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Pendant plus de dix ans, Laurence Brunet-Jambu alerte les services sociaux et la justice sur le sort de sa nièce Karine. Malgré de nombreux signalements, elle continue de subir des violences et des agressions sexuelles. Suite à son histoire, l'État sera condamné plusieurs fois pour ses défaillances dans la protection de l'enfance. Crime story raconte cette affaire dans un podcast en deux parties. Crédits. Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Ecriture et voix : Clawdia Prolongeau et Damien Delseny - Production : Clara Garnier-Amouroux et Barbara Gouy - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : Audio Network.
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00:01Bonjour, je suis Claudia Prolongeau et vous écoutez Crime Story, le podcast fait divers du Parisien.
00:07Un jeune garçon de 10 ans a été tué par balle.
00:10Des aveux, 33 ans après.
00:12Son corps a été retrouvé un mois plus tard.
00:14Des hommes cagoulés ont tiré sur les mariés alors qu'il...
00:17Chaque semaine, je vous raconte une grande affaire criminelle avec le chef du service police-justice du Parisien, Damien Delceny.
00:23Et je vous rappelle que jusqu'au 14 juillet, Crime Story est en partenariat avec France Télévisions qui met en
00:29ligne 4 films inspirés par des faits divers.
00:32Vous pouvez en retrouver la liste directement sur la plateforme France TV.
00:40Bonjour Damien.
00:41Bonjour Claudia.
00:41Aujourd'hui dans Crime Story, Karine, l'enfant martyr qui a fait condamner l'Etat.
00:46Pour Karine, le calvaire a démarré dès la naissance, mais malgré de multiples signalements, il s'est poursuivi pendant des
00:53années.
00:55Le mercredi 18 février 2026, le portable de Laurence Brunet-Jambu n'arrête pas de sonner.
01:02Une fois encore, l'Etat français vient d'être condamné dans une affaire qu'il anime depuis près de 30
01:06ans.
01:07Plusieurs journalistes tentent de l'appeler pour recueillir sa réaction à chaud.
01:11Au téléphone, elle n'est pas si enthousiaste vis-à-vis de cette victoire judiciaire.
01:16Elle rappelle simplement sa position, qu'elle martèle depuis des années.
01:20Pour moi, dit-elle, le traitement judiciaire des violences sexuelles, et notamment sur les mineurs, n'est pas à la
01:26hauteur des enjeux.
01:29Retour 46 ans plus tôt.
01:30Nous sommes en 1980, et Laurence Brunet-Jambu est une jeune femme de 20 ans, déjà maman de son premier
01:36enfant, un petit garçon.
01:38Elle vit en Bretagne, à Rennes, avec son mari Loïc, qu'elle a rencontré trois ans plus tôt.
01:43Pour Laurence, ce mariage a symbolisé le début d'une vie enfin apaisée.
01:48Une vie qu'elle a choisie, avec un homme qu'elle aime, après avoir passé son enfance à subir.
01:53Quand Laurence naît, le mardi 2 février 1960, ses parents ne veulent pas s'occuper d'elle.
01:58Elle est confiée à ses grands-parents, qui commencent à l'élever.
02:02Mais quand elle a deux ans, ses parents, qu'elle ne connaît pas, veulent la récupérer, et l'arrachent à
02:07son grand-père et sa grand-mère.
02:09Ils ne se sont jamais occupés d'un enfant, et ne semblent pas particulièrement intéressés par la chose.
02:15Laurence se souvient que les coups plevaient, et qu'elle n'a jamais eu sa place dans cette famille, où
02:19elle avait l'impression de déranger.
02:21Sa chambre était au sous-sol de la maison.
02:23Le pire survenait en vacances, quand elle se rendait à côté de Marseille, chez sa tante qui possédait un hôtel.
02:30Un client de l'établissement l'a violée.
02:33A ce moment-là, Laurence est encore une petite fille.
02:36Elle ne peut parler de ce qu'elle subit à personne.
02:38Elle se sent seule, et abandonnée à son sort.
02:43A 17 ans, Laurence rencontre Loïc.
02:46C'est le début de sa nouvelle vie.
02:48Elle est enfin heureuse, amoureuse, et en capacité de choisir ce qu'elle veut.
02:52Deux ans plus tard, le couple se marie.
02:55Laurence travaille d'abord dans l'hôtellerie, puis dans le milieu hospitalier.
02:59A la fin des années 1980, elle est assistante familiale,
03:03ce qui consiste à héberger chez soi des enfants en difficulté.
03:07Laurence s'entend à merveille avec son mari.
03:09Mais avec sa belle famille, les relations sont plus difficiles.
03:13Dès le départ, elle ressent un comportement malsain, dit-elle.
03:16Lourd, grivois, tant dans leurs paroles que par leurs gestes, écrira-t-elle des années plus tard.
03:24Damien, le frère de Loïc en particulier, qui s'appelle René, a un comportement très choquant.
03:29Alors, il se trouve que dans la maison où vit la famille de Loïc,
03:33la cloison qui sépare les toilettes de la salle de bain n'arrive pas tout à fait en haut du
03:38mur,
03:39et qu'il en profite, lui, pour regarder Laurence quand elle se douche, pour l'espionner, en quelque sorte.
03:45Laurence en parle à sa belle-mère.
03:46Oui, alors, qui bizarrement a l'air de trouver que ce n'est pas si grave, que c'est même
03:50plutôt rigolo comme situation.
03:52Alors, ça va évidemment entendre les relations et avoir pour effet que Laurence et Loïc prennent un peu plus leur
04:00distance avec cette famille qu'ils jugent déjà dysfonctionnelle.
04:04À ce moment-là, René, le frère de Loïc, est marié, mais il divorce et il se remet immédiatement à
04:10la recherche d'une nouvelle compagne.
04:11Nous sommes dans la première moitié des années 90 et il va rencontrer très vite une certaine Anne-Marie qu
04:17'il va présenter d'ailleurs au reste de la famille.
04:20Laurence et Loïc se disent tout de suite que cette femme a manifestement un problème d'ordre psychologique.
04:25C'est une femme, de fait, qui ne semble pas très stable et qui vient surtout de sortir de prison,
04:31mais personne ne sait exactement à ce moment-là dans l'entourage pourquoi elle était incarcérée, ce qu'elle avait
04:36fait.
04:36Elle est hébergée à ce moment-là dans un foyer à Rennes.
04:39Elle ne semble pas faire grand-chose de ses journées à part traîner dans les rues et tenir aussi assez
04:46souvent des propos inquiétants et incohérents.
04:51Plus dérangeant pour Laurence, Anne-Marie est très portée sur le sexe et avec René, ils passent beaucoup de temps
04:57à raconter leurs ébats,
04:58à qui veut l'entendre ou pas d'ailleurs, et notamment à table.
05:01Les repas de famille deviennent atroces et Laurence et Loïc, qui ne peuvent en supporter davantage,
05:06décident peu à peu d'arrêter de voir cette partie-là de la famille.
05:10Au point de ne pas se rendre au mariage d'Anne-Marie et René.
05:15En 1994, le père de Loïc, que Laurence apprécie beaucoup, leur fait part de sa tristesse de voir le clan
05:21se disloquer.
05:22Et il insiste pour que Laurence et Loïc reviennent participer aux repas familiaux.
05:26C'est pour lui, et uniquement pour lui, écrira des années après Laurence, dans son livre Signalement,
05:33que nous reprenons peu à peu le chemin de la maison familiale et que nous acceptons une réconciliation.
05:38Mais ces repas sont à chaque fois une épreuve.
05:41Toujours alcoolisé, le couple René-Anne-Marie a des propos plus que dérangeants.
05:46A la fin de l'année 1996, René et Anne-Marie annoncent qu'ils attendent un enfant.
05:51Pour Laurence, qui sait ce que signifie grandir avec des parents défaillants, c'est un choc.
05:57Quand René demande à son frère Loïc d'être le parrain de l'enfant à naître, le couple hésite.
06:02Ils ont de leur côté quatre enfants, qu'ils tentent de préserver de cet environnement familial malsain.
06:07Et ils ne veulent pas avoir plus de liens avec René et Anne-Marie.
06:11Mais ils pensent beaucoup à ce bébé à venir.
06:14Ils savent déjà que son enfance sera compliquée, alors qu'ils peuvent dès maintenant essayer de l'aider grâce à
06:20ce lien de parrainage.
06:21La suite de la grossesse d'Anne-Marie ne rassure pas Laurence et Loïc.
06:25Depuis que la future maman a appris qu'elle attendait une fille, elle dit qu'elle n'en veut plus
06:29de ce bébé.
06:30Laurence est tellement désarçonnée qu'elle contacte une association qui aide les femmes vivant des grossesses compliquées.
06:35Mais elle n'y trouve pas l'aide recherchée.
06:38Quelques semaines plus tard, Anne-Marie lui confie qu'elle a en fait déjà été enceinte une première fois,
06:43mais que sa fille est morte très jeune, à la suite de problèmes cardiaques.
06:47Laurence comprend mieux le comportement étrange de sa belle-sœur.
06:51Elle a de l'empathie pour elle et se fait la promesse d'être présente pour le bébé.
06:59Damien, le lundi 7 juillet 1997, Karine voit le jour dans une maternité de reine.
07:05Laurence et Loïc vont à la maternité pour découvrir leur nièce.
07:09Et quand ils entrent dans la chambre, ils constatent qu'Anne-Marie et Renée sont sur le lit, entre eux
07:16tous les deux,
07:16et que Karine, le bébé, lui, est dans un berceau mais qui est collé à la fenêtre.
07:21Et qu'en gros, les parents ne semblent pas vraiment s'intéresser à leur bébé.
07:25Les échanges avec le personnel hospitalier confirment cette impression.
07:29Oui, une puéricultrice va même faire venir Laurence dans un bureau où se trouve déjà une autre jeune femme.
07:34Il s'agit d'une seconde puéricultrice.
07:37Et toutes les deux vont lui demander si tout va bien dans la vie d'Anne-Marie, s'il n
07:41'y a pas un problème.
07:42Elles insistent notamment pour savoir si ce bébé était attendu,
07:45car il semble, selon elles, qu'il y ait un désinvestissement total de la mère.
07:50Ce sont les mots qu'elles emploient devant Laurence.
07:52Laurence leur dit et leur apprend qu'Anne-Marie a perdu un premier bébé en 1985,
07:58suite à un problème cardiaque, mais qu'elle n'en sait pas vraiment plus.
08:02Alors, les deux puéricultrices vont demander si le couple est suivi par les services sociaux
08:06et elles vont décider, ces puéricultrices, de faire un signalement,
08:10ce qui est quand même assez rare quand on est aussi proche de la naissance,
08:14dans une maternité, de déjà faire un signalement.
08:16Et surtout, ce signalement, c'est le premier, mais ça va être le premier d'une très longue série.
08:22Anne-Marie et Karine sortent de la maternité le samedi matin.
08:26Immédiatement, les jeunes parents sollicitent l'aide de Laurence
08:30qui accepte de venir passer la journée avec eux.
08:32Ils ne veulent toujours prodiguer aucun soin à leur fille.
08:35Ils ne la changent pas, ne la nourrissent pas, ne s'en préoccupent pas.
08:39Le lendemain, le dimanche, c'est Anne-Marie et Karine qui viennent chez Laurence.
08:44Là encore, la mère n'accorde pas un regard à sa fille de toute la journée.
08:48Le soir, Laurence tente d'en parler à son beau-frère René,
08:51qui dédramatise la situation et la justifie par le fait qu'il est difficile de se lever la nuit.
08:57Ne sachant pas quoi faire de plus,
08:59Laurence décide dans un premier temps d'assister Anne-Marie au quotidien.
09:03Laurence a l'habitude des enfants et elle adore s'occuper d'eux.
09:07Elle a elle-même quatre enfants avec Loïc et projette d'en avoir un cinquième,
09:11plus deux autres enfants qui sont placés chez elle en famille d'accueil.
09:15Et encore trois qui lui sont confiés à la journée.
09:17Et puis les vacances d'été sont plutôt propices à la situation.
09:21On n'est pas stressé par le rythme de l'école et les grands prennent le temps de jouer avec
09:25les plus petits.
09:27Mais combien de temps cela peut-il tenir ?
09:29Pendant combien de temps, Anne-Marie peut-elle continuer à ne pas regarder sa fille ?
09:34Le quotidien s'organise ainsi et pendant plusieurs jours,
09:38René dépose le matin Anne-Marie et Karine chez Laurence et Loïc.
09:42Laurence s'occupe de Karine, mais au bout de plusieurs jours, elle constate différentes difficultés.
09:48Déjà, ça la fatigue beaucoup puisqu'elle a aussi à charge ses enfants à elle et ceux qui sont placés
09:52chez elle.
09:53Surtout, elle réalise que rien ne change et se dit que ça ne peut pas continuer comme ça.
09:58Le mercredi 16 juillet, Karine a neuf jours et Laurence décide de confronter Anne-Marie.
10:04Les deux femmes viennent de déjeuner.
10:06Laurence prépare un biberon pour Karine et insiste pour que sa mère le lui donne cette fois-ci.
10:12Soudain, Anne-Marie se met à trembler.
10:14Elle pose Karine sur le canapé et elle hurle
10:17« Je n'en veux pas, je ne peux pas, enlève-la ou je vais faire comme avec l'autre.
10:22»
10:22Laurence lui demande de quoi elle parle.
10:24Et Anne-Marie répond « Ben je l'ai tué à coups de couteau, plein de coups de couteau. »
10:33Damien, quand elle entend ça, Laurence est abasourdie.
10:35Elle ne comprend pas, elle est même un peu hébétée.
10:38Elle dit à Anne-Marie « À coups de couteau, mais quel coup de couteau ? »
10:41« Je l'ai tué, répond sa belle-sœur. J'ai frappé, frappé, frappé. J'en voulais pas, tu comprends.
10:46Celle-là non plus, je n'en veux pas. Si tu veux, je te la donne. Garde-la toi. »
10:50Laurence pense d'abord qu'Anne-Marie est un peu confuse.
10:52Oui, manifestement, Anne-Marie ne va pas bien.
10:55Ce n'est pas la première fois qu'elle tient des propos un peu incohérents, déjà depuis assez longtemps.
10:59Donc Laurence est quand même un peu désemparée, évidemment, par ce qu'elle vient d'entendre.
11:03Elle attend que René revienne et quand il arrive, elle lui parle immédiatement de ce qui vient de se passer.
11:10Et René, en fait, lui confirme ce qu'Anne-Marie lui a dit un peu plus tôt dans l'après
11:14-midi.
11:14Oui, dix ans plus tôt, le jeudi 28 novembre 1985, Anne-Marie a en effet été arrêtée pour le meurtre
11:22de son bébé
11:23qui était né quelques jours plus tôt, le 23 novembre.
11:27Laurence se dit qu'elle tient donc dans ses bras une enfant qui est aujourd'hui en grand danger
11:31puisque sa mère biologique a déjà tué son précédent enfant
11:35et qu'elle va devoir faire tout son possible, en quelque sorte, pour la protéger.
11:40Dès qu'elle apprend cela, Laurence fait immédiatement un signalement à l'ASE, l'aide sociale à l'enfance.
11:46Karine a seulement deux semaines et c'est en réalité déjà le deuxième signalement qui est fait
11:51en plus de celui des puéricultrices de la maternité.
11:55L'ASE met alors en place un dispositif particulier.
11:59Tous les jours, des femmes viennent chez les parents de Karine pour s'occuper du bébé.
12:04Elles s'en occupent bien, mais seulement sur les heures ouvrées.
12:07Le soir, la nuit et le week-end, Anne-Marie et Renée sont seules avec leur fille
12:13et ne lui accordent pas davantage d'attention.
12:15Quand les travailleuses de l'ASE reviennent le lundi matin,
12:19elles découvrent le bébé avec les mêmes vêtements
12:21et parfois même avec la couche qu'elle lui avait mis le vendredi soir.
12:25Laurence tente d'alerter le reste de la famille, mais personne ne réagit.
12:29Pire, on considère que Laurence devient une enquiquineuse.
12:34Plus elle signale la situation, plus elle en parle et moins elle peut voir Karine.
12:39Dans la famille, tout se complique.
12:41Pierre, le père de Loïc et Renée, tombe gravement malade.
12:44Le cancer l'emporte en 1998.
12:48A peu près en même temps, Laurence fait un AVC.
12:50Sa convalescence est longue et sa faiblesse ne lui permet pas d'agir aussi vite qu'elle le voudrait pour
12:56Karine.
12:57Malgré tout, elle fait un nouveau signalement.
13:00L'année suivante, Karine a deux ans et Laurence continue à constater,
13:04lors des rares visites chez son beau-frère et sa belle-sœur,
13:07que le quotidien de la petite-fille ne s'améliore pas.
13:10Elle a le regard détaché, semble absente et peut rester de longs moments assise,
13:15sans jouer et quasiment sans bouger.
13:17Tout le monde autour constate que quelque chose ne va pas.
13:21Mais chacun se contente d'en parler, sans rien faire de concret.
13:25Laurence apprend d'ailleurs incidemment que les services sociaux s'inquiètent
13:29et qu'un juge des enfants a déjà convoqué les parents de Karine.
13:37Damien Delsenie, à partir de ce moment-là,
13:40Laurence ne sait pas s'il se passe quelque chose pour les parents de Karine.
13:43Ce qu'elle constate en revanche, c'est qu'elle la voit de moins en moins.
13:46Oui, elle n'a aucune autorité sur elle, donc elle ne peut pas du tout exiger quoi que ce soit.
13:51Et en plus, plus elle fait de signalement, plus elle mentionne la situation et moins elle voit Karine.
13:57Donc c'est un équilibre qui est assez difficile à trouver
14:00pour pouvoir à la fois continuer d'avoir un lien avec cette petite-fille
14:05et essayer au maximum de la protéger même de loin.
14:08En 2001, Karine a 4 ans, elle est en vacances chez son oncle et sa tante
14:12et c'est à cette occasion que Laurence va comprendre pour la première fois
14:16que la petite-fille, en plus d'être maltraitée par ses parents,
14:19est aussi probablement victime de violences sexuelles.
14:22Sa nièce va se plaindre de douleur quand elle fait pipi
14:25et quand Laurence l'emmène chez le médecin,
14:28Karine parle pour la première fois de gestes que fait son papa.
14:31Elle dit qu'il lui frotte le zizi et que ça fait mal.
14:34Laurence va donc faire un nouveau signalement, c'est donc le troisième.
14:38Mais les services sociaux informent les parents de Karine de cette nouvelle démarche.
14:42Et ça va avoir pour effet quasiment immédiat qu'une nouvelle fois,
14:45la petite-fille et sa tante vont être privées de contact.
14:48Elle ne peut plus la voir qu'à Noël et c'est l'occasion
14:51tout simplement de passer une journée ensemble.
14:53Mais c'est quand même très rare, ça devient une forme de rituel quand même.
14:56Entre les deux, Laurence emmène Karine prendre un petit déjeuner,
14:58elles font les magasins.
15:00Laurence lui achète de nouveaux vêtements dont elle a besoin
15:02puisque ses parents en fait ne le font jamais,
15:04ils la délaissent complètement.
15:05Et en quelque sorte, Laurence arrive de cette manière
15:09à maintenir le peu de lien qu'elle peut avoir avec la fillette.
15:13Mais ce sont toujours les parents qui décident
15:16de quand la petite-fille peut voir sa tante.
15:20En 2002, Laurence apprend que René, le père de Karine,
15:25héberge un copain, un certain Roland Bloddy.
15:28Elle a déjà entendu parler de cet homme
15:30et elle sait qu'il vient de sortir de prison
15:32après avoir été condamné pour plusieurs viols sur des enfants.
15:35Au Noël suivant, elle interroge Karine
15:38qui lui confirme que parfois, Roland Bloddy dort avec elle.
15:42Laurence apprend aussi que Karine,
15:44âgée de seulement 5 ans,
15:46est souvent vue par des voisins
15:47en train de déambuler seule dans le quartier où elle vit
15:50et qu'elle a des comportements hyper sexualisés.
15:53Les voisins ont eux aussi fait des signalements,
15:56mais aucun ne semble aboutir.
15:59Pourtant, la commission départementale d'aide sociale
16:01suit la famille.
16:03Comment se peut-il que Karine soit laissée à la garde de ses parents ?
16:07En mars 2003, Laurence appelle le 119,
16:10le numéro d'urgence dédié à la protection de l'enfance.
16:13Elle veut faire son quatrième signalement,
16:15mais anonymement cette fois.
16:16Elle passe plusieurs dizaines de minutes au téléphone
16:19avec une femme à l'accueil,
16:20puis avec un médecin qui semble prendre la situation au sérieux.
16:23En raccrochant, elle pense qu'enfin, quelque chose va changer.
16:28Mais aujourd'hui encore,
16:30elle ne sait toujours pas ce qu'il est advenu de cet appel.
16:33À Noël 2003 en tout cas,
16:35quand elle revoit Karine,
16:36la situation est toujours la même
16:37et la petite fille semble encore plus dissociée.
16:41Elle ne parle pas, ne réagit à rien
16:43et reste collée à sa tante en suçant son pouce.
16:47Cette fois, Laurence écrit directement au procureur,
16:51mais elle ne reçoit aucune réponse.
16:54En novembre 2003, René vient voir Laurence.
16:57Il est en colère et il lui dit qu'à cause d'elle,
17:00lui et Anne-Marie sont convoqués par la police.
17:03Laurence se dit qu'enfin,
17:04son dernier signalement a été pris en compte.
17:07Mais les parents se rendent à la convocation
17:09avec un certificat médical attestant
17:11que Karine ne présente pas de traces de coups
17:13ou de fractures suspectes,
17:15ce qui leur permet d'échapper à l'examen de leur fille
17:17par un médecin légiste.
17:19Le dossier est finalement classé sans suite
17:22avec la mention suivante
17:23s'agissant de dénonciations calomnieuses
17:26par la tante de Karine.
17:28Le mardi 12 avril 2005,
17:30Roland Bloddy est arrêté.
17:32Il retourne en prison
17:33et il est à nouveau condamné pour viol
17:35sur sa propre fille.
17:37A ce moment-là, personne ne pense à demander à Karine
17:40s'il s'est passé quelque chose
17:41pendant qu'il vivait chez ses parents.
17:43En 2007, Karine a 10 ans
17:46et ses parents reprennent contact avec Laurence
17:48après un décès dans la famille
17:49car c'est elle qui s'occupe de la succession.
17:52La petite fille est autorisée à passer
17:54de plus en plus de temps chez sa tante.
18:00Damien, Laurence la tante commence à pouvoir s'occuper de Karine
18:04parce que les parents l'acceptent.
18:06Karine a beaucoup de retard à l'école,
18:08sa tante la change de collège
18:09et l'envoie voir un psychologue.
18:11Oui, grâce à ce travail, Karine finit par pouvoir
18:14formuler un peu mieux ce qui lui est arrivé
18:16et elle dit très clairement à Laurence
18:18qu'elle a été violée par Roland Bloddy
18:21pendant les deux ans où il a vécu chez ses parents.
18:24Non seulement il l'a violée
18:26mais il l'a violée avec l'accord de ses parents.
18:30Laurence va donc refaire un nouveau signalement.
18:33Après l'avoir dit à Laurence,
18:34Karine, qui a réussi à formuler les choses,
18:37en parle aussi à la directrice de son école.
18:39Qui va faire ce qu'il faut faire dans ce cas-là,
18:42c'est-à-dire qu'elle va signaler ses déclarations,
18:45elle va signaler ses faits au parquet, au procureur.
18:47Les parents de Karine sont mis au courant
18:50et ils viennent chercher leur fille chez Laurence.
18:52En fait, dans cette histoire,
18:54à chaque fois que Laurence a essayé de sauver
18:57en quelque sorte sa nièce
18:58en employant les moyens juridiques en sa possession,
19:01juste en respectant la loi, les outils de l'État,
19:04finalement, qu'est-ce qui se passe ?
19:05Les parents sont mis au courant,
19:07ils apprennent donc qu'ils sont soupçonnés
19:09d'un certain nombre de choses gravissimes.
19:11Résultat, c'est un effet totalement contre-productif
19:13puisqu'elle se retrouve de nouveau isolée de sa tente
19:16et puis en fait, tiraillée en permanence.
19:18Comment ça se fait que les parents de Karine
19:20soient au courant à chaque fois
19:21que Laurence fait un signalement les concernant ?
19:23Alors, à chaque fois, peut-être pas.
19:25En tout cas, ce qui est certain,
19:26c'est que quand il y a un signalement
19:27qui vient de Laurence
19:29ou qui vient, comme on vient de le dire là,
19:31par exemple de la directrice de l'école,
19:32quand il y a un signalement,
19:33il y a toute une machine qui se met en place
19:35à la fois des services sociaux
19:36voire des services de justice
19:37et donc, on convoque à chaque fois
19:40les parents de Karine
19:40pour leur poser quelques questions.
19:43Alors, ça, c'est à peu près normal.
19:44C'est-à-dire que ce n'est pas de la délation,
19:45c'est qu'on les met au courant
19:46qu'il y a eu un signalement
19:47parce qu'on les convoque
19:48pour les entendre
19:49sur un certain nombre de questions
19:50que peuvent avoir
19:51ou les services sociaux ou la justice.
19:53Mais évidemment,
19:54quand ils s'aperçoivent
19:55qu'il y a eu un signalement,
19:56ils ne mettent pas très longtemps
19:57à comprendre
19:58que la seule personne
19:59qui peut être à l'origine
20:00de ce signalement
20:02et qui est pour eux
20:02une forme de délation,
20:03en quelque sorte,
20:04ça ne peut être que Laurence.
20:06Quelques mois plus tard,
20:07le 18 mai 2009,
20:09Karine a 11 ans
20:10et elle est convoquée
20:11à la brigade des mineurs.
20:12Qui, pour la première fois,
20:14va lui demander
20:14ce qu'elle a vécu.
20:16Alors, elle est expertisée
20:17d'abord par un psychologue
20:18qui dira
20:19que de toute sa carrière,
20:21il n'a quasiment
20:21jamais vu ça.
20:22L'évidence lui saute aux yeux
20:24lors du classique test
20:26de Rorschach,
20:27celui des tâches d'encre
20:28qui est un test psychologique
20:30les plus connus.
20:31Karine, elle,
20:32elle ne voit sur ses tâches
20:33que du sang
20:34et des animaux morts
20:36et le reste de l'entretien
20:37est à l'avenant
20:38et les conclusions
20:39du psychologue alarmiste.
20:41Présence évidente
20:43d'un choc sexuel massif,
20:45écrit-il avant de poursuivre.
20:46Tendance suicidaire envahissante,
20:49désarroi absolu
20:50face au monde des adultes.
20:52Cet enfant en grand danger
20:54doit être surtout éloigné
20:57de sa famille,
20:58conclut-il.
20:58Le psychologue recommande
21:00qu'elle soit placée
21:01chez Laurence
21:01mais pourtant,
21:03la petite fille
21:03est mise en famille d'accueil.
21:05On peut s'étonner
21:06effectivement
21:06quand un psychologue
21:07dit qu'il faut
21:08qu'un enfant soit placé
21:09à tel endroit
21:09qu'il ne soit pas placé
21:10à cet endroit-là.
21:11En général,
21:12les services sociaux
21:12privilégient toujours
21:14d'abord un placement
21:15en famille d'accueil.
21:16Pas forcément
21:17chez des proches,
21:18que ce soit des grands-parents
21:19ou là, une tante.
21:20Il y a une forme de culture,
21:21de d'abord
21:22placer l'enfant
21:23quelque part
21:24sur un terrain neutre
21:25entre guillemets,
21:26c'est-à-dire
21:26pas chez un autre membre
21:28de la famille
21:29même s'il a le psy
21:29recommandé que ce soit le cas.
21:31Laurence, en plus,
21:32entre-temps,
21:33la tante,
21:33elle a été elle-même
21:35attaquée,
21:35convoquée
21:36pour dénonciation
21:38calomnieuse.
21:38Elle a même dû faire
21:39une lettre d'excuse
21:41ce qui semble quand même
21:42assez lunaire.
21:45Finalement,
21:45Karine est placée
21:46en foyer
21:47quelques semaines,
21:48mais elle finit
21:48par retrouver
21:49la maison
21:49de Loïc et Laurence
21:50après une décision
21:51de la cour d'appel.
21:52Le mercredi 25 août 2010,
21:55Loïc et Laurence
21:56obtiennent la délégation
21:57de l'autorité parentale,
21:59en contrepartie de quoi
22:00ils doivent indemniser
22:02René et Anne-Marie
22:03de 5000 euros.
22:04Karine révèle alors
22:05à sa tante
22:06qu'en plus des viols répétés
22:07qu'elle a subis,
22:09elle a aussi été
22:09agressée sexuellement
22:10par son père
22:11et violée par des jeunes
22:13de son quartier
22:13un soir où elle traînait
22:15seule dans la rue.
22:16Elle porte plainte
22:17pour ses autres faits.
22:19Deux ans plus tard,
22:20le vendredi 10 février 2012,
22:22Karine a 14 ans
22:23et elle est convoquée
22:24pour une confrontation
22:25avec Roland Bloddy.
22:27L'occasion pour elle
22:28de dénoncer
22:29tout ce qu'elle a subi.
22:31En parallèle
22:32des procédures judiciaires,
22:33elle fait son lycée
22:34et tente de rattraper
22:35son retard.
22:36Elle obtient finalement
22:37son bac avec mention
22:38et commence des études
22:39pour devenir travailleuse sociale.
22:41Quand elle atteint
22:42ses 18 ans,
22:43Laurence et Loïc
22:44décident de l'adopter
22:45avec le soutien
22:46de leurs 5 autres enfants.
22:48En 2018,
22:49à l'approche du procès
22:50de Roland Bloddy,
22:51Karine prend la parole
22:52dans les médias.
22:54« Pour moi,
22:55il n'existe plus, »
22:56dit-elle à propos
22:57de ses parents.
22:58« C'est comme s'ils étaient morts. »
23:00À presque 21 ans,
23:01elle s'est reconstruite
23:02sans haine
23:03mais avec de la colère,
23:04notamment contre
23:05les services sociaux
23:06coupables selon elle
23:07de l'avoir privée
23:08d'une enfance normale.
23:10« Comment est-il possible
23:11qu'on m'ait laissée
23:12chez eux
23:12alors qu'Anne-Marie
23:13avait été condamnée
23:14pour un infanticide ? »
23:15interroge-t-elle.
23:16« Ils disent
23:17qu'ils ne se souviennent pas
23:18mais moi je me souviens
23:19parfaitement
23:19quand Roland Bloddy
23:20leur donnait de l'argent
23:21le mercredi
23:22pour qu'ils aillent acheter
23:23des cigarettes
23:23ou de l'alcool
23:24et qu'ils me laissaient
23:25seule avec lui. »
23:27Le mardi 3 juillet 2018,
23:29le procès de Roland Bloddy,
23:3165 ans,
23:32s'ouvre devant
23:33la cour d'assises
23:33d'Ille-et-Vilaine.
23:34Il comparait
23:35pour les innombrables
23:36viols survenus
23:37entre 2002 et 2005
23:39sous le toit
23:40de René
23:41et Anne-Marie Jambu.
23:42Ces derniers sont poursuivis
23:43pour subornation de témoins
23:45pour avoir exercé
23:46pression
23:47et menace
23:47sur leur fille.
23:49Car ils n'auraient préféré
23:50qu'ils le soient
23:51pour complicité de viol.
23:53Malgré 14 signalements,
23:55dont 8 émanant
23:56de sa tante
23:57et 1 fait
23:58quelques jours
23:58après sa naissance,
24:00malgré 2 enquêtes
24:01de gendarmerie,
24:02il aura fallu
24:02attendre 2005
24:03pour que Roland Bloddy
24:04soit écarté de Karine.
24:06Et il aura fallu
24:07que la petite fille
24:08devienne une adolescente
24:09de 11 ans
24:10pour qu'enfin
24:11des policiers
24:12et des psychologues
24:13entendent
24:14ce qu'elle avait à dire.
24:19Damien,
24:20comment et pourquoi
24:21on en est arrivé là
24:22dans cette affaire ?
24:23A vrai dire,
24:24c'est quand même
24:24assez incompréhensible.
24:25Il y a une série
24:26de dysfonctionnements,
24:27c'est le moins
24:28qu'on puisse dire.
24:28Alors même que,
24:29on se rappelle,
24:30les puricultrices,
24:32dès les premiers jours
24:33de vie,
24:34font un signalement,
24:34encore une fois,
24:35c'est quand même
24:35rarissime.
24:36Les lacunes parentales,
24:37elles sont béantes.
24:38L'aide qui a été développée,
24:40la mobilisation
24:41de certains services sociaux
24:43est assez hors norme.
24:44On a toute la panoplie
24:46quasiment des interventions
24:47sociales possibles
24:48qui a été mise en œuvre,
24:49de l'aide aux devoirs,
24:51y compris de l'aide
24:52à l'hygiène,
24:53de l'aide pour les sorties.
24:55Il y a même un rapport
24:56qui avait préconisé
24:57de ne jamais laisser Karine
24:58seule avec sa mère,
25:00alors que la fillette,
25:01elle a à l'époque
25:01à peine un an.
25:02À deux ans,
25:03elle est régulièrement
25:04retrouvée seule
25:05sur le palier
25:06de l'appartement.
25:07À cinq ans,
25:08il n'est pas inhabituel
25:10de la trouver seule
25:11dans le quartier,
25:12parfois jusque très tard,
25:13jusqu'à minuit.
25:14Elle va même,
25:15une fois au cours
25:16de ses promenades,
25:17entre guillemets,
25:18ou qui sont peut-être
25:18même des fugues,
25:19tombées dans un étang.
25:20Les rapports se suivent,
25:22mais rien n'y fait,
25:23pas même un nouveau signalement,
25:25alors que Karine a six ans
25:27et qu'elle vient de faire
25:28une fellation
25:29à deux de ses camarades
25:30de classe.
25:31Et le juge des enfants
25:32décide de la maintenir
25:33au domicile
25:34de ses parents.
25:35C'est pourtant précisément
25:36à cette époque
25:37que les abus
25:38de Roland Bloddy
25:39ont lieu
25:40deux à trois fois
25:41par semaine.
25:42Mais la travailleuse sociale
25:43qui passe alors
25:44des heures
25:45à leur domicile
25:46remarque à peine
25:47que les jambus
25:48hébergent un homme,
25:50cet homme,
25:50Roland Bloddy.
25:51Madame Madik
25:52était un ami de la famille
25:53et qu'il était là
25:54juste pour quelque temps,
25:56justifiera cette femme
25:57au procès.
25:58Karine en avait parlé,
26:00cela figure
26:00dans les dossiers,
26:01insistera de son côté
26:03l'avocat
26:03de Laurence Jambus.
26:05Oui,
26:05mais sans plus,
26:06rétorque la directrice
26:07de l'Aide à l'enfance.
26:08Un certain nombre
26:09de choses se passaient
26:10le week-end,
26:11conclut-elle,
26:12et nos services
26:13ne travaillent pas
26:14le week-end.
26:14Le vendredi 6 juillet 2018,
26:17Roland Bloddy
26:18est condamné
26:18à 30 ans
26:19de réclusion criminelle
26:20assorti d'une peine
26:21de sûreté
26:22de 20 ans
26:22pour viol
26:23et agression sexuelle
26:24aggravée
26:25en récidive.
26:26Mais la Cour d'Ile-et-Vilaine
26:28ordonne la confusion
26:29de cette peine
26:30avec celle prononcée
26:31par une autre cour d'assises
26:3211 ans plus tôt.
26:33Est-ce que vous pouvez nous dire
26:34ce que ça signifie ?
26:35Ça signifie qu'en France,
26:37on ne superpose pas
26:38les peines,
26:39c'est-à-dire qu'on ne peut pas
26:40être condamné
26:41à deux fois perpétuité
26:43ou deux fois 30 ans
26:43de prison, une fois 30 ans,
26:45une fois 20 ans.
26:46En général,
26:46on propose,
26:47et c'est quasiment de droit,
26:49de confondre,
26:50c'est pour ça qu'on parle
26:51de confusion de peine,
26:52de confondre de peine.
26:53Alors en général,
26:53on prend la peine
26:54quand même la plus haute,
26:55la plus sévère,
26:56et ça devient
26:57une forme de peine unique.
26:59Alors,
26:59le fait d'avoir été condamné
27:00quand même deux fois
27:01par une cour d'assises
27:02en principe,
27:03fait en sorte que,
27:04certes,
27:05vous n'êtes pas condamné
27:05deux fois perpétuité
27:07ou deux fois des peines lourdes,
27:08mais quand même,
27:08qu'au moment où vous allez demander
27:09des aménagements de peine,
27:11la justice prend en compte
27:12que vous avez quand même
27:13été condamné deux fois.
27:14Donc en principe,
27:15ces aménagements de peine,
27:16ils sont un peu plus compliqués
27:18à obtenir.
27:19Bon,
27:19Roland Bloddy,
27:20lui,
27:20il a été incarcéré
27:21à compter du 13 avril 2005.
27:24Il avait donc déjà été condamné
27:25le 28 février 2007
27:27par la cour d'assises
27:28de Sénémarne
27:28à 18 ans de réclusion
27:30pour des faits similaires.
27:31Donc en fait,
27:32quand il est condamné
27:33à ses 30 ans
27:33avec 20 ans de sûreté
27:34en 2018,
27:36c'est cette peine-là
27:36qu'on va retenir.
27:37Mais simplement,
27:39arrivé en 2025,
27:41il a fait
27:41ces fameux 20 ans
27:43de peine de sûreté,
27:44c'est-à-dire les 20 ans
27:45pendant lesquels
27:46il était sûr
27:46d'être incarcéré.
27:48Donc il arrive
27:48à la fin
27:49de sa période de sûreté
27:50en 2025.
27:51Et le mardi 12 mai 2026,
27:53on apprend
27:54que Roland Bloddy
27:55peut sortir de prison.
27:57Et surtout,
27:57qu'il s'installe
27:58à Rennes,
27:59dans la ville
27:59où il a violé Karine.
28:01Et puis il s'installe à Rennes
28:02à 800 mètres
28:03de là où elle travaille désormais.
28:05Alors Karine,
28:06elle a été prévenue
28:07quand même
28:07de cette remise en liberté
28:08et de cette installation,
28:10surtout à côté de chez elle.
28:11En tout cas,
28:11à côté de son lieu de travail.
28:13Mais bien qu'elle ait été prévenue,
28:15ça reste un terrible choc.
28:16Alors certes,
28:17il a purgé sa peine
28:18pour la justice.
28:19Mais pour Karine
28:20et quand même
28:20une partie de l'opinion publique,
28:22personne ne comprend vraiment
28:24que cette situation
28:25soit possible.
28:29Le procureur de la République de Caen
28:31a dit comprendre
28:32l'inquiétude
28:33suscitée par cette remise
28:34en liberté.
28:35Mais il s'est voulu rassurant
28:36en précisant
28:37que Roland Bloddy
28:38faisait l'objet
28:39d'un suivi socio-judiciaire,
28:40qu'il n'avait pas le droit
28:41d'entrer en contact
28:42avec Karine
28:43ou des mineurs,
28:44qu'il était assigné
28:45à résidence
28:46et qu'il était placé
28:47sous surveillance électronique.
28:48Pour Karine Brunet-Jambu,
28:50la situation est inimaginable
28:52et impensable.
28:53C'est un poids énorme,
28:55a-t-elle déclaré.
28:56Je suis pétrifiée,
28:57la justice m'a maltraité
28:59dès mon enfance
28:59et elle continue.
29:01Comment peut-elle
29:01me traiter comme cela ?
29:03Karine Brunet-Jambu
29:04a fait condamner
29:05quatre fois l'État
29:06pour déni de justice
29:07et une fois
29:08pour faute lourde.
29:10D'autres procédures
29:10sont toujours en cours.
29:12Le mercredi 10 juin 2026,
29:14une pétition lancée
29:15par Laurence
29:16et réclamant
29:16une modification
29:17de la loi
29:18sur la confusion
29:19des peines
29:19avait dépassé
29:20les 150 000 signatures.
29:42Vous venez d'écouter
29:43Crime Story,
29:44Karine,
29:45l'enfant martyr
29:46qui a fait condamner l'État.
29:48Cet épisode est diffusé
29:49en partenariat
29:50avec France Télévisions
29:51qui met en ligne
29:52jusqu'au 14 juillet
29:53quatre films
29:54inspirés par des faits divers.
29:56Vous pouvez retrouver
29:57la liste
29:57sur leur site internet.
29:59Ce récit Crime Story
30:00était écrit par
30:01Claudia Prolongeau
30:02et raconté
30:03avec Damien Delsenis.
30:04Pour écouter
30:05tous nos autres podcasts,
30:06c'est sur le site
30:06leparisien.fr
30:08et sur n'importe quelle
30:09plateforme d'écoute.
30:10Cette semaine,
30:11il y avait à la production
30:12Thibaut Lambert,
30:13Clara Garnier-Amourou
30:14et Barbara Gouy,
30:15et à la réalisation
30:16Julien Moncouquiole.
30:17Jules Lavi
30:18est le rédacteur en chef.
30:20Si vous aimez
30:21Crime Story,
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