- il y a 2 jours
À partir du début du XIXe siècle, la révolution industrielle bouleverse profondément la société française dans l'ensemble des domaines du quotidien, comme l'agriculture, le travail, la politique, le transport mais aussi l'environnement. Les paysages, qui avaient relativement peu changés au cours des siècles précédents, abritent désormais des usines, des voies de chemins de fer, des mines et autres installations industrielles.
Alors que le débat sur la désindustrialisation de la France et la « relocalisation » des usines est au coeur des enjeux économiques à venir, comment l'État et les entreprises font face aux problèmes de pollution passées et à venir ?
Pour en discuter, Jean-Pierre Gratien reçoit Gisèle Jourda, sénatrice socialiste de l'Aude et rapportrice d'un rapport sur la pollution des sols en France ; Arnaud Gossement, avocat spécialisé en droit de l'environnement et enseignant à l'Université Panthéon-Sorbonne ainsi que Emmanuel Duteil, directeur de la rédaction du magazine « L'Usine Nouvelle ».
LCP fait la part belle à l'écriture documentaire en prime time. Ce rendez-vous offre une approche différenciée des réalités politiques, économiques, sociales ou mondiales...autant de thématiques qui invitent à prolonger le documentaire à l'occasion d'un débat animé par Jean-Pierre Gratien, en présence de parlementaires, acteurs de notre société et experts.
Alors que le débat sur la désindustrialisation de la France et la « relocalisation » des usines est au coeur des enjeux économiques à venir, comment l'État et les entreprises font face aux problèmes de pollution passées et à venir ?
Pour en discuter, Jean-Pierre Gratien reçoit Gisèle Jourda, sénatrice socialiste de l'Aude et rapportrice d'un rapport sur la pollution des sols en France ; Arnaud Gossement, avocat spécialisé en droit de l'environnement et enseignant à l'Université Panthéon-Sorbonne ainsi que Emmanuel Duteil, directeur de la rédaction du magazine « L'Usine Nouvelle ».
LCP fait la part belle à l'écriture documentaire en prime time. Ce rendez-vous offre une approche différenciée des réalités politiques, économiques, sociales ou mondiales...autant de thématiques qui invitent à prolonger le documentaire à l'occasion d'un débat animé par Jean-Pierre Gratien, en présence de parlementaires, acteurs de notre société et experts.
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00:00:02Générique
00:00:16Bienvenue à tous, au menu de ce débat doc aujourd'hui, un documentaire exclusif, la vallée de l'arsenic,
00:00:22où l'histoire d'une ancienne mine d'or, non loin de Carcassonne, devenue une bombe environnementale et sanitaire.
00:00:29Je vous laisse le découvrir et je vous retrouverai juste après sur ce plateau en compagnie de la sénatrice Gisèle
00:00:35Jourdat,
00:00:36de l'avocat Arnaud Gossman et du journaliste Emmanuel Duteil.
00:00:40Avec eux, nous nous interrogerons sur les problèmes posés en France par la dépollution des sites industriels.
00:00:47Bon doc.
00:01:52Le 15 octobre 2018, j'atterris à Hanoï, au Vietnam.
00:01:59Je suis responsable d'une formation à Hanoï et j'apprends qu'il y a eu une forte inondation dans
00:02:08la vallée de l'Orbiel.
00:02:09La rivière a dû monter, j'entends le grand vent de l'eau.
00:02:13Ah oui, oh là là, oh la vache.
00:02:17La plaine est inondée.
00:02:18On entend les hélicoptères ? Il doit y avoir de l'élite reillage là-bas, oui.
00:02:24Il y a la crue, mais surtout il y a la pollution.
00:02:28On va parler tous de la crue.
00:02:30On ne parlera pas du problème avec les déchets qui sont stockés dans la vallée
00:02:35et qui font qu'une partie va être remobilisée par le flux d'eau.
00:02:40La voiture qui est remplie de flotte, est remplie de boue.
00:02:43Là, ce sont les bancs de l'école maternelle.
00:02:46Des masses de boue partout, des voitures retournées dans des endroits complètement improbables,
00:02:51les déchets dans tous les sens.
00:02:53Très vite, c'est mis en place une solidarité.
00:02:56On allait plus ou moins chez les uns chez les autres pour filer un coup de main comme on pouvait.
00:03:00Surtout évacuer la boue.
00:03:02Alors évidemment, tout ça s'est fait, j'allais dire, avec les moyens du bord.
00:03:05Chacun est arrivé avec son balai, son seau, etc.
00:03:09Sans masque, sans précaution, sans gants.
00:03:12Et donc on a tout nettoyé et ça s'est fait très vite.
00:03:14Et c'est là qu'en rentrant du Vietnam, je me rends compte que personne n'a pris de précaution.
00:03:21Donc les gens ont manipulé de l'arsenic sans s'en rendre compte.
00:03:36Ce qu'il faut comprendre dans l'histoire de cette vallée,
00:03:39c'est que la mine de Salsignes a représenté une activité industrielle majeure pour l'économie d'un pays entier.
00:03:45Il faut s'imaginer un siècle d'exploitation minière sur une zone qui fait à peu près 200 km².
00:03:52Depuis la nuit des temps, un patron, c'est un patron.
00:03:54Lui, ce qu'il veut, c'est de la rentabilité.
00:03:55Dans la mesure où il n'a pas trop d'emmerdements avec des accidents de travail à répétition,
00:04:00la santé des gens après, ce n'est plus son problème, surtout quand ils sont aussi immédiatifs.
00:04:04Ce n'est pas lui qui paye le cercueil.
00:04:07J'estime qu'il y a 3 millions de tonnes de toxiques puissants.
00:04:15Nous avons là une des plus grandes décharges chimiques du monde.
00:04:48Sous-titrage Société Radio-Canada
00:05:10Cette paisible rivière, c'est l'Orbielle.
00:05:13Elle dévale une vallée luxuriante, mais ici, depuis 30 ans, les arrêtés préfectoraux se succèdent.
00:05:23Ils interdisent de consommer fruits, légumes, escargots, tout ce qui est en contact avec la terre.
00:05:39Alors là, nous sommes dans la vallée de l'Orbielle.
00:05:41C'est un haut lieu de l'exploitation minière et industrielle.
00:05:44On voit une nature assez sympathique, relativement idyllique.
00:05:49On ne se rend pas compte à quel point cette nature peut avoir été polluée,
00:05:53et l'être encore, par ces années d'exploitation minière.
00:05:56C'est une pollution qui est malheureusement invisible.
00:06:05On y a cherché de l'or, bien sûr, et comme à chaque fois qu'il y a de l
00:06:08'or, il y a aussi de l'arsenic,
00:06:09en général, en proportion bien plus élevée que l'or.
00:06:13Ceci explique que la pollution locale soit principalement due à l'arsenic,
00:06:16mais pas que, il y a aussi beaucoup d'autres métaux lourds.
00:06:20Alors, on est en route vers Salcigne,
00:06:22qui a été l'épicentre de l'exploitation minière.
00:06:26Et on va notamment sur la verse de l'atelier.
00:06:34Quand on entre dans Salcigne, ce qui frappe, c'est cette colline en strates,
00:06:39qui est en fait une colline artificielle,
00:06:40qui correspond à l'entassement, l'empilement de tous les échéminiers.
00:06:58Alors là, on roule sur un chemin qui a une couleur particulière,
00:07:01puisqu'il est rouge, couleur rouille,
00:07:04ce qui est le signe d'oxyde de fer, présent en grande quantité.
00:07:11Et puis, on voit parmi ces oxydes de fer,
00:07:14on voit des traînées jaunes, blanchâtres,
00:07:18qui sont en fait des coulées de sulfure d'arsenic.
00:07:30Nous sommes sur la verse de l'atelier.
00:07:33Pendant près d'un siècle,
00:07:36c'était l'entrée de l'ancienne mine d'or et d'arsenic de Salcigne.
00:07:41Une mine souterraine,
00:07:43des générations entières de mineurs
00:07:45sont passées par ici.
00:07:54Alors, pour mesurer la pollution qu'il y a ici,
00:07:57je vais utiliser un appareil de mesure en fluorescence X,
00:08:01qui permet de déterminer avec précision
00:08:03la quantité de polluants et de métaux lourds
00:08:05qui se trouvent dans le sol.
00:08:09On va shooter par exemple ici.
00:08:15Et on va voir apparaître en temps réel sur l'écran
00:08:19la quantité
00:08:22et le nom des polluants.
00:08:29Alors là, on a mesuré 7883 ppm d'arsenic,
00:08:33ce qui est colossal.
00:08:34Quand on sait qu'à partir de 25 ppm d'arsenic,
00:08:38le sol est réputé dangereux.
00:08:40Mais on a aussi du soufre, 12% environ,
00:08:44du fer, à peu près 50%, sans surprise,
00:08:47c'est normal, ça explique la couleur rouille.
00:08:49On a aussi du cobalt, du nickel, du cuivre,
00:08:53du zirconium et du niobium.
00:08:58Le taux de l'arsenic au pied de l'ancienne mine
00:09:01est 300 fois supérieur à la norme.
00:09:06Sur les vestiges de l'ancienne exploitation souterraine,
00:09:11cette balafre.
00:09:13La mine à ciel ouvert,
00:09:15elle a été creusée dans les années 80,
00:09:17elle a produit à elle seule
00:09:19des millions de tonnes de déchets toxiques.
00:09:31Nous sommes dans une région,
00:09:33d'un point de vue géologique,
00:09:35qui est très riche.
00:09:37Il y a une accumulation d'éléments,
00:09:39comme l'argent, l'or, le plomb,
00:09:42le bismuth, l'étain, le fer.
00:09:46C'est pour ça qu'ici, depuis 24 siècles,
00:09:47il y a des mines.
00:09:55On extrait de l'arsenic
00:09:57à partir des années 1875,
00:10:01parce que l'arsenic est intéressant
00:10:04et important
00:10:05au niveau de nombre
00:10:07de process industriels.
00:10:10En fait, la production d'arsenic,
00:10:12elle commence
00:10:13une bonne vingtaine d'années
00:10:15avant la production d'or.
00:10:20Dans cette zone,
00:10:22il y a, par tonne de filons traités,
00:10:25beaucoup plus d'arsenic
00:10:26que d'or, d'argent ou de cuivre.
00:10:34L'arsenic a de multiples usages.
00:10:37Par exemple, à blanchir les verres,
00:10:39pour que nos verres soient translucides,
00:10:41eh bien, on y mettait de l'arsenic.
00:10:44L'arsenic rentre beaucoup aussi
00:10:46dans la composition
00:10:47de nombre de produits chimiques,
00:10:49en particulier
00:10:50dans des produits
00:10:52destinés à l'agriculture.
00:10:59Ça sert également
00:11:00en matière militaire,
00:11:02comme liant pour les munitions.
00:11:07Et puis, ça va servir
00:11:09pour fabriquer
00:11:10les gaz de combat.
00:11:26Après la Première Guerre mondiale,
00:11:28arrive le temps
00:11:29de l'exploitation
00:11:30vraiment industrielle.
00:11:35Le minerai, pendant très longtemps,
00:11:36a été extrait
00:11:37par des mines souterraines.
00:11:41Certaines de ces galeries
00:11:42descendent en dessous
00:11:43du niveau de la mer,
00:11:44sur 400-500 mètres de profondeur.
00:11:48Puis, ce minerai
00:11:50part sur un téléphérique
00:11:51qui va jusqu'au site
00:11:54de l'usine.
00:11:58Quand le minerai est arrivé,
00:12:00il était concassé, broyé.
00:12:02Il était passé sur des bains
00:12:04avec des mousses.
00:12:07On va le chauffer
00:12:09et en fonction de la chaleur,
00:12:12on va sortir du cuivre,
00:12:14du bismuth,
00:12:15de l'argent,
00:12:16de l'or,
00:12:17de l'arsenic.
00:12:37Pour brûler ces tonnes de minerais,
00:12:40on construit un four
00:12:41qui tourne 24 heures sur 24.
00:12:44C'est un four Water Jacket.
00:12:47Il est refroidi
00:12:48par l'eau de la rivière Orbielle.
00:12:51C'est le plus grand four Water Jacket du monde.
00:13:00Le fou, c'était la bête.
00:13:02Elle avalait tout.
00:13:06C'est en quelque sorte
00:13:08une espèce de petit volcan
00:13:10bien contrôlé
00:13:12grâce à la qualité
00:13:14des ouvriers
00:13:15qui maîtrisent
00:13:17l'incendie
00:13:18en quelque sorte
00:13:19qui est créé
00:13:20autour
00:13:20des tonnes de minerais
00:13:22qui sont déversées là.
00:13:26Ça devait faire
00:13:2918 mètres de haut
00:13:31à peu près.
00:13:32En haut,
00:13:32il y avait un gueulard
00:13:33où on mettait
00:13:34les charges
00:13:35et il y avait des couches.
00:13:37Alors,
00:13:37on mettait
00:13:37du coq,
00:13:39du minerais,
00:13:40certains produits
00:13:41des fondants
00:13:42et en bas,
00:13:43il y avait une soufflerie
00:13:44avec de l'oxygène
00:13:46ou Water Jacket
00:13:47parce que sur un côté,
00:13:49il y avait une jaquette
00:13:51avec une circulation d'eau
00:13:52pour protéger
00:13:54pour pas que ça pète.
00:14:00C'était notre vie.
00:14:01Le four,
00:14:02c'était notre vie.
00:14:03On était viscéralement
00:14:05attachés
00:14:05à ce boulot
00:14:07parce que c'est l'homme
00:14:07face à la matière.
00:14:09C'est quelque chose
00:14:10qu'on ne maîtrise pas
00:14:11complètement
00:14:12et sur lequel
00:14:13on doit anticiper
00:14:14en permanence
00:14:15pour le faire fonctionner.
00:14:18Il y avait des explosions
00:14:19comme tout lieu
00:14:20où il y a de la fusion
00:14:21et on doit
00:14:22en permanence
00:14:23veiller,
00:14:24être en vigilance
00:14:25et être en vigilance,
00:14:26ça rend intelligent.
00:14:29Moi, j'ai adoré.
00:14:30Moi, j'ai adoré.
00:14:31Oui, oui,
00:14:32j'ai aimé ce boulot
00:14:33comme du sucre.
00:14:47pour évacuer les fumées
00:14:48de ce four water jacket,
00:14:49il y a eu
00:14:50plusieurs cheminées
00:14:51qui étaient
00:14:52de plus en plus hautes,
00:14:53qui ont été construites
00:14:54de plus en plus hautes
00:14:54et qui rejetaient
00:14:56dans l'atmosphère
00:14:56des résidus toxiques,
00:14:58évidemment,
00:14:58des fumées toxiques
00:14:59qui se sont répandues
00:15:00un petit peu partout.
00:15:04Mais ces émanations
00:15:06de fumée
00:15:06ne s'arrêtent jamais.
00:15:08Elles sont toujours
00:15:09plus importantes.
00:15:11On finit alors
00:15:12par construire
00:15:14une cheminée géante.
00:15:15Elle culminera
00:15:17à 117 mètres,
00:15:19la plus haute d'Europe.
00:15:23Comme matière toxique,
00:15:25elle dégageait
00:15:25l'arsenic et le sulfure,
00:15:27les gaz.
00:15:34On a eu
00:15:35aux alentours
00:15:36de 106 000,
00:15:38110 000 tonnes
00:15:40de trioxyde d'arsenic,
00:15:42etc.,
00:15:43qui ont été envoyées
00:15:44dans l'atmosphère
00:15:45à l'époque.
00:15:46Ce sont des proportions
00:15:47qui sont absolument
00:15:48gigantesques.
00:15:51Nous avons là,
00:15:53un parmi d'autres,
00:15:54poison très dangereux
00:15:56par l'inhalation
00:15:57que ça donne,
00:15:58par l'intoxication,
00:16:00soit très rapide
00:16:01selon les moments,
00:16:02soit lente,
00:16:03des populations,
00:16:05des animaux,
00:16:06et ça a également
00:16:07un impact
00:16:08sur les végétaux.
00:16:12qui ont été
00:16:13l'inspirée.
00:16:16Nous avons
00:16:16l'inspirée.
00:16:16à l'inhalation
00:16:16et des papilles.
00:16:22Nous avons
00:16:23l'inspirée.
00:16:28Nous avons
00:16:28besoin d'autres
00:16:28aux alentours
00:16:28de la situation
00:16:39et nous avons
00:16:39l'inspirée.
00:16:42la population se réunit autour de comités de fumée
00:16:46pour se plaindre des effets mortels du trioxyde d'arsenic.
00:16:54Le préfet répond qu'il est inconcevable
00:16:57de porter la moindre entrave au fonctionnement de l'usine.
00:17:02Il estime qu'il n'existe aucun danger réel pour la population.
00:17:09Le bon fonctionnement aurait été de ne pas envoyer des gaz et de l'arsenic dans la cheminée.
00:17:14Mais pour ça, il fallait avoir des installations qui étaient capables de piéger ces produits-là.
00:17:22Et quand on sait qu'à cette époque-là, le souci de l'environnement était un souci second,
00:17:29qu'il aurait fallu intégrer prioritairement, parce que qui protège l'environnement protège les salariés,
00:17:35alors que là, ce n'était pas le cas.
00:17:37Parce que bien sûr, les protections, c'était un chiffon autour de la mouche.
00:17:55Là, tu vois le panneau.
00:17:57Accès interdit, danger, matériaux pollués.
00:18:22Ici, on est donc sur la verse de Narto, un des plus anciens sites d'exploitation de l'arsenic.
00:18:29Il faut imaginer qu'à l'intérieur de cette montagne, là, il y a plein de galeries de mines qui
00:18:34ont été creusées,
00:18:35desquelles on extrayait de l'arsenic.
00:18:37Et puis, bon, quand l'exploitation minière a cessé, l'érosion a fait le reste.
00:18:42Et on voit maintenant la terre transpirer de l'arsenic, ce qui donne cette coloration.
00:18:50Cette saignée blanche, c'est de l'arsenic.
00:18:53La production d'arsenic, qui a commencé ici, sur cette colline de Narto, à la fin du 19e siècle,
00:19:01va connaître son apogée dans les années 60.
00:19:07La guerre du Vietnam.
00:19:21Durant toute la guerre du Vietnam, et en particulier au moment où une forte impulsion est donnée à la guerre
00:19:26chimique,
00:19:27on estime qu'il y a au moins 40 000 tonnes d'arsenic qui partent pour la guerre du Vietnam
00:19:32depuis la vallée de l'Orbienne.
00:19:38L'arsenic sert comme produit de destruction de population, mais c'est l'omerta.
00:19:50On a toute une série de sociétés imbriquées les unes dans les autres,
00:19:56c'est-à-dire que les salariés de la vallée de l'Orbienne ne savent pas qu'en vérité, ils
00:20:02travaillent pour les Américains.
00:20:06Cet arsenic sert à fabriquer de l'agent orange et de l'agent bleu.
00:20:13Deux puissants défoliants qui brûlent l'épaisse végétation dans laquelle se cache le Viet Cong.
00:20:20Mais c'est un carnage. L'opinion s'indigne.
00:20:25Pire encore, les effets de ces produits vont durer durant des décennies,
00:20:31entraînant des malformations irréversibles.
00:20:38L'arsenic produit dans cette vallée joue un rôle clé sur le marché mondial.
00:20:44Pendant des dizaines d'années, 10% de l'arsenic consommé dans le monde venait de la vallée de l
00:20:53'Orbienne.
00:20:56Cette exploitation intensive d'arsenic va aussi impacter la population de la vallée.
00:21:05Des années plus tard, une étude va révéler que la mortalité chez les employés de la mine,
00:21:11par cancer du poumon, est plus de 76% supérieure à celle de la population.
00:21:19La mortalité par cancer du pharynx, plus de 106%.
00:21:25On n'avait malheureusement pas besoin de l'étude pour savoir qu'il y avait une mortalité prématurée
00:21:30chez tous les gens qui avaient travaillé à Salsignia.
00:21:33Il y avait une mortalité prématurée.
00:21:35Les mineurs, ils se faisaient rarement très vieux,
00:21:38et les métallos, ils se faisaient aussi rarement très vieux, quelques exceptions près.
00:21:48Cette étude montrera aussi que la mortalité par cancer digestif chez les femmes
00:21:53est plus de 32% supérieure à la moyenne nationale.
00:22:01Les gens qui habitaient à la cité ouvrière, juste à côté de la cheminée,
00:22:06les femmes, quand elles étendaient le linge,
00:22:09que la cheminée crachait de l'arsenic et qu'il y avait plein de taches blanches dessus,
00:22:13quand elles le rentraient, elles le secouaient.
00:22:15Et les gamins, ils jouaient devant la porte où il y avait des flaques d'eau
00:22:18avec l'arsenic qui était retombée, et personne ne leur a dit.
00:22:28D'autres études vont suivre, mais en vérité,
00:22:31des études avaient déjà été faites auparavant,
00:22:35mais étaient restées très largement secrètes.
00:22:41En 1980, la situation devient tendue,
00:22:45il n'y a plus de débouchés pour l'arsenic du fait de la fin de la guerre du Vietnam,
00:22:50et l'entreprise exploitante déclare qu'elle va faire faillite.
00:22:57C'est l'État au plus haut niveau qui décide qu'il faut maintenir
00:23:03une activité minière et industrielle dans la vallée de l'Orbielle.
00:23:09En pleine campagne électorale,
00:23:12le gouvernement du président Valéry Giscard d'Estaing
00:23:15choisit de préserver l'emploi des 2500 salariés de la mine
00:23:19contre l'avis des experts
00:23:22qui alertent sur une pollution déjà dévastatrice.
00:23:31En 1986, la grande cheminée,
00:23:36gorgée de poussière d'arsenic,
00:23:39est détruite.
00:23:45Ça nous touchait les tripes,
00:23:46parce que pour nous, la cheminée, c'était le totem des installations.
00:23:52Il y avait tout un tas de vadoux,
00:23:54parce que c'était un symbole qui foutait le camp.
00:23:57Moi, j'étais à la station d'angle,
00:23:59j'avais estimé que c'était un bon point de vue,
00:24:02parce qu'ils avaient quand même mis des barrières pour la sécurité.
00:24:05Il y avait des zones où on n'avait pas le droit d'être.
00:24:16On est tombé parfaitement du bon côté
00:24:18avec un énorme nuage de poussière
00:24:20et nous étions en face
00:24:21et le vent nous a aidés
00:24:23puisqu'on a pu récupérer toutes les poussières qui venaient chez nous.
00:24:27On a été, excusez-moi le terme,
00:24:28de foutu con de rester là
00:24:29parce qu'on n'en avait pas assez pris en travaillant.
00:24:32Il a fallu qu'on aille voir,
00:24:33d'en prendre davantage quand c'est tombé.
00:24:38L'exploitation d'arsenic est progressivement abandonnée.
00:24:42Désormais, l'objectif prioritaire,
00:24:44c'est l'or.
00:24:46Jusqu'à présent,
00:24:48une tonne de minerais produisait 40 à 60 kilos d'arsenic.
00:24:52Mais une tonne de minerais
00:24:54ne produit que 10 grammes d'or en moyenne.
00:24:58Pour trouver cet or,
00:25:00l'État s'engage dans un projet titanesque,
00:25:03la création de la mine à ciel ouvert.
00:25:09Elle permet une extraction intensive des minerais.
00:25:25On crée une mine à ciel ouvert pour des raisons économiques.
00:25:29C'est beaucoup moins coûteux, en fait,
00:25:31et beaucoup plus rapide.
00:25:32On peut sortir des plus gros volumes.
00:25:34Pour vous donner une idée,
00:25:35sur une galerie souterraine en une journée,
00:25:38ça correspond à, je ne sais pas,
00:25:4080 tonnes, 100 tonnes.
00:25:42Nous, on a des camions à mine à ciel ouvert
00:25:44qui portaient 85 tonnes,
00:25:45que l'on chargeait en 5 minutes.
00:25:51Donc, on va excaver,
00:25:53on va racler les couches supérieures
00:25:55jusqu'à ce que l'on arrive
00:25:56à des couches dites rentables.
00:26:03Ça, c'est tout à fait nouveau.
00:26:05Et donc là,
00:26:05les paysages vont être totalement bouleversés.
00:26:09Et bien sûr,
00:26:11tout ce qui est raclé
00:26:12est bazardé à côté,
00:26:15ce qui va créer
00:26:15un immense foutoir
00:26:18qui représente 75 millions de tonnes
00:26:20qui ne sont pas exploitées.
00:26:25et qui, donc,
00:26:27d'une certaine façon,
00:26:29génèrent de la pollution.
00:26:44C'est aussi à cette époque
00:26:47que les mesures de pollution
00:26:49deviennent plus précises.
00:26:52On découvre que dans la vallée,
00:26:54à certains endroits,
00:26:57les terres sont contaminées
00:26:58en profondeur.
00:27:05Un jour,
00:27:06mon chef d'équipe arrive,
00:27:07il me dit,
00:27:07« Monsieur Braille,
00:27:08vous allez faire un trou
00:27:10parce qu'on va récupérer
00:27:11un camion de salade. »
00:27:14« Ah bon ? »
00:27:14« Oui, un camion de salade ? »
00:27:16« Ah bon ? »
00:27:17« D'accord. »
00:27:18Et c'était les jardiniers de Conques
00:27:21qui avaient,
00:27:22dans leur jardin de salade,
00:27:23il y avait eu des analyses
00:27:24qui n'étaient pas bonnes,
00:27:25donc les salades étaient invendables.
00:27:28Donc on a un camion
00:27:30qui va chercher,
00:27:32le camion où on mettait l'arsenic,
00:27:34qui va chercher les salades à Conques.
00:27:37Et puis ce jour-là,
00:27:39le camion de salade,
00:27:40en montant,
00:27:41s'arrête
00:27:42et laisse les plus jolies salades
00:27:43à la cantine de Salsignes
00:27:45parce que,
00:27:45comme Salsignes avait acheté les salades,
00:27:47il était normal
00:27:48que les ouvriers
00:27:49puissent les manger.
00:27:50Elles étaient polluées pour la vente,
00:27:51mais pas pour nous,
00:27:52bien entendu.
00:27:59Le fait que les propriétaires
00:28:00de la mine
00:28:00rachètent ces salades
00:28:03démontrait déjà
00:28:04qu'ils avaient conscience
00:28:05que la mine
00:28:08apportait
00:28:09des matières dangereuses
00:28:12dans les sols
00:28:13et donc dans les produits
00:28:14qui venaient des sols.
00:28:15Ils le savaient.
00:28:19C'est une façon,
00:28:21j'allais dire,
00:28:22de garantir
00:28:23une espèce de silence.
00:28:25De silence
00:28:26des cultivateurs,
00:28:27de silence des maraîchers,
00:28:29de silence de la population.
00:28:451993,
00:28:48l'État revend la mine d'or
00:28:49à une société australienne.
00:28:53Mais dans ces galeries,
00:28:56les rendements ont baissé.
00:28:59De 10 grammes d'or
00:29:00par tonne de minerai,
00:29:02ils passent
00:29:03à 2 grammes par tonne.
00:29:33Le rythme
00:29:35d'extraction
00:29:36va s'intensifier
00:29:38pour toujours plus
00:29:39de déchets toxiques.
00:29:44C'est la dernière
00:29:45grande ruée vers l'or
00:29:47menée en Europe occidentale.
00:29:53Toute ma carrière
00:29:54à Selcine,
00:29:55c'était pour chercher de l'or.
00:30:00Les Australiens,
00:30:01quand ils sont arrivés,
00:30:02ils voulaient de l'or.
00:30:03et nous,
00:30:05on faisait en sorte
00:30:06d'en trouver.
00:30:13À Selcine,
00:30:14l'or est invisible
00:30:15à l'œil nu.
00:30:17Il est emprisonné
00:30:18avec l'arsenic
00:30:19et d'autres métaux lourds
00:30:21dans la roche.
00:30:23Le four ne suffit plus
00:30:25pour l'isoler.
00:30:27c'est un traitement chimique
00:30:29à base de cyanure
00:30:30dans de nouvelles usines
00:30:33qui permet de l'exploiter.
00:30:36L'ancienne usine
00:30:37l'a complètement détruite.
00:30:39Donc,
00:30:39ils sont repartis
00:30:40sur une usine
00:30:43de traitement neuve.
00:30:44Après,
00:30:45c'était des grosses cuves.
00:30:47Ce n'était pas forcément
00:30:49sympathique.
00:30:56Il fallait du rendement
00:30:58pour avoir
00:30:59la rentabilité
00:31:00de la mine.
00:31:03Donc,
00:31:03on traitait
00:31:04des quantités
00:31:06plus importantes.
00:31:13Les rejets,
00:31:14on les mettait
00:31:15sur ce qu'on appelait
00:31:16les plages.
00:31:18J'ai toujours dénoncé
00:31:19aux Australiens
00:31:20en disant
00:31:21qu'on mettait
00:31:22dans les plages
00:31:23de l'arsenic
00:31:24et ça,
00:31:25c'était dangereux.
00:31:27Oh ben,
00:31:27ils s'en foutaient.
00:31:29Ils avaient une mine d'or
00:31:31en Australie
00:31:32et ils avaient
00:31:33un tuyau
00:31:34de 5 kilomètres.
00:31:35Ils mettaient
00:31:36tous les rejets
00:31:37dans le désert
00:31:37et ils se démerdaient
00:31:39après.
00:31:39Voilà ce que
00:31:40tu nous avais dit.
00:31:45La société australienne
00:31:47va exploiter la mine
00:31:48pendant plus de 10 ans
00:31:51en toute impunité.
00:32:10Là, on est arrivé
00:32:11sur le site
00:32:12de Montredon,
00:32:12le pêche de Montredon
00:32:13comme on dit ici.
00:32:14C'est une colline
00:32:17qui est artificielle
00:32:19en fait,
00:32:19qui a été formée
00:32:20qui a été formée
00:32:20par les entassements
00:32:22successifs
00:32:23de déchets miniers.
00:32:24Ça date de l'époque
00:32:25où c'est les Australiens
00:32:26qui géraient la mine.
00:32:27Ils ont eu cette manière
00:32:28à eux
00:32:29de l'exploiter
00:32:30et de stocker
00:32:30les déchets
00:32:31en les empilant
00:32:31les uns sur les autres.
00:32:33Comme on peut le faire,
00:32:34comme on peut voir
00:32:34les ordures ménagères
00:32:36s'empiler les unes sur les autres
00:32:37dans les décharges
00:32:38publiques, par exemple.
00:32:41Le problème,
00:32:41c'est qu'ils ont dépassé
00:32:43la hauteur maximale
00:32:44de 20 mètres
00:32:45puisqu'ils sont montés
00:32:46à 27 mètres
00:32:47et du coup,
00:32:49ça s'est affaissé.
00:32:50Ça a causé
00:32:51d'énormes problèmes
00:32:51de pollution
00:32:52qui s'est répandue
00:32:53par derrière
00:32:54et le BRGM,
00:32:56le Bureau de Recherche
00:32:58Géologique et Minière,
00:32:59a déployé
00:33:01des efforts considérables
00:33:02pour essayer
00:33:03de stabiliser,
00:33:03d'endiguer
00:33:04cette pollution
00:33:06afin qu'elle ne se répande
00:33:07pas trop.
00:33:16Autre colline artificielle,
00:33:19celle de l'Arthus,
00:33:21un site de stockage
00:33:23haut de 80 mètres.
00:33:25Il regorge
00:33:26de tonnes de poussière
00:33:27d'arsenic
00:33:28qui, pendant longtemps,
00:33:31étaient à peine contenues
00:33:32par une végétation fragile.
00:33:38Là où on se retrouve
00:33:40aujourd'hui
00:33:40avec un problème
00:33:41sur les bras,
00:33:42c'est que la haute
00:33:43administration
00:33:45a fait un pont
00:33:46et un cadeau
00:33:47formidables aux Australiens
00:33:48en les dédouanant
00:33:49de toute responsabilité
00:33:51pour la protection
00:33:52de l'environnement.
00:33:53C'est-à-dire en disant
00:33:54écoutez messieurs,
00:33:54on vous fait un chèque
00:33:55en blanc,
00:33:56ne vous laissez pas
00:33:57l'après-mine,
00:33:58c'est nous qui nous en occupons
00:33:59et on se débrouillera.
00:34:01Il n'y a pas grand monde
00:34:02dans ce secteur,
00:34:03c'est tous des ploucs,
00:34:04un peu plus
00:34:05ou un peu moins
00:34:06de pollution,
00:34:07ils y sont habitués,
00:34:09ils vont fermer
00:34:10leur gueule
00:34:10et ça va bien fonctionner.
00:34:12Alors que les autres,
00:34:13ils avaient pris le pognon.
00:34:30Alors que la société australienne
00:34:32exploite la mine,
00:34:34le four géant,
00:34:36désormais obsolète,
00:34:38est confié à une société française,
00:34:40la CEPSE,
00:34:42afin, en théorie,
00:34:44de dépolluer la vallée
00:34:46en brûlant à très haute température
00:34:49des déchets chargés en arsenic.
00:34:52Les dirigeants vont dire
00:34:54à l'État français,
00:34:56vous avez là
00:34:57le plus grand four water jacket
00:34:59du monde,
00:35:00vous avez là
00:35:01les meilleurs ouvriers
00:35:03spécialistes de l'arsenic
00:35:04au monde,
00:35:06donnez-nous
00:35:06beaucoup d'argent
00:35:08et nous allons
00:35:09diriger
00:35:10la dépollution
00:35:12de la vallée.
00:35:15Nous avions,
00:35:16je suis là-dedans,
00:35:18bien entendu,
00:35:19un espoir
00:35:20de voir
00:35:20continuer ce four
00:35:22d'une certaine façon.
00:35:25Parce que ce four,
00:35:26on l'aimait.
00:35:26Et leur message était
00:35:28vous avez des produits
00:35:29qui contiennent de l'arsenic,
00:35:30envoyez-nous-les,
00:35:31nous on va les traiter,
00:35:32on est capables de le faire.
00:35:34Comme c'était des voyous,
00:35:35ils ont menti.
00:35:36Comme tous les voyous.
00:35:40En vérité,
00:35:41cette entreprise
00:35:42va importer
00:35:44des déchets toxiques
00:35:46venus
00:35:47du monde entier.
00:35:48On a tout récupéré,
00:35:50des pots de peinture,
00:35:51tous les décodeurs
00:35:52Canal+,
00:35:53toutes les cochonneries
00:35:54du monde entier
00:35:54s'ensuivient.
00:35:58Ils ont importé
00:36:00des produits
00:36:01arséniers
00:36:01de Grèce,
00:36:02du Japon,
00:36:03de partout.
00:36:04Ils ont fait rentrer
00:36:05des merdes de partout.
00:36:06Ils ont créé
00:36:08un hangar immense.
00:36:11On a tenté
00:36:12de transformer
00:36:13un four
00:36:14qui était fait
00:36:15pour quelque chose
00:36:16de précis
00:36:16en incinérateur,
00:36:18ce qui ne pouvait
00:36:19pas fonctionner.
00:36:20On voyait
00:36:21les camions monter,
00:36:22on ne savait pas
00:36:23ce qu'il y avait dedans.
00:36:24Un soir,
00:36:25je remontais
00:36:25d'une réunion
00:36:27syndicale très tard.
00:36:30Je suis passé
00:36:31au pied de l'usine,
00:36:32ça sentait le chlore.
00:36:35Il y avait des gars
00:36:36avec un tuyau
00:36:36qui essayait
00:36:37d'éteindre
00:36:39un tas de trucs
00:36:39en feu.
00:36:41Ça sentait le chlore,
00:36:42ça n'a jamais senti
00:36:43le chlore,
00:36:44sans signe.
00:36:45Donc,
00:36:45qu'est-ce que c'était
00:36:46comme un défi ?
00:36:50Il n'y a que les piles
00:36:52de missiles
00:36:53qu'on a reçues
00:36:54au camion
00:36:55et au lithium.
00:36:56Ça, on le savait,
00:36:57c'était dans des cartons
00:36:57et il y avait
00:36:58armée française.
00:37:00Donc, de temps en temps,
00:37:01on mettait une pile
00:37:02dans la charge du four.
00:37:03Quand ça arrivait
00:37:04dans le point de fusion,
00:37:06ça a explosé.
00:37:09On a travaillé
00:37:11comme des apprentis sorciers.
00:37:12Je pense qu'on a inventé
00:37:15des formules chimiques
00:37:15qui n'existent pas.
00:37:30Les employés du four
00:37:32sont exposés
00:37:34à des émanations toxiques
00:37:35incontrôlables.
00:37:37Un soir,
00:37:40Max Braille s'effondre.
00:37:44Ce soir-là,
00:37:45j'allais partir
00:37:46pour prendre mon poste
00:37:47et j'ai perdu connaissance
00:37:48à la maison.
00:37:51Je m'étouffais,
00:37:53je régurgidais,
00:37:54je ne me souviens
00:37:54de plus rien.
00:37:59J'ai passé ensuite
00:38:00quatre mois
00:38:01dans une fatigue extrême,
00:38:03mais vraiment extrême.
00:38:06Je ressemblais à un vieillard.
00:38:12Je marchais avec une canne.
00:38:14J'avais du mal à respirer.
00:38:18Donc là,
00:38:19ça pose des questions.
00:38:22Et là,
00:38:23j'ai un journaliste
00:38:24qui m'appelle
00:38:25et qui me demande
00:38:26ce qui se passe
00:38:26à la CEPSE.
00:38:29J'étais déjà élu.
00:38:32J'ai dit,
00:38:32écoutez,
00:38:33on met les gens en danger,
00:38:35on sacrifie l'environnement
00:38:37et si on continue,
00:38:39on va tuer des gens.
00:38:43Pour avoir parlé,
00:38:45Max Braille est licencié.
00:38:48Mais grâce à son témoignage,
00:38:50une enquête judiciaire
00:38:51est ouverte.
00:38:53La CEPSE est liquidée,
00:38:55ses dirigeants condamnés
00:38:56à de la prison.
00:39:012004,
00:39:03c'est la fin.
00:39:05Toutes les activités minières
00:39:06de la vallée
00:39:07sont arrêtées.
00:39:09Les 20 dernières années
00:39:10ont généré
00:39:11autant de pollution
00:39:12qu'un siècle
00:39:14d'exploitation.
00:39:17La quantité d'or
00:39:18totale
00:39:18qui a été extraite
00:39:19de ce signe
00:39:20qui est en gros
00:39:21un équivalent
00:39:22de 200 tonnes,
00:39:23ce n'est même pas
00:39:24la moitié de la pièce
00:39:24dans laquelle nous sommes
00:39:25en volume.
00:39:27Alors quand vous regardez
00:39:28que pour un volume
00:39:29de cette sorte-là,
00:39:31on a créé
00:39:31des montagnes artificielles
00:39:33qui ont changé
00:39:35complètement
00:39:36la morphologie
00:39:37de l'environnement,
00:39:40il y a un certain nombre
00:39:41de questions
00:39:42qui peuvent venir.
00:39:44Sur un siècle
00:39:46d'exploitation,
00:39:47on peut estimer
00:39:48que le chiffre d'affaires
00:39:49a été au minimum
00:39:51de 10 milliards d'euros.
00:39:54Dans ces 10 milliards d'euros,
00:39:55les bénéfices
00:39:56ont été
00:39:57pour le privé
00:39:58et le public,
00:40:00lui,
00:40:01va se retrouver
00:40:01à gérer
00:40:02le passif.
00:40:07Depuis les années 70,
00:40:10la plupart des sociétés
00:40:12qui ont exploité
00:40:13la mine
00:40:14ont contourné
00:40:15leurs obligations
00:40:16environnementales.
00:40:20Elles ont laissé
00:40:21un bilan catastrophique.
00:40:253 millions de tonnes
00:40:26de déchets toxiques,
00:40:27dont 850 000 tonnes
00:40:29d'arsenic,
00:40:30réparties
00:40:31dans toute la vallée.
00:40:33la loi impose à l'État
00:40:35de gérer
00:40:36cette apriline
00:40:37et donc,
00:40:39évidemment,
00:40:41la pollution.
00:41:01ce qui a été fait à l'époque,
00:41:02c'est de démanteler le site,
00:41:04c'est-à-dire de détruire
00:41:05les installations industrielles existantes
00:41:07et surtout prendre le plus possible
00:41:09de matières polluées,
00:41:10et on est sur des quantités
00:41:10qui sont considérables,
00:41:12et de les confiner sur place,
00:41:13charge à l'État
00:41:14de prendre toutes les mesures possibles
00:41:16pour éviter que ces matières polluées
00:41:18ensuite se retrouvent
00:41:19dans les milieux naturels
00:41:21et les écosystèmes.
00:41:22C'était ça, en fait,
00:41:23la stratégie.
00:41:32Le plus gros problème,
00:41:34c'est d'avoir fait
00:41:35des estimations de stockage
00:41:39sur quelques mois,
00:41:40quelques années uniquement,
00:41:42pour quelque chose
00:41:43qui va durer 10 000 à 100 000 ans.
00:41:53L'objectif de la réhabilitation,
00:41:55ça a été de traiter
00:41:56les déchets sur site.
00:41:57Donc les déchets,
00:41:58c'est tout ce qui va être
00:41:59des matériaux impactés,
00:42:00pollués.
00:42:03Tout a été stocké sur place,
00:42:05conditionné,
00:42:06avec une gestion des eaux
00:42:07d'infiltration
00:42:08au travers de canalisations,
00:42:10de drains
00:42:11qui vont acheminer
00:42:12toutes ces eaux
00:42:12qui traversent
00:42:13les différents stockages
00:42:14à la station de dépollution.
00:42:20Cette station de dépollution
00:42:22recueille les eaux toxiques
00:42:24des différents sites
00:42:25de stockage des déchets.
00:42:29Un traitement chimique
00:42:31isole l'arsenic
00:42:33dans des bouts.
00:42:36Elles sont ensuite chargées
00:42:38dans des géotubes,
00:42:40des sortes de sacs géants
00:42:41qui peuvent contenir
00:42:4390 tonnes
00:42:45de ces bouts arséniés.
00:42:47Une fois qu'ils sont pleins,
00:42:48ces sacs,
00:42:49on va évacuer
00:42:50vers une installation
00:42:51de stockage dédiée.
00:42:56On arrive à piéger
00:42:57près d'une tonne
00:42:58d'arsenic par an.
00:43:00On va continuer
00:43:01à entretenir
00:43:02la station de dépollution
00:43:04pendant un nombre d'années
00:43:05indéfinie
00:43:06parce qu'il va y avoir
00:43:07toujours une concentration
00:43:08d'entrées
00:43:09qui sera importante.
00:43:10On n'a pas observé
00:43:10de baisse
00:43:11en entrée de la station
00:43:12depuis le début
00:43:13de notre gestion.
00:43:16Les capacités
00:43:17de la station
00:43:18sont-elles suffisantes
00:43:19pour éliminer
00:43:20les millions
00:43:21de tonnes d'arsenic ?
00:43:25Mal isolés,
00:43:26instables,
00:43:28les déchets miniers
00:43:29n'ont jamais cessé
00:43:30d'empoisonner la vallée.
00:43:32Mais théoriquement,
00:43:34tout était sous contrôle
00:43:36jusqu'à la nuit
00:43:38du 15 octobre 2018.
00:43:55Lorsque nous avons compris
00:43:57ce qui se passait
00:43:57et que nous sommes
00:43:58rapidement descendus
00:43:59dans le bas du village,
00:44:01on s'est retrouvés
00:44:03face à des scènes de guerre.
00:44:05Je n'ai pas vécu la guerre,
00:44:05mais j'imagine que ça doit
00:44:07être quelque chose comme ça.
00:44:07Les panneaux de basket
00:44:09complètement pliés,
00:44:10la cour de récréation,
00:44:12l'école des petits,
00:44:13tout a été inondé,
00:44:14tout a été sacragé,
00:44:14les barrières cassées,
00:44:16de la boue partout.
00:44:18Il y a des objets,
00:44:19des jouets,
00:44:20des tables,
00:44:21il y a de tout partout.
00:44:25Le BRGM,
00:44:26on a été très inquiets
00:44:27parce que l'événement
00:44:28en termes d'intensité
00:44:29pluviométrique
00:44:30était vraiment exceptionnel.
00:44:31Donc, on s'est rendu sur place,
00:44:33on a réalisé des travaux
00:44:34de mise en sécurité
00:44:35d'urgence
00:44:35et puis on a renforcé
00:44:37le suivi environnemental.
00:44:39Donc, on est passé
00:44:39d'une certaine de points
00:44:41à une centaine de points
00:44:42de suivi.
00:44:44Je vois dans les journaux,
00:44:46je vois à la radio,
00:44:48je vois à la télévision même,
00:44:49des déclarations officielles
00:44:52de l'ARS,
00:44:53l'Agence Régionale de Santé,
00:44:55du BRGM,
00:44:56Bureau de Recherche Géologique,
00:44:58etc.,
00:44:58de la préfecture.
00:45:00Je vois des annonces
00:45:01disant qu'il n'y a pas
00:45:02de quoi s'affoler,
00:45:03tout va bien.
00:45:05Des administrations
00:45:06qui vous disent
00:45:07qu'il n'y a rien,
00:45:09il n'y a pas de surpollution,
00:45:11vous pouvez presque vous baigner
00:45:12dans leur bien.
00:45:14Naïvement,
00:45:14on refait confiance à l'État.
00:45:16Je dis bien naïvement.
00:45:18Et puis, le temps passe.
00:45:20Et puis, c'est six mois après
00:45:21qu'on découvre la pollution
00:45:22dans la cour de l'école.
00:45:44en arrivant ici à l'Astour,
00:45:46Max Braille, le maire de l'Astour,
00:45:49nous dit,
00:45:50mais puisque vous avez un appareil
00:45:51pour faire des mesures locales,
00:45:54est-ce que vous pourriez faire
00:45:54des mesures
00:45:55dans la cour de l'école ?
00:46:01Et puis, là, il se déplace.
00:46:02Et au fur et à mesure
00:46:03qu'il se déplace,
00:46:05là, ça monte,
00:46:07ça monte, ça monte.
00:46:09Et puis là,
00:46:11pas possible.
00:46:12Dans la cour de l'école,
00:46:13nous avons trouvé
00:46:13des valeurs d'arsenic
00:46:14qui étaient jusqu'à
00:46:161000 mg par kg.
00:46:18Donc, c'est énorme.
00:46:20Et ça, c'est donc à nouveau
00:46:22très dangereux,
00:46:23d'autant plus que les enfants,
00:46:25ils vont mettre la main par terre,
00:46:26ils vont toucher tout ça.
00:46:32Les gosses,
00:46:32ils jouent dans cette merde.
00:46:39De suite,
00:46:40je vais voir l'institutrice,
00:46:42je lui dis, attendez, stop,
00:46:43vous n'allez plus
00:46:44dans la cour de l'école.
00:46:45Vous n'allez plus
00:46:46dans la cour de l'école.
00:46:48Je lui dis, attendez,
00:46:49on fait jouer les enfants
00:46:50dans des trucs d'arsenic.
00:46:53C'est impensable.
00:46:59Je préviens la communauté
00:47:00de communes,
00:47:01je préviens tout le monde,
00:47:01je préviens la préfecture,
00:47:02je préviens ici,
00:47:03je préviens là.
00:47:04Et puis, ça s'emballe,
00:47:06bien entendu.
00:47:06Parce que là,
00:47:07tout le monde prend conscience
00:47:08qu'à tous les endroits
00:47:10où ça a été inondé,
00:47:11leurs gamins,
00:47:11ils ont pataugé dans la merde.
00:47:15Mais même ceux qui ont nettoyé,
00:47:17même les gens
00:47:18qui ont sorti les produits,
00:47:20même ceux qui sont venus
00:47:21apporter leur secours
00:47:22venant d'ailleurs,
00:47:24ces gens-là,
00:47:24ils ont travaillé
00:47:25à même nus
00:47:25à certains endroits.
00:47:28C'est dramatique.
00:47:36Les services de l'État
00:47:37vont proposer une campagne
00:47:39de dépistage d'arsenic
00:47:41sur les enfants de la vallée.
00:47:47On nous parle de prélèvements possibles
00:47:50au centre hospitalier de Carcassonne
00:47:52pour dépister la présence d'arsenic
00:47:55dans les urines des enfants.
00:47:58Le taux pour mes deux filles
00:48:00est extrêmement élevé
00:48:01par rapport à la normalité.
00:48:07Effectivement,
00:48:07il y a des taux d'arsenic
00:48:08qui dépassent
00:48:09toutes les moyennes,
00:48:09etc.
00:48:10On analyse,
00:48:11notez bien,
00:48:12que les enfants
00:48:12et on ne recherche
00:48:13que de l'arsenic.
00:48:15Mais les adultes,
00:48:17eux,
00:48:18se voient refuser
00:48:19toute demande d'examen.
00:48:22Là,
00:48:23on est exaspérés,
00:48:24soyons clairs.
00:48:25Et là,
00:48:25on prend une initiative,
00:48:26on dit,
00:48:27bon,
00:48:27si vous ne voulez pas faire
00:48:28d'enquête,
00:48:29nous,
00:48:29on va la faire.
00:48:34Monsieur Balbastre
00:48:35nous propose
00:48:35de faire des prélèvements
00:48:36de cheveux
00:48:37qui permettent d'une part
00:48:38d'agrandir le champ d'analyse.
00:48:40Ce n'est pas que centré
00:48:41sur l'arsenic.
00:48:44Ça donne
00:48:45une autre dimension
00:48:46à cette contamination
00:48:47et notamment
00:48:47parce que les adultes
00:48:49peuvent être testés.
00:48:51On va analyser
00:48:52les cheveux des gens
00:48:54dans tous les coins
00:48:54de la vallée.
00:48:56On en a pris
00:48:57et retenu
00:48:57102.
00:49:00Tout le monde
00:49:00sur les 102
00:49:01a au moins
00:49:02un métal toxique
00:49:03dans son corps.
00:49:04Tout le monde.
00:49:05Au moins un.
00:49:06La moyenne,
00:49:07c'est 5,5
00:49:09métal toxique
00:49:09dans le corps
00:49:10des gens.
00:49:11Et le maximum,
00:49:13c'était 21.
00:49:16Et donc,
00:49:17pour mes deux filles
00:49:18et pour moi,
00:49:18on a une liste longue
00:49:19comme le bras
00:49:20de métaux lourds,
00:49:22de différents composés
00:49:23qui sont en nous.
00:49:25Au total,
00:49:2633 métaux lourds
00:49:27sont découverts
00:49:28dans le corps
00:49:28des habitants.
00:49:30Il est à ce jour
00:49:31difficile d'en mesurer
00:49:32l'impact.
00:49:34Les trois principaux,
00:49:36le plomb,
00:49:39le mercure
00:49:41et bien sûr,
00:49:43l'arsenic.
00:49:53Les services de l'administration
00:49:55et l'État
00:49:55ont la plus grande part,
00:49:57à mon sens,
00:49:57de responsabilité.
00:49:59Parce que,
00:49:59si on regarde bien
00:50:01tous les arrêtés
00:50:01de fonctionnement,
00:50:03si on regarde bien
00:50:04toutes les autorisations
00:50:05qui sont écrites,
00:50:06jamais il doit se passer
00:50:08ce qui s'est passé.
00:50:10parce que normalement,
00:50:12toutes les barrières
00:50:13sont construites.
00:50:17Les pouvoirs publics
00:50:18ne se sont pas réveillés
00:50:18un matin en disant
00:50:19qu'il y avait un sujet
00:50:19sur cette vallée.
00:50:20Depuis les années 80,
00:50:22si on fait un peu
00:50:22d'archéologie administrative,
00:50:25il y a eu, je crois,
00:50:26150 arrêtés préfectoraux
00:50:28qui concernent cette vallée
00:50:29entre les années 80
00:50:30et la fin de l'exploitation
00:50:30minière.
00:50:32L'encadrement des activités
00:50:33de la mine,
00:50:34les contraintes qu'on a pu
00:50:35imposer aux exploitants
00:50:36quand ils n'étaient pas
00:50:37défaillants,
00:50:38les réglementations
00:50:39qu'on a pu imposer
00:50:39aux populations,
00:50:40elles se sont faites
00:50:41sur la base d'une législation
00:50:42qui a depuis beaucoup changé
00:50:43et sur la connaissance
00:50:44d'une pollution
00:50:44qui a aussi beaucoup évolué.
00:50:52La pollution existe,
00:50:54c'est évident,
00:50:54mais il n'y a pas
00:50:55d'industrie propre,
00:50:56de toute façon.
00:50:56Mais après,
00:50:57il faut relativiser,
00:50:58et il faut savoir
00:50:59ce qu'on veut aussi.
00:51:00Moi, la mine,
00:51:00elle m'a fait bouffer.
00:51:01J'ai du mal à dire
00:51:03c'est salaud,
00:51:04j'ai participé
00:51:05à l'exploitation
00:51:06en conscience.
00:51:08Après, il faut savoir
00:51:08ce qu'on veut aussi.
00:51:10Là, je vois que vous avez
00:51:10tous des appareils,
00:51:11des appareils téléphoniques,
00:51:13vous avez des voitures,
00:51:14tout ça, ça existe
00:51:16parce qu'il y a des mines.
00:51:21Est-ce que l'on peut
00:51:22envisager de maîtriser
00:51:23totalement la pollution
00:51:24sur la vallée de l'Orbiel
00:51:25dans la mesure
00:51:26où cette pollution
00:51:28est issue
00:51:28de dizaines,
00:51:29voire de centaines
00:51:30d'années d'exploitation ?
00:51:33Ça me paraît illusoire
00:51:34de penser
00:51:34qu'on pourra revenir,
00:51:36on ne peut pas revenir
00:51:36à l'identique
00:51:37d'avant l'exploitation.
00:51:40L'État a fait
00:51:42ce qu'il pouvait,
00:51:44mais il n'a pas fait
00:51:45ce qu'il devait.
00:51:49Il aurait fallu
00:51:50que l'État
00:51:51gère de façon
00:51:52beaucoup plus responsable
00:51:54au plan environnemental,
00:51:56puisque déjà
00:51:56de nombreuses alertes
00:51:58avaient été données.
00:52:00Nombre de représentants
00:52:01de l'État
00:52:02le savaient,
00:52:03mais tout le monde
00:52:06s'est tue.
00:52:08On estime
00:52:09que pendant
00:52:10au moins
00:52:1120 000 ans,
00:52:13cette vallée
00:52:14va envoyer
00:52:16en aval
00:52:17autour
00:52:18de 800 000 tonnes
00:52:20d'arsénique.
00:52:21Et je ne parle pas
00:52:22de tous les autres
00:52:23polluants
00:52:24qui vont repartir
00:52:27dans l'ensemble
00:52:28de la vallée de l'Aude
00:52:29et puis dans la mer
00:52:30méditerranéenne.
00:52:31Ça va durer
00:52:32au moins
00:52:3320 000 ans.
00:52:42Sous-titrage Société Radio-Canada
00:53:14La vallée de l'arsenic,
00:53:16documentaire exclusif
00:53:17réalisé par Gat Charbi
00:53:19où l'histoire,
00:53:20vous venez de le voir,
00:53:21d'une ancienne mine d'or
00:53:22située dans l'Aude,
00:53:24non loin de Carcassonne,
00:53:25devenue une bombe
00:53:27environnementale
00:53:28et sanitaire.
00:53:29L'occasion
00:53:29de nous interroger
00:53:30maintenant
00:53:31dans ce débat doc
00:53:32en compagnie
00:53:33de nos invités
00:53:33sur les problèmes
00:53:34posés en France
00:53:35par la dépollution
00:53:36des sites industriels.
00:53:39Gisèle Jourdat
00:53:39est tout d'abord
00:53:40avec nous
00:53:40sur ce plateau
00:53:41aujourd'hui.
00:53:42Bienvenue à vous,
00:53:42vous êtes sénatrice
00:53:43socialiste de l'Aude,
00:53:45là où justement
00:53:46a été tourné
00:53:47ce documentaire
00:53:48que nous venons de voir
00:53:49à propos
00:53:49de la mine de Salsigne.
00:53:51Nous allons y revenir ensemble.
00:53:52En 2020,
00:53:53vous avez été la rapporterie
00:53:54d'une commission
00:53:54d'enquête parlementaire
00:53:56consacrée
00:53:56aux problèmes sanitaires
00:53:57et écologiques
00:53:58liés aux pollutions
00:53:59des sols
00:54:00qui ont accueilli
00:54:00des activités
00:54:01industrielles
00:54:02ou minières.
00:54:03Le voici,
00:54:04ce rapport
00:54:04rédigé en 2020
00:54:06et nous allons revenir
00:54:08sur ce qu'avaient été
00:54:09vos conclusions
00:54:09de l'époque évidemment
00:54:10dans cette émission.
00:54:12Emmanuel Duteil
00:54:12est à nos côtés.
00:54:14Bienvenue à vous,
00:54:15vous êtes journaliste économique,
00:54:16directeur de la rédaction
00:54:17du magazine
00:54:19Usines Nouvelles.
00:54:20C'est la Bible,
00:54:21Usines Nouvelles
00:54:21pour le monde industriel
00:54:22et pas depuis d'aujourd'hui,
00:54:24depuis 1891.
00:54:25C'est la date
00:54:26de la création.
00:54:26On va fêter cette année
00:54:27nos 135 ans.
00:54:28Arnaud Gosselin
00:54:29est également avec nous.
00:54:30Bienvenue à vous,
00:54:31merci d'avoir accepté
00:54:31notre invitation.
00:54:32Vous êtes avocat spécialisé
00:54:33en droit de l'environnement.
00:54:36Nous venons de voir ce film,
00:54:37cette situation dramatique,
00:54:38on peut le dire comme ça,
00:54:39du côté de cette mine de Saltine,
00:54:41de son ancienne mine.
00:54:43Aujourd'hui,
00:54:44où en est-on aujourd'hui
00:54:45sur ce qu'est la dépollution
00:54:46de ce site industriel
00:54:47et la reprise de la dépollution
00:54:49de ce site industriel
00:54:50puisque c'est le cas
00:54:52auquel nous sommes confrontés
00:54:54pas loin de chez vous.
00:54:56où en est-on aujourd'hui
00:54:57sur un plan sanitaire,
00:54:58tout d'abord ?
00:54:59Écoutez,
00:55:00sur un plan sanitaire,
00:55:01il y a bien entendu
00:55:02une veille
00:55:03qui est exercée
00:55:07et c'est essentiel
00:55:08parce que moi,
00:55:09je souhaiterais quand même
00:55:10parler de 2018
00:55:11et des inondations
00:55:12qui ont réveillé
00:55:15ce problème de pollution
00:55:16avec de l'arsenic
00:55:17qui a dévalé
00:55:19sur le bas du département
00:55:21qui nous a,
00:55:22on aurait dit,
00:55:23de la neige
00:55:24qui s'était abattue.
00:55:26Pourquoi ?
00:55:26Comment ?
00:55:27Et ça m'a incité
00:55:29à demander
00:55:30un rapport d'enquête
00:55:32parce que depuis des années,
00:55:33l'État était resté silencieux.
00:55:35On n'avait plus
00:55:36de réunion
00:55:37du comité de pilotage
00:55:39au niveau départemental.
00:55:40Il était essentiel
00:55:41pour prévenir,
00:55:42parce qu'on a eu des enfants
00:55:43dont les analyses d'urine
00:55:45contenaient de l'arsenic,
00:55:47des femmes enceintes.
00:55:48La même chose.
00:55:49Donc, entre le mutisme
00:55:51des ARS
00:55:52qui ne souhaitaient pas
00:55:53que les enfants
00:55:54se fassent suivre
00:55:55en centre hospitalier,
00:55:56ça a réveillé ma curiosité.
00:55:58Les ARS,
00:55:58les agences régionales
00:55:59de santé,
00:56:00bien entendu.
00:56:01Donc, il y avait
00:56:02cette articulation
00:56:03et j'ai souhaité vraiment,
00:56:04et je reconnais
00:56:05et je remercie
00:56:06le groupe
00:56:07et le président du Sénat
00:56:08d'avoir accepté
00:56:09cette commission d'enquête
00:56:10qui n'était absolument
00:56:11pas souhaitée
00:56:11par beaucoup d'interlocuteurs.
00:56:13Ce sont ces allusions
00:56:15de 2018
00:56:16qui ont remis en cause
00:56:17tout ce qui avait été mis
00:56:18en place jusqu'alors
00:56:19pour déployer ce site.
00:56:20Absolument.
00:56:21Absolument.
00:56:22Et surtout,
00:56:23la force d'inertie
00:56:24qui avait été déployée
00:56:25puisque cette commission
00:56:27d'enquête
00:56:27a eu le mérite
00:56:28de par son existence
00:56:29de réactiver les choses
00:56:32et de mettre au pied du mur
00:56:34le BRGM
00:56:35qui, depuis longtemps,
00:56:37était un petit peu endormi.
00:56:39Je me suis rendue sur place
00:56:40avec...
00:56:41Le BRGM,
00:56:41il faut bien sûr
00:56:42nous repréciser.
00:56:42le bureau
00:56:43de recherche minière.
00:56:45L'acteur assez essentiel.
00:56:47Qui est un acteur essentiel
00:56:49et qui devait travailler
00:56:50avec
00:56:51et en partenariat
00:56:53avec la Stourse
00:56:54et donc monsieur Max Braille
00:56:56qu'on a vu dans le reportage.
00:56:57Je me suis donc rendue
00:56:58auprès de Max Braille
00:56:59et j'ai dit
00:57:00non, on ne peut pas en rester là
00:57:01parce qu'il y a trop de volets.
00:57:03Le volet sanitaire,
00:57:04le volet pollution,
00:57:06le fait de se dire
00:57:07que l'information
00:57:08des personnes,
00:57:09les gens partaient
00:57:10sur ces collines
00:57:11qu'on a vues brièvement
00:57:12dans le reportage,
00:57:13croyaient qu'elles étaient naturelles,
00:57:15grattaient le sol,
00:57:16grattaient de l'arsenic
00:57:17et étaient en pleine pollution.
00:57:20Donc je pense que
00:57:21ces signaux d'alarme
00:57:22que j'ai réussi
00:57:23à pouvoir déclencher
00:57:25m'ont permis
00:57:26de rencontrer
00:57:27monsieur Salomon,
00:57:28madame la ministre
00:57:29de la Santé
00:57:30pour dire
00:57:31mais il n'y a pas
00:57:32que la responsabilité
00:57:33du ministre
00:57:34de l'Environnement
00:57:35mais c'est une action
00:57:36groupée
00:57:37qu'il faut faire
00:57:37et il faut se saisir
00:57:39nationalement de la chose.
00:57:40Quelle leçon tirez-vous
00:57:41de ce cas d'école ?
00:57:42On va le dire comme ça
00:57:42que nous voulons découvrir
00:57:44avec ce documentaire
00:57:45du côté de Salesigne.
00:57:46La première chose
00:57:47c'est que vous avez raison
00:57:47et le documentaire
00:57:48le montre très bien,
00:57:49c'est un cas d'école.
00:57:50La mine d'or de Salesigne,
00:57:51son histoire
00:57:52en matière de pollution
00:57:53et de l'environnement
00:57:54a une immense importance.
00:57:56La deuxième chose
00:57:57pourquoi c'est un cas d'école
00:57:58c'est parce que
00:57:58vous êtes face
00:57:59à un phénomène très ancien,
00:58:00c'est une mine
00:58:01qui est exploitée
00:58:01depuis la fin du 19ème
00:58:02et j'y reviendrai
00:58:03et c'est une mine
00:58:04qui présente
00:58:05une pollution très complexe.
00:58:06Vous avez plusieurs métaux lourds,
00:58:07l'arsenic d'abord,
00:58:08l'or ensuite
00:58:09mais on retrouve du cyanure,
00:58:11beaucoup d'autres métaux
00:58:12qui sont décrits
00:58:12dans votre reportage.
00:58:13C'est une pollution de l'eau,
00:58:15c'est une pollution des sols,
00:58:16c'est une pollution
00:58:16avec des déchets,
00:58:17de l'air aussi,
00:58:18une pollution atmosphérique
00:58:19très importante
00:58:20autour du site de Salesigne
00:58:22et puis vous avez
00:58:22une multiplicité d'acteurs.
00:58:24D'abord des exploitants
00:58:24qui succèdent dans le temps,
00:58:26l'État,
00:58:26mais l'État aussi
00:58:27c'est des hommes et des femmes
00:58:28qui prennent leur retraite.
00:58:29Il y a un problème de mémoire
00:58:30que vous avez très bien
00:58:32souligné tout à l'heure,
00:58:32Madame la Sénatrice.
00:58:33On est face
00:58:34à un phénomène
00:58:35extrêmement complexe
00:58:36et le documentaire
00:58:37est nuancé
00:58:38et j'en remercie le réalisateur
00:58:39parce qu'effectivement
00:58:40il ne va pas pointer du doigt
00:58:41une personne
00:58:42ou une face de l'histoire.
00:58:44Le documentaire montre bien aussi
00:58:45que les personnes mêmes
00:58:46qui y ont travaillé
00:58:47ont eu une fierté
00:58:48d'y travailler,
00:58:49reconnaissent qu'elles en ont tiré
00:58:51quelque part
00:58:52un intérêt
00:58:53voire même un plaisir
00:58:54d'y travailler
00:58:54sans parler des consommateurs,
00:58:56des forces militaires
00:58:57qui ont utilisé l'arsenic,
00:58:58etc.
00:58:58Donc c'est un cas d'école.
00:59:00Et dernière chose
00:59:01pour conclure sur ce point,
00:59:03c'est un cas d'école aussi
00:59:04du fait que le droit
00:59:06n'a pas évolué assez vite.
00:59:07En 1810,
00:59:08quand l'empereur Napoléon
00:59:09crée la première législation minière,
00:59:11le but c'est de produire,
00:59:12produire, produire.
00:59:13D'ailleurs l'exploitant
00:59:14a même l'obligation
00:59:14d'aller jusqu'au bout du filon
00:59:16pour lequel on lui a donné
00:59:17une concession.
00:59:18Et cette législation minière
00:59:20va subir une première réforme
00:59:22en 2011 simplement.
00:59:24Elle est codifiée en 1953.
00:59:25Tout ça pour vous dire
00:59:26que le droit,
00:59:27la loi sur les mines
00:59:28lorsqu'est exploité
00:59:29Salcine tout au long
00:59:30du XXe siècle,
00:59:31ce n'est pas du tout
00:59:31la loi qui se préoccupe
00:59:32de la vie des populations,
00:59:33de l'information des élus,
00:59:35de la santé publique.
00:59:36Pas du tout.
00:59:36Le but c'est de produire,
00:59:38c'est de soutenir
00:59:39l'effort industriel
00:59:40à cette époque-là.
00:59:40On va élargir notre propos.
00:59:43On va voir ce chiffre,
00:59:4511 234.
00:59:46C'est le nombre de sites
00:59:47et sol pollué
00:59:48ou potentiellement pollué
00:59:49en France.
00:59:50Quelles sont les industries
00:59:51qui ont été les plus polluantes,
00:59:53qui sont les plus concernées
00:59:55aujourd'hui par la dépollution
00:59:56industrielle en France ?
00:59:58Alors, effectivement,
00:59:58le cas des mines
00:59:59est un cas d'école,
01:00:00j'ai envie de dire,
01:00:00parce que ça consommait beaucoup
01:00:02et il y avait beaucoup de choses
01:00:04qui pouvaient être très polluantes
01:00:05à l'intérieur des mines.
01:00:06La plupart ont été fermées.
01:00:08On n'a quasiment plus du tout
01:00:09de mines aujourd'hui
01:00:10sur le sol français,
01:00:10mais c'est un des acteurs importants.
01:00:13Tout ce qui ont été
01:00:13les industries chimiques
01:00:15au global
01:00:16sont des sites qui ont été
01:00:17par tradition
01:00:17des sites qui ont pu
01:00:19générer de la pollution.
01:00:21Vous avez également
01:00:22tous les sites sidérurgiques
01:00:24qui ont pu,
01:00:25étant plus construits
01:00:26il y a maintenant
01:00:26des dizaines d'années,
01:00:27qui font partie
01:00:28des principaux acteurs
01:00:30qui peuvent poser
01:00:31des problèmes de pollution.
01:00:33Arnaud Gosselin le disait,
01:00:35je trouve que le reportage,
01:00:36et bravo, là aussi,
01:00:37moi je tiens à le dire
01:00:37aux réalisateurs,
01:00:38parce que c'est très nuancé
01:00:39parce que ça montre
01:00:40que c'est un cas particulier.
01:00:42Et je pense que quand même,
01:00:43pour tous les téléspectateurs,
01:00:44il ne faut pas imaginer
01:00:45que tous les sites industriels,
01:00:47même anciens,
01:00:48même ceux qui avaient à l'époque
01:00:49présenté de gros problèmes
01:00:50de pollution,
01:00:51sont dans ce cas-là.
01:00:52On est vraiment sur un cas unique
01:00:53qui demande d'être traité
01:00:54et qui est bien évidemment
01:00:55totalement inadmissible
01:00:57au regard de l'histoire
01:00:58et au regard de l'actualité.
01:01:01Mais à cause de ça,
01:01:02ou grâce à ça,
01:01:03si on peut le dire ainsi,
01:01:04la législation a quand même évolué
01:01:05et y compris aujourd'hui,
01:01:06les industriels font quand même
01:01:07beaucoup plus attention
01:01:09à ces problématiques.
01:01:10Ils y sont obligés.
01:01:11On va voir ça dans un instant.
01:01:13Et puis autre chiffre,
01:01:13voilà,
01:01:14les régions concentrant
01:01:15le plus de sites
01:01:16et sols pollués,
01:01:17ça corrobore tout à fait
01:01:18ce que vous avez dit
01:01:19concernant les industries
01:01:20les plus concernées.
01:01:21Il s'agit de l'Auvergne-Rhône-Alpes,
01:01:22du Grand Est,
01:01:23bien sûr.
01:01:24Le Grand Est,
01:01:24c'est la chirurgie,
01:01:25c'est la métallurgie.
01:01:26Et puis évidemment,
01:01:27la région Hauts-de-France.
01:01:28Et là,
01:01:28nous étions évidemment
01:01:29pour l'essentiel
01:01:30sur le textile,
01:01:31les mines aussi,
01:01:32bien entendu.
01:01:33Il y a un principe fondamental,
01:01:35central,
01:01:36que tout le monde comprend
01:01:37lorsqu'on parle de ce sujet.
01:01:39C'est le principe
01:01:39du pollueur-payeur.
01:01:41C'est le pollueur
01:01:42qui doit payer.
01:01:43Mais une fois qu'on a dit ça,
01:01:45concernant l'application
01:01:46de ce principe,
01:01:47est-ce qu'on est dans les clous ?
01:01:49Est-ce que les pollueurs,
01:01:51aujourd'hui,
01:01:51sont bien les payeurs en France
01:01:53lorsqu'il s'agit de parler
01:01:54de dépollution industrielle ?
01:01:56On le voudrait tellement.
01:01:58Mais ce n'est pas tout à fait
01:02:00la réalité,
01:02:01même si on évolue
01:02:03dans ce sens-là.
01:02:04Mais moi,
01:02:05je souhaiterais quand même,
01:02:06par rapport au volet
01:02:08que nous avons refermé,
01:02:10dire qu'il faut penser
01:02:12le présent.
01:02:13Le présent est essentiel.
01:02:14Et pour moi,
01:02:16je pense que le fait
01:02:17d'avoir une cartographie
01:02:20précise
01:02:20de toutes
01:02:23les exploitations
01:02:24industrielles
01:02:24qui sont aujourd'hui
01:02:25en activité,
01:02:26qui ne le sont peut-être plus,
01:02:28mais je pense notamment,
01:02:29on n'en parle pas
01:02:30au milieu urbain.
01:02:31Et je me souviens
01:02:31m'être rendu
01:02:32dans le Val-de-Marne
01:02:33pour le rapport,
01:02:34où vous avez
01:02:35des écoles
01:02:36qui sont bâties
01:02:37sur des friches industrielles
01:02:40polluées.
01:02:40Et je crois que
01:02:41si on n'a pas
01:02:42cette cartographie-là
01:02:43de tous les établissements
01:02:45scolaires
01:02:45qui sont
01:02:46dans ce cas de figure,
01:02:47on ne peut pas
01:02:49sérieusement avancer
01:02:50et détecter
01:02:51ce que vous disiez,
01:02:52votre question
01:02:53sur le pollueur-payeur,
01:02:54mais ça,
01:02:54c'est notre présent
01:02:55et notre avenir.
01:02:56C'est ce qu'on peut faire
01:02:57aujourd'hui.
01:02:57La cartographie,
01:02:58pardonnez-moi,
01:02:58elle exige les trouver
01:02:59en préparant cette émission
01:03:01grâce à Géorisque,
01:03:02par exemple,
01:03:03qui élabore justement
01:03:04ces cartographies.
01:03:05Vous êtes en train
01:03:06de nous dire
01:03:06qu'elle est incomplète ?
01:03:08Non, vous avez Basol,
01:03:09vous avez Basias,
01:03:09vous avez différentes bases
01:03:11et à un certain moment donné,
01:03:12vous ne pouvez pas
01:03:14recouper,
01:03:16coordonner l'ensemble
01:03:18de ces bases.
01:03:18Et par rapport
01:03:20à la cartographie,
01:03:21nous parlons
01:03:22d'une cartographie nationale
01:03:23en regroupant
01:03:24les sources de noyé,
01:03:25Basas, Basiole,
01:03:27etc.,
01:03:27mais n'oublions pas
01:03:28l'aspect aussi
01:03:30européen de la chose.
01:03:31Et je suis à l'initiative
01:03:32d'une proposition
01:03:33de résolution européenne.
01:03:35Pourquoi ?
01:03:36Parce qu'à un moment,
01:03:36la pollution ne s'arrête pas
01:03:38aux frontières.
01:03:38Et lorsque vous,
01:03:39on a vu,
01:03:40vous avez montré
01:03:40justement la cartographie
01:03:42et où se situent
01:03:43les bassins de pollution,
01:03:45à un certain moment donné,
01:03:46donc il faut
01:03:47que nous ayons
01:03:48une législation
01:03:50qui puisse donc
01:03:54encadrer tout cela.
01:03:55Et cette législation,
01:03:56on ne l'a pas.
01:03:56on a une loi
01:03:57sur l'air,
01:03:58sur l'eau,
01:03:59mais le sol,
01:04:00c'est aussi,
01:04:00ça réfère
01:04:02à la propriété privée.
01:04:04Et c'est très difficile
01:04:05à un certain moment donné
01:04:06d'avoir
01:04:08cet amalgame
01:04:09pour avoir
01:04:09un texte
01:04:10qui vraiment
01:04:12puisse régir
01:04:14ce type de choses
01:04:15parce qu'on touche
01:04:16à la propriété collective,
01:04:18à la propriété privée.
01:04:19Alors j'en reviens tout de même
01:04:20à ce principe
01:04:20de pollueur-payeur
01:04:22parce que je crois
01:04:23que ça,
01:04:23ça a tout de même
01:04:24infusé dans la population
01:04:26et pour cause.
01:04:27Il date maintenant
01:04:28d'un certain nombre d'années
01:04:29ce principe qui a été établi.
01:04:32Qu'est-ce qu'on peut en dire
01:04:33du respect
01:04:34de ce principe
01:04:34pollueur-payeur ?
01:04:36Où commence
01:04:37pour l'industriel
01:04:38le respect
01:04:39de ce principe ?
01:04:40Où commence
01:04:41la dépollution ?
01:04:41Où se finit-elle ?
01:04:43Vous avez des réponses
01:04:43à nous apporter
01:04:44sur ce principe
01:04:46du pollueur-payeur ?
01:04:47Tout est simple
01:04:47quand on connaît
01:04:48le pollueur
01:04:48et qu'il est toujours là.
01:04:49Parce qu'aujourd'hui
01:04:50la loi est quand même
01:04:51très claire.
01:04:51Un site industriel
01:04:52qui est installé
01:04:53doit prévoir
01:04:53sa dépollution
01:04:54même s'il doit fermer.
01:04:56Ça fait partie
01:04:57des engagements.
01:04:58Y compris d'ailleurs
01:05:00lorsqu'il a vendu
01:05:01le site en question.
01:05:03Il continue
01:05:04à être responsable
01:05:05de sa dépollution.
01:05:06Exactement.
01:05:06Aujourd'hui le dispositif
01:05:07il est clair
01:05:08et il est applicable.
01:05:09Le problème
01:05:10c'est ce qu'on appelle
01:05:10les sites orphelins
01:05:12qui sont des sites
01:05:13où on ne trouve plus
01:05:15la personne
01:05:16qui est responsable.
01:05:17Et ça il y en a
01:05:17quand même un paquet
01:05:18qui sont référencés
01:05:19par l'ADEME
01:05:20notamment.
01:05:21Donc c'est le cas
01:05:21d'une entreprise
01:05:22Oui parce que l'ADEME
01:05:23qui représente l'État
01:05:24d'une certaine manière
01:05:25va hériter
01:05:26de tous ces problèmes
01:05:27de ces cas particuliers
01:05:28Elle doit gérer
01:05:29ces cas orphelins
01:05:30d'un des citoyens
01:05:30qui sont peut-être
01:05:31plus solvables
01:05:31qui ne peuvent plus
01:05:32en tout cas
01:05:33appliquer ce principe.
01:05:34C'est le cas
01:05:34de liquidation
01:05:35avec des acteurs
01:05:36parfois et souvent étrangers
01:05:37qui ont quitté
01:05:38le territoire
01:05:39et ce qui est aussi
01:05:40un peu
01:05:41On ne voit pas beaucoup
01:05:42les acteurs de cette mine
01:05:43mais c'est une mine
01:05:44qui est passée
01:05:44de propriétaire
01:05:45en propriétaire
01:05:46et puis tout ça
01:05:48le principe
01:05:48de la responsabilité.
01:05:49D'ailleurs les derniers
01:05:49propriétaires étaient australiens
01:05:51je ne crois pas
01:05:51dire une bêtise
01:05:53Le dernier était australien
01:05:54et le dernier
01:05:55avait réintroduit
01:05:57le fait de la cyanuration
01:05:59qui avait été abandonnée
01:06:00depuis longtemps
01:06:00et qui a été
01:06:02un fait générateur
01:06:03de pollution supplémentaire.
01:06:05Mais aujourd'hui
01:06:06le problème
01:06:07c'est vraiment
01:06:07ces sites orphelins
01:06:08aujourd'hui
01:06:09le principe
01:06:10est quand même
01:06:11relativement
01:06:12clair
01:06:13connu de tout le monde
01:06:14et des problèmes
01:06:15comme ce qu'on vient
01:06:15de voir là
01:06:16ne doivent plus
01:06:17ou ne peuvent plus
01:06:18logiquement
01:06:19exister
01:06:20en France
01:06:21et dans la plupart
01:06:22des pays d'Europe
01:06:24continentale.
01:06:25Ce qui est intéressant
01:06:25c'est qu'on est en train
01:06:26de revivre des réouvertures
01:06:27de mines
01:06:28ce qu'on ne connaissait plus
01:06:29en Europe
01:06:29même en France
01:06:30on va avoir une mine
01:06:31de lithium
01:06:31opérée par le groupe
01:06:32Imeris dans l'Allier
01:06:34et là quand on regarde
01:06:35toutes les discussions
01:06:36autour des débats publics
01:06:37il y a bien évidemment
01:06:37cette question de la pollution
01:06:38qui est très présente
01:06:39alors c'est une mine
01:06:40qui existe déjà
01:06:41c'est une mine fermée
01:06:42il y a aussi toute la question
01:06:43de la gestion de l'eau
01:06:44dans cette mine
01:06:45qui serait en cycle fermé
01:06:46ce qui fait que logiquement
01:06:47il y a moins de risque
01:06:48de pollution
01:06:49vers l'extérieur
01:06:51mais c'est marrant
01:06:52de revoir aussi
01:06:53toutes les questions
01:06:53qui étaient à l'époque
01:06:54pas posées
01:06:55reviennent au centre
01:06:56aujourd'hui
01:06:57du débat
01:06:58et sont logiquement
01:07:00codifiées
01:07:00je veux dire
01:07:01par la loi
01:07:01j'ai listé
01:07:02les principaux obstacles
01:07:03la bonne application
01:07:05de ce principe
01:07:06ce principe de base
01:07:07l'insolvabilité
01:07:09des pollueurs
01:07:10vous l'avez souligné
01:07:11la liquidation judiciaire
01:07:12des personnes responsables
01:07:13des pollutions
01:07:13et puis l'absence
01:07:14d'action
01:07:15des autorités publiques
01:07:16pour rechercher
01:07:17le responsable
01:07:18de ces pollutions
01:07:19d'accord avec ça
01:07:21vous rajouteriez
01:07:22un certain nombre
01:07:23d'autres obstacles
01:07:23aujourd'hui
01:07:24à la bonne application
01:07:26de ce fameux principe
01:07:28pollueur-payeur
01:07:28alors deux choses
01:07:29pour les spectateurs
01:07:30la première c'est que c'est un principe
01:07:31qui a émergé en droit français
01:07:33le 2 février 1995
01:07:34et qui donc est entré
01:07:36en télescopage
01:07:36avec certaines législations
01:07:37la législation minière
01:07:38prévoit que l'après-mine
01:07:39est de la responsabilité
01:07:40de l'État
01:07:41c'était un choix de société
01:07:42qui a été fait au 19e siècle
01:07:43et c'est encore valable
01:07:44aujourd'hui d'ailleurs
01:07:45la deuxième chose
01:07:46c'est que lorsqu'on parle
01:07:47de sites pollués
01:07:47on parle de plusieurs choses
01:07:49en réalité
01:07:49le site pollué
01:07:51comme on en parle
01:07:51depuis le début de l'émission
01:07:52c'est une usine
01:07:53et un site
01:07:54un sol en réalité
01:07:55autour qui a été pollué
01:07:56mais c'est juste
01:07:57une partie des problématiques
01:07:58de sol pollué
01:07:59vous avez des sols pollués
01:08:01qui sont pollués
01:08:01par l'agriculture
01:08:02vous avez des sols pollués
01:08:03qui sont pollués
01:08:04on en parle beaucoup aujourd'hui
01:08:04par des pollutions diffuses
01:08:06comme les pifas
01:08:07par exemple
01:08:07ces isolants
01:08:08qui sont des polluants éternels
01:08:09que vous retrouvez
01:08:10parfois très très loin
01:08:11qui peuvent être transportés
01:08:12par les eaux
01:08:13par les airs
01:08:14etc.
01:08:14donc les problèmes
01:08:15de pollution de sol
01:08:16c'est des problèmes
01:08:17de pollution par des déchets
01:08:18c'est la législation
01:08:19sur les déchets
01:08:19qui s'applique
01:08:20des problèmes de pollution d'eau
01:08:21c'est la police de l'eau
01:08:22qui s'applique
01:08:22problème industriel
01:08:23c'est la police des installations
01:08:24qui s'applique
01:08:25pas les mêmes règles
01:08:26pas les mêmes autorités
01:08:27et au final
01:08:28on se retrouve effectivement
01:08:29avec des dossiers
01:08:30qui s'enquistent
01:08:31des problèmes de juges
01:08:32qui vont être saisis
01:08:33d'une partie du problème
01:08:34et pas de tout
01:08:35un problème d'expertise
01:08:36on est face à des problèmes
01:08:37d'une exceptionnelle complexité
01:08:39alors on va dire
01:08:39est-ce que le législateur
01:08:40est défaillant ?
01:08:41pas du tout
01:08:41c'est en réalité
01:08:42que face à cette complexité
01:08:44qui s'inscrit en plus
01:08:45dans une complexité environnementale
01:08:46une pollution peut migrer
01:08:48par une nappe d'eau
01:08:49pas toujours de la même manière
01:08:50les sols
01:08:51en fonction de leur composition
01:08:52ne vont pas absorber
01:08:53les pollutions
01:08:53de la même manière
01:08:54ça dépend aussi des vecteurs
01:08:55etc
01:08:56être expert en sol pollué
01:08:57que ce soit en droit
01:08:58ou d'un point de vue toxicologique
01:09:00environnemental
01:09:00c'est toujours très compliqué
01:09:02donc il ne faut pas penser
01:09:03qu'on peut simplifier les choses
01:09:05et le pollueur
01:09:05effectivement
01:09:06est l'une des questions
01:09:07qui se posent
01:09:07mais le pollueur c'est qui ?
01:09:08c'est le consommateur
01:09:09qui a pu acheter aussi
01:09:10certains produits
01:09:11dont on savait
01:09:12pendant longtemps
01:09:13je pense par exemple
01:09:13aux isolants
01:09:14pour certaines casseroles
01:09:15ça fait longtemps
01:09:16qu'on sait effectivement
01:09:17que ces isolants
01:09:18sont très polluants
01:09:18et pourtant
01:09:19on a continué à en acheter
01:09:20pareil pour la joaillerie
01:09:22on sait aussi
01:09:22que l'or
01:09:23qui constitue aussi
01:09:24nos bijoux
01:09:24il vient de certains sites
01:09:26notamment à l'étranger
01:09:27mais il est venu aussi
01:09:28de France
01:09:28de cette mine d'or
01:09:29qui sont également polluants
01:09:31est-ce que c'est l'exploitant
01:09:32mais l'exploitant c'est qui ?
01:09:33ce sont des sociétés
01:09:34qui peuvent se revendre
01:09:35effectivement
01:09:37ces exploitations
01:09:37est-ce que c'est l'Etat ?
01:09:39l'Etat dans cette affaire
01:09:40l'Etat si j'ai bien compris
01:09:41il intervient
01:09:41quand toutes les solutions
01:09:43n'ont pas vraiment abouti
01:09:44l'Etat autorise
01:09:46l'Etat doit contrôler
01:09:47pendant le fonctionnement
01:09:47de l'usine
01:09:48et ensuite l'Etat
01:09:49doit effectivement
01:09:49mais juste un point
01:09:50sur le contrôle
01:09:51c'est l'Etat
01:09:51le jugement du triadministratif
01:09:53qui constituait
01:09:53la dernière image
01:09:54de votre documentaire
01:09:56il faut juste expliquer
01:09:57aux spectateurs
01:09:57ce qui s'est passé
01:09:58il y a effectivement
01:09:58une association
01:09:59Terre d'Orbiel
01:10:00qui a voulu engager
01:10:01la responsabilité de l'Etat
01:10:02ce que nous dit le juge
01:10:03c'est que l'Etat
01:10:03est intervenu
01:10:04et d'ailleurs
01:10:04vous avez cette sous-préfète
01:10:06qui dit
01:10:06regardez en 10 ans
01:10:07on a pondu 130 arrêtés préfectoraux
01:10:08c'est vrai
01:10:09c'est pareil dans les autres
01:10:10pollutions industrielles
01:10:11par exemple celle de noyer le Godot
01:10:13la fermée à l'Europe
01:10:14l'Etat intervient
01:10:15d'ailleurs le problème
01:10:15c'est que quand il intervient
01:10:16c'est précisément à ce moment-là
01:10:18que l'industriel
01:10:18peut avoir envie de s'en aller
01:10:19en se disant
01:10:20ça commence à chauffer
01:10:21ça va me coûter cher
01:10:21donc l'Etat intervient
01:10:23de manière prudente
01:10:23il y a aussi la question
01:10:24de l'emploi
01:10:25il y a des gens
01:10:25qui tiennent aussi
01:10:26à leur emploi
01:10:26une question d'économie
01:10:27de la région
01:10:28et lorsque l'Etat intervient
01:10:29ce que nous dit le juge
01:10:30c'est qu'il n'est pas intervenu
01:10:32suffisamment
01:10:32à partir de 1990
01:10:34donc la responsabilité de l'Etat
01:10:35elle est surtout
01:10:35à partir de 1990
01:10:37et au moment de la fermeture
01:10:38en 2004
01:10:39effectivement les mesures
01:10:39qui sont mises à la charge
01:10:40de l'exploitant
01:10:41qui est partie depuis
01:10:41ne sont pas suffisantes
01:10:43et pour autant
01:10:44l'Etat doit intervenir
01:10:45dans un délai d'un an
01:10:46pour prendre toute mesure utile
01:10:47de manière à mettre
01:10:48un terme à cette situation
01:10:49que nous disent
01:10:50les scientifiques
01:10:50dans le documentaire
01:10:51on en a pour 200 000 ans
01:10:53on ne va pas pouvoir
01:10:54régler la situation comme ça
01:10:55donc le droit et la science
01:10:56parfois sont en contradiction
01:10:57Vous voulez réagir
01:10:59à ce qui vient d'être dit là ?
01:10:59Oui, moi je vais quand même
01:11:00réagir en disant
01:11:02la chose suivante
01:11:03c'est vrai que cette parenthèse
01:11:04de 1990
01:11:07aux inondations
01:11:08où on a eu un silence
01:11:10totalement complet
01:11:11de l'Etat
01:11:12où la commission
01:11:13ne se réunissait plus
01:11:14ça a été quand même
01:11:15je dis
01:11:16on met la poussière
01:11:17sous le tapis
01:11:18mais en attendant
01:11:19ce qu'il faut bien percevoir
01:11:20et que je souhaite
01:11:21que nos téléspectateurs
01:11:23comprennent bien
01:11:24c'est qu'il ne faut pas
01:11:25résumer à Salsigne
01:11:26il y avait Salsigne
01:11:27et les sites orphelins
01:11:28c'est toute une vallée
01:11:30de l'Orbiel
01:11:30qui a toujours été
01:11:31donc inscrite
01:11:33dans une tradition
01:11:34industrielle
01:11:35où les acteurs
01:11:37aimaient l'activité
01:11:39de la mine
01:11:39il y a d'ailleurs
01:11:40un musée de la mine
01:11:41qui se fait
01:11:41mais à un certain moment donné
01:11:43on était conscient
01:11:44de la pollution
01:11:46et de l'impact
01:11:46sur la santé
01:11:47que ça pouvait avoir
01:11:48et je rappelle
01:11:49qu'à un certain moment donné
01:11:51on avait un suivi
01:11:52des ouvriers
01:11:53de la mine
01:11:55un suivi sanitaire
01:11:56qui a été arrêté
01:11:57tout d'un coup
01:11:58parce que
01:11:59on avait considéré
01:12:00que le registre
01:12:01des cancers
01:12:01donc était dans
01:12:02la moyenne nationale
01:12:03et qu'on voulait rompre
01:12:05cette filiation
01:12:06quelque part
01:12:07donc je crois
01:12:07que cette prise
01:12:09de conscience
01:12:09des inondations
01:12:10ont permis
01:12:11quelque part
01:12:12de tenter
01:12:15d'apporter
01:12:16des solutions
01:12:16et surtout
01:12:17de générer
01:12:19des textes
01:12:19de loi
01:12:20comme
01:12:20pollueurs
01:12:21payeurs
01:12:21etc
01:12:22qui font
01:12:22qu'on met
01:12:23les industriels
01:12:24d'aujourd'hui
01:12:25face à
01:12:26des responsabilités
01:12:28totalement
01:12:29différentes
01:12:30et qui sont
01:12:31plus en prise
01:12:32avec la réalité
01:12:32on ne peut
01:12:33que s'en satisfaire
01:12:34Est-ce qu'on a un vrai
01:12:35savoir-faire en France
01:12:36concernant la dépollution
01:12:37industrielle ?
01:12:38Si on ouvre un peu
01:12:39les fenêtres
01:12:39si on regarde
01:12:40ce qui se passe
01:12:40en dehors
01:12:41au-delà de nos frontières
01:12:42a-t-on un savoir-faire
01:12:43en la matière ?
01:12:44On a un savoir-faire
01:12:45on a des géants
01:12:47qui savent extrêmement bien
01:12:48faire ça
01:12:48déjà on est très bon
01:12:49sur la gestion de l'eau
01:12:51on a les plus grands
01:12:52groupes mondiaux
01:12:53que ce soit Veolia
01:12:54que ce soit
01:12:54après
01:12:55que ce soit Suez
01:12:55et tout ça
01:12:56et on a des acteurs
01:12:58spécifiques
01:12:58qui savent aujourd'hui
01:12:59dépolluer des sites
01:13:01quels que soient les sites
01:13:02typiquement
01:13:02il va falloir un jour
01:13:03démanteler également
01:13:04nos réacteurs nucléaires
01:13:06donc on va redévelopper
01:13:08une expertise
01:13:09Par exemple
01:13:09j'ai vu qu'on avait encore
01:13:10nous sommes en cours
01:13:12de démantèlement
01:13:12de 11 réacteurs nucléaires
01:13:14sur les 57
01:13:15je crois que compte
01:13:16notre pays aujourd'hui
01:13:17mais on n'a jamais été
01:13:18au bout aujourd'hui
01:13:19d'un démantèlement
01:13:21Bah encore heureux
01:13:22parce qu'on a besoin
01:13:22de certains réacteurs
01:13:23On est en train d'acquérir
01:13:23ce savoir-faire
01:13:24On est en train de
01:13:25En tout cas c'est comme ça
01:13:26que nous le présente EDF
01:13:27aujourd'hui
01:13:27On est en train de l'acquérir
01:13:28on a cette connaissance
01:13:30Ça c'est devant nous
01:13:30C'est devant nous
01:13:31parce qu'effectivement
01:13:32il va falloir fermer
01:13:33des réacteurs
01:13:33il va falloir après
01:13:35gérer tous les déchets
01:13:36polluants
01:13:37et notamment l'uranium
01:13:39mais on sait faire
01:13:40on sait gérer
01:13:41on a une expertise
01:13:42et on a une expertise
01:13:44de groupes
01:13:45made in France
01:13:47si on peut le dire ainsi
01:13:47qui savent gérer
01:13:48Le problème
01:13:49n'est pas la connaissance
01:13:50dans la plupart des cas
01:13:52de sites extrêmement polluants
01:13:54et qu'on peut tous
01:13:55se dénoncer
01:13:55c'est vraiment
01:13:56les groupes
01:13:57qui sont partis
01:13:57qui ont fermé
01:13:58et qui n'en ont eu
01:13:59rien à faire
01:13:59aujourd'hui
01:14:00il y a quand même
01:14:01un investissement
01:14:01de la plupart
01:14:02des groupes industriels
01:14:04beaucoup plus tournés
01:14:05vers cela
01:14:05et encore heureux
01:14:06et c'est la moine des choses
01:14:07de ce que l'on demande
01:14:08à un groupe industriel
01:14:09de prévoir l'avenir
01:14:10c'est très intéressant
01:14:12le titre que vous aviez choisi
01:14:13pour votre rapport
01:14:13parce que le présent
01:14:15va générer l'avenir
01:14:16dans ce genre de cas
01:14:17et comme le disait
01:14:18Arnaud Gossman
01:14:18parfois ça va être
01:14:19200 000 années
01:14:20si on n'a pas bien géré
01:14:22dès le démarrage
01:14:23la gestion de l'après
01:14:24et ça aujourd'hui
01:14:25ça commence à être
01:14:26assez bien intégré
01:14:28c'est peut-être ça
01:14:29qui a changé
01:14:30peut-être qu'on intègre
01:14:31davantage
01:14:31avant le démarrage
01:14:32d'un site industriel
01:14:35une des raisons
01:14:35qui explique
01:14:36qu'on a un gros décrochage
01:14:37le fait qu'il va falloir
01:14:38un jour en finir
01:14:39avec ce site
01:14:39et le dépolluer
01:14:41une des raisons
01:14:41qui explique
01:14:42qu'on a un gros décrochage
01:14:43vis-à-vis de l'Allemagne
01:14:44sur le temps d'installation
01:14:45de nos usines
01:14:46c'est parce qu'en France
01:14:47il y a un travail
01:14:48plus poussé
01:14:48pour même la biodiversité
01:14:50et ce genre de choses
01:14:51et ce qui est sûrement
01:14:51très bien
01:14:52pour l'avenir
01:14:53de notre pays
01:14:55donc on a pris en compte
01:14:56une partie des erreurs
01:14:58du passé
01:14:58peut-être qu'on ne va pas
01:15:00encore assez loin
01:15:00mais on a pris une partie
01:15:02de nos erreurs
01:15:03et aujourd'hui
01:15:04quand vous installez
01:15:05une usine
01:15:06vous devez penser
01:15:07à tout cela
01:15:07mais c'est plus facile
01:15:09de le faire
01:15:09quand tout va bien
01:15:10généralement quand vous installez
01:15:11une usine
01:15:11c'est que vous avez de l'argent
01:15:12que vous avez des contrats
01:15:13mais bien la vraie problématique
01:15:15on en reviendra toujours au même
01:15:16c'est quand il y a une insolvabilité
01:15:17c'est quand vous la fermez
01:15:18quand l'entreprise
01:15:20laisse le site à l'abandon
01:15:21et ce genre de choses
01:15:22et ça c'est compliqué
01:15:23de lutter complètement
01:15:24contre cela
01:15:25mais on en limitera les impacts
01:15:26si dès le démarrage
01:15:27on a imaginé quelque chose
01:15:28de relativement faire
01:15:30avec l'environnement
01:15:30quand on est une victime
01:15:32de dépollution industrielle
01:15:35là on est sur le problème
01:15:36de santé publique
01:15:38quels sont les recours possibles
01:15:40pour un simple individu
01:15:41aujourd'hui
01:15:42pour cette fameuse
01:15:45vallée
01:15:45de l'Orbielle
01:15:46chez vous dans l'Aude
01:15:48quoi les recours
01:15:49pour les victimes
01:15:50de ces dépollutions
01:15:51qui auraient dérapé
01:15:52pour des raisons X ou Y
01:15:53dont les résultats
01:15:55ne seraient pas au rendez-vous
01:15:55juste avant de répondre
01:15:56précisément à votre question
01:15:57juste pour rebondir
01:15:58ce que vous dites
01:15:58qui est très juste
01:16:00on râle beaucoup
01:16:00sur les normes environnementales
01:16:02mais lorsqu'on veut aujourd'hui
01:16:04ouvrir une activité industrielle
01:16:06quelque chose
01:16:06ce qu'on appelle
01:16:07une installation classée
01:16:08effectivement
01:16:08il faut se préoccuper
01:16:09de l'état de l'environnement
01:16:11des incidences possibles
01:16:12de l'activité
01:16:13et de l'après-activité industrielle
01:16:15réaliser une étude
01:16:16d'impact environnemental
01:16:17c'est un an de travail
01:16:18pourquoi ?
01:16:19parce qu'il y a 4 saisons
01:16:20dans la vie
01:16:20et qu'effectivement
01:16:21il faut regarder
01:16:22quel est l'état de l'environnement
01:16:23les espèces protégées
01:16:24la qualité des sols
01:16:25et aujourd'hui
01:16:26un certain nombre de personnes
01:16:27qui appellent à la simplification
01:16:28du droit
01:16:29sont les mêmes
01:16:29qui dénoncent
01:16:30ce type de problématiques
01:16:31en disant
01:16:32qu'est-ce qu'on a fait ?
01:16:33oui
01:16:33ça prend du temps
01:16:34d'autoriser
01:16:36de prendre soin
01:16:36et il faut aussi être cohérent
01:16:38il faut que la société
01:16:39soit cohérente
01:16:40avec ce qu'elle demande
01:16:40au législateur
01:16:42c'est très compliqué
01:16:43pour une victime
01:16:44d'établir le lien de causalité
01:16:45entre une problématique
01:16:46environnementale
01:16:47et sa propre situation
01:16:48d'ailleurs
01:16:49je vous prends un exemple
01:16:50le jugement du tribunal administratif
01:16:51de Montpellier
01:16:52dans l'affaire Salsigne
01:16:53qui est un grand jugement
01:16:54je parle sous contrôle
01:16:55parce qu'il y a un appel
01:16:56qui a été interjeté
01:16:57par l'état
01:16:58et donc l'affaire
01:16:59est devant la co-administrative
01:16:59d'appel de Toulouse
01:17:00il y avait des particuliers
01:17:01qui avaient saisi
01:17:02tribunal administratif
01:17:03et qui estimait
01:17:04qu'il y avait un lien
01:17:05entre l'inaction de l'état
01:17:06et leur propre situation
01:17:07de santé
01:17:08qui se faisait état
01:17:10de problématiques sanitaires
01:17:11de présence de métaux lourds
01:17:12on en parle
01:17:13dans leur corps
01:17:14etc
01:17:15et le tribunal administratif
01:17:16a rejeté
01:17:17ces demandes
01:17:18d'indemnisation
01:17:19de réparation
01:17:20de leurs préjudices
01:17:21au motif que le lien
01:17:22n'était pas opéré
01:17:23entre ce qu'elles dénoncent
01:17:24dans l'environnement
01:17:25ça c'est vrai
01:17:26leur situation de santé
01:17:27est véritable aussi
01:17:28mais le lien entre les deux
01:17:29est très complexe à faire
01:17:30c'est pas toujours impossible
01:17:32en matière de responsabilité
01:17:33de l'état
01:17:34pour la qualité de l'air
01:17:35plusieurs tribunaux administratifs
01:17:37notamment la co-administrative
01:17:39d'appel de Paris
01:17:39a reconnu
01:17:40que l'état
01:17:41était responsable
01:17:41par son inaction
01:17:42contre la dispersion
01:17:43de polluants atmosphériques
01:17:45de la situation de santé
01:17:46de personnes
01:17:47qui se plaignaient
01:17:48de maladies bronchopulmonaires
01:17:49on peut le faire
01:17:50mais c'est très complexe
01:17:51c'est aussi ce que vous avez
01:17:52constaté
01:17:53à travers les échanges
01:17:55j'imagine que vous avez pu
01:17:56avoir la population concernée
01:17:58et surtout
01:17:59puisque nous
01:18:00moi l'alerte
01:18:01elle a été donnée
01:18:02par l'aspect sanitaire
01:18:03suite donc aux inondations
01:18:05et quand on a vu
01:18:06dans des analyses
01:18:07d'urines de bébés
01:18:08ou de femmes enceintes
01:18:10ou de simples
01:18:11d'habitants
01:18:11qu'il y avait
01:18:12des taux d'arsenic
01:18:14énormément élevés
01:18:15et pas que
01:18:15cadium etc
01:18:16tout un tas de choses
01:18:18nous avons souhaité
01:18:19et dans le rapport
01:18:20puisque
01:18:20on n'a pas tout
01:18:21la boîte à outils
01:18:23n'est pas complète
01:18:23si j'ose dire
01:18:24donc je sollicite
01:18:26dans ce rapport là
01:18:27qui est d'une part
01:18:28un fond de création
01:18:29de dépollution
01:18:30mais surtout
01:18:31par rapport à la santé
01:18:32qu'on puisse avoir
01:18:33un registre
01:18:34donc qui soit tenu
01:18:35des personnes justement
01:18:37du suivi
01:18:38des personnes
01:18:38où on a constaté
01:18:39ces analyses
01:18:40pour voir
01:18:41si un enfant
01:18:42ou un bébé
01:18:4240 ou 50 ans après
01:18:44s'il est répertorié
01:18:46dans une base
01:18:47en disant
01:18:48à ce moment là
01:18:49il y avait trace
01:18:50est-ce qu'on peut faire
01:18:51un lien
01:18:52je crois que c'est
01:18:53essentiel de l'avoir
01:18:54d'avoir
01:18:55ce traçage sanitaire
01:18:56je rappelle le titre
01:18:58de votre rapport
01:18:58on peut le consulter
01:19:00sur le site
01:19:01du Sénat
01:19:02accessible à tous
01:19:03pollution industrielle
01:19:04et minière des sols
01:19:06assumer ses responsabilités
01:19:07réparer les erreurs
01:19:09du passé
01:19:09et penser
01:19:10durablement
01:19:11l'avenir
01:19:11vous étiez la rapportrice
01:19:13de ce rapport
01:19:13élaboré en 2020
01:19:14j'imagine que les choses
01:19:15n'ont pas
01:19:16tout à fait
01:19:18forcément évolué
01:19:19depuis
01:19:19idée d'actualité
01:19:20autrement dit
01:19:21ce rapport
01:19:22réalisé
01:19:22du côté
01:19:23du Sénat
01:19:25en 2020
01:19:25mais n'ayons pas peur
01:19:26des pollutions
01:19:27les pollutions
01:19:28cela se traite
01:19:29et cette vallée
01:19:30de l'Orbiel
01:19:30c'est une vallée
01:19:31très touristique
01:19:32avec les châteaux
01:19:33de la source
01:19:33et on est en train
01:19:35de l'inscrire
01:19:35pour qu'elle soit
01:19:36classée au patrimoine
01:19:37mondial de l'humanité
01:19:38et à l'UNESCO
01:19:39donc ce n'est pas
01:19:40incompatible
01:19:41mais il faut savoir
01:19:42traiter
01:19:43parce qu'on n'a pas
01:19:44eu le temps
01:19:44de parler
01:19:44de la réhabilitation
01:19:45des sites
01:19:46c'est une étape
01:19:47d'après
01:19:47ce sera peut-être
01:19:47pour une autre émission
01:19:49en tout cas
01:19:49un grand merci
01:19:50vraiment
01:19:50à tous les trois
01:19:51d'avoir participé
01:19:52à ce débat d'hoc
01:19:53aujourd'hui
01:19:53après ce documentaire
01:19:56exclusif
01:19:56sur la vallée
01:19:57de l'arsenic
01:19:58que nous avons eu
01:19:58le plaisir
01:19:59de vous présenter
01:20:00dans cette émission
01:20:00merci aussi
01:20:01à Félicité Gavalda
01:20:02Emery Colagné
01:20:03qui m'ont
01:20:04comme à l'accoutumée
01:20:05aidé à présenter
01:20:06cette émission
01:20:07vos réactions
01:20:08ce sera sur
01:20:09nos invités
01:20:10pourront réagir
01:20:11à ce que seront
01:20:12vos réactions
01:20:13et moi je vous donne
01:20:14rendez-vous
01:20:14pour un prochain
01:20:15débat d'hoc
01:20:15ça sera bien entendu
01:20:17avec son documentaire
01:20:18et son débat
01:20:19à très bientôt
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