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  • il y a 2 semaines
Jeudi 18 décembre 2025, retrouvez Soraya Amrani-Mekki (Professeure, Sciences Po) dans LEX INSIDE, une émission présentée par Arnaud Dumourier.

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Transcription
00:00Le club des juristes vient de publier un rapport sur les litiges sériels.
00:15Quelles sont les propositions de ce rapport ?
00:17On en parle tout de suite avec Soraya Amrani-Mekhi,
00:21présidente de la commission qui a rendu ce rapport.
00:25Soraya Amrani-Mekhi, bonjour.
00:27Bonjour.
00:27On va revenir sur ce rapport, mais tout d'abord,
00:31quelle est l'origine de ce rapport sur les litiges sériels ?
00:35Alors, l'origine de ce rapport, c'était, on était en 2023,
00:39et on se posait la question de la transposition de la directive européenne
00:41sur les actions représentatives.
00:44Et c'était l'occasion de faire un petit peu un bilan de l'action de groupe.
00:47C'est-à-dire qu'on nous avait beaucoup vendu, il y a plus de dix ans,
00:49l'action de groupe comme un vecteur d'efficacité de la justice,
00:54un vecteur d'effectivité du droit au juge,
00:56et donc du droit au droit pour les justiciables,
00:58et en même temps un outil de régulation des opérateurs économiques.
01:02Donc, on nous l'avait vraiment bien vendu.
01:04Il se trouve que face au constat d'échec et à cette transposition de la directive,
01:08le point de départ était de se dire,
01:10est-ce qu'on va enfin avoir une action de groupe efficace,
01:14effective, utile, à la fois pour les justiciables et institutions judiciaires ?
01:18Mais, en fait, très rapidement, on s'est rendu compte qu'il fallait étendre le spectre,
01:22parce qu'en réalité, ce souci d'effectivité des droits des justiciables
01:26nous a amenés très rapidement à nous poser la question de la capacité de l'institution judiciaire
01:30à répondre à un besoin de justice et à des contentieux de masse
01:33qui occupent des juridictions sur tout le territoire national,
01:37et que l'institution a du mal à gérer.
01:39Donc, c'est un enjeu important, parce que c'est, grosso modo,
01:4230 actions de groupe depuis la création, c'est ça ?
01:45Oui, une trentaine, il y en a eu trois qui ont fini par une transaction,
01:49on a eu un jugement de responsabilité, dans le dossier de la Dépakine,
01:53mais qui fait l'objet de recours, donc finalement,
01:57beaucoup de choses, beaucoup de réflexions, et finalement, peu d'efficacité.
02:02Donc, on voit que vous dressez un constat assez sévère, finalement, de l'action de groupe,
02:07d'où vos propositions avec ce rapport sur les litiges sérielles.
02:12Une proposition phare autour du procès pilote, pouvez-vous nous la présenter ?
02:17Alors, partant du principe que l'action de groupe, même améliorée et très améliorée,
02:23ne pourrait pas répondre à ce besoin de justice,
02:26on s'est rapidement rendu compte qu'il fallait proposer un autre modèle,
02:29et le modèle que nous proposons, c'est le système du jugement pilote.
02:32Alors, ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'aujourd'hui, en France,
02:35on voit qu'il y a des contentieux qui posent exactement la même question juridique,
02:38qui concernent des centaines, voire des milliers de justiciables,
02:41et qui sont complètement éclatés dans différentes juridictions.
02:44L'objectif, c'est quoi ? C'est, un, de reconnaître qu'il y a des contentieux en série,
02:48d'identifier les séries, de faire remonter cette série à la Cour de cassation
02:52pour qu'elle identifie le cas emblématique,
02:56qu'elle décide de la juridiction qui va trancher pour la première fois cette question juridique,
03:01avec une procédure adaptée, articulée, accélérée, etc.,
03:05et de permettre comme cela que tous les contentieux soient résolus beaucoup plus rapidement,
03:11de manière cohérente, en évitant des contrariétés de décision,
03:15et en allégeant énormément la charge des juridictions.
03:17Pour le justiciable, c'est extrêmement précieux.
03:19Ça veut dire que tout le monde sera jugé de la même façon,
03:21et qu'on aura une réponse bien plus rapide.
03:23Et en plus, dans un contexte où on dénonce l'encombrement de la justice,
03:27ça apporte une solution.
03:28Évidemment. À quoi sert-il de traiter des milliers de procédures sur la même question de droit ?
03:36Donc, quand on est à la recherche d'outils de performance
03:39qui, en plus, servent l'effectivité des droits des justiciables,
03:43c'est une mesure qui est quand même assez simple.
03:45En plus, elle existe devant les juridictions administratives.
03:48Donc, il n'y a pas de raison que ça n'existe pas devant les juridictions judiciaires.
03:50Et ce serait véritablement un vecteur d'efficacité et de performance,
03:54parce que ce n'est pas un gros mot de parler de performance pour l'institution judiciaire,
03:57extrêmement intéressant.
03:59Vous avez un exemple de procès-pilote ?
04:01Alors, on n'en a pas aujourd'hui dans les procédures judiciaires.
04:04Mais pour une procédure qui pourrait très bien s'adapter à un procès-pilote ?
04:09Imaginons... Alors, je ne vais pas citer de nom,
04:12mais imaginons un produit défectueux
04:15qui serait constaté, que ce soit dans une voiture, une télévision ou autre,
04:20et qui pourrait toucher des milliers de consommateurs,
04:24plutôt que chacun aille en justice séparément,
04:26parfois pour des intérêts maudiques,
04:28donc finalement, ils ne vont pas en justice,
04:30soit qu'ils y aillent, mais avec des contentieux éclatés,
04:32avoir une décision pour dire
04:34« la personne n'est pas responsable, on s'arrête là ».
04:37La personne est responsable,
04:38dans ce cas-là, que fait-on ?
04:40Soit on va à l'amiable pour trouver une solution totalement adaptée,
04:43soit, finalement,
04:44on résout tous les litiges,
04:46mais seulement sur l'application individuelle.
04:49On n'a pas à revenir sur la question de droit.
04:51C'est quand même extrêmement précieux.
04:52Alors, autre proposition intéressante,
04:54c'est l'encadrement du tiers-financeur.
04:57Concrètement, comment ça se passerait ?
04:59Alors, il se trouve que les tiers-financeurs
05:00ont toujours existé en matière d'arbitrage,
05:02et ils existent en droit français.
05:03Ce n'est pas une nouveauté.
05:05Et c'est d'ailleurs une bonne chose.
05:07Nous ne sommes absolument pas contre le tiers-financement.
05:09C'est une bonne chose.
05:10Ça peut aussi être un vecteur d'accès à la justice.
05:13Simplement, l'Union européenne nous invite
05:15à encadrer les tiers-financeurs
05:17parce qu'en fait, un tiers-financeur
05:19mise sur une action
05:20et se rémunère en prenant un pourcentage
05:23du résultat obtenu dans l'action en justice.
05:25C'est normal, c'est un service offert
05:27et ils sont rétribués.
05:29L'action de groupe, selon la directive européenne,
05:31réglemente les tiers-financeurs
05:32et prévoit bien qu'attention,
05:34il faut vérifier qu'il n'y ait pas de conflit d'intérêts
05:36et que la liberté d'agir en justice soit respectée.
05:40La difficulté, c'est que c'est réglementé
05:42pour l'action de groupe.
05:44Il nous semble pas suffisamment...
05:46On pourrait réfléchir notamment
05:47à un plafond de pourcentage de rémunération
05:50pour préserver le droit au droit des justiciables.
05:52Quel niveau ?
05:54Alors, en Europe, les taux sont très variables.
05:57En Allemagne, c'est 10%.
05:58Alors, il ne faut pas non plus que ça empêche
06:01de financer des actions en justice en France.
06:03Et c'est là l'équilibre délicat.
06:05Dans d'autres pays, on considère
06:06que quand on dépasse 30%,
06:08c'est qu'il y a une présomption
06:09que peut-être c'est un peu trop,
06:11c'est à discuter et à établir.
06:13Mais surtout, notre proposition,
06:15c'est que cette réglementation,
06:17qu'on appelle de nos voeux du tiers financeur,
06:20doit être appliquée bien au-delà de l'action groupe.
06:23Pourquoi ne pas les appliquer
06:24dans les actions regroupées
06:25ou dans tout type de contentieux ?
06:26Ce serait une bonne chose.
06:27Alors, il y a un sujet aussi intéressant
06:29dans votre rapport.
06:29On parle beaucoup d'intelligence artificielle.
06:32Et vous vous préconisez
06:33d'utiliser l'intelligence artificielle
06:35pour identifier les séries.
06:37Comment ?
06:38Alors, d'abord, il faut bien insister
06:39sur le fait que l'intelligence artificielle
06:41est un outil qui n'est pas neutre
06:43et qui fait l'objet
06:44d'une réglementation européenne.
06:45Donc, l'intelligence artificielle
06:46ne doit pas entrer
06:47dans la décision des juges.
06:50Parce que là, c'est une question
06:51d'état de droit et de démocratie.
06:53En revanche,
06:54l'intelligence artificielle
06:55utilisée à bon escient
06:56pour l'administration de la justice,
06:57c'est assez extraordinaire.
06:59Et là, on le voit.
07:00En réalité, comme les modes amiables,
07:02l'intelligence artificielle
07:03sont des outils
07:04qui peuvent être au service
07:05d'un traitement rationnel
07:06des litiges en série.
07:07On peut utiliser
07:08l'intelligence artificielle
07:09pour identifier les séries
07:11sur tout le territoire
07:12et peut-être pour mieux identifier
07:14le cas emblématique
07:15qui fera l'objet
07:16du jugement pilote.
07:18D'accord.
07:18Et il y a d'autres recommandations
07:21qui vous semblent intéressantes
07:23de souligner aujourd'hui ?
07:24Oui, oui, oui.
07:25Parce que lorsque nous avons étudié
07:27les litiges en série,
07:28nous sommes rapidement rendus compte
07:29que du fait de la lourdeur
07:31de l'action groupe
07:32et du fait qu'elle ne sera
07:33de toute façon pas adaptée
07:34à tous les types de contentieux,
07:36alors c'est très bien l'action groupe,
07:37mais il faut avoir
07:38une palette d'actions possibles
07:39et imaginables
07:40et l'une n'exclut pas une autre.
07:42D'accord.
07:42Et c'est vrai que face
07:43à sa lourdeur,
07:44on a vu se développer
07:45ce que j'appelle
07:45des actions regroupées,
07:46c'est-à-dire une entité,
07:48une association
07:48ou un avocat
07:49qui récupère des mandats
07:51de centaines,
07:53de milliers de justiciables
07:54pour faire une seule action
07:55en justice.
07:56Ça, pour l'instant,
07:57ça n'est pas réglementé.
07:58C'est du droit commun
07:59des mandats
08:00et du droit commun
08:00de la procédure.
08:01Et ça fonctionne ?
08:02Alors ça fonctionne,
08:03on a eu des affaires
08:04très importantes
08:05et qui sont encore en cours,
08:07donc je ne donnerai pas de nom,
08:08mais qui sont
08:09très intéressantes.
08:11Simplement,
08:11ce que nous disons,
08:12c'est qu'il faudrait peut-être
08:13préserver les droits
08:15des justiciables
08:15et s'assurer que
08:16comme la justice
08:19devient quasiment
08:19comme un produit
08:20et qu'on traite
08:21le justiciable
08:21comme un consommateur,
08:22pourquoi ne pas appliquer
08:23le droit de la consommation
08:24à la procédure.
08:25Donc ce qu'on voudrait,
08:26c'est que le mandat
08:27soit très clair
08:27pour les justiciables.
08:28Si je fais de la publicité
08:30pour récupérer
08:30votre mandat, Arnaud,
08:31il faut que je vous dise
08:32voilà ce que je vais faire,
08:34voilà les préjudices
08:35qui seront dans mon action,
08:36mais vous êtes libre
08:37de venir ou pas,
08:39vous êtes libre d'agir
08:40pour les autres préjudices
08:41ou pas,
08:42et à tout moment
08:42de la procédure,
08:43vous pouvez décider
08:43de renoncer.
08:44C'est important
08:45que vous soyez préservés
08:46dans vos droits
08:47par cette information
08:48dans le mandat.
08:48Donc apporter un cadre
08:50et de la sécurité juridique.
08:51Exactement.
08:52Et puis sur la procédure,
08:53quand on a aujourd'hui,
08:54on l'a vu,
08:55on a des procédures
08:56qui donnent
08:563 000 dossiers à Lille,
08:584 000 dossiers à Lyon,
09:00on propose
09:01d'étendre
09:01le régime de la connexité
09:02pour que le juge
09:03puisse décider
09:04de rassembler
09:05tous ces contentieux
09:06devant une seule juridiction.
09:08On va conclure là-dessus.
09:09Merci Soraya,
09:10Maradine, Miki.
09:11Tout de suite,
09:12l'émission continue.
09:13On va parler
09:14de droit à la déconnexion.
09:15Sous-titrage Société Radio-Canada
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