de relations sexuelles forcées ou rémunérées avec des hommes dès l'âge de 13 ans.
24:32Très tôt, il plonge dans la criminalité.
24:35Il commet des braquages, se bat.
24:37La justice française apprend même qu'avant d'arriver en France,
24:40il a déjà été condamné en Yougoslavie pour viol et a passé deux ans derrière les barreaux.
24:51Damien, le procès de Milivoï-Milosavlevic se tient alors que le débat sur la peine de mort est à son
24:57paroxysme.
24:57Nous sommes à l'époque à six mois de l'élection présidentielle de 1980, de mai 1980,
25:03et la peine de mort est un thème de campagne important.
25:07C'est même une des promesses phares de François Mitterrand de la supprimer.
25:12Il y a de nombreux intellectuels qui militent pour son abolition,
25:15dont Robert Badinter qui deviendra, on le sait, le ministre de la justice de François Mitterrand,
25:21celui qui abolira la peine de mort.
25:23Que dit la défense ?
25:24Ce que va expliquer la défense, c'est que selon eux, Milivoï-Miloslavlevic n'est pas un criminel sexuel.
25:30C'est-à-dire que c'est plus facile à entendre à l'époque, puisque le viol n'est pas
25:34considéré comme un crime.
25:36Donc la défense dit qu'avant tout c'est un tueur et qu'il tue parce qu'il a simplement
25:40peur
25:41que les victimes de ces agressions sexuelles et de ces viols ne le reconnaissent.
25:45Donc c'est pour ça qu'il les élimine.
25:47L'avocat général n'est pas convaincu par cette hypothèse ?
25:49Non, parce qu'il souligne qu'à chaque fois, Miloslavlevic a aussi volé ses victimes,
25:55ce qui selon lui démontre au contraire qu'il tue de sang-froid et pas dans un geste de panique
26:02et que tout ça est parfaitement prémédité.
26:05Les parents de Christine Kergrès, par la voix de leur avocat, réclament la peine de mort ?
26:09Oui, l'avocat va dire dans une nation civilisée, il n'est pas possible que l'auteur de crimes de
26:15cette sorte
26:16puisse ne pas payer le prix le plus élevé.
26:20Pour ces crimes atroces, il n'existe pas de circonstances atténuantes.
26:24Alors l'avocat de Milivoï, Miloslavlevic, va lui répliquer
26:28« La vengeance n'a pas sa place dans un prêtoir, vous ne pouvez pas dire qu'il n'y
26:32a aucune circonstance atténuante
26:34quand vous connaissez la personnalité et le passé de cet homme dont on ne peut pas dire qu'il est
26:39normal. »
26:40Il va s'adresser aux parents des victimes et leur dire
26:43« La fin de votre tourment ne passe peut-être pas par ce que vous envisagez. »
26:51Pendant tout le procès, on ne sait pas si le meurtrier va échapper à la peine de mort.
26:57Milivoï Miloslavlevic est finalement condamné à la réclusion criminelle à perpétuité.
27:01Il évite de peu la peine capitale.
27:04Quinze jours plus tard, Philippe Maurice, accusé de complicité de meurtre et de meurtre sur agent de la force publique,
27:10sera lui condamné à mort par cette même cour d'assises de Paris.
27:13Mais la peine de mort sera définitivement abolie avec l'arrivée de François Mitterrand au pouvoir en mai 1981.
27:20Et Philippe Maurice sera finalement gracié.
27:24Milivoï Miloslavlevic, lui, deviendra l'un des condamnés à avoir passé le plus de temps dans les geôles françaises.
27:29Il meurt en détention le 14 mars 2022, à l'âge de 71 ans, après en avoir passé 42 derrière
27:36les barreaux.
27:47Vous venez d'écouter Crime Story, l'étrangleur du 10e arrondissement de Paris.
27:51Cet épisode est diffusé en partenariat avec France Télévisions qui met en ligne entre le 15 avril et le 14
27:57juillet
27:57quatre films inspirés par des faits divers.
28:00Vous pouvez retrouver la liste sur leur site internet.
28:03Ce récit Crime Story était écrit par Claudia Prolongeau, avec Victor Bonnoir et raconté avec Damien Delsenis.
28:09Pour écouter tous nos autres podcasts, c'est sur le site leparisien.fr et sur n'importe quelle plateforme d
28:14'écoute.
28:15Cette semaine, il y avait à la production Clara Garnier-Amourou, Clémentine Spiller et à la réalisation Julien Moncouquiole.
28:22Jules Lavi est le rédacteur en chef.
28:25Si vous aimez Crime Story, vous pouvez vous abonner et nous laisser des commentaires ou des petites étoiles.
28:29Vous pouvez m'écrire sur mon compte Instagram et surtout, vous pouvez écouter Code Source, notre podcast d'actualité
28:34qui propose un nouvel épisode chaque jour, du lundi au vendredi.
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