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  • il y a 5 jours
Xi Jinping a fait de la « réunification » entre la République Populaire de Chine et la République de Chine (Taïwan), une priorité de la diplomatie chinoise, qualifiant celle-ci d'« inévitabilité historique ». L'émergence de la Chine en tant que superpuissance au cours du XXIe siècle met en effet à mal le maintien du statu quo en vigueur depuis l'exil de Tchang Kaï-chek sur l'île, qui compte aujourd'hui près de 23 millions d'habitants.

Quelles sont les bases de ce statu quo de plus en plus menacé par une hausse des exercices militaires dans le détroit qui sépare les deux entités et une diplomatie chinoise toujours plus agressive ? Comment se structure le paysage politique taïwanais ? Taïwan risque-t-elle de servir de monnaie d'échange entre les États-Unis et la Chine ?

Pour en débattre, Jean-Pierre Gratien reçoit Valérie Niquet, spécialiste des relations internationales et des questions stratégiques en Asie à la Fondation pour la Recherche stratégique et Jean-Pierre Cabestan, sinologue et directeur de recherche émérite au CNRS.

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Transcription
00:00:03Générique
00:00:16Bienvenue à tous dans des Badogs.
00:00:18Pour l'heure, Taïwan est comme un îlot démocratique au large des côtes de la Chine communiste.
00:00:23Mais jusqu'à quand ?
00:00:24La question est posée dans le documentaire que nous vous proposons aujourd'hui.
00:00:29Nous sommes Taïwan, réalisé par les journalistes Pierre Aski et Camille Le Pommelec.
00:00:34Je vous laisse tout de suite le découvrir.
00:00:36Et je vous retrouverai juste après, sur ce plateau, en compagnie du sinologue Jean-Pierre Cabestan
00:00:41et de la spécialiste des questions stratégiques asiatiques Valérie Niquet.
00:00:46Avec eux, nous nous interrogerons sur l'avenir de Taïwan et de ses 24 millions d'habitants.
00:00:52Bon doc.
00:01:06La marche de l'histoire mène à la réunification de la Chine
00:01:13et à la renaissance de la nation chinoise.
00:01:17Jamais nous ne renoncerons à l'emploi de la force.
00:01:24Les autorités de Pékin ne doivent pas sous-estimer la force de la démocratie taïwanaise.
00:01:31Taïwan assumera ses responsabilités et se défendra elle-même.
00:01:37La résolution du problème taïwanais ainsi que la réunification complète de la Chine
00:01:43sont les missions historiques du parti communiste chinois et un engagement inébranlable.
00:01:50Nous préserverons fermement notre souveraineté.
00:01:53Nous défendrons la liberté et la démocratie et protégerons notre sécurité nationale.
00:01:59De part et d'autre du détroit de Taïwan, une bataille des récits est engagée entre Taïpé et Pékin.
00:02:06Une démonstration de force à haut risque entre deux capitales rivales.
00:02:11Le résultat d'un accident de l'histoire, sept décennies plus tôt.
00:02:17En 1949, le général Chiang Kai-shek et son armée fuient la Chine
00:02:22devant l'avancée des troupes communistes de Mao Zedong.
00:02:26Ils s'embarquent pour Taïwan et y imposent leur pouvoir.
00:02:30L'île devient la République de Chine.
00:02:32Taïwan, elle doit servir de bastion à la reconquête du continent.
00:02:36Mais rien ne va se passer comme prévu.
00:02:4170 ans plus tard, Taïwan est devenue une nation et une démocratie modèle.
00:02:47Alors que Pékin a fait de sa conquête un objectif absolu et symbolique,
00:02:52l'île cultive sa spécificité.
00:02:5524 millions d'habitants s'éloignent du continent, inexorablement.
00:03:00La rupture du statu quo fait courir au monde le risque d'un conflit généralisé.
00:03:05On est un peu plus tard, on est un peu plus tard à la tension
00:03:57Les montagnes de Taïwan sont le secret le mieux gardé de la belle île, sa colonne vertébrale.
00:04:05Elles servent aussi de refuge aux aborigènes du pays, lointains cousins des peuples d'Océanie.
00:04:1316 tribus et 16 langues qui ont survécu tant bien que mal aux assauts successifs des colons.
00:04:22Discriminés, dépouillés de l'essentiel de leur terre, les aborigènes ne forment plus que 2% de la population.
00:04:29500 000 personnes qui font l'objet en période électorale de toutes les attentions.
00:04:45Cette assemblée de retraités accueille l'une des personnalités aborigènes les plus célèbres de Taïwan.
00:05:05Kolas Yotaka, 38 ans, est l'actuelle porte-parole de la présidente de Taïwan.
00:05:10Elle se présente au poste de gouverneur du district de Hualien à l'est de l'île, sa région natale,
00:05:17pour la première fois.
00:05:20Je voulais que vous ne me voyiez en personne, car je ne porte pas de maquillage aujourd'hui.
00:05:27Et j'espère que vous n'êtes pas trop déçus.
00:05:30Bon, super, merci à vous. Je vous souhaite à tous une belle réussite.
00:05:42Ce matin, la candidate assiste à un concours de chant et c'est elle qui doit ouvrir le bal.
00:05:48Faites comme vous voulez. Les plus âgés peuvent aussi danser avec nous, ok ?
00:05:52Très bien. Alors, levez les mains, dansons ensemble.
00:05:56Je vais vous interpréter une chanson de Fong Fei Fei qui s'intitule Aime-moi d'amour.
00:06:13Kolas Yotaka a choisi une chanson en mandarin et pourtant, elle ne se considère pas comme chinoise.
00:06:20Cette ancienne présentatrice de la télévision aborigène est l'un des visages du renouveau culturel des tribus.
00:06:31Les chants, la danse, ce sont des moyens d'expression très importants chez nous,
00:06:36pour communiquer nos émotions et transmettre notre histoire, car nous n'avons pas de système d'écriture.
00:06:50Beaucoup d'étrangers ignorent qu'il existe des tribus aborigènes à Taïwan.
00:06:55Ils pensent que les Taïwanais sont chinois. C'est faux.
00:07:00Il y a 16 tribus à Taïwan.
00:07:03J'appartiens à la tribu Amis, la plus peuplée des tribus.
00:07:12Ma famille a traversé toute l'histoire coloniale taïwanaise.
00:07:16Au début, il y a 400 ans, les aborigènes étaient les seuls à vivre sur l'île.
00:07:20Puis les Espagnols sont arrivés.
00:07:23Ensuite, les Hollandais se sont installés pour le commerce.
00:07:27Puis la dynastie Manchu des Tsing.
00:07:29Et puis, en 1895, les Japonais ont attaqué et défait les Manchu et se sont emparés de Taïwan.
00:07:46Mon grand-père était japonais.
00:07:51C'est pour cela que je m'appelle Yotaka.
00:07:55C'est un nom japonais.
00:07:57C'est le nom de mon père.
00:08:07La conquête japonaise débute en 1895.
00:08:12Taïwan est alors connue sous le nom de Formose, la belle île en portugais.
00:08:18Les nouveaux maîtres bâtissent monuments et infrastructures
00:08:22et font de l'île tropicale le jardin de l'Empire.
00:08:26Langue et non japonais obligatoire.
00:08:36Ces images d'archives exceptionnelles ont été tournées dans les années 1930.
00:08:43Les tribus conservent certaines de leurs coutumes.
00:08:47Elles doivent néanmoins rendre un culte à l'empereur du Japon.
00:08:58Toute contestation est sévèrement réprimée.
00:09:01Du gaz moutarde sera employé pour punir une tribu.
00:09:09Après la capitulation japonaise en 1945, l'île revient à la République de Chine
00:09:15qui envoie l'armée prendre possession de Taïwan.
00:09:19Les nouveaux maîtres imposent à leur tour l'usage du mandarin
00:09:23et bannissent les noms à consonance japonaise.
00:09:31Ce n'est qu'en 2005 que Kola Siotaka a pu retrouver l'usage de son nom.
00:09:36Elle fait campagne sur son identité aborigène.
00:09:47La candidate a reçu l'investiture du Parti démocrate progressiste.
00:09:51La présidente de ce même parti a été la première chef d'État de Taïwan
00:09:56à formuler des excuses officielles aux tribus
00:09:59et à reconnaître leur apport à l'identité de l'île.
00:10:07Après 400 ans de colonisation, Taïwan a fusionné toutes ces histoires
00:10:12pour former une identité spécifique.
00:10:15Cette identité repose sur des cultures, des spiritualités,
00:10:20des langues et même une nourriture et une façon de vivre qui nous sont propres.
00:10:28Kola Siotaka incarne ce nouvel ADN taïwanais.
00:10:32Ouvert, inclusif, démocratique.
00:10:35Une provocation aux oreilles de Pékin.
00:10:38Une révolution aussi face à la conception traditionnelle de l'identité de l'île
00:10:44imposée par le généralissime Chiang Kai-shek.
00:10:49Son mémorial, grandiose, trône toujours au centre de Taïpe, la capitale.
00:11:02A chaque heure, des sentinelles paradent aux pieds de l'ancien dictateur
00:11:06dont l'héritage est aujourd'hui controversé.
00:11:28Né au sud de Shanghai à la fin du 19e siècle,
00:11:31le général Chiang Kai-shek est premier ministre de la République de Chine
00:11:36lorsque le Japon part à la conquête de la Chine dans les années 1930.
00:11:41Il prend la tête de la résistance armée.
00:11:48Le militaire incarne alors son pays aux côtés des alliés américains et britanniques,
00:11:54Roosevelt et Churchill.
00:11:58Après la reddition du Japon en 1945,
00:12:02Chiang Kai-shek est élu président de la République de Chine.
00:12:08Mais une guerre civile l'oppose bientôt à ses anciens alliés communistes
00:12:12menés par Mao Zedong.
00:12:36En septembre 1949,
00:12:39les troupes communistes entrent dans Pékin.
00:12:41Mao Zedong triomphe.
00:13:02La déroute nationaliste est totale.
00:13:10Les étrangers quittent le pays
00:13:12et Chiang Kai-shek leur emboîte le pas.
00:13:15Il emporte dans sa fuite
00:13:17une grande partie des trésors de la cité interdite
00:13:20et deux millions de soldats nationalistes et leurs familles.
00:13:24Direction Taïwan,
00:13:26sous la protection de la 7e flotte américaine.
00:13:37Taïpé devient la nouvelle capitale de la République de Chine.
00:13:41Seul gouvernement légitime,
00:13:42alors,
00:13:43pour la communauté internationale.
00:13:46Désormais,
00:13:47deux Chines se font face.
00:13:53Avec l'argent de l'Amérique,
00:13:55le général va d'abord lancer une vaste réforme agraire.
00:14:01Les rendements explosent.
00:14:03Point de départ d'un développement rapide de l'économie.
00:14:11C'est ce qu'est venu constater en 1960
00:14:14avec le président américain Eisenhower.
00:14:18Le protecteur et parrain de l'île anticommuniste.
00:14:44Le vieux général meurt en 1975,
00:14:47un an avant Mao.
00:14:49La reconquête n'a pas eu lieu,
00:14:50mais Taïwan a gagné la compétition économique.
00:14:54La richesse par habitant y est alors
00:14:56cinq fois plus importante qu'en Chine continentale.
00:15:00Un écart qui explose les années suivantes
00:15:02sous la houlette du fils du dictateur,
00:15:05Chang Ching-Kuo.
00:15:07Il lance un plan d'investissement massif
00:15:09dans les infrastructures.
00:15:13Les entreprises occidentales affluent.
00:15:16C'est le fameux « made in Taïwan ».
00:15:27Quelles sont les conditions de travail
00:15:29pendant ces usines ?
00:15:30Travaillent combien d'heures par jour ?
00:15:31Normalement, dix à douze heures par jour
00:15:34et sept jours par semaine.
00:15:37Ils n'ont pas de jours de repos ?
00:15:38Ils ont par mois trois jours maximum.
00:15:41Et quand il y a trop de travail ?
00:15:42Ils travaillent toujours.
00:15:49Toute opposition est bannie
00:15:51et les prisons sont pleines,
00:15:53comme le rapporte un reportage
00:15:55de la télévision suisse
00:15:56tourné en 1967.
00:16:11Dans les prisons de l'île,
00:16:12les cinq polices du régime
00:16:13enferment tous ceux qui s'écartent
00:16:15de la ligne officielle.
00:16:16Beaucoup de ces hommes sont des formosans
00:16:18qui considèrent les deux millions
00:16:20de Chinois continentaux venus en 1949
00:16:22comme des occupants.
00:16:24Ils contestent aux métropolitains
00:16:26le droit de faire la loi dans le riz.
00:16:31La répression avait débuté
00:16:32dès l'année 1947
00:16:34avec l'écrasement d'une série
00:16:36de manifestations hostiles
00:16:38aux nouveaux pouvoirs nationalistes.
00:16:41Connue sous le nom d'Incident 228,
00:16:44ce massacre originel fit entre 18 000
00:16:47et 38 000 morts.
00:16:55Entre 1949 et 1988,
00:16:58pendant les années de loi martiale,
00:17:01le régime a mis sous les verrous
00:17:02près de 140 000 prisonniers politiques
00:17:05et condamné 3 000 à 4 000 d'entre eux
00:17:08à la peine de mort.
00:17:12Leurs noms sont inscrits
00:17:13à l'entrée de cette ancienne prison
00:17:15transformée en musée,
00:17:17le mémorial de la terreur blanche.
00:17:19C'est l'expression choisie
00:17:21par les historiens
00:17:22pour qualifier cette période
00:17:23longtemps taboue.
00:17:39Si le cinéma taïwanais
00:17:41s'est emparé de cette histoire
00:17:42dès la fin des années 1980,
00:17:45ce n'est que récemment
00:17:46qu'il la raconte aux féminins
00:17:48en mémoire des centaines de femmes
00:17:50emprisonnées par le régime.
00:18:05Elles adoraient lire.
00:18:07Elles avaient de grands idéaux.
00:18:09Mais elles ne savaient pas
00:18:10que ces idéaux les conduiraient
00:18:11à se faire arrêter
00:18:12et à se faire déporter.
00:18:14Si elles n'avaient pas été arrêtées,
00:18:16elles auraient pu tomber amoureuses,
00:18:18elles auraient eu des petits amis,
00:18:20elles auraient pu continuer leurs études,
00:18:22elles auraient eu un avenir brillant.
00:18:24Elles auraient fait partie
00:18:25du premier groupe
00:18:26de femmes intellectuelles de Taïwan
00:18:27et auraient pu éduquer
00:18:29la génération suivante
00:18:30et obtenir davantage de droits
00:18:32pour les femmes taïwanaises.
00:18:35Zero True,
00:18:36une réalisatrice taïwanaise
00:18:37connue pour ses films féministes,
00:18:39vient de consacrer
00:18:41un long métrage à cette histoire.
00:18:43Les clichés pris sur le tournage
00:18:44sont exposés dans le musée.
00:18:58Le film raconte l'histoire
00:18:59de trois femmes emprisonnées
00:19:01dans les années 1950
00:19:02et déportées dans la prison
00:19:04de Green Island,
00:19:05une île située au large de Taïwan
00:19:07dans l'océan Pacifique.
00:19:10Trois femmes dont le profil
00:19:11est basé sur des personnages réels.
00:19:22Avant de réaliser le film,
00:19:24j'ai fait beaucoup
00:19:24de recherches historiques.
00:19:26J'ai dû lire une trentaine de livres.
00:19:29Et bien sûr,
00:19:30j'ai vu beaucoup de photos.
00:19:33Parmi elles,
00:19:33il y avait celles de 14 prisonniers
00:19:35condamnés à mort.
00:19:40Ils étaient dans différentes prisons
00:19:42et sans se consulter,
00:19:44ils ont tous eu la même réaction
00:19:45avant leur exécution.
00:19:47Ils ont fait un sourire aux photographes.
00:19:50Leur intégrité
00:19:51et leur noblesse de cœur
00:19:52sont inimaginables.
00:19:54C'était des rebelles.
00:19:57J'ai mis cet esprit de résistance
00:20:01dans l'une de mes héroïnes.
00:20:05Je voulais que les spectateurs
00:20:06se demandent
00:20:07comment ils auraient réagi
00:20:08à leur place
00:20:08s'ils avaient été emprisonnés
00:20:10pour des raisons politiques.
00:20:24Bienvenue à l'avant-première
00:20:25du film Untold Her Story
00:20:27qui sort demain en salle.
00:20:32Et c'est au tour
00:20:33de la réalisatrice Zero Chu
00:20:34de fouler le tapis rouge.
00:20:39Ce soir,
00:20:40aux côtés de plusieurs victimes,
00:20:42un hôte de marque
00:20:43s'est déplacé,
00:20:44le vice-président taïwanais.
00:20:47Le second personnage de l'État,
00:20:50élu du Parti démocrate progressiste,
00:20:52est venu apporter son soutien
00:20:54au producteur du film,
00:20:55un ancien homme politique
00:20:57qui est aussi le fils
00:20:58d'une victime
00:20:59de la terreur blanche.
00:21:02Et maintenant,
00:21:02je vous invite tous
00:21:03à rejoindre la salle de projection.
00:21:05Merci.
00:21:05Merci à tous.
00:21:10Dans le film,
00:21:12vous constaterez que le dictateur
00:21:14est la seule source du mal
00:21:15pour les victimes
00:21:17et même
00:21:18pour les complices du régime.
00:21:23J'aimerais que les spectateurs
00:21:25comprennent la chose suivante.
00:21:30Tant que notre pays
00:21:31ne prend pas la mesure
00:21:32du mal infligé
00:21:33par l'ancien dictateur,
00:21:36justice n'aura pas été rendue.
00:21:40Si ce processus
00:21:41continue à être retardé,
00:21:43c'est toute notre démocratie
00:21:45qui en bâtira.
00:21:48Ce débat sur l'héritage
00:21:49de Chiang Kai-shek
00:21:50est une constante à Taïwan
00:21:52depuis la fin de la dictature.
00:22:011996,
00:22:02les premières élections libres
00:22:04se tiennent à Taïwan
00:22:05après 50 ans d'autoritarisme.
00:22:09C'est le fils du despote
00:22:11qui a souhaité
00:22:12cette transition démocratique
00:22:13en douceur,
00:22:14un moment historique.
00:22:20Et c'est son successeur,
00:22:22le candidat du parti nationaliste
00:22:24qui est élu,
00:22:25Li Tenghui,
00:22:26un technocrate
00:22:27né sur l'île.
00:22:30Le nouveau président
00:22:31vide les prisons
00:22:32et engage plusieurs réformes
00:22:34pour mettre fin
00:22:35au régime autocratique.
00:22:40Mais il faudra attendre
00:22:42l'alternance politique
00:22:43pour voir le visage
00:22:44de Chiang Kai-shek
00:22:45s'éclipser
00:22:46de l'espace public.
00:23:00La plupart des statues
00:23:01de l'île ont été déplacées
00:23:03dans ce jardin public
00:23:04dans les années 2000.
00:23:07Mais la figure du dictateur
00:23:09reste présente
00:23:10sur certains billets
00:23:11et certaines pièces de monnaie
00:23:12et cela ne devrait pas
00:23:14changer de si tôt.
00:23:24Refus catégorique
00:23:25du Kuomintang,
00:23:26le parti nationaliste,
00:23:27l'un des deux grands partis
00:23:28de l'île
00:23:29qui fait toujours trôner
00:23:31Chiang Kai-shek
00:23:31dans son hall d'accueil.
00:23:35Seul mouvement politique
00:23:36autorisé pendant la dictature,
00:23:38le Kuomintang refuse
00:23:40de désavouer
00:23:40son ancien mentor.
00:23:46Comme vous le savez,
00:23:47une commission a conclu
00:23:48qu'il fallait entièrement
00:23:49retirer Chiang Kai-shek
00:23:51de l'espace public
00:23:52taïwanais.
00:23:53Quelle est la position
00:23:54officielle du Kuomintang
00:23:56à ce sujet ?
00:24:03Je pense que le parti démocrate
00:24:05progressiste a déjà
00:24:06retiré suffisamment
00:24:07de statuts.
00:24:12Le Kuomintang pense
00:24:13qu'il ne faut pas oublier
00:24:15les nombreux apports
00:24:16de Chiang Kai-shek
00:24:17en raison de certains
00:24:19chapitres historiques.
00:24:22Ils ont déjà commencé
00:24:23à changer les livres scolaires.
00:24:26On n'enseigne plus
00:24:27l'histoire de la Chine
00:24:28par exemple.
00:24:30On n'enseigne plus
00:24:31notre passé.
00:24:33Ce n'est pas bien.
00:24:36Cela aura des conséquences
00:24:37néfastes
00:24:38pour la nouvelle génération.
00:24:45Ces dernières années,
00:24:46le Kuomintang est devenu
00:24:47le champion
00:24:48de l'identité chinoise
00:24:50de l'île.
00:24:51Il promeut
00:24:52une attitude conciliante
00:24:53vis-à-vis de Pékin,
00:24:54l'ancien ennemi communiste.
00:24:57En 2015,
00:24:59le président Ma Ying-jo,
00:25:00numéro un
00:25:01alors du parti nationaliste,
00:25:03était allé serrer la main
00:25:04du président Xi Jinping
00:25:06à Singapour.
00:25:07Une rencontre historique
00:25:09qui a fait polémique
00:25:10au sein même
00:25:11du Kuomintang.
00:25:14Alors que la jeunesse
00:25:15du parti se vit
00:25:16taïwanaise,
00:25:18la vieille garde soutient
00:25:19une unification rapide
00:25:21avec le continent.
00:25:26Beaucoup de gens
00:25:26considèrent que le mot
00:25:27« chine »
00:25:28est un gros mot.
00:25:29Mais pour moi,
00:25:30c'est un atout.
00:25:31Parce que la Chine
00:25:32n'est pas le monopole
00:25:33du parti communiste chinois.
00:25:35La Chine,
00:25:36c'est 5000 ans d'histoire.
00:25:37Et les deux côtés
00:25:38du détroit de Taïwan
00:25:39appartiennent à la Chine.
00:25:41Donc, en réalité,
00:25:42ces deux côtés
00:25:43sont en état de partition.
00:25:46Mes idées ne sont peut-être
00:25:47pas majoritaires à Taïwan,
00:25:48mais je pense qu'au fond,
00:25:5040% de la population
00:25:51pense comme moi.
00:26:00Chinois ou Taïwanais ?
00:26:02Ou Taïwanais et Chinois ?
00:26:04La question est régulièrement
00:26:05posée à la population
00:26:06de l'île.
00:26:07Alors qu'à la fin
00:26:08de la dictature,
00:26:09dans les années 1990,
00:26:1220% seulement
00:26:13de la population
00:26:13se déclarait
00:26:14taïwanaise
00:26:15à l'exclusion
00:26:16de toute autre identité,
00:26:18cette proportion
00:26:19est aujourd'hui
00:26:20largement majoritaire,
00:26:2264%.
00:26:24Quant à ceux
00:26:25qui se disent
00:26:26uniquement chinois,
00:26:27ils ont aujourd'hui
00:26:28quasiment disparu.
00:26:34Jamais pourtant
00:26:35les deux économies
00:26:36n'ont été
00:26:36aussi imbriquées.
00:26:38Plusieurs centaines
00:26:39de milliers de Taïwanais
00:26:40travaillent sur le continent.
00:26:42et la Chine absorbe
00:26:4340%
00:26:44des exportations
00:26:45taïwanaises.
00:26:48Même au sein
00:26:49des milieux d'affaires,
00:26:50les regards se détournent
00:26:51désormais
00:26:51de la République populaire.
00:26:57Je m'appelle Robert Cao.
00:27:00Je suis l'un des pionniers
00:27:01du secteur
00:27:02des semi-conducteurs
00:27:02à Taïwan.
00:27:10Robert Cao, 75 ans,
00:27:12est le fondateur
00:27:13du groupe UMC.
00:27:1420 000 employés,
00:27:16le troisième groupe
00:27:17de semi-conducteurs
00:27:18au monde.
00:27:24En 1976,
00:27:26Robert Cao faisait partie
00:27:28du groupe
00:27:28de brillants ingénieurs
00:27:29envoyés aux Etats-Unis
00:27:31par le gouvernement taïwanais
00:27:32pour maîtriser
00:27:34cette technologie d'avenir.
00:27:36Elle est utilisée
00:27:37depuis
00:27:37dans la plupart
00:27:38des objets du quotidien,
00:27:39voitures,
00:27:40ordinateurs,
00:27:41smartphones.
00:27:44Taïwan en détient
00:27:45aujourd'hui
00:27:45le quasi-monopole.
00:27:50Dans les années 2000,
00:27:51alors que la Chine
00:27:52s'ouvre au monde,
00:27:53Robert Cao participe
00:27:54à l'inauguration
00:27:55de la première usine
00:27:57de semi-conducteurs
00:27:58sur le continent.
00:27:59Ce grand collectionneur
00:28:01d'art chinois
00:28:01est proche alors
00:28:02du pouvoir de Pékin.
00:28:04Il milite
00:28:05pour l'unification.
00:28:09À l'époque,
00:28:10la situation
00:28:10de la Chine continentale
00:28:12était vraiment prometteuse.
00:28:14Le boom économique
00:28:15nourrissait la croissance
00:28:16du monde entier.
00:28:19On pouvait espérer
00:28:21que le pays
00:28:21devienne une démocratie.
00:28:23Aujourd'hui,
00:28:24tout le monde a compris
00:28:25que c'était une erreur,
00:28:26je pense.
00:28:32Le détonateur
00:28:33de sa prise de conscience,
00:28:34ce sont les émeutes
00:28:35de Hong Kong
00:28:36en 2019.
00:28:38La ville avait été
00:28:39rétrocédée
00:28:40par le Royaume-Uni
00:28:41à la Chine
00:28:41en échange
00:28:42d'un statut à part
00:28:44qui préserve
00:28:45son identité démocratique.
00:28:46Un pays,
00:28:48deux systèmes.
00:28:50Mais au printemps
00:28:512019,
00:28:53le régime annonce
00:28:53une réforme
00:28:54qui rompt
00:28:55avec les promesses faites
00:28:56et mettra fin
00:28:57à la spécificité
00:28:58hongkongaise.
00:29:00Robert Zhao
00:29:00vit alors sur place.
00:29:08Le parti communiste chinois
00:29:10a fait appel
00:29:11à des gangs criminels.
00:29:13Et le 21 juillet,
00:29:15ils ont envoyé
00:29:16leur sbire
00:29:16dans la station
00:29:17de métro
00:29:17de Yuanlong.
00:29:18Ils ont battu
00:29:19des citoyens
00:29:20Hong Kong
00:29:20et à coups de bâton.
00:29:33Ils voulaient leur faire peur
00:29:35pour que les manifestations
00:29:36s'arrêtent.
00:29:38Ce genre de hooliganisme
00:29:40m'a fait complètement désespéré
00:29:42du parti communiste chinois.
00:29:47Le milliardaire
00:29:48en est convaincu.
00:29:49En cas d'unification,
00:29:51Taïwan connaîtra
00:29:52le même destin
00:29:53que Hong Kong.
00:29:57Il décide
00:29:58de rentrer dans l'île
00:29:59pour participer
00:29:59à la guerre
00:30:00inévitable
00:30:01selon lui
00:30:02et il a annoncé
00:30:03un don,
00:30:04100 millions d'euros
00:30:05pour la défense
00:30:06de Taïwan.
00:30:1030 millions
00:30:11financent déjà
00:30:12une école
00:30:13de formation
00:30:13à la défense civile.
00:30:15L'académie
00:30:15des ours noirs,
00:30:17l'animal
00:30:17emblématique
00:30:18de l'île.
00:30:24Sur un champ
00:30:25de bataille,
00:30:26il faut rester
00:30:26sur ses gardes
00:30:27en permanence.
00:30:28L'ennemi peut être
00:30:29près de vous
00:30:29sans que vous le sachiez.
00:30:31D'accord ?
00:30:32Restez sur vos gardes
00:30:34lorsque votre collègue
00:30:34soigne quelqu'un.
00:30:36Dites-lui de se dépêcher
00:30:36et dès que c'est fini,
00:30:38partez immédiatement.
00:30:39Ok ?
00:30:39Ok ?
00:30:42Cet après-midi,
00:30:43ce pompier délivre
00:30:44un enseignement
00:30:45sur les blessures
00:30:46de guerre.
00:30:48Manipulation
00:30:48d'un garrot tourniquet,
00:30:50geste de premier secours,
00:30:52technique de lutte
00:30:53contre la désinformation
00:30:54en ligne.
00:30:56Le stage dure
00:30:57deux jours
00:30:57et depuis sa création
00:30:59en 2021,
00:31:00il affiche complet.
00:31:04Lorsque vous avez terminé,
00:31:06levez la main
00:31:06et criez.
00:31:10Ok, super,
00:31:11tout le monde est rapide.
00:31:1430 secondes,
00:31:15c'est parfait.
00:31:18À Taïwan,
00:31:20le service militaire
00:31:20est réservé aux hommes
00:31:22et se limite
00:31:22à 4 mois.
00:31:25Cette durée
00:31:26passera à un an
00:31:27à partir de 2024,
00:31:29mais peu de monde
00:31:30se sent préparé
00:31:31à faire face
00:31:31à une invasion
00:31:32et l'agression russe
00:31:33en Ukraine
00:31:34n'a rassuré personne.
00:31:40Je pense qu'il faut
00:31:41toujours se préparer
00:31:42au pire.
00:31:43C'est comme souscrire
00:31:44à une assurance.
00:31:46Ici,
00:31:47je fais l'apprentissage
00:31:48de connaissances
00:31:48qui me permettront
00:31:49de réagir
00:31:50à une situation
00:31:50totalement inconnue
00:31:52et je pourrais
00:31:53en faire profiter
00:31:53mes proches.
00:31:58Je suis né
00:31:59dans les années 50,
00:32:00donc j'ai connu
00:32:01des temps difficiles,
00:32:02la loi martiale
00:32:03et je ne veux pas
00:32:05que Taïwan les revive.
00:32:09Aujourd'hui,
00:32:10il est évident
00:32:10que notre voisin
00:32:11veut faire de nous
00:32:12ses esclaves
00:32:13et c'est inacceptable.
00:32:22En un an,
00:32:233000 personnes
00:32:24ont fait le stage.
00:32:25Pas suffisant,
00:32:27selon Robert Cao,
00:32:28qui a pour ambition
00:32:29de former
00:32:293 millions de citoyens
00:32:31et multiplie
00:32:32les interventions
00:32:33dans les médias
00:32:33contre les partisans
00:32:35de l'unification.
00:32:43Vous voulez vraiment
00:32:44transférer
00:32:45notre souveraineté
00:32:46au continent ?
00:32:48Nous élisons
00:32:49notre président.
00:32:50Nous sommes
00:32:50des citoyens égaux.
00:32:51Vous voulez vraiment
00:32:52vivre sous un régime
00:32:53autocratique ?
00:32:55Il faut s'unir
00:32:56et si la guerre arrive,
00:32:58combattre comme les Afghans
00:32:59face aux Russes
00:33:00et face aux Américains.
00:33:04Et pour unir
00:33:05les citoyens
00:33:06de l'île
00:33:06et clarifier les choses,
00:33:08le milliardaire
00:33:09se déclare partisan
00:33:10de l'impensable.
00:33:13Changer la constitution
00:33:14pour changer
00:33:16le nom du pays
00:33:16qui s'appelle toujours
00:33:18République de Chine
00:33:19en Taïwan.
00:33:22Mais Pékin a prévenu
00:33:23ce pas symbolique
00:33:24vers une indépendance
00:33:25officielle,
00:33:26c'est la guerre.
00:33:31Si une très grande
00:33:32majorité de Taïwanais
00:33:33ne veut pas
00:33:34de l'unification,
00:33:35ils sont tout aussi
00:33:36nombreux à préférer
00:33:37le statut quo,
00:33:39à ne pas vouloir
00:33:40provoquer la Chine,
00:33:41surtout dans les territoires
00:33:43les plus proches
00:33:43du continent,
00:33:45comme ici,
00:33:46à Kinmen.
00:33:50C'est un confetti
00:33:51de terre
00:33:52enclavé en zone rouge,
00:33:54une collection
00:33:55d'îles distantes
00:33:56de quelques kilomètres
00:33:57seulement
00:33:57des gratte-ciels
00:33:59de la République
00:33:59populaire de Chine.
00:34:03L'archipel
00:34:04de Kinmen,
00:34:05autrefois appelé
00:34:06Chemoy,
00:34:07a connu la guerre,
00:34:08la vraie,
00:34:09avec son lot
00:34:09de destruction,
00:34:10c'était dans
00:34:11les années 50.
00:34:18Point de tension
00:34:19extrême
00:34:20dans les relations
00:34:20internationales,
00:34:22Chemoy vit isolé
00:34:23derrière un rideau
00:34:24d'obus
00:34:24que déversent
00:34:25les batteries
00:34:26côtières
00:34:26de la Chine
00:34:27communiste.
00:34:28L'hôpital militaire
00:34:29abrite beaucoup
00:34:30de blessés
00:34:30qui n'avaient pas
00:34:31d'uniforme.
00:34:32Les rues et les maisons
00:34:33de l'île
00:34:34portent la marque
00:34:35de la guerre.
00:34:35Les rues et les rues
00:34:45de l'île
00:34:47d'uniforme.
00:34:48Les rues et les rues
00:34:57d'uniforme.
00:35:03Les rues et les rues
00:35:05sont tombés.
00:35:06Dans cette maison,
00:35:07nous avons reçu
00:35:08plusieurs obus.
00:35:11Deux sont tombés
00:35:12devant,
00:35:12sur la façade.
00:35:14Un autre a traversé
00:35:15le plafond
00:35:16au troisième étage
00:35:18et juste là,
00:35:19dans la cour,
00:35:20trois autres obus
00:35:21sont tombés.
00:35:30Lorsque l'obus a éclaté,
00:35:32un éclat a brisé
00:35:33mon avant-bras gauche.
00:35:34Il s'est complètement
00:35:35séparé de mon corps.
00:35:38J'ai dû subir
00:35:39trois opérations
00:35:40pour le recouvre.
00:35:43Mais le plus grave,
00:35:44ce n'est pas ça.
00:35:45Le plus grave,
00:35:46c'est ici,
00:35:47à la hanche.
00:35:47Vous voyez ?
00:35:50Il n'y a plus d'eau ici.
00:35:57Natif de l'île,
00:35:58officier de carrière,
00:36:00Lin Matang
00:36:00a connu Kinmen
00:36:02pendant la guerre froide.
00:36:08L'archipel était alors
00:36:09directement placé
00:36:11sous autorité militaire.
00:36:13Cent mille soldats
00:36:14stationnés
00:36:14dans un immense
00:36:15réseau de bunkers.
00:36:22Des obus pleuvaient
00:36:24de part et d'autre,
00:36:25un jour sur deux,
00:36:26jusque dans les années 1970.
00:36:28Kinmen était alors
00:36:30l'avant-poste de Taïwan.
00:36:38Quand soufflent
00:36:39les vents favorables,
00:36:40d'énormes ballons
00:36:41emportent vers le continent
00:36:42communiste,
00:36:43situé à moins de 5 km,
00:36:44de menus produits
00:36:45destinés à saper
00:36:46le moral
00:36:47de l'adversaire.
00:36:48Il doit ainsi
00:36:49tomber du ciel
00:36:50sur la côte communiste.
00:36:51Plus de paquets
00:36:52de biscuits,
00:36:53de tubes de pâte
00:36:54dentifrice,
00:36:55de sous-vêtements
00:36:55féminins enveloppés
00:36:56dans le portrait
00:36:57de Chiang Kai-shek,
00:36:58qu'il n'est tombé
00:36:59de manne sur la tête
00:37:00des Hébreux.
00:37:04Et pour faire bonne mesure,
00:37:0515 heures par jour,
00:37:07de puissants haut-parleurs
00:37:08vont porter jusqu'à l'intérieur
00:37:09des terres communistes
00:37:10la ration quotidienne
00:37:11des accusations nationalistes
00:37:13contre le régime de Pékin.
00:37:29En 1994,
00:37:31l'immense majorité
00:37:32des soldats est partie
00:37:33et des millions
00:37:34de touristes
00:37:35les ont bientôt remplacés
00:37:37venus de Chine continentale.
00:37:42Pékin fournit désormais
00:37:43l'eau aux îles
00:37:44et a même proposé
00:37:46de bâtir un pont.
00:37:47Les habitants de Kinmen
00:37:48applaudissent,
00:37:50vétérans en tête.
00:37:56Ils n'arrêtaient pas
00:37:57de nous hurler dessus
00:37:5824 heures sur 24.
00:38:00Et on faisait la même chose.
00:38:05On nous avait appris
00:38:07à les haïr.
00:38:09Et maintenant,
00:38:10on a plein d'amis
00:38:11et de la famille
00:38:12de l'autre côté du Détroit.
00:38:15Ils viennent souvent
00:38:16nous rendre visite
00:38:17avec le ferry.
00:38:21Partisans de la Chine,
00:38:23partisans de l'unification,
00:38:25Lin Matang
00:38:26se vit surtout
00:38:27en partisans de la paix.
00:38:30Pas question
00:38:31de provoquer
00:38:32le puissant voisin.
00:38:33Pas question
00:38:34de voir les menaces
00:38:35du régime communiste
00:38:36formulées très officiellement
00:38:38à la télévision
00:38:39d'État chinoise
00:38:40mises à exécution.
00:38:45Il n'y a qu'une seule Chine
00:38:47dans le monde.
00:38:48Et Taïwan
00:38:49est une partie
00:38:49inaliénable du territoire
00:38:51de la République populaire
00:38:53de Chine.
00:38:54La Chine
00:38:55s'oppose fermement
00:38:56à toute forme
00:38:57d'interaction
00:38:57entre la région
00:38:59de Taïwan
00:39:00et d'autres pays
00:39:01qui ont des liens
00:39:02diplomatiques
00:39:03avec la Chine.
00:39:05Nous prévenons
00:39:06les autorités
00:39:06de Taïwan
00:39:07une nouvelle fois.
00:39:08La moindre action
00:39:10de leur part
00:39:10qui interromperait
00:39:12le cours de l'histoire
00:39:13sera rejetée
00:39:14par le peuple chinois.
00:39:18La Chine
00:39:19ne laissera jamais
00:39:20Taïwan
00:39:21proclamer
00:39:21son indépendance.
00:39:23Tous ses dirigeants
00:39:24rêvent d'accomplir
00:39:24la réunification
00:39:25pendant qu'il est aux affaires
00:39:26pour laisser une trace
00:39:28dans l'histoire.
00:39:29Un pays,
00:39:30deux systèmes,
00:39:30bien sûr.
00:39:31Sinon,
00:39:32ce sera la guerre.
00:39:35Est-ce que vous parlez
00:39:37politique
00:39:37avec vos enfants
00:39:38ou vos petits-enfants ?
00:39:42Non,
00:39:43pas vraiment.
00:39:44C'est un phare.
00:39:54Le patriarche
00:39:55saura-t-il un jour
00:39:56si sa progéniture
00:39:57est d'accord avec lui ?
00:39:58Sans doute
00:39:58serait-il surpris.
00:40:13A Taïwan,
00:40:1483% des jeunes
00:40:16de 18 à 29 ans
00:40:17déclarent se sentir
00:40:19uniquement Taïwanais.
00:40:22Née après la levée
00:40:23de la loi martiale,
00:40:24cette génération
00:40:25de millenials
00:40:26tourne plus volontiers
00:40:28ses regards
00:40:28vers le Japon,
00:40:29la Nouvelle-Zélande
00:40:30ou l'Europe
00:40:31que vers la Chine.
00:40:37Elle ne craint
00:40:38ni de prendre la parole
00:40:39ni de se moquer
00:40:40ouvertement
00:40:41de la Chine continentale
00:40:43et de sa propagande
00:40:44sur les réseaux sociaux
00:40:46ou par le biais
00:40:47de vidéos parodiques.
00:40:54Bonjour et bienvenue
00:40:56à la conférence de presse
00:40:57du ministère
00:40:57des Affaires étrangères
00:40:58à destination
00:40:59des médias chinois
00:41:00et étrangers.
00:41:03Tout dans cette satire
00:41:04ressemble à l'original.
00:41:06À un détail près,
00:41:08les drapeaux rouges
00:41:09affichent des visages
00:41:10de Winnie Lourson,
00:41:11l'avatar caricatural
00:41:13du président chinois
00:41:14Xi Jinping.
00:41:16À part ça,
00:41:17tout est crédible.
00:41:19Je n'ai rien à répondre
00:41:21à cette question médiocre.
00:41:23Question suivante.
00:41:27La vidéo a été produite
00:41:28dans ce studio de Taipé
00:41:30par cette jeune femme.
00:41:36Sandra Ho,
00:41:3729 ans,
00:41:38est une figure montante
00:41:39du paysage médiatique
00:41:40taïwanais.
00:41:46Le panneau situé au-dessus
00:41:48du porte-parole
00:41:49indique normalement
00:41:50les abréviations
00:41:51de leur ministère.
00:41:54Mais nous avons choisi
00:41:55délibérément d'écrire
00:41:57« ministère »
00:41:58de Winnie Lourson.
00:41:59Ils disent toujours
00:42:00qu'il faut appliquer
00:42:01les ordres du parti
00:42:02et là,
00:42:03ils appliquent
00:42:04les ordres de Winnie.
00:42:07Nous savons que ce mot,
00:42:08Winnie,
00:42:09est complètement banni
00:42:10de la grande muraille
00:42:11numérique chinoise.
00:42:12Et c'est évidemment
00:42:13plus intéressant pour nous
00:42:15et encore plus drôle
00:42:16d'utiliser Winnie
00:42:17le plus possible
00:42:18dans nos sketchs.
00:42:22Sandra Ho a eu l'idée
00:42:24de cette parodie
00:42:25lors d'un voyage
00:42:26d'étudiants en Chine
00:42:27financé par Pékin.
00:42:29Elle y découvre
00:42:30l'ampleur de la propagande
00:42:32sur les chaînes de télévision
00:42:33autorisées
00:42:33et commence à les imiter.
00:42:36Succès fulgurant.
00:42:39La chaîne ICTV,
00:42:41référence à CCTV,
00:42:43la chaîne publique chinoise,
00:42:45compte 1,2 millions
00:42:46de abonnés sur YouTube.
00:42:48Multipliant les formats,
00:42:50l'émission est devenue
00:42:51un phénomène de société.
00:42:57Les gens ont pris conscience
00:42:59que la guerre était possible,
00:43:01notamment depuis le déclenchement
00:43:03du conflit en Ukraine.
00:43:05Et cela angoisse
00:43:06tout le monde.
00:43:11Il est impossible
00:43:12de prévoir
00:43:13quand elle pourrait
00:43:14se déclencher.
00:43:15Et pourtant,
00:43:16il faut continuer à vivre.
00:43:19Notre programme
00:43:21sert de catharsis.
00:43:22Il permet aux gens
00:43:23d'exprimer leurs émotions.
00:43:33Notre nationalité officielle
00:43:35est celle de la République
00:43:36de Chine,
00:43:37donc c'est écrit
00:43:37République de Chine
00:43:39sur notre passeport.
00:43:40Mais comme tout le monde
00:43:41nous connaît
00:43:42sous le nom de Taïwan
00:43:43au niveau international,
00:43:45c'est aussi écrit Taïwan.
00:43:47La situation ubuesque
00:43:49de Taïwan
00:43:49et son histoire chaotique
00:43:51sont une autre source
00:43:52d'inspiration.
00:43:53Le programme
00:43:54le plus populaire
00:43:55de la chaîne
00:43:55se moque
00:43:56d'une autre dictature,
00:43:58celle de Chiang Kai-shek.
00:44:00Bonjour à tous.
00:44:01Bonjour à tous.
00:44:02Bienvenue dans notre programme
00:44:03spécial pour la fête nationale.
00:44:04Aujourd'hui,
00:44:05nous enregistrons
00:44:06ce journal télévisé
00:44:07depuis le lieu
00:44:07de sépulture
00:44:08de notre défunt président
00:44:09Chiang Kai-shek.
00:44:10En cette année
00:44:11d'épidémie
00:44:11et de guerre,
00:44:12nous sommes heureux
00:44:13de bénéficier
00:44:13de la protection
00:44:14des esprits
00:44:14de notre président.
00:44:17Je vous invite
00:44:18à chanter
00:44:18les louanges
00:44:19de la mère patrie
00:44:20et de la Chine libre.
00:44:21Veuillez vous lever
00:44:22sur tous ceux
00:44:22qui ne se sont pas levés
00:44:23avant.
00:44:37Ce ton mordant
00:44:38et engagé,
00:44:39la marque
00:44:40d'une maturité démocratique
00:44:41est celui
00:44:42de toute une génération.
00:44:44Il est né
00:44:45lors du mouvement
00:44:46des tournesols
00:44:47en 2014,
00:44:48dont Sandra Ho
00:44:49a été témoin direct.
00:44:53A l'époque,
00:44:55plusieurs centaines
00:44:56d'étudiants
00:44:56envahissent
00:44:57le parlement taïwanais
00:44:58pour protester
00:44:59contre un projet
00:45:00de loi
00:45:00du gouvernement
00:45:01d'alors
00:45:01dirigé par le Kuomintang.
00:45:03Ils prévoyaient
00:45:04un accord
00:45:05de libre-échange
00:45:06avec la Chine communiste,
00:45:08première étape
00:45:08vers l'unification.
00:45:10La jeunesse
00:45:11prend symboliquement
00:45:12le pouvoir,
00:45:12c'est un tournant majeur.
00:45:19La conséquence
00:45:20la plus importante
00:45:21de ce mouvement,
00:45:22selon moi,
00:45:23est que les gens
00:45:24se sont dit
00:45:25que la politique
00:45:26était une chose importante,
00:45:27dont il faut s'occuper.
00:45:31Et certains d'entre nous
00:45:32ont commencé
00:45:33à œuvrer
00:45:33pour une implication
00:45:34plus grande
00:45:35des jeunes en politique
00:45:36pour que nos voix
00:45:37puissent être entendues
00:45:38dans le débat public.
00:45:44L'occupation du parlement
00:45:46dure trois semaines
00:45:47et s'achèvera pacifiquement
00:45:49avec l'abandon
00:45:51du projet
00:45:51de libre-échange.
00:45:54Deux ans plus tard,
00:45:56Taïwan élira
00:45:57une nouvelle présidente,
00:45:58démocrate progressiste,
00:46:00Tsai Ing-wen.
00:46:01Son gouvernement
00:46:02comprendra
00:46:03plusieurs figures
00:46:04du mouvement
00:46:04des tournesols.
00:46:17C'est le cas
00:46:18de la ministre
00:46:19des Affaires numériques,
00:46:20Audrey Tang,
00:46:2141 ans,
00:46:23haqueuse,
00:46:23autodidacte
00:46:24et transgenre.
00:46:25Elle symbolise
00:46:26à elle seule
00:46:27les innovations
00:46:28de la démocratie taïwanaise.
00:46:39Pourquoi est-ce que
00:46:40vous filmez
00:46:41notre entretien ?
00:46:43Nous croyons
00:46:46en la transparence
00:46:47et en l'ouverture
00:46:47vis-à-vis de nos concitoyens.
00:46:50Toutes nos rencontres
00:46:51avec des visiteurs
00:46:52et des journalistes
00:46:52se conforment
00:46:53à la même règle.
00:46:56Cela permet à tous
00:46:57de connaître
00:46:57la façon
00:46:58avec laquelle
00:46:58s'est déroulée
00:46:59l'interview,
00:47:00mais aussi
00:47:01de pouvoir
00:47:01l'utiliser
00:47:02librement
00:47:02et gratuitement
00:47:03selon le principe
00:47:04des licences
00:47:05Creative Commons.
00:47:09Cet idéal
00:47:10de transparence
00:47:11radicale,
00:47:12Audrey Tang
00:47:12l'a appliqué
00:47:13avec succès
00:47:14pendant la première
00:47:14épidémie de Covid
00:47:15en 2020.
00:47:21Plutôt que
00:47:22de confiner
00:47:22la population,
00:47:23les autorités
00:47:24taïwanaises
00:47:25ont alors misé
00:47:25sur l'intelligence
00:47:26artificielle
00:47:27et le partage
00:47:28des informations.
00:47:31Audrey Tang
00:47:31a ainsi coordonné
00:47:32une initiative
00:47:33lancée par des hackers,
00:47:35une cartographie
00:47:36des stocks de masques
00:47:37du pays
00:47:38en temps réel.
00:47:41Résultat,
00:47:42une des proportions
00:47:43de morts
00:47:43les plus faibles
00:47:44au monde
00:47:44à l'époque,
00:47:46mieux que la Chine
00:47:47et ses méthodes
00:47:47autoritaires.
00:47:51sur Internet,
00:47:53le visage
00:47:53de la ministre
00:47:54et ses nombreux
00:47:55mèmes
00:47:55sont devenus
00:47:56la meilleure
00:47:57publicité
00:47:57du pays.
00:48:11Bonjour,
00:48:12je m'appelle Audrey Tang,
00:48:13ministre des Affaires
00:48:14Digitales de Taïwan.
00:48:15Je suis heureuse
00:48:16de partager
00:48:16avec le monde
00:48:17entier
00:48:17notre recette
00:48:18d'une bonne
00:48:18démocratie digitale.
00:48:21Dans cette fausse
00:48:22recette du bubble tea,
00:48:23la ministre met en avant
00:48:25un site Internet
00:48:26où tous les citoyens
00:48:28taïwanais,
00:48:28même les plus jeunes,
00:48:29peuvent participer
00:48:30à l'élaboration
00:48:31des lois
00:48:32et proposer
00:48:33des initiatives
00:48:33populaires.
00:48:35La moitié
00:48:35de la population
00:48:36aurait déjà
00:48:37consulté le site.
00:48:39On a banni
00:48:40l'usage des pailles
00:48:40en plastique
00:48:41à la suite
00:48:41d'une initiative
00:48:42populaire.
00:48:44C'est ça
00:48:45l'esprit
00:48:45de la démocratie
00:48:46digitale taïwanais.
00:49:03Premier membre
00:49:04transgenre
00:49:04d'un gouvernement
00:49:05au monde,
00:49:08anarchiste revendiqué,
00:49:09Audrey Tang
00:49:09a élaboré
00:49:10une définition
00:49:11originale
00:49:12de l'identité
00:49:12taïwanaise.
00:49:15Nous sommes
00:49:16une société
00:49:17d'immigrés,
00:49:17c'est-à-dire
00:49:18que le père
00:49:18de mon père,
00:49:19par exemple,
00:49:20est venu
00:49:20de la province
00:49:21chinoise
00:49:21du Sichuan.
00:49:24Ma grand-mère
00:49:25paternelle,
00:49:26elle,
00:49:26est venue
00:49:26de la ville
00:49:27de Lougan.
00:49:35On peut donc
00:49:36dire que
00:49:36plusieurs mémoires
00:49:37cohabitent à Taïwan
00:49:38et plusieurs langues.
00:49:40Nous avons
00:49:4020 langues nationales.
00:49:42Comment vivre
00:49:43en harmonie
00:49:44avec une telle diversité ?
00:49:45Cette question
00:49:46forme une partie
00:49:47importante
00:49:47de notre identité.
00:50:00Moi-même,
00:50:01je me définis
00:50:01comme non-binaire
00:50:02en termes de genre.
00:50:04Et officiellement,
00:50:04je n'ai aucune
00:50:05orientation politique.
00:50:09Plusieurs cultures,
00:50:11plusieurs genres
00:50:12et plusieurs générations
00:50:13fusionnent.
00:50:15Et pour moi,
00:50:16ce sont les consensus
00:50:17que nous concluons
00:50:17pour surmonter
00:50:18nos conflits
00:50:19qui définissent
00:50:20notre identité.
00:50:27Taïwan subit
00:50:27tout le temps
00:50:28des tremblements
00:50:28de terre.
00:50:29Trois petits séismes
00:50:30en moyenne
00:50:31tous les jours.
00:50:32Et ces séismes
00:50:33ont entraîné
00:50:34la formation
00:50:34du Mont Jad,
00:50:35notre point culminant
00:50:36qui continue à grandir.
00:50:39En d'autres termes,
00:50:40c'est notre résilience
00:50:40au conflit
00:50:41qui nous permet
00:50:41de créer
00:50:42des valeurs communes.
00:50:43C'est ça,
00:50:44pour moi,
00:50:45la vraie identité.
00:50:53pays le plus démocratique
00:50:55d'Asie
00:50:56selon le classement
00:50:57du magazine
00:50:57The Economist,
00:50:58Taïwan pointe
00:51:00au huitième rang mondial
00:51:01devant l'Allemagne
00:51:03et devant la France.
00:51:05L'île fait figure
00:51:05de modèle
00:51:06et de refuge.
00:51:13Yel peuvent ici
00:51:15danser
00:51:16et aimer
00:51:16sans crainte.
00:51:19Taïwan est le premier
00:51:21pays d'Asie
00:51:21à avoir légalisé
00:51:23le mariage
00:51:23entre personnes
00:51:24de même sexe
00:51:25en 2019.
00:51:28La Marche des Fiertés
00:51:29de Taïpé
00:51:30est la plus populaire
00:51:31du continent,
00:51:32120 000 participants
00:51:33en 2022.
00:51:4335 ans seulement
00:51:44après la levée
00:51:45de la loi martiale,
00:51:47la trajectoire
00:51:47de Taïwan
00:51:48force le respect
00:51:49et inspire
00:51:50des artistes
00:51:51comme la réalisatrice
00:51:52Zero Chu,
00:51:54venue braver la pluie
00:51:55avec sa partenaire.
00:52:05Ce genre d'atmosphère
00:52:06me rend fière
00:52:07de mon pays.
00:52:11J'aime vraiment
00:52:12le fait que Taïwan
00:52:13ait été capable
00:52:14d'en finir
00:52:14avec le culte
00:52:15de l'homme fort.
00:52:18Un grand pays
00:52:18n'a pas besoin
00:52:19d'un homme providentiel.
00:52:22Il a besoin
00:52:23d'une société
00:52:24de citoyens.
00:52:25C'est ça,
00:52:26une société adulte.
00:52:27de la société
00:52:27qui est vraiment
00:52:28d'un homme
00:52:28qui est vraiment
00:52:33d'un homme.
00:52:34Cette identité
00:52:35ouverte,
00:52:36brandie en étendard,
00:52:37apporte un souffle
00:52:39d'optimisme.
00:52:41suffira-t-elle
00:52:42à tenir à distance
00:52:43les appétits de Pékin ?
00:53:04Pour l'heure, Taïwan est comme un îlot démocratique au large des côtes de la Chine communiste.
00:53:09Mais jusqu'à quand la question était posée dans ce documentaire réalisé par les journalistes Pierre Aski et Camille Le
00:53:17Pommelec ?
00:53:17Et nous allons maintenant y revenir avec nos invités présents maintenant sur ce plateau de débat d'hoc.
00:53:23Jean-Pierre Cabestan tout d'abord est avec nous.
00:53:25Bienvenue à vous, Jean-Pierre Cabestan.
00:53:27Vous êtes sinologue, directeur de recherche émérite au CNRS et chercheur à l'Asia Centre de Paris.
00:53:33Vous êtes l'auteur de Taïwan, une démocratie face à la Chine.
00:53:37C'est un ouvrage disponible chez Cavalier Bleu.
00:53:40Et puis enfin, Valérie Niquet est également avec nous.
00:53:43Bienvenue à vous.
00:53:44Vous êtes spécialiste des relations internationales et des questions stratégiques en Asie au sein de la Fondation pour la Recherche
00:53:51Stratégique.
00:53:52Et vous êtes, quant à vous, auteur de Taïwan face à la Chine.
00:53:56Un ouvrage publié, lui, chez Talendier.
00:54:00Après ce documentaire qui nous retrace ce qu'a été l'histoire de Taïwan, de la République de la Chine,
00:54:07de la République populaire de Chine de l'autre côté,
00:54:12on en sort un constat.
00:54:14Tout le monde est partisan d'un statu quo.
00:54:16Statu quo et sinon, sinon, sinon, mais on en parlera ensemble, il pourrait y avoir conflit effectivement dans cette partie
00:54:22du monde.
00:54:23J'aimerais que vous arriviez à nous décrire, nous décrypter ce qu'est ce fameux statu quo aujourd'hui entre
00:54:31Taïwan et la République populaire de Chine.
00:54:34Comment vous le définiriez ce statu quo ?
00:54:36C'est la coexistence de deux États qui ne se reconnaissent pas.
00:54:40D'un côté, la République populaire de Chine, qui prétend que Taïwan fait partie de son État.
00:54:46Et de l'autre côté, la République de Chine, qui s'identifie à Taïwan depuis sa démocratisation au début des
00:54:51années 90.
00:54:52Donc c'est ça le statu quo.
00:54:54Le problème, c'est que, comme vous l'avez indiqué, à Taïwan, il y a consensus sur le statu quo.
00:54:58Le problème, c'est que ce statu quo est défié par la Chine populaire qui souhaite y mettre fin, en
00:55:05fait.
00:55:05Donc quand on parle de statu quo aujourd'hui, à Taïwan, on adhère.
00:55:10C'est la séparation de la nation chinoise, ce qui était la nation chinoise en deux États qui ne se
00:55:17reconnaissent pas et qui ont peu de chances de se reconnaître.
00:55:21Donc c'est un statu quo fragile et avec une évolution, évidemment, en arrière-plan du rapport des forces entre
00:55:26Pékin et Taipé.
00:55:27Et puis aussi entre Pékin et Washington, qui est le protecteur de fait de Taïwan et du statu quo.
00:55:34Si on regarde un tout petit peu en arrière, autrement dit l'histoire, comment on l'explique, l'arrivée à
00:55:41ce statu quo aujourd'hui ?
00:55:42Pour l'essentiel, bien sûr.
00:55:44Pour faire simple, le statu quo, dans l'esprit de Taïwan en tout cas, la République populaire de Chine, on
00:55:51en reparlera,
00:55:52c'est que sur l'île de Taïwan, depuis 1949, enfin depuis 1945, mais pour simplifier, depuis l'arrivée au
00:56:01pouvoir des communistes sur le continent,
00:56:03eh bien il y a ce qui s'appelle la République de Chine, qui est le nom de la République
00:56:10de Chine depuis 1912, si je ne me trompe pas,
00:56:13du régime qui existait à la fois sur le continent et puis ensuite à partir de 1945 à Taïwan.
00:56:17Et qui est toujours le nom officiel de Taïwan.
00:56:20Donc une des formes importantes du statu quo, effectivement, Taïwan est un état de fait, complètement indépendant.
00:56:26Ils ont leur économie, ils ont leur population, ils ont leur monnaie, évidemment.
00:56:32Ils sont reconnus de moins en moins, par de moins en moins de pays, parce que la Chine, curieusement,
00:56:38contrairement par exemple au Vietnam du Nord ou à la Corée du Nord, ne refuse absolument que d'autres pays
00:56:43reconnaissent aussi la République de Chine
00:56:45quand on reconnaît la République populaire de Chine.
00:56:47Donc Pékin a joué de sa masse pendant des années pour faire peur à tout le monde.
00:56:51Et le statu quo, c'est que, notamment, Taïwan accepte de rester République de Chine
00:56:57et de ne pas finalement dire, on n'a plus rien à voir avec la Chine et on n'est
00:57:02pas République de Chine, on est juste Taïwan.
00:57:05Donc en fait, de ce qu'on dit, déclarer l'indépendance, mais en fait elle existe déjà de fait, mais
00:57:10la déclarer officiellement,
00:57:12il a évidemment poussé les Chinois à réagir tout de même,
00:57:15parce que depuis le temps qu'ils disent que jamais ils ne l'accepteraient,
00:57:19si Taïwan décidait tout d'un coup de dire, bah finalement, on est indépendant, on s'appelle Taïwan,
00:57:23on n'est plus la République de Chine, on n'a plus rien à voir avec la Chine,
00:57:26ça pourrait provoquer une réaction brutale de la part de Pékin.
00:57:31Et c'est ce que ne veulent pas les Taïwanaises, c'est-à-dire qu'ils ne veulent surtout pas
00:57:34devenir chinois au sens République populaire de Chine, même ceux qui se sentent chinois.
00:57:40Donc ils ne veulent pas non plus une indépendance qui pourrait déboucher sur des risques importants.
00:57:46Donc le statu quo, ça permet d'attendre, et notamment d'attendre ce que va devenir la Chine plus tard,
00:57:51et de voir quel type de relation pourrait être entretenue avec une Chine qui, pourquoi pas un jour, pourrait évoluer.
00:57:58– Donc l'indépendance n'est pas une revendication aujourd'hui à laquelle…
00:58:02– Oui, parce qu'il faut ajouter, c'est qu'on peut observer à Taïwan.
00:58:06– Une déclaration indépendante de Taïwan, ce serait un casus belli pour la Chine.
00:58:09– Voilà.
00:58:09– Ce serait aussi inacceptable pour Washington, qui a non seulement adopté depuis 1979,
00:58:14la reconnaissance entre Washington, la normalisation entre Washington et Taïwan.
00:58:17– Normalisation des relations diplomatiques entre Washington et la République populaire de Chine.
00:58:23– Ils ont adopté une politique qui s'appelle la politique de la Chine unique,
00:58:25la politique d'une seule Chine, mais en même temps, donc je pense qu'on voit bien
00:58:31que Washington a toujours été réticent à l'évolution vers une République de Taïwan, par exemple.
00:58:37Et puis aussi, ça a été évoqué, c'est que les Taïwanais sont divisés là-dessus.
00:58:41En fait, les Taïwanais sont par défaut attachés à la fois au drapeau,
00:58:44la République de Chine qui est le drapeau du Kuomintang en fait,
00:58:48à l'hymne national, qui est l'hymne national des trois principes du peuple de Sun Yat-sen,
00:58:53donc qui vraiment rattachent Taïwan à une certaine idée de la Chine.
00:58:57Et puis aussi, ce qu'on appelle l'ordre constitutionnel, hérité justement de Chiang Kai-shek,
00:59:03du régime de Nankin, une constitution qui a été érigée, enfin édictée en 1946,
00:59:10et qui a été révisée au début des années 90, 91, 92,
00:59:14pour justement identifier la République de Chine à Taïwan,
00:59:19et permettre aux électeurs taïwanais de choisir leur dirigeance,
00:59:23ce qui n'était pas le cas jusqu'avant, parce qu'avant on était la fiction,
00:59:26la fiction c'était que la République de Chine, c'était l'ensemble de la Chine,
00:59:29et que seulement quelques représentants taïwanais pouvaient participer au pouvoir à Taïpé.
00:59:36Donc voilà la grande évolution, et je crois que la démocratisation de Taïwan
00:59:40est vraiment structurant, et détache irrémédiablement la Chine nationaliste,
00:59:48qu'on appelait la Chine nationaliste, de la Chine communiste,
00:59:51et donc là on a un vrai problème.
00:59:53– J'ai lu que deux tiers des Taïwanais se sentaient Taïwanais justement,
00:59:57et pas Chinois, il y a au final très peu Taïwanais qui se disent Chinois,
01:00:01lorsqu'on les interroge à travers les sondages, notamment aujourd'hui.
01:00:05– Alors ce qu'il faut quand même noter, c'est que la majorité de la population taïwanaise
01:00:09vient du continent, que ce soit depuis le XVIIe siècle et après 1945,
01:00:14mais avec une identité très particulière.
01:00:17En fait Taïwan à l'origine, comme on l'explique dans le documentaire,
01:00:20c'est une population avec énormément de groupes aborigènes
01:00:24qui sont beaucoup plus proches des îles du Pacifique que du continent.
01:00:29Donc il y a quand même une identité chinoise, qu'est-ce que ça veut dire ?
01:00:32Parce que sur le continent aussi, il y a tellement d'identités chinoises
01:00:35entre le Sud et le Nord, les cultures sont très différentes,
01:00:38les langues sont totalement différentes aussi.
01:00:41Donc Taïwan a sa propre identité, mais je crois…
01:00:43Et donc les jeunes, surtout on en est à la, je ne sais plus,
01:00:46troisième, quatrième génération après 45, 49,
01:00:50ceux qui sont arrivés avec Chiang Kai-shek.
01:00:52Donc oui, ils ont une identité taïwanaise,
01:00:55et ils se sentent taïwanais.
01:00:57Beaucoup vont peut-être dire aussi qu'ils se sentent taïwanais,
01:01:00mais enfin quand même aussi un peu chinois.
01:01:02Mais le plus important, comme l'a dit Jean-Pierre Cabestan,
01:01:06c'est évidemment l'identité politique de Taïwan,
01:01:09qui s'est démocratisée dans le cadre de cette constitution
01:01:12qui a été adaptée,
01:01:13qui fait que par exemple aujourd'hui, même un dirigeant
01:01:16qui voudrait décider que finalement c'est très bien d'être chinois,
01:01:20et qu'on se réunifie avec le continent,
01:01:23il ne peut pas.
01:01:24Il faut qu'il y ait une majorité aux deux chambres,
01:01:28enfin pour pouvoir adopter, éventuellement transformer la constitution.
01:01:32Et ensuite il faut un référendum,
01:01:34et donc il y a très peu de chances de le remporter.
01:01:35Donc si ce parti éventuellement respecte la constitution à Taïwan,
01:01:41il ne peut pas obéir aux attentes de Pékin
01:01:45en décidant que oui, finalement,
01:01:47on est d'accord pour se réunifier avec le continent.
01:01:50Est-ce que cette question structure très très majoritairement
01:01:55la vie politique taïwanaise
01:01:57entre les deux formations politiques qui dominent dans ce pays ?
01:02:01Elles ont été évidemment à nombreuses fois citées dans ce documentaire.
01:02:04D'une part le Parti démocratique progressiste,
01:02:07qui est aujourd'hui au pouvoir,
01:02:09avec un président issu de ce parti,
01:02:10et le Kuomintang, parti historique nationaliste,
01:02:15dont l'histoire était assez bien décrite d'ailleurs dans ce film.
01:02:20Cette question structure la vie politique taïwanaise.
01:02:23Hormis ce sujet, il y en a guère d'autres qui émergent
01:02:26dans le débat politique taïwanais aujourd'hui.
01:02:29Il faut bien comprendre, à Taïwan,
01:02:31le spectre politique, ce n'est pas un spectre droite-gauche.
01:02:34C'est un spectre, unification d'un côté, indépendance de l'autre.
01:02:38Mais ce qui sont deux propositions extrêmes est impossible en fait.
01:02:42Ce qui fait que tout le monde se réunisse dans le statu quo.
01:02:43Le problème, c'est l'avenir à long terme de Taïwan.
01:02:46Comment le Kuomintang, et aussi ce qu'on appelle
01:02:49la définition de la République de Chine.
01:02:50Alors là, ça complique les choses,
01:02:51parce que le Kuomintang reste attaché
01:02:54à cette définition traditionnelle de la République de Chine.
01:02:56c'est que la République de Chine, c'est l'ensemble de la Chine.
01:03:00Taïwan est la partie continentale de la Chine.
01:03:03Et ce qui a permis au Kuomintang
01:03:05d'établir avec le Parti communiste chinois
01:03:06à partir des années 1992,
01:03:09un consensus, ce qu'on a appelé plus tard
01:03:11un consensus, le consensus de 92,
01:03:13selon lequel il n'y a qu'une Chine.
01:03:14Mais pour le Kuomintang,
01:03:17chacun conserve sa propre définition.
01:03:19C'est-à-dire que pour le Kuomintang,
01:03:20la Chine unique, c'est la République de Chine.
01:03:22Et pour Pékin, évidemment, c'est la République populaire de Chine.
01:03:24Donc ce fameux consensus de 1992,
01:03:27est refusé, à l'inverse,
01:03:29par le Parti démocratique progressiste.
01:03:31Ce qui, lui, est très simple.
01:03:32Il dit très simplement
01:03:33la République de Chine, c'est Taïwan.
01:03:35Et Taïwan, c'est la République de Chine.
01:03:36Une espèce d'équivalence totale.
01:03:38Est-ce qu'on a bien compris le documentaire
01:03:40quand on croit comprendre
01:03:42que le Kuomintang, d'une certaine manière,
01:03:45est plus favorable à cette réunification de la Chine
01:03:48que le Parti démocratique démocratique ?
01:03:52Vous allez répondre après.
01:03:54Vous êtes en désaccord avec ce documentaire.
01:03:56Oui, avec ce que disent les documentaires
01:03:58sur les projets du Kuomintang.
01:04:00Le Kuomintang n'est pas pour la réunification.
01:04:02Il est pour le statu quo.
01:04:04Il est pour développer des relations pacifiques
01:04:06avec la Chine, établir une forme de détente
01:04:08dans le cadre de ce consensus de 1992,
01:04:10mais sans pour autant se réunifier.
01:04:12Alors, à très long terme, oui.
01:04:13Mais il y a des conditions.
01:04:15Vous savez laquelle ?
01:04:15Il faut que la Chine se démocratise.
01:04:18C'est-à-dire quand les bouts pouleront des dents.
01:04:20Donc, il n'y aura pas...
01:04:20Ce n'est pas possible.
01:04:21Et puis, il y a un autre problème.
01:04:23C'est évidemment la résistance.
01:04:24Et ça a été montré avec le mouvement des tournesols.
01:04:26La résistance de la société taïwanaise.
01:04:29Dès que le Kuomintang revient au pouvoir,
01:04:32commence à faire des concessions à Pékin,
01:04:34se monter trop d'amène,
01:04:35trop prêt à coopérer avec Pékin,
01:04:37il y aura une résistance à la société taïwanaise.
01:04:40Et inversement, le Parti démocrate progressiste
01:04:43ne peut pas déclarer l'indépendance
01:04:44pour des raisons qu'on a déjà évoquées.
01:04:46Donc voilà, c'est la situation, c'est le statu quo.
01:04:48Et cette résistance, d'ailleurs, elle a émergé.
01:04:50C'était le mouvement des tournesols.
01:04:52Oui, oui, bien sûr.
01:04:53En 2014, qu'on a très bien vu dans ce documentaire,
01:04:55on investit tout de même le Parlement taïwanais.
01:04:58Et il y aura une alternance politique, d'ailleurs,
01:05:00deux ans après ce fameux mouvement,
01:05:02parce qu'une partie de la population taïwanesse
01:05:05n'avait pas accepté un accord de libre-échange étendu,
01:05:08peut-être, avec la Chine continentale.
01:05:09C'est simplifier les choses.
01:05:11Oui, la grande force, enfin, ce sur quoi la République populaire de Chine,
01:05:17donc Pékin, joue le plus quand le Kuomintang est au pouvoir
01:05:23ou quand il est dans l'opposition,
01:05:26et avec aussi d'autres micro-partis très pro-Pékin,
01:05:29c'est évidemment sur cette idée d'interdépendance économique
01:05:33qui bénéficie à certaines classes à Taïwan,
01:05:36à l'économie taïwanaise qui a longtemps...
01:05:38Il faut bien savoir que le développement de la Chine
01:05:41depuis les années 80, c'est essentiellement Taïwan,
01:05:44alors Hong Kong et un peu d'autres,
01:05:46mais c'est Taïwan qui l'a fait.
01:05:48Aujourd'hui encore, une des plus grandes entreprises sur le continent,
01:05:52enfin, jusqu'à une période récente sur le continent,
01:05:54c'était Foxconn, qui est une entreprise taïwanaise.
01:05:56Donc c'est vrai qu'il y a une vraie interdépendance économique
01:05:59et que Pékin a beaucoup joué là-dessus.
01:06:01Mais la grande erreur de Pékin...
01:06:03Et Pékin, peut-être, compte beaucoup là-dessus...
01:06:04Oui, bien sûr, mais la grande erreur...
01:06:06Pour enfin réunifier, arriver à la fin de ce projet de réunification.
01:06:08Oui, bien sûr, c'est convaincre que finalement c'est très bien.
01:06:11Mais la grande erreur de Pékin
01:06:13et puis la grande chance du parti, entre guillemets, indépendantiste,
01:06:19c'est ce qui s'est passé à Hong Kong, par exemple.
01:06:22La reprise en main idéologique totalement délirante de Xi Jinping,
01:06:25qui vraiment se tire une balle dans le pied.
01:06:28Parce que l'image de la Chine s'est profondément dégradée partout,
01:06:32et y compris à Taïwan.
01:06:34C'est-à-dire que beaucoup de gens qui pensaient que pourquoi pas,
01:06:36finalement, on s'en fiche, il y a une Chine,
01:06:38et puis on fait du business, et ça marche très bien.
01:06:42La réalité, aujourd'hui, c'est que tout le monde a vu ce que ça voulait dire.
01:06:45Même l'idée d'un pays, deux systèmes,
01:06:48eh bien, le principe saute très rapidement.
01:06:50– Donc cette reprise en main qu'a eu à Hong Kong en 2020…
01:06:53– Voilà, ça a provoqué une réaction extrêmement inquiète.
01:06:57– Et très comproductive, si j'ai bien compris, du côté de Pékin.
01:07:00– Bien sûr, comproductive, mais ça arrive souvent dans le cas du régime chinois.
01:07:02C'est-à-dire, surtout avec Xi Jinping,
01:07:06leur grande inquiétude, c'est évidemment le changement de régime,
01:07:10l'évolution politique, etc.
01:07:11Donc, il faut voir aussi que pour Pékin,
01:07:15la grande menace de Taïwan, démocratie,
01:07:17c'est que le discours chinois de Pékin,
01:07:19s'est expliqué que la démocratie, ça n'est rien d'universel,
01:07:22c'est totalement occidental,
01:07:23et que ça n'est pas du tout adaptable,
01:07:26notamment pour un pays comme la Chine,
01:07:27même si ce n'est pas dit exactement dans ces termes-là.
01:07:31Et Taïwan prouve le contraire.
01:07:32C'est une démocratie vraiment très en pointe.
01:07:35Elle est classée bien en avant par d'autres pays dans la région,
01:07:37comme le Japon, par exemple,
01:07:39en termes de liberté de la presse,
01:07:41de toutes les questions sociales.
01:07:43Taïwan est très, très en pointe.
01:07:44– Il se dit que ce serait même la démocratie la plus évolue.
01:07:47Alors, attendez, pour voir ce qu'on met sous ce thème-là,
01:07:49de la zone asiatique.
01:07:50– Oui, tout à fait.
01:07:52– On est confirmé.
01:07:53– Surtout en termes de parité des genres.
01:07:56En termes de parité entre hommes et femmes.
01:08:00Mais sur la question d'Hong Kong,
01:08:01je ne suis pas tout à fait d'accord avec Valérie.
01:08:03Dans le sens où je pense que les Taïwanais n'ont jamais…
01:08:05– Ça n'a pas été un signal d'alerte tout de même.
01:08:06– Oui, d'accord, mais les Taïwanais n'ont jamais accepté
01:08:09la formule un pays de système.
01:08:10Pour une règle très simple,
01:08:13entre Taïwan et Pékin,
01:08:14c'est un conflit de souveraineté.
01:08:16Hong Kong et Macao,
01:08:17le problème de la souveraineté était réglé.
01:08:18Les Britanniques, les Portugais ont accepté
01:08:21de rendre ces territoires à la Chine.
01:08:22Le problème, c'était le degré d'autonomie de ces territoires
01:08:24dans le cadre de la République populaire de Chine.
01:08:26La République de Chine ne veut pas devenir
01:08:27République populaire de Chine.
01:08:28Elle veut survivre comme République de Chine.
01:08:31Et donc, ça, c'est…
01:08:31Il n'y a pas de…
01:08:32En fait, ce conflit n'a pas de solution.
01:08:34Pour moi, il n'y a pas de solution.
01:08:36Il faut accepter de vivre avec un désaccord.
01:08:38– Bon, moi, je suis toujours de comprendre
01:08:40ce qui pourrait remettre en cause ce statu quo.
01:08:43– Évidemment, c'est la menace.
01:08:45– Est-ce que ça viendra de l'intérieur ?
01:08:46De cette vie démocratique intérieure à Taïwan
01:08:48qui, à un moment ou à un autre,
01:08:50pourrait faire remettre en cause ce fameux statu quo ?
01:08:52D'abord, pour répondre.
01:08:54– Il y a un autre élément que je voulais rajouter
01:08:56sur la dépendance économique entre le continent et Taïwan.
01:08:59Elle reste importante,
01:09:00mais depuis 2016,
01:09:01le gouvernement taïwanais s'était forcé de la réduire.
01:09:03Donc, si vous voyez, en termes d'exportation…
01:09:05– C'est 30% aujourd'hui, à peu près.
01:09:06– Non, en termes d'exportation, c'était 40% en 2020.
01:09:09– Oui.
01:09:09– Et maintenant, c'est plus que 26%.
01:09:11– Ah oui.
01:09:11– Et donc, Taïwan exporte plus vers les États-Unis
01:09:14que vers la Chine continentale.
01:09:15Et le stock des investissements taïwanais en Chine,
01:09:18autour de 300 milliards,
01:09:19reste assez stable maintenant.
01:09:21Les Taïwanais n'investissent plus en Chine,
01:09:22beaucoup moins.
01:09:23Donc, ils investissent en l'État du Sud-Est,
01:09:25aux États-Unis, à cause de Trump.
01:09:27Donc là, il y a quand même une volonté
01:09:28de la part du Parti indépendantique…
01:09:30– De s'émanciper…
01:09:31– De réduire cette dépendance,
01:09:33afin de renforcer sa main…
01:09:34– D'un point de vue économique.
01:09:35– Par rapport à Pékin, quoi.
01:09:36– Oui.
01:09:36Je repose ma question.
01:09:37Est-ce que la remise en cause de ce statu quo
01:09:41peut venir de l'intérieur, d'abord ?
01:09:43– Alors là…
01:09:43– De la vie démocratique intérieure de Taïwan.
01:09:45– Alors, je ne pense pas du tout…
01:09:48– Non.
01:09:49– Y compris, comme l'a expliqué Jean-Pierre,
01:09:52même si on peut tout à fait imaginer une alternance
01:09:55et que le Kuomintang, d'ailleurs,
01:09:57qui a déjà quasiment…
01:09:58qui contrôle quasiment le…
01:09:59disons le Parlement…
01:10:01– Ils sont majoritaires.
01:10:02– Avec un petit parti.
01:10:03– Avec un petit parti.
01:10:05– Mais bon, on voit bien que ça ne remet pas
01:10:07les choses en cause, fondamentalement.
01:10:09Dans ce sens-là, non.
01:10:10Et dans le sens d'éclare l'indépendance, non plus.
01:10:13On l'a dit, la population veut un statu quo tranquille,
01:10:17si possible, avec Pékin, même si Pékin est compliqué.
01:10:21Le statu quo, il pourrait être mis en cause, évidemment,
01:10:24plutôt de l'autre côté.
01:10:26Et on voit que la Chine…
01:10:28Alors, moi, je ne crois pas du tout à une invasion de Taïwan
01:10:35par la République populaire de Chine dans un horizon proche.
01:10:40L'avenir me donnera peut-être tort pour des tas de raisons.
01:10:44Et notamment, le risque que prendrait le Parti communiste pour lui-même.
01:10:47Il faut bien voir que le Parti communiste chinois et ses dirigeants,
01:10:50dont Xi Jinping, leur objectif, c'est de durer, c'est de survivre.
01:10:54C'est comme la Corée du Nord.
01:10:55Ils ne veulent pas s'auto-suicider, ils veulent survivre.
01:10:58Ils savent très bien que, notamment, un, le risque d'un conflit armé
01:11:03qui échouerait lamentablement face à Taïwan, avec ou sans les États-Unis,
01:11:08ce serait une humiliation telle que ça pourrait remettre en cause le pouvoir du Parti.
01:11:12Et deux ?
01:11:12Et deux, la Chine, on a beaucoup dit que la Russie n'était pas vulnérable…
01:11:19Enfin, que la Chine serait beaucoup plus solide face à des sanctions occidentales économiques
01:11:23que la Russie, qui a une économie qui ne fonctionne pas très bien.
01:11:27La différence, c'est que la Chine est totalement dépendante du monde extérieur.
01:11:30Si on coupe SWIFT, on voit bien que la Chine a besoin des exportations massivement
01:11:36et les sanctions pourraient lui faire beaucoup de tort sur le développement économique
01:11:39qui, déjà, ne va pas très fort et donc sur la légitimité du Parti.
01:11:43Donc, pour ces deux raisons-là, j'imagine mal la Chine attaquer Taïwan.
01:11:48En revanche, ils vont sans doute multiplier les exercices de pression,
01:11:51donc il y a des risques de dérapage, pour compenser cette impuissance, en fait.
01:11:56Pour leur population et pour le monde extérieur.
01:11:58Alors, là, c'est simplement une chose.
01:11:59Le régime communiste chinois, en 1949, a toujours été partisan d'une réunification.
01:12:08Est-ce que Xi Jinping, depuis qu'il est à la tête du Parti communiste chinois et à la tête
01:12:13du pays,
01:12:14il est plus que les autres partisans de cette réunification,
01:12:16et serait capable, justement, un temps soit peu, de tenter un coup de force
01:12:20que n'auraient pas tenté, forcément, ses prédécesseurs, y compris Mao, par exemple,
01:12:24ou Teng Xiaoping, ou des dirigeants qui ont marqué, déjà, l'histoire de ce pays ?
01:12:28Non, je pense que, depuis que Xi Jinping est arrivé au pouvoir, il y a une espèce d'empressement.
01:12:32On voit bien qu'ils sont...
01:12:33Et la raison, c'est que le temps passe.
01:12:35Taïwan est, de fait, séparé de la Chine, a créé un nouvel État, un État taïwanais,
01:12:39une nation taïwanaise, même, puisque c'est l'État qui crée la nation.
01:12:44Et donc, ils se sentent inquiets de l'évolution de Taïwan,
01:12:47parce que, si vous voyez, la société taïwanaise, elle a bifurqué dans une direction complètement différente.
01:12:50Les Taïwanaises, quand ils vont en Chine, ils ont l'impression d'aller à l'étranger.
01:12:54Il faut le dire franchement.
01:12:56Et c'est ça qui l'inquiète, et c'est pour ça qu'il a accru la pression à la
01:13:00fois militaire,
01:13:01et puis aussi par d'autres moyens, c'est-à-dire ce qu'on appelle la politique du front uni.
01:13:06Alors, je ne sais pas, ça, il faut expliquer un petit peu la politique.
01:13:07– Ah bah oui, il faut l'expliquer.
01:13:09– C'est une arme magique du Parti communiste, soit disant une arme magique,
01:13:12elle n'est pas si magique que ça, qui vise à, en fait, pénétrer la société taïwanaise
01:13:16pour changer les esprits par des moyens d'influence.
01:13:19Alors, ils utilisent TikTok, tout le monde connaît TikTok.
01:13:21– Là, on est sur ce qu'on appelle le soft power.
01:13:22– Red Note, qui est l'espèce d'Instagram chinois, ils utilisent des tas de moyens.
01:13:26Ils invitent des jeunes en Chine, dans des camps de vacances.
01:13:29Enfin, ils essaient de multiplier les liens.
01:13:32Alors, ça ne marche pas très fort, mais on voit bien qu'ils essaient surtout d'atteindre les élites,
01:13:35notamment les élites économiques, et de les capter d'une manière ou d'une autre.
01:13:39Et puis, de pénétrer la société d'une manière pour la…
01:13:42D'abord, la convaincre, c'est le premier objectif, on oublie souvent,
01:13:47d'adhérer à ce consensus de 92.
01:13:49Parce que c'est ça, c'est le premier objectif.
01:13:51Faire revenir le Comité Angle au pouvoir,
01:13:53faire en sorte que le consensus de 92 est obligatoire,
01:13:56et après, on va plus loin.
01:13:57Après, on va vers peut-être une unification, un projet d'unification.
01:14:01C'est ça, le projet de Pékin, en fait.
01:14:03– Bon, ce qui pourrait le remettre en cause, ce fameux statu quo,
01:14:05et on le comprend aussi dans ce documentaire,
01:14:07c'est la relation sino-américaine.
01:14:09– L'américaine, oui.
01:14:10– Peut-être un peu plus aujourd'hui,
01:14:12avec le retour de Trump à la Maison-Planche qu'hier.
01:14:16Est-ce que c'est ça, fondamentalement,
01:14:18qui pourrait remettre en cause ce statu quo,
01:14:21ces fameuses relations sino-américaines ?
01:14:23– Bon, alors, il est certain que si les États-Unis déclaraient ouvertement
01:14:27et très clairement,
01:14:28« Bon, écoutez, Taïwan, on s'en fiche,
01:14:30vous faites ce que vous voulez, ça ne nous regarde plus,
01:14:32on ne s'en occupera pas »,
01:14:34ça pourrait encourager Pékin à tenter quelque chose,
01:14:38parce que c'est vrai que Taïwan, tout seul,
01:14:40ce n'est pas si simple,
01:14:41l'armée taïwanaise n'est pas inexistante, mais enfin…
01:14:44– Et elle est surarmée, par les Américains en l'occurrence.
01:14:47– Et surtout, enfin, surarmée, bon,
01:14:50et surtout, ça pourrait, comme le disait Jean-Pierre
01:14:52sur les derniers points,
01:14:54ça pourrait démoraliser la population
01:14:56qui se dirait, finalement, on se retrouve seul,
01:14:58et que faire ?
01:14:59Une population taïwanaise, d'ailleurs,
01:15:01qui, par parenthèse, est persuadée,
01:15:03d'une manière assez étonnante,
01:15:04que les premiers qui pourraient les aider militairement,
01:15:07c'est le Japon, ce qui n'est absolument pas le cas.
01:15:10Donc les Taïwanais sont quand même très seuls dans la région.
01:15:13– Japon, ex-envahisseur, rappelez-leur.
01:15:15– Oui, enfin, non, mais ex-colonisateur.
01:15:18– Ex-colonisateur, voilà.
01:15:19– Mais apprécié par les Taïwanais.
01:15:21– Non, mais est-ce que les Taïwanais,
01:15:23dont vous nous parlez si bien aujourd'hui,
01:15:26se disent, on peut, aujourd'hui, avec Donald Trump,
01:15:28et se sacrifier sur l'autel…
01:15:30– Tout le monde en Asie s'interroge,
01:15:33tout le monde dans le monde s'interroge.
01:15:34– Sinon Américain.
01:15:35– Tout le monde s'interroge dans le monde
01:15:36sur quel est l'engagement des États-Unis.
01:15:39Je ne suis pas persuadée, il y a Donald Trump,
01:15:41il y a d'autres gens autour de lui,
01:15:43il n'est pas éternel.
01:15:44Je ne suis pas absolument persuadée
01:15:45que si la Chine lançait une campagne,
01:15:49enfin, vraiment, une offensive contre Taïwan,
01:15:50les États-Unis ne bougeraient pas.
01:15:52Et je ne pense pas que la Chine le fera
01:15:54tant qu'il y aura ce point d'interrogation.
01:15:57Parce qu'en fait, la logique du fou, aujourd'hui,
01:15:59elle est chez Donald Trump.
01:16:00Avant, on disait, regardez, que va faire Kim Jong-un,
01:16:03par exemple, des dirigeants fous
01:16:05qui font n'importe quoi.
01:16:06Avec Trump, le problème pour Pékin,
01:16:08surtout après ce qui s'est passé en Iran,
01:16:10alors je ne dis pas les suites,
01:16:11mais les offensives initiales, la décapitation...
01:16:14En Ukraine, qui a l'air d'avoir quand même un peu...
01:16:16Oui, enfin, moi, je pense plutôt...
01:16:18...alerté cette population taïwanaise-là.
01:16:19Oui, d'accord, taïwanaise,
01:16:20mais moi, ce qui alerte aussi Pékin,
01:16:22c'est ce qui s'est passé au Venezuela et en Iran,
01:16:25où ils ont un peu l'impression
01:16:27qu'ils sont face à un dirigeant
01:16:28qui peut faire n'importe quoi,
01:16:30mais quand les États-Unis font n'importe quoi,
01:16:31ça peut faire très mal.
01:16:33Donc, en fait, ça, c'est un point d'interrogation
01:16:35dont ils ne peuvent pas tout à fait s'affranchir.
01:16:37Mais c'est vrai que l'engagement américain dans la région,
01:16:41les interrogations,
01:16:42ça peut encourager certains à faire des tentatives,
01:16:45en tout cas de pressions accrus,
01:16:46pour voir jusqu'où ça peut aller.
01:16:48Et le problème des pressions accrus,
01:16:49pour voir jusqu'où ça peut aller,
01:16:51c'est que ça peut déraper.
01:16:52Et quand ça dérape, évidemment,
01:16:53le deuxième point,
01:16:54c'est qui maîtrise l'escalade,
01:16:56qui recule.
01:16:57Donc ça, c'est des points d'interrogation
01:16:59qui existent, effectivement,
01:17:01y compris pour les Taïwanais.
01:17:02On va voir ce qu'en pense, Jean-Pierre Cabezot.
01:17:04Non, moi, je ne pense pas que les États-Unis vont abandonner Taïwan.
01:17:07D'abord, même l'administration Trump,
01:17:09elle a quand même mis en place,
01:17:11à la fin de l'année dernière,
01:17:12une stratégie de sécurité nationale
01:17:14qui vise à protéger la première chaîne d'île.
01:17:16La première chaîne d'île,
01:17:17pour expliquer au public,
01:17:19est pas d'Okinawa,
01:17:20aux étroits de Malacca,
01:17:21en passant par Taïwan,
01:17:23les Philippines et Borneo.
01:17:24Donc ça veut dire que,
01:17:25même si Taïwan n'est pas toujours évoqué directement,
01:17:28Taïwan fait partie de ce périmètre de sécurité américain.
01:17:30Première chose.
01:17:31Deuxième chose,
01:17:34Trump a fait effectivement des concessions
01:17:37à Xi Jinping.
01:17:39Parce que les deux diégences sont vues il n'y a pas si longtemps.
01:17:41Ils sont vues au mois de mai.
01:17:43Donc on a l'impression qu'il a acheté le discours
01:17:45du Parti communiste chinois sur Taïwan.
01:17:47C'est l'impression qu'on a.
01:17:48Il a fait des concessions sur les ventes d'armes
01:17:50en disant qu'il allait les reporter.
01:17:51Bon, je pense qu'elles vont avoir lieu l'an prochain.
01:17:53Une fois que tous ces sommets se sont tenus,
01:17:58je pense que ces armes vont être vendues.
01:18:00Il y a un autre problème qui est le retard de fabrication
01:18:02des armements et la diminution des stocks américains
01:18:05d'armements importants.
01:18:06Enfin bon, ça c'est un autre...
01:18:07Mais sur le fond,
01:18:09en fait l'intérêt des Américains,
01:18:10je l'évoque à la fin de mon livre,
01:18:12c'est effectivement,
01:18:13et ça s'est déjà manifesté,
01:18:16c'est d'exercer des pressions sur le Parti démocrate progressiste
01:18:18pour pas qu'il aille trop loin,
01:18:19qu'il fasse des concessions.
01:18:22Parmi les concessions,
01:18:23et c'est intéressant parce qu'on oublie souvent
01:18:25qu'il y a un ministère à Taïwan
01:18:27qui s'occupe d'affaires avec la Chine,
01:18:29qui est le ministère d'affaires continentale.
01:18:32Et pendant longtemps,
01:18:34le Parti démocrate progressiste
01:18:35voulait en fait fusionner ce ministère
01:18:37avec les affaires étrangères.
01:18:38De là, c'est des affaires étrangères.
01:18:39Ça n'a jamais été possible.
01:18:42Ce ministère d'affaires continentales
01:18:43reste vraiment particulier
01:18:46et chargé des affaires continentales
01:18:47parce que les affaires continentales,
01:18:48ce n'est pas les affaires internationales,
01:18:49c'est différent.
01:18:50Et ça, même le Parti démocrate progressiste
01:18:52là-dessus est resté extrêmement ambigu.
01:18:54Donc je pense que, si vous voulez,
01:18:57les États-Unis ont intérêt à faire pression
01:18:59pour qu'il y ait une forme de détente
01:19:01qui apparaisse entre les rives.
01:19:03Mais son intérêt, c'est un peu aussi,
01:19:05à terme, peut-être,
01:19:07de convaincre tout le monde à Taïwan
01:19:08de soutenir le consensus de 82.
01:19:10Mais ça ne veut pas dire
01:19:10que les deux États vont se réunifier.
01:19:12Ça veut dire qu'ils sont d'accord,
01:19:13il y a une seule Chine,
01:19:13mais chacun reste chez soi en fait.
01:19:15C'est ça que ça veut dire.
01:19:16On en revient au statu quo.
01:19:17Et au statu quo.
01:19:18Mais évidemment, ce n'est pas un statu quo
01:19:20qui satisfait entièrement Pékin.
01:19:21Et Pékin va continuer d'essayer
01:19:22de miner la situation
01:19:23et d'exercer, comme disait Valérie,
01:19:25des pressions militaires,
01:19:26des gesticulations militaires,
01:19:27y compris peut-être parfois
01:19:29provoquer des crises militaires
01:19:30si Pékin peut en tirer des défices,
01:19:33et aussi essayer de s'infiltrer dans l'île
01:19:35afin de modifier,
01:19:37de transformer l'esprit de Taïwanais.
01:19:38Ce qui n'est pas du tout
01:19:40certain de réussir.
01:19:41L'avenir nous le dira.
01:19:43Quoi qu'il en soit,
01:19:44vraiment, un grand merci
01:19:45à tous les deux
01:19:46d'avoir participé
01:19:47à cette émission
01:19:47de Débat Doc
01:19:48pour évoquer ensemble
01:19:50l'avenir
01:19:51de Taïwan
01:19:52après ce documentaire
01:19:54Nous sommes Taïwan,
01:19:55réalisé entre autres
01:19:55par le journaliste
01:19:56Pierre Aski.
01:19:58Merci aussi
01:19:58à Félicité Gavalda,
01:20:00Emery Colanier
01:20:00qui, comme à l'accoutumée,
01:20:01m'ont aidé
01:20:02à préparer cette émission.
01:20:03Vos réactions,
01:20:04ça sera sur
01:20:05hashtag Débat Doc.
01:20:06Nos invités seront d'ailleurs là,
01:20:07d'ailleurs je l'espère,
01:20:08pour réagir
01:20:09à ce que sont
01:20:09ces réactions.
01:20:11Quant à moi,
01:20:11je vous retrouve
01:20:12pour un prochain Débat Doc.
01:20:13Ça sera bien entendu
01:20:14avec son documentaire
01:20:16et son débat.
01:20:17À très bientôt.
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