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  • il y a 2 jours
Alstom, Airbus, Alcatel, Technip... autant d'affaires et de batailles judiciaires caractéristiques de la guerre économique que nous mènent les États-Unis. Pour ce faire, ils disposent d'une arme redoutable : l'extraterritorialité du droit américain. En quoi consiste ce ressort de leur puissance ? Afin de lutter contre cet impérialisme juridique, l'Union européenne doit-elle développer une stratégie plus offensive ? L'extraterritorialité du droit chinois constitue-t-elle la prochaine menace pour les entreprises européennes ?

Pour en parler, Jean-Pierre Gratien reçoit le coréalisateur du documentaire « La Bataille d'Airbus », Alexandre Leraître, l'experte en intelligence économique Claude Revel et le chercheur et journaliste spécialiste de la guerre économique Ali Laïdi.

LCP fait la part belle à l'écriture documentaire en prime time. Ce rendez-vous offre une approche différenciée des réalités politiques, économiques, sociales ou mondiales....autant de thématiques qui invitent à prolonger le documentaire à l'occasion d'un débat animé par Jean-Pierre Gratien, en présence de parlementaires, acteurs de notre société et experts.

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Transcription
00:00:10Générique
00:00:16Bienvenue à tous dans Débat Doc.
00:00:17Souvenez-vous, en 2013, l'avionneur européen Airbus est poursuivi par les autorités américaines pour des soupçons de corruption.
00:00:25C'est le début de la tonitruante affaire Airbus que va vous remémorer le documentaire qui suit, réalisé par Alexandre
00:00:33Lerêtre et David Gendreau.
00:00:35Je vous laisse découvrir cette minutieuse et passionnante enquête, puis Alexandre Lerêtre sera là, à mes côtés, sur ce plateau,
00:00:43en compagnie de l'experte en intelligence stratégique Claude Revelle et du journaliste Ali Laïdi.
00:00:49Avec eux, nous nous interrogerons sur l'extraterritorialité du droit américain comme bras armés de la guerre économique livrée par
00:00:58les Etats-Unis.
00:00:59Bon Doc.
00:01:03Airbus dans les turbulences judiciaires.
00:01:07Une affaire à rebondissement sur le marché mondial de l'aéronautique.
00:01:13Un demi-siècle de concurrence entre l'Europe et les Etats-Unis, qui a pris ces dernières années une nouvelle
00:01:21tournure.
00:01:25Le redouté département de la justice américain lance une procédure judiciaire contre l'avionneur européen.
00:01:31L'avionneur est visé par une enquête de la justice américaine pour corruption.
00:01:36Voici les dessous d'un dossier anticorruption où s'affrontent avocats, espions, hommes d'affaires et responsables politiques.
00:01:47Une histoire qui a changé les règles du jeu économique mondial.
00:01:53Voici la bataille d'Airbus.
00:02:15L'histoire commence en 1969.
00:02:18Airbus naît d'une ambition franco-allemande.
00:02:21Il s'agit d'édifier un groupe aéronautique européen, capable de se tailler dans le ciel une part substantielle du
00:02:27marché.
00:02:29Pour cela, il faut de bons avions à vendre dans le monde entier.
00:02:34Airbus recrute des centaines d'ingénieurs, de techniciens, de commerciaux.
00:02:381972, premiers essais en vol.
00:02:42Le succès est fulgurant.
00:02:44Parti de rien, mais largement soutenu par les pouvoirs publics européens,
00:02:48Airbus rattrape en 30 ans le leader absolu de l'aviation, l'américain Boeing.
00:02:54Le géant mondial de l'aéronautique met un genou à terre.
00:02:58Le président Clinton s'inquiète.
00:03:00Il sait que Boeing perd des marchés et des emplois.
00:03:19Mais le constructeur européen poursuit son ascension.
00:03:24Entre Airbus et Boeing, la concurrence est rude.
00:03:27Pour gagner des parts de marché, il faut séduire à tout prix les clients.
00:03:30Airbus vient donc de signer un record absolu.
00:03:34Cela représente en gros 175 milliards d'euros.
00:03:37L'aviateur européen et ses 60 000 employés dans le monde,
00:03:40dont 25 000 en France, a du travail pour les 8 prochaines années.
00:03:45Mais derrière les sourires, les nuages s'amoncèlent.
00:03:49Dès 2008, un membre du congrès américain, le républicain Todd Tyart,
00:03:54a de sérieux soupçons sur les pratiques commerciales d'Airbus.
00:03:59Beaucoup de gens se demandaient comment ils pouvaient avoir une croissance aussi rapide.
00:04:03Sur le marché des gros porteurs, ils sont passés de 15 à 50 % de parts de marché.
00:04:08C'est une augmentation phénoménale qui devait être alimentée par quelque chose.
00:04:13Il rend ses soupçons publics pour mobiliser l'opinion et le pouvoir américain.
00:04:32Un secteur particulier du groupe Airbus est soupçonné de corruption.
00:04:37Son service commercial.
00:04:40Installé à Suren, près de Paris, c'est une place forte du groupe.
00:04:46Le SMO, l'Organisation de la Stratégie et du Marketing,
00:04:50regroupe l'élite des vendeurs d'Airbus.
00:04:52Ils sont capables de vendre leurs produits sur les marchés les plus difficiles.
00:04:57Pour cela, ils ont mis en place un efficace réseau d'intermédiaires,
00:05:01parfois au plus haut niveau politique local.
00:05:03Avec de nombreux consultants qu'il faut rémunérer.
00:05:07En Afrique, au Moyen-Orient, en Asie du Sud-Est ou encore en Chine.
00:05:12Pour le républicain Todd Taillard et la CIA elle-même, le système est opaque.
00:05:20L'agent de la CIA qui m'a renseigné croyait qu'Airbus était à cette époque
00:05:24la société la plus corrompue de la planète.
00:05:29Si vous lisiez les rapports qui avaient été rassemblés par la CIA,
00:05:33vous auriez pu voir ce qui se passait en Malaisie,
00:05:36ce qui se passait en Ouganda,
00:05:37ce qui se passait dans le monde entier.
00:05:41Ils ne faisaient qu'accumuler des informations,
00:05:44mais ils étaient très préoccupés par ce qu'ils trouvaient,
00:05:47tout comme moi.
00:05:49Mais la CIA n'est pas la seule agence américaine à mettre Airbus sous surveillance.
00:05:54Le FBI aussi.
00:05:57Ian Foxley, un ancien cadre d'Airbus de nationalité britannique,
00:06:01avait depuis longtemps mis au jour des faits de corruption dans une filiale du groupe,
00:06:06à l'époque où celui-ci s'appelait EADS.
00:06:10J'ai pris la direction du programme en juin 2010,
00:06:14et au bout de deux ou trois mois,
00:06:16je me suis rendu compte que quelque chose ne tournait pas rond
00:06:18dans les processus et les opérations que nous menions.
00:06:23J'ai découvert que les paiements étaient effectués
00:06:26à deux sous-traitants secrets dans les îles Caïmans.
00:06:30Et dès que j'ai su cela,
00:06:32j'ai compris qu'il s'agissait de corruption pure et simple.
00:06:37Je suis allé voir le directeur de la conformité du groupe à Paris,
00:06:41au siège d'Airbus,
00:06:43et je lui ai fait part de mes préoccupations.
00:06:48Il a été très poli.
00:06:50Il m'a offert une tasse de thé,
00:06:5130 minutes de son temps,
00:06:53et puis il m'a montré la porte.
00:06:55Je me suis rendu compte à ce moment-là
00:06:57que rien ne pourrait se passer au sein d'Airbus.
00:07:02Après avoir quitté Airbus,
00:07:04Yann Foxley lance l'alerte
00:07:05et tente de faire éclater cette affaire.
00:07:08En 2013,
00:07:09il est approché par le FBI.
00:07:12Ils avaient l'air intéressés
00:07:14par ce que j'avais à dire,
00:07:15avant de conclure,
00:07:16merci beaucoup,
00:07:18nous vous rappellerons si besoin.
00:07:21Au moment où Yann Foxley va aux Etats-Unis,
00:07:24l'information fuite dans la presse.
00:07:26Le FBI surveille le groupe européen.
00:07:30La nouvelle fait le tour du monde.
00:07:34« Il n'y a que deux grands constructeurs d'avions
00:07:37dans le monde.
00:07:40Vous avez Airbus
00:07:41et vous avez Boeing.
00:07:44Et si les Américains commencent
00:07:46à enquêter sur vous pour corruption,
00:07:49le grand gagnant de cette affaire,
00:07:51ce sera Boeing. »
00:07:55C'est alors que le patron du groupe,
00:07:57Tom Enders,
00:07:58prend une décision
00:07:59qui va faire basculer
00:08:00toute l'histoire d'Airbus.
00:08:01Il lance lui-même en interne
00:08:03l'opération « main propre ».
00:08:05Une initiative à haut risque
00:08:07pour le constructeur européen.
00:08:09Nous sommes en juin 2015.
00:08:11Pour cela,
00:08:12il fait venir un nouveau directeur juridique,
00:08:14John Harrison,
00:08:15un Britannique.
00:08:17Il est là pour remettre de l'ordre
00:08:18dans les pratiques commerciales.
00:08:25John Harrison fait son entrée
00:08:27dans le bastion d'Airbus
00:08:28à Surenne.
00:08:32Sa cible,
00:08:33le SMO et ses méthodes
00:08:34pour obtenir des marchés.
00:08:40Cet homme l'a vu agir.
00:08:42Il est l'un des rares cadres allemands
00:08:44d'Airbus
00:08:44qui a accepté de témoigner.
00:08:47Mais il souhaite aujourd'hui
00:08:48encore garder l'anonymat.
00:08:53Harrison a tout de suite commencé
00:08:54à recenser et à analyser
00:08:56les pratiques courantes
00:08:57de l'entreprise.
00:09:00Après avoir fait
00:09:01un état des lieux complet,
00:09:03il a immédiatement
00:09:04mis fin à ses pratiques.
00:09:08En fait,
00:09:09ils s'en étaient pris
00:09:10à l'ensemble
00:09:11de l'équipe dirigeante
00:09:12et leur avait tout bonnement
00:09:13interdit
00:09:14de continuer
00:09:15à faire des affaires
00:09:16avec leurs intermédiaires
00:09:18commerciaux habituels.
00:09:20Et ça,
00:09:20du jour au lendemain.
00:09:25Le SMO se retrouve
00:09:26privé d'intermédiaires
00:09:28pour remporter des contrats.
00:09:31En 2015,
00:09:33Tom Enders
00:09:34envoie un mail
00:09:35à ses chers collègues.
00:09:38Il explique qu'il s'agit
00:09:39de gérer un énorme risque
00:09:40juridique pour Airbus.
00:09:43Ce risque,
00:09:44c'est le caractère
00:09:46extraterritorial
00:09:46des lois de certains pays,
00:09:50comme les États-Unis.
00:09:52en clair,
00:09:54cela signifie que la justice
00:09:55des États-Unis
00:09:56peut poursuivre
00:09:56et sanctionner
00:09:57toute entreprise
00:09:58soupçonnée
00:09:59de violer
00:09:59les lois américaines
00:10:00où que ce soit
00:10:01dans le monde.
00:10:03C'est ce qu'on appelle
00:10:04l'extraterritorialité
00:10:06du droit américain.
00:10:08Ce spécialiste
00:10:10de l'intelligence économique
00:10:11en connaît
00:10:12parfaitement
00:10:12la portée.
00:10:13L'administration
00:10:15de la justice
00:10:16américaine
00:10:17considère
00:10:18que ces lois-là
00:10:20peuvent être
00:10:20appliquées
00:10:21à la fois
00:10:22aux entreprises
00:10:22américaines
00:10:23mais également
00:10:24à toutes les entreprises
00:10:25du monde entier.
00:10:26Et donc,
00:10:27s'autorise le fait
00:10:28de poursuivre
00:10:30des entreprises
00:10:31étrangères
00:10:32sur
00:10:34essentiellement
00:10:35deux axes,
00:10:36la lutte
00:10:37contre la corruption
00:10:38et la lutte
00:10:40contre la violation
00:10:41des embargos.
00:10:43Dans sa guerre
00:10:44contre la corruption,
00:10:45le département
00:10:46de la justice
00:10:46dispose de cette arme
00:10:48juridique capable
00:10:49de frapper
00:10:49partout dans le monde.
00:10:51Il suffit par exemple
00:10:51d'envoyer un mail
00:10:52qui passerait
00:10:53par un serveur américain
00:10:54ou de régler
00:10:55des transactions
00:10:56en dollars
00:10:56pour que l'on se trouve
00:10:58dans le rayon d'action
00:10:58de la justice
00:10:59des Etats-Unis.
00:11:00Pour justifier ce risque,
00:11:02Tom Enders cite
00:11:03dans son message
00:11:04des sociétés
00:11:05qui ont déjà été
00:11:05poursuivies
00:11:06par la justice américaine.
00:11:09En 2008,
00:11:10sous la pression
00:11:11de ses lois
00:11:12extraterritoriales,
00:11:13Siemens accepte
00:11:14de payer une amende
00:11:14de près de 800 millions
00:11:16de dollars
00:11:16aux Etats-Unis
00:11:17et de remplacer
00:11:18son conseil d'administration.
00:11:24Chez Airbus,
00:11:25l'affaire Siemens
00:11:26est dans tous les esprits.
00:11:28Une amende considérable
00:11:29pour corruption
00:11:30infligée par la justice américaine
00:11:32serait un risque majeur
00:11:33pour l'avenir du groupe.
00:11:36Voilà la pression
00:11:37qui s'exerce
00:11:38entre ces murs.
00:11:41Afin d'aller au bout
00:11:42de son opération
00:11:43en main propre,
00:11:45John Harrison
00:11:45fait venir chez Airbus
00:11:46toute une équipe d'avocats
00:11:47pour conduire
00:11:48des investigations
00:11:49sur les soupçons
00:11:50de corruption
00:11:51dans les pratiques commerciales.
00:11:54Des salariés
00:11:55sont interrogés
00:11:56sur les moindres détails.
00:11:58L'un d'entre eux,
00:11:59qui souhaite garder
00:12:00l'anonymat,
00:12:01témoigne aujourd'hui.
00:12:02John Harrison
00:12:03a fait venir
00:12:04des avocats extérieurs
00:12:05au groupe.
00:12:06Certains salariés
00:12:07d'Airbus
00:12:08ont eu l'impression
00:12:09que c'était une investigation
00:12:10de la police
00:12:11et que c'était vraiment
00:12:12destiné à déstabiliser
00:12:13le salarié
00:12:14en le mettant
00:12:15dans une situation
00:12:16absolument inédite.
00:12:24Les entretiens étaient
00:12:25très difficiles
00:12:25parce qu'ils étaient
00:12:26à charge, clairement.
00:12:29Vous avez un classeur
00:12:30dont je n'avais pas eu
00:12:31connaissance avant,
00:12:32donc on vous pose
00:12:32plein de questions,
00:12:33d'abord sur un dossier,
00:12:35et en fait,
00:12:35on s'aperçoit
00:12:36que c'est une espèce
00:12:36de toile d'araignée
00:12:37dans laquelle on essaie
00:12:38de vous mettre.
00:12:39On vous montre
00:12:40des e-mails
00:12:41que vous n'avez jamais vus
00:12:42et qui parlent de vous,
00:12:43et vous ne comprenez
00:12:43absolument rien.
00:12:44D'où ces e-mails viennent,
00:12:46sortis de leur contexte,
00:12:47donc c'est tellement
00:12:47très déstabilisant.
00:12:50C'est vraiment
00:12:51ce que voulait l'entreprise.
00:12:53Elle voulait
00:12:54des nettoyeurs féroces
00:12:56et une enquête interne
00:12:57impitoyable.
00:13:01Les mesures prises
00:13:02en interne chez Airbus
00:13:04font désormais craindre
00:13:05le pire au service
00:13:06secret français
00:13:07pour la réputation
00:13:08et l'avenir du groupe
00:13:09sur le marché mondial.
00:13:11Dès lors,
00:13:12ils prennent l'affaire
00:13:13très au sérieux.
00:13:15Comme le confirme
00:13:16cet ancien directeur
00:13:17du renseignement.
00:13:19Les services de renseignement
00:13:21ont forcément
00:13:21gardé le dossier
00:13:22parce que c'est un dossier
00:13:23qui est très chaud
00:13:23et toute menace
00:13:25perçue,
00:13:26si vous voulez,
00:13:27contre une entreprise
00:13:28de ce genre,
00:13:28il est évident
00:13:29que les services
00:13:30regardent.
00:13:33Et que découvrent
00:13:34les services secrets ?
00:13:36Une note confidentielle
00:13:38de la DGSI,
00:13:39la sécurité intérieure,
00:13:40le confirme.
00:13:41L'opération main propre
00:13:42risque de ne pas suffire.
00:13:45Les termes de cette note
00:13:46sont clairs.
00:13:48Les Américains déploient
00:13:50une stratégie de conquête
00:13:51dans les secteurs
00:13:52de l'aéronautique,
00:13:53de la santé
00:13:54et de la recherche.
00:13:55Et la DGSI ajoute
00:13:57et les entreprises françaises
00:13:59font l'objet d'attaques
00:14:00ciblées par le biais
00:14:01de contentieux juridiques.
00:14:09D'après les autorités françaises,
00:14:11l'action du département
00:14:12de la justice
00:14:13n'aurait pas pour but premier
00:14:14de lutter contre la corruption,
00:14:16mais bien au nom
00:14:18de la loi des Etats-Unis
00:14:19de défendre les intérêts
00:14:21commerciaux
00:14:22des entreprises américaines
00:14:23partout dans le monde.
00:14:26En clair,
00:14:27les amendes colossales
00:14:28infligées par ces lois
00:14:29auraient pour intention
00:14:31de déstabiliser
00:14:32les grandes entreprises
00:14:33européennes,
00:14:33concurrentes des Etats-Unis.
00:14:37Selon un rapport
00:14:38rédigé à la demande
00:14:39du Premier ministre
00:14:40Édouard Philippe,
00:14:42sous couvert de moraliser
00:14:43les pratiques commerciales,
00:14:45ces procédures reviendraient
00:14:46à cibler les entreprises
00:14:47à dessein.
00:14:49Dans le cas de la France,
00:14:50les poursuites
00:14:51du département de la justice
00:14:52ont principalement touché
00:14:54des entreprises
00:14:55dans les domaines stratégiques
00:14:56de l'énergie
00:14:57et des télécommunications.
00:15:03« C'est très très clair
00:15:04que les entreprises européennes
00:15:06sont la cible privilégiée
00:15:08des pouvoirs publics américains
00:15:09et que les plus lourdes
00:15:10condamnations se sont faites
00:15:12à l'encontre
00:15:13des entreprises européennes. »
00:15:15À l'appui de son accusation,
00:15:17le député dresse la liste
00:15:18des plus grosses amendes
00:15:20infligées ces dix dernières années
00:15:21par les Etats-Unis
00:15:22pour corruption.
00:15:24Sur 26 amendes,
00:15:26cinq ont concerné
00:15:27des entreprises américaines
00:15:28alors qu'une quinzaine
00:15:30d'entreprises européennes
00:15:31ont été touchées.
00:15:34Des sociétés suédoises,
00:15:36britanniques,
00:15:37suisses,
00:15:38italiennes
00:15:39et néerlandaises.
00:15:41En Allemagne,
00:15:42il y a eu Daimler,
00:15:43Deutsche Telekom
00:15:44et Siemens.
00:15:45Mais c'est la France
00:15:46qui détient le record
00:15:47avec Total,
00:15:48Technip,
00:15:49Société Générale,
00:15:50Alstom et Alcatel.
00:15:53Et c'est là
00:15:53où se devient intéressant
00:15:54dans des pays européens.
00:15:56Une fois qu'elles ont eu
00:15:57l'amende qui les a ruinées,
00:15:59les Américains
00:15:59les ont rachetées.
00:16:01Donc,
00:16:02chercher à créer
00:16:03le crime profite.
00:16:06Alstom,
00:16:08un géant de l'énergie
00:16:09et notamment du nucléaire.
00:16:11Une entreprise
00:16:12hautement stratégique.
00:16:14Comme pour Airbus
00:16:15et auparavant Siemens,
00:16:17les Américains
00:16:18avaient de graves soupçons
00:16:19sur des faits de corruption.
00:16:21En décembre 2014,
00:16:23le verdict tombe.
00:16:24Une amende
00:16:25de 772 millions de dollars.
00:16:50Alstom s'attendait
00:16:51à une amende
00:16:53autour d'un milliard.
00:16:55C'était évidemment fatal
00:16:56à l'entreprise
00:16:57à très court terme.
00:16:58Et donc,
00:16:58ça a pesé évidemment
00:16:59dans la décision de vendre.
00:17:02En à peine plus de trois ans,
00:17:04une entreprise industrielle
00:17:06qui fait la fierté
00:17:06de la France
00:17:07est passée sous le contrôle
00:17:09de son principal concurrent,
00:17:10l'Américain Général Électrique.
00:17:14Alstom a été racheté
00:17:15par les Américains
00:17:17et puis on a découvert
00:17:19ce que nous,
00:17:20nous savions bien avant
00:17:21et qu'on avait dit
00:17:21mais personne ne voulait
00:17:22nous écouter,
00:17:23c'est qu'un cadre supérieur
00:17:24d'Alstom venait de faire
00:17:2525 mois de prison
00:17:26aux États-Unis.
00:17:28Et puis il est rentré en France
00:17:29et il a raconté
00:17:30ce qui s'était passé.
00:17:34Frédéric Pierucci
00:17:35était un dirigeant
00:17:36de l'entreprise française.
00:17:38Accusé de corruption
00:17:39par les États-Unis,
00:17:41son histoire est le point
00:17:42de départ de l'affaire Alstom.
00:17:48Nous sommes le 14 avril 2013.
00:17:51Je m'apprête à atterrir
00:17:52à l'aéroport GFK de New York
00:17:53après un vol de 24 heures
00:17:54depuis Singapour.
00:17:57Mais un événement inattendu
00:17:58se profile dès l'atterrissage.
00:18:00L'hôtesse de l'air m'indique
00:18:01que des hommes
00:18:02m'attendent à la sortie de l'appareil.
00:18:16On me met immédiatement
00:18:18des chaînes aux pieds et aux mains
00:18:19pour me transférer
00:18:20vers l'une des pires prisons
00:18:21des États-Unis.
00:18:25L'enfer commence.
00:18:27Détenu à 15 000 km
00:18:28de ma famille,
00:18:28je ne sais pas si je sortirai un jour.
00:18:34Je m'accroche pour ne pas s'envoyer.
00:18:36Cela fait un an
00:18:37que je suis enfermé
00:18:38quand soudain,
00:18:39un flash info retentit
00:18:40sur l'écran de la salle commune.
00:18:41J'apprends que Patrick Cron,
00:18:43mon ancien patron,
00:18:44est sur le point de vendre
00:18:45la branche énergie d'Alstom
00:18:47à son concurrent américain,
00:18:48General Electric.
00:18:51Je suis tétanisé.
00:18:52Je viens de comprendre
00:18:53la raison
00:18:54de ma détention illimitée.
00:18:56Les Américains ont
00:18:57toutes les preuves
00:18:57contre Alstom.
00:18:58Tout le système
00:18:59de corruption généralisé
00:19:01mis en place
00:19:02depuis 10 ans
00:19:02sous la présidence
00:19:03de Patrick Cron.
00:19:04Ils le tiennent.
00:19:06Il n'a plus le choix.
00:19:07S'il souhaite échapper
00:19:08à la prison
00:19:08pour les 20 prochaines années,
00:19:09il doit vendre Alstom
00:19:11à General Electric.
00:19:16Patrick Cron conteste
00:19:18cette version
00:19:18et a toujours nié
00:19:19toute relation
00:19:20entre la vente d'Alstom
00:19:21et les poursuites
00:19:21judiciaires américaines.
00:19:23Mais de retour en France,
00:19:25Frédéric Pierucci
00:19:26livre aux médias
00:19:27son analyse de l'affaire.
00:19:29Je comprends
00:19:30que je suis en fait
00:19:31un otage
00:19:32et que la véritable cible
00:19:34est le patron d'Alstom
00:19:35et l'entreprise
00:19:36et que le département
00:19:39de la justice américaine
00:19:40veut faire payer
00:19:40une grosse amende
00:19:42à l'entreprise
00:19:43et effectivement
00:19:44la racheter derrière.
00:19:47Le sort d'Alstom
00:19:49rend particulièrement fébrile
00:19:51ceux qui suivent de près
00:19:52le dossier Airbus.
00:19:56Les pouvoirs publics français
00:19:58comme européens
00:19:58avaient extrêmement peur
00:19:59que les Américains
00:20:01refassent le coup,
00:20:02se servent
00:20:03des actes de corruption
00:20:05pour pénaliser
00:20:07extrêmement fortement,
00:20:09extrêmement fortement
00:20:11déstabilisent
00:20:11l'entreprise européenne.
00:20:13Ce d'autant
00:20:14qu'il y avait
00:20:14une rivalité forte
00:20:15entre Airbus
00:20:16et Boeing,
00:20:17un acteur américain.
00:20:18Par conséquent,
00:20:20Airbus
00:20:20pouvait potentiellement
00:20:22être une cible.
00:20:24Au moment de l'affaire
00:20:25Alstom en 2014,
00:20:27un groupe de juristes
00:20:28et de spécialistes américains
00:20:29de la transparence commerciale,
00:20:31réunis dans le
00:20:32FCPA blog,
00:20:33écrivait noir sur blanc
00:20:34qu'Airbus faisait partie
00:20:36des entreprises visées
00:20:37par le département
00:20:38de la justice,
00:20:40comme Alstom.
00:20:41C'était annoncé
00:20:42dès cette époque
00:20:43que la prochaine cible,
00:20:45c'était Airbus.
00:20:50Voilà donc
00:20:50ce qui inquiète
00:20:51Airbus
00:20:52au moment où
00:20:53John Harrison
00:20:53mène l'enquête.
00:20:55Il met en garde
00:20:56ses patrons.
00:20:57Il faut d'urgence
00:20:58mettre un terme
00:20:59à toute pratique douteuse.
00:21:04Il a dit
00:21:04« Il faut absolument
00:21:06qu'on agisse tout de suite,
00:21:07sinon des gens
00:21:09vont finir en tour. »
00:21:13En effet,
00:21:14dans cette vidéo interne,
00:21:15John Harrison
00:21:16ne mâche pas ses mots.
00:21:17« Et pour que chacun
00:21:33comprenne son message,
00:21:34il fait même
00:21:35circuler une autre vidéo. »
00:21:38« Mais la vraie question
00:21:39était « Comment
00:21:40nous allons
00:21:41être coupés ? »
00:21:42« Je ne sais
00:21:45pas ce qui a été
00:21:45si mon téléphone
00:21:46ou si quelqu'un
00:21:47parlait. »
00:21:49« J'ai juste
00:21:50compris que tout
00:21:51est terminé. »
00:21:53« Et que je n'aurai jamais
00:21:54vendre l'aircraft encore. »
00:21:57Et dans ce film,
00:21:58le manager finit
00:21:59effectivement lui-même
00:22:01derrière les barreaux.
00:22:02« Je ne suis pas très bon.
00:22:10Donc, je ne pense pas
00:22:11que nous ne voulons
00:22:11que tous nos employés
00:22:13vont aller au jail. »
00:22:16Dans un tel climat,
00:22:18John Harrison
00:22:19focalise l'attention.
00:22:22« Dans les milieux
00:22:23de défense
00:22:24et milieux de renseignement
00:22:25français comme européen,
00:22:27John Harrison
00:22:28était considéré
00:22:29comme un risque.
00:22:29C'est le parcours
00:22:30de John Harrison
00:22:31qui a inquiété. »
00:22:35Avant de rejoindre Airbus,
00:22:36le britannique Harrison
00:22:38est en effet passé
00:22:39par une autre entreprise
00:22:40française de taille mondiale,
00:22:42Technip,
00:22:43un mastodonte
00:22:45du secteur pétrolier.
00:22:47Or,
00:22:48lorsque l'entreprise
00:22:49s'est vue infliger
00:22:50deux amendes
00:22:51pour corruption
00:22:52par le département
00:22:52de la justice
00:22:53avant de fusionner
00:22:54avec son concurrent américain,
00:22:57c'est John Harrison
00:22:57qui était directeur juridique
00:22:59de l'entreprise.
00:23:03Je dirais qu'il y a
00:23:04une suspicion légitime.
00:23:07Quelqu'un qui vient
00:23:09de l'extérieur,
00:23:10qui a réglé
00:23:12le problème de Technip
00:23:13et comment elle a été réglée ?
00:23:14Technip a passé aux Américains
00:23:16et qui maintenant
00:23:17arrive chez Airbus.
00:23:19Moi, qui suis bien sûr
00:23:20par mon métier,
00:23:21par naissance
00:23:22ou par concept,
00:23:24si vous voulez,
00:23:25suis quand même méfiant.
00:23:26Je dis,
00:23:27est-ce qu'il ne va pas
00:23:28nous faire la même chose
00:23:29chez Airbus ?
00:23:31Quel est le véritable objectif
00:23:33de Tom Enders
00:23:34et John Harrison ?
00:23:36Le risque de voir tomber
00:23:38Airbus dans le giron
00:23:39d'une entreprise américaine.
00:23:40Est-ce un fantasme
00:23:41ou une réalité ?
00:23:44Le profil des enquêteurs
00:23:46que John Harrison
00:23:46a fait venir
00:23:47chez l'avionneur européen
00:23:48en inquiète plus d'un
00:23:50parmi les cadres d'Airbus.
00:23:53Car ce sont précisément
00:23:54les avocats
00:23:55du cabinet américain
00:23:56Hughes, Hubbard & Reed
00:23:58qui avaient fait
00:23:58le même travail
00:23:59chez Technip
00:24:00avant que la société
00:24:01ne passe sous pavillon américain.
00:24:07Ces avocats
00:24:08mandatent alors
00:24:09une société
00:24:10qui va collecter
00:24:11toutes les données
00:24:12commerciales d'Airbus.
00:24:16Ce sont des entreprises spécialistes
00:24:18de l'informatique
00:24:18qui vont venir
00:24:19dans votre lieu,
00:24:20dans votre entreprise
00:24:20et qui vont
00:24:22siphonner
00:24:22l'ensemble des informations
00:24:25des serveurs,
00:24:26des portables,
00:24:27des salariés
00:24:28qui sont visés, etc.
00:24:30Et donc,
00:24:31j'étais extrêmement surpris
00:24:32quand j'ai vu
00:24:33les cabinets américains
00:24:34qui en plus
00:24:35ont eu accès
00:24:35à tous les contrats
00:24:36de vente
00:24:36d'Airbus commercial
00:24:38et donc
00:24:38tous les secrets
00:24:40de fabrication d'Airbus
00:24:41qui ont été
00:24:42dans des bases de données
00:24:43et dont on n'avait
00:24:44aucune maîtrise après.
00:24:47Évidemment,
00:24:47quand on a vu ça,
00:24:48on s'est inquiété
00:24:49beaucoup parce qu'on a dit
00:24:50et si toutes ces informations
00:24:51qui partent
00:24:52à l'extérieur,
00:24:53est-ce qu'on est sûr
00:24:54qu'elles vont rester
00:24:54entre les mains
00:24:55du cabinet d'avocat
00:24:56qui va faire l'étude
00:24:57ou est-ce que ça ne risque pas
00:24:59de partir
00:24:59chez le concurrent ?
00:25:02A ce jour,
00:25:03personne n'a pu prouver
00:25:04que des données
00:25:04ont été transférées
00:25:05aux Etats-Unis.
00:25:07Pour l'avocat conseil
00:25:08d'Airbus,
00:25:09c'est exclu.
00:25:10Aucune donnée
00:25:11n'a été envoyée
00:25:11aux Etats-Unis
00:25:12comme vous pouvez l'imaginer.
00:25:13La société Airbus
00:25:14est une société
00:25:15qui est extrêmement soucieuse
00:25:16de la sécurité.
00:25:17Les millions de documents
00:25:18qui partent aux Etats-Unis,
00:25:19c'est du fantasme total,
00:25:20c'est des gens
00:25:20qui veulent du mal à Airbus
00:25:22et au procès
00:25:22qu'a engagé Airbus à l'époque.
00:25:29Pourtant,
00:25:29un cadre d'Airbus
00:25:31allait confirmer
00:25:31ses soupçons.
00:25:33Il se rend donc
00:25:34au palais de l'Elysée
00:25:35pour sonner l'alerte
00:25:36au plus haut niveau.
00:25:39C'est également
00:25:40un informateur
00:25:41des services
00:25:42de renseignement français.
00:25:45Airbus est une entreprise
00:25:46aéronautique
00:25:47mais fabrique également
00:25:48des missiles nucléaires,
00:25:49des satellites militaires,
00:25:51des avions
00:25:51et des hélicoptères de combat.
00:25:53Le groupe est donc
00:25:54sous étroite surveillance.
00:25:58Ce cadre d'Airbus
00:25:59est reçu
00:26:00par le directeur de cabinet
00:26:01du président de la République
00:26:02et lui remet une note
00:26:04de quatre pages.
00:26:10Dans cette note,
00:26:11il résume les graves soupçons
00:26:13des employés d'Airbus
00:26:14et des renseignements français.
00:26:16L'enquête interne
00:26:17de John Harrison
00:26:18permet une vaste récolte
00:26:20des secrets d'Airbus.
00:26:22Il va même jusqu'à affirmer
00:26:24que ses secrets
00:26:24ont, selon ses termes,
00:26:26depuis longtemps
00:26:27traversé l'Atlantique.
00:26:30Une conviction
00:26:31aussitôt reprise
00:26:32dans les médias.
00:26:34Les services de renseignement
00:26:35français
00:26:36accusent les Américains
00:26:37d'espionner Airbus.
00:26:38Dernièrement,
00:26:39cela s'est fait
00:26:39par l'intermédiaire
00:26:41d'avocats américains
00:26:42qui interviennent
00:26:43au sein d'Airbus
00:26:44pour des études
00:26:45contre la corruption.
00:26:50Vus depuis Paris,
00:26:52des informations
00:26:53confidentielles
00:26:54du groupe européen
00:26:55pourraient avoir
00:26:56déjà rejoint Washington.
00:27:06Mais une nouvelle surprise
00:27:07allait bouleverser
00:27:08le cours de cette histoire.
00:27:11Début 2016,
00:27:13ses dossiers
00:27:14avaient déjà quitté
00:27:15la France.
00:27:20John Harrison
00:27:21venait d'emporter
00:27:22avec lui
00:27:23toutes les preuves
00:27:23des fautes
00:27:24de l'entreprise.
00:27:27Mais contrairement
00:27:29aux craintes
00:27:29et rumeurs,
00:27:30ce n'est pas à Washington
00:27:31qu'il les dépose,
00:27:33mais à Londres.
00:27:41Les résultats
00:27:42de l'enquête interne
00:27:43arrivent en effet
00:27:44dans cet immeuble.
00:27:45C'est une division
00:27:47judiciaire britannique
00:27:48également chargée
00:27:49de traquer la corruption
00:27:50à l'échelle internationale.
00:27:54le bureau des fraudes.
00:27:57Le bureau des fraudes.
00:28:21promets qu'il y avait
00:28:22et qu'il y avait
00:28:22une affaire potentielle.
00:28:24Nous avons immédiatement
00:28:25porté notre attention
00:28:26dessus.
00:28:31pourquoi Airbus va-t-il se dénoncer
00:28:33aux Britanniques ?
00:28:34Pourquoi l'état-major
00:28:36de l'entreprise
00:28:36a-t-il pris
00:28:37une telle décision ?
00:28:40Vous en avez discuté
00:28:41avec la direction
00:28:42d'Airbus ?
00:28:42Bien sûr,
00:28:43y compris avec Tom Anders.
00:28:44On s'est même
00:28:44expliqué vertement.
00:28:46Il a dit
00:28:46qu'on va plaider
00:28:47des coupables
00:28:48en Angleterre
00:28:49pour ne pas avoir
00:28:50à le faire
00:28:51aux États-Unis.
00:28:52C'était très astucieux.
00:28:54On va plaider
00:28:55des coupables
00:28:56en Angleterre.
00:28:56On va amener
00:28:57nous-mêmes
00:28:58les preuves
00:28:58de nos fautes.
00:28:59Il fallait oser
00:29:00le faire quand même.
00:29:02Et en contrepartie,
00:29:03on va éviter
00:29:04de se faire assassiner
00:29:05par les Américains.
00:29:06Il vous a dit clairement
00:29:07que l'autodénonciation
00:29:08aux Anglais,
00:29:08c'était pour éviter
00:29:09les Américains ?
00:29:10Oui, il a dit
00:29:10j'ai regardé
00:29:11les différentes options.
00:29:13Je pense que c'est la meilleure.
00:29:15Je ne suis pas certain
00:29:15que c'était l'intention.
00:29:17Mais en tout cas,
00:29:17il est certain
00:29:18que s'adresser
00:29:19à une autorité
00:29:21de poursuite anglaise,
00:29:23c'est quelque part
00:29:24un peu se mettre
00:29:25sous la protection
00:29:27d'une autorité européenne
00:29:29et de placer
00:29:32le centre de gravité
00:29:33de l'enquête
00:29:33du dossier
00:29:34en Europe
00:29:35plutôt qu'aux Etats-Unis.
00:29:37Pour Ian Foxley,
00:29:39le lanceur d'alerte,
00:29:40l'autodénonciation
00:29:41de ses anciens patrons
00:29:42est un coût
00:29:42bien calculé.
00:29:45Je ne pense pas
00:29:46un seul instant
00:29:47que le conseil
00:29:49d'administration
00:29:49ait été composé
00:29:51de braves gens,
00:29:53généreux,
00:29:54honnêtes
00:29:55et intègres.
00:29:57Ce sont des hommes
00:29:58d'affaires.
00:30:01Je pense qu'il s'agissait
00:30:02d'hommes d'affaires
00:30:03qui ont pris
00:30:03une décision calculée
00:30:05quant à la meilleure
00:30:06voie à suivre
00:30:06pour limiter le risque
00:30:08et le préjudice
00:30:09pour le groupe Airbus.
00:30:13C'est simplement
00:30:14une décision commerciale.
00:30:19En droit international,
00:30:21on ne peut habituellement
00:30:22pas être puni
00:30:22deux fois
00:30:23pour les mêmes faits.
00:30:25Se dénoncer soi-même
00:30:26en Grande-Bretagne
00:30:27serait donc
00:30:28aucun risque calculé.
00:30:30Un coup de poker
00:30:31à plusieurs milliards
00:30:32de dollars
00:30:33pour éviter
00:30:34une plus grosse amende
00:30:35aux Etats-Unis.
00:30:38Voici comment s'est réalisée
00:30:39l'opération
00:30:40menée par
00:30:40Enders et Harrison.
00:30:43D'abord,
00:30:45Airbus apporte
00:30:45à la justice britannique
00:30:46anticorruption
00:30:47toutes les preuves
00:30:48de ses propres fautes.
00:30:52les documents
00:30:53rassemblés au cours
00:30:54de l'opération
00:30:54main-propre
00:30:55par les avocats
00:30:56ont permis
00:30:57de plaider coupable
00:30:58en Europe
00:30:58plutôt qu'aux Etats-Unis.
00:31:01Car selon des avocats
00:31:03de cabinets franco-américains
00:31:04coutumiers
00:31:05de ce genre d'affaires,
00:31:06plaider coupable
00:31:07est finalement
00:31:08un moindre mal.
00:31:11Plus on répond
00:31:12d'avance
00:31:13aux attentes
00:31:14des autorités
00:31:15et mieux
00:31:16on sera
00:31:17traité à la fin.
00:31:18C'est comme
00:31:19s'il y avait
00:31:19un système
00:31:20de points
00:31:20si vous voulez
00:31:21et plus vous êtes
00:31:22bon élève
00:31:22plus vous avez
00:31:23de points
00:31:24et plus vous avez
00:31:25de points
00:31:26moins vous serez
00:31:27sanctionné
00:31:27à la fin.
00:31:29Ça explique
00:31:29d'ailleurs
00:31:29que certaines sociétés
00:31:31s'auto-dénoncent.
00:31:33Aux Etats-Unis
00:31:34comme en Grande-Bretagne
00:31:35dans ce type
00:31:36de procédure
00:31:37il n'y a
00:31:37ni juge
00:31:38ni jugement
00:31:39ni procès
00:31:40ni peine prononcée.
00:31:41Par rapport
00:31:42aux droits européens
00:31:43c'est un autre monde.
00:31:48Dans ce système
00:31:49judiciaire
00:31:50anglo-saxon
00:31:50on évite
00:31:51les véritables procès
00:31:52car ils sont
00:31:53très coûteux
00:31:54très longs
00:31:55et leur issue
00:31:56trop incertaine.
00:31:59Pour éviter
00:32:00d'aller au procès
00:32:01mieux vaut
00:32:02avouer ses fautes
00:32:03avec l'espoir
00:32:04de transiger
00:32:05de négocier
00:32:06le montant
00:32:06d'une amende
00:32:07aussi réduite
00:32:08que possible.
00:32:13Dans ce système
00:32:14qui n'existe pas
00:32:14en Allemagne
00:32:15ou en France
00:32:16jusqu'à présent
00:32:16les avocats
00:32:17employés par l'entreprise
00:32:19ne sont pas là
00:32:19pour la défendre
00:32:20mais au contraire
00:32:21pour la mettre
00:32:22sous pression
00:32:23pour étaler ses fautes
00:32:24au grand jeu.
00:32:27Plus leurs investigations
00:32:29seront dures
00:32:30et rigoureuses
00:32:30plus la justice
00:32:31anglo-saxonne
00:32:32se montrera indulgente.
00:32:33C'est ce qui entraîne
00:32:35l'entreprise
00:32:36dans une logique
00:32:36de coopération
00:32:37et d'auto-dénonciation
00:32:39par l'espoir
00:32:40du meilleur accord
00:32:41financier possible.
00:32:48Dans cette logique
00:32:49on comprend mieux
00:32:50la dureté
00:32:51de l'enquête interne
00:32:52chez Airbus
00:32:52car la clémence
00:32:54des autorités judiciaires
00:32:55ne s'obtient pas
00:32:56autrement.
00:32:57Non je n'accepte pas
00:32:59de coopérer
00:32:59ça veut dire
00:33:00je vais au procès.
00:33:02Oui j'accepte
00:33:02de coopérer
00:33:03ça veut dire
00:33:03j'accepte de coopérer
00:33:04mais à 100%
00:33:05pas à 95%
00:33:07ou à 99%
00:33:07à 100%.
00:33:08Si les autorités
00:33:10constatent
00:33:11que nous avions
00:33:12un document
00:33:13et que nous ne l'avons
00:33:14pas transmis
00:33:15parce qu'il était
00:33:16dommageable
00:33:16les conséquences
00:33:17sont effroyables
00:33:18pour tout le monde
00:33:19pour l'entreprise
00:33:20pour les individus
00:33:21concernés
00:33:21et pour le cabinet
00:33:22d'avocats.
00:33:23Donc oui
00:33:24ça a un côté
00:33:25un peu
00:33:26engrenage
00:33:27mais il ne faut pas
00:33:29oublier
00:33:29que les entreprises
00:33:30aussi
00:33:31y trouvent leur compte.
00:33:33La tactique d'Harrison
00:33:35va-t-elle sauver
00:33:36ou tuer Airbus ?
00:33:38Le groupe est désormais
00:33:39obligé d'aller
00:33:40jusqu'au bout
00:33:40de ses aveux
00:33:43car au bureau
00:33:44des fraudes britanniques
00:33:45Lisa Ozovski
00:33:47attend une coopération
00:33:48sans limite.
00:33:52Ce que je regarde
00:33:54en tant que directrice
00:33:55du SFO
00:33:56c'est est-ce que
00:33:57cette entreprise
00:33:58veut vraiment coopérer ?
00:34:00Est-ce qu'elle nous donne
00:34:01des documents ?
00:34:02Nous parle-t-elle
00:34:03ouvertement ?
00:34:04Répondent-ils à nos questions ?
00:34:06Lorsque nous examinons
00:34:08les preuves
00:34:08que voyons-nous
00:34:10et quel type de réponse
00:34:11obtenons-nous d'Airbus ?
00:34:15Ainsi
00:34:15pour s'éviter
00:34:17les foudres
00:34:17de la justice américaine
00:34:18une grande entreprise
00:34:20européenne
00:34:20a préféré
00:34:21coopérer
00:34:22avec la justice britannique.
00:34:24Mais pourquoi
00:34:25ne s'est-on pas
00:34:25adressée
00:34:26à la justice française
00:34:27ou allemande ?
00:34:30Aussi étonnant
00:34:31que cela puisse paraître
00:34:32ni la France
00:34:33ni l'Allemagne
00:34:34n'ont à l'époque
00:34:35deux lois
00:34:35qui leur permettent
00:34:36ce genre de procédure
00:34:37à l'anglo-saxonne.
00:34:41Pourtant
00:34:42début 2016
00:34:43à Paris
00:34:43un palais de justice
00:34:45grand format
00:34:46est en train
00:34:46de sortir de terre
00:34:47l'emblème
00:34:48de la modernisation
00:34:49de la justice française.
00:34:52Il doit notamment
00:34:53abriter
00:34:53le parquet national
00:34:54financier
00:34:55ou PNF
00:34:56une institution
00:34:57spécialement créée
00:34:58pour traquer
00:34:59la grande délinquance
00:35:00économique
00:35:01et financière.
00:35:02A l'époque
00:35:03le PNF
00:35:04est encore
00:35:04à l'état
00:35:05embryonnaire.
00:35:06En France
00:35:07nous n'étions pas
00:35:08habitués
00:35:08à ce genre
00:35:09de pratiques
00:35:11de la part
00:35:11d'une personne morale
00:35:12d'une société.
00:35:14L'autodénonciation
00:35:16est un concept
00:35:17qui existait
00:35:18qui existe toujours
00:35:19sous droit
00:35:21anglo-saxon
00:35:22donc pratiqué
00:35:23plutôt aux Etats-Unis
00:35:24et en Angleterre.
00:35:25C'est vrai
00:35:26que dans un premier temps
00:35:26le parquet national
00:35:27financier
00:35:28a plutôt été surpris
00:35:29de cette démarche
00:35:31de la société Airbus.
00:35:33Le gouvernement
00:35:34décide donc
00:35:35de se doter
00:35:36au plus vite
00:35:36de lois pour agir.
00:35:39A la manœuvre
00:35:40Michel Sapin
00:35:41ministre de l'économie
00:35:42et des finances
00:35:42du gouvernement
00:35:43de François Hollande.
00:35:45Soucieux de combler
00:35:46ce vide juridique
00:35:47il traverse l'Atlantique
00:35:49et se rend
00:35:49au département américain
00:35:50de la justice
00:35:51pour s'informer.
00:35:54Et ce qui m'a
00:35:55beaucoup frappé
00:35:55c'est que
00:35:56allant rencontrer
00:35:57le responsable
00:35:59de la lutte
00:35:59contre la corruption
00:36:00celui qui avait condamné
00:36:03ou en tout cas
00:36:03poursuivi
00:36:04un certain nombre
00:36:05d'entreprises françaises
00:36:07je lui dis
00:36:08mais pourquoi
00:36:09est-ce que vous êtes
00:36:09si désagréable
00:36:10avec les entreprises françaises
00:36:12qu'est-ce qu'elles ont ?
00:36:13Et il me dit
00:36:14tout simplement
00:36:14vous ne faites pas le boulot
00:36:16donc je le fais.
00:36:21Fin 2016
00:36:22pour éviter
00:36:23que les entreprises françaises
00:36:25ne soient la froid
00:36:25de la justice
00:36:26de Washington
00:36:27Michel Sapin
00:36:28élabore une loi
00:36:29qui portera son nom
00:36:30la loi Sapin 2
00:36:34une loi anticorruption
00:36:35extraterritoriale
00:36:36qui permet désormais
00:36:38à une entreprise
00:36:38de négocier
00:36:39directement une amende
00:36:40en France
00:36:41avec le nouveau
00:36:42parquet national financier.
00:36:46sous la pression
00:36:47des enquêtes américaines
00:36:48les français
00:36:49vont ainsi faire
00:36:50entrer dans leurs droits
00:36:51une logique calquée
00:36:52sur le système
00:36:53anglo-saxon
00:36:54celle où on coopère
00:36:55sans retenue
00:36:56dans l'espoir
00:36:57d'un accord financier
00:37:03grâce à cette loi
00:37:04le parquet national financier
00:37:06peut enfin
00:37:06se saisir
00:37:07du dossier Airbus
00:37:08les français
00:37:09sont donc à la manœuvre
00:37:14fin 2017
00:37:16deux ans après le début
00:37:17de l'opération
00:37:18main propre
00:37:19voici donc à quoi ressemble
00:37:21le dossier judiciaire
00:37:23le Royaume-Uni
00:37:24est impliqué
00:37:25dans le dossier
00:37:25par l'autodénonciation
00:37:27d'Airbus
00:37:32la France
00:37:33se mobilise
00:37:34pour ne pas laisser
00:37:35le dossier lui échapper
00:37:39confiant dans leurs nouvelles lois
00:37:41les pouvoirs publics français
00:37:42espèrent que la bataille juridique
00:37:44qui s'annonce
00:37:45se jouera désormais
00:37:46entre Européens
00:37:51mais le département
00:37:52de la justice américain
00:37:54n'a pas dit son dernier mot
00:37:55et lance finalement
00:37:57la procédure
00:37:58que tout le monde redoutait
00:37:59en France
00:37:59et chez Airbus
00:38:02nous sommes fin 2017
00:38:04c'est un coup de tonnerre
00:38:07l'enquête interne
00:38:08l'autodénonciation
00:38:10à Londres
00:38:10et la coopération
00:38:12avec la justice française
00:38:13n'ont pas mis Airbus
00:38:15à l'abri
00:38:16c'est un ciel bien sombre
00:38:18vers lequel
00:38:19volent désormais Airbus
00:38:20le redouté département
00:38:21de la justice américain
00:38:22lance une procédure judiciaire
00:38:24contre l'avionneur européen
00:38:26l'entrée en piste
00:38:27de la justice américaine
00:38:29signifie un changement
00:38:30d'échelle
00:38:31les locaux d'Airbus
00:38:33avaient déjà connu
00:38:33l'irruption d'enquêteurs
00:38:35chargés de l'opération
00:38:36en main propre
00:38:37deux ans plus tard
00:38:38ils sont de nouveau
00:38:39la cible de plus d'une centaine
00:38:41d'avocats
00:38:42et de juristes
00:38:48le service commercial
00:38:49puis tous les services
00:38:51sont une nouvelle fois
00:38:52passés au crible
00:38:54les dossiers internes
00:38:55sont épluchés
00:38:56à part
00:38:58en France
00:38:59on ne redoute plus seulement
00:39:00la fuite occulte
00:39:01de quelques données
00:39:01confidentielles
00:39:02on craint maintenant
00:39:04d'être obligé
00:39:04de livrer directement
00:39:06et officiellement
00:39:07des millions de documents
00:39:08à la justice américaine
00:39:11documents qui peuvent contenir
00:39:13des secrets commerciaux
00:39:14industriels
00:39:16et militaires
00:39:16d'Airbus
00:39:25c'est l'épreuve du feu
00:39:26pour le parquet national financier
00:39:29comment faire face à ce risque
00:39:31les procureurs cherchent
00:39:34consulte
00:39:37comment imposer des règles
00:39:38au département américain
00:39:39de la justice
00:39:40comment cantonner
00:39:41ces enquêteurs
00:39:42sans fâcher Washington
00:39:44au PNF
00:39:45une équipe
00:39:46de quelques personnes seulement
00:39:47doit jouer une partie
00:39:48aux enjeux écrasants
00:39:50c'est vrai qu'Airbus
00:39:54intervient
00:39:54sur des secteurs militaires
00:39:56donc là on peut penser
00:39:57à du secret défense
00:39:58à des questions
00:39:59qui touchent
00:39:59effectivement
00:40:00à la confidentialité
00:40:02de la défense nationale
00:40:03mais tout l'aspect économique
00:40:06est évidemment sensible aussi
00:40:09nous n'étions pas dupes
00:40:11avec les autorités américaines
00:40:12nous savions que nous avions affaire
00:40:14à un concurrent
00:40:16Airbus évidemment
00:40:17c'est européen
00:40:19c'est français
00:40:19derrière
00:40:20et un peu plus loin
00:40:21il y a Boeing
00:40:22et donc la tentation
00:40:23pouvait être grande
00:40:25de la part des autorités américaines
00:40:26de se saisir de cette occasion
00:40:29pour aller voir
00:40:30ce qui se passe
00:40:30à l'intérieur
00:40:31des comptes
00:40:32notamment
00:40:33de la société Airbus
00:40:35Si le risque
00:40:37de transfert massif
00:40:38des données sensibles
00:40:39paraît circonscrit
00:40:40l'action du département américain
00:40:42de la justice
00:40:43s'accompagne
00:40:44d'une autre crainte
00:40:45tout aussi sérieuse
00:40:47Si Airbus
00:40:49devait être sanctionné
00:40:50la justice américaine
00:40:51mandaterait aussi
00:40:52au sein du groupe
00:40:53un agent spécial
00:40:55chargé de surveiller
00:40:56en permanence
00:40:56l'entreprise
00:40:58Les anglo-saxons
00:40:59appellent cela
00:41:00un moniteur
00:41:06Cette personne
00:41:08qui s'installe
00:41:08dans des entreprises
00:41:09poursuivies
00:41:10par la justice américaine
00:41:11a accès
00:41:12à tous les documents
00:41:13et peut surveiller
00:41:14les faits et gestes
00:41:15des employés
00:41:18En France
00:41:19le rôle du moniteur
00:41:21est donc perçu
00:41:22d'une manière
00:41:22radicalement différente
00:41:27C'est-à-dire que vous aviez
00:41:28excusez-moi du terme
00:41:29mais un espion dans la place
00:41:31On appelle ça un contrôleur
00:41:33mais à partir du moment
00:41:33il sait tout ce qui se passe
00:41:34dans l'entreprise
00:41:35moi j'appelle ça
00:41:36le espionnage
00:41:37C'est un œil étranger
00:41:39qui à un moment donné
00:41:41peut être tenté
00:41:43de s'accaparer
00:41:44non pas pour soi-même
00:41:45mais pour des tiers
00:41:47des informations sensibles
00:41:48et donc c'est ce danger
00:41:50potentiel
00:41:50je ne dis pas
00:41:51qu'il est avéré
00:41:52systématiquement
00:41:52mais en tout cas
00:41:53ce danger potentiel
00:41:54doit pouvoir être écarté
00:41:58Pour écarter
00:41:59cet œil étranger
00:42:00les autorités françaises
00:42:02ont imaginé
00:42:02une nouvelle parade
00:42:03Ils imposeront
00:42:05que le moniteur
00:42:06soit français
00:42:07et qu'il rende compte
00:42:08uniquement
00:42:09à une autorité française
00:42:10Les documents
00:42:11qu'il collectera
00:42:12seront contrôlés
00:42:14avant d'être envoyés
00:42:15aux Etats-Unis
00:42:15filtrés par une nouvelle
00:42:17agence nationale
00:42:18anticorruption
00:42:19Son symbole
00:42:20un coq
00:42:21terrassant un serpent
00:42:24Le PNF a réussi
00:42:26à imposer
00:42:27aux deux autres partenaires
00:42:29britanniques
00:42:29et américains
00:42:30l'existence
00:42:32d'une seule
00:42:32agence
00:42:35suivant
00:42:35le programme
00:42:36de conformité
00:42:36Et les Etats-Unis
00:42:38qui d'habitude
00:42:39nommaient le moniteur
00:42:41ont juste pris en compte
00:42:43la réalité nouvelle
00:42:44le moniteur
00:42:45chez Airbus
00:42:46ils rencontrent
00:42:47à une autorité française
00:42:48et seulement
00:42:49à une autorité française
00:42:55Face à la justice américaine
00:42:57les français
00:42:58ont ainsi la conviction
00:42:59d'avoir mis en place
00:43:00toutes les lignes
00:43:01de défense
00:43:02nécessaires
00:43:02pour protéger
00:43:03Airbus
00:43:04et ses précieuses données
00:43:12Chez Airbus
00:43:12la question
00:43:13est maintenant
00:43:13de savoir
00:43:14si l'étendue
00:43:15de la corruption
00:43:15et le montant
00:43:16des amendes
00:43:17risque d'être
00:43:18fatale
00:43:18à l'entreprise
00:43:20La télévision allemande
00:43:22cite une lettre
00:43:23du grand patron
00:43:23Tom Enders
00:43:25à ses employés
00:43:27Der neue Brief
00:43:28jetzt bereitet
00:43:29die Belegschaft
00:43:30auf eine turbulente Zeit
00:43:31vor
00:43:32Airbus-Chef
00:43:33Thomas Enders
00:43:33schreibt
00:43:34es drohten
00:43:34möglicherweise
00:43:35schwere Konsequenzen
00:43:36und erhebliche
00:43:37Geldstrafen
00:43:38Die Airbus-Spitze
00:43:40hofft nun
00:43:40auf die Unterstützung
00:43:41durch die Mitarbeiter
00:43:42Der Konzern
00:43:43richte sich mittlerweile
00:43:44nach strengen
00:43:45Verhaltensregeln
00:43:46Die Belegschaft
00:43:47wurde gestern
00:43:47von dem Brief
00:43:48überrascht
00:43:49Gewerkschafter
00:43:50befürchten
00:43:50dass im Falle
00:43:51möglicher
00:43:51Strafzahlungen
00:43:52auf die Mitarbeiter
00:43:53wirtschaftliche
00:43:54Konsequenzen
00:43:57La pression
00:43:58augmente
00:43:58à mesure
00:43:59que les enquêtes
00:44:00menées de front
00:44:00par les Anglais
00:44:01les Français
00:44:02et les Américains
00:44:03progressent
00:44:05Dans les documents
00:44:06des procureurs
00:44:07les soupçons
00:44:08de corruption
00:44:08se confirment
00:44:09et les preuves
00:44:11s'accumulent
00:44:12Le député américain
00:44:14qui avait émis
00:44:14publiquement
00:44:15les premiers soupçons
00:44:16avait visé juste
00:44:19Je n'étais pas un prophète
00:44:21mais j'ai vu
00:44:22ce qui se passait
00:44:23La corruption
00:44:24était un phénomène
00:44:25culturel
00:44:26chez Airbus
00:44:27même si la société
00:44:29avait des procédures
00:44:30en place
00:44:31Bien sûr
00:44:32c'était très sérieux
00:44:33Rappelez-vous
00:44:34il s'agit de corruption
00:44:35à l'échelle internationale
00:44:37donc d'un crime
00:44:38très grave
00:44:38et de haut niveau
00:44:39Et puis nous regardons
00:44:41aussi quel était
00:44:42l'avantage financier
00:44:43pour Airbus
00:44:43de se conduire
00:44:44de cette manière
00:44:45pendant de nombreuses années
00:44:46Mais les profits
00:44:48engrangés par Airbus
00:44:49à la faveur
00:44:50de ses affaires illicites
00:44:51sont tels
00:44:51que la sanction
00:44:53promet d'être
00:44:53monumentale
00:44:55Sur l'entreprise
00:44:57pèse la menace
00:44:57d'une amende
00:44:58maximum
00:44:58de 18 milliards d'euros
00:45:01soit 30%
00:45:02de son chiffre d'affaires
00:45:03De quoi déstabiliser
00:45:05Airbus
00:45:06pour de nombreuses années
00:45:12Conséquence
00:45:12le service commercial
00:45:14le fameux SMO
00:45:16autrefois admiré
00:45:17pour ses coûts spectaculaires
00:45:18est carrément liquidé
00:45:21Les démissions
00:45:22et les départs
00:45:23s'enchaînent
00:45:23jusqu'à la tête
00:45:24de l'entreprise
00:45:27Et le 10 avril 2019
00:45:29le grand patron
00:45:31Tom Enders
00:45:31doit même se retirer
00:45:33A défaut de sauver son poste
00:45:35Il déclare
00:45:36L'homme qui avait décidé
00:45:43de lancer l'enquête interne
00:45:44et de plaider coupable
00:45:45en Europe
00:45:46est emporté
00:45:47par le mouvement
00:45:48qu'il avait lui-même initié
00:45:54Airbus se décapite
00:45:56et se vide
00:45:57d'une partie
00:45:57de ses forces
00:45:59Ce sont des manœuvres
00:46:00de dernière minute
00:46:01à l'approche
00:46:02d'une grande négociation
00:46:03avec les autorités judiciaires
00:46:0831 janvier 2020
00:46:10jour de l'audience
00:46:11Une audience hors normes
00:46:13qui va dévoiler
00:46:14les termes
00:46:14de l'accord judiciaire
00:46:16A cheval sur trois pays
00:46:18elle se tient simultanément
00:46:20à Paris
00:46:20Londres
00:46:21et Washington
00:46:24Alors que l'amende
00:46:25pouvait atteindre
00:46:2618 milliards d'euros
00:46:27elle s'élève finalement
00:46:29à environ 3,6 milliards
00:46:30grâce à la coopération
00:46:32d'Airbus
00:46:32La France récupère
00:46:34la majorité de l'amende
00:46:35plus de 2 milliards d'euros
00:46:37L'Angleterre reçoit
00:46:39presque 1 milliard
00:46:39et les Etats-Unis
00:46:41plus de 500 millions
00:46:44Airbus évite ainsi le procès
00:46:47Là j'ai poussé un soupir
00:46:49pour Airbus
00:46:49Moi je me suis réjoui
00:46:51je me suis vraiment réjoui
00:46:52d'une amende
00:46:53qui est assez raisonnable
00:46:54relativement raisonnable
00:46:57Donc c'est une réussite
00:46:58parce que ça nous a permis
00:47:00ça a permis à la France
00:47:01de retrouver
00:47:02sa souveraineté judiciaire
00:47:03Nous avons été respectés
00:47:05par les autres
00:47:06et nous avons protégé
00:47:08l'entreprise française
00:47:10tout en étant sévère
00:47:12du point de vue
00:47:13des amendes
00:47:14et des décisions
00:47:15qui ont été prises
00:47:15vis-à-vis d'elle
00:47:22Chez Airbus
00:47:23on peut enfin respirer
00:47:25se concentrer
00:47:26sur les métiers
00:47:27de l'aéronautique
00:47:28faire voler des avions
00:47:30des hélicoptères
00:47:32et espérer tourner
00:47:34au plus vite
00:47:34ces pages sombres
00:47:38Mais alors que l'affaire
00:47:39semble définitivement réglée
00:47:42les services de renseignement
00:47:43français sont préoccupés
00:47:45par un détail
00:47:46qui est passé inaperçu
00:47:47dans les médias
00:47:55Ils s'aperçoivent
00:47:56que dans l'accord judiciaire
00:47:57signé par Airbus
00:47:58les Etats-Unis
00:48:00avaient aussi imposé
00:48:01un deuxième moniteur
00:48:02au sein du groupe européen
00:48:06qui n'était pas envoyé
00:48:08par la France cette fois
00:48:10mais par les Etats-Unis
00:48:15Airbus
00:48:16ce sont aussi
00:48:17des matériels militaires
00:48:18vendus dans le monde
00:48:19des missiles
00:48:20des hélicoptères
00:48:22des avions de chasse
00:48:24Or dans ces engins
00:48:25il y a des composants
00:48:28américains
00:48:29Voilà ce qui donne
00:48:30aux Etats-Unis
00:48:31encore
00:48:31un droit de regard
00:48:33particulier
00:48:33Car tous ces matériels
00:48:35sont soumis
00:48:36à une réglementation
00:48:37américaine
00:48:37appelée ITAR
00:48:39ITAR impose
00:48:40que toute vente
00:48:41d'équipements militaires
00:48:42contenant la moindre
00:48:44pièce détachée américaine
00:48:45doit être déclarée
00:48:47et approuvée
00:48:48par les Etats-Unis
00:48:49une façon pour Washington
00:48:51de surveiller
00:48:52la dissémination
00:48:53de sa technologie
00:48:58Les autorités américaines
00:49:00veulent tous avoir
00:49:01des contrats de vente
00:49:02mais aussi
00:49:03de la filière commerciale
00:49:04mise en place
00:49:05entre le fournisseur
00:49:06et son client
00:49:08Seulement voilà
00:49:10Airbus a exporté
00:49:11ses engins
00:49:12sans respecter
00:49:12intégralement
00:49:13cette procédure
00:49:17La société Airbus
00:49:18n'était pas
00:49:19tout à fait au carré
00:49:21au regard
00:49:22des obligations
00:49:23déclaratives
00:49:24qu'elle levait faire
00:49:24au départ de mon Etat
00:49:26Donc
00:49:27deux options
00:49:30continuer
00:49:30à ne rien faire
00:49:31et le risque
00:49:32c'est de perdre
00:49:34l'autorisation
00:49:35de continuer
00:49:36à commercialiser
00:49:37des produits
00:49:38et perdre des licences
00:49:39et l'autre alternative
00:49:40c'est tout simplement
00:49:41d'aller voir
00:49:41l'autorité
00:49:42vis-à-vis de laquelle
00:49:44l'entreprise est tenue
00:49:45de faire ses déclarations
00:49:46et de régulariser
00:49:47les déclarations
00:49:48c'est ce qu'a choisi
00:49:48de faire la société Airbus
00:49:55Quelques mois après Londres
00:49:57pris dans l'engrenage
00:49:58de l'autodénonciation
00:49:59les dirigeants d'Airbus
00:50:01s'étaient rendus
00:50:02à Washington
00:50:02pour y confesser
00:50:03de nouveaux manquements
00:50:09Le résultat n'a pas tardé
00:50:12Un moniteur américain
00:50:14chez Airbus
00:50:18Pour le procureur
00:50:20et l'avocat d'Airbus
00:50:21ce moniteur
00:50:22n'est pas un problème
00:50:23Alors là
00:50:24c'est un volet particulier
00:50:27puisque là
00:50:28je dirais
00:50:29compte tenu
00:50:29de la réglementation
00:50:31américaine
00:50:31il n'a pas pu être possible
00:50:32de l'exclure
00:50:35mais je dirais
00:50:36c'est un volet
00:50:37qui est quand même
00:50:37très limité
00:50:38puisque le volet AITAR
00:50:40par définition
00:50:41est largement résiduel
00:50:43par rapport au reste
00:50:44Le moniteur
00:50:45peut demander
00:50:46et avoir accès
00:50:47à beaucoup de choses
00:50:48Nous regardons
00:50:49les documents
00:50:50qui lui sont transmis
00:50:51à l'avance
00:50:52pour savoir
00:50:52s'ils peuvent
00:50:53lui être transmis
00:50:54Donc rien n'est transmis
00:50:55au moniteur
00:50:55de sensible
00:50:57sans que ça ait été
00:50:57examiné au préalable
00:50:58par la sécurité d'Airbus
00:51:00et les conseils d'Airbus
00:51:05Ainsi
00:51:05après des années
00:51:07de batailles judiciaires
00:51:08de pression
00:51:09d'aveuglement
00:51:11de soupçons
00:51:11de coups bas
00:51:12de fautes avouées
00:51:14et chèrement payées
00:51:15Airbus a tant bien
00:51:16que mal traversé
00:51:17les turbulences
00:51:19Contrairement à Technip
00:51:21ou Alstom
00:51:22Airbus n'a pas été
00:51:23vendu ou démantelé
00:51:24En 2021
00:51:26le groupe a même vendu
00:51:27davantage d'avions
00:51:28que Boeing
00:51:31Mais à l'avenir
00:51:33quel droit
00:51:33s'imposera
00:51:34sur le marché
00:51:34international
00:51:38Car l'affaire Airbus
00:51:39est aussi
00:51:40l'histoire
00:51:41d'un engrenage
00:51:43Un emballement
00:51:44qui peut contraindre
00:51:45à livrer
00:51:45tous ses secrets
00:51:46en s'accusant
00:51:47soi-même
00:51:50Un glissement
00:51:51vertigineux
00:51:52vers un changement
00:51:53d'époque
00:51:57Pour preuve
00:51:58les autorités
00:51:59de Pékin
00:51:59ont annoncé
00:52:00en mai 2020
00:52:01qu'elles mettraient
00:52:02bientôt en place
00:52:02leur première loi
00:52:04extraterritoriale
00:52:05C'est à nouveau
00:52:06tournant
00:52:07dans la mondialisation
00:52:08La Chine
00:52:09s'apprête à son tour
00:52:10à imposer ses lois
00:52:11par-delà ses frontières
00:52:14comme les Etats-Unis
00:52:15d'Amérique
00:52:16C'est normal
00:52:17Ils ont vu
00:52:17que les Américains
00:52:18ça marchait
00:52:19Ils auraient tort
00:52:20de ne pas le faire aussi
00:52:20Donc
00:52:21le problème
00:52:22il est là
00:52:22c'est que
00:52:23l'Europe
00:52:23va être prise en étau
00:52:25entre les amis
00:52:26américains
00:52:27et puis
00:52:27nos amis chinois
00:52:31Empire contre Empire
00:52:33Droit contre droit
00:52:36L'aigle face aux dragons
00:52:40Face à la puissance américaine
00:52:43voici la nouvelle puissance chinoise
00:52:46Elle appliquera aussi
00:52:48son droit extraterritorial
00:52:49sa propre règle du jeu
00:52:51contre tous ses concurrents
00:52:56Après les pays anglo-saxons
00:52:58et la Chine
00:52:58l'Europe finira-t-elle
00:53:00par se doter
00:53:01de ses propres armes
00:53:02pour défendre ses intérêts
00:53:05A cet égard
00:53:06la bataille d'Airbus
00:53:08est un signal d'alarme
00:53:32La bataille d'Airbus
00:53:34Tel était donc
00:53:35le titre
00:53:35de ce documentaire
00:53:37où comment
00:53:37l'extraterritorialité
00:53:39du droit américain
00:53:40devient
00:53:40le bras armé
00:53:41de la guerre économique
00:53:42que nous livrent
00:53:43les Etats-Unis
00:53:44Quelles leçons
00:53:45a-t-on tiré
00:53:45de ce type d'affaires
00:53:46Nous allons
00:53:47y revenir maintenant
00:53:48avec nos invités
00:53:49présents aujourd'hui
00:53:50sur ce plateau
00:53:51de Debattoc
00:53:52le co-réalisateur
00:53:53de ce film
00:53:54est tout d'abord
00:53:55avec nous
00:53:55Bienvenue à vous
00:53:57Alexandre Lorette
00:53:58Vous êtes dessinateur
00:53:59et analyste
00:54:00en intelligence économique
00:54:01C'est tout simplement
00:54:02de l'espionnage économique
00:54:03d'ailleurs
00:54:04l'intelligence économique
00:54:05Vous avez donc
00:54:05co-réalisé ce film
00:54:07avec votre compère
00:54:08David Jandreau
00:54:09avec qui vous aviez
00:54:11déjà commis
00:54:11un autre documentaire
00:54:13Il s'intitulait
00:54:13Guerre fantôme
00:54:14La vente d'Alstom
00:54:15à Général Electric
00:54:16Il en a été
00:54:17assez fortement question
00:54:18dans ce film
00:54:19puisqu'il touche
00:54:20au même thème
00:54:20en réalité
00:54:21On va y revenir
00:54:21et nous avions eu
00:54:22le plaisir
00:54:23d'ailleurs
00:54:23de présenter
00:54:24en exclusivité
00:54:25votre film
00:54:27dans cette même émission
00:54:28à l'époque
00:54:29qui avait déclenché
00:54:30la commission parlementaire
00:54:32sur l'affaire Alstom
00:54:33d'Olivier Marlex
00:54:34Absolument
00:54:35Une commission d'enquête
00:54:35avait été déclenchée
00:54:36comme vous venez de le dire
00:54:38après la diffusion
00:54:39de ce film
00:54:40dans cette émission
00:54:41Claude Revelle
00:54:42est également avec nous
00:54:43Bienvenue
00:54:43Vous êtes une ancienne
00:54:45haute fonctionnaire
00:54:46spécialiste
00:54:47de l'intelligence stratégique
00:54:48internationale
00:54:49et de l'influence
00:54:50Vous étiez déléguée
00:54:51interministérielle
00:54:52à l'intelligence économique
00:54:54auprès du Premier ministre
00:54:55entre 2013 et 2015
00:54:57Autrement dit
00:54:58d'abord avec Jean-Marc Ayrault
00:54:59à Matignon
00:55:00puis ensuite avec
00:55:01Manuel Valls
00:55:01et le tout sous la présidence
00:55:03bien sûr
00:55:03de François Hollande
00:55:04Et puis enfin
00:55:05Ali Laïdi
00:55:06est avec nous
00:55:07Bienvenue à vous
00:55:08Vous êtes journaliste
00:55:09chercheur spécialisé
00:55:10dans la guerre économique
00:55:12On vous a vu témoigner
00:55:13dans ce film
00:55:14à l'instant
00:55:15Vous êtes l'auteur
00:55:17de Le droit
00:55:18Nouvelle arme
00:55:18de la guerre économique
00:55:19Comment les Etats-Unis
00:55:21déstabilisent
00:55:22les entreprises européennes
00:55:24C'est un ouvrage
00:55:24qui est disponible
00:55:25chez Actes Sud
00:55:26et nous sommes évidemment
00:55:27pile poil
00:55:27dans le sujet
00:55:28dont nous avons décidé
00:55:29de parler
00:55:30après votre film
00:55:31L'extraterritorialité
00:55:33du droit américain
00:55:35c'est vraiment au centre
00:55:36C'est au cœur
00:55:38C'était déjà au cœur
00:55:39du documentaire
00:55:40que vous avez fait
00:55:40à propos de l'Alstom
00:55:41et c'est à cause
00:55:44de ce droit
00:55:45que la branche énergie
00:55:46d'Alstom
00:55:46était passée
00:55:47sous drapeau américain
00:55:48d'ailleurs
00:55:49C'est ce que vous nous racontez
00:55:50aussi dans ce film
00:55:51Il faut peut-être
00:55:52que vous venez l'expliquer
00:55:53très concrètement
00:55:54très simplement
00:55:55ce droit américain
00:55:56en la matière
00:55:56Oui alors c'est ce qu'on appelle
00:55:58l'extraterritorialité
00:55:59du droit américain
00:56:01En deux mots
00:56:02quel est ce concept
00:56:03un peu barbare
00:56:04c'est lorsqu'un pays
00:56:05décide de faire appliquer
00:56:06ses lois
00:56:07ses lois
00:56:08normalement
00:56:08qui s'appliquent
00:56:09à ses propres citoyens
00:56:10et à les appliquer
00:56:11en dehors de ses frontières
00:56:12C'est comme si
00:56:13les lois françaises
00:56:14tout à coup
00:56:14pouvaient s'appliquer
00:56:15à des individus
00:56:17ou des entreprises
00:56:18japonaises
00:56:19et bien ce serait
00:56:19de l'extraterritorialité
00:56:21Le problème
00:56:22qui est posé
00:56:23en termes de guerre économique
00:56:24et de conflit économique
00:56:26par ce détournement
00:56:29du droit
00:56:29parce que ça pose
00:56:30beaucoup de questions
00:56:30en termes de droit international
00:56:32on peut tout à fait parler
00:56:33certains
00:56:33y compris des députés
00:56:35par le passé
00:56:36ont parlé
00:56:36d'impérialisme juridique
00:56:37parce que quand vous commencez
00:56:38à déborder de vos frontières
00:56:40pour appliquer vos lois
00:56:41aux autres
00:56:42ça ressemble un petit peu
00:56:43à de l'impérialisme
00:56:44on peut parler
00:56:44d'ingérence étrangère
00:56:45également
00:56:47C'est une manière
00:56:48de voir les choses
00:56:48effectivement
00:56:48C'est une manière
00:56:49y compris par la classe politique
00:56:52qui a fait du chemin
00:56:53sur ce sujet
00:56:54et qui partage
00:56:55de plus en plus
00:56:55ce diagnostic
00:56:56et donc
00:56:58cette extraterritorialité
00:56:59elle pose problème
00:57:00parce que les américains
00:57:01en ont usé
00:57:02et abusé
00:57:03pendant toute la décennie 2010
00:57:06pour instrumentaliser
00:57:07des conflits juridiques
00:57:09contre des entreprises françaises
00:57:10et souvent
00:57:12les déstabiliser
00:57:13les affaiblir
00:57:14et dans le cas d'Alstom
00:57:15carrément les racheter
00:57:16ou les absorber
00:57:17ce qui pose plein de problèmes
00:57:18de souveraineté
00:57:19par la suite
00:57:20pour la France
00:57:20Et très concrètement
00:57:21quiconque paye en dollars
00:57:22aujourd'hui
00:57:23paye en dollars
00:57:25peut tomber
00:57:25sous le coup de cette loi
00:57:27Mais ça va plus loin
00:57:28c'est pas seulement payé en dollars
00:57:29c'est ce qu'on appelle
00:57:30le nexus
00:57:31pour relier le cas
00:57:32à l'administration
00:57:33et aux droits américains
00:57:34si vous utilisez
00:57:36une plateforme de mail
00:57:37qui appartient à des américains
00:57:39que vous envoyez un mail
00:57:40sur une plateforme américaine
00:57:42vous pouvez être tombé
00:57:44dans l'escarcelle
00:57:44de cette extraterritorialité
00:57:46ça va loin
00:57:47On mesure
00:57:48ça va loin
00:57:49comme vous dites
00:57:49on mesure la puissance
00:57:51de ce droit
00:57:53qu'est-ce que vous pouvez en dire vous ?
00:57:55C'est vrai qu'un lien ténu
00:57:57suffit à déclencher
00:57:58la loi américaine
00:57:59Ce que je veux dire aussi
00:58:00c'est qu'il n'y a pas qu'eux
00:58:01qui font
00:58:02je ne veux pas les défendre
00:58:03mais il n'y a pas qu'eux
00:58:04qui font de l'extraterritorialité
00:58:05notre RGPD européen
00:58:07il est extraterritorial aussi
00:58:08c'était une parenthèse
00:58:10J'ai lu ici ou là
00:58:12que finalement
00:58:12les européens
00:58:13avaient réagi très tardivement
00:58:16face au phénomène observé
00:58:18à travers le CAIR bus
00:58:19dans ce film
00:58:20on a bien compris
00:58:21qu'il y a des entreprises françaises
00:58:23qui sont passées
00:58:23sous drapeau américain
00:58:24tout simplement
00:58:25avec l'exercice
00:58:26de ce droit
00:58:26avec des peines
00:58:29des indemnités
00:58:31très fortes à payer
00:58:32qui affaiblissent
00:58:32les entreprises
00:58:33et du coup
00:58:34ce sont souvent
00:58:35des entreprises américaines
00:58:37qui rachètent
00:58:38ces entreprises affaiblies
00:58:40Vous avez raison
00:58:40il y a plusieurs conséquences
00:58:41de cette extraterritorialité
00:58:42il y a ce que vous dites
00:58:43les amendes
00:58:44souvent très fortes
00:58:44qui pénalisent
00:58:46les entreprises
00:58:46il y a l'accès à l'information
00:58:49puisque en mettant en place
00:58:50ce qu'on appellera des moniteurs
00:58:51on y reviendra peut-être
00:58:52c'est-à-dire des gens
00:58:53qui rapportent
00:58:54à l'exécutif
00:58:55au juge
00:58:57tout ce qu'ils peuvent trouver
00:58:58comme informations
00:58:59bon bref
00:59:00donc accès à des informations
00:59:02potentiellement très sensibles
00:59:03de l'entreprise
00:59:03troisièmement
00:59:04déstabilisation
00:59:06potentielle
00:59:07et quatrièmement
00:59:08une conséquence
00:59:09un peu plus collective
00:59:10c'est-à-dire que
00:59:10ça va avoir une influence
00:59:12sur notre droit
00:59:13la loi
00:59:13la fameuse loi Sapin
00:59:16utilise un peu
00:59:17des formules
00:59:18du droit américain
00:59:18donc on a été influencé
00:59:20par la même
00:59:20par le droit américain
00:59:21vous voyez beaucoup de conséquences
00:59:23de cette extraterritorialité
00:59:24oui
00:59:25moi je ne vais pas rajouter
00:59:27grand chose
00:59:27sur la définition
00:59:28simplement
00:59:29je vais essayer
00:59:31de dater
00:59:32pourquoi les américains
00:59:33tout à coup
00:59:34se sont mis
00:59:34à sanctionner
00:59:36les entreprises étrangères
00:59:37en particulier
00:59:38qui a activé
00:59:39ce droit
00:59:39non
00:59:41ce qui est important
00:59:42c'est que
00:59:43la loi qui a frappé Airbus
00:59:45c'est le FCP
00:59:45une loi qui lutte
00:59:47contre la corruption
00:59:47elle date de 77
00:59:49les lois
00:59:50contre les embargos
00:59:52c'est les lois
00:59:53de 1996
00:59:54sur Cuba
00:59:55et également
00:59:57d'un autre côté
00:59:58sur
00:59:58la Syrie
01:00:00et l'Iran
01:00:00et ces deux lois
01:00:02datent de 96
01:00:03Bill Clinton
01:00:04était contre
01:00:04notamment
01:00:05sur
01:00:06la loi
01:00:07concernant
01:00:08l'embargo
01:00:08sur Cuba
01:00:09qu'est-ce qui se passe
01:00:10pourquoi
01:00:10les premières sanctions
01:00:12arrivent en 2002
01:00:13parce qu'en 2001
01:00:15il y a eu les attaques
01:00:16contre
01:00:16les New York
01:00:18les Tours
01:00:18et Washington
01:00:19et à ce moment-là
01:00:20les américains se disent
01:00:22pour lutter
01:00:22contre le terrorisme
01:00:24il faut lutter
01:00:24contre l'argent sale
01:00:26or
01:00:26où va l'argent sale
01:00:27par où elle passe
01:00:28cet argent
01:00:29par la violation
01:00:30des embargos
01:00:31et par la corruption
01:00:32et donc
01:00:33tout à coup
01:00:34ils se disent
01:00:34mais on a les instruments
01:00:36administratifs
01:00:37pour agir
01:00:38et donc
01:00:38ils vont utiliser
01:00:39ces instruments
01:00:41ces outils
01:00:42administratifs
01:00:42pour agir
01:00:43contre les entreprises
01:00:44mais l'objectif
01:00:45final
01:00:46c'est pas de les taxer
01:00:47c'est vrai
01:00:48qu'il y a eu
01:00:48BNP à 9 milliards
01:00:50c'est énorme
01:00:50mais pas sur la corruption
01:00:52BNP c'est sur
01:00:53un autre volet
01:00:53sur les embargos
01:00:54et bien
01:00:55l'objectif
01:00:56c'est d'obtenir
01:00:57de l'information stratégique
01:00:58économique
01:00:59alors c'est le deuxième volet
01:01:01qu'on découvre
01:01:02dans ce documentaire
01:01:03c'est ce que moi
01:01:03j'appelle
01:01:04l'espionnage économique
01:01:06et vous venez
01:01:07de le dire
01:01:09tout à l'heure
01:01:09c'est vrai que ça permet
01:01:10a priori
01:01:11de récolter
01:01:12un certain nombre
01:01:13d'informations économiques
01:01:14et ça c'est tout de même
01:01:16le volet
01:01:17qui pose le plus
01:01:18de problèmes
01:01:18et qui inquiète le plus
01:01:20les services de renseignement
01:01:22par exemple
01:01:22oui bien sûr
01:01:23et puis ce qui est
01:01:24un petit peu
01:01:25génial
01:01:25d'une certaine manière
01:01:26c'est que ça s'habille
01:01:27sous les oripeaux
01:01:28du droit
01:01:29de la procédure
01:01:31sous couvert de lutte
01:01:32contre la corruption
01:01:33comme on veut dire
01:01:33personne
01:01:35ne va s'opposer
01:01:37à lutter contre la corruption
01:01:38c'est évidemment
01:01:38une cause
01:01:40extrêmement défendable
01:01:40mais le problème
01:01:41c'est que la façon
01:01:42dont fonctionne
01:01:43la procédure d'enquête
01:01:45des américains
01:01:46en elle-même
01:01:46elle est extrêmement
01:01:47intrusive
01:01:48c'est une forme
01:01:48d'auto-accusation
01:01:50c'est un petit peu
01:01:50un engrenage
01:01:51et si les américains
01:01:52viennent vous voir
01:01:53en vous expliquant
01:01:54qu'ils ont des soupçons
01:01:55de corruption
01:01:56pour votre entreprise
01:01:57vous avez deux solutions
01:01:58soit vous ne coopérez pas
01:01:59vous leur dites
01:02:00ça ne vous regarde pas
01:02:01vous êtes américain
01:02:02vous n'avez rien à voir
01:02:03avec la choucroute
01:02:03c'est une affaire franco-française
01:02:05mais à ce moment-là
01:02:06vous finissez comme Alstom
01:02:07parce qu'Alstom
01:02:08a refusé de coopérer
01:02:09là vous avez des cadres
01:02:10qui se font arrêter
01:02:12vous devez faire
01:02:13un plaidé coupable
01:02:13vous avez une amende
01:02:14qui déstabilise tellement
01:02:15votre groupe
01:02:16qu'il y a des risques
01:02:17carrément
01:02:18de vous faire racheter
01:02:19et puis au final
01:02:20il y a une partie d'Alstom
01:02:22qui sera récupérée
01:02:23par les américains
01:02:24c'est ça
01:02:25mais il y a des informations
01:02:26concernant Alstom
01:02:27qui sont passées
01:02:27très clairement
01:02:28du côté américain
01:02:29sur la branche nucléaire-civil
01:02:31par exemple
01:02:31et c'est ça le problème
01:02:32c'est que
01:02:33toutes ces entreprises
01:02:34Alstom
01:02:35BNP
01:02:36Société Générale
01:02:37etc.
01:02:38ont violé
01:02:38la loi française
01:02:39il y a une loi française
01:02:41que les américains
01:02:42ont baptisé
01:02:42la loi de blocage
01:02:4368
01:02:44qui interdit
01:02:46aux entreprises françaises
01:02:48de livrer
01:02:48des informations
01:02:49sans passer par le cadal
01:02:51du ministère des affaires étrangères
01:02:53donc de la diplomatie
01:02:54et du ministère de la justice
01:02:55or dans ces affaires-là
01:02:57Airbus
01:02:58Alstom
01:02:58etc.
01:02:59des milliers d'informations
01:03:01sont allées
01:03:02directement
01:03:03aux américains
01:03:04et personne
01:03:05dans l'appareil d'état
01:03:07n'a soulevé
01:03:08ce fameux article 40
01:03:10lorsqu'il y a
01:03:11une violation de la loi
01:03:12tout fonctionnaire
01:03:13se doit
01:03:13de soulever
01:03:14l'article 40
01:03:15et personne
01:03:16n'a poursuivi
01:03:16ces entreprises françaises
01:03:17Les interlocuteurs
01:03:18que vous avez rencontrées
01:03:19dans votre film
01:03:19concernant Airbus
01:03:20certifient
01:03:21qu'aucune information sensible
01:03:23n'a été transmise
01:03:23aux américains
01:03:24durant toute la procédure
01:03:25qu'on a suivie
01:03:27de très près
01:03:28dans ce film
01:03:29vous n'y croyez pas ?
01:03:30L'autorité judiciaire française
01:03:32le parquet national financier
01:03:33qui a mené l'enquête
01:03:34contre Airbus
01:03:35mais qui était là aussi
01:03:36en fait pour protéger
01:03:37un petit peu Airbus
01:03:38face aux américains
01:03:39c'est la fameuse muraille
01:03:40qu'on voit dans le film
01:03:41eux nous certifient
01:03:43qu'effectivement
01:03:44ils ont filtré
01:03:45jusqu'à 80 millions
01:03:46de documents
01:03:46à eux seuls
01:03:4780 millions de documents
01:03:49Bon effectivement
01:03:49on peut émettre
01:03:51quelques doutes raisonnables
01:03:52sachant qu'il devait être
01:03:533 ou 4 personnes
01:03:54et encore pas
01:03:55à plein temps
01:03:55sur le dossier
01:03:56donc effectivement
01:03:57on se permet d'en douter
01:03:59surtout qu'il y a eu
01:04:00toutes ces équivoques
01:04:00avec tous ces avocats américains
01:04:02qui sont restés
01:04:02à l'intérieur d'Airbus
01:04:03pendant des années
01:04:05il y a des profils
01:04:05nous-mêmes
01:04:06qui nous ont interpellés
01:04:07qu'on n'a pas mis
01:04:07dans le film
01:04:08où on s'est posé
01:04:08la question effectivement
01:04:09ouvertement
01:04:10de l'espionnage
01:04:11parce qu'il y en a
01:04:12qui sont domiciliés à Quantico
01:04:14en face du siège du FBI
01:04:15bon on peut se poser la question
01:04:17Vous avez sans doute raison
01:04:19Mais il y a quand même
01:04:19eu ce travail
01:04:20des autorités françaises
01:04:21d'essayer de filtrer
01:04:22et de faire appliquer
01:04:23cette fameuse loi de blocage
01:04:25désormais à partir
01:04:26de l'affaire Airbus
01:04:26la position officielle
01:04:27c'est de dire
01:04:28on l'a appliqué
01:04:29mais dans l'effet
01:04:29c'est les gens
01:04:30chez Airbus
01:04:31qui l'ont fait appliquer
01:04:32c'est-à-dire des gens
01:04:33qui travaillent dans la sécurité
01:04:34et c'était
01:04:36assez éreintant
01:04:37Alors vous vous avez évoqué
01:04:39un monitoring
01:04:40c'est comme ça
01:04:40je crois qu'on appelle
01:04:41l'arrivée de ce fameux
01:04:44moniteur
01:04:44qu'on voit dans ce documentaire
01:04:45je l'ai vu dans
01:04:46plusieurs entreprises
01:04:47qui opère en réalité
01:04:48pour le compte
01:04:49souvent
01:04:50du cabinet d'évoca
01:04:52il opère
01:04:54pour le compte
01:04:55du département
01:04:55de la justice américaine
01:04:56un cabinet d'évoca
01:04:57qui est envoyé
01:04:58par le département
01:04:59de la justice américaine
01:05:00souvent ce sont
01:05:00des cabinets d'évoca
01:05:01vous chez Alcatel-Lucène
01:05:03vous avez eu
01:05:04à supporter
01:05:05à observer
01:05:05en tout cas
01:05:06ce qui était le travers
01:05:06de ces moniteurs
01:05:08ça a été de longue
01:05:09avec beaucoup de difficulté
01:05:11j'ai quand même insisté
01:05:12pour
01:05:12en sorte que des informations
01:05:14sensibles ne passent pas
01:05:15à côté américain
01:05:16c'était très difficile
01:05:17d'avoir accès
01:05:17mais bon j'ai réussi
01:05:18et c'est effectivement
01:05:20j'ai vu une partie
01:05:21de ce rapport du moniteur
01:05:22et je dois dire
01:05:23que j'ai été assez effarée
01:05:24par la confidentialité
01:05:26des informations
01:05:26que j'avais vues dedans
01:05:27et que j'ai demandé
01:05:28moi
01:05:28qu'elles soient
01:05:30enlouées
01:05:30enfin j'avais
01:05:31voilà
01:05:31après j'avais le droit
01:05:33que de les regarder
01:05:34mais pas de prendre de notes
01:05:35c'était pas par mail
01:05:36enfin vous voyez
01:05:37c'était très très secret
01:05:38bon alors je ne sais pas
01:05:39si ça a été fait ou non
01:05:40mais clairement
01:05:41ce sont des informations
01:05:42très très confidentielles
01:05:43souvent
01:05:44pas toujours
01:05:44mais je veux dire
01:05:45en plus il a le droit
01:05:46le moniteur a accès à tout
01:05:48on ne peut pas lui refuser
01:05:48puisqu'il est là
01:05:49il faut savoir pourquoi
01:05:50il est là ce moniteur
01:05:51il est là pour
01:05:53rétablir
01:05:53il est là pendant 3 ans
01:05:55il fait un rapport
01:05:56chaque année
01:05:56et pendant ces 3 ans
01:05:58il doit veiller
01:05:58à ce que les erreurs passées
01:05:59ne soient pas reproduites
01:06:00donc que la compliance
01:06:02soit enfin respectée
01:06:03donc voilà
01:06:03donc pour ça
01:06:04il doit avoir accès à tout
01:06:05mais je dois dire aussi
01:06:06que les américains
01:06:08quand ils se saisissent
01:06:09de ce genre de cas
01:06:10ils vous disent
01:06:11jusqu'à la loi Sapa
01:06:12mais ils vous disent
01:06:13c'est parce que
01:06:14vous ne faites pas le travail
01:06:15et que nous
01:06:15on avait des entreprises
01:06:17américaines
01:06:18qui étaient elles
01:06:18sujettes au fameux
01:06:20FCPI loi anticorruption
01:06:22et que vous
01:06:23les européens
01:06:23les japonais
01:06:24tout ça
01:06:24vous échappez à toute loi
01:06:25donc c'est normal
01:06:26que nous on vous applique
01:06:27notre loi
01:06:28et notre loi
01:06:29telle qu'elle est aux Etats-Unis
01:06:30le moniteur
01:06:30tout
01:06:31voilà
01:06:31et là où vous avez raison
01:06:32Alexandre Loretre
01:06:33c'est aussi
01:06:35c'est que
01:06:36on est dans le droit américain
01:06:37c'est pas qu'ils sont méchants
01:06:38particulièrement
01:06:39c'est que le droit américain
01:06:40on est dans la discovery
01:06:41c'est-à-dire qu'ils ont accès
01:06:43à tout ce qu'ils veulent
01:06:43les avocats
01:06:45ne sont pas là
01:06:46pour vous aider
01:06:46ils doivent surtout
01:06:47rien cacher
01:06:47ils doivent au contraire
01:06:48dénoncer
01:06:49entre guillemets
01:06:49c'est pas le terme
01:06:50ils doivent dire
01:06:50s'ils voient des choses
01:06:51qui ne sont pas bien
01:06:53voilà
01:06:54et c'est à vous
01:06:55ensuite d'aller prouver
01:06:56que c'est pas vrai
01:06:57si vous voulez
01:06:57de ce en quoi
01:06:58on vous accuse
01:06:59et après vous faites
01:07:00si vous n'avez pas envie
01:07:01d'aller en justice jusqu'au bout
01:07:03vous faites un deal of justice
01:07:04qui a été transposé
01:07:06donc en France
01:07:06et c'est-à-dire
01:07:07vous signez
01:07:08c'est pas
01:07:09un accord
01:07:09un accord
01:07:10donc c'est quasiment
01:07:11un accord commercial
01:07:12si vous voulez
01:07:12on n'est plus dans la justice
01:07:13qui cherche la vérité
01:07:14entre guillemets
01:07:15il n'y a pas de code pénal
01:07:17il n'y a pas de code pénal
01:07:18on ne cherche pas
01:07:18à savoir la vérité
01:07:19à la fin
01:07:19on fait un accord
01:07:21tout le monde est content
01:07:22c'est de la négociation
01:07:23et puis voilà
01:07:24mais en réalité
01:07:25les informations
01:07:25elles sont déjà
01:07:26parties du côté américain
01:07:28en l'occurrence
01:07:30c'est tellement vrai
01:07:31que
01:07:32là il y a quand même
01:07:32un vrai risque
01:07:33oui mais c'est tellement vrai
01:07:34que sous l'administration Biden
01:07:36donc ça c'est récent
01:07:37et je pense que
01:07:38sous cette administration
01:07:39l'idée court encore
01:07:40de créer
01:07:41le 18ème agence
01:07:43de renseignement américaine
01:07:44qui serait exclusivement
01:07:46consacré
01:07:47aux affaires économiques
01:07:49donc évidemment
01:07:50ils ont besoin
01:07:51d'être nourris
01:07:52dans cette mondialisation
01:07:53des informations économiques
01:07:54parce que
01:07:55il y a eu un traumatisme
01:07:56très fort
01:07:57avec 2001
01:07:59donc ils doivent
01:08:00suivre l'argent
01:08:01et puis en plus
01:08:02ils doivent maintenir
01:08:03en effet
01:08:04leur suprématie
01:08:05sur un certain nombre
01:08:06de questions
01:08:06là l'affaire Airbus
01:08:08est terminée
01:08:09sauf que
01:08:10ça rebondit encore
01:08:11en mars dernier
01:08:13on va en revivre
01:08:15l'affaire Airbus
01:08:16c'est ce que vous êtes
01:08:16en train de nous dire
01:08:17non mais il y a un signal
01:08:17faible quand même
01:08:18qu'il faut absolument
01:08:19regarder
01:08:20c'est qu'en mars dernier
01:08:22John Molnar
01:08:23qui est donc sénateur
01:08:24qui appartient
01:08:25à la commission
01:08:26qui surveille
01:08:28les activités
01:08:29économiques chinoises
01:08:30a alerté
01:08:32son propre gouvernement
01:08:33donc le gouvernement
01:08:34de Trump
01:08:35en disant
01:08:35ce n'est pas normal
01:08:37ni Airbus
01:08:38ni Safran
01:08:40ne nous donnent accès
01:08:41à des informations stratégiques
01:08:43concernant
01:08:44leur business
01:08:45en Chine
01:08:46donc
01:08:47il y a une pression
01:08:48très forte
01:08:49qui s'exerce
01:08:50en ce moment
01:08:50sur Safran
01:08:51et Airbus
01:08:52pour qu'ils livrent
01:08:53des informations
01:08:54donc ce n'est pas terminé
01:08:56cette affaire là
01:08:56il faut encore suivre
01:08:58toutes ces questions
01:08:59on a mis du temps
01:09:00on a même eu
01:09:00beaucoup de retard
01:09:01à réagir
01:09:02face à cette
01:09:04extraterritorialité
01:09:05du droit américain
01:09:06ses conséquences
01:09:07néanmoins
01:09:08il y a eu cette fameuse
01:09:10loi Sapin 2
01:09:10vous en avez parlé
01:09:12Sapin 2
01:09:12on a américanisé
01:09:14notre dispositif
01:09:15il est comparable
01:09:16à ce qui est en place
01:09:18aux Etats-Unis
01:09:20on peut dire
01:09:20les choses comme ça
01:09:21tout à fait
01:09:22c'est même quasiment
01:09:23un décalque
01:09:24en fait
01:09:25ils ont repris
01:09:26on a vu Michel Sapin
01:09:27qui est parti aux Etats-Unis
01:09:28aller au renseignement
01:09:29dans le film
01:09:30qui s'est entendu dire
01:09:31nous on fait le boulot
01:09:32on fait votre boulot
01:09:33en réalité
01:09:34c'est ce que disait
01:09:35Claude Reval
01:09:35c'est que pendant longtemps
01:09:36ils avaient
01:09:36c'était un bon argument
01:09:38après tout
01:09:38c'est vrai qu'on ne luttait pas
01:09:39vraiment pas bien
01:09:40contre la corruption internationale
01:09:42en France
01:09:43de nos entreprises
01:09:43il faut être honnête là-dessus
01:09:44et toutes ces entreprises
01:09:46ont versé beaucoup de pot de vin
01:09:48c'est pas uniquement
01:09:48un prétexte
01:09:49il y a un vrai sujet
01:09:50donc les américains
01:09:51avaient beau jeu de dire
01:09:52écoutez vous ne luttez pas
01:09:53efficacement contre la corruption
01:09:54on va le faire à votre place
01:09:55la loi Sapin 2
01:09:56ça consiste à dire
01:09:57écoutez
01:09:58on va faire exactement
01:09:59les mêmes lois que vous
01:10:00et on va se les appliquer
01:10:02à nous-mêmes
01:10:02comme ça
01:10:03vous n'aurez plus de raison
01:10:04a priori
01:10:05de venir
01:10:07nous embêter
01:10:08bon ça n'a pas empêché
01:10:09les américains
01:10:09de quand même
01:10:10rentrer dans le dossier Airbus
01:10:11donc ça fonctionne
01:10:13mais des lois extraterritoriales
01:10:15il y en a tellement
01:10:15que de toute façon
01:10:16s'ils n'utilisent pas la corruption
01:10:18ils peuvent utiliser
01:10:19l'exportation d'armements
01:10:20c'est ce qu'on a vu
01:10:21dans l'affaire Airbus
01:10:22en fait
01:10:22c'est aussi une boîte d'armement
01:10:24Airbus
01:10:24donc c'est pas des affaires
01:10:26de corruption
01:10:26mais il peut aussi avoir
01:10:27des choses incohérentes
01:10:29sur d'autres dossiers
01:10:29donc il y a toujours une loi
01:10:30en fait
01:10:30on l'a vu à la fin du film
01:10:32ça aussi
01:10:32exactement
01:10:32donc la loi Sapin 2
01:10:34c'est une manière de dire
01:10:37on va faire la même chose que vous
01:10:38mais on va le faire en France
01:10:39comme ça
01:10:40les amendes
01:10:41elles seront payées
01:10:41au trésor public français
01:10:42les procureurs
01:10:44ils seront français
01:10:44le moniteur
01:10:45il sera français
01:10:45l'idée c'est vraiment
01:10:46de ramener le centre de gravité
01:10:48de ces affaires
01:10:49en France
01:10:49pour essayer de limiter
01:10:51l'hémorragie
01:10:53d'information stratégique
01:10:54Est-ce qu'on peut dire
01:10:54qu'il y a eu un avant
01:10:55et un après
01:10:55loi Sapin 2
01:10:56autrement dit
01:10:57est-ce qu'il y a encore
01:10:58des affaires de ce type
01:10:59qui peuvent émerger
01:11:01ou alors qu'on y a mis un terme
01:11:02grâce en partie
01:11:03peut-être
01:11:04tout ou en partie
01:11:05grâce à cette loi Sapin 2
01:11:06la loi Sapin 2
01:11:06a été vraiment une bonne chose
01:11:07c'est clair
01:11:08c'est clair
01:11:09mais je voulais dire autre chose
01:11:11effectivement
01:11:11du point de vue
01:11:12de l'égoi extraterritorial
01:11:13je pense que c'est une bonne chose
01:11:14après
01:11:15ce qu'on disait
01:11:15d'accès à l'information
01:11:17par les Etats-Unis
01:11:19il n'y a pas que les sanctions
01:11:21extraterritoriales
01:11:21je sors du sujet
01:11:22mais je n'en sors pas en fait
01:11:24puisqu'on a dit
01:11:24que c'était pour avoir
01:11:25de l'information
01:11:25vous avez des lois
01:11:27qui s'appellent
01:11:27les lois FISA
01:11:28qui datent de 2008
01:11:30et qui ont été
01:11:31sans arrêt élargies
01:11:32et rénovées
01:11:33plus le fameux
01:11:34Cloud Act
01:11:35je mélange les deux
01:11:37par les deux
01:11:37vous pouvez
01:11:38vous c'est-à-dire
01:11:39les agences américaines
01:11:40même pas le juge
01:11:40l'administration américaine
01:11:42peut demander
01:11:43aux entreprises américaines
01:11:45d'avoir accès
01:11:45aux informations étrangères
01:11:47sur des individus
01:11:48ou sur des entreprises
01:11:49qu'elles pourraient posséder
01:11:50et sans passer
01:11:52par le juge
01:11:52peuvent leur demander
01:11:53et elles sont obligées
01:11:54d'obtempérer
01:11:55et de plus
01:11:56elles sont obligées
01:11:57de ne pas le dire
01:11:58si jamais on leur a demandé
01:12:00donc juste
01:12:01ça me faisait bien rire
01:12:02j'entendais le président
01:12:03d'une entreprise
01:12:04qui disait
01:12:05américaine en France
01:12:07filiale
01:12:07qui disait
01:12:08moi on ne m'a jamais
01:12:09rien demandé
01:12:10l'administration américaine
01:12:12oui ça existe
01:12:13mais moi on ne m'a jamais
01:12:14rien demandé
01:12:14sur des informations
01:12:15sur mes clients
01:12:16enfin
01:12:17sauf qu'il ne peut pas
01:12:18dire le contraire
01:12:18puisque si jamais
01:12:19par la loi FISA
01:12:20s'il avoue
01:12:22qu'on lui a demandé
01:12:22des informations
01:12:23il est hyper sanctionné
01:12:24il va en prison
01:12:25voilà
01:12:25pour vous dire que
01:12:26les moyens d'accès
01:12:27aux informations
01:12:28ils sont toujours là
01:12:30et même je dirais
01:12:31bien plus large
01:12:31que les sanctions
01:12:32extraterritoriales
01:12:33puisqu'en fait
01:12:33on a un système global
01:12:35un cadre global
01:12:36si vous voulez
01:12:37qui est organisé
01:12:37voilà
01:12:38on a mis aussi
01:12:39en France
01:12:40du côté de Bercy
01:12:41en place
01:12:41le 6
01:12:42la loi de blocage
01:12:43dont parlait Ali
01:12:44tout à l'heure
01:12:44effectivement
01:12:45elle a été rénovée
01:12:46après le rapport Gova
01:12:47et maintenant
01:12:48on a le 6
01:12:49qui est
01:12:50le service
01:12:52de l'information stratégique
01:12:55et de la sécurité économique
01:12:56c'est 60 personnes
01:12:58quelque part
01:12:59dans ce grand bâtiment
01:13:00à Bercy
01:13:00mais qui a l'air
01:13:01très efficace
01:13:02pour lutter
01:13:02justement
01:13:03sur la protection
01:13:05de nos entreprises
01:13:06c'est-à-dire que
01:13:06ce qu'on disait
01:13:07maintenant
01:13:07elles sont obligées
01:13:08d'aller
01:13:09quand une administration
01:13:10étrangère
01:13:11leur demande
01:13:11des informations
01:13:12économiques
01:13:13elles sont obligées
01:13:13d'aller au 6
01:13:14et de dire
01:13:15voilà ce qu'on va demander
01:13:16et le 6
01:13:16va donner un avis
01:13:17ou bien c'est pas important
01:13:18ou bien
01:13:19oui c'est important
01:13:20et on entre
01:13:20dans ce qu'on appelle
01:13:21l'entraide judiciaire internationale
01:13:23bon
01:13:24la fin de ce documentaire
01:13:25on nous dit aussi
01:13:26la loi 5.2
01:13:27ça ça vaut pour la France
01:13:29est-ce qu'à l'échelle
01:13:30de l'Union Européenne
01:13:32on est en train
01:13:32de voir émerger
01:13:33là aussi
01:13:34une juridiction
01:13:35qui pourrait être semblable
01:13:36à celle exercée
01:13:37du côté des Etats-Unis
01:13:38en matière
01:13:39d'extraterritorialité
01:13:40du droit
01:13:40et puis en Chine
01:13:42en Chine
01:13:42on nous dit que ça y est
01:13:43les Chinois veulent
01:13:44riposter eux aussi
01:13:45je pense pas
01:13:46que ce soit des questions
01:13:47de loi
01:13:47le problème c'est
01:13:48d'appliquer les lois
01:13:50sapin 2
01:13:50on l'applique
01:13:51sur un certain nombre
01:13:52de choses
01:13:52mais elle nous autorise
01:13:54à faire la même chose
01:13:55et on l'a jamais fait
01:13:56or on est dans
01:13:57un rapport de force
01:13:591996
01:14:00l'Union Européenne
01:14:02vote un règlement
01:14:04qui s'appelle
01:14:04le règlement de 96
01:14:05qui interdit
01:14:06aux entreprises
01:14:07européennes
01:14:08de se soumettre
01:14:09aux droits américains
01:14:10elles l'ont toutes fait
01:14:11donc là encore
01:14:13on a un règlement
01:14:14donc une loi européenne
01:14:16qui date de 30 ans
01:14:17maintenant
01:14:17et pourtant c'est violé
01:14:18non non il a été rénové
01:14:19en 2018
01:14:19et ça a été violé
01:14:21pendant toute cette partie
01:14:22donc il y a eu
01:14:23un réveil quand même
01:14:24de la Commission Européenne
01:14:25sur ces questions là
01:14:26à partir
01:14:27non pas de ces affaires
01:14:29forcément
01:14:29une prise de conscience
01:14:30visiblement
01:14:31oui un réveil
01:14:31pour l'instant
01:14:31vous appelez ça un réveil
01:14:33oui parce que je sais pas
01:14:34jusqu'où ça va aboutir
01:14:35mais c'est vrai
01:14:36que les derniers événements
01:14:38internationaux
01:14:38ont été très forts
01:14:39le Brexit
01:14:40le premier mandat de Trump
01:14:42le Covid
01:14:4422
01:14:45l'invasion
01:14:45de l'Ukraine
01:14:47par la Russie
01:14:48donc ça a un petit peu
01:14:49réveillé
01:14:49les gens à Bruxelles
01:14:51donc on revoit
01:14:51des mots
01:14:52qui étaient tombés
01:14:53dans l'oubliette
01:14:53de l'histoire
01:14:54comme relocalisation
01:14:56réindustrialisation
01:14:58souveraineté économique
01:14:59etc
01:14:59il faut savoir
01:15:00que l'Union Européenne
01:15:02a attendu 2016
01:15:03pour rénover
01:15:04des outils
01:15:04de défense commerciale
01:15:06qui dataient de 1992
01:15:08la Chine est entrée
01:15:10dans l'OMC
01:15:11en 2001
01:15:12donc vous voyez
01:15:12le retard
01:15:13dans le concept
01:15:16de sécurité économique
01:15:17de l'Union Européenne
01:15:18ils se sont réveillés
01:15:19c'est vrai
01:15:20qu'il y a un certain
01:15:20nombre de textes
01:15:21depuis ces dernières années
01:15:22qui existent
01:15:23le problème
01:15:24encore une fois
01:15:24ils ne sont pas appliqués
01:15:26et la Chine
01:15:27parce que 44%
01:15:29des échanges commerciaux
01:15:30aujourd'hui dans le monde
01:15:31se font en dollars
01:15:32donc on comprend bien
01:15:33la puissance
01:15:34dont bénéficient
01:15:35les Américains
01:15:36avec le roi dollar
01:15:38bon
01:15:39la monnaie chinoise
01:15:39elle ne peut pas prétendre
01:15:40avoir la même puissance
01:15:42que font les Chinois
01:15:43que font les Chinois
01:15:43pour réagir
01:15:44rétorquer
01:15:45et séparer pour l'avenir
01:15:46et la guerre économique
01:15:47qui vont se livrer
01:15:48entre les deux
01:15:48ils ont regardé
01:15:50observé
01:15:51et appliqué
01:15:52la réciprocité
01:15:53ils ont regardé
01:15:54observé
01:15:54pendant toutes ces dernières années
01:15:56et à partir de 2018
01:15:58ils ont voté
01:15:59des lois miroirs
01:16:00vraiment
01:16:01des copiés collés
01:16:02ils sont allés
01:16:03prendre les lois américaines
01:16:04ils les ont copiés collés
01:16:05sur un certain nombre
01:16:06de secteurs
01:16:07le contrôle export
01:16:08les lois anti-coercition
01:16:12contre les sanctions
01:16:13le fait de placer
01:16:15des individus
01:16:16ou des entreprises
01:16:17sur liste noire
01:16:18etc
01:16:19donc ils ont réagi
01:16:20et ils ont appliqué
01:16:21la réciprocité
01:16:23résultat
01:16:23nos entreprises européennes
01:16:25sont prises en étau
01:16:26entre l'extraterritorialité
01:16:28de l'Ouest américain
01:16:29et l'extraterritorialité
01:16:31demain
01:16:32qui va peut-être
01:16:32s'appliquer
01:16:33de manière assez brutale
01:16:34par la Chine
01:16:35il s'est passé du temps
01:16:36depuis la réalisation
01:16:37de ce film
01:16:38aujourd'hui
01:16:38tout ça est du passé
01:16:40néanmoins
01:16:40il n'y a plus
01:16:41d'entreprise française
01:16:42en multeterrbus
01:16:43où les signes faibles
01:16:45évoqués tout à l'heure
01:16:46du côté de cette table
01:16:48ont été évoqués
01:16:50à ma connaissance
01:16:51il n'y a pas
01:16:51de nouvelle procédure
01:16:53anticorruption américaine
01:16:54contre des entreprises françaises
01:16:56surtout que Trump
01:16:57la première chose
01:16:57qu'il a faite
01:16:58en revenant aux affaires
01:16:59c'est de suspendre
01:17:00pendant à peu près 6 mois
01:17:01cette fameuse loi anticorruption
01:17:03alors les mauvaises langues
01:17:04disent que c'est parce que
01:17:05lui-même a dû la subir
01:17:06il y a une dizaine d'années
01:17:07vis-à-vis de son empire immobilier
01:17:09mais en tout cas
01:17:10lui considère
01:17:10que ça crée
01:17:12beaucoup de méfiance
01:17:13entre les entreprises
01:17:14que ça alourdit le commerce
01:17:16lui il a une vision
01:17:16vraiment
01:17:17c'est pas bon pour le business
01:17:18c'est pas bon pour le business
01:17:19il a expliqué
01:17:20à son
01:17:21à la procureure générale
01:17:22Pam Bondy
01:17:24d'appliquer cette loi
01:17:25uniquement
01:17:25contre le narcotrafic
01:17:26en gros
01:17:27ce qui est cohérent
01:17:28avec ce qu'on a vu
01:17:28au Venezuela
01:17:29et l'enlèvement de Maduro
01:17:30qu'on peut espérer
01:17:32entre guillemets
01:17:32qu'on ait une espèce
01:17:33d'accalmie
01:17:34pendant le mandat Trump
01:17:35je pense pas
01:17:36en plus c'est presque
01:17:37trop sophistiqué
01:17:38moi je trouve
01:17:38ce genre
01:17:39au vu de la diplomatie
01:17:40trumpienne
01:17:41c'est
01:17:41je vous mets 200%
01:17:43de droits de douane
01:17:44je vais pas
01:17:44enfin bon
01:17:44je pense pas qu'on ait une affaire
01:17:46là immédiatement
01:17:47qui ressurgisse
01:17:48et là c'est une affaire
01:17:49de concurrence économique
01:17:50les droits de douane
01:17:51c'est pas forcément
01:17:52à mettre sur le même plan
01:17:55ce dont on a parlé
01:17:56c'est vraiment
01:17:56la guerre économique
01:17:57et je crois que vous êtes
01:17:58bien sûr
01:17:58mais quand on parle
01:17:59de guerre économique
01:18:00Trump est en guerre économique
01:18:01avec la Chine
01:18:02et il est beaucoup plus
01:18:03je dirais frontal
01:18:04sur ce sujet
01:18:05je pense pas
01:18:06qu'on aurait peut-être
01:18:07quelque chose
01:18:07d'aussi sophistiqué
01:18:08qu'Alstom ou Airbus
01:18:09dans son mandat immédiat
01:18:10après
01:18:11il y aura d'autres administrations
01:18:13à l'avenir
01:18:13ils créeront d'autres
01:18:14lois extraterritoriales
01:18:15il faut garder à l'idée
01:18:16que la logique
01:18:17à mon avis
01:18:17elle va persister
01:18:18moi je suis pas sûr
01:18:19je suis pas sûr
01:18:20parce qu'en mars dernier
01:18:21en décembre 2025
01:18:23ils ont voté une loi
01:18:24qui permet
01:18:25la surveillance
01:18:26des investissements
01:18:28sortants
01:18:29donc non plus
01:18:30rentrant aux Etats-Unis
01:18:31et cette loi
01:18:32va être
01:18:33de niveau
01:18:34extraterritorial
01:18:35parce qu'elle va
01:18:36s'appliquer
01:18:37aux filiales
01:18:38des entreprises américaines
01:18:39et même
01:18:39elle va s'appliquer
01:18:40aux américains
01:18:42qui appartiennent
01:18:42à des entreprises
01:18:43européennes
01:18:44qui n'auront pas le droit
01:18:45d'investir en Chine
01:18:47sur des technologies
01:18:48aussi puissantes
01:18:49que le quantique
01:18:50l'IA
01:18:52la microélectronique
01:18:53et l'hypersonique
01:18:54vous voulez rajouter
01:18:55quelque chose
01:18:55c'est vraiment
01:18:56le mot de la fin
01:18:56je voulais dire
01:18:57que sa guerre économique
01:18:58il va la faire
01:18:59essentiellement sur l'IA
01:19:01avec la Chine
01:19:02avec nous aussi
01:19:02mais essentiellement
01:19:03puisqu'il l'a dit
01:19:04et Biden l'avait dit avant lui
01:19:05qu'ils veulent une dominance
01:19:07totale sur l'IA
01:19:08voilà
01:19:08et donc ça va se porter
01:19:09essentiellement là-dessus
01:19:10et là on n'est plus
01:19:10dans les choses
01:19:11extraterritoriales
01:19:12on est dans les standards
01:19:13on est dans les coups fourrés
01:19:15on est dans les négociations
01:19:18et on n'est plus
01:19:19l'intelligence artificielle
01:19:20ça va être
01:19:21c'est le prochain combat
01:19:22parce qu'elle est partout
01:19:22ça va peut-être toucher des arbustes
01:19:24c'est tout
01:19:24parce qu'elle est partout
01:19:25mais ça sera le prochain combat
01:19:26de la guerre économique
01:19:27c'est certain
01:19:27ça sera vraiment
01:19:28le mot de la fin
01:19:29merci
01:19:30un grand merci
01:19:30à tous les trois
01:19:31à vous tout spécialement
01:19:32avec David Gendreau
01:19:33bien entendu
01:19:34pour ce film
01:19:35qu'on a pu voir aujourd'hui
01:19:37la bataille d'Airbus
01:19:38bien sûr
01:19:39vos réactions
01:19:40ça sera sur
01:19:40hashtag
01:19:41débat dog
01:19:42bien entendu
01:19:42merci aussi
01:19:43à Félicité Gavalda
01:19:45qui s'est beaucoup investie
01:19:46sur ce dossier aujourd'hui
01:19:47pour préparer cette émission
01:19:48à mes côtés
01:19:50Emmerick Olagné
01:19:51est à remercier également
01:19:52et puis je vous donne
01:19:53tout simplement
01:19:54rendez-vous
01:19:55pour un prochain débat dog
01:19:56ça sera bien entendu
01:19:57avec son documentaire
01:19:59et son débat
01:20:00à très bientôt
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