- il y a 8 mois
Mardi 27 mai 2025, retrouvez Emeric Blond (Gérant fonds actions, Tailor AM), Anthony Morlet-Lavidalie (Économiste, pôle Macroéconomie-Conjoncture, Rexecode et membre de BSI Economics) et Jean-François Robin (Directeur de la Recherche, Natixis) dans SMART BOURSE, une émission présentée par Grégoire Favet.
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00:003 invités avec nous chaque soir pour décrypter les mouvements de la planète marché.
00:13Emeric Blond est avec nous ce soir, gérant action chez Taylor Asset Management.
00:16Bonsoir et bienvenue Emeric.
00:17Bonsoir.
00:18Merci d'être là.
00:19Merci à Anthony Morley, l'avis d'Aline, nous accompagner également, économiste chez
00:22Rex&Code.
00:23Bonsoir Anthony.
00:24Bonsoir Grégoire.
00:25Et Jean-François Robin, à nos côtés, le directeur de la recherche de Natixis.
00:27Bonsoir Jean-François.
00:28Bonsoir à tous.
00:29Merci d'être là messieurs, ravi de vous retrouver, commençons avec les taux et notamment
00:34les taux super longs.
00:35Jean-François, on s'est beaucoup intéressé aux parties très longues de courbe ces derniers
00:39jours.
00:4020 ans bien sûr, même si c'est un point de courbe visiblement qui n'intéresse pas
00:43grand monde, m'ont appris les gérants obligataires, mais du 30 ans voire du 40 ans japonais ont
00:49animé les marchés ces derniers temps.
00:51Qu'est-ce qui drive les mouvements et la volatilité de ces parties très longues de
00:55courbe ?
00:56On imagine quand même dans l'esprit de quelqu'un de normal que les perspectives à 30 ou 40
01:03ans ne changent pas comme ça du jour au lendemain ou d'une heure à l'autre, donc comment
01:07est-ce qu'on explique cette volatilité et est-ce qu'il y a un risque de perte de contrôle
01:10de ces parties très longues de courbe ?
01:11Alors on ne s'y intéresse pas, mais plus on va loin dans la courbe et plus on a de
01:14la convexité et plus on a de la volatilité quand même des prix, des obligations et donc
01:18des taux.
01:19Et donc ce n'est quand même pas inintéressant de voir le mouvement en général.
01:22On pensait expliquer ce qui se passait aux Etats-Unis par une chose assez simple, la
01:26dette américaine qui explose, à côté de ça les Français sont des Allemands, le déficit
01:30américain il est à 7% pas loin cette année, il sera encore à 7% l'année prochaine, peut-être
01:349% dans deux ans, etc.
01:36La dette américaine c'est 1000 milliards de plus tous les trois mois, on va avoir peut-être
01:40200% de dette sur PIB américaine d'ici 2050, donc on est sur un truc assez délirant et
01:46on explique assez bien de ce point de vue-là le fait que les grands investisseurs non américains
01:51sur la dette américaine, je pense aux Chinois, je pense aux Japonais, je pense aux Européens,
01:55c'était un peu mis en retrait.
01:56En plus de ça vous avez l'administration américaine qui vous laissait entendre qu'ils
02:00avaient envie d'afflébrir le dollar, vous n'êtes pas tellement envie d'acheter des
02:02actifs quand la monnaie dans laquelle ils sont libellés va se déprécier.
02:05Ok, maintenant ce qu'on voit sur le Japon c'est un petit peu au-delà de ce phénomène,
02:10au moment même où justement les Japonais ont plutôt tendance à rapatrier leurs fonds
02:13des Etats-Unis vers le Japon.
02:14Donc qu'est-ce qui se passe ? Il se passe aujourd'hui un phénomène qui je pense est
02:17plus macroéconomique que ça, c'est un rééquilibrage mondial entre l'épargne et l'investissement.
02:22Il y a une compétition pour attirer l'épargne mondiale ou en tout cas rapatrier sa propre
02:26épargne domestique, c'est tout l'objet d'ailleurs du rapport Bragui, Européens arrêtez d'investir
02:30aux Etats-Unis, investissez chez nous, il faut qu'il y ait des marchés de capitaux
02:33européens pour ça, etc.
02:35Et les Japonais c'est précisément ce qui se passe, c'est qu'on avait plutôt cette
02:39tendance à voir les Japonais se rapatrier.
02:41Et donc c'est un phénomène un peu plus, je dirais large que ça, c'est qu'aujourd'hui
02:46il y a quand même des inquiétudes sur les soutenabilités des dettes, pas du tout soutenabilité
02:49au sens boule de neige et incapacité à rembourser, mais quand même on a des taux d'intérêt
02:55japonais qui auraient fait rêver tous les assureurs japonais depuis 30 ans, mais personne
02:58ne va dessus.
02:59Et donc il y a bien cette espèce de retrouver un point d'équilibre entre l'épargne et
03:03l'investissement, et manifestement on n'a pas encore tout à fait une vision claire
03:07sur où ça doit être dans un environnement de taux d'équilibre beaucoup plus élevé
03:12qu'il n'était avant, puisque tout le monde doit investir dans la défense, dans
03:15la transition énergétique, dans la transition démographique, je rappelle que le Japon
03:19il perd 100 personnes par heure, donc évidemment ils ont des dépenses publiques qui ne nous
03:22font pas rêver non plus, et ils doivent faire face à tous ces trucs-là.
03:26Donc il faut beaucoup beaucoup plus attirer l'épargne, et y compris des propres investisseurs
03:31japonais, donc des taux plus élevés, donc toutes ces petites tensions.
03:34Mais c'est une question de fine-tuning ? On est dans une phase finale d'ajustement
03:39des prix sur ces parties très très longues, avant quoi, Jean-François, de voir un rush
03:46obligataire, comme on n'a pas vu depuis des années maintenant, je ne vous refais pas
03:50le coup de l'année des obligations de Year of Bonds, etc., on l'a fait chaque année
03:56depuis au moins deux ou trois ans maintenant, mais est-ce qu'à un moment c'est ce qui
04:00va se passer ?
04:01Ça dépend comment a dormi Donald Trump quoi, mais au-delà de ça, ce qui est intéressant
04:06aussi au Japon, c'est plus de 2% de taux réel, j'imagine, même largement au-delà.
04:16Oui, mais en même temps, si vous avez une inflation qui est attendue au plus haut depuis
04:1940 ans par les ménages américains, que vous avez une administration américaine qui vous
04:22dit « je vais peut-être glisser mon dollar de 10% », que vous avez une dette, encore
04:26une fois, ce qui est voté au budget, c'est monstrueux, les augmentations de dépenses
04:29publiques de la part de l'administration Trump, le budget quand on regarde les dépenses
04:34publiques par rapport à la tendance 2024, c'est largement au-dessus.
04:36Alors qu'on est en temps de paix, c'est le plus fort déficit américain en temps
04:40de paix, et donc on n'est pas du tout dans un parti républicain qui tient les cordons
04:44de la bourse, c'est plutôt « on lâche tout ça ». Et donc on a quand même des inquiétudes
04:48sur le taux d'équilibre américain de ce point de vue-là, donc moi je serais un petit
04:52peu prudent sur le moment, est-ce que c'est le moment de rentrer sur du 4,5 à 10 ans,
04:56la probabilité que ça aille à 5%, elle est assez forte, donc c'est pas forcément
05:00encore le bon moment pour retoucher à ça, à la limite on parlera peut-être des actions
05:03tout à l'heure, mais c'est peut-être plus là que, paradoxalement, il faudrait
05:06aller aujourd'hui.
05:07Et donc sur la partie américaine, comme on a vu un bras de fer au moment des tarifs
05:12entre Donald Trump et le marché, et notamment le marché obligataire, on va revivre ce moment
05:17de bras de fer sans doute avec le projet de loi qui vient de passer de la Chambre des
05:21Représentants au Sénat, s'il n'y a pas une volonté suffisamment explicite de contrôler
05:25quand même cette trajectoire des finances publiques ?
05:27Oui, et puis on a toujours ces problématiques de plafond de la dette américaine, on a
05:31un certain nombre de choses domestiques américaines qui expliquent ça, qui peuvent encore faire
05:35du mal.
05:36On peut aussi repasser sur le Japon en se disant, mais eux ils ont tellement perdu l'habitude
05:38des hausses des taux, là je discutais avec un client japonais tout à l'heure, le débat
05:46de savoir s'il y a une hausse des taux ou une baisse des taux de la boche, on peut tout
05:49entendre aujourd'hui.
05:50Est-ce que c'est un statut court en juillet ? On peut tout entendre, et donc là encore
05:54une fois des phases d'ajustement, on est en ce moment sur de l'incertitude totale depuis
06:01le 20 janvier, ça se retrouve sur les taux d'intérêt pour retrouver un beau niveau
06:04d'équilibre.
06:05Moi je ne suis pas sûr qu'il y ait 4,5%, le 10 ans américain, en tant que taux réel
06:09en fonction des impressions qu'on peut anticiper, que ce soit l'obvious trade, ce n'est pas
06:14l'obvious trade.
06:15On n'y est pas encore.
06:16C'est une vaste guerre mondiale d'attractivité du capital ?
06:19Je suis complètement d'accord, c'est vrai que pour revenir sur les Etats-Unis, d'une
06:24part il n'y a aucune envie de maîtriser le budget à ce stade, ou en tout cas de faire
06:28rentrer le déficit un peu dans des formes de normes, puis relancer ou en tout cas rester
06:31très stimulant en période où l'écart de production, l'output gap est a priori positif,
06:37c'est quand même une erreur macro-économique d'ordre 1, donc ça inquiète forcément beaucoup,
06:41et puis par ailleurs, comme ça a été dit, on a très peu, enfin les gros épargnants
06:45mondiaux pourraient désormais peut-être moins acheter d'actifs, le plus sûr au monde
06:49américain, avec des Chinois, alors on prend des précautions, mais ils pourraient quand
06:53même investir un tout petit peu plus sur leur territoire, recycler un peu moins leur
06:56excédent, ou du moins les Japonais d'eux-mêmes, et si l'Europe décide de moins acheter de
07:00treasuries parce qu'il y a des plans de relance, notamment Outre-Rhin, qui sont un peu plus
07:04importants, effectivement on se demande mais qui va acheter la dette américaine ? Et ça
07:08c'est quand même un gros sujet ! Donc les banques américaines vont avoir une réglementation
07:13plus favorable pour le faire ? Alors peut-être, mais surtout, me semble-t-il, le problème
07:16c'est de comprendre d'où vient le déficit, les déficits américains, et il me semble
07:20que la variable clé c'est la consommation des ménages américains qui est beaucoup trop
07:23importante. C'est 68% du PIB aux Etats-Unis, c'est 54% en France, c'est 40% en Chine.
07:28Donc il y a une surconsommation aux Etats-Unis qui est manifeste, et pour que les républicains
07:33parviennent à expliquer à leur électorat qu'ils consomment trop, c'est inaudible.
07:37Donc on a un vrai problème, c'est que résorber les déficits, c'est expliquer l'impensable.
07:41Et là on se confronte à une forme de mur. On a un peu le même problème en France,
07:45avec des ordres de grandeur peut-être un peu plus raisonnables, mais là aussi ils vivent
07:49au-dessus. C'est un peu le message qui est envoyé par Trump, déjà il faut produire
07:52plus sur le territoire américain. Et puis c'est ce que les Barbie-nomics, l'histoire
07:58de la poupée. Vous aviez 30 poupées à Noël au pied du sapin, demain vous n'en aurez
08:02plus que deux et elles seront peut-être un peu plus chères.
08:04C'est quand même l'idée de préparer le ménage américain à ce que la consommation
08:11soit peut-être un peu moins forte demain.
08:13Ça c'est notre lecture, mais au fond il leur dit quand même votre niveau de vie va
08:16augmenter. La réalité c'est que ce n'est pas possible si on veut résorber les défis
08:19commerciales et publiques. Et ça pour l'instant ça ne passe pas. On voit bien qu'il y a quand
08:23même une forme de schizophrénie encore aux Etats-Unis très importante.
08:26On se réembarque dans un monde de répression financière ? Il va falloir reparler de comment
08:34je contrôle ma courbe des taux, de effectivement où sera la demande pour mes émissions obligataires.
08:41Comment est-ce que je peux inciter la demande à acheter ma dette ?
08:45Très probablement. Et puis surtout je pense qu'on n'a pas fini de parler de politique
08:49monétaire non conventionnelle, même sous différentes formes. Mais ça va revenir sur
08:52la table. Il y a un moment où peut-être que le quantitative easing, non pas pour relancer
08:56l'inflation, mais pour assurer la soutenabilité des dettes, pourrait refaire surface.
09:00Ce sera encore une forme de nouveau monde qui viendrait à nous. C'est vrai que c'est
09:04particulièrement inquiétant comme perspective.
09:05On pensait être sortis quand même de ce monde de répression financière, mais on
09:08a l'impression que pour d'autres raisons, on y retourne peut-être vitesse grand V,
09:12Jean-François ?
09:13Je pense que oui. De toute façon on est en train d'enfoncer des portes qu'on pensait
09:18fermer depuis longtemps. C'est-à-dire que c'est la guerre de Donald Trump avec
09:21Adam Smith. Maintenant c'est la guerre de Donald Trump sur l'indépendance des banques
09:24centrales. Et donc la répression financière peut aussi s'accélérer en mai 2026. Puisque
09:29c'est évident qu'il ne reconduira pas Jérôme Powell et qu'il mettra quelqu'un
09:32plus aux ordres que ne peut l'être aujourd'hui Jérôme Powell. Donc aujourd'hui je reviens
09:36au débat d'avant, c'est-à-dire que dans ces incertitudes-là, c'est le bon moment
09:39de se mettre sur le dollar. Et puis pour revenir sur ce qui a été dit, si en revanche l'idée,
09:42parce qu'on a un petit peu du mal en ce moment au sein de la Commission européenne à faire
09:45ce que veut Donald Trump, si c'est rééquilibrer la balance commerciale, si c'est avoir des
09:50revenus, si c'est pour d'autres objectifs, si c'est rééquilibrer l'économie américaine
09:54pour moins de consommation, plus d'industrie, il est en train de réussir sur la jambe moins
09:59de consommation. Ça c'est sûr, le taux de chômage est en train de remonter, l'inflation
10:03est en train de monter, ça il est en train d'y arriver. Moi je suis complètement d'accord
10:06avec ce qui a été dit, je ne crois quand même pas que c'est le but affiché par Donald
10:09Trump de faire baisser la consommation américaine alors qu'il promet à tout le monde des lendemains
10:13qui chantent. Je crois qu'on est quand même dans une erreur, pour moi, je l'ai dit ici,
10:19on est dans un échec des Trumponomics pour l'instant patente. Pour l'instant il n'y
10:23a rien qui marche trop. Il y a des annonces, je reviens du Moyen-Orient, des annonces incroyables
10:27d'investissement aux Etats-Unis. Je vous laisse faire le compte de ce qui va exister.
10:33C'est réellement de ce qu'il y a tellement à savoir. On parlait avec quelques investisseurs
10:36qui ont fait des promesses récemment, mais ça n'engage que ceux qui les écoutent.
10:41En quoi le monde obligataire influence le monde d'action, Emric ? Et c'est vrai qu'on voit bien
10:46qu'on a le sentiment en tout cas que les mouvements des indices actions, déjà avec beaucoup moins de
10:51volatilité que ce qu'on peut observer sur les marchés obligataires, néanmoins les mouvements
10:54des indices actions sont assez soumis à ce qui se passe sur les marchés obligataires.
10:59Oui c'est vrai qu'il y a un impact, je ne peux pas le nier. On ne peut pas le nier quand on est
11:06sur les actions, on ressent de plein fouet ce qui peut se passer sur les taux. Après on le ressent
11:11moins qu'avant je trouve. Avant quand on parlait hausse des taux, on pensait tout de suite les
11:17actions ça va mal se passer. Aujourd'hui ce n'est plus vraiment une réalité, ce n'est plus vraiment
11:21un poncif de bourse qu'on avait l'habitude d'entendre. Mais je pense que c'est lié à la
11:27transformation du marché aujourd'hui. Le marché a complètement changé. Quand j'ai commencé il y a
11:32plus de 20 ans, les marchés avaient beaucoup de gestion active, beaucoup d'actes de gestion réfléchis,
11:37appuyés, corroborés etc. Aujourd'hui maintenant c'est beaucoup plus de l'allocation tactique, il y a
11:42beaucoup de flux passifs qui sont arrivés sur le marché, plus de 70% des flux actuellement sur le
11:45marché c'est les flux passifs. Et ça, ça a complètement dénaturé la perception et la manière
11:50de voir le marché et de comment le marché bouge aujourd'hui. La structure de marché a changé
11:53profondément. Complètement et du coup on le voit dans les allocations tactiques des gérants, dans
11:59la composition des indices, la concentration des flux, le momentum. Toutes ces notions-là
12:04aujourd'hui maintenant sont vraiment au cœur de l'investissement. Je reviens à quand j'ai
12:09commencé. Quand j'ai commencé, les grosses séances de bourse c'était du 1% par jour,
12:18c'était la grosse fiance. C'était la belle hausse bien prononcée. Et puis les séances moyennes
12:25c'était du 0,20 et quelques. Aujourd'hui maintenant il n'est pas rare qu'en intraday on ait des
12:28fluctuations 3-4% et pas forcément parce qu'on a de l'actualité macroéconomique. On peut avoir
12:35juste une déclaration politique qui arriverait comme un cheveu sur la soupe, un tweet ou autre
12:41joyeuseté. Dans cette nouvelle structure de marché, quelle est la place du retail et des particuliers
12:49notamment sur le marché américain ? Là aussi j'imagine que quand vous avez commencé c'était
12:54souvent un indicateur contrariant de voir le retail arriver sur le marché, sur un thème,
12:59sur une tendance, sur une mode. Là on a l'impression que c'est plutôt une classe
13:05d'investisseurs qui est parfois en avance de phase sur des investisseurs professionnels
13:10qui sont peut-être moins agiles aussi qu'un particulier. Oui parce qu'effectivement les
13:15investisseurs professionnels ont délégué une partie de leur savoir-faire. Moins de gestion
13:19active, plus de gestion passive. On achète des indices, des trackers, des ETF. Par contre
13:24ce qui s'est passé c'est que les particuliers n'ont pas tous fait ce choix-là. Et quand on le
13:28voit dans les plans de retraite américains, toujours très investis en actions et on voit
13:35que la composition des portefeuilles est encore beaucoup en actions. Ce n'est pas qu'un index
13:40S&P. Je comprends. C'est du single stock encore. Oui et c'est pour ça qu'aujourd'hui il faut se
13:46méfier un petit peu du retail notamment américain parce qu'il a un comportement un peu moutonnier
13:50qui va suivre des vagues. Ils achètent tous les creux semaine après semaine. Ils achètent les
13:54creux. En tout cas pas ce creux-là parce que ce creux qu'on a vu là c'était beaucoup de
13:59allocations tactiques. C'était beaucoup des flux. Par contre effectivement ils sont un petit peu en
14:04retard de phase parce qu'ils disent l'actualité et on les voit un petit peu arriver en seconde
14:09troisième vague quand le marché n'est pas loin des plus hauts ou au plus haut. Du coup ça peut
14:15se retourner assez vite. Il faut se méfier un petit peu du retail. Je comprends mais ça reste
14:18potentiellement un indicateur contrariant. Oui je pense. Qu'est-ce qui justifie le rebond des
14:24indices ? Je parle notamment depuis le choc de Libération Day, la séquence du 2 au 8 avril.
14:30Les indices américains ont retracé cette baisse et sont même revenus à l'équilibre depuis le 1er
14:37janvier. Est-ce que ça s'est fait de bonne manière ? Qu'est-ce qui justifie le retour à ces niveaux
14:44des grands indices américains avec une prime de risque d'action désormais aux Etats-Unis qui est
14:49revenue très faible ? Oui c'est vrai que pendant le mandat de Trump, le numéro 1, on a vu que
14:55Trump a une forte capacité à revenir sur ses pas et sur ce qu'il disait. Avec toute la manière
15:05d'assumer qu'il peut avoir. Tout est une victoire. Il y a toujours une forme de rhétorique un peu
15:11victorieuse. On annonce des choses, on gagne peu sur ces choses-là mais on érige ça en victoire
15:19absolument magnifique. C'est un petit peu ce qui va se passer pour cette histoire de guerre
15:22commerciale. On a fait beaucoup d'effets d'annonce et je pense qu'on va avoir quelques grandes
15:29victoires contre des tout petits mais des toutes petites victoires contre des grands. Je pense la
15:34Chine, l'Europe, etc. Au final tout ça va se solder par des toutes petites victoires. Parfois
15:39même des victoires un peu à l'apyrus où effectivement le consommateur aura beaucoup
15:42plus souffert qu'estimé. Ça pose un problème par rapport à la consommation future et l'inflation
15:50future aux Etats-Unis. C'est ce qui à mon avis gêne un petit peu Powell aujourd'hui. C'est que
15:54tout ce qu'aujourd'hui Trump a mis en place, c'est des mécanismes inflationnistes. Du coup pour lui,
15:59dont le combat premier est l'inflation, c'est vraiment très compliqué. Et donc la guerre
16:05commerciale, vous dites, c'est un sujet qui appartient déjà au passé pour des investisseurs
16:08actions. C'est un peu le sentiment qu'on a eu d'un grand rebond post-Putin. On en parle plus. Là,
16:15il a encore annoncé 50% pour nous Européens. Le lendemain, c'est terminé. Il y a cette forme
16:22de va-et-vient. C'est terminé, c'est reporté à chaque fois. C'est reporté à chaque fois mais
16:27après qu'il dit que ça va être vraiment appliqué, ça va vraiment entrer en application. Il y a des
16:31négociations derrière les rideaux. On ne sait pas ce qui se passe. On sait juste qu'à un moment
16:38donné, on va probablement revenir à des actes un peu plus rationnels ou on va annoncer quelque
16:42chose de rationnel par rapport à cette question tarifaire. Mais aujourd'hui, ce qui se passe,
16:47c'est qu'il y a pour les investisseurs, et ça c'est un énorme problème, c'est qu'il y a ce qu'on
16:51appelle le faux goût. C'est le fear of missing out. Aujourd'hui, les investisseurs, ils raisonnent
16:57beaucoup en relatif. Du coup, s'ils effectivement ratent des séquences de hausse, pour eux,
17:01c'est un drame. Et là, on est dans un moment comme ça. Oui. Moi, j'ai eu l'exemple de clients
17:07qui m'ont appelé. Ils ont fait le siège de mon téléphone pour me dire qu'au moment du
17:10libération d'air, il faut tout vendre. On était au plus bas. Je n'ai rien. Vous ne reviendrez
17:16jamais. Le problème, c'est que si ça remonte, c'est la porte de salude. C'est terminé. Et du
17:23coup, je pense qu'il faut garder son calme. Il faut essayer de jouer des grandes tendances un
17:26peu structurelles. On parlait de plan d'investissement massif à travers l'Europe,
17:30aux US, etc. Ça, c'est des facteurs de soutien importants. Les valorisations, à part pour certains
17:36dossiers très spécifiques, ne sont pas à des niveaux absolument ridicules. Et je pense qu'il
17:43y a encore pas mal d'idées à jouer. Et les déploiements budgétaires par rapport à ces
17:48grands plans d'investissement... Là, on a de la visibilité à long terme. Je pense que ça apporte
17:52de la visibilité à moyen et à long terme. Et je pense qu'il faut s'appuyer là-dessus. Traider le
17:57court terme aujourd'hui sur les actions, à mon avis, ce serait vraiment une catastrophe. On
17:59pourra revenir sur les grandes tendances qui vous intéressent, sur l'aspect tarifaire. Comment
18:06vous voyez le cas de l'Europe, Anthony, et puis Jean-François ? Qu'est-ce qui peut nourrir un
18:10accord à la Trump d'ici le 9 juillet entre les Etats-Unis et l'Europe ? C'est vrai que dans le
18:17cas de l'Europe, me semble-t-il, ce que Donald Trump attendait, c'est d'une part peut-être des
18:22concessions côté européen, puisqu'il est vrai qu'il y a certains pays qui manifestement ont des
18:26excédents très importants. Alors, hors Irlande, pour des cas pharmaceutiques très particuliers,
18:31mais l'Allemagne, l'Italie auraient pu quand même s'engager, acheter un peu de GNL, quelques
18:36Harley-Davidson et du Bourbon, je veux dire, pour grossir le trait, c'est un peu ça. Ça n'a pas
18:40été fait. Et puis probablement durcir le ton vis-à-vis de la Chine. Donald Trump s'engage
18:44dans un conflit sino-américain très important. L'Europe joue presque la carte du rapprochement
18:50chinois. Ça ne passe pas. Donc, assez légitimement, j'ai envie de dire, en tout cas, quand on se met
18:54à sa place, il n'était pas inenvisageable qu'il durcisse un peu le ton. Évidemment, là, il y a
18:59report. La question, c'est de savoir un peu le point de l'atterrissage. Je pense qu'il sait
19:05qu'il a beaucoup plus de pression ou, en tout cas, une capacité à faire mal à l'Europe que vis-à-vis
19:09de la Chine. Quand je vois les derniers chiffres chinois, notamment du commerce externe en avril,
19:12où des tarifs douaniers étaient pourtant déjà très élevés, on voit que la Chine a une capacité
19:16à exporter partout dans le reste du monde, à contourner les tarifs de manière absolument
19:20incroyable. Comment ils absorbent les tarifs ? Alors, actuellement, on a bien vu le commerce
19:25vis-à-vis, avec plutôt les Américains, s'effondrer de plus de 20% sur un an. Le total des
19:31exportations chinoises fait plus 8%. Et encore, puisque les prix reculent de moins 3%, en volume,
19:35on fait plutôt plus 11% sur un an. Donc, c'est juste monstrueux. En passant notamment, toujours,
19:40par le Vietnam. Mais maintenant, ce n'est pas qu'eux, c'est vraiment toute l'Asia. C'est tous
19:43les pays qui contribuent. On a vu même des pays étonnants comme le Canada, comme d'autres,
19:47comme l'Amérique latine. Donc, la Chine a une forme de résilience très importante que n'a pas
19:52l'Europe. Parce que l'Europe peut très difficilement passer par des pays tiers pour exporter aux États-Unis.
19:57Donc là, il me semble qu'on va aller beaucoup plus vite vis-à-vis de cet accord-là. Et puis,
20:02tout simplement, peut-être que ce que Donald Trump nous demande aussi, c'est les Américains surconsomment,
20:05l'Europe sous-consomme. Donc, à la fin, est-ce qu'on ne peut pas passer nous-mêmes dans un équilibre un
20:10peu plus haussier, un peu plus dynamique ? On a un excédent courant. Je trouve que c'est toujours
20:14délicat de pointer du doigt les pays déficitaires et de ne jamais regarder les pays qui sont
20:18excédentaires en disant est-ce que ce n'est pas à vous aussi, à un moment donné, de passer sur un
20:22équilibre un peu plus haut de dynamique ? Et là, on se tourne évidemment vers l'Allemagne et les pays
20:26nordiques où il y a des marges de manœuvre. Il va y avoir un peu de relance, là, justement, en Allemagne, non ?
20:29On le sait très bien. Un peu de soutien à la consommation, c'est possible. Il y a eu beaucoup d'annonces,
20:33mais les décaissements, ils sont toujours lents. Et puis, même ce qui s'est passé sur le frein à l'endettement.
20:37En réalité, l'Allemagne sévit d'une consolidation budgétaire, mais ne relance pas pour autant.
20:41Sinon, ils étaient constitutionnellement obligés de consolider. Donc, on est encore très très loin de ce qu'il faudrait faire
20:47pour arriver à une Europe significativement plus dynamique ou, en tout cas, qui revient à l'équilibre
20:51d'un point de vue de son excédent courant.
20:53Le chiffre qu'on m'a donné hier, l'ordre de grandeur, c'est que l'Europe peut compenser 20% de tarifs américains
21:00par 2% de commerce intra-européen supplémentaire. Essayer de renforcer un peu le commerce intra-européen,
21:10ça permet pour les entreprises de trouver d'autres manières de commercer et de franchir des 20% de tarifs du marché américain.
21:18Oui, mais juste une cavéate, c'est qu'on parle beaucoup des tarifs douaniers entre pays.
21:21On oublie qu'il y a des grandes barrières en réfléxion des fonds non douaniers entre pays européens.
21:26Et je peux vous dire qu'au sein de l'Europe, il y a un tas de secteurs qui n'ont pas envie de faire que ces barrières sautent
21:30parce que ça voudrait dire...
21:31Faisons tomber ces barrières.
21:32Et pour le coup, il y a des pays qui vont vraiment souffrir, et la France probablement.
21:36Donc on a des intérêts à défendre qui ne sont pas complètement évidents,
21:39et donc progresser dans le commerce intra-européen n'est pas si simple que ça.
21:43Qu'est-ce qui vient nourrir un deal d'ici le 9 juillet entre Trump et nous ?
21:48En tout cas, je reviens un peu sur ce qui s'est dit, mais aujourd'hui, je pense que le marché...
21:52Je parlais avec des investisseurs américains, et de plus en plus, on parle de Trump comme taco.
21:57C'est Trump always chicken out.
21:59À la fin, Trump, il laisse toujours sa culotte.
22:01Et donc, tout le monde se dit, ce truc de 50% sur l'Europe, c'est intenable.
22:05Et finalement, on va arriver à un accord où on sera tous contents si on a 10%.
22:10Mais je trouve que le marché est quand même très complaisant à l'égard de ça,
22:14parce que même si on avait 10% sur l'Europe, ce serait 5 fois plus que ce qu'on avait avant.
22:18Et il ne faut pas oublier que les États-Unis exportent 2 fois plus en Europe qu'ils exportent en Chine.
22:22Donc l'Europe, c'est 37% du commerce mondial.
22:25Donc moi, je suis assez plus mitigé sur l'idée que l'Europe est en situation de faiblesse par rapport à la Chine.
22:32L'Europe dépend moins de ses exportations aux États-Unis que la Chine à l'égard des États-Unis.
22:36Même si la Chine s'est largement découplée, et elles, quand on vous allait en Chine aujourd'hui,
22:41ils ont l'impression d'avoir gagné la première manche.
22:43Mais quand même, la Chine qui était... Alors oui, ils se sont découplés des États-Unis.
22:46Mais les exportations chinoises pour les États-Unis, la part des États-Unis dans les exportations chinoises, c'est 13%.
22:51La part des exportations américaines dans les exportations européennes, c'est 8%.
22:55C'est 6% pour l'Europe, c'est pour la France, c'est même pas 1,6% de notre PIB.
22:59Donc, quelque part, vous avez quand même 92% de notre commerce, c'est pas les États-Unis.
23:05Et donc, quand en plus vous mettez bout à bout les exportations et les importations de biens et de services,
23:12on est à peu près à l'étal avec les Américains.
23:14Donc, si jamais ils nous taxent les biens, on peut aussi taxer leurs services, on peut se monter une guerre commerciale.
23:20On va taxer les GAFA. On va taxer Netflix. On va dire aux foyers français, votre abonnement Netflix va supporter une taxe supplémentaire.
23:29Aujourd'hui, Apple, c'est 25% de ses voeux en vente, l'Europe.
23:33Trump lui-même est en train de reparler de 25% de taxes sur Apple.
23:37Là, c'est un choc de demande pour nous, quoi. On se crée, on s'auto-inflige à un choc de demande.
23:42Oui, oui, bien sûr, mais je ne crois pas forcément encore une fois qu'il faut voir l'Europe comme la victime expiatoire de ce truc-là.
23:49Mais je trouve de toute façon quand même qu'à la fin de cette séquence, on aura un équilibre très sous-optimal par rapport à ce que c'était avant.
23:56Ce sera un énorme choc sur l'économie mondiale, et le premier victime de ça, ce sera les Etats-Unis, encore une fois.
24:02Ou est-ce que ce n'est pas bien intégré dans le marché, alors ?
24:04Mais moi, je trouve qu'aujourd'hui, on a beaucoup de complaisance sur ce « taco moment », de se dire « tout va bien se passer, il va tourner sa veste, il va plier comme à chaque fois ».
24:12À la fin, s'il plie et qu'on a 10%, mais moi, je vous donne mon scénario, 10% c'est ce qu'ont obtenu les Anglais.
24:18L'avantage d'avoir accès à la messagerie sécurisée des Etats-Unis, c'est qu'on sait qu'ils détestent l'Europe.
24:22Angie Devins, Ludnik, Navarro et Trump l'ont dit, l'Europe a été créée pour ensuivre les Etats-Unis, et ils sont bien pires que les Chinois.
24:31Je serais étonné qu'avec de tels propos, l'Europe s'en tire avec 10% de tarifs.
24:35D'ailleurs, on était à 20% avant qu'ils passent à 50%, donc je ne vois pas comment on va être beaucoup mieux que 20%.
24:41Donc ce ne sera pas du tout une situation optimale, et je vois mal l'Europe s'accorder à dire...
24:46Donc on ne sera pas bien traité, quoi.
24:47Et on va mal les traiter aussi.
24:49On est dans un outil anti-coercition, regardez ce qu'il se passe en ce moment sur le ReArmyYou.
24:54On va couper des appels d'offres aux banques américaines, on va leur interdire de venir réprimander la financière.
25:01C'est précisément ce qui s'est passé aujourd'hui, c'est que le ReArmyYou, on a voté le fait qu'il y avait 65% de contenu local,
25:06et vous n'avez pas le droit, si vous êtes une boîte américaine, de venir jouer dans cette cour-là.
25:10Il y a 150 milliards d'euros mis sur la table par l'Europe, qui ne concernera pas ça ?
25:15Et donc moi je crois qu'il y a une espèce d'incertivité de la Commission européenne,
25:20qui me semble un peu plus quand même belliqueuse que c'était le cas avant, et j'ai envie de dire tant mieux.
25:24Comment est-ce que la charge des tarifs va se répartir, selon vous, depuis l'univers actions, notamment, Aymeric ?
25:32Entre les entreprises, les ménages, et puis c'est tout.
25:38Il y a à la fois les entreprises qui exportent vers le marché américain, il y a celles qui importent depuis le marché américain,
25:44et puis à la fin, il y a effectivement toute la chaîne et le consommateur fiat.
25:47Il y a plusieurs cas de figure, mais effectivement, pour les sociétés qui importent directement des Etats-Unis,
25:51et qui après vendent à des consommateurs européens, on va avoir probablement un partage de ces augmentations.
25:58Alors après, je ne sais pas dans quelle mesure les sociétés peuvent absorber ça sur leur marge, c'est quand même des impacts assez importants.
26:03Alors là, on parle de celles qui vendent où ? Aux Etats-Unis ?
26:05Alors parlons...
26:07Là où il y a les péages quoi, en fait.
26:09Qui va payer les tarifs ?
26:11Parlons par exemple d'un Wal-Mart qui importerait la marchandise chinoise et autre chose.
26:20Effectivement, d'ailleurs, Wal-Mart a annoncé qu'ils allaient absorber une partie, mais qu'il y aurait une limite à ce jeu-là.
26:26D'autant plus qu'effectivement, dans la consommation de base, on a souvent des marges un petit peu faibles.
26:31Du coup, le reste va être... Le report à payer va être pour, effectivement, les consommateurs.
26:37Et ça va abîmer... D'accord.
26:39Je pense que ça va abîmer les volumes de vente et la capacité à consommer en masse.
26:46On parlait de deux poupées contre six.
26:48On est dans ce scénario-là.
26:50Et voilà, c'est effectivement le genre de problème qu'on pourra avoir.
26:56C'est apprendre à consommer différemment.
26:58On va peut-être revenir à, je ne sais pas, peut-être moins de consommation mais mieux, je ne sais pas.
27:02Peut-être que ça va lancer ce type de mouvement de consommation.
27:04Mais en tout cas, ça aura un impact réel sur la consommation des ménages, ça c'est sûr.
27:09Et des arbitrages peut-être à faire.
27:11Et du point de vue des entreprises, je ne sais pas, une entreprise comme Walmart,
27:13dont les marges doivent être au plus haut.
27:15Alors, les marges sont peut-être faibles dans ce secteur,
27:17mais elles doivent être quand même sur des standards historiquement élevés.
27:21Ça se paye 38 fois les bénéfices, Walmart.
27:23Post-Covid, on a eu, et post, effectivement, inflation des différents intrants énergétiques,
27:29matières premières, etc., fret et tout.
27:31On a eu, effectivement, des séquences d'ajustement des prix
27:36où les sociétés ont exercé un peu leur pricing power.
27:40Certaines en ont usé, d'autres en ont abusé.
27:44Et c'est vrai que pendant le mécanisme de déflation,
27:46on n'a pas vu beaucoup d'entreprises dire, je baisse mes prix.
27:50Et donc là, ça laisse peut-être une petite marge de manœuvre pour les sociétés.
27:54Mais à mon avis, une marge de manœuvre qui sera quand même assez réduite.
27:58Donc, il faudra voir où les...
28:00En fait, le jus d'EPS, ça va être les prochaines publications.
28:02Alors là, on a une saison de publication qui était plutôt bonne.
28:04Encore, bien sûr.
28:06Avec des sociétés qui guidaient, qui donnaient des perspectives plutôt favorables.
28:12Pour celles qui donnaient des perspectives.
28:14Voilà. Alors, certaines ont cessé de s'engager là-dessus, c'est vrai.
28:16Mais la plupart du temps, on a quand même eu des indices
28:20sur ce qui allait se passer qui étaient plutôt positifs.
28:22Et donc, on n'a pas tant révisé à la baisse que ça, les bénéfices à venir ?
28:24Pas encore.
28:26Pas encore parce que ça va venir ?
28:28Peut-être. À mon avis, ça va être ça.
28:30C'est que là, aujourd'hui, on a peu de matières sur lesquelles s'appuyer.
28:33Donc, on va voir comment les prochains trimestres vont se matérialiser en termes de publication.
28:39C'est vrai que j'appréhende un petit peu le T2 pour juillet-août.
28:45Mais oui, il va falloir être attentif et très sélectif dans le choix des dossiers dans lesquels on va aller.
28:51Comment on investit justement dans l'univers action aujourd'hui ?
28:53Alors, je ne sais pas à quel type de marché vous avez accès.
28:55L'Europe, bien sûr. Le marché américain également.
28:57Forcément, Aymeric.
28:59Quand c'est votre métier d'être investi sur les actions,
29:03de quelle manière est-ce qu'on a envie d'être investi aujourd'hui, justement ?
29:07Donc, j'ai évoqué la sélection.
29:09Je pense qu'il va falloir vraiment sélectionner les sociétés
29:11qui font du chiffre d'affaires en local,
29:13que ce soit en local aux Etats-Unis,
29:15parce qu'elles auraient leur site de production aux Etats-Unis.
29:17Donc, plus domestique.
29:19Celles qui n'auraient pas à supporter des changements frontaliers.
29:25Je pense à certains composants dans les voitures, par exemple,
29:28ou les composants qui passent une dizaine de fois la frontière
29:30avec les surtaxes que ça fait.
29:32Des entreprises qui n'ont pas de produits qui traversent les frontières.
29:34Voilà.
29:36Ou vous faites du ciment, par exemple,
29:38ça voyage à peine 200 kilomètres.
29:40C'est ce genre de typologie de produits
29:42ou d'acteurs industriels
29:44qui auraient des sites de production en local,
29:46que ce soit aux Etats-Unis ou en Europe,
29:48ces gens-là ne souffriraient pas.
29:50À mon avis, ceux-là, c'est les meilleurs choix en termes d'allocation.
29:52Donc, le facteur domestique, déjà, c'est bien.
29:54Ça, c'est un bon facteur de soutien en termes de maintien des marges.
29:56Autre facteur,
29:58c'est les plans d'investissement que j'évoquais.
30:00Je pense que ça va être
30:02une variable assez importante.
30:04On a beaucoup de plans d'investissement en Europe.
30:06Rien que sur la partie
30:08de transition énergétique,
30:10il y a 5 000 milliards d'euros
30:12qui vont être déployés
30:14à court et moyen terme.
30:16Aux U.S., on en a un petit peu moins.
30:18Mais on va avoir des plans
30:20aussi d'investissement assez...
30:22La politique trumpienne, c'est ça.
30:25C'est des plans d'investissement, notamment infrastructure, etc.
30:27Et on va avoir ce genre de choses qui vont être déployées
30:29à court et moyen terme.
30:31Et ça, c'est des bons playbooks pour l'investisseur.
30:33Oui, parce que c'est pas des engagements.
30:35Parce qu'on a vu qu'effectivement,
30:37on peut annoncer des choses
30:39et après, revoir les montants à la baisse.
30:41Mais ça reste quand même des facteurs de soutien
30:43que ce soit en numéraire
30:45pour les carnets de commandes
30:47et les perspectives futures des sociétés,
30:49mais aussi en termes de momentum boursier.
30:51On a beaucoup parlé de défense
30:53avec des questions qu'on pouvait avoir
30:55sur si on achète américain ou pas.
31:01Oui, ça, c'est des facteurs de soutien.
31:03Et le thème de la défense ?
31:05Parce qu'on a vu des boîtes doublées.
31:07Mais ces plans-là ont été revus à la baisse, par exemple.
31:09Au départ, il y avait 500 milliards annoncés.
31:11Maintenant, c'est 150.
31:13Et donc c'est un thème qui est encore valable ?
31:15Bien sûr, c'est des plans qui sont valables.
31:17Après, vu l'expansion boursière
31:19qu'on a pu avoir sur le marché,
31:22mais le nouveau normal sur ces dossiers-là,
31:24ce ne sont plus les valeurs qu'on avait avant.
31:26C'est devenu un secteur investissable,
31:28ce qui n'était plus le cas avant
31:30pour les questions extra-financières.
31:32Et aujourd'hui, quand on aura
31:34la paie qui sera signée en Ukraine
31:36ou ce genre de choses,
31:38on aura un choc de marché initial
31:40et je pense que ce sera un bon moyen
31:42de peut-être revenir sur ces dossiers-là.
31:44Je comprends.
31:46C'est un thème qui se travaille sur le long terme ?
31:48Oui, je pense.
31:51Un secteur très fort en Europe,
31:53c'est le secteur bancaire.
31:55Est-ce que vous en dites à ce stade ?
31:57Ça fait 4-5 ans que c'est un secteur
31:59qui surperforme en Europe.
32:01On a vraiment le sentiment qu'on est parti
32:03depuis plusieurs années
32:05dans un super cycle,
32:07un super momentum
32:09pour ce secteur bancaire
32:11dont on ne parlait plus.
32:13Non, non.
32:15C'est vrai que c'était des animaux
32:17un petit peu à part, si je peux m'exprimer ainsi,
32:19qui ont appris à vivre
32:21dans un environnement de taux bas
32:23voire négatif.
32:25Et ça, c'est quand même quelque chose qui est assez fort.
32:27Donc une adversité énorme pour ces animaux,
32:29en l'occurrence.
32:31Une adversité forte avec
32:33peut-être des volumes d'affaires un peu en retrait,
32:35des contraintes de masse salariale,
32:37de nombre d'agences extrêmement importants,
32:39des sujets de restructuration,
32:41une fragmentation aussi du marché
32:43qui était très forte.
32:45En voie de normalisation,
32:47il y a eu des restructurations très importantes
32:49qui ont été faites avec beaucoup de fermetures d'agences,
32:51de licenciements, etc.
32:53De travail sur la partie
32:55pro-digitale de gestion, les ERP,
32:57sur la partie digitalisation
32:59des paiements, sur la partie
33:01digitalisation bancaire.
33:03Toutes les banques ont maintenant des banques digitales.
33:05Donc maintenant, ces dossiers-là
33:07sont devenus rentables.
33:09Dans un climat adverse de taux,
33:11mais sont devenus extrêmement rentables
33:13dans un climat où les taux sont à 2, 3...
33:15C'est positif.
33:17On parlait des taux courts ou des taux...
33:19On a les taux courts, on a les taux longs,
33:21on a les taux super longs.
33:23Tout ça sont des mécanismes un petit peu porteurs
33:25pour ces dossiers-là.
33:27Quand on parle baisse de taux, notamment en Europe,
33:29ce n'est pas forcément une mauvaise chose pour ces banques-là
33:31parce que le volume d'affaires a augmenté.
33:33Ça peut compenser en termes de bénéfices.
33:35À propos de baisse de taux, oui, ça continue.
33:37La semaine prochaine, pour la BCE,
33:39ça peut continuer encore un peu au-delà
33:41même de la prochaine année.
33:43Aujourd'hui, quand on regarde un petit peu
33:45les prévisions qu'avait faites la BCE
33:47et qu'elle devait amener à faire aujourd'hui,
33:49l'euro est 8% en hausse,
33:51les matières premières sont largement en baisse.
33:53Ils vont devoir réviser assez drastiquement
33:55à la baisse leurs prévisions d'inflation.
33:57On va être largement sous les 2%
33:59à l'horizon 2026-2027.
34:01C'est l'horizon de la politique monétaire.
34:03Ils n'ont aucune raison de rester restrictifs.
34:05Ils doivent passer en mode accommodant.
34:07Il faut aller en territoire d'accommodation.
34:09Oui, je pense.
34:11On le disait tout à l'heure,
34:13on attend un peu le rebond allemand 2026.
34:15Pour l'instant, ce qu'on a,
34:17c'est plutôt un effet récessif des tarifs.
34:19On voit en plus que la BCE
34:21a l'air de réagir aux annonces
34:23en disant qu'il va falloir qu'on compense ça un petit peu.
34:25On a des conditions monétaires qui se tendent
34:27puisque, je le disais, l'euro est plus fort
34:29et les taux d'intérêt suivent
34:31les États-Unis à la hausse quand ils montent.
34:33On a des conditions qui se retendent
34:35alors que l'économie ralentit.
34:37L'autre bout de gap n'est pas bien bon.
34:39Il faut compenser ça par des baisses.
34:41C'est évident qu'ils baissent de 25.
34:43Il y a même une petite probabilité qu'ils fassent 50.
34:45Je pense qu'elle est très faible.
34:47Mais la question n'est pas s'ils ne font rien.
34:49Il y a plus de probabilité qu'ils fassent 50 que rien.
34:51Ils font 25, c'est sûr, la semaine prochaine.
34:53Pour nous, ils descendent jusqu'à 1,5.
34:55Ils vont continuer probablement en juillet.
34:57Si ce n'est pas juillet, ce sera septembre et décembre.
34:59On sera sans doute à 1,5 à la fin de l'année.
35:01C'est bon pour l'immobilier.
35:03Ça va compenser un peu le choc des tarifs.
35:05Si je peux faire une petite remarque
35:07par rapport à ce qui a été dit tout à l'heure,
35:09c'est aussi de se dire que pour l'instant,
35:11les tarifs, on ne les a pas.
35:13Ce qui se passe aujourd'hui dans les résultats
35:15des entreprises qu'on va commencer à avoir,
35:17c'est ce qu'on évoquait tout à l'heure
35:19avec les exportations de la Chine.
35:21Les exportations de l'Europe aux Etats-Unis
35:23au premier trimestre, plus 36%.
35:25Aujourd'hui, on est dans une front-loading.
35:27Les résultats des boîtes du T1 vont continuer
35:29à être bons.
35:31C'est plutôt le T3 qui va prendre en pleine face
35:33ses effets récessifs.
35:35Il y a eu une forme d'inertie
35:37qui a peut-être même augmenté
35:39avec ces suspensions de tarifs,
35:41ces trêves, ces reports, etc.
35:43Ce n'est peut-être pas le T2 qui sera le plus affecté,
35:45mais c'est peut-être encore le trimestre suivant.
35:47Exactement.
35:49Quand vous voyez le S&P,
35:51on attend des résultats en hausse de 9%
35:53alors qu'on va faire 1% de croissance aux Etats-Unis,
35:55ça me semble toujours assez optimiste
35:57alors qu'on va moins vendre.
35:59On l'a dit tout à l'heure, c'est près de 70% du PIB
36:01la conso. Il y aura plus d'inflation,
36:03et moins de croissance.
36:05Les résultats attendus des entreprises,
36:07peut-être pas dès cette séquence-là,
36:09mais la prochaine, ça va être un peu impactant.
36:11Pour aller dans le sens de Jean-François,
36:13qui va payer la facture ?
36:15Il y a eu une étude hyper intéressante
36:17de la Fête de Saint-Louis
36:19qui montrait que les profits des entreprises américaines
36:21dans le revue national entre 2019 et 2024
36:23sont passés de 14% à 16%,
36:25ce qui est considérable.
36:27Les deux secteurs qui expliquent le plus cette progression
36:29sont le commerce de taille et le commerce de gros.
36:31Ils ont une petite marge,
36:33ça reste des niveaux de profitabilité en moyenne
36:35plus bas quand on parle de l'économie,
36:37mais ils ont eu pendant ces années Covid
36:39un peu de coussin qui peut leur permettre
36:41d'absorber un peu.
36:43Quelques surprofits quand même.
36:45C'est-à-dire de coussin à court terme,
36:47mais à la fin, c'est le consommateur américain.
36:49Pour le coup, toutes les études sont assez vivoques.
36:51Honnêtement, c'est le consommateur américain
36:53qui finit par payer plus cher.
36:55C'est un transfert des ménages américains vers l'État.
36:57Un petit mot de la France, il nous reste deux minutes.
36:59J'ai parlé de près chez Rex&Code
37:01la dynamique, la conjoncture française.
37:03Je sais qu'on parle beaucoup de la France.
37:05Je n'ai pas de problème avec ça.
37:07Du point de vue des marchés,
37:09ça n'a l'air de plus être un sujet.
37:11Pour l'instant.
37:13Effectivement, ça passe un peu au second plan.
37:15On a moins de 70 BP de spread.
37:17Tout à fait.
37:19Mais on voit toujours des risques.
37:21En tout cas, quand on interroge les entreprises
37:23desquelles on est proches,
37:25on voit qu'il y a toujours des risques importants
37:27parce qu'il y a une enquête qu'on réalise
37:29avec l'AFTE et le METI
37:31auprès des grandes entreprises.
37:33Les entreprises de taille moyenne, les ETI de taille moyenne.
37:35Exactement.
37:37Ce qui ressort quand on leur demande
37:39le risque numéro un en 2025,
37:41c'est d'abord le ralentissement économique
37:43et la baisse de la demande avant les tarifs.
37:45Viennent ensuite les risques géopolitiques
37:47parce que c'est des grands groupes qui sont exposés au choc mondial.
37:49Et ensuite vient le resserrement budgétaire potentiel en France.
37:51On conserve encore la politique domestique.
37:53On continue d'inquiéter.
37:55On l'a plus vu quand on avait interrogé les PME-TPE
37:57avec BPI France, qui est une autre enquête que l'on mène.
37:59Là, pour le coup, chez les PME-TPE,
38:01le sujet numéro un, c'est la politique qui va être menée
38:03au cours des prochains mois en France.
38:05On le voit bien. On a un Premier ministre qui nous dit
38:07qu'avant la mi-juillet, il y aura un plan de consolidation budgétaire
38:09qui a priori devrait être d'ampleur.
38:11Encore faut-il voir ce qu'il contient.
38:13Mais on le voit bien.
38:15On est quand même un peu dos au mur
38:17du point de vue budgétaire.
38:19Il va falloir faire quelque chose.
38:21On a dit que l'inflation est extrêmement basse en France
38:23relative au redressement du déficit public.
38:25À la fin, je pense qu'on n'évitera pas
38:27le sujet des dépenses.
38:29La question, c'est comment on se répartit la coûte.
38:31Et du point de vue des entreprises,
38:33ces facteurs spécifiques,
38:35idiosyncratiques, c'est quoi ?
38:37C'est moins de capex ?
38:39C'est moins d'embauches demain ?
38:41Quand on les interroge sur les projets d'embauche
38:43et les projets d'investissement, ils sont encore la moitié
38:45à nous parler soit d'attente, soit d'annulation.
38:47C'est toujours un facteur
38:49très pénalisant.
38:51Et puis, elles ont très peur d'être
38:53les premières touchées de l'ajustement budgétaire.
38:55On a vu que le budget 2024, quand on n'arrive pas à le boucler,
38:57à la fin, ça se termine par des prélèvements exceptionnels sur les boîtes.
38:59Je pense que c'est un petit peu ça
39:01qui est craint aujourd'hui.
39:03Il y a une situation spécifique de la France
39:05dans le concert des...
39:07Je viens de pas mal bouger
39:09international à l'international.
39:11Ce n'est pas de ça dont on vous parle.
39:13C'est une situation qui s'est très apaisée
39:15par rapport à ce qui était en juin, juillet et août.
39:17Oui, on a une espèce de normalisation
39:19par le bas, puisque c'est plutôt les Allemands
39:21qui deviennent Français, et donc on voit qu'il n'y a plus trop de stress
39:23sur le spread français, puisque les Allemands
39:25vont émettre 80-100 milliards
39:27de plus l'année prochaine.
39:29Oui, ça va quand même peser un peu sur le spread
39:31allemand, et donc, paradoxalement,
39:33aider un petit peu la France.
39:35En même temps, je trouve que le risque idiosyncratique
39:37France, alors ça, ça a été vu par les
39:39agences de rating, d'ailleurs, mais c'est que finalement
39:41le risque idiosyncratique France, il a plutôt diminué.
39:43Il y a beaucoup moins de chances aujourd'hui, ou de risques
39:45d'avoir une élection anticipée,
39:47comme ça l'était le cas il y a quelques mois.
39:49On voit bien que, finalement,
39:51on a passé un budget,
39:53que les économies,
39:55on en parlait juste tout à l'heure en antenne,
39:57c'est pas si compliqué que ça de trouver 20, 30,
39:5940 milliards.
40:01Le truc, c'est qu'il faut effectivement avoir un minimum
40:03de responsabilité
40:05au niveau
40:07des politiques qui vont les voter,
40:09mais bon, c'est ça le plus grand défi.
40:11Je crois qu'on reste dans un truc très franco-français, quand même.
40:13Merci beaucoup, messieurs. Merci d'avoir été les invités
40:15de ce marché ce soir.
40:17Aymeric Blond, Taylor Asset Management,
40:19Anthony Morley, Léa Vidali, Rex Ecode,
40:21et Jean-François Robin, Natixis.
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