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  • il y a 2 jours
En septembre 2022, à la suite de la mort de de Mahsa Amini, un mouvement de contestation s'empare de l'Iran. Depuis le 28 février 2026, la guerre conjointe que mènent Israël et les États-Unis dans la région bouleverse l'organisation du régime, sans pour autant le faire tomber. Alors que de nouvelles mobilisations ont marqué le mois de janvier, accompagnées d'un important épisode de répression, comment la population fait-elle face à ces multiples dangers ?

Au-delà des stratégies des belligérants, la société iranienne vit une période charnière, entre les bombardements d'un côté et la répression du régime de l'autre, quelle est l'ampleur de la répression contre les manifestants et comment la guerre impacte-t-elle le quotidien des Iraniens et des Iraniennes ?

Pour en discuter, Jean-Pierre Gratien reçoit Azadeh Kian, sociologue franco-iranienne et Sorour Kasmai, romancière et éditrice.

LCP fait la part belle à l'écriture documentaire en prime time. Ce rendez-vous offre une approche différenciée des réalités politiques, économiques, sociales ou mondiales....autant de thématiques qui invitent à prolonger le documentaire à l'occasion d'un débat animé par Jean-Pierre Gratien, en présence de parlementaires, acteurs de notre société et experts.

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Transcription
00:00:02Générique
00:00:07...
00:00:16Bienvenue à tous.
00:00:17Entre destruction et répression,
00:00:20à quoi ressemble aujourd'hui la vie des Iraniens ?
00:00:23Nous allons nous poser la question dans ce débat doc,
00:00:25mais retour sur le mouvement Femmes, Vie, Liberté tout d'abord,
00:00:29qui a vu le jour en Iran, voilà, presque 4 ans maintenant.
00:00:32Chose rare, le documentaire exclusif qui va suivre,
00:00:36« Iran, les visages de la colère »,
00:00:38filmé clandestinement par Shoresh Afkari,
00:00:42va vous faire revivre ce vaste soulèvement intérieur.
00:00:44Je vous laisse le découvrir.
00:00:46Et pour nous parler de l'Iran aujourd'hui,
00:00:48je vous retrouverai juste après, sur ce plateau,
00:00:51en compagnie de la sociologue Azadekian
00:00:53et de l'écrivaine Sorour Kasmaï.
00:00:56Bon doc.
00:01:11Je vous propose de m'appeler Shoresh.
00:01:16En persan, ce prénom signifie rébellion.
00:01:22J'ai 37 ans et j'ai vécu toute ma vie
00:01:24dans l'une des grandes villes d'Iran.
00:01:28Pour ma sécurité et celle de ma famille,
00:01:32je ne peux pas être plus précis.
00:01:34Si jamais ma véritable identité vient à être découverte,
00:01:38je risque une condamnation à mort.
00:01:44En septembre 2022,
00:01:46le meurtre d'une jeune fille a bouleversé le pays.
00:01:53Gina Massa Amini,
00:01:55une étudiante kurde de 22 ans,
00:01:58arrêtée le 13 septembre
00:01:59pour quelques mèches de cheveux
00:02:01s'échappant de son voile.
00:02:06morte trois jours plus tard,
00:02:09sans doute des suites de coups reçues
00:02:10de la part des forces de l'ordre.
00:02:15Une injustice de plus,
00:02:18l'injustice de trop.
00:02:22Les femmes d'abord,
00:02:27rejointes ensuite par les jeunes hommes,
00:02:29puis toute la population
00:02:30sont descendues dans les rues
00:02:32malgré le danger.
00:02:38Le mouvement Femmes, Vie, Liberté est né.
00:02:45J'ai décidé de participer à ma manière
00:02:48en faisant ce que je fais le mieux.
00:02:53Prendre ma caméra et filmer.
00:03:01Pour raconter notre colère
00:03:03et suivre les destins
00:03:05de courageux protestataires.
00:03:07Une étudiante,
00:03:12un chauffeur de taxi,
00:03:15une peintre,
00:03:18un médecin
00:03:21et une mère de famille.
00:03:29Salut Virginie,
00:03:30je ne sais pas si tu te souviens de moi,
00:03:32on s'était croisés au festival
00:03:34du film de...
00:03:36C'est notre amie commune
00:03:38qui m'a conseillé de te contacter.
00:03:40Je veux faire un documentaire
00:03:42sur la révolte qui a lieu
00:03:43en ce moment en Iran.
00:03:44C'est impossible pour moi
00:03:46de tout faire tout seul d'ici.
00:03:48J'aimerais avoir un co-réalisateur
00:03:50sur ce projet
00:03:51et j'ai pensé à toi.
00:03:53Je t'enverrai les images
00:03:54et tu pourrais faire le montage en Europe.
00:04:06Salut Chouresh,
00:04:08ravi de savoir que tu vas bien.
00:04:10Évidemment, je suis partante,
00:04:11mais tu es bien conscient
00:04:12des risques que ça représente pour toi
00:04:14et éventuellement ta famille ?
00:04:18Je sais tout ça,
00:04:19mais je n'ai pas le choix.
00:04:20Il faut qu'en témoigne,
00:04:22il faut que le monde sache.
00:04:25Le chemin a été long.
00:04:28Il a fallu prendre
00:04:29beaucoup de précautions.
00:04:31Filmer le plus discrètement possible,
00:04:33souvent avec un simple téléphone portable.
00:04:38Utiliser des messageries cryptées.
00:04:41Changer régulièrement de compte
00:04:43et de numéro.
00:04:45Convenir de mot de passe
00:04:47pour déjouer la surveillance
00:04:48des services de sécurité.
00:04:51Mais finalement,
00:04:52mes images
00:04:54et nos histoires
00:04:56sont arrivées jusqu'à vous.
00:05:15pour déjouer la surveillance.
00:05:17Sous-titrage Société Radio-Canada
00:05:18Sous-titrage Société Radio-Canada
00:05:18Sous-titrage Société Radio-Canada
00:05:42La première fois que j'ai vu Mitra,
00:05:44elle a surgit d'une ruelle en courant.
00:05:51telle une apparition
00:05:52au milieu des gaz lacrymogènes.
00:05:57Elle fuyait la police
00:05:58après avoir participé
00:05:59à une manifestation.
00:06:01Par réflexe,
00:06:03je lui ai ouvert
00:06:03la portière de ma voiture
00:06:05et la sautait dedans
00:06:06sans hésiter.
00:06:24Derrière son apparence
00:06:26de frêle jeune fille,
00:06:27je comprends rapidement
00:06:28que j'ai à côté de moi
00:06:29l'une des plus déterminées
00:06:31du mouvement,
00:06:32toujours prête à battre
00:06:33les rappels des troupes.
00:06:38Salut les gars,
00:06:39comment ça va ?
00:06:41Pourquoi vous ne sortez pas ?
00:06:42C'est aujourd'hui
00:06:43qu'il faut sortir.
00:06:44Si vous ne manifestez pas aujourd'hui,
00:06:46ils exécuteront
00:06:47deux d'entre nous demain.
00:06:49Nous serons deux personnes de moins.
00:06:51Je vous en supplie,
00:06:52où êtes-vous ?
00:06:54Salut à tous.
00:06:56Mais qu'est-ce que vous faites ?
00:06:58Pourquoi vous ne venez pas ?
00:07:01Demain, ils ont prévu
00:07:02d'exécuter deux d'entre nous.
00:07:04C'est aujourd'hui
00:07:05le moment de sortir.
00:07:07Je vous en supplie,
00:07:08venez s'il vous plaît.
00:07:24Je m'appelle Mitra,
00:07:26j'ai 18 ans.
00:07:27Je suis étudiante
00:07:28en premier semestre
00:07:29de comptabilité.
00:07:30Je suis née
00:07:31et j'ai grandi
00:07:32dans une famille religieuse.
00:07:34Je suis prisonnière
00:07:35de ma maison
00:07:36et je sors très rarement.
00:07:39Je me lève le matin
00:07:40sans objectif,
00:07:41sans savoir quoi faire.
00:07:44Nous, les femmes iraniennes,
00:07:46n'avons pas de véritable avenir.
00:07:49Ici, une femme
00:07:50vaut la moitié d'un homme.
00:07:52Elle est considérée
00:07:53comme une marchandise.
00:08:00mais si nous luttons aujourd'hui,
00:08:02c'est que nous sommes
00:08:03remplis d'espoir.
00:08:04De belles choses
00:08:05nous attendent bientôt.
00:08:13Quelques jours
00:08:14après notre rencontre,
00:08:15Mitra me laisse un message.
00:08:17Il a quelqu'un
00:08:18à me présenter.
00:08:19Il s'appelle
00:08:20Arash.
00:08:21Il a 19 ans.
00:08:23Cela fait un peu plus
00:08:24d'un an
00:08:24qu'il se fréquente,
00:08:26brisant ainsi
00:08:27l'un des grands tabous
00:08:28de la République islamique
00:08:29d'Iran.
00:08:31La première fois
00:08:32que j'ai vu Arash,
00:08:34j'étais de sortie
00:08:34avec une de mes camarades.
00:08:37En réalité,
00:08:38ce jour-là,
00:08:39je n'avais pas remarqué Arash.
00:08:44Je venais à peine
00:08:45de sortir
00:08:45et ma mère n'arrêtait pas
00:08:47de m'appeler.
00:08:49Et puis,
00:08:50mon ami m'a dit
00:08:51que ce gars,
00:08:53dont je ne me souvenais pas,
00:08:55avait dit
00:08:55qu'il m'aimait bien
00:08:56et qu'il voulait
00:08:57mon numéro.
00:09:00Et nous avons commencé
00:09:01à nous parler
00:09:02et appris
00:09:02à nous connaître.
00:09:03Mais en Iran,
00:09:05il est très difficile
00:09:06d'avoir une relation,
00:09:07surtout à 18 et 19 ans.
00:09:10Mais nous n'avons
00:09:11aucune liberté,
00:09:12nous ne pouvons rien faire.
00:09:13Si nous allons au parc,
00:09:14nous serons repérés
00:09:15par la police.
00:09:17Dans les rues,
00:09:18tout le monde nous surveille.
00:09:19Nous ne pouvons rien
00:09:20dire à nos familles.
00:09:22Nous ne sommes pas
00:09:23autorisés à voyager,
00:09:24car c'est interdit
00:09:25pour les filles.
00:09:26Et nous ne pouvons
00:09:27même pas faire
00:09:27faire l'amour.
00:09:30Par exemple,
00:09:32une fois,
00:09:33Mitra est venue
00:09:34chez nous.
00:09:40Nous ne faisions
00:09:41rien de spécial.
00:09:43Nous étions vraiment
00:09:44assis à distance
00:09:45et nous faisions
00:09:46des recherches
00:09:46sur Internet.
00:09:51et ma mère est arrivée.
00:09:56On ne faisait rien de mal.
00:09:58Mais parce qu'une fille
00:09:59était avec moi,
00:10:00dans notre maison,
00:10:03c'était une catastrophe
00:10:04pour notre réputation.
00:10:07ma mère est entrée
00:10:08dans une rage folle.
00:10:10Elle s'est précipitée
00:10:11vers nous
00:10:11et nous a giflés
00:10:12tous les deux.
00:10:20à quoi tu penses ?
00:10:23A quoi tu penses ?
00:10:24À la liberté.
00:10:26Allez,
00:10:28imaginons que nous
00:10:28soyons libres.
00:10:41Si on était libres,
00:10:42on ferait ce qui nous plaît.
00:10:46On profiterait de la vie.
00:10:51Personne ne m'appellerait
00:10:52toutes les deux secondes
00:10:53pour me demander
00:10:53où je suis.
00:10:54Et dans mes rêves,
00:10:55on pourrait se tenir
00:10:57la main dans la rue.
00:10:58On pourrait aller à Paris.
00:11:01On irait dans les cafés
00:11:03sur les Champs-Elysées.
00:11:07Et surtout,
00:11:08je voudrais absolument
00:11:09t'embrasser
00:11:09en pleine rue.
00:11:27Hormis ces deux jeunes amoureux
00:11:28pleins de rêves et d'espoir,
00:11:30Jo Pen a trouvé
00:11:31d'autres témoignages.
00:11:33Mes compatriotes
00:11:34ont trop peur
00:11:34pour s'exposer.
00:11:39Combien de temps
00:11:40tu veux rester dehors ?
00:11:42Je dois être de retour
00:11:43avant que mon père ne rentre.
00:11:44C'est-à-dire ?
00:11:46C'est-à-dire à 20h30.
00:11:47ou à 21h.
00:11:49Très bien.
00:11:52Alors, disons,
00:11:5318h15.
00:11:55Je serai sur le boulevard
00:11:56où on s'est rencontrés.
00:11:58Sur le même banc.
00:11:59Je t'attendrai.
00:12:05Allô ?
00:12:06Salut, comment ça va ?
00:12:07Alors, où es-tu ?
00:12:09Tu devais venir.
00:12:11Honnêtement,
00:12:11j'y ai beaucoup réfléchi
00:12:12et je ne peux pas.
00:12:17Alors, je ne compte plus sur toi.
00:12:20Non, je suis vraiment désolé.
00:12:23Et je te conseille
00:12:23d'abandonner ce projet.
00:12:30Je commence à douter
00:12:31de pouvoir mener
00:12:32à bien ce documentaire
00:12:33lorsque je rencontre
00:12:36Covey.
00:12:38Ce jour-là,
00:12:39je prends un taxi
00:12:40pour me rendre
00:12:41à l'autre bout de la ville.
00:12:43En engageant la conversation,
00:12:45je réalise vite
00:12:46que le chauffeur
00:12:46fait partie
00:12:47des révolutionnaires
00:12:48les plus virulents.
00:12:51Malgré les risques,
00:12:52il accepte immédiatement
00:12:53de participer
00:12:54à notre projet.
00:13:00Dans cinq minutes,
00:13:02je vais te montrer
00:13:04où vivent les membres
00:13:04du gouvernement
00:13:05et les mollas.
00:13:11Regarde.
00:13:12Ça, ça appartient
00:13:13à nos dirigeants.
00:13:15Regarde un peu
00:13:15l'espace qu'ils ont
00:13:17dans le meilleur endroit
00:13:18de la ville.
00:13:21Tout ça leur appartient.
00:13:23J'ai peur de filmer.
00:13:26Ils ont des caméras.
00:13:29Laisse-moi faire un tour.
00:13:30Peux-tu remonter la vitre ?
00:13:37Regarde ce bâtiment.
00:13:39Il appartient
00:13:39à l'imam des prières
00:13:40du vendredi.
00:13:41Un vrai château.
00:13:43Cinquante familles
00:13:44pourraient vivre
00:13:44dans un immeuble
00:13:45de cette taille.
00:13:49Je me demande bien
00:13:50où ils trouvent
00:13:51tout cet argent.
00:13:53Ah, l'enfoiré.
00:13:54Regarde.
00:13:55Il a un autocollant
00:13:56de l'ancien chef
00:13:57des gardiens
00:13:57de la révolution.
00:13:58Je suis bien content
00:13:59que les Américains
00:14:00les réduisent en bouillie.
00:14:02Et j'aimerais bien
00:14:03avoir un cocktail
00:14:03Molotov en ce moment.
00:14:07Vraiment dommage
00:14:08que je ne puisse pas
00:14:09faire grand-chose.
00:14:11Regarde un peu
00:14:11ce mouchard,
00:14:12ce mouchard
00:14:13des gardiens
00:14:13de la révolution.
00:14:14Vas-y, filme-le.
00:14:16que tout le monde voit.
00:14:23Qu'est-ce que tu aurais fait
00:14:24si tu avais eu
00:14:25un cocktail Molotov ?
00:14:26Je l'aurais cramé.
00:14:43Je m'appelle Kavé.
00:14:45J'ai 28 ans.
00:14:47Quand j'étais plus jeune,
00:14:49mon père était accro
00:14:50à la drogue.
00:14:52Un jour,
00:14:52il a quitté la maison
00:14:53et n'est jamais revenu.
00:15:01Ma mère a emprunté
00:15:02beaucoup d'argent
00:15:03pour acheter
00:15:03une vieille voiture
00:15:04afin de travailler
00:15:06dans le transport scolaire.
00:15:08C'était pour payer
00:15:09le loyer
00:15:09et tout le reste.
00:15:12Moi,
00:15:13j'adorais étudier.
00:15:15Alors,
00:15:16j'ai décidé
00:15:16de faire la plonge
00:15:17dans un restaurant
00:15:19pour pouvoir me payer
00:15:21l'université
00:15:21en parallèle.
00:15:24Mais j'ai dû arrêter.
00:15:31Je n'ai aucun avenir ici.
00:15:34Quand je vois
00:15:35que les enfants
00:15:36des riches politiciens
00:15:37ou des mollas
00:15:38mènent la belle vie,
00:15:39qu'ils vivent tous
00:15:40en Europe
00:15:41ou aux Etats-Unis
00:15:42ou alors ici
00:15:43dans les quartiers
00:15:43très riches.
00:15:45Et nous alors,
00:15:46on travaille jour et nuit
00:15:48pour ne rien gagner.
00:15:49Quand tu vois
00:15:50notre situation,
00:15:52pourquoi ne pas manifester
00:15:53dans les rues ?
00:15:54Mais tout le monde me dit
00:15:55tu vas te faire tuer.
00:15:56Et alors,
00:15:58à quoi bon vivre
00:15:59dans ces conditions ?
00:16:13J'ai cherché sur Internet
00:16:14la recette
00:16:15du cocktail Monotov.
00:16:19La seule chose
00:16:20qui pourrait apaiser
00:16:21un peu ma colère,
00:16:22ce serait de détruire
00:16:23quelques-unes
00:16:24des voitures
00:16:25des forces de l'ordre
00:16:25avec des cocktails
00:16:26Molotov.
00:16:30Viens,
00:16:31on en teste un.
00:16:34Imaginons que c'est
00:16:35la voiture d'un flic, là.
00:16:40Super.
00:16:48Ça brûle bien.
00:16:52C'est pour quand ?
00:16:54Ce soir ?
00:16:56Ce soir, j'espère.
00:16:57Quand ce sera le moment,
00:16:59les autres nous le feront savoir.
00:17:07En traversant le pays
00:17:08à la recherche
00:17:09de nouveaux témoignages,
00:17:11je m'interroge.
00:17:12Comment le peuple iranien
00:17:13a-t-il pu supporter
00:17:15cela si longtemps ?
00:17:20Comment avons-nous pu
00:17:22survivre
00:17:22dans ce pays
00:17:23où tout est interdit ?
00:17:31Chanter et danser
00:17:33en public
00:17:33pour les femmes,
00:17:35se tenir la main,
00:17:36rire dans la rue,
00:17:38être heureux.
00:17:44Comment l'Iran
00:17:45a-t-il pu former
00:17:46autant d'intellectuels
00:17:47et d'artistes
00:17:48avec cette chape
00:17:49de plomb de la censure ?
00:17:52Je décide
00:17:53de creuser cette question.
00:17:56Par l'entremise
00:17:57d'un ami,
00:17:58je réussis à entrer
00:17:59en contact
00:18:00avec une jeune peintre.
00:18:06Je m'appelle Golbaor,
00:18:08j'ai 24 ans.
00:18:15Je viens d'une famille
00:18:16plutôt aisée.
00:18:23Mon père n'a jamais
00:18:24été trop strict.
00:18:26j'ai toujours pu vivre
00:18:27comme je le souhaitais.
00:18:35Ma mère a toujours
00:18:36tout fait pour ne pas
00:18:37porter le hijab
00:18:37obligatoire.
00:18:40Elle a d'ailleurs
00:18:41souvent eu des problèmes
00:18:42avec l'effort du régime
00:18:43à cause de ça.
00:18:57Je me souviens
00:18:58d'un épisode
00:18:59marquant pour moi.
00:19:01J'ai envoyé
00:19:02une de mes œuvres
00:19:03à une exposition.
00:19:07Elle avait été acceptée.
00:19:09C'était un portrait
00:19:09d'une femme
00:19:10avec les cheveux visibles.
00:19:12et finalement,
00:19:13la responsable
00:19:14de l'exposition
00:19:14a couvert les cheveux
00:19:16avec du papier
00:19:17pour les cacher.
00:19:26Ça a été extrêmement
00:19:27violent pour moi.
00:19:33Après la mort de
00:19:35Massa Amini,
00:19:36avec plusieurs de mes amis,
00:19:39peintres ou comédiens,
00:19:40on se sentait vraiment
00:19:41déprimés
00:19:42et on n'arrivait pas
00:19:47à travailler.
00:19:52On se demandait
00:19:53si avec toute cette censure
00:19:54qu'on subissait,
00:19:57ça avait un sens
00:19:58de continuer à créer.
00:20:06Mais ensemble,
00:20:07on a trouvé la force
00:20:09de peindre un tableau.
00:20:19C'est la seule chose
00:20:20que je sais faire.
00:20:23Alors, par mon travail,
00:20:25j'exprime ma rage
00:20:26et ma protestation.
00:20:27c'est rosa un peu.
00:20:42Après chaque journée
00:20:43de tournage,
00:20:44je m'empresse
00:20:45d'envoyer les images
00:20:46à Virginie
00:20:46qui montrent
00:20:48le documentaire à Paris
00:20:52et de les supprimer
00:20:53de mon disque dur.
00:20:54Si jamais je me fais arrêter,
00:20:57il ne faut surtout pas
00:20:58qu'elle soit
00:20:58en ma possession,
00:21:00ni pour moi,
00:21:01ni pour les personnes
00:21:02que j'ai filmées.
00:21:05Mais le réseau Internet
00:21:06est extrêmement lent
00:21:07en Iran.
00:21:08Le régime
00:21:09le ralentit volontairement
00:21:10pour que les opposants
00:21:12aient du mal
00:21:12à communiquer entre eux
00:21:13et à organiser
00:21:15leurs actions.
00:21:16Et pour avoir accès
00:21:17à tous les sites
00:21:18et éviter de me faire repérer
00:21:20par les forces de sécurité,
00:21:21je dois passer
00:21:22par un VPN,
00:21:24un logiciel
00:21:25qui me géolocalise
00:21:26à l'étranger.
00:21:27Parfois,
00:21:28il me faut plus de 24 heures
00:21:29pour envoyer
00:21:30quelques minutes de vidéos.
00:21:39Cela fait maintenant
00:21:40quelques semaines
00:21:40que je n'ai plus
00:21:41de nouvelles d'Omitra.
00:21:43J'ai essayé
00:21:44de la joindre,
00:21:45tenté de me renseigner
00:21:46pour savoir
00:21:47s'il lui était arrivé
00:21:48quelque chose.
00:21:49Mais je n'ai trouvé
00:21:50aucun indice.
00:21:52quand je reçois
00:21:53enfin un signe
00:21:54de sa part.
00:22:03Pour échapper
00:22:04à la surveillance
00:22:05oppressante
00:22:05de sa famille
00:22:06très religieuse,
00:22:07elle leur a fait croire
00:22:08qu'elle partait
00:22:09étudier à Téhéran
00:22:10à plusieurs centaines
00:22:11de kilomètres de là
00:22:13et qu'elle logerait
00:22:14dans un internat
00:22:15de jeunes filles
00:22:16très strictes.
00:22:18alors qu'en réalité,
00:22:20elle continue son combat
00:22:22ailleurs,
00:22:23aux côtés
00:22:24de son petit ami Arash.
00:22:27Ma famille m'a emmenée
00:22:28à la gare
00:22:28et m'a fait monter
00:22:29dans le bus.
00:22:30On avait prévu
00:22:31un plan avec Arash.
00:22:32Il a pris un taxi
00:22:34et a suivi le bus.
00:22:59Dès qu'on est sortis
00:23:00de la ville,
00:23:00j'ai demandé
00:23:01au chauffeur
00:23:02d'arrêter le bus
00:23:03pour que je puisse
00:23:03descendre.
00:23:04Il a été surpris.
00:23:06Il m'a même demandé
00:23:07si j'étais sûre
00:23:08de vouloir descendre.
00:23:13Arash était là
00:23:14avec le taxi.
00:23:15Il faisait nuit,
00:23:16on avait vraiment froid.
00:23:33On ne savait pas
00:23:34où aller.
00:23:43Un garçon et une fille
00:23:44qui se promènent la nuit.
00:23:46Ça pouvait attirer
00:23:47l'attention de la police.
00:23:49On risquait
00:23:49d'être arrêtés.
00:23:53Finalement,
00:23:54on s'est cachés
00:23:54sous un pont
00:23:55pour que personne
00:23:56ne nous voit.
00:24:03et le lendemain,
00:24:04je suis partie
00:24:05à la recherche
00:24:06d'un lieu
00:24:06où dormir.
00:24:12Finalement,
00:24:12j'en ai trouvé
00:24:13un moins cher
00:24:14que les autres,
00:24:15même si c'était
00:24:16encore trop pour moi,
00:24:17qui n'est pas grand-chose.
00:24:27Et puis,
00:24:28j'ai trouvé
00:24:28un petit boulot.
00:24:36En partant ce soir,
00:24:37couvre-toi le visage
00:24:38pour ne pas être reconnu.
00:24:42Tu peux prendre
00:24:43des masques
00:24:43dans mon sac
00:24:44si tu n'en as plus.
00:24:46C'est bon,
00:24:47j'en ai.
00:24:48Garde-les pour toi,
00:24:49c'est plus important.
00:24:51Ça va ?
00:24:51Je vais faire attention,
00:24:52ne t'inquiète pas.
00:24:54Toi,
00:24:55n'oublie pas
00:24:55qu'ils sont sans pitié.
00:24:56Ils frappent tout le monde.
00:24:58Sois prudente.
00:24:59Je reste à mes côtés
00:25:00et il ne se passera rien.
00:25:06Si on m'arrête,
00:25:07je dis que je ne te connais pas.
00:25:09On dit qu'on va faire des courses,
00:25:11qu'on ne fait que passer.
00:25:15mais bon,
00:25:16ce sont des connards,
00:25:17des menteurs
00:25:18et des barbares.
00:25:20Ils te reprocheront
00:25:21toujours quelque chose,
00:25:22même si tu n'as rien fait de mal.
00:25:26Alors,
00:25:26quel est le plan
00:25:26pour ce soir ?
00:25:28Les gars sont en route.
00:25:33Arash,
00:25:34tu n'aurais pas dû laver
00:25:35avec ça.
00:25:36Pourquoi ?
00:25:37Ça marche bien.
00:25:38Ça va rayer le fond.
00:25:41D'accord.
00:25:50Salut Mohsen,
00:25:51comment vas-tu ?
00:25:52Pour ce soir,
00:25:53essaie de nous livrer
00:25:54au moins 1000 tracts.
00:25:59Les gars,
00:26:00ce soir à 23h,
00:26:01on se retrouve
00:26:01à la station 7.
00:26:02« Assurez-vous
00:26:03de porter gants,
00:26:05masques,
00:26:05chapeaux,
00:26:06lunettes de soleil,
00:26:07vêtements confortables
00:26:08et chaussures adaptées.
00:26:09Vous avez l'habitude,
00:26:10on se retrouve tous
00:26:11et ensuite,
00:26:12on se répartira
00:26:13deux par deux
00:26:15et on fait
00:26:15ce qu'on a prévu. »
00:26:19Au revoir.
00:26:28Depuis le début
00:26:29du soulèvement,
00:26:30j'entends parler
00:26:31de ces médecins
00:26:32qui soignent
00:26:33clandestiment
00:26:33les nombreux
00:26:34manifestants blessés.
00:26:36Impossible pour
00:26:37ces derniers
00:26:37de se rendre
00:26:38dans les hôpitaux
00:26:39sous peine
00:26:39d'être dénoncés
00:26:40au régime.
00:26:47Alors,
00:26:48le docteur Sopanier
00:26:49et ses collègues
00:26:49ont décidé
00:26:50de s'engager
00:26:51à leur manière
00:26:51en mettant
00:26:52leurs compétences
00:26:53au service
00:26:53de la cause.
00:26:56Il m'a fallu
00:26:57de longues semaines
00:26:57de discussions
00:26:58pour gagner
00:26:59sa confiance
00:26:59et le convaincre
00:27:01de me laisser
00:27:01de l'accompagner
00:27:02dans ses tournées.
00:27:12Bonjour, docteur.
00:27:14Bonjour,
00:27:14qu'est-ce qui t'arrive ?
00:27:16J'ai très mal
00:27:16à l'œil, docteur.
00:27:18Qu'est-ce que je peux faire ?
00:27:22Ne t'inquiète pas,
00:27:23je vais t'examiner.
00:27:24Tu es au même endroit
00:27:24que la dernière fois ?
00:27:26Oui,
00:27:27je n'ai pas bougé.
00:27:29D'accord.
00:27:30J'arrive,
00:27:31à tout à l'heure.
00:27:51Prends une profonde respiration.
00:27:54Prends une profonde respiration.
00:27:59ton rythme cardiaque
00:28:00est bon.
00:28:01Je vais t'examiner
00:28:02les yeux maintenant.
00:28:10Là, ça ne va pas,
00:28:11ton œil s'est infecté.
00:28:13Je dois demander conseil
00:28:14à un spécialiste.
00:28:15Je te donnerai son numéro
00:28:16pour que tu puisses
00:28:17t'adresser directement
00:28:18à lui.
00:28:19Merci, docteur.
00:28:19Je t'en prie.
00:28:27Je suis médecin
00:28:28depuis dix ans.
00:28:30Mon père était colonel
00:28:32dans la garde impériale
00:28:33du Shah d'Iran.
00:28:35Il n'a pas quitté l'Iran
00:28:36après la révolution islamique,
00:28:37donc il a été arrêté.
00:28:42Des milliers de personnes
00:28:43ont été exécutées
00:28:44en quelques jours.
00:28:48Mon père a été
00:28:49miraculeusement libéré.
00:28:55Mais après sa libération,
00:28:57il était incapable
00:28:58de travailler
00:28:58à cause des tortures
00:28:59physiques et psychologiques
00:29:01qu'il avait subies.
00:29:09Son esprit était brisé
00:29:10et il s'est mis à la retraite.
00:29:13Peu de temps après,
00:29:16il a fait une crise cardiaque
00:29:17et il est mort.
00:29:24J'ai toujours été opposé
00:29:26au régime
00:29:26de la République islamique,
00:29:28mais je n'ai jamais participé
00:29:30à aucune des manifestations.
00:29:33Honnêtement,
00:29:33j'avais peur.
00:29:37Surtout après ce que le régime
00:29:38avait fait subir à mon père.
00:29:41Mais quand la nouvelle
00:29:42de la mort de la jeune fille
00:29:43s'est répandue,
00:29:44la mort de Massa Amini,
00:29:47j'ai pu constater
00:29:48le nombre élevé
00:29:49de blessés
00:29:50et de morts
00:29:51parce que j'étais
00:29:51en première ligne
00:29:52en tant que soignant.
00:29:55J'ai vu également
00:29:56les forces de l'ordre
00:29:57enlever les blessés
00:29:58à l'intérieur de l'hôpital.
00:30:02Je les ai même vus
00:30:03à plusieurs reprises
00:30:04faire disparaître
00:30:05les corps des personnes
00:30:06qu'elles avaient tuées.
00:30:08Si les forces de l'ordre
00:30:09faisaient ça,
00:30:10c'est parce que les blessures
00:30:11des victimes étaient
00:30:12tellement atroces
00:30:13avec de nombreuses plaies
00:30:14et des marques de coups
00:30:15que le régime craignait
00:30:16les réactions des familles
00:30:17de ces victimes.
00:30:19Je me souviens
00:30:20d'une petite fille
00:30:20qui avait reçu
00:30:21un coup de bâton
00:30:22si fort sur la tête
00:30:23que son œil
00:30:24était sorti de son orbite.
00:30:27À ce moment-là,
00:30:29j'ai décidé de réagir
00:30:31et de faire tout ce que je pouvais
00:30:32pour aider les blessés.
00:30:58Vos cicatrices vont mieux.
00:31:00Je vais retirer le pansement
00:31:01pour regarder.
00:31:03Il y a eu des saignements.
00:31:05Je vais changer le pansement.
00:31:07J'ai beaucoup de maux de tête
00:31:08et de vertiges.
00:31:10Ne vous inquiétez pas.
00:31:11Laissez-moi vérifier
00:31:12votre pression artérielle.
00:31:22Vos vertiges sont dus
00:31:23à une baisse de tension.
00:31:24Je vais vous poser une perfusion
00:31:26et vous vous sentirez mieux.
00:31:34Depuis 1979
00:31:35et l'avènement
00:31:36de la République islamique
00:31:38en Iran,
00:31:38à plusieurs reprises,
00:31:40le peuple a tenté
00:31:41de faire tomber le régime.
00:31:45Mais pour la première fois,
00:31:47en ce début février 2023,
00:31:50j'ai l'impression
00:31:51que nous en sommes proches.
00:31:54Dans la rue,
00:31:55on assiste à des scènes
00:31:57que je n'aurais jamais cru voir un jour.
00:31:59Des jeunes iraniennes
00:32:00n'hésitant pas à humilier
00:32:01publiquement dirigeants et religieux.
00:32:10Et à l'étranger,
00:32:12pour la première fois
00:32:13depuis 1979,
00:32:15les opposants en exil
00:32:16de tous bords
00:32:17ont décidé de s'allier
00:32:18pour faire chuter les Molla.
00:32:25Salut Virginie.
00:32:28Aujourd'hui,
00:32:29j'ai eu envie de t'écrire
00:32:30pour partager avec toi
00:32:31mon espoir.
00:32:33Depuis hier,
00:32:34nous avons une coalition
00:32:35de l'opposition iranienne
00:32:36à l'étranger.
00:32:37C'est une grande première.
00:32:40Je sens que cette fois-ci,
00:32:41c'est la bonne.
00:32:45En plus,
00:32:46j'ai vu grâce à mon VPN
00:32:47qu'il y avait des manifestations
00:32:49pour nous soutenir en Europe
00:32:50et même à Paris.
00:32:57Salut Chouresh.
00:33:00Tu m'as peut-être vue
00:33:01sur les images.
00:33:02J'étais à la manifestation parisienne.
00:33:05Oui,
00:33:05il y a une vraie mobilisation
00:33:06pour vous ici.
00:33:17Tu n'imagines pas
00:33:18à quel point c'est important
00:33:19pour nous de savoir tout ça.
00:33:21Ça nous donne de la force
00:33:22et du courage.
00:33:30Mais nos élans d'euphorie
00:33:31sont régulièrement douchés
00:33:33par la réalité quotidienne.
00:33:36Alors que j'ai rendez-vous
00:33:37avec Kaveh,
00:33:38le chauffeur de taxi militant,
00:33:40pour la suite
00:33:40de notre tournage,
00:33:42je tombe sur sa mère
00:33:43inconsolable,
00:33:44au milieu
00:33:45de leur appartement dévasté.
00:33:50Il était 8 heures
00:33:52ou 9 heures du matin.
00:33:54J'ai entendu du monde
00:33:55frapper à la porte.
00:33:56Je suis allée ouvrir.
00:33:58Plusieurs personnes
00:33:59sont entrées,
00:34:00le visage couvert.
00:34:01Je ne les connaissais pas du tout.
00:34:03Je ne savais pas
00:34:04qui ils étaient
00:34:05ni d'où ils venaient.
00:34:06Ils sont entrés
00:34:07dans la chambre.
00:34:09Kaveh dormait.
00:34:11Ils rentraient du travail.
00:34:12Ils l'ont attrapé
00:34:13et ils l'ont emmené.
00:34:18Je n'arrêtais pas
00:34:19de demander
00:34:19qu'est-ce qui s'est passé,
00:34:21pourquoi l'emmenez-vous,
00:34:21qu'a-t-il fait ?
00:34:22Ils m'ont dit
00:34:23qu'ils me tiendraient au courant.
00:34:25Vous ne l'avez pas suivi
00:34:26pour voir où il était emmené ?
00:34:28Non, on ne sait pas
00:34:29où ils l'ont emmené.
00:34:30On ne sait même pas
00:34:31qui étaient ces gens.
00:34:33À mon avis,
00:34:34c'était les services
00:34:34de renseignement
00:34:35des gardiens de la révolution.
00:34:38J'avais entendu dire
00:34:40qu'ils faisaient éruption,
00:34:41qu'ils emmenaient les jeunes.
00:34:43Je n'ai aucune idée
00:34:44de quel crime on l'accuse.
00:34:47Je n'ai aucune nouvelle de lui.
00:34:51Ils ne lui ont rien pris ?
00:34:53Il n'y avait rien de suspect ?
00:34:55Ils ont pris le disque dur
00:34:57de son ordinateur
00:34:57mais n'ont rien trouvé d'autre.
00:35:01Ils m'ont menacé.
00:35:03Je ne dois en parler à personne.
00:35:04J'ai tellement peur
00:35:05qu'il fasse quelque chose
00:35:06à mon fils,
00:35:07comme ils l'ont fait
00:35:08à tant d'autres.
00:35:31Métra, elle, a jusqu'à là
00:35:33réussi à échapper à la police
00:35:35et tente de profiter
00:35:36des plaisirs clandestins
00:35:37que s'octroient régulièrement
00:35:39malgré le danger
00:35:40que cela représente
00:35:41la jeunesse iranienne.
00:35:44C'est important ?
00:35:46Je n'ai pas besoin ?
00:35:59C'est important ?
00:36:02C'est important.
00:36:04C'est parti.
00:36:32Le régime a plusieurs centaines de kilomètres au-delà, mais ne relâche pas la pression pour autant.
00:36:50Oui, maman, salut.
00:36:54Je t'ai dit que j'avais cours aujourd'hui, ça fait dix fois que tu m'appelles.
00:36:57Je suis en classe, je ne peux pas répondre au téléphone.
00:37:02Tu me saoules, j'en peux plus.
00:37:09Je t'ai dit que j'étais en cours toute la journée.
00:37:12Oui, j'ai des cours tous les jours.
00:37:15Ok, je t'enverrai mon emploi du temps.
00:37:19Je te l'ai proposé, mais tu n'en as pas voulu.
00:37:22Tu n'as qu'à appeler l'université.
00:37:27Mais oui, bien sûr que je mets mon voile pour aller à l'université.
00:37:35Ok, maman, ça suffit.
00:37:37J'en ai assez.
00:37:50Après quelques mois de flottement face au mouvement Femmes, Vie, Liberté,
00:37:54le régime est repassé à l'offensive.
00:37:57Le guide suprême nous abreuve de discours de propagande sur les médias d'État.
00:38:01C'est pour la manière d'amuser d'amuser d'amuser d'amuser d'amuser d'amuser d'amuser d
00:38:18'amuser.
00:38:35Dans la rue, une répression encore plus sévère s'organise.
00:38:57Un peu partout, des caméras de surveillance intelligentes
00:39:00sont censées repérer et identifier les femmes ne portant pas le voile.
00:39:08Et les arrestations arbitraires pour étouffer toute résistance se multiplient.
00:39:14Personne n'est à l'abri.
00:39:26Sous-titrage Société Radio-Canada
00:39:48Virginie, c'est moi.
00:39:49J'ai été arrêté, mais j'ai réussi à m'échapper.
00:39:52J'ai dû me cacher quelques jours.
00:39:55J'espère que tu n'as pas essayé de me joindre.
00:39:58Ils ont pris mon téléphone et ma caméra.
00:40:00Si jamais ils se rendent compte que je communique avec une occidentale...
00:40:09Tellement contente d'avoir de tes nouvelles, je n'en pouvais plus d'attendre.
00:40:13Comme promis, je ne t'ai envoyé aucun message, ne t'inquiète pas.
00:40:20En lisant les journaux étrangers sur Internet, je prends la mesure du nombre de victimes de notre mouvement.
00:40:28Près de 600 morts dans les manifestations, dont plusieurs dizaines d'enfants.
00:40:37Plus de 20 000 personnes auraient été arrêtées.
00:40:43Une dizaine a déjà été exécutée.
00:41:03D'autres attendent dans le couloir de la mort.
00:41:08Sans compter ceux qui, comme Corvé, le chauffeur de taxi, manquent toujours à l'appel.
00:41:15Qu'ils aillent tous au diable.
00:41:19Chaque jour, sa mère fait le tour des commissariats et des prisons pour tenter de retrouver sa trace.
00:41:25Il me force à porter le tchador, ce maudit hijab obligatoire.
00:41:31Je suis obligée de porter ça pour m'adresser aux autorités.
00:41:35J'espère qu'ils iront tous en enfer.
00:41:38Je n'ai jamais été confrontée à une telle situation.
00:41:43Mon Dieu, aidez-moi.
00:41:47J'ai tellement peur.
00:41:50Je n'ai pas réussi à manger ni à dormir depuis des jours.
00:42:08Je n'ai qu'un seul fils.
00:42:09Je donnerai ma vie pour lui.
00:42:11Je ne peux pas rester assise et attendre.
00:42:14Et s'il ne me donne que son cadavre, comme tant d'autres...
00:42:22Comment ça va ? Tout va bien ?
00:42:26Je suis arrivée.
00:42:27Je suis juste à côté du tribunal en ce moment.
00:42:31Et personne ne me donne vraiment de réponse.
00:42:35Ils ne te répondront pas.
00:42:39Quand je leur dis son nom, ils me disent qu'il n'est pas là.
00:42:45Oui, j'ai aussi essayé de me renseigner, mais personne ne veut me répondre.
00:42:50Et qu'est-ce qu'on fait pour l'avocat ?
00:42:53J'ai parlé à deux amis.
00:42:54Ils m'ont dit que le tribunal désignerait un avocat commis d'office.
00:42:59Je ne sais pas ce qu'il y a de mieux à faire.
00:43:00Je dois encore y réfléchir.
00:43:07Qu'est-ce que je dois faire ?
00:43:08Ils vont tuer mon fils.
00:43:11Non, ça n'arrivera pas.
00:43:12Ne pleure pas.
00:43:14On va trouver une solution.
00:43:18S'il te plaît, fais quelque chose.
00:43:19Je t'en supplie.
00:43:21Je vais d'abord voir si je peux le trouver.
00:43:24Au moins pour savoir s'il est vivant ou non.
00:43:25Ils m'ont dit que je devais chercher dans les prisons, une par une.
00:43:31Mais lesquelles ?
00:43:33C'est la question que j'ai posée.
00:43:35Ils ne m'ont pas répondu.
00:43:37Ce matin, je les ai entendus dire à des gens de récupérer le cadavre de leur enfant, quelque part.
00:43:42Mais c'était faux.
00:43:43C'était juste pour briser leurs espoirs.
00:43:46Je fais quoi ?
00:43:47Je vais me renseigner.
00:43:49Tu ferais mieux de rentrer chez toi.
00:43:53Rentre chez toi et prends soin de toi.
00:43:57D'accord.
00:43:58Au revoir.
00:43:59Au revoir.
00:44:20Le temps passe.
00:44:23Cela fait maintenant plus de huit mois que le soulèvement a commencé.
00:44:28Nous espérions la chute rapide du régime.
00:44:31Mais nous comprenons désormais qu'il faudra tenir sur la durée.
00:44:35Alors même que le quotidien est chaque jour plus insupportable en Iran.
00:44:45Entre les sanctions économiques internationales et nos dirigeants corrompus qui s'accaparent de quelques richesses qu'il nous reste,
00:44:53la population s'enfonce dans la pauvreté.
00:45:23Somme membres de la misère,
00:45:25ces affiches qui fleurissent dans les grandes vides iraniennes,
00:45:28proposant des organes contre-monnaies sonnantes et trébuchantes.
00:45:45Quand je travaille, je ne gagne jamais assez.
00:45:49Parfois, je cumule deux boulots.
00:45:53Mais tout ce que je gagne part dans le loyer, dans la nourriture.
00:45:59Un jour, j'ai fait des recherches sur Internet pour savoir comment les gens devenaient riches.
00:46:05Et je suis tombé sur une annonce pour vendre son rein.
00:46:15On m'appelle Sina.
00:46:19Je vis seul.
00:46:21Ma mère n'en a rien à faire de moi.
00:46:24Elle dit que je ne suis pas son enfant.
00:46:26Et mon père est un drogué.
00:46:28Il ne s'intéresse qu'à lui-même.
00:46:38J'ai toujours voulu être magicien.
00:46:41Je m'imaginais qu'en devenant magicien, je pourrais jouer dans des films,
00:46:45comme toutes ces stars qui ont des maisons et des voitures et qui peuvent aider les pauvres.
00:46:53Si je parviens à vendre mon rein, je n'aurai plus besoin d'emprunter.
00:46:58Ça me fera un peu d'argent pour mon avenir.
00:47:20Allô ?
00:47:22Bonjour, désolé de vous déranger.
00:47:24J'ai vu votre annonce pour un rein.
00:47:27Est-il encore disponible ?
00:47:30Oui, en effet.
00:47:32Je souhaiterais l'acheter pour 15 500 euros, si vous êtes d'accord, bien sûr.
00:47:37Pour combien ?
00:47:4015 500 euros, en liquide.
00:47:43Ça vaut plus que ça en ce moment.
00:47:48Mon rein est en bonne santé.
00:47:50Je ne bois pas d'alcool, je ne fume pas.
00:47:53Il est sain.
00:47:55Si vous êtes d'accord pour 15 500 euros, enregistrez mon numéro.
00:48:00Rappelez-moi pour qu'on règle ça et que je vous remette l'argent.
00:48:05Non, 15 500, c'est trop peu.
00:48:08Pas de problème.
00:48:09Bonne continuation.
00:48:11Rappelez-moi si vous changez d'avis.
00:48:13Bonne journée.
00:48:14Bonne journée.
00:48:17Qui vendrait un rein pour 15 500 euros ?
00:48:20Ça n'a aucun sens.
00:48:25Qu'est-ce que je vais faire, mon Dieu ?
00:48:2715 500 euros, ce n'est pas assez.
00:48:29J'ai besoin de beaucoup plus.
00:48:32Tu préfères donc avoir l'argent avec un corps handicapé ?
00:48:37Bien sûr.
00:48:39Je préfère vivre en paix pendant deux semaines ou un mois
00:48:43plutôt que de vivre dans le besoin tous les jours.
00:48:46C'est terrible cette souffrance au quotidien.
00:48:49La crainte de ne pas avoir assez d'argent pour acheter du pain,
00:48:52de ne pas vivre correctement.
00:49:11Avec la répression et la surveillance toujours plus grandes,
00:49:15les manifestations se font plus rares.
00:49:20Mais une nouvelle forme de résistance se met en place.
00:49:23Peut-être moins spectaculaire,
00:49:25mais tout aussi courageuse et déterminée.
00:49:47La jeune peintre Golbahor délaisse régulièrement ses pinceaux
00:49:52pour tenter d'entretenir la flamme de l'espérance.
00:49:57Si j'écris ces petits messages,
00:50:00c'est parce qu'en ce moment,
00:50:03les Iraniens portent un fardeau de tristesse
00:50:08et de colère,
00:50:10trop lourd pour leurs épaules.
00:50:15« Avec ça,
00:50:17je veux rappeler que nous devons garder espoir.
00:50:21Parfois, le quotidien est tellement dur.
00:50:26Mais le fait de se souvenir que nous sommes nombreux,
00:50:30que nous sommes là les uns pour les autres,
00:50:34ça apaise nos souffrances
00:50:36et les rends supportables. »
00:50:44Une initiative qui peut paraître anodine à vue d'Occident,
00:50:48mais qui pourrait lui coûter au minimum
00:50:49de longues années de prison.
00:50:56Après plusieurs semaines de recherches vaines,
00:50:59la mère de KV,
00:51:00le chauffeur de taxi,
00:51:02se raccroche désormais
00:51:04à tous les petits signes d'espoir.
00:51:07« Là, je vais dans un marché.
00:51:10Il s'appelle le marché du diable.
00:51:13On m'a dit que je pouvais y trouver
00:51:15des pigeons blancs.
00:51:18C'est ce que je cherche maintenant,
00:51:20un pigeon blanc.
00:51:24Je le relâcherai,
00:51:25dans l'espoir que mon fils soit libéré aussi. »
00:51:36« Donne-lui l'argent. »
00:51:39« Combien ça fait ? »
00:51:40« 40, Thomas. »
00:51:48« Je vais te taper. »
00:51:52« Merci. »
00:51:55« Merci. »
00:51:56« Merci. »
00:52:29Nous avons beaucoup d'espoir et je suis certaine que notre révolution finira par l'emporter.
00:52:39Quant à Mitra et Arash, ils défilent au pouvoir en vivant leur histoire d'amour au grand jour.
00:52:49À la télé, les religieux disent que si nous subissons une grande sécheresse, c'est parce qu'on ne respecte
00:52:55pas l'obligation de porter le hijab, que cela met Dieu en colère.
00:53:00Mais depuis que les femmes enlèvent leur voile, il pleut bien plus souvent.
00:53:12Cette année, il a vraiment beaucoup plu ici, à tel point qu'il y a maintenant une rivière qui traverse
00:53:16notre ville.
00:53:18Arash et moi avons décidé de nous y promener.
00:53:22J'avais dit à Arash que je voulais y aller sans voile.
00:53:31C'est vraiment des super moments.
00:53:33Mais en même temps, j'ai toujours peur qu'il se passe quelque chose.
00:53:38À tout instant, la police peut m'arrêter parce que je ne porte pas le voile.
00:53:44Ou bien un gardien de la révolution peut m'abattre, de loin.
00:53:55Mais enlever mon voile et marcher tête nue me permet de me sentir libre.
00:54:05Surtout aux côtés de mon petit ami.
00:54:10Et c'est aussi pour manifester publiquement mon opposition au régime.
00:54:28Je suis allée au tribunal ce matin.
00:54:30Ils m'ont dit que la lettre pour la libération de KV avait été délivrée.
00:54:33Mais ils ne me l'ont pas donnée.
00:54:35Depuis, j'attends ici.
00:54:36Mais il n'est toujours pas sorti.
00:54:38Je suis tellement inquiète.
00:54:49Oh, le voilà.
00:54:54Il est là.
00:55:00C'est lui.
00:55:12Bonjour, mon fils.
00:55:33Bonjour, maman.
00:55:34Comment vas-tu, mon chéri ? Mon bébé ?
00:55:36Ils vont nous tomber dessus si on reste ici.
00:55:58Tu m'avais promis de faire attention.
00:56:02J'ai fait attention, maman.
00:56:03J'y suis pour rien.
00:56:05Tu n'as pas idée de ce que j'ai vécu pendant tout ce temps.
00:56:10C'est ma voiture.
00:56:11Je savais que tu serais content de la voir.
00:56:13Alors je suis venue avec.
00:56:22Je suis tellement anxieuse.
00:56:24C'est mieux si c'est toi qui conduis.
00:56:36Qu'avec, qu'est-ce que c'est ?
00:56:42C'est une marque de torture ?
00:56:45Non, non.
00:56:46C'est plus comme avant.
00:56:47Ils ne frappent pas.
00:56:48Ils essayent de te briser mentalement.
00:56:50Ils ne t'ont pas torturé ?
00:56:51Ils te torturent psychologiquement.
00:56:54C'est pire que de te battre.
00:56:56Ça me brise le cœur.
00:56:58J'ai été placé à l'isolement pendant 40 jours.
00:57:00Je ne savais pas où j'étais.
00:57:04Je ne pouvais pas savoir si on était le jour ou la nuit,
00:57:07ni quelle heure il était.
00:57:09Il n'y avait personne.
00:57:12Et puis quelqu'un est venu me parler.
00:57:14Je ne savais pas si je pouvais le croire.
00:57:17Il a dit qu'il était juge
00:57:18et que j'avais été condamné à 20 ans de prison.
00:57:22Quelle horreur.
00:57:24Quand ils m'ont emmené en prison,
00:57:26je pensais que j'allais me retrouver
00:57:28au milieu de meurtriers et de criminels.
00:57:31Mais pas du tout.
00:57:34Tous des intellectuels.
00:57:38Toutes les personnes sènent d'esprit
00:57:39qui réfléchissent un peu.
00:57:42Tous sont enfermés là-bas.
00:57:45Ils ont tous été emprisonnés.
00:57:51C'est une université de haut niveau
00:57:53à l'intérieur de la prison.
00:57:59Dieu merci, tu es libre, Kévé.
00:58:02Dieu merci.
00:58:04Sois plus prudent à partir de maintenant.
00:58:06S'il te plaît, nous sommes sous surveillance.
00:58:08Je t'en supplie, j'en peux plus.
00:58:11Il faudra bien qu'ils finissent
00:58:12par dégager un jour.
00:58:14Tu te feras tuer.
00:58:17Au moindre faux pas,
00:58:18ils ne te louperont pas.
00:58:20Tu dois faire attention.
00:58:22Si quelque chose se passe,
00:58:24je manifesterai à nouveau
00:58:26jusqu'à ce que ces salauds soient partis.
00:58:28Fais attention.
00:58:29Tu n'auras pas toujours la chance
00:58:31de t'en sortir vivant.
00:58:51Voilà maintenant plus de 18 mois
00:58:53que je parcours l'Iran
00:58:55pour documenter le soulèvement
00:58:56femme-vie-liberté.
00:58:58A plusieurs reprises,
00:59:00j'ai échappé de justesse
00:59:01à une arrestation.
00:59:03Mais je sens que l'étau se resserre.
00:59:06La police me convoque régulièrement
00:59:08au commissariat,
00:59:10interroge mes proches
00:59:11sur mes allées et venues
00:59:12et mon travail.
00:59:13Il est temps pour moi de partir.
00:59:24Une dernière fois,
00:59:25je m'imprègne de ces paysages,
00:59:28de ces odeurs
00:59:29qui ont bercé toute ma vie.
00:59:35Je ne sais pas ce qui m'attend
00:59:36de l'autre côté de la frontière.
00:59:39Mais une chose est certaine,
00:59:41dès la chute de la République islamique,
00:59:44je serai de retour dans mon pays.
01:00:37Sous-titrage Société Radio-Canada
01:00:52Sous-titrage Société Radio-Canada
01:01:04« Iran, les visages de la colère »,
01:01:07documentaire réalisé par Virginie Plot
01:01:10et Shoresh Afkari,
01:01:11qui nous a donc permis
01:01:13de revivre de l'intérieur
01:01:14le soulèvement femme-vie-liberté
01:01:16qui a durablement secoué le pays.
01:01:18Voilà bientôt 4 ans.
01:01:20Depuis, la guerre fait rage en Iran,
01:01:22déclenchée par les États-Unis
01:01:24et Israël,
01:01:25entre destruction et répression.
01:01:27Comment le peuple iranien
01:01:29fait-il face ?
01:01:30Nous allons nous poser la question
01:01:32maintenant en compagnie
01:01:33de nos deux invités présentes
01:01:35aujourd'hui sur ce plateau
01:01:36de débattre.
01:01:37Azadekian, pour commencer,
01:01:39bienvenue à vous.
01:01:40Vous êtes sociologue,
01:01:41professeur émérite
01:01:42à l'Université de Paris-Cité,
01:01:44spécialiste de l'Iran contemporain.
01:01:46Vous êtes l'auteur de
01:01:48« Femmes et pouvoirs en islam »,
01:01:50un ouvrage publié
01:01:51aux éditions Michalon.
01:01:53Sorour Kasma est également avec nous.
01:01:55Bienvenue à vous.
01:01:56Vous êtes romancière franco-iranienne
01:01:59et vous dirigez aux éditions
01:02:00Actes Sud
01:02:00la collection Horizon Persan,
01:02:03dédiée aux littératures afghanes
01:02:05et iraniennes.
01:02:07Votre dernier roman s'intitule
01:02:08« Ennemi de Dieu ».
01:02:10Il est disponible
01:02:11chez Robert Laffont.
01:02:13Nous venons de revivre
01:02:14avec ce documentaire,
01:02:16ce fameux mouvement
01:02:17« Femmes, vie, liberté »
01:02:18qui, rappelons-le,
01:02:19avait vu le jour
01:02:21après le 16 septembre 2022
01:02:23et le décès de Masha Aminist,
01:02:27un mouvement qui a duré
01:02:28de longs mois en Iran.
01:02:29Il y a bientôt maintenant
01:02:31quatre ans,
01:02:32depuis l'eau a coulé,
01:02:33bien sûr,
01:02:34la guerre a fait rage en Iran
01:02:36à plusieurs reprises.
01:02:37Tout d'abord en juin 2025,
01:02:40c'est ce qu'on a appelé
01:02:42la guerre des douze jours.
01:02:43Avec l'attaque
01:02:46des installations nucléaires iraniennes
01:02:47par les Israéliens
01:02:49et aussi les Américains.
01:02:50Et puis, bien sûr,
01:02:51la guerre déclenchée cette fois
01:02:54à nouveau par les Etats-Unis et Israël.
01:02:57C'était le 28 février dernier,
01:03:00avec ce cessez-le-feu intervenu
01:03:02sur place entre Iran,
01:03:05Etats-Unis et Israël,
01:03:07sur place depuis le 8 avril dernier.
01:03:11Évidemment,
01:03:12nous nous interrogeons
01:03:12sur la manière
01:03:13dont vivent
01:03:15ces destructions
01:03:16et la répression
01:03:17sur place
01:03:18aujourd'hui
01:03:19les Iraniens.
01:03:21J'ai quelques chiffres,
01:03:22vous allez peut-être pouvoir
01:03:23les compléter
01:03:24d'une certaine manière.
01:03:26émanant du croissant iranien,
01:03:29je crois,
01:03:30115 000 destructions,
01:03:31notamment de bâtiments,
01:03:33à la fois des bâtiments publics,
01:03:35des bâtiments privés,
01:03:37ont eu lieu depuis le début
01:03:39de cette guerre.
01:03:41Donc, destruction,
01:03:42déplacement de population.
01:03:43plus de 3 millions d'Iraniens
01:03:44ont été soit déplacés,
01:03:47soit se trouvent
01:03:47sans logis
01:03:48aujourd'hui.
01:03:49Explosion de l'inflation,
01:03:51explosion du chômage.
01:03:53Dans quelles conditions
01:03:54vivent les Iraniens
01:03:55aujourd'hui
01:03:56dans cette période
01:03:57que nous connaissons
01:03:57où des négociations
01:03:59sont en cours
01:04:00pour essayer de sortir
01:04:01de ce conflit ?
01:04:03La situation
01:04:03est très, très difficile.
01:04:05Bien évidemment,
01:04:06vous avez parlé
01:04:06des 3 millions
01:04:07de déplacés,
01:04:08115 000 immeubles
01:04:09résidentiels
01:04:10et commerciaux
01:04:11qui ont été bombardés.
01:04:1330 000 bombes
01:04:15qui ont été larguées
01:04:16sur l'Iran,
01:04:17donc en particulier
01:04:18sur Téhéran
01:04:19et aussi Ismaël.
01:04:20Ce sont les deux villes
01:04:22les plus touchées.
01:04:23Donc, si vous voulez,
01:04:24le taux de chômage
01:04:25a beaucoup augmenté.
01:04:26Le taux de chômage
01:04:26était déjà très élevé,
01:04:27mais a beaucoup augmenté.
01:04:29Pourquoi ?
01:04:29Parce qu'il y a
01:04:30un certain nombre d'emplois
01:04:32qui ont bien sûr disparu
01:04:33et quand, par exemple,
01:04:35l'industrie de pétrochimie
01:04:36ou la sidérurgie
01:04:38à Ismaël, par exemple,
01:04:39ont été bombardés,
01:04:40eh bien, à chaque fois,
01:04:41il y a plusieurs dizaines
01:04:42de milliers de personnes
01:04:43qui travaillaient
01:04:44dans ces industries
01:04:45qui ont perdu aussi
01:04:46leur emploi.
01:04:47Le secteur de construction
01:04:48qui a employé énormément
01:04:49de gens en Iran
01:04:50qui ne fonctionnent plus
01:04:52et à cela s'ajoutent,
01:04:53bien évidemment,
01:04:54d'autres secteurs touchés.
01:04:55Donc, le taux de chômage
01:04:56a beaucoup augmenté.
01:04:57Je connais même
01:04:57des entrepreneurs
01:04:58qui ont mis la clé
01:04:59sur la porte, bien sûr,
01:05:00et ont dû licencier
01:05:02leurs employés.
01:05:03Donc, la situation
01:05:04est très difficile.
01:05:06L'inflation a voisin
01:05:07les 100 %
01:05:09et, bien évidemment,
01:05:10l'État
01:05:11n'aide pas la population.
01:05:12Il faut savoir
01:05:13que les gens
01:05:14qui ont déjà perdu
01:05:15leur maison
01:05:16en juin 2025
01:05:18et qui ont été bombardés
01:05:19par les bombardiers israéliens
01:05:21n'ont pas pu encore
01:05:23regagner leurs logements
01:05:24parce que les logements
01:05:25n'ont pas été refaits.
01:05:27Donc, voilà,
01:05:28on en est là.
01:05:29C'est une situation
01:05:30très, très, très difficile
01:05:31pour la majorité écrasante
01:05:33des Iraniens
01:05:34qui habitent
01:05:35dans les villes
01:05:36très touchées
01:05:37par la guerre.
01:05:39Ils vivent reclus
01:05:41chez eux,
01:05:42les Iraniens.
01:05:42Les femmes iraniennes,
01:05:43semble-t-il,
01:05:43sont revenues
01:05:44pour beaucoup au foyer
01:05:45dans cette situation.
01:05:47Beaucoup de chômage
01:05:48du côté
01:05:48de la population iranienne
01:05:50et notamment
01:05:51des hommes,
01:05:52également.
01:05:53Vous avez cité
01:05:54un certain nombre
01:05:55de secteurs.
01:05:56Ils vivent reclus,
01:05:57ces Iraniens,
01:05:58aujourd'hui,
01:05:58chez eux.
01:05:58Ils attendent
01:06:00la suite ?
01:06:01En partie parce que
01:06:02entre la guerre
01:06:03des 12 jours
01:06:04du mois de juin
01:06:05et la guerre
01:06:05des 40 jours
01:06:06de là,
01:06:08il y a eu
01:06:08ce crime
01:06:09contre l'humanité
01:06:10avec 36 500
01:06:13Obama
01:06:14de victimes.
01:06:15Et là,
01:06:15nous sommes bien sûr
01:06:16en janvier dernier.
01:06:17Voilà,
01:06:17c'était les 8 et 9 janvier
01:06:19en 48 heures.
01:06:20Et ce qui fait que,
01:06:22donc,
01:06:22il y a eu le blackout
01:06:23et le blackout
01:06:24a non seulement
01:06:26au fait
01:06:28la fonction
01:06:29d'une sorte
01:06:29de rideau de fer,
01:06:30de chape de plomb
01:06:31sur la population,
01:06:34mais il y a aussi
01:06:34tous ces commerces
01:06:37en ligne
01:06:37qui fonctionnaient.
01:06:39Moi,
01:06:39j'ai des amis
01:06:39à Téhéran
01:06:40qui avaient
01:06:41des commerces
01:06:42sur Instagram,
01:06:44sur Telegram,
01:06:45etc.,
01:06:46qui sont
01:06:47pratiquement au chômage.
01:06:48Ils n'ont plus
01:06:49de rentrée d'argent
01:06:50parce que,
01:06:51au fait,
01:06:52cette mesure
01:06:54sécuritaire,
01:06:55si vous voulez,
01:06:56prise par
01:06:57le régime,
01:06:59a aussi
01:06:59des conséquences
01:07:01économiques.
01:07:02depuis le 28 février dernier,
01:07:05Internet est coupé.
01:07:06Complètement coupé.
01:07:08En Iran.
01:07:08Oui,
01:07:09et il n'y a que
01:07:09des gens
01:07:10qui ont,
01:07:11si vous voulez,
01:07:11l'approbation
01:07:12du régime
01:07:13qu'on appelle
01:07:14maintenant
01:07:14les cartes
01:07:17SIM blanches,
01:07:18apparemment,
01:07:19qui peuvent
01:07:20utiliser Internet.
01:07:21Et ces jours-ci,
01:07:22il y a
01:07:22une discussion
01:07:23au Parlement
01:07:24sur une sorte
01:07:25d'Internet
01:07:27de classe.
01:07:28On appelle ça
01:07:29Internet de classe.
01:07:30C'est-à-dire
01:07:31certaines catégories
01:07:33de la population
01:07:34auraient droit
01:07:35moyennant
01:07:36argent
01:07:37d'avoir accès
01:07:39à Internet
01:07:39et les autres,
01:07:40non.
01:07:40Donc,
01:07:41Internet,
01:07:41qui est une sorte
01:07:42de service universel,
01:07:44une sorte de liberté
01:07:45de droit de l'homme,
01:07:46de droit humain,
01:07:47on pourrait dire,
01:07:49serait réservé
01:07:50juste à une catégorie
01:07:52de...
01:07:52Donc,
01:07:53si on veut
01:07:54voir aussi
01:07:55psychologiquement
01:07:56ce qui arrive
01:07:57à cette population-là
01:07:59entre deux épisodes
01:08:02de guerre
01:08:02et un épisode
01:08:04de crime
01:08:05de bain de sang,
01:08:07je dois dire
01:08:08que c'est une sorte
01:08:09de désespoir,
01:08:12de découragement,
01:08:14mais les aspirations
01:08:16à la liberté,
01:08:18au changement
01:08:18sont toujours là.
01:08:19On sent
01:08:20dans les conversations
01:08:22qui sont maintenant
01:08:23très, très rares
01:08:24parce qu'il faut
01:08:25qu'il y ait quand même
01:08:26connexion
01:08:27pour qu'on puisse avoir...
01:08:28Et puis,
01:08:28ce n'est pas anodin,
01:08:29un petit SMS
01:08:30même à sa cousine
01:08:32à l'étranger
01:08:33où une photo
01:08:34peut être passible
01:08:36d'arrestation
01:08:37et même de procès.
01:08:41Le régime en place,
01:08:43ce qu'il en reste,
01:08:43en tout cas,
01:08:44pouvait espérer
01:08:45peut-être
01:08:46un nationalisme,
01:08:48un mouvement
01:08:49de soutien
01:08:50dans cette période
01:08:51toute particulière
01:08:52et particulièrement
01:08:54destructrice
01:08:54qui est en train
01:08:55de traverser l'Iran.
01:08:56Ça n'a pas été le cas ?
01:08:58Écoutez,
01:08:58moi,
01:08:59si vous permettez,
01:09:00très rapidement,
01:09:00je dois dire
01:09:01que ce sont surtout
01:09:01les femmes
01:09:02qui travaillaient
01:09:03dans le secteur informel
01:09:04de l'économie
01:09:05qui ont été aussi touchées
01:09:06par la guerre
01:09:07parce que,
01:09:08vous savez,
01:09:08les femmes sont
01:09:09les plus précaires
01:09:10et c'est effectivement
01:09:11aussi les emplois
01:09:12les plus précaires
01:09:13aussi qui ont été touchés.
01:09:15Donc,
01:09:15elles sont encore plus pauvres
01:09:16qu'avant ces femmes
01:09:18et que le régime
01:09:19reste en place,
01:09:20on le sait.
01:09:21Ce fameux réflexe
01:09:22du drapeau,
01:09:22c'est comme ça
01:09:23qu'il est surnommé
01:09:24ici ou là,
01:09:25il n'a pas eu lieu
01:09:26en Iran.
01:09:27Il a été espéré,
01:09:28pourtant,
01:09:28par un certain nombre
01:09:29de membres
01:09:29de ceux qui dirigent
01:09:30ce pays aujourd'hui.
01:09:31Pas pour soutenir le régime,
01:09:35mais pour soutenir
01:09:36le pays ici.
01:09:37C'est-à-dire qu'il y a
01:09:38un certain nombre
01:09:39d'Iraniens de l'Iran
01:09:39qui, avant le début
01:09:40de la guerre,
01:09:41par exemple,
01:09:42étaient en faveur
01:09:43d'une guerre
01:09:45ciblée par les États-Unis
01:09:47en pensant que le régime
01:09:48serait affaibli
01:09:49et que ça allait
01:09:50précipiter la chute au régime.
01:09:52Mais après les bombardements,
01:09:53les destructions,
01:09:54ce qu'ils ont pu voir,
01:09:55il y a aussi
01:09:563 500 tués
01:09:58parmi les civils,
01:09:59dont beaucoup d'enfants,
01:10:00beaucoup de femmes.
01:10:00Eh bien,
01:10:01la population a changé d'avis.
01:10:03Aujourd'hui,
01:10:04je ne vois personne
01:10:05qui espère
01:10:06que la guerre continue.
01:10:07Au contraire,
01:10:08tout le monde espère
01:10:09qu'il y a une paix durable.
01:10:11Et pourtant,
01:10:12il n'y a pas de,
01:10:13si vous voulez,
01:10:14l'effet de drapeau,
01:10:15si vous voulez.
01:10:16Sauf que les Iraniens
01:10:17aiment leur pays
01:10:18et donc souhaitent
01:10:19que le pays
01:10:20ne soit pas fragilisé,
01:10:22que le pays
01:10:22ne soit pas fragmenté.
01:10:25Il y a tout ça
01:10:25qu'on constate,
01:10:27effectivement.
01:10:28Est-ce qu'on assiste
01:10:28un peu à une guerre
01:10:29des images ?
01:10:30Du côté occidental,
01:10:32parce qu'on voit
01:10:32une partie de la population
01:10:34à travers ces images
01:10:35souvent émises
01:10:36par les gouvernants
01:10:37iraniens aujourd'hui
01:10:38avec des soutiens
01:10:39dans la rue,
01:10:42notamment en Téhéran.
01:10:42Ça, c'est la base idéologique
01:10:44du régime
01:10:44qui l'a toujours fait venir
01:10:46sur les places publiques
01:10:47pour en faire des spectacles,
01:10:49etc.
01:10:50Ce n'est pas la population.
01:10:52Mais pour aller dans le sens
01:10:54de ce que disait Azadeh,
01:10:57au fait,
01:10:57c'est ça.
01:10:58C'est-à-dire que,
01:10:59vous savez,
01:11:00le patriotisme iranien
01:11:01est toujours très attaché
01:11:04à sa terre,
01:11:04à son histoire,
01:11:06à sa littérature,
01:11:07etc.
01:11:08Mais le régime
01:11:10a un problème
01:11:11avec cette identité
01:11:13pré-islamique
01:11:14et iranienne
01:11:15de la nation iranienne.
01:11:19Je me souviens
01:11:20quand Khomeini
01:11:21avait pris le pouvoir
01:11:22au début,
01:11:23il disait,
01:11:24on ne dit plus nation,
01:11:26on dit omat.
01:11:27Omat,
01:11:28ça veut dire
01:11:28la communauté musulmane.
01:11:30On ne dit plus citoyen,
01:11:33on dit fidèle
01:11:34ou croyant.
01:11:35Donc,
01:11:36il y avait une révolution
01:11:37sémantique
01:11:37qu'il voulait installer.
01:11:39Aujourd'hui,
01:11:40il est vrai qu'au début,
01:11:42après cet épisode
01:11:44du mois de janvier
01:11:45où il y a eu
01:11:46ce bain de sang,
01:11:47le désespoir
01:11:49était tel
01:11:50que beaucoup de gens
01:11:51en Iran
01:11:51demandaient
01:11:52une intervention
01:11:53pour aider
01:11:56la population.
01:11:58Pas une intervention
01:11:59pour la bombarder.
01:12:02Vous voyez ?
01:12:02Ou des annonces
01:12:04comme
01:12:05ramener le pays
01:12:06à l'âge de pierre
01:12:08ou faire éteindre
01:12:11une civilisation
01:12:12qu'on a entendue.
01:12:13La réaction du président américain.
01:12:14C'est complètement antagoniste
01:12:16par rapport
01:12:17à cet espoir
01:12:18qu'il y avait au début
01:12:19qui était
01:12:20pour aller vers,
01:12:22peut-être débarrasser
01:12:23de ce régime
01:12:24mais finalement,
01:12:25aujourd'hui,
01:12:26avec les destructions,
01:12:27avec les destructions,
01:12:28surtout sur les infrastructures,
01:12:29on voit que plonger
01:12:31un pays
01:12:32dans le noir
01:12:34ou le problème
01:12:35du gaz
01:12:36ou le chômage
01:12:38qui s'en est suivi,
01:12:40tout ça,
01:12:40ça ne peut pas être
01:12:41dans le sens
01:12:41de la liberté
01:12:42de cette nation.
01:12:44Le tout
01:12:45sous une forte répression.
01:12:48Vous avez peut-être
01:12:48quelques chiffres
01:12:49à nous donner
01:12:49pour illustrer
01:12:50la forme
01:12:51que prend cette répression
01:12:52exercée par le régime
01:12:53en place aujourd'hui
01:12:54du côté de la population.
01:12:56Avant la répression,
01:12:57je voudrais très rapidement
01:12:58dire que ce sont
01:12:59les gens du régime,
01:13:01les tenants du régime
01:13:01qui aujourd'hui font appel
01:13:02au nationalisme
01:13:04des Iraniens
01:13:05pour effectivement
01:13:07les rassembler
01:13:08autour de ce régime.
01:13:10C'est intéressant,
01:13:11il n'y a plus d'islam
01:13:12dans leur allocution,
01:13:14dans les déclarations écrites,
01:13:15il n'y a plus
01:13:16le mot islam,
01:13:17c'est la nation iranienne,
01:13:19c'est la grande nation iranienne,
01:13:20etc.
01:13:20En ce qui concerne
01:13:22la répression,
01:13:23malheureusement,
01:13:23on n'a pas de chiffres.
01:13:24Par exemple,
01:13:25déjà,
01:13:25pour le mois de janvier,
01:13:30on parle de 30 000,
01:13:31mais moi,
01:13:32les chiffres que j'ai vus
01:13:33des organisations
01:13:34de la défense
01:13:34des droits humains,
01:13:36dont une qui est basée
01:13:37aux Etats-Unis,
01:13:38Arana,
01:13:40pour l'instant,
01:13:41ils ont identifié
01:13:426 700 tués.
01:13:44Donc,
01:13:44en fait,
01:13:46voilà,
01:13:46et les investigations
01:13:47continuent.
01:13:48Malheureusement,
01:13:48il y a eu la guerre,
01:13:49donc leur travail
01:13:50d'investigation
01:13:51n'a pas pu être,
01:13:52n'a pas pu continuer.
01:13:54Pour,
01:13:55en ce qui concerne
01:13:56les gens en prison...
01:13:57Depuis le début de la guerre,
01:13:58cette répression continue
01:13:59et semble-t-il,
01:14:00s'accentue.
01:14:01Avec des exécutions capitales
01:14:03mises en oeuvre,
01:14:03c'est bien ça ?
01:14:04Absolument,
01:14:05il y a pratiquement
01:14:05chaque jour
01:14:06plusieurs personnes
01:14:08qui ont été arrêtées
01:14:10en janvier,
01:14:11pendant les émeutes de janvier,
01:14:12ou alors étaient déjà
01:14:13prisonniers politiques
01:14:15qui sont exécutés.
01:14:18Alors,
01:14:18on n'a pas de chiffres exacts,
01:14:19mais on parle
01:14:20de plusieurs dizaines
01:14:21de prisonniers politiques
01:14:23qui auraient été exécutés
01:14:24depuis le mois de janvier
01:14:25jusqu'à aujourd'hui.
01:14:28Effectivement,
01:14:29alors je ne parle même pas
01:14:29des personnes,
01:14:30des prisonniers
01:14:31de droits communs,
01:14:32dont le nombre
01:14:33avoisine
01:14:34les plusieurs centaines
01:14:36depuis le mois de janvier
01:14:382026.
01:14:39Donc,
01:14:39la répression est féroce,
01:14:40effectivement.
01:14:41Oui,
01:14:41je voudrais dire que
01:14:42si nous avons des chiffres,
01:14:44mais ces chiffres sont
01:14:45un minima
01:14:46et il faut encore,
01:14:47le travail de la documentation
01:14:49doit continuer
01:14:50parce qu'on n'a pas eu
01:14:51beaucoup de temps
01:14:52et beaucoup de moyens
01:14:53pour le faire.
01:14:53Par exemple,
01:14:54l'ONG
01:14:55de Abderrahman
01:14:57Bourouman
01:14:58qui est donc
01:14:59qui est aux Etats-Unis
01:15:01vient de donner
01:15:03ce matin
01:15:03ou hier
01:15:04le chiffre
01:15:05de 612 exécutions
01:15:06en 2026,
01:15:09dont 15 seulement
01:15:10au mois d'avril.
01:15:12Et la majorité
01:15:13des gens exécutés
01:15:15le sont
01:15:16pour
01:15:17avoir été
01:15:19donc participé
01:15:21aux manifestations
01:15:22du mois de janvier.
01:15:23Ou, par exemple,
01:15:24pour l'année 2025,
01:15:26nous avons
01:15:26Iran Human Rights
01:15:28qui a donné
01:15:29un chiffre
01:15:30de,
01:15:31je crois,
01:15:32c'était de
01:15:353619 exécutions.
01:15:36Donc,
01:15:37les chiffres
01:15:38commencent
01:15:38à sortir.
01:15:39Nous avons des chiffres
01:15:40et d'ailleurs,
01:15:41le chiffre
01:15:41de 36 500
01:15:43avait été
01:15:44avancé
01:15:45par
01:15:45Shirin Ebadi
01:15:46qui est
01:15:47la lauréate
01:15:502003
01:15:52du prix Nobel
01:15:54de la paix
01:15:54qui avait travaillé
01:15:56avec des ONG
01:15:57qui,
01:15:57elles,
01:15:58étaient en contact
01:15:59avec les médecins
01:16:00dans les hôpitaux
01:16:01iraniens
01:16:02et donc
01:16:04à l'intérieur
01:16:05de la paix.
01:16:06Mais cependant,
01:16:07il faut encore
01:16:08tout faire
01:16:09recouper,
01:16:11recroiser,
01:16:12etc.
01:16:12Autrement dit,
01:16:13le régime en place
01:16:13exerce
01:16:14une terreur
01:16:15auprès de sa population
01:16:17aujourd'hui.
01:16:17Vous diriez
01:16:18des choses comme ça ?
01:16:19Exactement,
01:16:19et cette répression
01:16:20aujourd'hui,
01:16:21par exemple,
01:16:22nous voyons
01:16:22dans les...
01:16:23Parce que tous les jours,
01:16:24il y a
01:16:25une ou deux
01:16:26pendaisons
01:16:27en Iran.
01:16:28Et la plupart,
01:16:29si vous regardez
01:16:29le profit
01:16:30de ces jeunes,
01:16:31parfois de 17,
01:16:3318,
01:16:3319 ans,
01:16:34sont tous...
01:16:35ont été arrêtés
01:16:36pendant les manifestations
01:16:38et sont tous condamnés
01:16:40ou accusés
01:16:41d'avoir été
01:16:42ou en intelligence
01:16:43avec l'ennemi
01:16:45ou avoir mis
01:16:47la sécurité
01:16:48de l'État
01:16:48en danger,
01:16:50etc.
01:16:51Dans le contexte
01:16:52que nous avons,
01:16:53économique et social,
01:16:55que nous avons tenté
01:16:56de définir
01:16:57il y a un instant,
01:16:59ce côté
01:17:00répressif,
01:17:02cette terreur
01:17:03exercée par le pouvoir,
01:17:05peut-elle tenir ?
01:17:07Et jusqu'où
01:17:08aller dans la terreur
01:17:09à ce moment-là ?
01:17:10Pour l'instant,
01:17:11c'est pour intimider
01:17:12la population.
01:17:13La population
01:17:14qui est très mécontente,
01:17:15bien évidemment,
01:17:17du fait des problèmes
01:17:18économiques et sociaux
01:17:20dont on a énuméré
01:17:21rapidement,
01:17:22mais afin
01:17:22de les empêcher
01:17:23de sortir davantage
01:17:24dans la rue
01:17:25aujourd'hui,
01:17:26par exemple,
01:17:26pendant le cessez-le-feu,
01:17:28et afin de les intimider,
01:17:29non seulement
01:17:30ils exécutent davantage
01:17:31et c'est de façon
01:17:33expéditive.
01:17:34Souvent,
01:17:34on sait que,
01:17:35par exemple,
01:17:36les procès
01:17:37se font en visio,
01:17:39il n'y a pas d'avocat,
01:17:40donc en fait,
01:17:41ce sont des procès
01:17:42expéditifs,
01:17:43d'une part,
01:17:44et d'autre part,
01:17:44ils envoient maintenant
01:17:46des...
01:17:46Même les avocats
01:17:47prennent des risques
01:17:48en allant défendre
01:17:49les accusés.
01:17:49Il y a des avocats
01:17:50qui se font arrêter,
01:17:51absolument,
01:17:52et ils envoient aussi,
01:17:53je sais,
01:17:53à Téhéran,
01:17:54par exemple,
01:17:55leurs partisans,
01:17:57un peu intimider
01:17:58aussi la population
01:17:59dans les quartiers
01:18:00à travers des patrouilles,
01:18:02etc.
01:18:02Est-ce que ça illustre
01:18:03le changement de régime
01:18:04que vous décrivez,
01:18:05d'ailleurs,
01:18:05dans une interview
01:18:06que vous avez fait
01:18:07assez récemment
01:18:08au Grand Continent ?
01:18:09Vous dites,
01:18:10voilà,
01:18:10on est passé d'un régime
01:18:11des Molas
01:18:12au régime militaire.
01:18:14Absolument.
01:18:15Ceux qui prennent
01:18:16des décisions
01:18:16sont des militaires,
01:18:17quand je dis des militaires,
01:18:18c'est surtout
01:18:18des gardiens de la Révolution
01:18:20qui sont maintenant,
01:18:21qui ont occupé vraiment
01:18:23des centres de décision
01:18:25et donc,
01:18:26pour l'instant,
01:18:27ce sont eux
01:18:28qui sont au pouvoir.
01:18:30Les Molas,
01:18:31il y a Moustaba Khamenei,
01:18:32le fils de Khamenei
01:18:33qui est absent,
01:18:34on ne le voit pas,
01:18:35visiblement,
01:18:35il a été très blessé
01:18:39pendant le 28 février
01:18:41lorsque son père
01:18:42a été tué,
01:18:43etc.
01:18:43Mais en tout cas,
01:18:44les décisions sont prises
01:18:45par des militaires,
01:18:48y compris le président
01:18:50du Parlement
01:18:50qui lui-même
01:18:51était un ancien militaire.
01:18:53Merci,
01:18:53ce sera le mot de la fin.
01:18:55Trop peu de temps
01:18:56passé ensemble
01:18:57pour parler de ce sujet,
01:18:58de la situation
01:18:58des Iraniens aujourd'hui
01:19:00entre destruction du pays,
01:19:02dû à cette guerre
01:19:03et répression exercée
01:19:05par le régime en place
01:19:06aujourd'hui
01:19:07du côté iranien.
01:19:09Merci aussi
01:19:09à Emry Colanier,
01:19:10félicité Gavalda
01:19:11qui, comme à l'accoutumée,
01:19:12m'ont aidé à préparer
01:19:13cette émission.
01:19:14Vos réactions,
01:19:15ce sera sur
01:19:16hashtag
01:19:16débat doc,
01:19:18prochain rendez-vous
01:19:18avec débat doc,
01:19:19ce sera bien entendu
01:19:20avec son documentaire
01:19:21et son débat
01:19:23à la même place
01:19:23et à la même heure.
01:19:24A bientôt.
01:19:24Sous-titrage Société Radio-Canada
01:19:36Sous-titrage Société Radio-Canada
01:19:39Sous-titrage Société Radio-Canada
01:19:40Sous-titrage Société Radio-Canada
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