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Lorsqu’une jeune femme enceinte disparaît, c’est tout son petit village de Moselle qui se mobilise pour le retrouver. Le curé en tête.
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Ecriture et voix : Clawdia Prolongeau et Damien Delseny - Production : Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Pierre Chaffanjon - Musiques : Audio Network.
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Ecriture et voix : Clawdia Prolongeau et Damien Delseny - Production : Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Pierre Chaffanjon - Musiques : Audio Network.
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00:01Bonjour, je suis Claudia Prolongeau et vous écoutez Crime Story, le podcast fait divers du Parisien.
00:07Un jeune garçon de 10 ans a été tué par balle.
00:10Des aveux, 33 ans après.
00:12Son corps a été retrouvé un mois plus tard.
00:15Des hommes qui a voulu ont tiré sur les mariés.
00:17Chaque semaine, je vous raconte une grande affaire criminelle avec le chef du service poli-justice du Parisien, Damien Delsenie.
00:31Bonjour, Damien.
00:32Bonjour, Claudia.
00:33Aujourd'hui dans Crime Story, le diable en soutane.
00:36Nous sommes dans les années 50, dans l'est de la France.
00:38Une jeune fille disparaît, un curé de campagne la recherche activement.
00:43Mais est-ce vraiment un hasard ?
00:48Hiver 1956 à Huruf, dans le département de la Lorraine.
00:52Ce petit village est situé à 40 km à l'est de Nancy et compte environ 300 habitants.
00:58Ici, tout le monde se connaît.
01:00Et tout le monde connaît Guy Desnoyers, le curé de la paroisse, personnage important à l'époque et même central
01:06pour la vie locale.
01:08Le dimanche 2 décembre, à 7h30 du matin, la gouvernante du prêtre frappe à la porte de sa chambre
01:14pour l'informer que les fidèles sont déjà nombreux à l'église et qu'ils l'attendent pour la messe,
01:19comme d'habitude.
01:20Guy Desnoyers lui répond sans ouvrir la porte que l'office est annulé pour ce jour et qu'elle peut
01:25en informer les paroissiens.
01:26Ils sont déçus.
01:28Depuis 6 ans, certains fidèles n'ont presque jamais raté un office.
01:32De manière générale, à Huruf, Guy Desnoyers est très apprécié et donne entière satisfaction aux paroissiens
01:39qui n'hésitent pas à venir le voir dès qu'un problème survient.
01:42C'est d'ailleurs ce qui se passe le lendemain.
01:45Le lundi 3 décembre 1956, dans la soirée, les parents de Régine Feiss, une jeune femme de 19 ans, s
01:52'inquiètent.
01:53Régine a quitté le domicile familial sur les coups de 18h avec une de ses petites sœurs, âgée de 10
01:59ans, pour faire une course à l'épicerie du coin.
02:01Elles se sont d'abord rendues chez leur grand-mère, puis Régine a laissé sa petite sœur chez la grand
02:06-mère
02:06en lui disant qu'elle allait faire des commissions et qu'elle en avait pour un moment.
02:10Trois heures plus tard, vers 21h, une amie de Régine, Michel, sonne à la porte de la famille Feiss.
02:17Régine est introuvable et Michel est très inquiète.
02:20D'autant que Régine est enceinte, en toute fin de grossesse, et peut accoucher d'un moment à l'autre.
02:25Michel veut agir vite et son premier réflexe est de trouver un téléphone pour informer le curé de la situation.
02:32Ce dernier se trouve à Aplemont, à une quarantaine de kilomètres du Ruff, car il digne chez son frère.
02:37Quand il apprend la disparition de Régine, une de ses paroissiennes, il décide de rentrer à Uruf.
02:43Et une heure et demie plus tard, c'est lui qui prévient en premier les gendarmes
02:47en se rendant à la brigade de Colombé-les-Belles, juste à côté du Ruff.
02:52Il leur dit craindre que le pire soit arrivé, et qu'il espère que le coupable sera vite retrouvé et
02:57puni.
02:58Vers 1h30 du matin, le curé fait même sonner le tocsin,
03:02c'est-à-dire qu'il fait retentir les cloches de son église, puis il part réveiller le maire.
03:07Tout le monde, alors, se met à la recherche de Régine.
03:10Un chien de la brigade de Toul tente de flairer sa trace dans la nuit noire, en vain.
03:15Les gendarmes pensent que Régine a pu aller retrouver le père de son enfant à naître,
03:19mais d'après son entourage, c'est impossible.
03:22Régine leur a dit que cet homme était un dénommé André,
03:25qu'elle aurait rencontré dans une ville voisine et qu'il a quitté le pays
03:28pour rejoindre les troupes françaises en Algérie.
03:31Régine a annoncé à sa mère, dès le début de sa grossesse,
03:34qu'elle ne pourrait ni se marier, ni se mettre en couple officiellement.
03:37Mais peu importe, elle veut garder cet enfant, quitte à l'élever seule.
03:42D'ailleurs, si c'est une fille, elle lui a déjà trouvé un prénom.
03:46Marilyn.
03:51Damien, vers 2h30 du matin, les gendarmes mettent un terme aux recherches,
03:55car ils viennent de retrouver le corps de Régine Faïs.
03:59Oui, et c'est le curé lui-même qui a retrouvé le corps.
04:03La victime est dans un fossé à environ 2,5 km de l'entrée du village du Ruff.
04:08Alors, il faut imaginer, en pleine nuit, c'est une véritable procession qui va se rendre sur ce lieu.
04:13Il y a évidemment, on l'a dit, le prêtre en tête, mais il y a aussi le maire, Gabriel
04:16Arnoux,
04:17les gendarmes et beaucoup d'amis de la jeune femme.
04:20Dans un livre paru le 7 mai aux éditions Mareuil et qui s'intitule « Tu ne tueras point »,
04:25l'ancien juge Gilbert Hill retranscrit le procès verbal de constatation des gendarmes cette nuit-là.
04:30Oui, avant de toucher à quoi que ce soit, on commence toujours par faire ce procès verbal
04:34pour décrire le plus précisément possible les scènes de crime,
04:38essayer d'avoir tous les éléments qui seront ensuite nécessaires pour l'enquête.
04:42Là, sur ce PV de constatation, il est écrit la chose suivante.
04:46« À notre arrivée sur les lieux à 2h40, l'abbé dénoyé est agenouillé sur la berne gauche. »
04:52Alors, la berne gauche, ça veut dire le bas-côté de la route côté gauche.
04:55Et il est écrit ensuite qu'il prie devant les cadavres.
04:59On précise les cadavres car il y a celui de Régine, mais il y a aussi celui du bébé.
05:05Et c'est ce qui rend cette scène de crime particulièrement odieuse.
05:08C'est également d'ailleurs consigné dans le procès verbal.
05:11Le ventre de la jeune femme présente une plaie qui montre qu'il a été ouvert
05:16et que le bébé a été en quelque sorte extrait, sorti.
05:19La petite fille, le nourrisson, est d'ailleurs juste à côté du corps de sa maman.
05:24Et on voit sur le corps de ce bébé qu'il y a eu des coups de couteau qui ont
05:28été portés.
05:29Il y a de nombreuses marques de coupures sur le corps.
05:36Le procès verbal s'étend sur des dizaines de lignes et détaille ce crime insoutenable.
05:41La jeune femme a été tuée d'une balle dans la tête
05:43et les expertises montrent que quand le bébé a été extrait de son ventre, il était vivant.
05:49Dans le village du Ruff, où Régine a vu le jour en avril 1937, le choc est immense.
05:55Cet enfant du pays est la deuxième d'une fratrie de cinq.
05:58Son père, André, travaille dans une verrerie de la région et sa mère est femme au foyer.
06:03Le grand frère de Régine, Guy, est en Algérie au moment des faits.
06:08Sa première petite sœur, Gilbert, a 18 ans, un an de moins qu'elle,
06:12puis il y a deux jumeaux de 9 ans.
06:16Les professeurs de Régine gardent d'elle le souvenir d'une élève bien élevée,
06:20disciplinée, avec un caractère un peu renfermé.
06:23À 15 ans, ses notes ne sont pas assez bonnes pour lui permettre de poursuivre sa scolarité.
06:28Régine arrête l'école et travaille comme ouvrière dans la verrerie où est employé son père.
06:33Elle donne entière satisfaction à ses collègues, comme à ses patrons.
06:37À côté de son travail, Régine continue de vivre avec ses parents et d'aider à la maison.
06:42Sur son temps libre, elle aime aller à la messe,
06:44souvent accompagnée de Gilbert, sa sœur âgée de seulement un an de moins qu'elle.
06:49Les deux jeunes femmes participent aussi activement aux bonnes œuvres de la paroisse.
06:54Damien, la famille Faïs n'est pas particulièrement croyante et pratiquante,
06:58mais elle s'est liée d'amitié au fil des années avec Guy Desnoyers, le curé de la paroisse.
07:03Oui, une amitié et presque une intimité d'ailleurs.
07:05C'est la raison pour laquelle le prêtre est le premier à être alerté,
07:09à être prévenu au début de la disparition de Régine.
07:12Il connaît, on l'a dit très bien, la famille.
07:13Il vient souvent dîner chez eux et d'ailleurs, il a pris le café pas plus tard qu'en fin
07:18de matinée,
07:19le jour même, avant de partir voir son frère à Aplemont.
07:23Tout ça, les gendarmes l'apprennent au cours de ce qu'on appelle une enquête de voisinage.
07:27Procédure tout à fait classique et immédiate.
07:29Dès lors qu'il y a une affaire criminelle, on essaie très vite de savoir qui est l'entourage de
07:34la victime
07:34et parmi cet entourage, dans cet entourage, quels sont ceux ou celles qui l'ont vu en dernier, par exemple.
07:40Parce que dans la grande majorité des crimes, ce sont ceux qui ont vu en dernier les victimes
07:45qui peuvent être les premiers suspects.
07:54Les gendarmes apprennent que le lundi 3 décembre, à 11h du matin,
07:58le curé du Ruff s'est rendu au domicile de la famille Faïs.
08:01Comme souvent, il a pris le café avec la mère et les filles qui étaient là, dont Régine.
08:06Le curé leur a confié qu'il se rendait dans sa famille, à Aplemont,
08:09pour partir ensuite, dès le mardi matin, à Strasbourg.
08:13La journée s'est ensuite écoulée sans autre événement notable dans le village.
08:17Vers 17h45, selon leur mère, Régine et sa petite sœur ont quitté la maison familiale
08:22pour aller faire quelques courses.
08:24À 18h10, plusieurs témoins ont aperçu Régine Faïs, seule, à la sortie du village,
08:30au niveau des dernières maisons, marchant dans la direction opposée aux habitations, d'un pas tranquille.
08:37En frappant aux portes, les enquêteurs vont récolter une information déroutante.
08:42Ils apprennent que le père Guy Desnoyers, le lendemain du meurtre de Régine,
08:46se serait rendu chez un menuisier du village pour partager un café.
08:50Il aurait alors confié à cet homme qu'il connaissait le nom de l'assassin.
08:55Mais le menuisier ne peut pas en dire plus,
08:57car le curé ne lui a pas livré l'identité du tueur.
09:00Il lui a dit que le secret de la confession l'obligait à ne pas en dévoiler davantage.
09:06À d'autres villageois, le prêtre aurait répété cette même confidence.
09:11Régine a donc été tuée par quelqu'un dont le curé du ruf connaît l'identité.
09:15Et les gendarmes espèrent bien que, secret de la confession ou pas,
09:19ils obtiendront cette information.
09:22Quelques heures plus tard, Guy Desnoyers est convoqué à la gendarmerie pour être entendu.
09:26Face aux enquêteurs, il répète la même chose, il ne peut rien dire.
09:30Les gendarmes l'interrogent alors sur son emploi du temps.
09:34Le jour des faits, après avoir pris le café chez les Faïs,
09:37Guy Desnoyers a déjeuné avec sa gouvernante au presbytère.
09:40Il est ensuite monté dans sa voiture, direction à Pleumont.
09:45À 15h, il était déjà à Nancy.
09:47Puis il a passé la soirée chez son frère.
09:49Il ne peut donc pas avoir été à Uruf aux alentours de 18h.
09:56Damien, le curé précise son emploi du temps parce qu'à ce moment-là,
10:00pour les gendarmes, il est un suspect potentiel.
10:03Alors, en premier lieu, parce que c'est lui qui a prévenu les gendarmes de la disparition de Régine.
10:08Et surtout, c'est lui qui a retrouvé le corps.
10:11Alors, en langage criminel, on appelle ça l'inventeur du corps.
10:15Celui qui découvre un corps, c'est l'inventeur du corps.
10:17Donc, il est l'inventeur du corps de Régine.
10:19Ça ne suffit pas, le fait qu'il ait signalé les faits, qu'il était le premier à découvrir le
10:22corps,
10:23mais d'expérience, les gendarmes savent que, statistiquement, ça peut vouloir dire quelque chose quand même.
10:29Parce qu'en général, celui qui découvre le corps d'une personne morte est parfois le dernier à l'avoir
10:33vue vivante aussi.
10:34Donc, ça, plus les confidences quand même assez étranges qu'il fait au menuisier du village,
10:40puis à d'autres villageois en disant « moi, je sais qui c'est, mais je ne peux pas le
10:43dire à cause du secret de la confession »,
10:45tout ça le rend quand même particulièrement suspect aux yeux des gendarmes.
10:49Un autre élément, recueilli par les gendarmes lors de l'enquête de voisinage, ne joue pas non plus en sa
10:55faveur.
10:55Cet élément, c'est une rumeur.
10:57Mais donc, les gendarmes qui font leur enquête de voisinage, qui croisent pas mal de monde,
11:01apprennent cette rumeur qui dit que Régine était la maîtresse du curé,
11:06et que même le curé était le père de l'enfant à naître.
11:10Alors ça, si c'est vrai, ça devient un mobile évident pour supprimer la jeune femme,
11:15et ça donne une explication à l'extrême sauvagerie du meurtre de Régine et de son bébé.
11:20Enfin, Régine a été tuée d'une balle dans la tête, une balle de calibre 6,35.
11:25Et que vont découvrir les gendarmes au cours de leurs premières investigations ?
11:29Bah tout simplement que le prêtre, le curé du RUF, possédait un revolver de Mengele.
11:35Pour les enquêteurs, la persistance de cette rumeur dans le village
11:39et la concordance entre l'arme trouvée chez le prêtre et les blessures de Régine
11:43sont deux bonnes raisons de penser que le curé du RUF est peut-être le meurtrier de Régine Faïs.
11:48C'est en tout cas assez pour le placer en garde à vue.
11:52Devant les enquêteurs, Guy Desnoyer décline son identité et revient sur son parcours.
11:57Il semble à l'aise et à réponse à tout.
12:00Le lendemain, le mercredi 5 décembre, l'enquête passe des mains de la gendarmerie
12:04à celle de la police judiciaire de Nancy.
12:07Des policiers arrivent donc sur place à la brigade de gendarmerie de Colombay-les-Belles.
12:12Le ton change. Le comportement du prêtre aussi.
12:15Après quelques heures, le commissaire Chapuis, chef de la police judiciaire de Nancy,
12:20sent que le curé ait tout prêt de faire des révélations.
12:23Et il ne se trompe pas.
12:25Guy Desnoyer, 36 ans, reconnaît en effet que depuis deux ans environ,
12:30il entretenait avec Régine, 19 ans, une relation qu'il qualifie de flirt.
12:36Je l'embrassais et prenais des privautés qui, au fur et à mesure de l'écoulement du temps,
12:40devenaient plus intimes, dit-il.
12:42Nos premiers rapports sexuels remontent à un an environ.
12:45Ils avaient lieu lorsqu'elle me raccompagnait le soir, à la sortie de chez ses parents, au bas de l
12:49'escalier.
12:50Il affirme avoir fait l'amour avec Régine une vingtaine ou une trentaine de fois en tout.
12:54Et il précise que la dernière fois remonte au milieu du mois de mars 1956.
13:00Neuf mois plus tôt, donc.
13:03Début avril, Régine l'informe qu'elle n'a plus ses règles.
13:06Le prêtre veut la convaincre d'avorter.
13:08L'avortement étant interdit à cette époque, il lui fournit des boîtes de quinine,
13:12une plante et un médicament, alors principalement utilisé, contre le paludisme.
13:18Ce médicament se trouve en pharmacie, mais il a beaucoup d'effets secondaires
13:22et il est notamment dangereux pour les femmes enceintes car il peut stopper le développement d'un embryon.
13:28Régine ingère une grande partie des comprimés, mais sans résultat.
13:31Le mois suivant, elle n'a toujours pas ses règles.
13:34La grossesse continue.
13:35Face à l'ampleur du scandale en perspective, le prêtre demande une mutation pour s'éloigner du ruff
13:40et de cette maîtresse qui, selon lui, pourrait bien causer sa perte.
13:44Mais cette mutation ne lui est pas accordée.
13:46J'avais même envisagé de me supprimer, poursuit le prêtre lors de l'interrogatoire.
13:50Mais mon statut sacerdotal m'avait fait repousser cette résolution.
14:00Damien Delsenis, son statut sacerdotal ne l'empêche pas, en revanche, d'envisager de tuer Régine.
14:06Après 48 heures de garde à vue, d'interrogatoire, le prêtre a reconnu qu'il avait une relation avec Régine,
14:12qu'il était, a priori, le père de l'enfant.
14:15Et dans la foulée, il va avouer le crime.
14:17Il dit qu'il ne trouvait pas d'autre solution, qu'il était dans l'impasse.
14:20Et donc, il a pensé à supprimer Régine, mais aussi l'enfant à naître.
14:25Et qu'il a utilisé pour cela une arme qu'il avait achetée au mois de mars précédent, dans une
14:30armurie de la région.
14:31Après ses aveux, Guy Desnoyers reconnaît aussi qu'il a organisé son crime en amont.
14:36Oui, il avait anticipé son geste, tout planifié avec une certaine minutie assez glaçante,
14:42puisqu'en fait, il a donné rendez-vous à Régine le lundi soir, un peu après 18 heures.
14:47Il lui a proposé une ultime fois d'aller accoucher ailleurs et d'abandonner l'enfant,
14:52ce que Régine a une nouvelle fois refusé.
14:55Il lui a alors proposé l'absolution.
14:58Elle n'a pas compris, elle est sortie de la voiture et c'est à cet instant qu'il lui
15:02a tiré une balle dans la tête.
15:03Tous ces éléments démontrent donc qu'il avait bien en tête le projet de la tuer.
15:08Donc ce n'est plus un meurtre, c'est un meurtre avec préméditation, donc un assassinat.
15:12Est-ce que le prêtre explique la sauvagerie vis-à-vis du bébé ?
15:16Son explication, c'est de dire qu'il craignait que le bébé ne lui ressemble
15:20et qu'on comprenne qu'il en était le père biologique.
15:23Donc il a voulu le défigurer.
15:26Et ça explique pourquoi il l'a extrait du ventre de Régine
15:30et qu'il lui a fait toutes ses marques au couteau.
15:32La révélation de ses aveux fait énormément de bruit.
15:36Elle est racontée partout dans la presse et le curé, lui, est incarcéré.
15:40Alors on va même l'incarcérer sous une fausse identité
15:44pour éviter qu'il ne fasse l'objet de violences de la part des autres détenus.
15:48On sait qu'en général, les violeurs et les tueurs d'enfants
15:51font l'objet de représailles en prison.
15:53Donc pour éviter ça, on va l'incarcérer sous un autre nom.
15:56Si le meurtre de Régine est résolu, l'enquête, elle, n'est pas terminée.
16:01Elle se poursuit et les policiers apprennent autre chose.
16:04Ils vont apprendre qu'il n'a pas eu seulement une relation avec Régine,
16:07mais aussi avec Michelle, la meilleure amie de Régine,
16:10celle qui d'ailleurs s'est inquiétée en premier de la disparition de son amie
16:14et qu'elle aussi, cette Michelle, elle est tombée enceinte quelques mois plus tôt.
16:27Au début de son histoire avec le curé, Michelle avait 16 ans et lui 33.
16:32Elle travaillait déjà à la verrerie avec Régine
16:35et sa relation avec le prêtre était un grand secret.
16:38Cette histoire a duré jusqu'au mois de mars 1956, soit 4 ans,
16:43ce qui signifie que pendant quelques mois,
16:45le prêtre a entretenu une relation avec les deux adolescentes simultanément.
16:50Au début de l'année 1954, Michelle remarque qu'elle n'a plus ses règles.
16:55Elle est enceinte et le père ne peut être que guide et noyé.
16:59Elle lui fait part de la situation.
17:01Il est ennuyé et décrète qu'il faut faire quelque chose.
17:04Comme il le fera plus tard avec Régine, il lui fournit de la quinine,
17:08mais là non plus, ça n'a pas les effets escomptés.
17:11Michelle est toujours enceinte.
17:13À ses parents, elle raconte qu'elle a été violée un soir, en rentrant du travail.
17:18Puis elle dit qu'elle va quitter la ville pour aller raccoucher ailleurs et abandonner le bébé.
17:22Ses parents s'y opposent, mais le curé parvient à les convaincre.
17:26À la fin du mois de mai, il accompagne Michelle en voiture dans la Drôme,
17:30chez des amis, puis il rentre à Uruff.
17:33Pendant ce temps, Michelle est emmenée dans une maison de fille mère, à Bourg-en-Bresse.
17:37Le jeudi 9 septembre 1954, elle a 18 ans et elle donne naissance à une petite fille dont elle s
17:43'occupe pendant près de trois semaines.
17:45Après quoi, elle l'abandonne et rentre à Uruff.
17:49La réputation du curé est sauve.
17:52Quand Michelle raconte cette histoire aux enquêteurs, le vendredi 7 décembre 1956,
17:57quatre jours après le meurtre de Régine,
17:59elle conclut en disant
18:09Après quelques jours d'enquête, les policiers réalisent que Régine et Michelle ne sont pas les seuls à avoir eu
18:14une relation avec Guy Desnoyers.
18:16S'il n'y a a priori pas eu d'autres grossesses, les jeunes filles du ruff sont en fait
18:20nombreuses à avoir eu des rapports sexuels avec le prêtre.
18:24Alors qu'il a fait vœu de chasteté, comme l'exige son statut, sa première histoire remonterait à 1947.
18:30Il était alors à la paroisse de Blamont, toujours dans l'est de la France.
18:34La jeune fille avait 17 ans et lui 26.
18:37A l'époque, le diocèse apprend l'existence de cette relation et décide de muter le curé dans une autre
18:43commune pour éviter le scandale.
18:45Mais ça ne suffit pas.
18:47Non seulement le prêtre continue à fréquenter cette femme pendant dix ans,
18:50mais il multiplie en plus les conquêtes dans les autres villes où il exerce.
18:55Et les jeunes filles ont été nombreuses à tomber dans ses griffes.
18:58On parle de plusieurs adolescentes âgées de 15, 16, 17 et 18 ans.
19:08Damien, à l'époque, on a du mal à voir les choses comme ça, mais en réalité, Guy Desnoyers est
19:12en fait un prédateur sexuel.
19:14Alors à l'époque, Guy Desnoyers, on aurait pu considérer que c'était ce qu'on appelait un curé défroqué.
19:19Alors ça existait, cette appellation pour les curés qui avaient des rapports sexuels avec des paroissiennes.
19:24Mais là, c'est quand même notoirement plus grave parce qu'on n'est même qu'en présence d'un
19:28pédocriminel.
19:29Partout où il est allé, il a eu des relations sexuelles avec des femmes, mais des femmes qui étaient la
19:33plupart du temps mineures
19:35et en quelque sorte sous une forme d'autorité puisque c'était le curé de la paroisse, le curé du
19:40village.
19:40Donc il avait cette forme d'emprise sur ces jeunes femmes.
19:43Parmi ces jeunes femmes, les enquêteurs vont apprendre qu'il y a aussi la petite sœur de Régine.
19:47Oui, celle qui était âgée d'un an de moins que Régine, dont on a déjà parlé.
19:52Et au fur et à mesure de l'enquête, on va apprendre qu'en fait, quand il allait dîner le
19:56soir chez les Faïs,
19:57ce qui arrivait assez régulièrement, eh bien la petite sœur de 13 ans et demi le masturbait sous la table.
20:03Donc là, on dépasse quasiment toutes les limites.
20:07L'affaire du curé du Ruf gagne la France entière et assez largement dans l'opinion publique, on réclame la
20:13tête du prêtre.
20:14Rappelons qu'à l'époque, la peine de mort existe en France et que le crime commis est si monstrueux,
20:20si incompréhensible,
20:21perturbe tellement les mœurs, ce qu'il paraît évident que ça va être la peine adéquate, en tout cas celle
20:27à laquelle sera condamné le curé du Ruf.
20:3513 mois plus tard, le matin du vendredi 24 janvier 1958, Guy Desnoyer comparaît devant les assises de Meurthe et
20:41Moselle, à Nancy.
20:42Il doit répondre d'assassinats sur la personne de Régine Faïs et d'infanticides sur celle de la petite Marilyn.
20:50Il arrive au tribunal menotté, le visage émacié et avec des lunettes partiellement cerclées de doré.
20:55Les psychiatres ne lui ont découvert aucune tare mentale. Il est responsable de ses actes.
21:01Le procès est l'occasion de revenir sur la vie et la personnalité de l'homme d'église.
21:07Guy Desnoyer est né au sortir de la Première Guerre mondiale en janvier 1920.
21:12Entre ses 13 et ses 20 ans, ses parents, cultivateurs lorrains, le placent dans un séminaire, en espérant qu'il
21:18deviendra prêtre.
21:19Le jeune homme semble avoir la vocation. Il demande l'ordination et fait vœu de chasteté.
21:24Mais ce vœu est rompu dès son premier poste de vicaire, obtenu à 26 ans.
21:29Et le prêtre remarque que son statut d'autorité spirituelle lui permet de profiter de nombreuses femmes, et même filles,
21:36parmi celles qui l'entourent.
21:38Il multiplie les colonies de vacances et les réunions de jeunes croyants,
21:42lors desquelles il tente de séduire toutes celles qu'il croise, y compris lorsqu'elles sont très jeunes.
21:47Les victimes du prêtre ont 14, 15, 16 ans. Elles sont rarement majeures.
21:53Mais de cela, le procès ne rend que très peu compte.
21:56Après deux jours d'audience, au cours desquels on a entendu ni la famille ou les proches de Guy Desnoyer,
22:01ni l'église en tant qu'institution, le procureur général requiert la peine de mort.
22:06C'est logique, dans ce contexte, en 1958, et dans le cadre d'une affaire aussi sordide,
22:12impliquant un homme qui n'a aucune pathologie psychiatrique.
22:15Mais l'avocat commis d'office de Guy Desnoyer, maître Robert Gasse, bâtonnier de Nancy, lui trouve des excuses.
22:22Il insiste sur le manque de maturité intellectuelle et affective du curé,
22:26et va jusqu'à présenter les filles qui ont été séduites par Desnoyer comme des tentatrices, plutôt que des victimes.
22:32Ils fustigent aussi leurs parents, qui n'ont rien fait ou rien dit.
22:36Car il est vrai qu'à part quelques dénonciations anonymes,
22:39les paroissiens du RUF avaient majoritairement décidé de fermer les yeux sur les agissements du curé que tous avaient compris.
22:45Le journal Le Monde écrit à ce propos,
22:48« Sans doute, est-ce ce réflexe fait de crainte, de respect ou de foi ? »
22:58Damien, le journal poursuit en supposant que c'est ce même réflexe
23:02qui retient les jurés de condamner Guy Desnoyer à la peine capitale.
23:06Finalement, le curé est reconnu coupable de tous les chefs d'accusation pour lesquels il était renvoyé devant la cour
23:11d'assises,
23:12mais il n'est condamné qu'aux travaux forcés à perpétuité.
23:16Il évite donc la peine capitale, puisque le jury lui a reconnu le bénéfice de circonstances atténuantes à la majorité.
23:24Alors c'est très surprenant pour les observateurs, incompréhensible pour une grande partie de l'opinion publique.
23:29D'ailleurs, à la sortie du tribunal, l'annonce du verdict est très mal accueillie.
23:33On crie à mort, on ne comprend pas du tout pourquoi, vu l'ignominie du crime commis et la personnalité
23:39de l'accusé,
23:40on a pu lui trouver des circonstances atténuantes.
23:42Ce verdict, il est très fortement lié au fait que l'accusé est un homme d'église,
23:47à une époque où l'influence de l'église est extrêmement importante.
23:50Oui, d'ailleurs l'église, elle va essayer de gérer cette histoire pour éviter qu'elle ne soit trop éclaboussée.
23:55Elle va parler d'un prêtre égaré, d'un acte atrocement exceptionnel qui ne saurait atteindre le caractère divin de
24:02la mission de l'église.
24:04Derrière, il y a aussi l'idée qu'un prêtre n'est pas un homme comme les autres
24:07et que quelque part, il n'est pas question d'en faire un bouc émissaire parce que c'est finalement
24:11le jugement divin qui comptera.
24:13En tout cas, elle ne s'interroge pas du tout, l'église à l'époque, de sa responsabilité dans l
24:18'histoire de ce jeune abbé.
24:19Elle ne se remet pas du tout en question, ni elle ne remet en question la notion de vœux de
24:24chasteté
24:25qui semble être au cœur de la problématique du curé Duruf.
24:28De nombreuses affaires de viol d'enfant, on le sait par des hommes d'église,
24:32démontreront plus tard que cette question, pourtant, elle existe et elle existe malheureusement toujours.
24:38Quelques temps après sa condamnation, la peine du curé est commuée. Qu'est-ce que ça veut dire ?
24:43La commutation d'une peine, c'est en quelque sorte la réduction de cette peine, en tout cas l'annulation
24:48d'une partie de cette peine.
24:49Alors, en réalité, dans cette affaire, on le sait, il a été condamné aux travaux forcés à perpétuité.
24:54Et bien finalement, la peine est réduite, on passe à 20 ans de prison.
24:58Et Guy Desnoyers va finalement sortir de détention en 1978.
25:04Il a à ce moment-là purgé 22 ans en prison.
25:07À cette époque, c'est quand même la plus longue détention effectuée en France.
25:11À sa sortie, il va être accueilli dans un monastère, en Bretagne, à l'abbaye Saint-Anne de Cargonan à
25:18Plouarnel,
25:19dans une petite ville du Morbihan.
25:22C'est en quelque sorte la démonstration que l'église ne l'a pas complètement abandonnée,
25:26puisqu'elle le recueille à sa sortie de prison.
25:28Pour les habitants du Ruff, eux qui n'ont toujours pas oublié Régine,
25:32cet accueil dans une abbaye, alors même à l'autre bout de la France, c'est un nouveau choc.
25:46Guy Desnoyers est mort 30 ans après sa sortie de prison, en 2010,
25:50toujours derrière les murs de l'abbaye Saint-Anne de Cargonan.
25:53Il avait 90 ans.
25:55Dans le cimetière du Ruff, la tombe de Régine et de Marie-Lyne
25:59a commencé par porter une plaque avec écrit
26:01« Ici repose Faïs Régine, tué le 3 décembre 1956 par le curé de la paroisse G.D. à l
26:08'âge de 19 ans ».
26:09En dépit des demandes répétées de l'évêché, la famille de Régine a toujours refusé de la retirer.
26:15Après le décès de la mère de Régine, son père a même fait remplacer la plaque
26:19par une inscription directement sur la stèle.
26:22« Ici repose Régine Faïs, âgée de 19 ans et sa fille Marie-Lyne,
26:26tuée le 3 décembre 1956 par le curé de la paroisse G.D. »
26:31Après la mort du père de Régine, l'inscription a finalement été effacée.
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26:59Ce récit était écrit par Claudia Prolongeau et raconté avec Damien Delceny.
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