- il y a 8 heures
- #crimestory
- #lorient
Le cadavre d’un inconnu, étouffé puis placé dans une valise avant d’être jeté au fond de la mer. À l’été 2011, il est remonté à la surface. Dans Crime story, la journaliste Clawdia Prolongeau raconte cette enquête avec Damien Delseny, chef du service police-justice du Parisien.
Episode 2
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Ecriture et voix : Clawdia Prolongeau et Damien Delseny - Production : Emma Jacob et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : Audio Network
Archives : INA.
#crimestory #lorient
Episode 2
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Ecriture et voix : Clawdia Prolongeau et Damien Delseny - Production : Emma Jacob et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : Audio Network
Archives : INA.
#crimestory #lorient
Catégorie
🗞
NewsTranscription
00:00Vous écoutez Crime Story, l'affaire du corps retrouvée dans une valise à Lorient, deuxième et dernier épisode.
00:08A la fin de l'épisode 1, les gendarmes retrouvent la serrure correspondant à une des clés récupérées dans une
00:14poche de la victime.
00:15Et cette serrure était installée sur la porte d'un appartement à Paris.
00:19Le serrurier leur a donné l'adresse. Nous sommes le vendredi 12 octobre 2012.
00:24Les enquêteurs arrivent au pied de l'appartement à l'adresse que leur a donnée le serrurier.
00:28Ils se situent dans un immeuble cossu de la rue Boissy d'Anglas, dans le 8e, un quartier chic de
00:34la capitale.
00:35Au quatrième étage, comme la serrure a été changée et que la clé ne sert plus à rien, ils font
00:39sauter la porte blindée.
00:41Ils découvrent un studio de 15 mètres carrés, équipé d'une grande télévision, d'un lit, de quelques étagères et
00:47d'une kitchenette.
00:48Un appartement minable par rapport à la gamme de la serrure, note un enquêteur.
00:53La gardienne de l'immeuble donne quelques détails sur le locataire qui s'appelle Mickaël.
00:57Elle ne l'a pas vue depuis un an et demi et décrit un homme poli, discret, vivant entre la
01:02France et le Maroc.
01:04Il habite seul, mais il est souvent accompagné d'une jeune femme qui a un gros chien,
01:08un tatouage dans le dos qui dépasse toujours de ses vêtements et qu'elle pense être une prostituée.
01:14Damien, à ce moment-là, rien ne prouve que le cadavre de la valise est celui de l'homme dont
01:19parle la gardienne.
01:20Scientifiquement, rien du tout.
01:22Les enquêteurs ont quand même le sentiment que cette fois-ci, la piste, elle est quand même bonne
01:24parce que cette concierge, elle leur dit quand même qu'elle n'a pas vu ce locataire depuis un an
01:28et demi,
01:28ce qui correspond peu ou prou au calendrier de cette affaire.
01:31Mais en tout cas, il faut confirmer tout ça.
01:33Donc, qu'est-ce qu'ils font les enquêteurs ?
01:34Ils perquisitionnent ce petit studio et puis ils trouvent dans la salle de bain une brosse à dents.
01:39Donc, ils saisissent la brosse à dents, ils extraient de l'ADN de cette brosse à dents,
01:43ils vont le comparer à celui du cadavre, ça matche.
01:46Donc, c'est bien l'occupant de ce studio qu'on a retrouvé dans la valise, dans la rate de
01:50Lorient.
01:51On a son identité ?
01:53La gardienne, elle ne connaissait pas le nom de famille de ce locataire,
01:55mais elle leur apparaît d'un certain Mickaël.
01:57Sauf que dans les papiers que les gendarmes trouvent chez lui quand ils perquisitionnent,
02:00ils trouvent les papiers d'un certain Farid, 55 ans.
02:04Alors, tout correspond, la photo sur la carte d'identité, l'âge, la taille, tout colle.
02:08Donc, on s'est dit, manifestement, celui qui se faisait appeler Mickaël
02:11ou qui était connu comme Mickaël par la gardienne, en fait, il s'appelait Farid.
02:16Alors, visiblement, dans les documents que retrouvent les gendarmes quand ils fouillent l'appartement,
02:20ils découvrent un formulaire de demande de RSA,
02:24écrit avec une écriture un peu maladroite.
02:26Donc, voilà les éléments qu'ils ont sur ce Mickaël qui, en réalité, s'appelait Farid.
02:30Et est-ce que c'est un homme qui était déjà connu des services de police ?
02:33En tout cas, sur l'identité qu'on retrouve sur la carte, non, il n'y a pas de casier,
02:36il n'y a pas d'antécédent.
02:38Les enquêteurs découvrent qu'il était agent d'entretien dans une société
02:41qui se trouve rue Montset, dans le 9e arrondissement.
02:44Alors, les enquêteurs, ils se renseignent sur cette adresse.
02:47Ça correspond à l'adresse d'un salon de remise en forme.
02:51Pour obtenir davantage de renseignements sur ce salon de remise en forme,
02:55les gendarmes se présentent au 36 Quai des Orfèvres, sur l'île de la Cité, au milieu de la Seine.
03:00Un bâtiment qui était jusqu'en 2017 le siège de la police judiciaire parisienne.
03:05On leur conseille de voir directement avec la brigade de répression du proxénétisme.
03:09En discutant avec les policiers de cette brigade,
03:12les gendarmes maritimes apprennent que Farid n'est en fait pas agent d'entretien dans un salon de bien-être,
03:16mais qu'il gère ce salon, et que ce salon cache en fait une maison close.
03:20Ils apprennent aussi qu'une fille, Sabrina, y travaille pour lui depuis plusieurs années,
03:25et qu'à un moment, il y en a eu une autre, une petite blonde, Elodie, originaire de Bretagne.
03:32Encore mieux, les gendarmes apprennent que Farid est un indicateur, un tonton comme on dit.
03:37Il informait les policiers sur le milieu du proxénétisme,
03:40et en échange, ces derniers le laissaient continuer tranquillement ses activités.
03:43Mais depuis un an et demi, les policiers du 36 n'ont plus de nouvelles de Farid.
03:47Depuis le mois de juin 2011, précisément.
03:50Quand Farid les a appelés du Maroc, après avoir reçu la visite de Sabrina.
03:54Elle lui avait parlé d'une descente de police dans son salon,
03:57et il leur avait annoncé, en colère, qu'il comptait rentrer à Paris pour régler cette histoire.
04:01Et puis plus rien. Les choses en étaient restées là.
04:06Après cette conversation avec les policiers du 36,
04:09les enquêteurs vont retrouver une femme qui s'est déjà prostituée pour le compte de Farid.
04:13Oui, alors elle, elle va décrire un peu le portrait du Mac caricatural et classique, j'ai envie de dire.
04:19Un homme violent, manipulateur, menteur.
04:21Elle raconte aussi qu'il a une espèce de double vie.
04:24Alors il est à la fois en France et puis au Maroc.
04:27Alors en France, on découvre, on constate qu'il vit dans des conditions plutôt modestes.
04:31Un petit studio, une demande de RSA.
04:34Et par contre, elle, elle explique qu'au Maroc, ils dépensent tout.
04:37Et qu'elle, d'ailleurs, elle se souvient qu'elle s'occupait de pas mal de choses,
04:41notamment de ses finances, et qu'elle brassait des centaines de milliers d'euros.
04:45Et puis elle finit par expliquer aux gendarmes,
04:48ben voilà, moi j'ai fait ça pendant un temps,
04:49puis après j'ai été remplacé par une certaine Sabrina.
04:52Finalement, Farid, ce n'est pas du tout l'homme que croyaient les gendarmes,
04:56en découvrant son appartement.
04:57Il commence par retrouver un appartement de 15 mètres carrés,
05:00alors certes pas très loin des Champs-Elysées, mais 15 mètres carrés,
05:03avec comme seule trace d'une activité professionnelle ou sociale,
05:06une demande de RSA.
05:08Donc on voit plutôt quelqu'un de modeste.
05:10Puis finalement, qu'est-ce qu'il découvre ?
05:12D'abord que ce type qui se prétend agent d'entretien dans un salon de bien-être,
05:16ben en fait, il gère plus ou moins un réseau de prostitution,
05:19et qu'il brasse énormément d'argent.
05:21Ils vont identifier d'ailleurs à travers l'activité de ce salon,
05:24alors qu'on peut appeler de remise en forme, de massage, un peu tout ce qu'on veut,
05:2890 000 euros par mois, ce qui n'est pas un petit chiffre d'affaires,
05:31un compte au Luxembourg, avec des transactions qui passent par la Suisse
05:35et qui vont jusqu'à un compte au Maroc.
05:37C'est vraiment les circuits traditionnels de blanchiment d'argent criminel.
05:40Donc on n'est plus du tout face au petit agent d'entretien
05:44qui habite dans un studio de 15 mètres carrés à Paris.
05:45Et là, on est sur quelqu'un qui gère un business criminel qui rapporte beaucoup d'argent.
05:51Les enquêteurs décident de monter une planque discrète devant le salon de massage,
05:55rue Montset, dans le 9e, un autre arrondissement plutôt chic de Paris.
06:00Ils observent et consignent les allées et venues.
06:03Deux femmes font vivre cet endroit.
06:05Une petite brune à la peau mate, d'environ 25 ans,
06:08et une deuxième, à peine plus âgée,
06:10qui lève le rideau de fer tous les matins et le baisse tous les soirs.
06:14Elle a un tatouage dans le dos.
06:16Les gendarmes supposent que c'est Sabrina.
06:18Pas de traces, en revanche, de la petite blonde,
06:21décrite par les policiers de la brigade de répression du proxénétisme.
06:24Une enquête de voisinage leur confirme que cette jeune femme
06:27a été une habituée du quartier et du salon,
06:30mais que cela fait plus d'un an qu'elle ne vient plus.
06:33De loin, Damien, ils essaient d'en savoir plus sur Sabrina.
06:37Qu'est-ce qu'ils apprennent ?
06:39Que cette Sabrina, en fait, c'est la gérante de fait, de ce salon de massage.
06:43Alors, il se renseigne un petit peu sur sa bio.
06:46Elle a grandi aux Mureaux, dans les Yvelines, à côté de Mante-la-Jolie,
06:48mais enfin, elle n'y va quasiment plus jamais.
06:49Elle a d'ailleurs très peu d'attaches avec sa famille,
06:52qui ne sait même pas qu'elle se livre à des activités de prostitution ou d'escorte.
06:56Et puis surtout, ils vont découvrir que depuis l'été 2011,
07:00et là, les dates sont toujours importantes,
07:02les comptes bancaires de Sabrina, ils se portent beaucoup mieux.
07:04Il y a beaucoup d'argent qui arrive dessus dans la casse crédit,
07:07et qu'elle a un peu l'air de mener la grande vie, en fait.
07:10Et ils trouvent quelque chose sur la blonde dont on leur a parlé ?
07:14Alors, là, ils vont trouver des choses aussi.
07:16Ce n'est pas tout à fait le même profil.
07:17Alors, la blonde, en fait, elle s'appelle Élodie.
07:19Elle a 26 ans, elle travaille comme serveuse dans un bar.
07:23Ce qui est intéressant, c'est qu'ils vont découvrir l'endroit où elle a grandi.
07:26Elle a grandi dans le Morbihan, à Codan,
07:29c'est-à-dire pas très loin de Lorient.
07:31Alors là, vous voyez ce que je veux dire.
07:32C'est-à-dire que Lorient, Valise, Rad,
07:34on commence à s'approcher de la scène de crime.
07:36Donc, elle a fait toutes ses études là-bas.
07:38Ses parents sont des gens qui sont séparés,
07:40mais il y a une enfance apparemment tranquille,
07:43une adolescence un peu plus chahutée.
07:45Elle a une relation avec un de ses profs qui a 30 ans de plus.
07:48Elle faisait pas mal le mur aussi, elle fugait pas mal.
07:51À 18 ans, elle a voulu partir à l'aventure.
07:53Elle est venue à Paris.
07:53Elle voulait faire du théâtre, du cinéma.
07:56Et puis, elle a surtout collectionné des petits boulots pour vivre,
07:59mais elle ne s'en sort pas trop.
08:00Et donc, elle a fini par se prostituer,
08:03par devenir escorte dans cette boutique,
08:05dans ce salon de massage.
08:06Mais là, il semble qu'elle est arrêtée
08:08au moment où les gendarmes commencent à s'intéresser à elle
08:09et qu'elle vient même de réussir le concours de gardien de la paix.
08:14Ça ne s'invente pas.
08:14Donc, elle est passée d'escorte girl à gardien de la paix.
08:18Qu'est-ce qui rend suspecte ces deux femmes ?
08:21Sabrina est la seule à être toujours un peu dans les parages
08:23de ce salon de massage.
08:25Et puis, les gendarmes, ils vont fouiller un petit peu,
08:26ils vont regarder un petit peu les contrats.
08:28Et puis, ils s'aperçoivent en regardant la comptabilité du salon de massage
08:31que Farid, il a été licencié trois mois après son décès au large de Lorient.
08:36Donc, c'est bizarre quand même.
08:37On se rend compte que Sabrina, elle a un peu mis la main sur le salon de massage
08:40sans tellement se soucier de ce qui est arrivé à Farid.
08:42Aurélie, elle a quitté l'établissement en août 2011.
08:46Encore une fois, bizarrerie du calendrier.
08:47Un peu après la disparition de Farid, Aurélie, elle quitte le salon de massage.
08:51Et puis, évidemment, tout les ramène vers Lorient.
08:53C'est-à-dire que là, on a un corps qu'on retrouve dans la rate de Lorient
08:57et on a cette jeune fille qui a grandi là-bas, qui a de la famille à Lorient.
09:01Donc là, ça y est, la connexion Lorient-Paris, l'aller-retour Paris-Lorient,
09:05il est fait par les enquêteurs.
09:09Les deux femmes sont désormais les principales suspectes
09:11dans une enquête pour enlèvement, séquestration et assassinat.
09:14Ce sont les seules qui ont un intérêt à la disparition de Farid,
09:18selon les enquêteurs.
09:18Mais les gendarmes n'ont pas assez d'éléments pour les confronter
09:21et les écoutes de leurs téléphones portables ne donnent rien.
09:24Elles n'ont même plus de contact entre elles.
09:27Alors, les enquêteurs tentent un coup de bluff.
09:29Le lundi 27 mai 2013, le journal Ouest France publie un article intitulé
09:34« Corps dans une valise, la victime enfin identifiée ».
09:38C'est en réalité un piège que les gendarmes et la procureure
09:41ont décidé de tendre aux deux suspectes.
09:43En annonçant à toute la France que l'enquête avance,
09:46que l'identité de la victime a été découverte
09:48et que la piste privilégiée est celle du proxénétisme,
09:52les enquêteurs espèrent déclencher chez les deux filles
09:54des réactions d'inquiétude ou de nervosité
09:56qu'ils pourront ensuite utiliser contre elles.
09:59Et c'est ce qui arrive.
10:01Quelques heures après la publication de l'article,
10:03Élodie reçoit un appel de son meilleur ami.
10:07Allo ?
10:08Oui ?
10:08C'est Guilhem. Je te dérange pas ?
10:10Non, je t'écoute.
10:12T'es toute seule ?
10:13Oui.
10:14Faut que je te parle de quelque chose.
10:15T'es vraiment toute seule ?
10:17Oui. Qu'est-ce qui se passe ?
10:19J'ai lu la presse aujourd'hui et je suis tombé sur un article
10:21qui m'a fait un peu peur par rapport à toi.
10:23Tu n'as pas lu ?
10:24Non.
10:25Bon, peut-être que je psychote complètement,
10:27mais j'ai pas pu m'empêcher de faire le rapprochement.
10:29Tu peux aller sur Internet ?
10:31Oui.
10:32J'espère vraiment que je me trompe, mais...
10:33Je t'écoute.
10:34Alors, tu vas sur Google Actualité.
10:36J'y suis.
10:37Ok, tu tapes l'Orient, tu regardes les articles
10:40et je pense que tu vas voir de quoi je parle.
10:43Tu as l'article ?
10:44Oui.
10:45Je me trompe ou...
10:46Non.
10:47Tu restes calme, hein.
10:48Je voulais juste te prévenir,
10:49n'échanges surtout aucun SMS avec personne à ce sujet.
10:52Aucune trace écrite.
10:53Oui.
10:54Tu n'en parles à personne et tu n'appelles pas ton père
10:56ou quoi que ce soit.
10:57Ok, ok.
10:58À part ça, ça va ?
10:59Ça va.
10:59Au fait, bravo pour ta réussite au concours.
11:02Le lendemain matin,
11:03les deux femmes et l'ami qui a passé l'appel
11:06sont placés en garde à vue à Paris.
11:08Au même moment, à l'Orient,
11:10le père d'Elodie l'est aussi.
11:14Damien, avant qu'on aille plus loin,
11:16est-ce que ça arrive souvent que la justice
11:18ou des policiers utilisent la presse de cette manière-là ?
11:21Pour tendre un piège, non, c'est très rare.
11:23C'est très rare.
11:23Les enquêteurs ou des magistrats de justice d'instruction
11:25utilisent la presse pour des appels à témoins,
11:27pour essayer soit d'identifier quelqu'un,
11:30soit d'avoir des éléments de gens qui auraient vu quelque chose
11:32mais qui n'en ont pas parlé.
11:34Mais faire cette espèce de piège, c'est-à-dire qu'on fait quelque chose
11:38en espérant que des suspectes réagissent,
11:40c'est quand même assez rare en France.
11:42Pendant sa garde à vue, que dit l'ami d'Elodie aux enquêteurs ?
11:45A peu près tout.
11:46Alors lui, il va leur dire,
11:46Elodie, d'abord, c'est mon amie d'enfance.
11:48Au début, on se voyait à Paris.
11:50Mais après, il dit, elle est devenue un peu bizarre.
11:52Et d'ailleurs, elle a même fait, il raconte aux enquêteurs,
11:54elle a même fait un séjour en psychiatrie
11:55à l'hôpital Saint-Anne à Paris.
11:57Et elle lui a dit, c'est ce qu'il raconte aux gendarmes,
12:00elle lui a dit qu'elle avait tué un mec.
12:02Et lui, il n'y a pas cru, évidemment.
12:04Et puis, jusqu'à ce qu'il finisse par lire
12:07les mêmes détails que ce meurtre
12:08que lui avait raconté son amie dans les articles de presse.
12:11Donc là, il dit des choses quand même très, très précises.
12:14Et Elodie, elle reconnaît les faits ?
12:16Elle va les reconnaître intégralement,
12:18avec énormément de détails.
12:20Et tout de suite, elle commence par parler beaucoup.
12:23Elle va aller au-delà de ce qu'attendaient les gendarmes.
12:25Et elle va tellement aller au-delà de ce qu'attendaient les gendarmes
12:28qu'à un moment donné, ils vont l'arrêter.
12:29Parce qu'en fait, l'avocat d'Elodie n'est pas encore arrivé
12:31parce qu'on est au tout début de la garde à vue.
12:33Et ils se disent, non, en fait, il faut qu'on l'arrête,
12:36il faut qu'elle arrête de parler.
12:36On va attendre que l'avocat arrive.
12:38Et une fois que l'avocat sera là, on reprendra l'audition.
12:40Donc c'est très, très rare à la fois autant de détails aussi vite.
12:43Et c'est aussi très rare que des gendarmes
12:45qui sont en train d'obtenir des aveux lui disent,
12:47attendez cinq minutes, on va reprendre plus tard.
12:50La garde à vue d'Elodie dure 96 heures.
12:53Aux enquêteurs, elle raconte tout.
12:55La scène se passe autour du 21 juin 2011,
12:58à peu près au moment de la fête de la musique.
13:00Farid arrive au salon un soir.
13:02Il y a une altercation entre lui et Sabrina.
13:04Elle lui jette son café à la figure
13:06et lui met un coup de chandelle sur la tête.
13:08Il se dégage et sort du salon quelques instants,
13:11mais elle le fait revenir.
13:13Elle lui passe alors un câble d'imprimante autour du cou
13:15et demande à Elodie d'en tenir un bout
13:18pendant qu'elle garde l'autre dans les mains.
13:20Et elle serre.
13:21Au moment où le corps s'affaisse,
13:23Elodie raconte qu'elle ne supporte pas la scène
13:25et quitte la pièce en lui demandant juste une chose,
13:28pas de sang.
13:30Quelques minutes après, Sabrina la rejoint.
13:32Elle lui annonce que Farid est mort.
13:35Et elle lui demande si elle pense qu'il faut le découper.
13:42D'après Elodie, Damien,
13:43pourquoi est-ce que Sabrina décide de tuer Farid ?
13:46Qu'est-ce qui justifie cet acte ?
13:47Elodie, elle va expliquer que Sabrina avait fini par comprendre
13:51que Mickaël, en fait, Farid,
13:53qui lui disait payer très cher la police
13:55pour pouvoir continuer à maintenir son activité
13:58de prostitution dans le salon de massage.
14:00Et en fait, elle a découvert que c'était faux,
14:03qu'en fait, c'était un indique, un tonton.
14:04Donc, en gros, elle est très en colère, Sabrina.
14:07Et en fait, elle se dit, il m'escroque, en fait.
14:10Il me prend de l'argent.
14:12Il me ment depuis des mois, des années.
14:13Donc, elle explique ça comme ça,
14:15une espèce de, à la fois, de trahison,
14:17puis de problème, évidemment, d'argent, surtout.
14:18Et Elodie, elle donne aussi des détails
14:20sur ce qui s'est passé après le meurtre.
14:22Qu'est-ce qu'on apprend ?
14:23Elle va leur dire comment elles sont allées
14:27acheter, par exemple, la valise.
14:28Elle explique aussi un peu tout le scénario du meurtre,
14:31c'est-à-dire d'abord un bon coup de chandelier sur la tête
14:33pour assommer Farid.
14:35Et puis après, on l'expliquait tout à l'heure,
14:37le cap d'imprimante.
14:38Chacun tire de son côté autour du cou
14:39pour étrangler Farid.
14:42Elle raconte tout ça,
14:43mais il y a des choses dont elle se souvient
14:46pas forcément très, très bien
14:47puisqu'on sait par son amie
14:48qu'elle a fait un petit séjour en hôpital psychiatrique
14:51entre les faits et le moment où elle est entendue.
14:54Elle se souvient pas forcément de tout.
14:57Par contre, quand les enquêteurs vont venir
14:59la questionner sur son père,
15:01sur le rôle qu'il a pu tenir dans cette affaire,
15:03là, elle va couvrir tout de suite.
15:04Elle va essayer de le protéger, en quelque sorte.
15:07Damien, son père, il est donc placé en garde à vue à Lorient
15:10et il reconnaît les faits.
15:12Oui, un peu comme sa fille.
15:13D'ailleurs, au tout début, il va pas chercher à n'y.
15:15Il va même dire au gendarme,
15:16de toute façon, je savais bien que vous viendriez frapper
15:18à ma porte un jour.
15:19Donc, il est pas surpris.
15:20Et il raconte.
15:21Il dit, un jour, ma fille m'a appelé.
15:23Elle m'a dit qu'elle avait besoin d'aide.
15:24Elle est arrivée à Lorient avec une amie
15:27et une grosse valise.
15:28Elles sont arrivées par le train.
15:29Et sa fille lui a tout de suite dit,
15:31dans cette valise, il y a un corps
15:33et il va falloir qu'on s'en débarrasse.
15:36Donc, lui, il l'a fait.
15:37Il s'est retrouvé dans une position qui est terrible
15:39parce qu'il voit sa propre fille revenir
15:40avec un corps dans une valise.
15:42Donc, qu'est-ce qu'il faut faire ?
15:43Est-ce qu'il faut aller appeler la police ?
15:45Est-ce qu'il faut aider sa fille ?
15:46Même si on sait qu'on met les mains
15:48dans quelque chose d'extrêmement grave.
15:49Lui, il a fait le choix d'aider sa fille.
15:52Donc, il a pris le bateau
15:54qu'il avait acheté avec un copain.
15:55Il est parti avec la valise.
15:57Alors, il l'a balancé dans l'eau,
15:58mais pas très, très loin, finalement, de la côte.
16:01Il y a du sable, pas mal de sable au fond
16:02et pas une grande profondeur.
16:04Donc, la valise, en fait, elle va pas mal bouger.
16:06Il y a un peu de courant.
16:07Il y a un espèce de chasse d'eau, comme on dit.
16:09C'est-à-dire qu'elle ne tombe pas.
16:10Elle ne reste pas statique au fond de l'eau.
16:11Elle bouge un peu.
16:12Donc, quand ça bouge, une valise avec un corps à l'intérieur,
16:15ça perd un petit peu de son lest.
16:17Ils avaient mis des haltères.
16:18On se souvient pour que la valise coule.
16:20Mais bon, tout ce dispositif va un petit peu
16:22être victime du courant et des remous marins.
16:24Ça, plus le fait que quand un corps se décompose,
16:26il produit du gaz.
16:27Et donc, ce gaz, plus les mouvements de la valise,
16:30va faire remonter tout ça à la surface
16:33et va amener à la découverte de la valise par les plaisanciers.
16:35Et Sabrina, qu'est-ce qu'elle dit ?
16:36Sabrina, c'est un comportement totalement opposé
16:39à celui d'Elodie et de son père.
16:40C'est-à-dire qu'elle, elle nie tout.
16:41Alors, non seulement elle nie tout,
16:42mais en plus, elle va même faire des reproches
16:44aux gendarmes, aux enquêteurs,
16:45en disant, mais en fait,
16:47vous n'avez pas cherché au bon endroit.
16:48Il faut aller chercher vers le grand banditisme,
16:50vers un contrat, etc.
16:51Donc, elle, elle n'est pas du tout, du tout
16:52dans la même disposition d'esprit
16:54que Elodie et son père.
16:58Les deux femmes sont placées en détention provisoire.
17:01En décembre 2016,
17:03Sabrina et Elodie comparaissent
17:04devant la cour d'assises de Vannes
17:06dans le Morbihan.
17:08Sabrina est jugée pour meurtre,
17:10Elodie pour complicité d'homicide volontaire.
17:12Sur leur version des faits,
17:14aucune n'a varié.
17:15Elodie raconte la relation forte
17:17qu'elle a eue avec Sabrina.
17:19Comment elles allaient ensemble
17:20faire les magasins,
17:20puis chez le coiffeur,
17:22même si au lieu de payer,
17:23Sabrina offrait souvent
17:24aux gérants du salon de coiffure
17:26une ou deux heures avec Elodie.
17:28Sabrina, elle, continue de nier.
17:30Elle ne savait pas
17:31qu'il y avait un corps dans la valise
17:33et la piste du grand banditisme
17:34n'a, selon elle,
17:35pas assez été explorée.
17:38Le 16 décembre,
17:39après 4 heures de délibéré,
17:41Sabrina est condamnée
17:42à 12 ans de prison.
17:43La condamnation suit la réquisition
17:46de l'avocat général,
17:4712 ans de prison,
17:48mais à l'annonce du verdict,
17:50elle se fiche.
17:51Elle s'est effondrée dans le box,
17:53elle pleure beaucoup,
17:55elle a toujours clamé son innocence,
17:57donc prendre 12 ans
17:59lorsqu'on se dit innocent
18:01et qu'on n'a pas été capable
18:03de s'expliquer aussi
18:04complètement pendant l'audience,
18:07c'est extrêmement difficile.
18:09Son ancienne amie,
18:11elle,
18:11est condamnée à 6 ans.
18:13Un immense soulagement
18:15avec pour elle
18:16l'impression qu'elle a été prise en compte
18:18à la fois dans le fait
18:19qu'elle assume le crime
18:20et qu'elle souhaitait absolument
18:23répondre dans le détail
18:25de ce qui lui était reproché
18:26et en même temps
18:27une prise en compte
18:28de sa fragilité
18:30par cet arrêt
18:31qui est atypique
18:32pour le type de crime
18:34qu'il lui a reproché.
18:35Pourquoi atypique ?
18:36Atypique parce que
18:37quand on est condamné
18:38pour meurtre
18:39ou pour complicité de meurtre
18:41de manière très très générale,
18:43les peines sont très au-dessus
18:44d'une peine
18:45de 6 ans d'emprisonnement.
18:47Ça se compte en général
18:48à deux chiffres
18:49avec une peine
18:50de réclusion criminelle.
18:52Le père d'Élodie,
18:53qui comparaissait
18:54pour recel de cadavres,
18:56écope d'un an avec sursis.
18:58Sabrina a fait appel,
18:59pas Élodie.
19:01Aujourd'hui,
19:02elles sont toutes les deux libres.
19:03Élodie a purgé sa peine
19:04et a terminé ses études.
19:06Elle n'est pas devenue
19:07gardienne de la paix,
19:08mais elle est diplômée
19:09en psychologie
19:10et prépare un doctorat.
19:12Sabrina est en liberté conditionnelle
19:13et suit une formation
19:14d'esthéticienne.
19:16En 2020,
19:17la cour de cassation
19:18a rejeté son pourvoi.
19:19Les condamnations
19:20sont donc définitives
19:21et l'affaire de la valise
19:23de l'Orient
19:23et l'affaire de la valise de l'Orient
19:23est close.
19:33Vous venez d'écouter
19:34Crime Story,
19:35le podcast de faits divers
19:36du Parisien.
19:37Avec à la production
19:38Thibaut Lambert
19:39et Emma Jacob,
19:40à la réalisation
19:41Julien Moncouquiole
19:42et à la rédaction
19:44en chef
19:44Jules Lavi.
19:46Un épisode raconté
19:47avec Damien Delsenis
19:49et un podcast
19:50à retrouver chaque samedi
19:51sur le site
19:52leparisien.fr
19:53et sur toutes
19:54les plateformes d'écoute.
19:55Sous-titrage Société Radio-Canada
Commentaires