00:00C'est l'histoire d'Albert Spaggiary, un Arsène Lupin des années 70 à l'accent chantant.
00:05Spaggiary a fait de son nom une marque, celle du casse du siècle, commis à Nice en juillet 1976.
00:12Je pénètre dans la salle des coffres, il me suit, on s'embrasse et c'est la folie.
00:22En plein mois de juillet, la France découvre mi-stupéfaite, mi-fascinée
00:26que la salle des coffres de la Société Générale a été vidée sans un seul coup de feu, presque sans
00:32bruit.
00:33Les voleurs ont d'ailleurs laissé un message sur place, ni arme, ni violence et sans haine.
00:39La provocation est à la hauteur du butin, 46 millions de francs de l'époque, c'est-à-dire un
00:44peu plus de 30 millions d'euros.
00:46Pour parvenir à leur fin, les braqueurs sont passés par les égouts,
00:49un travail de titan qui relève plus des travaux publics que du banditisme.
00:53Pendant des semaines, le gang des égoutiers, dont on estime qu'ils étaient environ une dizaine,
00:58va effectuer des allers-retours le long d'une rivière souterraine de 3 kilomètres.
01:04Un long trajet pour acheminer le matériel nécessaire au percement d'un tunnel de 8 mètres.
01:10Au bout du tunnel, le mur de la salle des coffres,
01:13réputé inviolable ce sarcophage en béton armé de 1,80 m d'épaisseur,
01:18finira par céder.
01:19Le hold-up souterrain est une réussite.
01:22L'alarme n'a pas été donnée pour la bonne raison qu'il n'y a pas de système d
01:25'alarme.
01:26Mais Spaggiari est beaucoup trop bavard.
01:28Son nom circule dans le milieu, mais aussi auprès des enquêteurs.
01:323 mois plus tard, il est arrêté à sa descente d'avion au retour du Japon.
01:36Il était parti en voyage avec le maire de Nice de l'époque, Jacques Médecin, dont il était un proche.
01:40Voilà le chef, l'organisateur du cambriolage de la Société Générale de Nice, Albert Spaggiari.
01:47Profession, photographe pour noces et banquets, à temps perdu, égouttier.
01:52Un homme à deux faces, para, ancien OAS, militant d'extrême droite.
01:57Et puis aussi artisan, bon époux, éleveur de volaille.
02:00Les policiers décident alors de perquisitionner sa maison dans l'arrière-pays niçois.
02:05Et dans le poulailler, ils vont découvrir des armes, beaucoup d'armes et quelques millions en monnaie italienne.
02:11Mais pas un centime provenant des coffres de la Société Générale.
02:15Prisonnier star à la maison d'arrêt des Beaumettes, Albert en veut encore plus.
02:19Le 10 mars 1977, il demande à être entendu au palais de justice de Nice par le juge en charge
02:25de l'enquête.
02:26Il dit avoir des révélations fracassantes à faire sur l'affaire et obtient même que l'escorte de gendarmes qui
02:31l'accompagnent quitte le bureau du juge.
02:34Spaggiari a fait demi-tour sur lui-même et a ouvert la fenêtre qui se trouvait fermée.
02:38Il a enjambé la fenêtre et s'est jeté dans le vide.
02:41Et puis à la fenêtre, nous avons vu une moto qui s'enfuyait avec Spaggiari à l'arrière qui s
02:47'est tournée vers nous,
02:48apparemment indemne, avec un sourire et en faisant au revoir de la main.
02:53Mais le fanfaron ne veut pas disparaître complètement.
02:56Sa cavale, il va la scénariser comme un film.
02:58D'abord en envoyant un chèque à l'automobiliste dont il avait endommagé la voiture en sautant par la fenêtre.
03:04Spaggiari semble se moquer complètement de la condamnation à perpétuité par contumace dont il a écopé en France.
03:10Le roi de la provoque donne des interviews clandestines.
03:13On le voit ainsi dans l'émission culte de l'époque, Apostrophe.
03:16Il y répond à Bernard Pivot pour s'exprimer sur son livre.
03:20Quel est votre nom ?
03:21Albert Spaggiari, officiellement.
03:23C'est vraiment vous ?
03:24Oui.
03:25Vous êtes quand même content de vous ?
03:27Oui, je suis content de vous toujours, pas de regrets.
03:29Vous êtes fier de vous ?
03:30Et quant à la Société Générale, elle m'a fait perdre beaucoup plus que je n'ai gagné.
03:34J'étais haissé.
03:35J'avais des maisons en Provence, j'avais un tas de choses que je n'ai plus.
03:39Portez plein de contrats, alors.
03:40Vas-y, elle m'a porté plein de contre la Société Générale.
03:43Mais la cavale spectaculaire coûte cher, trop cher.
03:47Et en plus, Albert Spaggiari tombe malade, un cancer de la gorge qui l'affaiblit un peu plus chaque jour.
03:53Il veut rentrer en France pour y mourir, mais c'est en Italie qu'il va s'éteindre le 8
03:57juin 1989.
03:59Son corps va passer clandestinement la frontière dans le coffre d'une voiture.
04:04Même mort, Spaggiari continue à jouer les passe-murailles.
04:06Cette fin discrète ne lui ressemble pas, Spaggiari part avec ses secrets.
04:11Le principal d'entre eux, c'est son rôle réel dans le casse de Nice.
04:15Albert le fanfaron n'était sans doute pas le cerveau du casse,
04:18mais un simple apporteur d'affaires dont la grande gueule et l'attirance pour les projecteurs
04:23ont permis au vrai cerveau de rester dans l'ombre et au butin du casse de ne jamais être retrouvé.
04:29Sous-titrage Société Radio-Canada
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