- il y a 8 heures
En septembre 2005, une étudiante de 24 ans est retrouvée morte dans son appartement, en Essonne. Crime story raconte cette affaire dans un podcast en deux parties. Crédits.
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Ecriture et voix : Clawdia Prolongeau et Damien Delseny - Production : Clara Garnier-Amouroux, Raphaël Pueyo et Barbara Gouy - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : Audio Network -
Archives : INA.
Documentation. Cet épisode de Crime story a été préparé en puisant dans les archives du Parisien, avec l'aide de nos documentalistes. Nous avons aussi exploité la ressource suivante : Chroniques criminelles : l’affaire Jean-Luc Cayez, un assassin si serviable
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Ecriture et voix : Clawdia Prolongeau et Damien Delseny - Production : Clara Garnier-Amouroux, Raphaël Pueyo et Barbara Gouy - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : Audio Network -
Archives : INA.
Documentation. Cet épisode de Crime story a été préparé en puisant dans les archives du Parisien, avec l'aide de nos documentalistes. Nous avons aussi exploité la ressource suivante : Chroniques criminelles : l’affaire Jean-Luc Cayez, un assassin si serviable
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00:01Vous écoutez Crime Story, le meurtre d'Audrey Jouanet, deuxième et dernier épisode.
00:09Dans la nuit du vendredi 16 septembre 2005, Audrey Jouanet, disparue depuis trois jours,
00:15est retrouvée morte chez elle, par sa mère. Son cadavre avait été caché sous son lit.
00:20Dans l'appartement qu'elle occupait, aucune trace d'effraction. Audrey a-t-elle ouvert de son
00:25plein gré à un assassin ? Aucune piste ne se dégage, jusqu'à ce que le concierge vienne
00:29se confier au gendarme sur deux viols qu'il a commis et pour lesquels il a fait de la
00:34prison. Ce qui le fait immédiatement passer au rang de suspect numéro 1.
00:41Jean-Luc Cayèze est un ancien légionnaire. Il a été arrêté en 1984 pour le viol d'une
00:47passante à Grigny, déjà dans l'Essonne. Après avoir commis ce crime, il insiste pour
00:52montrer tous ses tatouages à la victime. L'un d'eux est son prénom, Jean-Luc. Elle se souvient
00:58de ce détail et le raconte au policier lorsqu'elle va porter plainte, ce qui les conduit à le
01:02retrouver. Dès sa sortie de prison, sept ans plus tard, en 1991, Jean-Luc Cayèze récidive. Il
01:09viole une femme dans l'héros. Il avoue immédiatement les faits et retourne en prison. Cette fois-ci,
01:16la condamnation est plus lourde. Jean-Luc Cayèze écope de 20 ans de réclusion criminelle. Par le jeu
01:21des remises de peine, il purge 12 années et sort le vendredi 4 octobre 2002. Jean-Luc Cayèze aurait
01:29pu faire l'objet d'un suivi particulier après sa sortie de prison. Mais la loi de 1998 qui le
01:34prescrit n'était pas encore en vigueur. De plus, entre 2000 et 2002, il a suivi un traitement de
01:41castration chimique qui l'empêchait d'avoir des érections. Il sort donc et s'évanouit dans la
01:46nature. Quand Jean-Luc Cayèze raconte son parcours criminel aux gendarmes, il précise qu'il n'a rien
01:52pu faire à Audrey. Car ayant été castré chimiquement, il n'aurait plus aucun désir pour qui que ce soit,
01:57ni aucune libido.
02:04Damien, ces éléments ne placent pas Jean-Luc Cayèze au-dessus de tout soupçon pour les
02:08gendarmes. Au contraire.
02:09Alors si c'est une stratégie effectivement de sa part, c'est raté parce que c'est l'inverse qui
02:13se
02:13produit. Les gendarmes, ils vont se mettre à le soupçonner et donc à travailler sur lui. Et ils
02:18vont interroger tous les autres habitants de la résidence. Alors Jean-Luc Cayèze, il travaille là
02:24depuis le mois de juillet 2003. Personne n'a grand chose à lui reprocher. Mais ses voisins, ils vont quand
02:29même raconter, certains d'entre eux, que le mercredi 14 septembre, c'est-à-dire le lendemain du dernier soir
02:35où
02:35Audrey a été vue vivante pour la dernière fois, bah Jean-Luc Cayèze, il a passé la journée entière
02:41enfermée dans sa loge. Ce qui n'est pas dans ses habitudes, ce qui n'est pas le travail d
02:44'un gardien.
02:45Ça a même d'ailleurs inquiété les habitants. Ça les a tellement inquiétés qu'ils ont même appelé les pompiers.
02:50Et ces pompiers sont intervenus dans l'après-midi vers 14h30. Ils ont tambouriné à la porte de Jean-Luc
02:56Cayèze,
02:57à la porte de la loge, sans résultat. Et en désespoir de cause, ils ont même fait fonctionner le
03:02de ton, la sirène de leur camion. Ce qui finalement a fait sortir Jean-Luc Cayèze de sa loge. Il
03:08a
03:08entrebâillé la porte. Les pompiers ont constaté qu'il n'était pas dans son assiette, comme ils disent,
03:13mais qu'il transpirait beaucoup. Notamment ça, ils l'ont remarqué. Mais il a expliqué qu'il n'était pas
03:18malade, qu'il n'avait pas besoin de soins. Donc les pompiers ont fait demi-tour et ils ne sont
03:22pas
03:22plus intervenus que ça.
03:23Une habitante d'un autre immeuble de la résidence livre un témoignage vraiment inquiétant.
03:28Oui, dans la foule de témoignages que les gendarmes vont récupérer, ils vont entendre
03:32cette femme qui dit qu'elle, elle a déjà surpris Jean-Luc Cayèze qui essayait de s'introduire
03:37chez elle. En fait, elle venait de partir faire des courses. Elle est revenue sur ses pas
03:41parce qu'elle avait oublié quelque chose. Et elle l'a trouvée chez elle parce qu'il
03:45avait probablement le double des clés. Il a donné une excuse un peu bidon, qui n'a pas
03:50vraiment convaincu d'ailleurs cette femme. Mais les choses en sont restées là.
03:53Elle n'a pas déposé plainte. Mais enfin, tous ces petits éléments mis bout à bout,
03:58ça commence à prendre une importance et une tonalité particulière.
04:01Jean-Luc Cayèze est finalement interpellé et placé en garde à vue le mercredi 21 septembre.
04:07Avec relativement peu d'éléments à leur disposition. Les gendarmes, ils sont à peu
04:12près sur deux de leur conviction. Mais lui, il va nier. La garde à vue, ça dure 48 heures
04:17et au bout de 24 heures, il se passe toujours rien. Les gendarmes, ils pensent avoir un
04:21atout, c'est qu'ils ont ce prélèvement de sperme, d'ADN qui a été fait sur la scène
04:26de crime. Et ils attendent évidemment les résultats de ce prélèvement pour savoir
04:29si ça correspond à l'ADN de Jean-Luc Cayèze. Et cette réponse, ils vont l'avoir vers
04:33une heure du matin, c'est-à-dire en plein milieu de la garde à vue. Et le coup de
04:37fil qui
04:37va arriver du fichier national des empreintes génétiques, c'est un coup de fil en forme
04:42de douche froide, de très mauvaise nouvelle parce que le sperme retrouvé n'est pas
04:46celui de Jean-Luc Cayèze.
04:50Les gendarmes sont ahuris. Si dans 24 heures, ils n'ont pas d'aveu circonstancié de
04:55l'ancien légionnaire, ils devront le libérer. Alors qu'ils espéraient que ce sperme serait
05:00le sien et qu'il permettrait un placement en détention provisoire. Les enquêteurs
05:05vont alors déployer des trésors d'ingéniosité pour que Jean-Luc Cayèze se livre. Ils le
05:10cuisinent, insistent sur son casier judiciaire déjà bien fourni et le mettent face à ces
05:15contradictions. Jean-Luc Cayèze finit par craquer. Le concierge raconte qu'il était
05:21attiré depuis quelque temps par la victime. Le dimanche 11 septembre 2005, il échange
05:27avec Audrey et à la suite de cette conversation, il décide de la violer. Dans la nuit du mardi
05:3313 au mercredi 14 septembre, encagoulé et armé d'un fusil à canon scié, Jean-Luc Cayèze
05:39entre chez Audrey grâce à la clé de son appartement qu'il a dérobé à une voisine
05:44qui avait un double. Tout de suite, il la neutralise et l'entrave avec du ruban adhésif.
05:50Mais elle le reconnaît. Jean-Luc Cayèze la force alors à le suivre dans sa loge, deux étages
05:55plus bas. Toute la journée du lendemain, il séquestre la jeune femme et s'adonne à des
06:00sévices sexuels sur elle. Son calvaire dure des heures, une partie de la nuit d'abord,
06:05puis la journée qui suit. En fin d'après-midi, il décide de l'étrangler avec un lacet pour
06:11éliminer cette victime qui pourrait être gênante. Car lors des précédents viols qu'il
06:16a commis, elles ont parlé et il a été identifié. Jean-Luc Cayèze profite de la nuit pour remonter
06:23le corps d'Audrey dans son appartement et le cache sous son lit. Après quoi, il reprend
06:28le cours normal de sa vie. On connaît la suite, la mère d'Audrey vient à Soisy-sur-Seine
06:33et trouve le cadavre de sa fille. En apprenant le déroulé des faits, les habitants de l'immeuble
06:39sont encore plus bouleversés. Cela signifie que quand ils ont appelé les pompiers parce
06:44que leur gardien s'était enfermé chez lui le mercredi 14 septembre, Audrey était
06:48encore en vie et séquestrée dans sa loge.
06:51Je vous le disais en titre encore une affaire de récidive, une semaine après le viol et
06:55le meurtre d'une jeune fille dans l'Essonne, le gardien de son immeuble a avoué les faits
07:00hier pendant sa garde à vue. Il était sorti de prison il y a trois ans après avoir été
07:04condamné deux fois pour viol.
07:08Damien, la garde à vue de Jean-Luc Cayès continue et il fait de nouveaux aveux sidérants.
07:14Oui, c'est là où vraiment on va comprendre toute la perversité du personnage. Alors il
07:19savait qu'il serait le premier soupçonné au vu de son casier judiciaire, c'est ce qu'il
07:22explique aux gendarmes. Mais il va leur dire, bon voilà, moi en tant que gardien, j'ai deux
07:27atouts, je connais la vie personnelle et des secrets de la vie de certains micropropriétaires
07:33et j'ai accès à un certain nombre de locaux et notamment c'est moi qui m'occupe des poubelles.
07:37Et il a justement utilisé cet accès aux poubelles pour préparer son crime.
07:42Plusieurs semaines avant de passer à l'acte, Jean-Luc Cayès va cibler en fait une habitante
07:49de l'immeuble dont il sait qu'elle a une vie sentimentale assez mouvementée. Bon, en gros,
07:55elle reçoit pas mal d'hommes à la maison et fort de ça, il va aller vider en quelque
08:01sorte les poubelles de cette femme, récupérer un préservatif usagé. Il va prendre une
08:07seringue, extraire le sperme de ce préservatif et placer la seringue dans son congélateur
08:12pour le conserver en se disant qu'il va utiliser ensuite ce sperme pour en quelque sorte fausser
08:19la scène de crime et faire croire que c'est un autre homme qui s'en est pris à Audrey.
08:25Et cette idée, elle lui est pas venue comme ça. En fait, quelques semaines avant, il a vu
08:28un épisode d'une série américaine qui s'appelle NCIS, qui est une série basée d'ailleurs
08:32sur la police technique et scientifique. Et il s'est inspiré, mot pour mot, vraiment
08:37à la lettre de cette série où on voyait justement un auteur qui venait prélever du
08:42sperme dans un préservatif usagé.
08:43C'est-à-dire que sans les aveux de Jean-Luc Cayèze, un innocent aurait pu aller en
08:48prison à sa place pour ce crime ?
08:50Oui, parce que si Jean-Luc Cayèze, il l'avoue pas, les gendarmes sont obligés de le remettre
08:54dehors. Qu'est-ce qu'ils vont faire après ? Ils vont attendre les résultats du fichier
08:57des empreintes génétiques. Ils vont se rendre compte que cette trace de sperme, ce n'est
09:00pas celle de Jean-Luc Cayèze. Donc ils vont chercher à qui elle appartient. Et une fois
09:03qu'ils auront identifié cette personne, vous imaginez bien que quand on va questionner
09:07cette personne pour lui dire on retrouve votre sperme sur une scène de crime dans le corps
09:11d'une femme qui a été tuée, donc forcément vous êtes dans le coup. Et c'est vrai que
09:15ce suspect qui n'en était pas un aurait eu toutes les peines du monde à expliquer que
09:19ça ne pouvait pas être son sperme parce que les gendarmes ne pouvaient pas imaginer
09:22le scénario tout à fait machiavélique qu'avait mis en place Jean-Luc Cayèze. Donc on est
09:26vraiment passé tout près d'une possible erreur judiciaire parce qu'encore une fois,
09:30l'ADN étant une preuve extrêmement importante maintenant dans les procédures judiciaires
09:34et dans les enquêtes, que ça devient quasiment une accusation directe et définitive.
09:40Désormais, les gendarmes ont ces aveux de Jean-Luc Cayèze, mais ça reste une preuve
09:44très fragile.
09:45Oui, parce que des aveux, on le voit dans plein plein de dossiers criminels, des aveux
09:49on peut revenir dessus, on peut dire finalement j'ai dit n'importe quoi en garde à vue,
09:53j'ai pas du tout fait ça. Donc il faut quand même arriver avec autre chose que des aveux
09:57qui reste toujours quelque chose d'un peu friable. Et ça, les gendarmes, ils vont finir
10:02par l'obtenir parce que le gardien va finalement leur indiquer l'endroit où il s'est
10:08débarrassé des draps dans lesquels il a commis le viol. Et il va d'ailleurs dire
10:13aux gendarmes, bon de toute façon, c'est mieux que je sois arrêté maintenant parce
10:16que je pense que de toute façon, j'aurais recommencé.
10:19Le meurtre d'Audrey Jouanet par un violeur récidiviste déclenche une polémique sur le
10:24suivi des anciens détenus.
10:25Oui, alors il y a beaucoup de faits divers comme ça qui sont à l'origine de la modification
10:29de la loi ou de nouvelles lois. C'est une pratique assez répandue en France.
10:34C'est vrai que là, l'affaire Cayèze, elle démontre quoi ? Qu'un homme qui a été
10:38condamné deux fois pour viol peut ressortir de prison de manière non suivie, c'est-à-dire
10:43qu'on ne sait pas tellement, il n'a pas d'obligation de soins. Alors il a été effectivement
10:46castré chimiquement pendant deux ans, mais il a arrêté son traitement. Donc voilà,
10:50ce fait divers, il va mettre en lumière une carence dans le suivi de ces prédateurs sexuels
10:56qui sont remis en liberté sans surveillance. Donc va être créée la surveillance judiciaire
11:01judiciaire qui va comporter maintenant une obligation de soins qui pourraient être
11:05infligée aux détenus considérés comme dangereux et qui n'ont pas obtenu de libération
11:09conditionnelle. L'idée, c'est de ne pas remettre en liberté dans la nature des prédateurs
11:14qui ne bénéficieraient pas après d'une surveillance assez serrée.
11:20Justice, le concierge violeur récidiviste comparaîtra aujourd'hui devant la cour d'assises
11:25de l'Essonne pour le meurtre d'une habitante de son immeuble. Et ce qui retient l'attention
11:29dans cette affaire, c'est qu'au moment des faits, le tueur présumé aurait dû être
11:32en prison s'il n'avait profité du jeu des remises de peine et des décrets de grâce
11:36présidentielle du 14 juillet.
11:38Le mercredi 14 mai 2008, le procès de Jean-Luc Cayès s'ouvre devant la cour d'assises
11:43de l'Essonne, à Évry. Il comparaît pour viol, meurtre et actes de torture et de barbarie.
11:50Le samedi 17 mai, il est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité, avec une période
11:56de sûreté de 22 ans. Un soulagement relatif pour la mère d'Audrey, Jean-Luc Cayès, l'homme
12:02qui a torturé, violé, tué cette jeune fille de 24 ans, il y a 3 ans, dans cette résidence
12:07dont il était le gardien, est condamné à la peine maximale, perpétuité avec une
12:11sûreté de 22 ans.
12:12Il ne faut pas qu'il recommence, parce que même à bout de 22 ans, il peut éventuellement,
12:17s'il sortait, recommencer. Oui, donc ça me soulage, oui. Oui, parce qu'il ne faut pas
12:21les laisser faire, ces gens-là. Il ne faut pas leur permettre de recommencer.
12:25Sous-titrage Société Radio-Canada
12:55parisien.fr et sur toutes les plateformes d'écoute.
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