- il y a 15 minutes
Le soir du réveillon de Noël, en 1972, la famille Méchinaud, composée des deux parents et de deux enfants, disparaît. Plus personne n’aura de nouvelles d’eux. Les enquêteurs ont une seule piste : une liaison extraconjugale de la mère de famille avec son voisin…
Direction de la rédaction : Nicolas Charbonneau - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Ecriture et voix : Clawdia Prolongeau et Damien Delseny - Production : Clémentine Spiler et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Photo : PIAT / AFP - Musiques : Audio Network, Archives : France 2, INA.
Direction de la rédaction : Nicolas Charbonneau - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Ecriture et voix : Clawdia Prolongeau et Damien Delseny - Production : Clémentine Spiler et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Photo : PIAT / AFP - Musiques : Audio Network, Archives : France 2, INA.
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00:01Bonjour, je suis Claudia Prolongeau et vous écoutez Crime Story, le podcast fait divers du Parisien.
00:07Des années à accumuler les haines.
00:09Un jeune garçon de 10 ans a été tué par balle.
00:12Des aveux, 33 ans après.
00:14Son corps a été retrouvé un mois plus tard.
00:17Des hommes cagoulés ont tiré sur les mariés alors qu'ils...
00:19Chaque semaine, je vous raconte une grande affaire criminelle avec le chef du service poli-justice du Parisien, Damien Delsenie.
00:31Bonjour Damien.
00:33Bonjour Claudia.
00:33Aujourd'hui, l'affaire Méchino, les disparus de Noël.
00:37Une famille qui part réveillonnée chez des amis et qu'on ne revoit plus jamais.
00:41C'était en 1973, en Charente, près de Cognac.
00:44Et c'est aujourd'hui encore l'un des mystères criminels parmi les plus têtus.
00:52Le jeudi 18 janvier 1973, le journal local La Charente Libre titre sur un mystère près de Cognac.
01:00Les semaines qui suivent, ce mystère reste entier.
01:03Et trois mois plus tard, c'est au tour du journal télévisé de l'ORTF de s'emparer du sujet.
01:09En France, une étrange affaire qui est peut-être un drame.
01:12Depuis le réveillon de Noël, une famille, les parents et deux enfants, a disparu près de Cognac.
01:17Les policiers n'ont toujours trouvé aucune piste.
01:19De notre station de Poitiers.
01:22Cognac est une commune de Charente, dans le sud-ouest de la France, située entre Sainte et Angoulême.
01:27Elle est essentiellement connue pour son eau de vie de vin, produite par double distillation et vieillie en fût de
01:32chêne.
01:32De l'autre côté du fleuve La Charente, il y a Boutiers-Saint-Trojan, une commune d'environ 3000 habitants,
01:38parmi lesquels figure la famille Méchineau.
01:41Le père, Jacques, 31 ans, et la mère, Pierrette, 29 ans, vivent ici avec leurs deux enfants, Éric et Bruno,
01:487 et 4 ans.
01:50Les parents ont des parcours relativement classiques.
01:53Jacques Méchineau est issu d'une famille très modeste de Jarnac, dans la région, et il travaille comme ouvrier à
01:58l'usine Saint-Gobain de Château-Bernard, près de Cognac.
02:01Le week-end, il arrondit les fins de mois de la famille en réparant des voitures.
02:06Sa femme, Pierrette, est originaire de Ségonzac, à une quinzaine de kilomètres au sud, et elle est mère au foyer.
02:12Le couple s'est marié dix ans plus tôt, et habite dans une maison en location, tout ce qu'il
02:16y a de plus classique.
02:17Des murs beiges en crépit, quelques pierres aux angles et à l'encadrement des fenêtres, et des volets verts.
02:23Une maison aussi discrète que ses habitants.
02:25Qu'est-ce qui a bien pu arriver à cette famille ?
02:31Quelques jours avant ce Noël de l'année 1972, tout semble aller pour le mieux.
02:35Nous sommes au début des vacances scolaires, et la famille Méchineau n'a pas de grand voyage à l'horizon.
02:40Les parents ont prévu de rester avec leurs enfants chez eux, sauf pour le réveillon du 24.
02:45Des amis les ont invités à dîner dans leur maison de Cognac, rue de La Plante, précisément à 3,5
02:51km de chez eux.
02:52Le dimanche 24 décembre, dans la matinée, Jacques et Pierrette Méchineau achètent des cadeaux pour leurs enfants.
02:57Ils les emballent et les placent précautionneusement sous le pied du sapin.
03:01On les ouvrira le lendemain.
03:03Au moment de partir, dans l'après-midi, Jacques et Pierrette Méchineau ferment les volets et les portes,
03:08et dispensent leurs enfants de ranger les jouets qui traînent dans le jardin,
03:11car ils ne veulent pas faire attendre les fontanillas, leurs hôtes.
03:14Maurice Fontania est un collègue de travail de Jacques Méchineau.
03:17Il n'y a pas de GPS à cette époque, alors Maurice est venu jusque chez eux en voiture
03:22pour guider la famille facilement jusqu'à la rue de La Plante.
03:25Avec sa femme Huguette, ils ont deux enfants, à peu près du même âge qu'Éric et Bruno.
03:30Les Méchineau montent dans leur voiture une Simca 1100 Rouge Bordeaux, immatriculée 544-JV-16.
03:41Damien, en une dizaine de minutes, les Méchineaux sont chez leurs amis.
03:44Et la soirée se déroule apparemment normalement, en tout cas si l'on en croit les témoignages
03:49d'Huguette et de Maurice Fontania qui ont été enregistrés par l'ORTF en avril 1973.
03:55On les a trouvés comme d'habités, ils s'amusaient ensemble, enfin, on n'a rien trouvé d'anormal.
04:02Ils vous ont quittés ?
04:04Oh, il était une heure du matin.
04:06Et en partant, ils se dirigeaient donc normalement chez eux ?
04:09C'est ce qui vous a semblé ?
04:11Oui, enfin, on a pensé qu'ils devaient partir chez eux, évidemment.
04:16Sauf que les Méchineaux ne rentrent en fait jamais chez eux.
04:18Non.
04:18Vers une heure du matin, ils s'engouffrent tous les quatre dans leur Simca Rouge Bordeaux.
04:23Huguette Fontania dit qu'elle voit la voiture s'éloigner par la fenêtre en direction de Boutier-Saint-Trojan.
04:29Après ça, plus de nouvelles.
04:31La famille doit déjeuner en principe le lendemain, le lundi 25 décembre,
04:35avec Jean-Paul, le petit frère de Jacques, mais plus personne ne les reverra.
04:39Et on ne s'inquiète pas tout de suite de leur disparition.
04:41Alors, l'enquête va mettre effectivement une semaine à véritablement démarrer,
04:46parce qu'initialement, les gendarmes disent à Jean-Paul Méchineaux, le frère de Jacques,
04:50que bon, c'est les vacances scolaires, la famille est peut-être partie.
04:54Donc après huit jours, les militaires commencent par entrer dans la maison au volet vert que louait la famille.
05:00Et une visite, qui n'est pas vraiment une perquisition, mais une première visite, leur confirme ce qu'ils pensent.
05:05Les méchineaux ne sont pas repassés chez eux, manifestement, après cette soirée de Noël.
05:10Les cadeaux de Noël, en tout cas à eux, sont toujours emballés au pied du sapin.
05:19Dans le réfrigérateur de la famille, les gendarmes trouvent une dinde avariée
05:22et une bourriche d'huîtres encore fermée.
05:25Autrement dit, un repas de Noël qui n'a jamais été servi.
05:29Dans le salon, les chambres, les placards, tout est en place, rien ne manque.
05:34Si les méchineaux sont partis de leur plein gré, ils n'ont absolument rien emporté avec eux.
05:39L'inquiétude grandit encore quand, le lundi 2 janvier 1973, la rentrée à l'école se fait sans Éric et
05:45Bruno.
05:46À l'usine Saint-Gobain, Jacques, qui s'était octroyé quelques jours de vacances, ne réapparaît pas non plus.
05:52Ses parents et son frère, Jean-Paul, ne comprennent pas.
05:55Jacques appartenait à une fratrie de 13 frères et sœurs et il était très lié à certains d'entre eux,
06:00notamment à Jean-Paul, plus jeune que lui de 5 ans.
06:03Il ne serait pas parti sans lui donner de nouvelles.
06:06Le couple Méchino s'était installé à Boutier-Saint-Trojan trois ans plus tôt.
06:10C'est après la naissance des enfants que Jacques a commencé à travailler à Saint-Gobain.
06:14Sur Pierrette, on a beaucoup moins d'informations, si ce n'est sur son physique.
06:19Elle est décrite comme une très belle femme, toujours tirée à quatre épingles.
06:22Jean-Paul Méchino croit savoir que le couple a des projets,
06:25et notamment celui de faire construire une maison sur Cognac.
06:29Les amis chez qui les Méchino ont passé le réveillon de Noël se veulent rassurants.
06:33Jacques n'avait pas bu et il était tout à fait en capacité de prendre la route selon eux.
06:38Néanmoins, la piste d'un accident qui aurait précipité la voiture dans le fleuve ne peut pas être exclue,
06:43car la route qui mène du domicile des Fontania à celui des Méchino longe principalement la Charente.
06:49Le mercredi 17 janvier, trois semaines après la disparition de la famille,
06:53un hélicoptère de la protection civile de Bordeaux est réquisitionné pour l'enquête,
06:57une situation loin d'être banale pour l'époque.
07:00Il survole la Charente, espérant apercevoir la Simca 11 sans rouge.
07:04Les pompiers de Cognac embarqués sur des bateaux cherchent la même chose, sans succès.
07:12Damien, en avril, alors que les Méchino ont disparu depuis plus de quatre mois,
07:17et même si les cours d'eau ont été sondés et que la voiture n'a pas été retrouvée,
07:21les enquêteurs continuent de penser qu'elle a pu tomber dans le fleuve.
07:24Oui, leur hypothèse c'est que si la voiture est bel et bien tombée dans la Charente la nuit de
07:29Noël,
07:30le courant aurait pu entraîner le véhicule à plusieurs kilomètres en aval de son point de chute.
07:35Alors, pour retrouver ce véhicule, il faudrait selon eux attendre que le niveau d'eau baisse un petit peu.
07:41Alors, il y a aussi un autre élément météorologique dans la disparition des Méchino,
07:46c'est que cette nuit du 24 décembre, la nuit de Noël, le brouillard était très dense dans la région,
07:52et notamment dans ce secteur.
07:53Donc le brouillard pourrait être à l'origine d'une sortie de route, d'un accident de la circulation,
07:58qui expliquerait que la voiture est basculée dans la Charente.
08:01Cité dans un article du journal Sud-Ouest de l'époque, certains décrivent les Méchino comme un couple sans histoire.
08:07C'est l'expression.
08:08Alors oui, c'est toujours le problème de cette expression de couple sans histoire,
08:11parce que c'est presque nécessairement faux.
08:15Personne n'est jamais sans histoire, un couple n'est jamais sans histoire.
08:18Alors, ce n'est pas forcément une histoire criminelle, mais un couple a toujours une histoire.
08:22Alors, surtout, en réalité, en ce qui concerne les Méchino,
08:25et on va vite s'en rendre compte, puisque ce couple, en fait, traversait une période, on peut dire, de
08:30turbulence.
08:34C'était même un peu plus que ça.
08:36Dans les enquêtes de gendarmerie, comme dans les enquêtes journalistiques,
08:40le couple est dans un premier temps décrit comme unis et sociables.
08:43Des gens qui recevaient beaucoup d'amis, dit-on.
08:46Mais en creusant, on s'aperçoit que ce tableau est en fait assez éloigné de la réalité.
08:50Dans les conversations des uns et des autres, des soupçons de conflit apparaissent.
08:54Le mari est décrit comme ayant un caractère jaloux et renfermé, alors que l'épouse serait indépendante.
09:00Il tenait essentiellement à ce qu'elle soit une fédulogie, entend-on auprès de l'entourage.
09:05Et visiblement, cette perspective n'était pas du goût de Pierrette Méchino.
09:09Dans les jours qui ont précédé la disparition de la famille,
09:12les voisins du couple disent que Jacques Méchino apparaissait encore plus sombre que d'habitude.
09:18Madame Méchino, elle, portait des lunettes noires et un foulard autour du cou.
09:21Ce qui suffirait aujourd'hui à soupçonner des violences conjugales est analysé à l'époque comme la promesse, je cite,
09:28de « disputes orageuses à venir ».
09:31Le journal Sud-Ouest questionne.
09:33Quel drame a donc pu avoir lieu le 25 décembre après une heure ?
09:37Jacques Méchino a-t-il entraîné ce qu'il aimait dans la mort, conscient de ne pouvoir garder sa femme
09:41à ses côtés ?
09:42C'est plausible. Une dispute a-t-elle eu lieu entre le domicile et la maison familiale,
09:46qui aurait amené l'époux, que l'on dit parfois violent, à frapper sa compagne et à commettre l'irréparable
09:52?
09:52C'est également possible.
09:57Damien, le mot féminicide n'existe pas encore, mais cette piste fait bien partie de celles qui sont sur la
10:02table dès le début.
10:03Comme on ne retrouve pas la voiture, que rien dans la maison ne laisse penser que la famille Méchino avait
10:09prévu de disparaître sans laisser d'adresse,
10:12c'est effectivement une piste privilégiée.
10:14Le problème, c'est qu'on n'a rien de plus, les enquêteurs n'ont rien de plus que cette
10:19suspicion selon laquelle Jacques Méchino était violent avec sa femme.
10:23En dehors de ça, il n'y a aucun élément, aucun élément matériel qui va dans ce sens.
10:27Jusqu'à ce que les enquêteurs découvrent un nouvel élément qui va orienter leur recherche.
10:33Ça fait partie de l'enquête de voisinage, menée aussi auprès des proches de la famille Méchino,
10:38pour essayer d'en apprendre un peu plus, toujours sur le passé, sur l'intimité du couple.
10:43Et les gendarmes vont réaliser que ça se passait vraiment très mal entre eux.
10:46Pierrette Méchino venait même d'annoncer à son mari qu'elle avait pour projet de le quitter.
10:52Jacques Méchino avait décidé apparemment de fêter Noël comme d'habitude, comme si de rien n'était, pour préserver les
10:58enfants.
10:59Mais il était quand même très affecté par cette perspective.
11:02D'autant que Pierrette ne voulait pas seulement partir, elle voulait divorcer.
11:06Et en 1972, le divorce, ce n'est pas rien, ce n'est pas une procédure tout à fait répandue
11:12comme elle peut l'être aujourd'hui.
11:13Et surtout, on dit dans le village qu'elle voulait quitter son mari parce qu'elle avait un amant.
11:19Et que cet amant, ce n'est pas n'importe qui, c'est un de leurs voisins, un certain Maurice
11:24Blanchon.
11:34Le soir du lundi 24 décembre 1972, la famille Méchino, composée du père Jacques, de la mère Pierrette et de
11:42deux enfants,
11:43Éric et Bruno, 7 et 4 ans, se volatilise.
11:46Sur les coups d'une heure du matin, après avoir réveillné avec des amis à Cognac, en Charente,
11:50ils prennent la direction de leur maison située à Boutier-Saint-Trojan, à moins de 4 km de là.
11:56Leurs amis les regardent s'éloigner dans leur voiture flambant neuve, une Simca 11 sans rouge Bordeaux.
12:02Après quoi, plus personne ne les verra.
12:04Quatre mois après leur disparition, en avril 1973,
12:08les gendarmes, qui ont d'abord cru à un accident, s'intéressent sérieusement à d'autres hypothèses.
12:14Notamment quand ils découvrent que Pierrette avait un amant, le voisin du couple.
12:24Maurice Blanchon habite juste à côté des Méchino, chez ses parents.
12:28Les deux terrains sont uniquement séparés par un grillage.
12:31Le lundi 25 décembre, jour de Noël,
12:34quand il a constaté que la voiture des Méchino n'était pas rentrée
12:37et que leur poêle, située à l'extérieur, s'était arrêtée
12:40sans que personne ne vienne y remettre du fioul,
12:42il s'est immédiatement inquiété.
12:44Il affirme être le premier à avoir prévenu le frère de Jacques Méchino.
12:48Quand les enquêteurs viennent l'interroger sur sa relation avec Pierrette Méchino,
12:52Maurice Blanchon ne nie pas les faits.
12:54Au contraire, il semble même en retirer une certaine fierté.
12:58Né dans la maison de Boutier-Saint-Trojan où il vit encore,
13:01Maurice Blanchon a rencontré Pierrette à l'âge de 27 ans.
13:04Très vite, il se voit confier une clé de la maison des Méchino,
13:07car Jacques est souvent amené à travailler tard le soir
13:09et Pierrette a peur d'être seule avec les enfants chez elle.
13:12L'idée que Maurice Blanchon est une clé la rassure.
13:16Au bout d'un an, cette relation de confiance
13:18devient une relation extra-conjugale pour Pierrette.
13:21Dès que Jacques s'en va,
13:22les deux amants se retrouvent dans la maison familiale.
13:25Cette histoire durera deux ans,
13:26jusqu'à la disparition des Méchino.
13:29Maurice Blanchon et Pierrette Méchino tombent très amoureux.
13:32Le mari de Pierrette ne se doute de rien,
13:34au moins pendant un an et demi.
13:36Mais d'après un collègue de l'usine,
13:38Jacques avait finalement appris cette liaison,
13:40de la bouche d'une voisine.
13:42C'était peu de temps avant les fêtes de fin d'année.
13:50Damien Delsenis, le frère de Jacques Méchino,
13:53Jean-Paul, confirme.
13:54Oui, il va même ajouter que son frère lui en a parlé
13:56quelques temps avant, autour d'une bière,
13:58et qu'il a eu cette phrase
14:00« Tu sais, si Pierrette ne revient pas,
14:02je ferai disparaître tout le monde
14:04et jamais vous ne nous retrouverez. »
14:07Ce sont les derniers mots qu'ils ont échangés ensemble.
14:10Dans cette hypothèse où Jacques Méchino
14:12aurait fait disparaître toute sa famille,
14:14l'expression consacrée à l'époque
14:16est celle du suicide collectif.
14:18Oui, ça ne se dit plus trop,
14:20voire plus du tout aujourd'hui.
14:21Mais c'est vrai que pendant longtemps,
14:22si un homme, parce que c'est quand même
14:24très souvent le cas,
14:25même quasiment tout le temps le cas,
14:27tue toute sa famille
14:28et se tue lui-même ensuite,
14:30on parle de suicide collectif
14:31ou de drame familial,
14:33alors même que les autres victimes
14:34n'ont apparemment rien demandé.
14:36Et c'est donc une piste
14:37qui, à ce moment-là,
14:39devient peut-être la plus probable
14:41dans le cas de la disparition des Méchino.
14:43Mais là encore,
14:44on cherche des éléments
14:45qui pourraient étayer cette hypothèse
14:46et on ne trouve rien du tout.
14:48On cherche toujours cette voiture,
14:49cette Simca,
14:50plus seulement d'ailleurs dans le fleuve,
14:52mais aussi beaucoup plus loin,
14:54mais on ne la trouve toujours pas.
14:55L'hypothèse d'un meurtre de masse,
14:57entre guillemets,
14:58commis par le père de famille,
14:59laisse alors la place à une autre piste.
15:01Jacques a menacé auprès de son frère
15:04de faire disparaître tout le monde,
15:06mais il n'a pas parlé de les tuer.
15:08Alors, on est en 1972,
15:10les déplacements ne sont pas consignés
15:12comme aujourd'hui,
15:13les paiements ne se font pas
15:14en carte bancaire,
15:15on ne peut pas suivre quelqu'un
15:16avec son téléphone ou autre.
15:18Donc, les Méchino,
15:19ils ont pu disparaître en réalité
15:21beaucoup plus facilement,
15:23fuir n'importe où,
15:24y compris même à l'étranger,
15:26et ne plus donner de nouvelles.
15:30En tant qu'excellent mécano,
15:32il est certain que Jacques Méchino
15:33aurait trouvé du travail
15:35facilement ailleurs,
15:36où qu'il soit.
15:37Dans le cadre de son emploi
15:38à Saint-Gobain,
15:40il a d'ailleurs déjà été envoyé
15:41en Italie ou au Maghreb.
15:42On peut imaginer que dans l'une
15:44ou l'autre de ses destinations,
15:46il est noué des relations
15:47lui permettant de bâtir
15:48une nouvelle vie.
15:49C'est l'hypothèse soutenue
15:50par Maurice Blanchon,
15:51l'amant de Pierrette Méchino,
15:52qui est convaincue
15:53que la famille est tout simplement
15:55partie vivre en Australie.
15:57Il se trouve qu'à l'époque,
15:59le gouvernement australien
16:00favorise l'immigration
16:01des travailleurs français.
16:02Ce pays fascinait Jacques
16:04et le couple avait
16:05de l'argent de côté
16:05et en liquide,
16:07fruit du travail au noir
16:08que Jacques faisait
16:09en réparant des voitures.
16:10Mais là encore,
16:11si la piste est séduisante,
16:13rien ne vient l'étayer.
16:16Face à l'impossibilité
16:17de recueillir le moindre élément,
16:19l'enquête est finalement close
16:20avant l'été 1973.
16:22Et les disparus de Boutier,
16:24comme on les appelle,
16:25entrent dans la légende.
16:27Dans le bourg,
16:28la vie reprend son cours
16:29et chacun apprend
16:30à vivre avec ce mystère.
16:3228 ans plus tard,
16:33en 2001,
16:34l'adjudant-chef Stéphane Chalumeau
16:36arrive à la gendarmerie
16:37de Cognac.
16:38Il fouille dans le carton
16:39des dossiers non élucidés
16:40et découvre l'affaire
16:41des disparus de Boutier.
16:44« J'étais très étonné
16:45de constater que la disparition
16:46d'une famille entière
16:47tienne sur si peu de feuillets,
16:49confie-t-il dans un article
16:50de l'Obs. »
16:52Il décide de s'y consacrer.
16:53Pendant dix ans,
16:54quand il en a le temps,
16:56le gendarme recueille
16:56patiemment de nouveaux éléments
16:58et de nouveaux témoignages.
17:00En 2011,
17:01il se sent prêt.
17:02Il envoie une copie
17:03de ses recherches
17:04au procureur d'Angoulême.
17:05Au même moment,
17:07Jean-Paul et Annie Méchinaud,
17:08deux des frères et sœurs de Jacques,
17:10souhaitent vendre un terrain
17:11dont ils ont hérité
17:12et qu'ils possèdent en indivision
17:13avec leurs frères disparus.
17:15Ils sont dans une impasse juridique
17:16et en réfèrent au même procureur
17:18qui décide de rouvrir l'enquête.
17:21Fin novembre 2011,
17:2339 ans après la disparition
17:24de la famille,
17:25elle est réellement relancée.
17:28Damien,
17:29ce dont on se rend compte,
17:30c'est que la première enquête
17:31a été complètement bâclée.
17:33« Il y a eu des recherches,
17:34mais finalement très peu,
17:35à part quelques plongées,
17:38quelques sondages dans la Charente
17:39et vraiment aux alentours immédiats
17:41de leur lieu possible
17:42de disparition.
17:43Les auditions,
17:44elles,
17:44elles n'ont pas non plus
17:46fait l'objet
17:47d'intenses travails,
17:49on pourrait dire.
17:49Les auditions,
17:50seules une dizaine de personnes
17:52en réalité,
17:52ont été entendues
17:53dans l'entourage familial
17:55ou professionnel
17:55des méchinaux.
17:56Et par exemple,
17:57l'audition de Maurice Blanchon
17:59qui est à la fois le voisin
18:01mais aussi l'amant,
18:02qui est quand même
18:03d'une importance
18:05assez grande
18:06dans l'enquête,
18:07son audition,
18:07elle ne remplit même pas
18:09une feuille à quatre
18:10recto verso.
18:10Presque 40 ans
18:12après leur disparition,
18:13d'importants moyens
18:14sont donc déployés
18:15à Boutier
18:16et dans les environs.
18:17Des dizaines de gendarmes
18:18sont mobilisés
18:19et de nombreux points d'eau
18:20sont à nouveau sondés.
18:21Oui, cette fois-ci
18:22on met des moyens.
18:23En plus,
18:23les techniques ont un peu évolué
18:25donc on va fouiller
18:25les écluses,
18:26les trous d'eau,
18:27les puits,
18:27toutes les cavités possibles
18:29et imaginables dans le secteur.
18:31D'anciennes carrières aussi
18:32vont être visitées
18:33et fouillées.
18:33Pourquoi ?
18:34Parce que Jacques Méchinaud
18:35les connaissait,
18:36ces carrières.
18:37Donc les gendarmes
18:38vont essayer d'investiguer
18:40de ce côté-là.
18:40Une cellule d'enquête spéciale
18:42est créée,
18:43elle s'appelle
18:44Brunerie 47.
18:45Alors pourquoi ce nom de code
18:46qui peut paraître
18:46un petit peu étrange ?
18:47C'est une contraction
18:49en fait
18:49à la fois des deux prénoms
18:51et des deux âges
18:52des enfants méchinaux.
18:54En plus de cette cellule d'enquête
18:56et donc de cette mobilisation,
18:57il y a un appel à témoins
18:58et un numéro vert
18:59qui sont mis en place.
19:01Près d'un an plus tard,
19:02en octobre 2012,
19:03un promeneur découvre
19:05des ossements humains.
19:06Qui semblent être
19:07ceux d'un homme
19:08et surtout qui sont à côté
19:10d'autres ossements
19:11qui eux ressemblent
19:12aux fragments de crâne
19:14d'un enfant.
19:15Cette découverte,
19:16elle est faite
19:16dans une chaînée
19:17à Coursera,
19:18qu'on est à une vingtaine
19:19de kilomètres
19:19au nord de Cognac.
19:20Un médecin légiste
19:22qui va arriver,
19:23qui va faire un premier examen
19:25de ces ossements,
19:26estime leur âge
19:27à environ 40 ans.
19:29Donc là,
19:29on se dit,
19:30c'est presque sûr.
19:30Une partie de squelette
19:32d'un homme,
19:32un fragment de crâne
19:33d'un enfant,
19:3440 ans.
19:35on se dit,
19:35ça y est,
19:36on a retrouvé
19:36une partie de la famille
19:37Méchino.
19:38On est presque sûr
19:39que ce sont eux
19:40jusqu'au retour
19:41des analyses ADN,
19:42c'est-à-dire des prélèvements
19:43qui ont été faits
19:44sur les ossements,
19:44qui ont été comparés
19:45à l'ADN prélevé
19:47chez les proches
19:48des Méchino.
19:48Il n'y a aucune concordance,
19:49donc ces ossements
19:50n'appartiennent pas
19:52à la famille Méchino.
19:53Mais un an plus tard,
19:54nouveau rebondissement.
19:56Nouvel espoir.
19:56Cette fois,
19:57c'est une vieille voiture
19:58qui est découverte
19:59dans la Charente,
20:00près d'Angoulême.
20:01On est à un peu moins
20:02de 50 kilomètres de Cognac.
20:06La voiture
20:07est une Simca 1100
20:09Rouge Bordeaux.
20:10Le même modèle,
20:11donc,
20:12que celle des Méchino.
20:13Des plongeurs
20:14sont réquisitionnés
20:15pour tenter
20:15d'identifier le véhicule.
20:17Le numéro de série
20:18est encore visible.
20:19Il suffit de vérifier
20:20que c'est le bon.
20:21L'adjudant-chef
20:22Stéphane Chalumeau
20:23est présent à bord
20:24d'un Zodiac.
20:25Il ne veut rien rater
20:26du moment
20:27qui va peut-être enfin
20:28permettre de résoudre
20:29l'énigme Méchino.
20:31Mais le plongeur remonte.
20:32et éteint
20:33toutes les lueurs d'espoir.
20:34Le numéro n'est pas le même.
20:36Un véritable coup de massue,
20:38concède Stéphane Chalumeau.
20:40En 2020,
20:4148 ans après
20:42la disparition
20:43des Méchino,
20:44les carrières de Saint-Même,
20:45qui avaient déjà été inspectées,
20:47mais de manière
20:47plus sommaire en 1973,
20:49sont à nouveau fouillées.
20:51Elles sont une piste intéressante,
20:53car elles se caractérisent
20:54par un vaste réseau
20:55de galeries souterraines
20:56en partie immergées.
20:58Sous terre,
20:58c'est une sorte
20:59de labyrinthe
21:00qui descend jusqu'à 90 mètres
21:01de profondeur
21:02et dont les galeries
21:03irrégulières
21:04sont souvent assez larges
21:06pour permettre
21:06à une voiture de passer.
21:08Mais cette fois-ci encore,
21:09les enquêteurs
21:10font chou blanc.
21:12Cependant,
21:13même si les nouvelles investigations
21:14ne portent pas encore
21:15leurs fruits,
21:16elles ont le mérite
21:17de maintenir l'attention
21:18sur l'affaire Méchino
21:19et de convaincre le procureur
21:20que ça vaut le coup
21:21de continuer à chercher.
21:23Sept ans plus tard,
21:24en 2020,
21:25alors que les Méchino
21:26ont disparu depuis 48 ans,
21:28l'enquête est relancée.
21:29Plusieurs courriers anonymes
21:31ont été envoyés
21:31à la gendarmerie
21:32et leur contenu
21:33a convaincu la juge
21:34d'ordonner
21:35de nouvelles investigations
21:36et d'ouvrir une instruction,
21:38une première,
21:39depuis 1973.
21:41Ses courriers ciblent
21:42Maurice Blanchon.
21:43Il est directement accusé
21:45par le corbeau
21:46d'avoir,
21:47avec un de ses amis
21:48prénommé Claude
21:49dans les médias,
21:50fait disparaître
21:51la famille Méchino.
21:52Claude est un ancien voyou du coin
21:54que le journal
21:55La Charente Libre
21:56décrit en citant
21:57une formule
21:57qui revient à son sujet.
21:59Fallait pas le faire chier.
22:00Maurice Blanchon
22:01est convoqué
22:02à la gendarmerie
22:03pour être entendu.
22:04Pendant ce temps,
22:05une perquisition
22:06est ordonnée
22:07sur un terrain
22:07qu'il a acheté
22:08depuis la disparition
22:09de la famille Méchino
22:10et dans sa maison,
22:12celle où il vivait déjà
22:13à l'époque.
22:19Damien,
22:20un des éléments
22:20qui intriguent
22:21notamment les enquêteurs
22:22concernant Maurice Blanchon,
22:23c'est son absolue conviction
22:25que toute la famille
22:26est partie vivre en Australie.
22:27Oui,
22:28et d'après les enquêteurs,
22:29il n'y a pas vraiment
22:29de raison valable
22:30de s'accrocher
22:31à cette hypothèse
22:32en particulier.
22:33Ils pensent d'ailleurs
22:34que si les enfants,
22:36Eric et Bruno,
22:37étaient encore en vie,
22:38ils auraient probablement
22:39fini par donner des nouvelles,
22:41en tout cas,
22:41par essayer de rentrer
22:42en contact
22:43avec les autres membres
22:44de leur famille.
22:45Ils auraient quand même
22:46aujourd'hui,
22:47respectivement,
22:4858 et 61 ans.
22:50Et même si leur père
22:51avait décidé de fuir
22:52avec ou sans leur mère,
22:53ça paraît assez incroyable
22:55que n'ait jamais fait
22:56le chemin inverse
22:58qu'ils ne se sont pas
22:59en tout cas signalés.
23:00Donc,
23:00ils se demandent,
23:01les enquêteurs,
23:01si en fait,
23:03cette réponse,
23:04ce départ vers l'Australie,
23:05ce n'est pas une façon
23:06un peu pratique
23:08pour Maurice Blanchon
23:09de, en quelque sorte,
23:11détourner les regards
23:12vers ailleurs.
23:13Que sait-on
23:13de l'autre homme mentionné,
23:15prénommé Claude ?
23:16Dans un courrier anonyme,
23:17on dit de lui
23:18qu'il aurait un jour
23:19au détour d'une phrase,
23:20dit la chose suivante,
23:22j'ai fait disparaître
23:23toute une famille.
23:24Alors,
23:24on ne sait pas
23:24si cette phrase
23:26a réellement été prononcée,
23:27son degré de véracité.
23:29Alors,
23:29ça n'a pas été confirmé
23:31d'ailleurs par son épouse.
23:32Lui-même
23:33ne peut plus être entendu
23:35puisqu'il est mort
23:35en février 2019
23:37des suites d'un cancer.
23:38Ce que l'on sait
23:38de cet homme,
23:39c'est que c'était,
23:40il était réputé
23:41pour être,
23:41alors,
23:42ce qu'on appelle
23:42un bon vivant,
23:44plutôt sympathique,
23:45plutôt avenant
23:46pour certains,
23:46mais aussi,
23:48finalement,
23:48assez difficile
23:49à vivre,
23:50notamment pour sa femme.
23:52Il ne disait apparemment
23:53jamais ce qu'il faisait,
23:54ni à quelle heure
23:55il allait rentrer.
23:55Il faisait un peu
23:56ce qu'il voulait,
23:56en fait.
23:57Et surtout,
23:58à sa mort,
23:59sa propre femme
24:00a découvert
24:01qu'il avait une double vie
24:02puisqu'il avait eu
24:03d'autres enfants.
24:05Physiquement,
24:05c'était un homme
24:06qui était très impressionnant.
24:07Oui,
24:07très fort,
24:08assez bagarreur en plus
24:10et globalement,
24:11assez craint,
24:12assez redouté
24:13dans la commune
24:14de Boutier-Saint-Trojan
24:15et surtout,
24:16il était ami
24:17avec Maurice Blanchon,
24:19le voisin,
24:20l'amant
24:20et certains enquêteurs
24:21se demandent
24:22même si ce Claude
24:23n'a pas été lui aussi
24:24un amant
24:25de Pierrette Michino.
24:27Le pôle des crimes sériels
24:28ou non élucidés,
24:30le PCSNE
24:31du tribunal judiciaire
24:32de Nanterre,
24:32créé en 2022,
24:34a récupéré cette affaire.
24:35Oui, c'est le pôle communément
24:37appelé Cold Case
24:37qui compte aujourd'hui
24:39environ 130 procédures,
24:41130 dossiers complexes
24:43qui sont sans solution,
24:45sans réponse.
24:46Donc, ce pôle,
24:47il a lancé
24:48un nouvel appel à témoins
24:49en janvier 2026.
24:52Il y a eu quelques opérations
24:53d'enquêtes menées depuis,
24:55notamment les carrières
24:56de Saint-Même
24:57qui ont été à nouveau
24:58fouillées par des gendarmes.
25:00Ça a duré jusqu'au mois
25:02de mars dernier.
25:03Mais pour l'instant,
25:04il n'y a pas vraiment
25:05d'avancée concrète
25:07sur ce dossier.
25:13L'affaire Mechino
25:14est un cas unique en France.
25:16Il s'agit de la seule disparition
25:17d'une famille entière
25:18pour laquelle on n'a jamais
25:20retrouvé aucun corps.
25:22Jean-Pierre Mechino,
25:23le frère de Jacques,
25:24a fini par se retirer du dossier
25:25et n'est aujourd'hui
25:26plus parti civil.
25:28Stéphane Chalumeau,
25:29le gendarme
25:29qui y a consacré
25:30tant de temps,
25:31a lui aussi pris du recul.
25:33Mais il est presque certain
25:34d'avoir résolu l'affaire,
25:36même s'il se garde
25:37de livrer sa conviction.
25:39D'après lui,
25:40on finira par retrouver
25:41les Mechino.
25:42Il en est persuadé.
26:04Vous venez d'écouter
26:06Crime Story,
26:06affaire Mechino,
26:07les disparus de Noël.
26:09Ce récit était écrit
26:10par Claudia Prolongeau
26:11et raconté avec Damien Delsenie
26:12pour écouter
26:13tous nos autres podcasts,
26:15c'est sur le site
26:15leparisien.fr
26:16et sur n'importe quelle
26:17plateforme d'écoute.
26:18Cette semaine,
26:19il y avait à la production
26:21Thibault Lambert,
26:22Clara Garnier-Amourou
26:23et Clémentine Spiller
26:24et à la réalisation
26:25Julien Moncou-Kiol.
26:27Jules Lavi
26:28est le rédacteur en chef.
26:30Si vous aimez Crime Story,
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