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250 000 TPE-PME sont implantées dans les banlieues. Elles peuvent générer 150 milliards d’euros à horizon 15 ans selon le plan qu’illustre Aziz Senni dans son livre Made in banlieue. Le fondateur du réseau d’entreprises Quartier d’Affaires expose la vision qu’il souhaite diffuser pour faire des banlieues des zones de création de richesse.
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00:00Prêt pour l'impact, c'est la question que je pose chaque jour à une personnalité qui compte dans notre économie.
00:10Aujourd'hui je reçois Alice Senni, bonjour.
00:12Bonjour.
00:12Bienvenue, vous êtes le fondateur de Quartier d'Affaires et du Forum économique des banlieues.
00:18Beaucoup d'actualités, vous venez de sortir un livre qui s'appelle Made in Banlieue,
00:21vous venez de lancer aussi un label Made in Banlieue avec Afnor Certification, on va parler de tout ça.
00:26Mais d'abord, je voudrais revenir à l'origine, ça fait combien de temps que vous vous battez finalement pour changer notre regard,
00:35votre regard à vous téléspectateurs, téléspectatrices sur les banlieues, les cités, ceux qui y travaillent, qui y créent des entreprises ?
00:43Ces dernières années on a beaucoup regardé ces banlieues à travers le prisme de la sécurité, de l'action sociale, de l'urbanisme,
00:49jamais à travers sa potentialité économique.
00:52Et il y a un vrai potentiel, on pourra en reparler.
00:54Moi je suis originaire de ces quartiers, j'ai grandi dans le quartier du Val-Fouré à Mante-la-Jolie,
00:58c'est pas un petit parc quartier lorsqu'on regarde un petit peu la taille des quartiers en France.
01:02J'y ai vécu, j'y ai travaillé, j'y ai investi.
01:05Mon ascenseur social à moi, ça a été la création d'entreprise, j'ai très tôt créé ma première entreprise.
01:10Et ce parcours-là m'a donné envie de partager, de partager le parcours, de partager l'envie,
01:15et puis d'agir pour mon territoire.
01:17Beaucoup, la banlieue aujourd'hui, peut-être un petit peu, c'est un mot encore un petit peu péjoratif,
01:24mais moi de cette faiblesse j'en ai fait une force et j'essaie de partager ce que j'ai appris sur le levier économique,
01:30sur l'entrepreneuriat, sur la création de richesses.
01:31Et donc quartier d'affaires c'est quoi ?
01:33Quartier d'affaires est une association, est un réseau qui oeuvre à la croissance des TPE, PME installés dans les 1609 quartiers prioritaires
01:41de la politique de la ville, il y a 1362 quartiers en France et le reste dans les dom-toms qu'on oublie souvent.
01:48Donc notre sujet à nous c'est comment ces entreprises qui font plus de 50 000 euros de chiffre d'affaires,
01:52qui ont plus de un salarié, comment on les aide à grandir ?
01:55Et nous avons donc une caisse à outils qui travaille sur le chiffre d'affaires,
01:59sur la réduction des coûts d'achat et sur la formation du dirigeant.
02:02Quartier d'affaires est présent en Ile-de-France, en Auvergne-Rhône-Alpes et en Occitanie,
02:07avec une volonté de se développer, ça fait trois ans et on a de belles ambitions devant nous.
02:11Vous avez été, en préparant l'interview, confronté, j'ai vu ça au scepticisme,
02:16avec une professeure qui vous disait, Aziz n'est pas fait pour l'économie.
02:21Le ça ne marchera jamais, il y a plein de gens qui l'ont rencontré un jour dans leur carrière,
02:25des sportifs à qui on a dit, mais t'es beaucoup trop petit pour jouer au foot,
02:29et regarde comment t'es taillé, ça ne marchera jamais.
02:31Des immenses chanteurs ou comédiens à qui on a dit lors d'un casting,
02:35voilà, t'as une vilaine peau, vraiment tu ne seras jamais comédien.
02:38Enfin, je pourrais citer 40 ou 50 ou une centaine d'exemples.
02:41Ça vous a freiné ou au contraire, ça vous a boosté en disant, mais qui peut me dire ça ?
02:47Je vais tailler ma route.
02:48Ça booste d'abord, un.
02:50Deuxièmement, les certitudes, vous savez, l'histoire de l'humanité pleine de certitudes
02:54qui ont été totalement mises par terre.
02:55Donc, cette dame qui avait une certitude pour une professeure qui m'a dit, tu n'y arriveras pas,
03:02j'ai aussi 50 noms à vous donner d'autres professeurs qui ont été là, qui ont poussé, etc.
03:07Je le mets souvent en avant parce que c'est juste aux professeurs, sur cette période où on est au collège et au lycée,
03:13où on se structure, on essaie de se projeter dans l'avenir, ce qui n'est pas évident,
03:16de dire que la vérité d'un moment n'est pas celui d'un autre.
03:19Xavier Niel, vous en parlerez beaucoup mieux que moi, lui qui était au fond de la classe et qui n'était pas un très bon élève.
03:24Donc, les professeurs qui ont dû lui dire, tu n'y arriveras pas, il y en a eu quelques-uns.
03:29Et alors, la vérité d'aujourd'hui n'est pas forcément celle d'hier.
03:32La banlieue d'aujourd'hui, est-ce qu'elle est plus dure que celle d'il y a 25 ans ?
03:36Moi, la banlieue d'aujourd'hui, ce que je vois, c'est surtout 150 milliards de potentiel de développement.
03:41À ceux qui nous disent régulièrement que la banlieue coûte, sans jamais nous dire combien elle rapporte,
03:47on est sur une chaîne économique, j'ai un plan, j'ai ma colonne dépenses, certes, on investit,
03:53mais on ne nous dit jamais combien elle rapporte.
03:55On ne nous dit jamais que les 250 000 entreprises implantées dans ces territoires, c'est 75 milliards d'euros annuels.
04:01On ne nous dit jamais que c'est 42 milliards de consommation annuelle.
04:05On ne nous dit jamais que dans un pays qui vieillit aujourd'hui, le moteur démographique,
04:09il est dans ces territoires avec 23% des bébés qui naissent aujourd'hui dans ces territoires.
04:13Donc la force de la banlieue, c'est qu'elle est très rentable.
04:17Elle est rentable démographiquement, pardon, et elle est rentable d'un point de vue économique.
04:21Et c'est surtout ça mon combat et mon sujet.
04:23Oui, effectivement. Alors il y a eu plein d'expériences, entrepreneur, investisseur, l'associatif.
04:28Est-ce qu'il y a un levier plus efficace que d'autres ?
04:31Est-ce qu'il faut tout, comme dans un mécano, un peu tout utiliser ?
04:36Ce que je peux vous dire de manière factuelle, c'est que sur les chiffres, on ne mettra pas un CRS derrière chaque habitant dans ces territoires.
04:42On ne mettra pas une assistante sociale derrière chaque habitant dans ces territoires.
04:45Casser des tours, mettre des coups de peinture, ce n'est pas ce qui remplit le frigo et paye le loyer à la fin du mois.
04:51Le levier économique n'a jamais été ou très peu utilisé la vision.
04:56Qu'est-ce qu'on fait de ces territoires à 20 ans d'un point de vue économique ? Jamais.
05:00Et il y a peut-être, évidemment, sur le long terme, le levier de l'éducation.
05:04Moi, je crois beaucoup à ces deux leviers, très court terme, moyen terme, l'économie et à long terme, bien sûr, l'éducation.
05:10Alors, vous avez écrit plusieurs livres.
05:12D'ailleurs, le premier, je ne me souviens plus du titre, mais l'ascenseur social était dans le titre, c'est ça ?
05:16L'ascenseur social est en panne, j'ai pris l'escalier en 2005.
05:19Ça, c'était le premier.
05:20Et donc celui-là, Made in banlieue, co-écrit avec Jean-Marc Pitt.
05:25Qu'est-ce qu'on y trouve dans ce livre ?
05:27Justement, des expériences, des bonnes pratiques, des expériences inspirantes ?
05:32On y trouve déjà quelque chose qu'on n'a pas proposé sur ces 40 dernières années, une vision.
05:37Qu'est-ce qu'on fait de ces territoires à 20 ans ?
05:40Ça, c'est la première chose.
05:42Ensuite, on a un plan.
05:43J'ai 12 piliers pour le développement économique de ces territoires.
05:46C'est un livre très axé économique, croissance économique.
05:50Et une méthode, comment on fait ?
05:53Bref, une méthode de chef d'entreprise.
05:55Où est-ce qu'on va ? Comment on le fait ? Et pour combien ?
05:57C'est un plan que je propose qui est financé à peu près à 70% par l'investissement privé, 30% par l'investissement public.
06:06Dans un contexte où il n'y a plus beaucoup d'argent, il faut être très créatif pour intéresser d'autres parties prenantes à venir dans ces territoires.
06:13Je voudrais juste vous dire qu'il y a des comparaisons avec l'international.
06:18Aux Etats-Unis, un dispositif qui s'appelle les Opportunity Zone qui a été créé par Obama, reconduit et renforcé par Donald Trump,
06:26c'est vous dire combien ça rapporte, parce que ce n'est pas le premier soutien de ce type d'initiatives,
06:31ont permis de transformer des quartiers comme le Bronx, comme Harlem, comme Compton,
06:35des coupes-gorges qui feraient passer les quartiers nord de Marseille pour le pays des bisounours de Détroit,
06:41en hub économique.
06:43Donc d'autres ont montré qu'en investissant dans ces territoires et en exploitant le potentiel, c'était possible.
06:49C'est intéressant parce que là on est en période électorale, notamment avec les municipales, dans trois mois.
06:57Est-ce que c'est le maire qui a le pouvoir d'impulser ça ou est-ce qu'il faut forcément le levier de l'État, d'après vous ?
07:04Il faut les deux.
07:04Il faut les deux.
07:05Les maires, l'association Ville et Banlieue, qui rassemble les 859, évidemment sont super partants,
07:11ils veulent voir de l'investissement arriver sur leur territoire.
07:14Là où ça bloque un petit peu, c'est les directions du développement économique au niveau régional et puis aussi au niveau français.
07:22Encore un chiffre, moins de 2% des investissements français vont dans ces territoires.
07:26Vous savez que l'investissement c'est la croissance, la croissance c'est l'emploi.
07:31Avec moins de 2%, il ne faut pas s'étonner d'avoir un chômage en moyenne à 18% dans ces quartiers.
07:37On manque d'investissement privé.
07:39Et j'anticipe la question.
07:43On me dit souvent, mais monsieur Séni, vous savez, il y a l'image de la banlieue, l'insécurité en banlieue.
07:48Les investisseurs ne viennent pas...
07:49C'est pour ça que les investisseurs ne veulent pas y aller.
07:50Eh bien, je vais vous raconter une petite anecdote d'un investisseur chinois à qui j'essayais de convaincre d'investir dans ces quartiers.
08:00Et à la question, est-ce que l'image des banlieues serait un frein d'insécurité ?
08:04Il m'a répondu, monsieur Séni, j'investis dans des endroits dans le monde où il n'y a ni eau, ni électricité, ni droit.
08:09Il venait de m'expliquer que Mante-la-Jolie, Sarcelles, Ouvre-en-Velin, ça lui convenait très bien.
08:14Donc, il y a aussi le sujet de faire attention en termes de souveraineté.
08:17Il y a un gros gâteau économique, 150 milliards minimum.
08:21Institut Montaigne, France Stratégie, on est plutôt autour de 250 milliards.
08:24Ce gâteau ne restera pas éternel.
08:26Il faut faire attention que ce ne soit pas des investisseurs étrangers qui viennent mettre la main dessus.
08:30Et pourtant, vous avez donné un chiffre du chômage.
08:32Nous, on a trouvé cela, le taux de chômage dans les quartiers prioritaires de la ville 2024,
08:37plus de 27% contre 12% à l'échelle nationale.
08:42Alors, ça doit être vraiment le chômage au sens large, malgré quand même des politiques publiques, de l'argent public depuis des années.
08:51Alors, ça veut dire quoi ?
08:51Ça veut dire qu'il est mal fléché, mal utilisé, cet argent public.
08:56On se pose beaucoup en ces temps de dizaines budgétaires la question de l'efficacité de l'euro public.
09:02Comme vous venez de le dire, il est dépensé, il n'est pas investi.
09:04Une dépense, ce n'est pas la même chose.
09:08Quand vous avez 250 000 TPE, PME, comment on fait pour les développer ?
09:13Quand au sein du label Made in France, vous n'aviez pas de Made in banlieue.
09:17Pourtant, la France, c'est la richesse de ses territoires.
09:19Quand le président de la République organise un Choose France, bravo, on est devenu champion d'Europe de l'investissement étranger.
09:26Moins de 1% de ses investissements vont dans ces quartiers.
09:28On a souhaité, on a proposé la création d'un Choose banlieue.
09:31Il n'y a rien en matière d'investissement, des investissements d'infrastructures.
09:36Oui, de la construction urbaine, des transports, etc.
09:40Il fallait rattraper le retard.
09:41Mais d'un point de vue économique, ça ne se voit pas et ça se verrait dans les chiffres.
09:45Encore une fois, vous avez cité 27% de taux de chômage, 42% de pauvreté.
09:50On ne peut pas dire qu'on a bien dépensé.
09:52On ne peut pas dire surtout qu'on a bien investi.
09:54Alors justement, sur les infrastructures, est-ce qu'elles sont suffisantes pour attirer les investisseurs ou les entrepreneurs ?
10:01Les infrastructures, aujourd'hui, on a un sujet, c'est qu'on a de l'espace foncier.
10:06On a 300 millions de réserves foncières stratégiques.
10:10Donc les quartiers sont généralement dans ou à proximité de grandes agglomérations,
10:14sur des axes de communication, parfois près d'aéroports, parfois près de ports.
10:18Donc c'est du foncier éminemment stratégique, mais disponible.
10:21300 millions de mètres carrés.
10:22Je vous laisse faire le calcul de combien ça peut représenter en valeur et en euros.
10:26mais très peu exploitées.
10:29Donc de la place, il y en a.
10:31Des infrastructures.
10:32On a créé une loi SRU, obligeant certaines villes à avoir du logement social.
10:37On n'a jamais obligé ces mêmes villes à avoir une cote-part pour de l'investissement
10:42et pour des infrastructures économiques.
10:45Jamais.
10:45Donc ça nous conduit parfois à avoir des villes où vous avez 80, 90, 100% de logements sociaux
10:50en n'ayant aucun espace.
10:53Un centre d'affaires, un espace de co-working, une zone industrielle.
10:57On est encore à bétonner, au sens premier et au sens figuré, les cités dortoirs.
11:03Moi, ce que je propose, c'est de passer de la cité dortoir à la cité productive.
11:06– Effectivement.
11:07Et donc avec cette question quand même du poids politique des idées que vous portez,
11:14de ce livre « Men in banlieue », je vais vous citer.
11:16Nos banlieues ne sont pas un coût, vous l'avez déjà dit ici,
11:18mais un coût, mais un actif stratégique démocratique, démographiquement jeune,
11:23j'y arrive, économiquement sous-utilisé, socialement décisif.
11:28Est-ce que vous pourriez faire campagne avec ce slogan-là ?
11:31C'est-à-dire vous présenter à une élection.
11:33Est-ce que ça vous traverse l'esprit de temps en temps ?
11:35– Non, moi, ce que je fais avec Quartier d'Affaires,
11:38ce que nous faisons avec Quartier d'Affaires, avec le Forum économique,
11:41c'est de l'influence et on assume notre rôle,
11:43on a joué notre rôle jusqu'à maintenant,
11:44on le jouera dans le cadre de l'élection présidentielle,
11:47c'est de faire en sorte que tous les partis de LFI, ORN,
11:51se saisissent de ce sujet et que ce ne soit plus deux lignes
11:54écrites sur le développement économique à la rubrique ESS en annexe du programme,
11:58mais que cette vision du développement économique soit vraiment importante.
12:03– Mais vous en rencontrez déjà, pardon, nous interromps,
12:04vous en rencontrez déjà depuis des années des politiques,
12:08que ce soit localement, des maires ou même, j'imagine, nationalement.
12:12– Là, il faut que ce soit porté au niveau national et de manière massive.
12:16Il ne s'agit pas d'une histoire d'un homme,
12:18ce n'est pas Aziz Séni tout seul,
12:20c'est Aziz Séni avec les 250 000 entreprises,
12:23avec les acteurs engagés au sein de Quartier d'Affaires,
12:25avec tous ceux qui ont compris l'utilité d'un Forum économique des banlieues
12:29et tous ceux qui ont envie de se dire, il y a 150 milliards à exploiter outre-périphes
12:35dans l'intérêt des habitants, des entreprises qui sont installées,
12:37de l'économie de notre pays, exploitons-les et arrêtons un petit peu de regarder
12:43avec d'autres passions.
12:46La peur freine beaucoup, la peur freine beaucoup.
12:48– Évidemment, c'est vrai que le discours, mais d'ailleurs médiatique aussi,
12:51je peux en prendre ma part sur les banlieues,
12:52il est un peu toujours le même depuis au moins 4 décennies.
12:57Alors là, on va être dans un discours, on continue d'être dans un discours économique
13:00et plus positif, 250 000 TPE-PME dans les 1600 et quelques quartiers prioritaires de la ville.
13:06Est-ce qu'il y en a de plus en plus ?
13:08Vous êtes une espèce de vigie de cette économie avec le Forum économique des banlieues.
13:14Est-ce que c'est une partie de la France qui est plus dynamique que les autres ?
13:19Vous voyez ce que je veux dire ?
13:20– Oui, d'abord elle est plus dynamique parce que la démographie, la jeunesse,
13:24c'est le premier vivier de jeunesse du pays.
13:2740% des habitants de ces quartiers ont moins de 30 ans.
13:31Donc oui, il y a un vrai dynamisme lié à la jeunesse.
13:35Ensuite, il y a une culture du business qui est beaucoup plus forte.
13:38Pourquoi ? Parce que comme c'est des territoires pauvres,
13:41on ne sort pas de la pauvreté qu'autrement en s'enrichissant.
13:44Une des voies, pas la seule, mais une des voies, c'est de monter son affaire.
13:48Alors on commence en micro-entrepreneur, en auto-entrepreneur, TPE, PME.
13:52Cette vision de la mobilité sociale par l'entrepreneuriat
13:55et de trouver plus facilement un client qu'un job, qu'un CDD ou CDI aussi,
14:01eh bien tout ça fait que oui, il y a un foisonnement en matière de développement économique.
14:06Après, on a un sujet.
14:07Ce n'est pas parce qu'on crée beaucoup d'entreprises qu'elles vont être pérennisées.
14:10Et c'est là qu'on intervient.
14:11Parce qu'elles sont là encore deux ans, trois ans, cinq ans après.
14:13Et c'est pour ça qu'on a créé le quartier d'affaires.
14:15C'est que sur le sujet de la création d'entreprises, il y a beaucoup d'acteurs.
14:19Aujourd'hui, globalement, quelqu'un qui est en banlieue, qui veut créer son entreprise,
14:23même avec zéro, il trouve de l'argent du conseil et les premiers clients.
14:26Notre sujet, c'est la pérennisation et la croissance à l'étape d'après.
14:30C'est 250 000 entreprises qui ont plus de deux ans.
14:32Comment on les aide à grandir ?
14:34Grandir, c'est recruter localement.
14:36Alors ça, c'est important.
14:37Mais les banques, elles jouent leur rôle ?
14:38Ou est-ce que, justement, nourries de décennies d'a priori,
14:44et parfois de réalité, elles sont plus réticentes ?
14:49Les banques ont fait beaucoup d'efforts.
14:50BPI a fait beaucoup d'efforts.
14:52Il reste beaucoup à faire.
14:54Vous dire aujourd'hui que quand vous avez une entreprise installée à Montelajoli,
14:57c'est aussi simple que quand vous êtes installé à Neuilly, ce serait mentir.
14:59Mais évidemment, il y a un sujet de formation et de sensibilisation auprès des banques.
15:06On a un autre sujet aussi, c'est celui du capital social.
15:08Le capital, le financement, c'est du bas de bilan et de la dette,
15:12mais c'est aussi du capital et de l'investissement en haut de bilan.
15:15Les business angels, les fonds d'investissement,
15:17n'ont pas encore le réflexe d'aller se dire
15:20« il y a peut-être des pépites dans ces territoires ».
15:21Donc c'est aussi de sensibiliser à la fois les fonds
15:24et puis aussi les entrepreneurs qui sont installés dans ces territoires en disant
15:27« mais c'est pour vous aussi ».
15:29N'ayez pas peur de faire la démarche et d'aller voir ces investisseurs.
15:32Ils peuvent intéresser.
15:34Et l'avantage de l'économie, c'est qu'on peut vite passer les préjugés.
15:38Pourquoi ? Parce qu'il y a la froideur des chiffres.
15:41Un compte d'exploitation, les chiffres sont têtu.
15:43Si le business est bon, d'où que vous veniez, qui que vous soyez, ça marche.
15:46Qui dit économie, dit quand même économie parallèle.
15:49Oui.
15:49Et elle existe.
15:50Elle existe dans les quartiers prioritaires de la ville dont on parle depuis 20 minutes.
15:57À quel point ce business parallèle, lié au trafic, multiple, il y en a plein,
16:01il prend de la place aujourd'hui ?
16:03Alors aujourd'hui, le narcotrafic, je ne suis pas un spécialiste,
16:06quelques chiffres, entre 5 et 7 milliards d'euros de chiffre d'affaires,
16:0995% des clients n'habitent pas les quartiers.
16:13Ah oui, ça c'est sûr.
16:14Donc ce n'est pas un problème de quartier, c'est d'abord un problème de société,
16:17de société française.
16:19Deuxièmement, le flux financier.
16:20Le flux financier.
16:22Il ne vous aura pas échappé que ces quartiers ne sont pas pavés de marbre
16:25et avec de grandes baies vitrées, l'argent ne reste pas dans ces quartiers.
16:28Il s'en va.
16:29Il s'en va où ? Je ne sais pas.
16:30Je ne suis pas un spécialiste.
16:32Mon sujet, quand je regarde ce marché...
16:34Mais moi, la question, c'est la concurrence que ça peut représenter.
16:37C'est-à-dire que, voilà, même sur l'énergie, la volonté de créer une entreprise
16:42quand il y a un business qui rapporte à côté.
16:45Alors, si je fais les 75 milliards d'euros de chiffre d'affaires
16:48générés par les 250 000 versus les 5 ou 7 milliards de Narcos,
16:53on voit déjà le ratio.
16:55Dieu merci, l'activité légale, formelle et dominante.
16:59Ensuite, le sujet n'est pas tant entre ces deux secteurs économiques,
17:03il est plutôt sur la jeunesse.
17:05La jeunesse qui se projette.
17:06Est-ce que, pour certains jeunes, de se dire,
17:09est-ce que je vais gagner plus d'argent en montant ma boîte
17:12et en allant sur la voie de la TPE, PME, etc.,
17:16ou est-ce que les sirènes néfastes des Narcos
17:21m'iront mieux ?
17:23Oui, bien sûr qu'il y a un gros travail sur la jeunesse,
17:25mais là, on est sur un travail social,
17:27de prévention, d'éducation,
17:29et puis aussi de lutte contre les discriminations.
17:31Vous savez, le meilleur argument que peuvent avoir ces Narcos,
17:36c'est tous ces jeunes qui sont très diplômés dans ces quartiers,
17:39qui ne trouvent pas de travail.
17:40À quoi ça sert, finalement, d'aller à l'école ?
17:42Parce que, finalement, personne ne voudra de vous.
17:44Venez avec nous, vous allez gagner de l'argent tout de suite.
17:47Les arguments, c'est d'une violence.
17:49Donc, aussi, à tous ces chefs d'entreprise et DRH qui nous écoutent,
17:53dites-vous que quand vous recrutez quelqu'un de ces territoires,
17:55vous créez un exemple de proximité.
17:57Oui, l'école, ça marche.
17:58Oui, la mobilité sociale, par le travail et par l'école, ça marche.
18:02Ce label, alors, vous l'avez évoqué rapidement,
18:04qui vient d'être officialisé à l'occasion du Forum économique des banlieues
18:08qui se tenait au CESE, au Palais d'Iéna, à Paris.
18:11C'était à la fin du mois de novembre.
18:13Avec AFNOR Certification, donc le label Made in Banlieue.
18:17Déjà, on va le présenter. De quoi s'agit-il ?
18:19C'est un label qui a été créé.
18:21Nous avons, d'un côté, des directions d'achat d'entreprises de plus de 3 000 salariés,
18:28contraintes, bon, ça est en train de bouger par la CSRD,
18:32la directive européenne et les normes ESG,
18:34qui ont des obligations à acheter dans ce qu'on appelle les territoires pauvres.
18:38Sauf que quand vous êtes un acheteur de L'Oréal, Bouygues ou Accor,
18:41votre métier, ce n'est pas allé d'aller chercher des fournisseurs
18:43et de sourcer des fournisseurs à Roubaix, à Vaud-en-Velin ou je ne sais où.
18:47Et de l'autre côté, vous avez des TPE, PME, ces fameuses 250 000 boîtes
18:51qui rêvent de travailler et de se faire référencer.
18:54Elles ne savent pas toujours comment faire.
18:56Elles ont quelques craintes en se disant,
18:59bon, on ne va pas me sourcer, je ne vais pas être retenu.
19:01Donc, on a créé ce tiers de confiance, ce label,
19:05avec le meilleur et le plus grand certificateur de France,
19:09qui est l'AFNOR, pour pouvoir rapprocher ces deux structures.
19:12D'un côté, les directions d'achat qui, en voyant ce label,
19:15et qui ont contribué à la création de ce label,
19:18se disent, ces TPE, PME qui sont labellisées,
19:21elles répondent aux critères qu'on attend,
19:22donc on peut déjà commencer à négocier et à voir avec elles
19:25le produit, le service, le prix, etc.
19:27Et de l'autre côté, ces TPE, PME qui se disent,
19:29ce label, c'est une clé pour moi pour accéder
19:32à la direction des achats d'AXA, de Vivendi, etc.
19:36Et alors, les a priori dont on parlait,
19:38je crois que vous avez commandé un sondage sur ce thème-là,
19:40est-ce qu'ils se ressentent ?
19:43C'est-à-dire, est-ce que les Français disent,
19:44ah, un label Made in Banlieue, ça m'intéresse ?
19:46Alors, 60%, 6 Français sur 10,
19:49se disent prêts à acheter les produits ou les services
19:52d'entreprises labellisées Made in Banlieue.
19:54Je trouve ça extraordinaire, à l'heure où on se dit,
19:57la France se replie sur elle-même,
19:59on est, c'est morose, etc.
20:02C'est un signal de 6 Français sur 10
20:04qui disent, ils sont prêts à donner un coup de main
20:05à ces entreprises, et à finalement,
20:08à ce levier économique, et finalement, quelque part,
20:10à ceux qui veulent s'en sortir,
20:12par le travail, par la démarche entrepreneuriale,
20:15et par la croissance économique.
20:16Alors, il y a un principe dans cette émission,
20:18c'est que l'invité du Grand Entretien
20:20pose une question à l'un des invités
20:22de la semaine suivante.
20:24Alors, à votre place, la semaine dernière,
20:26il y avait Mirella Agache-Durand,
20:27qui est la vice-présidente de l'AFG,
20:29et qui est directrice générale
20:30de Groupama Asset Management,
20:31dont on va parler de rénovation des bâtiments.
20:35Regardez.
20:35Bonjour, Aziz.
20:37J'ai compris que vous êtes passionnée
20:40par redonner un rôle clé dans l'économie
20:44aux zones des banlieues françaises.
20:48Il y a une autre dimension,
20:51qui est la transition climatique,
20:54et donc la rénovation thermique des bâtiments.
20:57Et dans ces régions, il y a beaucoup de bâtiments
20:59qui ont besoin de cette rénovation thermique.
21:01Est-ce que vous pensez qu'il y a une possibilité
21:05d'utiliser cette dynamique
21:08pour créer ces deux réponses positives,
21:12à la fois créer une zone d'activité économique
21:17et croissance économique
21:18à travers la rénovation des bâtiments
21:20dans ces zones,
21:21et répondre à l'urgence climatique,
21:24et puis peut-être à la hausse du pouvoir d'achat,
21:26parce que dans ces zones,
21:28les personnes vivant dans des bâtiments mieux isolés
21:30paieront moins cher leur chauffage ?
21:34Alors ?
21:34Tout à fait.
21:36Dans le livre Made in Banlieue,
21:39il y a une dimension d'économie.
21:41C'est l'écologie,
21:42mais vue comme un investissement productif
21:45et pas comme une dépense,
21:47et pas moralisée.
21:48Et oui, dans ces territoires,
21:49bien sûr qu'il y a un parc HLM vieillissant,
21:52des passoires thermiques.
21:54Il y a beaucoup de TPE-PME
21:56qui bossent sur ces questions-là ?
21:58Alors, on a à peu près 20% des TPE-PME
22:01installés dans ces territoires
22:03qui relèvent du BTP construction,
22:04travaux publics.
22:06Donc, il faudrait les former
22:07à ce sujet de la transition écologique,
22:10massifier les appels d'offres sur ces territoires
22:12pour ne pas aller chercher les fournisseurs
22:15à l'autre bout de la région,
22:17et puis structurer le financement qui va avec.
22:20Autant côté des ménages
22:21pour qu'il y ait un reste à zéro
22:23pour les travaux
22:25que pour ces TPE-PME
22:28que leurs travaux puissent aussi être bénéficiés
22:30de soutien, d'exonération fiscale, etc.
22:33Donc, oui, moi je suis pour une transition écologique,
22:36mais vue sous l'angle économique,
22:38c'est-à-dire combien je gagne
22:42et pas sur le côté moralisateur.
22:44Oui, vous n'avez pas trié vos poubelles,
22:46ce n'est pas bien, non, pas ça.
22:47Il faut trier vos poubelles
22:48parce que ça va vous rapporter ceci
22:50et ça peut engager ça.
22:51Là, en plus, il y a effectivement
22:53un argument économique,
22:54c'est ce que dit Mireille Lagajurant,
22:55c'est-à-dire qu'en plus,
22:56sur le pouvoir d'achat
22:57de celles et ceux qui habitent
22:59dans ces passeports thermiques,
23:02il y aura un effet réel,
23:03sauf que ce sont des foyers,
23:05alors pas seulement dans les QPV,
23:07qui n'ont pas forcément les moyens d'investir.
23:09Vous parlez du reste à charge
23:10qui doit être à zéro.
23:11Qui porte l'investissement ?
23:14C'est les bailleurs,
23:15c'est les villes,
23:17c'est l'État ?
23:18Les bailleurs doivent le porter,
23:21en partie l'État,
23:23mais vous savez,
23:24on a une vision à Bercy,
23:26c'est une vision de coût comptable.
23:29Il faut voir,
23:30comme vous venez de le dire,
23:31en coût global.
23:32L'économie qui va être réalisée,
23:34l'investissement qui peut être fait
23:35sur ce sujet,
23:36c'est autant de pouvoir d'achat,
23:38en plus pour le ménage,
23:3942% de taux de pauvreté,
23:4142 milliards de consommation,
23:43donc un peu plus d'économie pour le ménage,
23:46c'est un peu plus de consommation,
23:47un peu plus de TVA,
23:48donc c'est en vision globale.
23:50Ça ne sert à rien de dire,
23:51on va mettre 10 000 euros de plus
23:53et l'avoir uniquement comme une dépense,
23:55il faut prendre un petit peu de recul
23:56et voir en coût global
23:57et en retour sur investissement global.
24:00Et c'est peut-être ce qui manque un petit peu
24:01à la lecture de certains de nos hauts comptables.
24:04– Oui, et de nos politiques,
24:07on va terminer là-dessus.
24:08Est-ce qu'il y a,
24:09alors évidemment vous allez me dire
24:10non je ne veux pas choisir,
24:11mais est-ce qu'il y a un ou une personnalité politique,
24:13homme ou femme,
24:15qui est un peu plus en éveil
24:17sur ces questions-là,
24:19qui a commencé à l'intégrer,
24:21soit son programme pour la présidentielle,
24:24soit qui a agi dans sa ville par exemple ?
24:27– On est, en tout cas,
24:29au niveau de quartier d'affaires,
24:30du forum économique,
24:31on est à disposition de tous les partis,
24:34de LSI, de M. Mélenchon
24:36jusqu'à Mme Marine Le Pen.
24:37– Vous ne voulez pas en choisir ?
24:38– Non, je choisirai celui qui en promettra,
24:42s'engagera au plus.
24:43– Et pour l'instant,
24:45quand vous en parlez,
24:46vous avez l'impression d'avoir un mur en face de vous
24:48ou alors ça éveille quand même ?
24:50– On sort de 40 ans
24:51où on a regardé les banlieues
24:53à travers le prisme sécurité,
24:55social, urbanisme.
24:56Leur donner de nouvelles lunettes
24:58pour regarder ça
24:59à travers le prisme économique et potentiel,
25:01c'est beaucoup de pédagogie
25:03parce que c'est une nouvelle façon de regarder.
25:05La première chose,
25:05quand je dis qu'il y a 150 milliards de potentiel,
25:08je vous assure,
25:08ce n'est pas, oui, c'est vrai,
25:10c'est, comment vous dites ça ?
25:11Pourquoi ?
25:12D'où ça vient ?
25:12– Vous sortez le chiffre.
25:13– C'est suspect.
25:14Banlieue, le mot banlieue est associé
25:16à sécurité, à action sociale,
25:18à urbanisme,
25:19pas encore,
25:20à économie et potentialité économique.
25:23Et c'est tout notre travail.
25:24– Merci beaucoup, Aziz Séni,
25:25et à bientôt sur Bsmart4Champs.
25:27C'est l'heure de notre rubrique Startup, tout de suite.
25:29– Sous-titrage Société Radio-Canada
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