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À l’été 1997, le voyage linguistique d’élèves britanniques vire au cauchemar après le meurtre abominable de l’une d’entre eux. Crime story, la journaliste Clawdia Prolongeau raconte cette enquête avec Damien Delseny, chef du service police-justice du Parisien.
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Ecriture et voix : Clawdia Prolongeau et Damien Delseny - Production : Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : Audio Network
Archives : INA.
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Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Ecriture et voix : Clawdia Prolongeau et Damien Delseny - Production : Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : Audio Network
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00:00Vous écoutez Crime Story, l'affaire Caroline Dickinson, deuxième et dernier épisode.
00:08Dans le premier épisode, Caroline Dickinson, une jeune britannique de 13 ans,
00:13est retrouvée morte dans la chambre qu'elle partageait avec quatre copines
00:16pendant un voyage linguistique en Bretagne, à pleine fougère.
00:20Elle a été violée et étouffée.
00:23Anglais et français sont sous le choc.
00:25Deux jours après le meurtre, un SDF de 39 ans est arrêté
00:29et après 45 heures de garde à vue, il passe aux aveux.
00:36Le mardi 23 juillet 1996, le juge Gérard Zog, chargé de l'instruction,
00:42réunit les journalistes à Saint-Malo pour leur annoncer le succès des enquêteurs.
00:46Le meurtrier de la petite Caroline a avoué le meurtre, le viol et il a été incarcéré.
00:52Ce type d'individu dans ce genre de circonstances, à partir du moment,
00:55si j'ose dire, où il a découvert sa croix, rien ne peut l'arrêter.
01:00Une fois que c'est parti, c'est malheureusement parti.
01:02Il ajoute qu'une analyse ADN est en cours et devrait corroborer les aveux de cet homme dans les prochains
01:08jours.
01:09En France et en Angleterre, où l'affaire a beaucoup ému, le soulagement est immense.
01:14Partout, on félicite les enquêteurs et le magistrat pour leur travail, aussi rapide qu'efficace.
01:20Le vendredi 26 juillet, Patrice Padé écrit au juge.
01:24L'homme lui explique qu'il souhaite revenir sur ses aveux.
01:28Mais le coup de grâce pour cette piste arrive le mardi 30, une semaine après l'annonce à la presse.
01:34Les résultats des analyses tombent et ils sont formels.
01:38Patrice Padé n'a pas violé, et donc probablement pas tué non plus, la jeune Caroline Dickinson.
01:45Malgré ces éléments nouveaux, le juge n'est pas convaincu.
01:48Il garde donc cette information secrète et demande une contre-expertise.
01:53Le mardi 6 août, il doit se rendre à l'évidence.
01:56Les résultats des nouvelles analyses écartent une nouvelle fois la culpabilité de Patrice Padé.
02:02Les aveux de Patrice Padé étaient complets.
02:05Sa description des lieux, de la chambre même, où avait été violée, puis assassinée Caroline, la jeune Anglaise de 13
02:11ans et demi, était cohérente.
02:13Pourtant, aujourd'hui, l'enquête des gendarmes continue.
02:16Parce que les aveux du SDF arrêtés le 20 juillet dernier sont passés depuis au crip de la police scientifique.
02:22Or, les tests d'ADN sont négatifs.
02:25En clair, Patrice Padé n'a pas violé Caroline, il a pourtant avoué.
02:30Ce rebondissement scientifique dans une affaire qui apparaissait bouclée montre combien sont fragiles les aveux en matière criminelle.
02:39Le juge se rend en personne à la prison de Pleumeur pour ordonner la libération de cet homme.
02:45Devant les journalistes, il reconnaît son erreur tout en émettant l'hypothèse que deux personnes auraient pu s'introduire dans
02:52la chambre numéro 4 de l'auberge de jeunesse
02:54et que si Patrice Padé n'a pas violé, il peut quand même avoir tué.
02:59Pour les parents de Caroline, c'est un coup de massue.
03:02Et pour la presse anglaise, l'occasion de souligner l'incompétence des enquêteurs et du juge français.
03:08Il faut dire qu'en Angleterre, les choses se passent différemment.
03:11Dans ce type d'affaires, la justice collabore étroitement avec la famille,
03:15qui est tenue au courant de chaque étape de l'enquête et qui lance, via la presse, des appels au
03:20public.
03:21Ce qui permet parfois de retrouver plus vite les coupables.
03:24En France, le juge travaille sous le secret de l'instruction.
03:28Et à ce titre, n'est pas supposé partager la progression de l'enquête.
03:35Damien Delsenis, tout d'abord, cet épisode pose la question de la crédibilité des aveux en général.
03:41Alors, à l'époque, on ne parle quasiment pas de police technique et scientifique.
03:45Elle existe, mais elle en est vraiment assez balbutiement.
03:47Donc, la reine des preuves à ce moment-là, en 1996, dans toutes les enquêtes criminelles, ce sont les aveux.
03:53Et c'est vrai que les aveux, ils arrivent parfois après plusieurs heures de garde à vue, de pression.
03:58La garde à vue, c'est une pression.
04:00Les suspects sont parfois totalement épuisés.
04:03On joue aussi avec cette fatigue-là quand on est enquêteur.
04:05Et il arrive qu'ils racontent des choses qu'ils n'ont jamais commises,
04:08juste en fait pour que ça s'arrête, pour que cette pression s'arrête.
04:11On sait aussi que les gendarmes et les policiers, ils ont certaines techniques qu'ils utilisent pour poser des questions.
04:17Alors, c'est ce qu'on appelle des questions avec des réponses induites.
04:20C'est-à-dire qu'on voit ça souvent en lisant des procès-verbaux.
04:22C'est-à-dire que la question, elle est posée d'une telle façon que la réponse, elle est quasiment
04:26prévue d'avance.
04:27Donc, il faut être honnête.
04:29Il y a des pratiques aussi beaucoup plus discutables que ça encore,
04:32que les réponses induites, c'est parfois l'utilisation de violences.
04:34C'est-à-dire que Patrice Padé, il dira « moi, on m'a mis des gifles en garde à
04:38vue ».
04:38Ce n'est pas le seul à l'avoir dit.
04:39Et on sait que c'est arrivé qu'effectivement, il y ait aussi une pression physique
04:43qui soit exercée à un moment donné sur un suspect.
04:46Et puis, Patrice Padé, il racontera aussi justement que pendant cette garde à vue,
04:49on l'a privée pendant de longues heures et d'alcool et de médicaments.
04:52À un moment donné, on lui a proposé des bières.
04:54C'est-à-dire qu'il y a eu un espèce probablement de chantage.
04:57Tu nous dis quelque chose qu'on a envie d'entendre et puis tu auras tes bières.
04:59À l'époque aussi, maintenant il y en a un,
05:01mais à l'époque, il n'y avait pas un avocat en permanence aux côtés d'un suspect.
05:04C'est-à-dire que le suspect, il était seul.
05:05Il voyait une fois l'avocat au début de sa garde à vue
05:07et après, c'était quasiment terminé.
05:09Donc, quelqu'un qui n'a pas l'habitude comme ça d'une garde à vue,
05:12il peut être très perturbé et très déstabilisé par tout ça.
05:16Donc, c'est un espèce de bras de fer comme ça
05:18qui s'engage entre le suspect et les enquêteurs.
05:20Et effectivement, il est toujours un peu déséquilibré, ce bras de fer.
05:23Ce qu'il se passe avec l'annonce de l'arrestation du mauvais coupable,
05:26est-ce que c'est une très grosse faute pour un juge ?
05:29On va se replacer un petit peu dans le contexte.
05:31Ce meurtre, il intervient en plein milieu de l'été,
05:34dans une zone qui est très touristique.
05:35On a une affaire qui devient internationale avec une pression aussi,
05:38des Anglais, évidemment des parents, mais des médias anglais, etc.
05:41Donc, le juge et les enquêteurs,
05:43ils ressentent forcément cette pression qui est là.
05:45Et c'est vrai que ce padé avec son bandana rouge
05:48qui traîne un peu dans les rues,
05:50qui est déjà connu pour des histoires à caractère sexuel,
05:53il va tomber un peu comme un cadeau du ciel.
05:55Et en plus, il va avouer le meurtre et le viol.
05:57Donc, ce qu'on peut plutôt reprocher au juge,
06:00c'est d'avoir un peu perdu sa lucidité,
06:02à un moment donné, son recul.
06:03En fait, il s'est beaucoup trop avancé.
06:04Il s'est avancé avant d'avoir le résultat des analyses ADN.
06:08Donc là, il a fait clairement une erreur.
06:10Et surtout, il a perdu de sa crédibilité.
06:12Et il s'est affaibli pour toute la suite de son enquête.
06:16En octobre, le père de Caroline parle à la presse
06:19et il plaide pour le prélèvement de tous les ADN des hommes du village.
06:23Effectivement, le père, il est de toute façon très impliqué.
06:25On peut imaginer pourquoi dans l'enquête depuis le début.
06:27Et c'est vrai qu'outre-manche, les médias, les proches,
06:30ont l'impression que la justice française, elle ne fait pas ce qu'il faut.
06:32En gros, elle ne met pas les moyens qu'il faut pour retrouver le tueur de Caroline.
06:36Les tests ADN, ça se fait à l'époque en Angleterre,
06:38un petit peu à plus grande échelle que chez nous.
06:40En France, on ne le fait pas du tout.
06:42Il faut juste préciser encore quelque chose.
06:44C'est une technique qui est très coûteuse aussi, à ce moment-là.
06:47Donc c'est aussi ça qui fait réfléchir le juge.
06:49Est-ce que ça vaut le coup de dépenser beaucoup d'argent pour tester beaucoup de personnes ?
06:53Et comment réagit le juge à cette demande ?
06:55Pas très bien, parce que les relations avec la famille de Caroline,
06:58elles ne sont pas bonnes depuis le début.
07:00Ils ont beaucoup reproché de choses aux enquêteurs et aux juges au départ.
07:03Après, il y a la fausse piste padée.
07:05Le père va même dire aux médias que le juge ne veut même pas les recevoir,
07:08qu'il les a reçus seulement dix minutes.
07:10On l'a dit, mais on le répète, un prélèvement à l'époque,
07:12ça coûte plusieurs milliers de francs, puisqu'on est encore en francs.
07:15C'est donc quelques centaines d'euros par prélèvement.
07:18Donc ça veut dire que si on teste des centaines, voire des plusieurs centaines de personnes,
07:22c'est un coût financier qui est très important.
07:25Et le juge, il n'a pas, à ce moment-là, envie de prendre cette option.
07:31L'enquête se poursuit, et des mois après le meurtre,
07:34les gendarmes prennent connaissance d'une affaire similaire,
07:37dans une autre auberge du département, à Saint-Lunaire, à quelques kilomètres de Saint-Malo.
07:42Le mercredi 17 juillet, la nuit précédant celle du meurtre de Caroline,
07:46un homme a été surpris entre 2h30 et 3h du matin,
07:50au pied du lit d'une autre adolescente anglaise.
07:53Réveillé par le bruit qu'il fait,
07:55ses deux copines, qui partagent sa chambre, le font fuir.
07:59Trois jours plus tôt, dans la nuit du dimanche 14 juillet,
08:01c'est dans une auberge du quartier de Paramé, à Saint-Malo,
08:04qu'une troisième adolescente britannique voit à 5h du matin un homme assis près de son lit.
08:11Prise de panique, elle hurle, et lui, part en courant.
08:16Ces éléments, connus de la police britannique dès le mois de juillet 1996,
08:21ne parviendront aux enquêteurs français que des mois après.
08:25Dans la presse anglaise, on fustige le travail des gendarmes.
08:28D'autant que 6 mois avant le meurtre de Caroline, le 19 décembre 1995,
08:34une jeune française de 19 ans a disparu,
08:36alors qu'elle faisait du stop en Angleterre,
08:39et que les choses se sont passées bien différemment.
08:41L'affaire a été très médiatisée et traitée de façon exemplaire,
08:45avec 75 inspecteurs à temps plein pour retrouver la jeune femme.
08:50Finalement, son corps a été découvert,
08:51et son meurtrier identifié et appréhendé,
08:54seulement 2 mois après les faits.
08:57Les journaux britanniques exigent de la France
08:59qu'elles conduisent avec la même rigueur
09:01les investigations dans l'enquête sur le meurtre de Caroline.
09:04Les tabloïdes se lâchent,
09:06et l'un d'entre eux, le Sun,
09:08offre une récompense de 100 000 francs à l'époque,
09:10un peu plus de 15 000 euros aujourd'hui,
09:12à toute personne qui aiderait à retrouver les assassins de Caroline.
09:16Même le très sérieux Guardian titre
09:18« L'enquête se transforme en chaos et en rumeurs ».
09:23Au mois de mars 1997,
09:24John Dickinson effectue son troisième voyage en France.
09:28Huit mois après le meurtre de la jeune Caroline Dickinson,
09:3113 ans, voyage à Pleine-Fougère en Bretagne.
09:34Son père remet en cause le travail des enquêteurs français.
09:37L'enquête n'a pas avancé.
09:40Il faut que les autorités françaises comprennent bien
09:43que nous ne resterons pas sans rien faire,
09:46les bras croisés,
09:46à attendre calmement que l'enquête progresse.
09:51Il plaide à nouveau pour que des tests ADN soient effectués
09:53sur l'ensemble de la population masculine de Pleine-Fougère,
09:56ce que le juge refuse catégoriquement.
09:59Le jeudi 14 août 1997,
10:02le parquet retire l'affaire au juge Gérard Zog
10:05et la confie au juge Renaud Van Riembeek.
10:12Qui est ce juge Renaud Van Riembeek ?
10:14C'est un juge qui, à ce moment-là, a 45 ans
10:16et qui a déjà une bonne expérience de dossier compliqué.
10:20Il a travaillé sur l'affaire Robert Boulin,
10:23qui est un ancien ministre qui a été retrouvé mort
10:26dans des circonstances qui n'ont d'ailleurs jamais été vraiment élucidées.
10:28Une affaire de meurtre dans la politique,
10:31donc quelque chose d'assez sensible.
10:32Il a aussi travaillé sur le financement occulte
10:34du Parti Socialiste en 1991.
10:36Donc c'est déjà quelqu'un qui est assez expérimenté
10:38quand il arrive sur ce dossier.
10:39Il s'illustrera encore plus après, dans les années suivantes,
10:42quand il retournera à Paris au pôle financier
10:44où il fera l'affaire Claire Stream ou l'affaire Cahuzac.
10:46Mais bon, à ce moment-là, c'est déjà quelqu'un
10:48qui a une vraie expérience et qui est un juge
10:51déjà bien habitué au dossier compliqué.
10:53Et alors, contrairement à son prédécesseur,
10:55il accepte de soumettre tous les hommes
10:57du village de Pleine-Fougère à des tests ADN ?
10:59Oui, alors, entre le 10 et le 12 octobre,
11:02sur la base du volontariat,
11:05170 hommes âgés de 15 à 35 ans.
11:07D'abord, on va d'abord faire cette tranche d'âge-là.
11:09Puis ceux qui ont jusqu'à 60 ans après,
11:12ils vont tous se soumettre à des tests.
11:14Après, ce seront 500 personnes
11:15qui ont déjà été inculpées pour des faits de viol
11:18sur tout le territoire français.
11:19Donc effectivement, il va, lui,
11:21faire exactement le contraire du précédent juge.
11:23C'est-à-dire, il va accepter cette campagne
11:25de prélèvement d'ADN à grande échelle,
11:27ce qui n'a quasiment jamais été fait en France jusque-là.
11:29La mairie de Pleine-Fougère est depuis ce matin fermée
11:32pour procéder au prélèvement génétique
11:34sur une partie de la population masculine de la ville.
11:37La police scientifique a investi les lieux.
11:39Il s'agit des suites de l'enquête sur le meurtre
11:41de Caroline Dickinson.
11:42Cette initiative est une première judiciaire en France.
11:45Dès 8h, les volontaires pour subir ce test
11:47se sont rendus au rendez-vous.
11:49Et donc ça, en France, c'est une première ?
11:51Oui, alors, c'est une première.
11:52Et ça va d'ailleurs donner lieu à des débats éthiques et politiques
11:56puisque la Ligue des droits de l'homme, à l'époque,
11:58va inviter les personnes à ne pas se rendre à ce test.
12:01Vous imaginez si on faisait ça maintenant
12:02dans le cadre du crime d'un enfant,
12:04si la Ligue des droits de l'homme disait
12:05qu'il ne faut pas aller faire tester des potentiels suspects.
12:06Mais à l'époque, on démarre.
12:08Donc les tests ADN, on ne sait pas trop ce que c'est.
12:10Donc il y a une vraie méfiance.
12:12Alors, sur toute la population du village de Pleine-Fougère,
12:16en réalité, il y a une seule personne qui ne se rendra pas au test.
12:18Évidemment, elle sera suspectée,
12:19mais elle sera finalement innocentée derrière.
12:21Il n'y en a qu'une qui n'ira pas.
12:22Et puis, en fait, cette campagne, elle va être une réussite quand même
12:25puisque finalement, tout le monde est venu
12:27et on a pu faire des comparaisons.
12:28Aussi parce que les laboratoires qui sont chargés après
12:31d'analyser les prélèvements
12:32avaient décidé de faire ça gratuitement.
12:37Le juge Van Ruymbeek dessaisit la gendarmerie de Rennes
12:40au profit de la gendarmerie de Saint-Malo.
12:43Le dossier de l'affaire de Saint-Lunaire
12:45est fusionné avec celui du meurtre de Caroline Dickinson.
12:48Pour les enquêteurs,
12:49il est presque certain que l'homme aperçu par des jeunes filles
12:53dans deux autres auberges de jeunesse
12:55au mois de juillet 1996
12:57est le même que celui qui a violé et tué Caroline.
13:01Et si c'est quelqu'un qui tourne autour de ces établissements,
13:04peut-être a-t-il sévi ailleurs que dans la région.
13:07Les gendarmes se mettent alors sur la piste
13:09de toutes les agressions qui ont pu avoir lieu en France
13:12dans des auberges
13:13et dans les endroits qui y ressemblent,
13:15comme les colonies de vacances.
13:17Après avoir épluché des centaines de rapports sur ces affaires,
13:20ils en retiennent une en particulier.
13:22Il s'agit d'une agression survenue en Indre-et-Loire,
13:26à La Croix-en-Touraine, au mois de juillet 1994,
13:30deux ans avant le meurtre de Caroline.
13:32Le dimanche 17 juillet précisément,
13:35un homme est surpris en pleine nuit
13:37dans la chambre de jeunes irlandaises
13:39en voyage linguistique en France.
13:41Après le dépôt d'une plainte
13:43et une enquête rapide,
13:44il est interpellé.
13:46Il dit qu'il vit à Londres,
13:47travaille comme serveur dans un hôtel
13:49et qu'il cherche un lit pour dormir.
13:51Ne trouvant rien de plus,
13:53les gendarmes le relâchent
13:54après huit heures de garde à vue.
13:56Mais ils ont son adresse à Londres
13:58et son nom,
14:00Francisco Arce Montes.
14:06Maintenant qu'il a ce nom
14:07et qu'il pense que c'est une piste sérieuse,
14:10que fait le juge Van Riembeek ?
14:11Il va envoyer le plus rapidement possible
14:13des enquêteurs français à Londres
14:15pour essayer de travailler un peu
14:17sur l'environnement de cet homme
14:18avec les policiers locaux.
14:20Le seul problème,
14:20c'est que quand ils arrivent à Londres,
14:22l'adresse qu'il avait donnée à l'époque,
14:23elle est plus valable.
14:24Il n'habite plus à cette adresse à Londres.
14:26Donc ils n'ont rien de plus ?
14:27Rien.
14:27Ils n'ont pas d'empreinte,
14:28pas d'ADN.
14:29Ils n'ont même pas une photo de lui.
14:30Alors ils ont son âge.
14:31Il a 45 ans, lui, à ce moment-là.
14:33Alors ça ne colle pas effectivement
14:34avec les descriptions
14:36qui ont pu être faites par des témoins
14:37dans l'affaire de Pleine-Fougère
14:38où on voyait quelqu'un d'un peu plus jeune
14:39de 30-35 ans.
14:40Mais en tout cas, bon, voilà.
14:41De toute façon,
14:41ils n'ont pas de photos,
14:43ils n'ont pas d'ADN,
14:44ils n'ont rien, quasiment.
14:45Et donc à partir de ce moment-là,
14:46l'enquête ne progresse plus ?
14:48C'est-à-dire qu'une fois
14:48que cette piste-là,
14:49qui semblait intéressante,
14:51elle se referme faute d'éléments,
14:53oui, l'enquête,
14:53elle va de nouveau marquer un coup d'arrêt.
14:55D'autant plus que le juge
14:57Van Rienbeek va partir.
14:59Il est nommé au pôle financier
15:00au tribunal de grande instance de Paris.
15:01Il est remplacé par un autre juge
15:08qui va envoyer tout un tas de signalements
15:10à des polices européennes
15:11pour savoir s'ils ont des faits
15:13un peu similaires,
15:13si on peut avoir des listes de suspects.
15:15Mais il n'y a pas grand-chose qui revient.
15:18Et puis, comme souvent dans ce genre d'affaires,
15:20on se souvient qu'au départ,
15:21les gendarmes mettaient une cinquantaine
15:22à travailler à temps plein sur l'enquête.
15:24Et là, évidemment,
15:25quatre ans après,
15:26il n'y a plus que six enquêteurs
15:27qui sont là.
15:28C'est déjà beaucoup.
15:28Mais ça veut dire qu'il y a une forme
15:31de presque de résignation,
15:33à ce moment-là.
15:37Près de cinq ans après le meurtre de Caroline
15:39et malgré tous les moyens engagés,
15:42les enquêteurs ne peuvent toujours pas dire
15:43à John Dickinson
15:44qui a tué sa fille.
15:47Quelques semaines avant le cinquième anniversaire
15:49de sa mort,
15:49le dimanche 1er avril 2001,
15:52le juge Francis Debon
15:53répond à une journaliste
15:55d'un hebdomadaire britannique,
15:57le Sunday Times.
15:58Il lui parle de l'avancée de l'enquête
16:00et cite le nom de Francisco Arcemontès.
16:02Dans l'article qu'elle écrit,
16:04elle donne ce nom
16:05et en parle comme celui
16:06du suspect numéro 1.
16:08C'est la première fois
16:09qu'il est mentionné publiquement.
16:11Le lendemain,
16:12aux Etats-Unis,
16:13dans le Michigan,
16:14à l'aéroport de Détroit,
16:16un agent du service de l'immigration
16:17prend son café
16:18en lisant le journal.
16:20Il revient de vacances en France
16:21et est intrigué par cette histoire
16:24racontée dans le Sunday Times.
16:25Par réflexe professionnel,
16:27il tape le nom de Francisco Arcemontès
16:30dans la base de données
16:31à laquelle il a accès.
16:33L'agent découvre alors
16:34qu'il est entré sur le territoire américain
16:36le samedi 24 février 2001
16:40et que dans la nuit du lundi 12 mars,
16:42il a été arrêté à Miami
16:44pour une tentative d'agression
16:45sur une collégienne irlandaise.
16:49Il a été pris en flagrant délit
16:51dans un motel
16:51où dormait l'adolescente
16:53avec des camarades de classe,
16:55comme à Saint-Lunaire
16:56et comme à Pleine-Fougère.
16:58Emprisonné en Floride depuis,
17:00il attend son jugement.
17:01C'est donc bien ici en Floride,
17:03en plein centre de Miami,
17:05dans la prison du comté de Dade,
17:06qu'est incarcéré Francisco Arcemontès,
17:09l'homme présenté autant
17:10par les policiers américains
17:11que par les enquêteurs français
17:12comme le suspect numéro un
17:14dans l'affaire Dickinson.
17:15L'agent du service de l'immigration
17:17fait remonter cette information
17:18qui est immédiatement transmise
17:20à la gendarmerie française.
17:22Cette dernière demande aux Américains
17:24de réaliser le test ADN
17:25tant attendu,
17:26puis plusieurs contre-expertises.
17:28Dans la soirée du samedi 14 avril 2001,
17:32à Rennes,
17:33l'avocat général de la cour d'appel
17:35annonce devant les caméras
17:36de télévision du monde entier
17:38le résultat définitif de ces tests.
17:40L'analyse qui vient d'être pratiquée
17:44révèle qu'il existe des similitudes
17:47très importantes
17:47avec l'empreinte relevée à Pleine-Fougère.
17:50Les enquêteurs tiennent enfin
17:52le meurtrier de Caroline.
17:54Ce matin à Pleine-Fougère,
17:56cinq ans après le meurtre
17:57de Caroline Dickinson,
17:58les habitants se sentent apaisés.
18:00Un grand soulagement.
18:02C'est tout.
18:03Un grand point de la justice
18:05qui vient d'être fait.
18:09Soulagement de John et Sue Dickinson,
18:11les parents de Caroline.
18:13Après cinq ans d'enquête,
18:14près de 4000 tests génétiques négatifs,
18:17des investigations sur plus de 9000 personnes,
18:19ils remercient publiquement
18:21enquêteurs, médias
18:22et le policier américain
18:23qui a permis cette soudaine avancée.
18:27Après les remerciements,
18:28John Dickinson tient à dire,
18:30une fois de plus,
18:31l'importance des tests ADN
18:33dans de tels drames.
18:35Rien ne pourra ramener notre Caroline,
18:38mais tout devrait être fait
18:40pour éviter qu'un tel cauchemar
18:41ne s'abatte sur une autre famille innocente.
18:44Nous voudrions aussi renouveler notre appel
18:47à tous les gouvernements
18:48pour qu'ils renforcent leur coopération
18:50dans ce genre d'enquête.
18:52Et particulièrement en ce qui concerne
18:54l'échange des fichiers ADN,
18:56des criminels.
18:59La mère de Caroline reste silencieuse,
19:02le père extrêmement prudent.
19:04Il répète qu'ils n'ont jamais perdu espoir
19:06qu'un tel crime ne pouvait rester impunis.
19:09John Dickinson ajoutera,
19:11aussi dur que cela puisse être,
19:13nous serons encore patients.
19:14Il faudra encore attendre plusieurs mois
19:16avant que nous puissions dire
19:18que justice a été rendue à Caroline.
19:22Damien, il va se passer encore du temps
19:24avant que Francisco Arcemontès
19:26réponde de ce crime
19:27devant la justice française.
19:29Oui, parce qu'on l'a dit,
19:31il est aux Etats-Unis,
19:32il est en Floride,
19:33les extraditions,
19:34ça prend toujours du temps.
19:35C'est toujours des démarches administratives
19:36longues et compliquées,
19:37même avec des pays amis.
19:39En plus, lui, Francisco Arcemontès,
19:41il dit qu'il veut d'abord être jugé aux Etats-Unis
19:43pour l'agression,
19:44et c'est son droit.
19:45Il sait aussi sans doute
19:46que ça retarde d'autant
19:48son retour en France
19:49où des affaires plus sérieuses l'attendent.
19:51Donc, il y a un arrangement
19:52qui va être passé.
19:53Les autorités américaines
19:55vont le libérer sous caution,
19:56une toute petite caution,
19:57pour qu'ils puissent la payer, en fait.
19:59Et il sort de prison
20:00le 19 novembre 2001.
20:02Mais il ne va pas être libre très longtemps
20:04parce que sur le parvis du bâtiment,
20:06il y a des agents du FBI
20:07qui l'attendent
20:08avec un mandat d'arrêt international
20:09du juge français.
20:11Il l'arrête,
20:12il l'emmène à l'aéroport
20:13de Miami directement,
20:14il le monte dans un Boeing 747
20:16d'Air France,
20:16direction Paris-Charles-de-Gaulle.
20:18Et quand il arrive en France,
20:19ce lendemain matin,
20:20à 9h30,
20:21ça y est,
20:21il est placé en détention provisoire
20:24à la maison d'arrêt
20:25de Fleury-Mérogis,
20:26dans l'Essonne.
20:26Les enquêteurs vont réaliser
20:28que ce Francisco Arce Montes
20:30a été condamné
20:31dans plusieurs pays
20:32pour des faits similaires
20:33et qu'il a en fait
20:34commis plus d'une dizaine de crimes.
20:35Oui, c'est un vrai prédateur sexuel
20:37en série
20:38et qui va en plus réaliser
20:39cette série,
20:40ces séries
20:41dans des pays différents
20:42et sur des continents différents.
20:43Alors,
20:43la seule chose,
20:44c'est qu'il était connu
20:45effectivement pour des agressions sexuelles
20:46et des viols,
20:47mais il n'avait jusqu'ici
20:49jamais tué.
20:50Et alors,
20:50pourquoi est-ce qu'il a tué Caroline ?
20:52Alors ça,
20:53on peut imaginer pas mal de choses.
20:55On se dit peut-être
20:56qu'il avait quand même l'habitude
20:58de s'attaquer à des jeunes filles
20:59dans des auberges de jeunesse
21:00ou des hôtels la nuit.
21:02Là,
21:02il s'est peut-être passé quelque chose.
21:04Elle s'est peut-être débattue d'abord.
21:05Elle a peut-être essayé de crier
21:07et peut-être qu'à ce moment-là,
21:08il a paniqué
21:08comme il y avait d'autres jeunes filles
21:10autour dans la chambre.
21:11Il s'est peut-être dit
21:11voilà,
21:11si quelqu'un se réveille,
21:14je suis fichu.
21:15Donc,
21:15on peut imaginer un réflexe
21:16de la tuer
21:17pour qu'elle se taise.
21:18Et puis,
21:20on se dit aussi
21:21que cette nuit-là,
21:22il avait quand même déjà
21:24probablement commis
21:25d'autres faits ailleurs
21:26dans une autre auberge de jeunesse.
21:27Donc,
21:27il était sous l'effet
21:28d'une véritable pulsion
21:29cette nuit-là.
21:30En fait,
21:31il ne fallait pas se mettre
21:31en travers quelque part.
21:32Et je pense que
21:33si quelqu'un se mettait
21:34en travers cette pulsion,
21:35il fallait l'éliminer.
21:37Le 14 juin 2004,
21:39après une semaine de procès
21:40devant les assises de Rennes,
21:42Francisco Arce Montes
21:43est condamné
21:44à 30 ans de prison.
21:45Il fait appel
21:46contre l'avis
21:47de ses deux avocats.
21:48Un nouveau procès a lieu
21:50et un an plus tard,
21:51en juin 2005,
21:52sa peine est confirmée.
21:55Damien,
21:56cette affaire,
21:56elle a une place particulière
21:58dans l'histoire criminelle
22:00et judiciaire française.
22:01Pourquoi ?
22:02Qu'est-ce qu'elle a changé ?
22:03Elle a déjà une place
22:04parce que
22:05c'était encore une fois
22:06un meurtre particulièrement odieux
22:08qui avait touché
22:09une jeune fille anglaise
22:10dans un secteur
22:11très touristique en Bretagne.
22:12Donc,
22:13il y avait déjà
22:13tout cet aspect-là
22:15qui était important.
22:16Après,
22:16elle a marqué
22:17l'histoire criminelle
22:17parce qu'elle a contribué
22:19en tout cas à modifier
22:20un certain nombre
22:20de méthodes d'enquête.
22:21Elle a sacralisé
22:23l'importance
22:23de l'ADN
22:25et de la génétique
22:25et des preuves scientifiques
22:27dans une enquête
22:27par rapport aux aveux.
22:29Et puis,
22:29ça a démontré,
22:30mais malheureusement,
22:31on s'en rend compte
22:32encore aujourd'hui,
22:33que des tueurs,
22:35des prédateurs comme ça,
22:35ils sont extrêmement mobiles.
22:37C'est-à-dire qu'ils peuvent être
22:38dans une région,
22:39changer de région,
22:40évidemment,
22:40changer de pays aussi.
22:41Et la changer de continent encore.
22:43Donc,
22:43la traque de ce type
22:45de prédateurs,
22:45elle ne doit pas se limiter
22:46à la taille d'un village
22:48ou à la taille d'un département.
22:58Vous venez d'écouter
22:59Crime Story,
23:00le podcast fait divers
23:01du Parisien,
23:02avec à la production
23:03Thibaut Lambert
23:04et Emma Jacob,
23:05à la réalisation
23:06Julien Moncouquiole
23:07et à la rédaction
23:08en chef
23:08Jules Lavi.
23:10Un épisode raconté
23:11avec Damien Delsenis
23:12et un podcast
23:13à retrouver chaque samedi
23:14sur le site
23:15leparisien.fr
23:16et sur toutes les plateformes
23:18d'écoute.
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