- il y a 20 heures
- #meurtre
Meurtres sauvages en pleine rue, femmes agressées, voitures piégées… À la fin des années 1970 dans l’Oise, un homme sème la mort et la terreur. Crime story raconte cette affaire dans un podcast en deux parties.
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Ecriture et voix : Clawdia Prolongeau et Damien Delseny - Production : Emma Jacob et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : Audio Network
Archives : INA.
#meurtre
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00:01Bonjour, je suis Claudia Prolongeau et vous écoutez Crime Story, le podcast de Faits Divers du Parisien.
00:08Décidément, ce sont les Faits Divers et leurs conséquences qui ont la vedette aujourd'hui.
00:13Des restes humains ont été retrouvés sur la propriété.
00:17Le préfet de la région Corse a été assassiné de plusieurs balles dans la tête ce soir.
00:21Un couple et ses quatre enfants ont donc disparu. L'enquête se vante aujourd'hui vers un geste criminel.
00:27Chaque semaine, je vous raconte une grande affaire criminelle en m'appuyant sur l'expertise du chef du service police
00:33-justice du Parisien, Damien Delsenie.
00:38Bonjour Damien. Bonjour Claudia.
00:40Aujourd'hui, Damien, l'affaire du tueur de l'Oise.
00:43Oui, des femmes qui se font tirer dessus sur le bord de la route, des voitures piégées et un tueur
00:48qui n'hésite pas à envoyer des lettres aux enquêteurs.
00:52Dimanche 23 juillet 1978, Pont-Sainte-Maxence, une commune de l'Oise située sur la départementale 1017, entre Sanlis et
01:01Compiègne.
01:03Il est un peu plus de minuit et Karine, 19 ans, rentre chez elle à pied après une séance de
01:09cinéma.
01:10Alors qu'elle remonte la rue principale déserte, une voiture Renault 12, de couleur rouge-grenat, s'arrête à son
01:16niveau.
01:17La portière du côté du passager s'ouvre et la personne à l'intérieur pointe un pistolet Beretta vers elle.
01:25On entend trois coups de feu.
01:28Karine s'effondre.
01:30Les voisins, alertés par le bruit, sortent et aperçoivent la voiture partir au loin.
01:37Ils se précipitent vers la victime.
01:39Au sol, Karine est encore vivante.
01:42Par chance, elle n'a été touchée qu'une seule fois, au mollet.
01:47La jeune femme est transportée à l'hôpital.
01:54Quelques jours plus tard, elle est entendue par des enquêteurs du PSIG,
01:58le tout nouveau peloton de surveillance et d'intervention de la gendarmerie à Chantilly.
02:03Elle leur raconte la scène comme elle s'en souvient.
02:06Les gendarmes réalisent que la voiture ayant croisé la route de Karine cette nuit-là
02:11a été volée quelques jours plus tôt à un automobiliste qui avait laissé les clés dessus.
02:17La jeune femme décrit physiquement son agresseur,
02:19un homme dont elle a aperçu le visage dans l'encadrement de la vitre.
02:24Il est jeune, beau, propre sur lui.
02:27Les gendarmes sont chargés du dossier.
02:29Le portrait robot dessiné sur les indications de Karine est trop imprécis
02:33et il décide de ne pas le diffuser.
02:37Deux mois plus tôt, le PSIG a été confronté à une autre affaire.
02:41Un soir de patrouille, en mai 1978,
02:44le peloton de surveillance de Saint-Lys découvre dans un chemin de terre
02:49au niveau du carrefour des Ripailles à Chantilly
02:51une Peugeot 504, abandonnée.
02:54Le pare-brise est cassé, la lunette arrière criblée de balles.
02:58A l'intérieur du véhicule, on trouve des cordages,
03:01des mégots de gitane, une seringue avec des traces de poudre blanche,
03:05des papiers de bonbons et de chewing-gum,
03:07un mouchoir taché de sang et des douilles,
03:10de carabines et de pistolets 9 mm.
03:13A quelques mètres de la voiture, par terre,
03:16ils trouvent un plan griffonné à la main de la poste de Pierrefonds,
03:20une autre commune de Loise.
03:21Ça semble être les préparatifs d'un hold-up.
03:24Ils alertent l'antenne de police judiciaire de Creil,
03:27à l'époque chargée des affaires de banditisme dans le département.
03:31Après vérification, la police s'aperçoit que la voiture a été volée
03:34quelques jours auparavant à la femme d'un gendarme
03:37qui faisait ses courses et avait laissé les clés sur le contact.
03:45Damien, à ce moment-là, est-ce qu'on fait un lien entre ces deux affaires ?
03:48Non, aucun et objectivement, il n'y a pas vraiment de raison d'en faire.
03:51Là, on est face à deux vols de voitures.
03:53En fait, le seul point commun, c'est deux voitures volées,
03:55une qu'on retrouve vide, alors avec du matériel dedans
03:58qui effectivement peut ressembler à un matériel de préparation d'un braquage
04:01et une autre voiture volée qui est utilisée par un homme pour tirer sur une femme.
04:06Donc voilà, à part le fait d'être dans le même département
04:07et d'avoir deux voitures volées, il n'y a pas de raison majeure
04:09de faire un rapprochement entre les deux affaires.
04:11Au début du mois d'août, une nouvelle affaire vient s'ajouter aux deux précédentes.
04:15Oui, là c'est un gardien de la paix, donc un policier,
04:18qui remarque devant le commissariat de Creil une Renault 12 mal garée.
04:22Elle est la seule qui est stationnée ce jour-là du côté père,
04:24c'est-à-dire du mauvais côté.
04:25Vous savez, il y a des stationnements alternés côté père, côté impère.
04:28Donc là, il est un peu intrigué, il s'approche, il regarde à l'intérieur de la voiture,
04:33il essaie de l'ouvrir, il l'ouvre, et là la voiture explose.
04:36Le policier est légèrement blessé parce qu'elle semble être une bombe artisanale
04:40qui avait été fabriquée, on le verra ensuite, avec du désherbant agricole.
04:44Donc la voiture avait été piégée puisque dès qu'il actionne la poignée de porte,
04:48la voiture explose.
04:49Et on s'aperçoit aussi que la Renault 12 a été volée un mois plus tôt
04:53à un agriculteur de laine qui, là encore, avait laissé ses clés dessus.
05:00Le jeudi 10 août 1978, seulement quelques jours après l'explosion
05:04de la voiture piégée devant le commissariat,
05:06les policiers de Creil reçoivent une lettre anonyme.
05:09Elle est adressée au commissaire Thierphine
05:12et elle a été postée de Pont-Sainte-Maxence.
05:16Monsieur, cette lettre est écrite afin de vous fournir quelques précisions
05:20concernant la voiture Renault 12, rouge, immatriculée 1303 QG02.
05:27Le corbeau revendique d'avoir piégé la voiture devant le commissariat,
05:31cite le nom du gardien de la paix qui a été blessé
05:34et donne même une preuve matérielle.
05:37Dans l'enveloppe, il a glissé la carte grise du véhicule.
05:41Le mystérieux correspondant revendique aussi l'agression de Karine
05:44mais surtout, il dit qu'il va recommencer.
05:48Une fille de 17 ans qui déambule provoquamment la nuit
05:51est une cible que j'affectionne particulièrement.
05:54Karine me connaît mais ne pourra jamais faire le rapprochement.
05:58Je suis un tueur et en tant que tel, je vais tuer.
06:03La prochaine fois, je viserai le cœur et non pas les jambes.
06:06Cette lettre n'est pas une confession qui mériterait de nombreuses pages,
06:10c'est seulement un avertissement.
06:12Transmettez-le.
06:15Le texte est signé d'un point d'interrogation.
06:19La lettre est présentée à l'inspecteur Daniel Neveu et il tique.
06:23Dans la forme, elle ressemble à un procès verbal.
06:26Surtout la phrase Renault 12 rouge immatriculé 1303 QG02.
06:33La marque, le type, la couleur, l'immatriculation,
06:37c'est l'ordre exact des mots dans une description classique de voiture
06:41par un policier ou un gendarme.
06:44À un autre moment de la lettre, le corbeau écrit
06:47« Je tiens à préciser que les portières ainsi que le coffre étaient verrouillés. »
06:52Verrouillé, encore une fois, est un terme de policier ou gendarme.
06:55N'importe qui d'autre dirait tout simplement que les portières et le coffre étaient fermés.
07:08L'inspecteur Daniel Neveu, il fait part de son intuition à ses supérieurs ?
07:12Oui, parce qu'il reçoit quand même un courrier suffisamment inquiétant
07:15qui revendique à la fois une tentative de meurtre et le fait d'avoir piégé un véhicule.
07:20Donc il va faire remonter cette info-là.
07:22Il a déjà des doutes sur l'identité possible du rédacteur de cette lettre anonyme
07:27et il pense et il dit à ses supérieurs
07:29« Moi, je pense que ça peut être quelqu'un de chez nous. »
07:32Alors quand on dit quelqu'un de chez nous, c'est soit un policier, soit un gendarme.
07:35Donc le fait de jeter le soupçon sur un membre des forces de l'ordre,
07:39ça fait que sa hiérarchie n'est pas très prompte à réagir et à creuser cette piste tout de suite.
07:44La Peugeot 504 qui est retrouvée en forêt de Chantilly,
07:47elle n'est pas mentionnée dans la lettre anonyme en revanche ?
07:49Non, elle ne l'est pas, mais en revanche, les policiers vont faire le lien
07:52avec cette 504 retrouvée en forêt de Chantilly grâce aux empreintes.
07:56Quand ils ont retrouvé cette Peugeot 504, ils ont passé un peu le véhicule au pain de fin,
08:00ils ont retrouvé des empreintes et dans cette 504,
08:04il y a des empreintes qui sont aussi sur la lettre anonyme
08:07et qui sont aussi sur la Renault 12 piégée devant le commissariat.
08:10Donc comme ces empreintes correspondent,
08:11on peut estimer que le fameux Corbeau,
08:15il est à la fois derrière la Renault 12 piégée,
08:18la lettre anonyme et la 504 dont on se souvient qu'elle était remplie
08:22de gordages, de sang, d'un certain nombre de choses
08:25qui pouvaient laisser penser à une voiture utilisée par des braqueurs.
08:28Et est-ce que les policiers vont parler de cette lettre à leurs collègues gendarmes
08:31qui sont chargés d'enquêter sur l'agression de Karine ?
08:34Non, alors malheureusement, on a envie de dire parce que...
08:37Alors, il y a plusieurs raisons.
08:38Il y a une éternelle guerre en France entre la police et la gendarmerie
08:42qui était peut-être encore plus forte dans ces années-là, dans les années 70-80.
08:47Il y a cette espèce de petite guéguerre permanente entre les services
08:50qui fait qu'on ne parle pas de ces dossiers à la maison d'en face, entre guillemets.
08:55Et alors en plus, là, ce qui va encore complexifier la communication,
08:58c'est que ce sont des magistrats différents qui sont saisis
09:00parce que ce n'est pas tout à fait le même secteur géographique.
09:03Donc, en gros, les policiers, ils ne parlent de rien aux gendarmes.
09:06Les magistrats ne communiquent pas non plus entre eux
09:08parce que ce sont des affaires qui sont traitées sur des lieux géographiques un peu différents.
09:13Et puis, il y a aussi une dernière chose, c'est que l'inspecteur neveu, lui, il est policier.
09:17Lui, il a une intuition, c'est que l'auteur de cette lettre anonyme
09:20qui revendique donc des faits criminels, il est gendarme.
09:23Du coup, il va se dire, bon, pourquoi alerter les gendarmes
09:27alors que peut-être le tueur ou en tout cas le criminel est parmi eux.
09:32Donc, par souci de ne pas ébruiter l'affaire et de ne pas faire capoter l'enquête,
09:36il va faire ce choix de dire, je crois qu'en fait, il vaut mieux pas en parler aux gendarmes.
09:40En 1978, dans l'Oise, on est dans une situation un peu particulière
09:44parce qu'on sort tout juste d'une affaire qui a traumatisé la population.
09:48Oui, c'est l'affaire Marcel Barbeau qui a été surnommé le tueur de l'ombre.
09:52Alors, c'est quelqu'un qui, entre 1969 et 1976, a tué 7 femmes et un homme
09:59à Nogent-sur-Oise et dans les environs, donc, en fait, juste à côté de Craig
10:02qui est un peu l'épicentre de cette nouvelle affaire.
10:05Alors, ce Barbeau, il a fini par être arrêté le 14 septembre 1976.
10:09Alors, lui, il s'attaquait beaucoup à des femmes brunes
10:12et il y avait même eu à l'époque une telle psychose
10:14qu'il y avait beaucoup de femmes brunes qui se teignaient en blondes
10:16pour essayer d'éviter les attaques.
10:18Donc, effectivement, là, on est sur un terrain où il y a déjà eu un tueur
10:22qui s'attaquait aux femmes dans une région géographique très, très proche.
10:29Dans les trois mois qui suivent la lettre anonyme,
10:32le prédateur de l'Oise ne fait plus parler de lui.
10:35Jusqu'au jeudi 16 novembre.
10:37Ce jour-là, une jeune femme de 20 ans qui circule à vélo à Fidsjams,
10:42près de Clermont-de-Loise, est renversée par une Peugeot 504 cabriolet.
10:47Elle est blessée.
10:48Le samedi 18 novembre, la poste de Sénarpon, à l'ouest d'Amiens,
10:53est braquée par un homme rapidement identifié comme étant le même
10:57que l'agresseur de Karine et de la jeune femme à vélo.
11:00Il s'est enfui à bord d'une Citroën GS, volée,
11:04alors que le propriétaire avait laissé les clés sur le contact.
11:08L'employée présente dans le bureau de poste au moment du braquage
11:11décrit au policier un homme jeune, très beau, qui s'exprime avec aisance.
11:16Elle sait qu'elle oublie un détail, mais elle ne sait plus lequel.
11:20Juste après leur départ, ça lui revient et elle les rattrape sur le trottoir en courant.
11:24« Ça y est, dit-elle. Je m'en souviens, il a de très grandes oreilles. »
11:29Comme à chaque fois, l'homme a laissé des empreintes.
11:32Elles permettent de faire le lien avec toutes les autres affaires.
11:35L'agression de Karine, la voiture du carrefour des Ripailles,
11:39celle qui explose devant le commissariat, et maintenant le braquage de la poste.
11:42Dans tous les cas aussi, on retrouve les traces de la même arme,
11:47celle d'un pistolet Beretta.
11:48Une arme automatique 9mm, appréciée des collectionneurs,
11:52et utilisée chez les gendarmes et chez les CRS.
11:57À la fin du mois de novembre, Damien,
12:00la voiture qui a essayé de renverser la cycliste est retrouvée.
12:03Oui, alors le cabriolet 504, il est retrouvé pendant une patrouille de nuit
12:07par un gendarme du Psyg, là, ce peloton de surveillance de Sanlis.
12:10Ce gendarme, il s'appelle Alain Lamarre.
12:12Alors, cette voiture, elle est retrouvée sur un terre-plein, près d'Aury-la-Ville.
12:16Et alors, il y a un de ses collègues, un certain Yonel Carpentier,
12:19qui s'avance, il ouvre la portière,
12:20et encore une fois, petite explosion.
12:23Alors, il ne s'agit pas d'une grosse déflagration,
12:25mais en tout cas, le militaire, il est brûlé au visage et aux mains.
12:28Et encore une fois, on s'aperçoit, en expertisant l'engin,
12:31que c'est une espèce de bombe artisanale fabriquée avec du désherbant.
12:35Alors, on se souvient de la voiture piégée devant le commissariat de Creil.
12:39On commence quand même à se dire que l'histoire se répète.
12:41Ça commence à inquiéter quand même pas mal les gendarmes,
12:44notamment ceux qui patrouillent la nuit
12:45et qui sont le plus à même de se retrouver face à des véhicules comme ça
12:48qu'on découvre abandonnés ou des véhicules volés.
12:51Donc, ils vont même développer un certain nombre de techniques
12:55pour ouvrir les portes de voitures à distance
12:58sans risquer d'être blessées au cas où elles exploseraient.
13:01Et quelques jours plus tard, une nouvelle agression a lieu
13:03et ça va tout changer.
13:05Oui, alors, on est le vendredi 1er décembre.
13:07Il est à peu près 13 heures.
13:08On est sur la route des Aigles
13:09qui se situe juste derrière l'hippodrome de Chantilly.
13:12Et là, il y a un homme qui découvre un corps.
13:14Ce corps, c'est celui de Yolande Razewski.
13:17Elle a 19 ans.
13:18C'est une serveuse.
13:19Elle a été touchée sous la poitrine par une balle.
13:22Alors, elle est en train de mourir.
13:24Elle est en pleine agonie, mais elle a le temps de raconter ce qui s'est passé.
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