Passer au playerPasser au contenu principal
(Suite et fin) Le jeudi 29 juillet 1976, deux agents du commissariat de Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine) se rendent chez le couple Bergaud, situé près de Paris, car leurs proches sont inquiets de ne pas avoir de nouvelles d’eux. Sur place, aucun signe de vie. Alors, l'un des deux policiers décide de pénétrer dans l’appartement via le balcon, en cassant la vitre.

Quand il rentre dans l’appartement des Bergaud, il découvre une scène d'horreur. Il y a du sang partout, tout est saccagé et le coffre-fort a été ouvert. Les corps sans vie d’Émile et d’Elisia Bergaud, criblés de balles, gisent au sol ainsi que celui d’Alfeia, leur domestique, qui a été étranglée et abattue d’une balle dans la tête.

Dans Crime story, la journaliste Clawdia Prolongeau raconte cette enquête avec Damien Delseny, chef du service police-justice du Parisien.

Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Ecriture et voix : Clawdia Prolongeau et Damien Delseny - Production : Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : Audio Network

Archives : INA.

#crimestory #truecrime #bernardpesquet

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:01Vous écoutez Crime Story, l'affaire du Landru du Val d'Oise, deuxième et dernier épisode.
00:09A l'été 1976, la police de Neuilly trouve dans un appartement bourgeois du boulevard Maillot, trois cadavres.
00:17Il s'agit de ceux d'Émile et Élisia Bergaud, un couple de retraités, et de celui d'Alfea Borgioni,
00:23leur domestique.
00:25Tous ont été abattus par balles.
00:27Les enquêteurs pensent d'abord à un cambriolage qui aurait mal tourné.
00:32Puis ils apprennent qu'un artisan peintre du Val d'Oise devait passer dans la matinée.
00:37Il s'appelle Bernard Pesquet, a 53 ans, et a déjà fait parler de lui longtemps avant.
00:43En novembre 1941, il a été condamné pour avoir tué à coup de barre de fer son amant de l
00:49'époque.
00:50Après avoir purgé une peine de prison de 20 ans, Bernard Pesquet sort en 1961,
00:56puis rencontre et épouse Christiane Rueau.
00:59Mais sa femme a quitté le domicile conjugal il y a deux ans et n'a plus jamais donné de
01:04nouvelles depuis.
01:05Tous ces éléments rendent Bernard Pesquet suspect aux yeux des enquêteurs.
01:10Le jour du triple meurtre de Neuilly, le 29 juillet 1976,
01:13les policiers se rendent donc à Pierrelay, chez Bernard Pesquet, et l'interpellent.
01:20Arrestation du meurtrier présumé dans le triple crime de Neuilly,
01:23un couple et leur bonne assassiné jeudi.
01:26L'homme appréhendé est un ancien détenu, Bernard Pesquet, déjà condamné à perpétuité pour meurtre.
01:31Il avait été gracié en 1961 et avait vu sa peine commuer en 20 ans de réclusion.
01:36Les voisins de Pesquet sont étonnés.
01:38Cet artisan en bâtiment passait pour un père tranquille.
01:43Damien, une fois arrêté, Bernard Pesquet assiste à la perquisition de son pavillon.
01:49C'est l'usage, quand on fait une perquisition quelque part,
01:51que ce soit dans un appartement ou dans une maison, il faut toujours qu'il y ait un témoin.
01:53Et en général, ce témoin, c'est le suspect.
01:56Donc c'est comme ça que ça se passe.
01:57Donc effectivement, il est menotté, il est entouré par les policiers.
02:00Alors il y a des policiers du SRPJ de Versailles à l'époque,
02:02de la police judiciaire de Creil, de la brigade criminelle de Paris qui est chargée de l'enquête.
02:06Et c'est donc menotté et encadré de policiers qu'il assiste à la fouille de son appartement.
02:10À quoi ressemble l'intérieur de son pavillon ?
02:13C'est un petit pavillon, ce n'est pas une très très grande demeure.
02:16Et à l'intérieur, c'est un espèce de bric-à-brac impossible,
02:19avec du vieux mélangé avec du neuf.
02:21C'est vraiment, on a l'impression, dans une brocante,
02:23sauf que c'est l'intérieur d'une maison et que c'est très très très très en désordre.
02:26Dehors, il y a déjà plusieurs dizaines de journalistes.
02:30On sait que Pesquet, il a déjà par le passé tué quelqu'un,
02:33qu'il a fait beaucoup de prison.
02:35Et là, on le soupçonne à nouveau de quelque chose de très grave.
02:38Donc ça commence à attirer du monde.
02:40Et puis, on va lui donner ce surnom de Landru du Val-d'Oise,
02:44notamment parce que ressort aussi à cette occasion
02:46la disparition très mystérieuse de sa femme.
02:48On l'a dit, qui depuis deux ans n'a plus jamais donné signe de vie.
02:51Donc, quand on se dit que Pesquet, il a déjà tué quelqu'un dans les années 40,
02:55que là, il est soupçonné d'un triple homicide à Neuilly,
02:58et qu'en plus, sa femme n'en a pas de nouvelles d'elle depuis deux ans,
03:00ça suffit à forger la légende de Pesquet.
03:04La perquisition ne dure pas longtemps.
03:07Rapidement, les policiers découvrent chez le quinquagénaire
03:09des pièces de monnaie étrangères,
03:11similaires à celles qui ont disparu de l'appartement des Bergots à Neuilly.
03:15Mais surtout, ils trouvent une carte de crédit au nom des 1000 Bergots.
03:19Si Bernard Pesquet n'est pas responsable de la mort des occupants de l'appartement,
03:24il est à minima responsable de les avoir volés.
03:28Interrogé, l'artisan peintre reconnaît s'être bien rendu
03:31chez les Bergots, Boulevard Maillot, le matin même.
03:34Mais c'était, dit-il, uniquement pour récupérer
03:38les échantillons de papier peint qu'il y avait laissés.
03:40Il assure n'être même pas entré dans l'appartement.
03:43Alors d'où tient-il ces pièces anciennes ?
03:46Il les avait avant, assure-t-il.
03:48Et comment s'est-il retrouvé en possession de la carte de crédit de M. Bergots ?
03:54Là aussi, Bernard Pesquet a une explication.
03:57Il répond qu'il a eu la surprise de la découvrir dans son livre d'échantillons.
04:02Son hypothèse est la suivante.
04:03Pour marquer la page qui l'intéressait,
04:06Emile Bergots l'a glissé là, puis il l'a simplement oublié.
04:11Les policiers ne croient pas à cette supposée étourderie.
04:14Et en attendant de faire toute la lumière sur cette affaire,
04:17ils embarquent à nouveau Bernard Pesquet, désormais leur suspect numéro 1.
04:25Damien, le mercredi 11 août 1976, 13 jours après l'arrestation de Bernard Pesquet,
04:32les enquêteurs perquisitionnent une deuxième fois son pavillon de pierre-lait.
04:36Est-ce qu'ils trouvent de nouveaux éléments ?
04:39Ils vont découvrir des pièces d'or qui leur avaient échappé au cours de la première visite,
04:44et des bijoux.
04:45La fille des époux Bergots, elle va reconnaître et ses pièces et ses bijoux comme appartenant à ses parents.
04:52Donc ça fait des éléments supplémentaires encore.
04:54Et puis il y a aussi un trousseau de clés avec les clés de l'appartement des Bergots Boulevard Maillot.
04:59Donc si on résume, il est en possession de la carte de crédit de M. Bergots,
05:04des clés de l'appartement, des pièces et des bijoux qui ont été volés sur place.
05:08Pour quelqu'un qui n'est même pas rentré dans l'appartement, si on le croit, ça fait quand même
05:11déjà beaucoup.
05:12Quelle est l'explication de Bernard Pesquet ?
05:14Il va dire « je suis victime d'un complot ».
05:16Et en fait, ce sont les policiers qui ont placé ces objets exprès chez moi pour pouvoir m'accuser.
05:21C'est crédible cette hypothèse ?
05:23On ne voit pas tellement quel est l'intérêt des policiers d'aller déposer des pièces à conviction chez quelqu
05:26'un.
05:27Et en même temps, les policiers, ce qu'ils cherchent aussi dans ces perquisitions,
05:31c'est une preuve qui ferait tout basculer, c'est-à-dire de retrouver cette fameuse arme du crime,
05:36ce pistolet ou ce revolver de calibre 7,65, c'est de ce pistolet que sont parties les balles qui
05:42ont tué monsieur, madame Bergaud et leur domestique.
05:45Afin de mettre un coup définitif à la défense de l'artisan peintre,
05:50les policiers se mettent en tête de retourner sa maison, dans le but de retrouver cette arme.
05:55Le lendemain de cette perquisition, le jeudi 12 août, ils entament donc de nouvelles recherches.
06:00Mais finalement, c'est un autre élément qui n'a rien à voir avec le triple assassinat de Neuilly qu
06:07'ils découvrent.
06:08Cachés dans une boîte, les enquêteurs trouvent les papiers d'identité de Christiane, la femme disparue de Bernard Pesquet.
06:17Pourtant, celle-ci est supposée l'avoir quittée deux ans auparavant.
06:22Aurait-elle pu partir et voler de ses propres ailes pendant plusieurs années sans papiers d'identité ?
06:27Cela paraît peu probable.
06:30Les enquêteurs interrogent Bernard Pesquet à ce sujet.
06:33Mais il leur fait la même réponse qu'à toutes les autres personnes qui posent des questions sur Christiane.
06:38Il ne sait pas où elle est.
06:40Après avoir fouillé de fond en comble toutes les autres pièces de la maison,
06:44les enquêteurs s'attaquent à la cave.
06:46A première vue, il n'y a rien ici non plus.
06:49Il décide alors de creuser le sol.
06:52Il est environ 14h.
06:54Pendant plusieurs dizaines de minutes, l'opération s'avère aussi infructueuse que les précédentes recherches.
07:01Jusqu'à ce qu'un enquêteur, muni d'une pelle, bute sur quelque chose de dur.
07:07Il creuse davantage.
07:09C'est un corps.
07:11Apparemment, il s'agit d'une femme recroquevillée et quasiment momifiée,
07:16en tenue de jardin, avec des bottes et un tablier.
07:20Les expertises confirment ce que pensent déjà les enquêteurs.
07:24Il s'agit du corps de Christiane Rueau, la femme de Bernard Pesquet.
07:29Elle a été abattue, elle aussi, à l'aide d'une arme de calibre 7,65.
07:34En dégageant la terre autour de son corps, les policiers sont abasourdis.
07:39A côté de Christiane, il y a un second cadavre, emballé lui aussi dans du plastique.
07:46C'est celui d'un homme, vêtu d'un costume foncé et d'un imperméable beige.
07:51La surprise des policiers est totale.
07:54Ils ne s'attendaient certainement pas à ça.
07:57Qui est cette personne ?
07:58Et si Bernard Pesquet a laissé derrière lui trois cadavres à Neuilly et deux ici,
08:04combien vont-ils encore en trouver ?
08:10Bernard Pesquet est arrivé ce matin, encadré de policiers dans son domicile de banlieue du Val-d'Oise.
08:16A ce moment-là, il affirmait toujours ne rien savoir sur la disparition de sa femme,
08:20de la même façon qu'il n'y ait toute responsabilité dans le triple meurtre de Neuilly.
08:24Mais ce soir, tout l'accable.
08:26Les policiers, eux, étaient sûrs de trouver des preuves ici où vivait Bernard Pesquet,
08:31au milieu des barraquements que les policiers ont fouillés de fond en comble.
08:35Les enquêteurs ont au revers un véritable chantier dans le jardin.
08:39Les 1300 mètres carrés ont été sondés partout jusqu'à un mètre de profondeur.
08:44Mais c'est dans la cave de la maison qu'en début d'après-midi,
08:46on devait découvrir le corps identifié comme celui de Madame Pesquet,
08:51disparu depuis 18 mois.
08:52Et juste à côté, un deuxième corps, enfoui sur la terre battue, celui de son amant.
09:00Les examens menés sur le second corps apprennent aux enquêteurs que c'est celui d'un homme.
09:05Il s'appelait Henri Franqui, il avait 72 ans et il était agent immobilier.
09:12Interrogé sur la présence de ce corps dans sa cave,
09:16Bernard Pesquet explique que ce monsieur était l'amant de sa femme, Christiane Rueau.
09:23Damien, le fait que les policiers trouvent comme ça le corps de la femme de Bernard Pesquet
09:28enterré dans sa cave, ça les fait se dire qu'il y a vraiment eu un raté.
09:33Clairement, parce que c'est quand même une femme qui a disparu à l'époque depuis deux ans.
09:37On connaît le profil de Pesquet qui avait quand même déjà été condamné pour un meurtre dans les années 40.
09:41Donc ça aurait pu quand même déjà un peu amener des soupçons à l'époque des enquêteurs,
09:47mais on n'a pas beaucoup cherché.
09:48Les policiers avaient remarqué quand même en fouillant la maison une première fois
09:51qu'il y avait des photos de Christiane, alors qu'elle était supposée être partie depuis deux ans.
09:56Donc ils trouvaient ça un petit peu bizarre qu'il y ait ces photos.
09:58Et puis la famille de Christiane, à l'époque de la disparition en 1974,
10:02elle avait tenté de déclencher une enquête parce qu'elle trouvait que cette disparition volontaire,
10:05ça tenait pas la route, cette espèce de fugue, ça tenait pas la route.
10:08Les disparitions de personnes majeures ne font pas toujours l'objet d'une enquête poussée.
10:13On considère que les gens ont le droit de disparaître, d'aller changer de vie.
10:15Et c'est ce que les policiers de l'époque avaient pensé de la disparition de Christiane.
10:19Christiane et Henri Franqui, ils ont tous les deux été tués par balle.
10:22Oui, et l'expertise balistique, elle va même dire autre chose.
10:25Elle va dire que non seulement ils ont été tués par balle,
10:27mais en plus que c'est la même arme que celle qui a servi à tuer les bergots et leurs
10:32employés à Neuilly-sur-Seine.
10:35Confronté à ces nouvelles découvertes, Bernard Pesquet ne se démonte pas.
10:40Il reconnaît qu'il a tué sa femme.
10:42Il reconnaît aussi qu'il a assassiné l'agent immobilier.
10:45Mais pour justifier ces deux actes, il présente ce qu'il considère comme des circonstances atténuantes.
10:51Sa femme le trompait avec Henri Franqui.
10:54Il parle donc d'un crime passionnel, un concept qui n'existe à l'époque pas plus qu'aujourd'hui
11:00dans le code pénal,
11:01mais qui sert régulièrement d'argument aux hommes qui tuent leurs compagnes.
11:05Par contre, même s'il reconnaît ces deux meurtres,
11:08Bernard Pesquet continue de nier son implication dans le triple homicide de Neuilly.
11:13Car si les cinq victimes ont bien été tuées précisément avec la même arme,
11:18l'analyse balistique ne laisse aucun doute à ce sujet,
11:21Bernard Pesquet affirme qu'il s'en est débarrassé après les meurtres de Christiane Rueau et Henri Franqui.
11:28Selon lui, quelqu'un a donc pu la trouver et l'utiliser pour massacrer les trois occupants de l'appartement
11:33du boulevard Mayo.
11:35Dans les semaines qui suivent, les enquêteurs découvrent un nouvel élément
11:38qui vient affaiblir un peu plus la défense de Bernard Pesquet.
11:42Christiane et Henri Franqui n'ont en fait jamais été amants.
11:45Ils ne se sont même jamais rencontrés.
11:47Mais Henri Franqui connaissait bel et bien Bernard Pesquet et il avait de l'argent.
11:53Pour l'artisan peintre, cela pouvait être un mobile suffisant.
12:01Damien, est-ce qu'on sait comment Bernard Pesquet et Henri Franqui se sont connus ?
12:06Pas très très bien. On sait simplement qu'il fréquentait le même bar et que Franqui avait l'habitude de
12:12se balader avec pas mal d'argent sur lui.
12:15Donc il est possible tout simplement que Pesquet, dont on sait qu'il est quand même attiré par tout ce
12:20qui brille et par l'argent,
12:21se soit rendu compte que ce Franqui qui sortait des billets au bar,
12:25puis c'est une proie intéressante pour lui, qu'il l'ait suivi chez lui un jour et qu'il
12:29l'ait tué.
12:30Est-ce qu'il lui a volé de l'argent ?
12:31Du liquide probablement, mais ça c'est quasiment impossible à vérifier.
12:34Par contre, ce qu'on sait, c'est qu'il lui a volé son carnet de chèques et qu'il
12:37l'a utilisé.
12:39Il a aussi utilisé la voiture de Franqui, qu'il s'est même permis de revendre.
12:43Et dans l'appartement de Franqui, il a volé tout un tas de choses, alors des objets qui peuvent paraître
12:48complètement indodin.
12:49Il a par exemple piqué un aspirateur, il a volé un aquarium aussi.
12:53Et d'ailleurs, le fils d'Henri Franqui, quand il va être convoqué, il va reconnaître un certain nombre de
12:58meubles ou d'objets qui appartenaient à son père.
13:00Est-ce que Bernard Pesquet, c'est un tueur en série ?
13:03Il n'y a pas de définition absolue d'un tueur en série.
13:06On commence à parler de série quand on est autour de trois homicides.
13:09Bernard Pesquet, là, il en a reconnu un minima trois.
13:13On sait qu'il y a les trois autres de Neuilly, donc ça ferait six meurtres.
13:16Donc on peut effectivement le classer dans la colonne des tueurs en série,
13:20avec une petite particularité, c'est que Pesquet, il n'a pas forcément, comme souvent chez les tueurs en série,
13:26un mobile sexuel ou une espèce de scénario.
13:29Lui, à la fois, ça peut être sentimental, c'est-à-dire qu'il pense que sa femme le trompe,
13:34ou qu'en tout cas, il en a marre de sa femme, il l'élimine.
13:36Et puis ça peut être surtout financier, c'est-à-dire que quand il veut s'approprier les richesses de
13:40quelqu'un,
13:40il décide d'éliminer cette personne ou ces personnes.
13:43On sait aussi qu'il a d'abord commencé par tuer son amant en 1941,
13:46donc là, c'était un mobile plutôt sentimental.
13:48Ce qui va être encore plus inquiétant, c'est que chez lui, dans une boîte,
13:53on va retrouver une trentaine de passeports avec des identités différentes.
13:56Donc on se dit, mais que font ces passeports dans cette boîte ?
13:59À qui ils appartiennent ? Est-ce que les personnes auxquelles appartiennent ces passeports
14:02sont toujours en vie si elles ont croisé la route de Bernard Pesquet ?
14:05Alors on va s'imaginer évidemment qu'il peut peut-être y en avoir encore plus,
14:08parce que quand même, entre le moment où il est sorti de prison au tout début des années 60,
14:12quand il avait purgé sa première peine,
14:13et sa nouvelle interpellation dans l'affaire de Neuilly,
14:16il s'est passé 15 ans,
14:18et 15 ans pour quelqu'un avec le profil de Pesquet,
14:20c'est suffisant pour commettre beaucoup de crimes.
14:25Bernard Pesquet attend désormais son procès.
14:28Meurtrier et récidiviste,
14:29il est cette fois quasiment promis à la peine de mort.
14:33Mais on est en 1976,
14:35l'abolition est déjà dans beaucoup d'esprits,
14:37et son avocat fait des pieds et des mains pour gagner du temps.
14:40Il formule recours sur recours, discute chaque procédure,
14:44et ça marche.
14:46Bernard Pesquet est renvoyé devant la cour d'assises du Val d'Oise.
14:49A l'ouverture de son procès, le mardi 18 juin 1982,
14:54il a 60 ans,
14:55et la peine de mort est abolie depuis 5 mois.
14:58Retour en France avec l'ouverture cet après-midi
15:01à la cour d'assises de Pontoise,
15:03du procès de Bernard Pesquet à Pontoise,
15:06Ladislas de Hoyos.
15:08Pontoise,
15:09vous allez voir le démon,
15:10comme on l'a appelé,
15:11le monstre style Landru ou Dr Petiot,
15:13mais regardez-le bien,
15:15c'est votre voisin de palier,
15:16c'est M. Tout-le-Mont,
15:17qui s'en prend maintenant aux journalistes.
15:23Bernard Pesquet,
15:24s'il n'y avait eu les gendarmes et les menottes,
15:26ressemble plus à un gratte-papier
15:27qu'à un monsieur qui tue dans le dos
15:29pour dévaliser ses victimes.
15:31Cet homme qui a échappé à la guillotine
15:33puisque ses avocats ont réussi à retarder le procès
15:35jusqu'à l'abolition de la peine de mort,
15:37est aujourd'hui accusé de 5 crimes.
15:40Tout l'accable.
15:40Un dossier énorme.
15:42Pesquet, comme souvent chez de tels assassins,
15:45Pesquet avait le goût de la collection,
15:46c'est d'ailleurs ce qu'il a perdu.
15:49Damien,
15:50Bernard Pesquet est alors un petit homme aux cheveux blancs
15:53qui continue à discuter chaque meurtre dont on l'accuse,
15:56y compris celui pour lequel il a déjà été jugé en 1941.
16:01Cette affaire-là, elle est purgée.
16:02Il a été condamné.
16:03Il a fait 20 ans de prison.
16:05Il avait même été condamné,
16:06on l'avait dit, aux travaux forcés.
16:07Mais il est toujours un peu droit dans ses bottes,
16:10droit dans ses versions.
16:11Sur le meurtre de ce Julien Kibel en 1941,
16:14pour lequel il a passé des aveux,
16:15il a été condamné.
16:16Là, il va raconter qu'en fait,
16:17il a été forcé de commettre ce meurtre par la Gestapo,
16:21puisqu'on rappelle qu'à l'époque,
16:22la France était occupée par les Allemands.
16:24Et il va d'ailleurs demander et répéter
16:27qu'il a demandé à plusieurs reprises
16:28la révision de ce procès de 1941,
16:30mais qui n'a évidemment jamais été accepté.
16:33Il insiste beaucoup sur son enfance
16:35qu'il qualifie de malheureuse.
16:36C'est souvent une tactique chez les accusés
16:38d'essayer de se donner un profil de victime.
16:40Alors, son enfance, elle date de l'avant-deuxième guerre mondiale,
16:43des années 30.
16:44Il va évoquer sa mère remariée
16:46qui jetait les fleurs qu'elle lui offrait,
16:49l'épouse d'un grand-père qui est remarié lui aussi
16:51avec une femme méchante,
16:53une pas grand-chose, comme il va dire à la barre,
16:56et qui l'enfermait, soi-disant,
16:57à longueur de journée sans le laisser manger,
16:59et qui, détail, mettait des orties dans sa culotte.
17:02Donc, il va raconter, effectivement,
17:04une enfance faite de manque d'amour et de maltraitance.
17:07Et pour justifier les meurtres qu'il reconnaît,
17:09celui de Christiane Rueau et celui d'Henri Francky,
17:12qu'est-ce qu'il dit ?
17:13Il va dire, pour Christiane, ma femme,
17:15elle était insupportable.
17:16Il va aussi ajouter qu'elle était infidèle.
17:18Et, dernier détail, qui n'en est pas un dans la bouche de Pesquet,
17:21il va dire qu'elle lui coûtait cher.
17:23Et donc, il va dire que, le soir,
17:25quand il entrait chez lui,
17:26il la trouvait avec des hommes,
17:27dont ce fameux Francky.
17:28Il va dire, en plus,
17:29mais, en fait, moi, Christiane, je ne voulais pas la tuer.
17:32Je voulais juste lui mettre quelques baffes
17:33pour marquer le coup.
17:35Henri Francky, lui, il a été tué un an plus tard
17:37et ce serait parce qu'il serait venu lui demander,
17:39justement, des nouvelles de Christiane
17:41et que ça ne le regardait pas.
17:42Donc, comme ça l'a énervé,
17:43Bernard Pesquet, il a tiré sur lui.
17:44Bon, on voit bien que toutes ces versions-là,
17:46elles ne tiennent pas la route deux minutes, quoi.
17:50Le vendredi 25 juin 1982,
17:53sans surprise,
17:54Bernard Pesquet est condamné
17:55à la réclusion criminelle à perpétuité,
17:58la nouvelle peine la plus lourde du code pénal.
18:01Il fait appel.
18:02Deux ans plus tard,
18:03la Cour d'appel de Paris le condamne à la même peine.
18:06Incarcéré pendant près de 33 ans,
18:09Bernard Pesquet meurt,
18:10le dimanche 10 mai 2009,
18:12à la maison d'arrêt de Fresnes,
18:13à l'âge de 87 ans,
18:14en ayant jusqu'au bout
18:16clamé son innocence
18:17pour le triple meurtre de Neuilly.
18:40Vous venez d'écouter Crime Story,
18:43le podcast fait divers du Parisien.
18:45Avec à la production
18:46Emma Jacob,
18:47Thibaut Lambert
18:48et Raphaël Puyot,
18:49à la réalisation
18:50Julien Moncouquiole
18:52et à la rédaction en chef
18:53Jules Lavi.
18:54Si vous avez aimé cet épisode,
18:56vous pouvez nous le dire
18:57avec des petites étoiles
18:58ou en nous laissant des commentaires.
19:00Vous pouvez également vous rendre
19:01sur notre site
19:02si vous voulez connaître
19:03les références
19:04qui nous ont permis
19:04d'écrire cet épisode.
19:06Crime Story est un podcast
19:07raconté avec Damien Delsenis
19:09et à retrouver chaque samedi
19:11sur leparisien.fr
19:12et sur toutes les plateformes d'écoute.
19:14Sous-titrage Société Radio-Canada
19:16Sous-titrage Société Radio-Canada
19:18Sous-titrage Société Radio-Canada
Commentaires

Recommandations