- il y a 2 jours
Les images montrant des milliers d'afghans à l'aéroport de Kaboul en 2021 cherchant à fuir leur pays suite à la reprise de la capitale par les talibans ont fait le tour du monde. Bientôt cinq ans après ces évènements, le pays est frappé par une forte crise économique et humanitaire et les droits des femmes n'ont jamais été autant bafoués. Pourtant, le régime taliban, reconnu officiellement par la Russie en 2025, semble aujourd'hui en passe de réintégrer la communauté internationale.Pour en parler, Jean-Pierre Gratien reçoit Chékéba Hachemi, ancienne diplomate afghane et présidente de l'association Afghanistan libre et Gilles Dorronsoro, Professeur de science politique à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.
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00:00:16Bienvenue à tous, direction l'Afghanistan aujourd'hui dans ce débat doc avec le documentaire qui suit.
00:00:22Pour commencer, les échappées de Kaboul, où l'histoire étonnante, vous allez le voir,
00:00:26de l'exfiltration de l'équipe féminine afghane de cyclisme, juste après le retour des talibans au pouvoir.
00:00:33Voilà, bientôt 5 ans.
00:00:34Je vous laisse le découvrir et je vous retrouverai juste après sur ce plateau,
00:00:38en compagnie de l'ancienne diplomate afghane Shekeba Hashemi
00:00:43et du professeur de sciences politiques Gilles Doron-Soro.
00:00:46Avec eux, nous nous interrogerons sur la glaçante situation politique et sociale
00:00:51que connaît aujourd'hui l'Afghanistan.
00:00:54Bon doc.
00:01:14L'Afghanistan souffre aujourd'hui d'un apartheid sexuel.
00:01:21Le pays souffre sous le régime taliban.
00:01:24Il s'agit d'une élimination totale ou d'une tentative d'élimination des femmes de la société par les
00:01:29talibans.
00:01:33Pour un taliban, une femme sur un vélo est réputée impure et donc son intégrité physique est directe à menacer.
00:01:44Elles peuvent être persécutées, arrêtées, torturées, voire tuées.
00:01:55On a donc créé une chaîne humanitaire pour sauver ces filles cyclistes.
00:02:01C'était une opération complètement déraisonnable, un peu folle et il aurait été beaucoup plus facile de rester les bras
00:02:09croisés, les deux pieds sur son bureau.
00:02:12C'était une opération très secrète.
00:02:16J'étais tellement anxieux et effrayé à l'idée que ces filles meurent à cause de nous.
00:02:23Il y a eu tellement de rebondissements.
00:02:28Ces jeunes filles n'avaient aucun avenir après avoir connu l'éducation, l'ouverture d'esprit, des perspectives de leur
00:02:37vie.
00:02:37Du jour au lendemain, on leur disait, eh bien c'est terminé.
00:02:40Du jour au lendemain, on éteint la lumière dans votre chambre.
00:02:44C'est ça ce qui s'est passé avec l'arrivée des talibans.
00:02:47Alors ensuite, on a reconstruit, si j'ose dire, un réseau d'exfiltration pour les sortir de cet enfer.
00:04:02Ça a toujours été très difficile pour les femmes de faire du vélo en Afghanistan.
00:04:09La société ne l'acceptait pas.
00:04:12C'était déjà le cas avant l'arrivée des talibans.
00:04:27Un jour, par hasard, j'ai croisé l'équipe nationale de cyclisme mixte.
00:04:39Et j'ai commencé à m'entraîner.
00:04:58Quand on a commencé à faire du vélo, ma soeur et moi, certaines personnes de notre entourage se sont plaintes
00:05:04à nos parents.
00:05:08Elle leur demandait pourquoi ils nous autorisaient à en faire.
00:05:19Dès que je sortais de chez moi pour me rendre à l'entraînement, je me faisais insulter jusqu'au moment
00:05:26où je rentrais à la maison.
00:05:30On ne pouvait pas sortir seul parce qu'on risquait d'être arrêté, on risquait d'être tabassé ou frappé
00:05:39ou enlevé.
00:05:57Au début, c'était des femmes qui nous insultaient ou nous harcelaient.
00:06:02C'était très dur.
00:06:05Mais avec le temps, les choses ont changé et elles ont commencé à nous encourager.
00:06:23Pour moi, le vélo est un symbole de liberté et de résistance.
00:06:31Je voulais montrer que les filles peuvent faire du vélo et pratiquer d'autres sports, comme les hommes.
00:06:43Après l'arrivée des talibans, le pire est arrivé.
00:06:50Tous nos rêves de femme et notre avenir ont été anéantis.
00:07:18Quand j'ai commencé à travailler en Afghanistan, je n'étais pas dans le cyclisme.
00:07:22J'intervenais dans des prisons pour femmes.
00:07:27J'ai construit une école pour les sourds.
00:07:29Je travaillais dans des écoles isolées dans les montagnes.
00:07:32Je voyageais dans tout le pays.
00:07:35Et comme je suis une adepte du VTT, j'étais très intriguée par cette barrière entre les sexes.
00:07:41Pourquoi je ne voyais pas de filles à vélo ?
00:07:43J'ai tout de suite soutenu l'équipe nationale de cyclistes Margan.
00:07:49Les cyclistes étaient menacés.
00:07:51Elles étaient victimes de harcèlement.
00:07:54On les traitait de femmes obscènes, déshonorées, de femmes faciles.
00:08:00Elles étaient prêtes à risquer leur vie et l'honneur de leur famille pour faire du vélo.
00:08:05Elles croyaient que c'était leur droit de faire du vélo, tout comme leurs frères.
00:08:09Ce sont les filles les plus courageuses que j'ai jamais rencontrées.
00:08:12Je ne sais pas si j'ai jamais rencontré.
00:08:42Et personne ne s'attendait à ce que les talibans entrent dans Kaboul sans rencontrer la moindre résistance.
00:08:50Et personne ne s'attendait à ce qu'Ashraf Ghani, le président afghan, s'enfuit.
00:08:57Ces deux événements, combinés à un plan complètement désastreux,
00:09:04ou plutôt à l'absence de plan de la part des Etats-Unis,
00:09:09ont plongé le pays dans le chaos le plus total.
00:09:11Il y a toujours un complet chaos.
00:09:29Un jour, les professeurs sont entrés dans la classe.
00:09:32Ils étaient effrayés.
00:09:33Ils nous ont demandé de ranger nos affaires et de rentrer chez nous,
00:09:36car les talibans avaient pris Kaboul.
00:09:41J'ai appelé mon père.
00:09:43Il savait qu'il y avait un moyen de quitter le pays par l'aéroport.
00:09:54Les Américains et les Italiens aidaient les personnes qui voulaient partir,
00:09:58celles qui ne souhaitaient pas vivre sous le régime taliban.
00:10:03Mais mon père ignorait ce qui se passait à l'aéroport.
00:10:06Il pensait qu'il suffisait de présenter son passeport pour pouvoir entrer.
00:10:17Mon père m'a dit « Ma fille, si tu trouves un moyen de sortir, fais-le, mais sois prudente.
00:10:26»
00:10:27Là-bas, il y avait beaucoup de monde.
00:10:29On nous a donné des codes et des instructions pour retrouver la personne qui devait nous guider.
00:10:32Il fallait simplement atteindre la porte de l'aéroport.
00:10:46On a passé une semaine autour de l'aéroport pour tenter d'y accéder par tous les moyens.
00:10:53Mais c'était impossible d'y parvenir, quelle que soit l'heure de la journée.
00:11:03On est allés à l'aéroport.
00:11:05Mais il y avait tellement de monde que je n'ai même pas pu montrer les documents.
00:11:12On a croisé des cyclistes de Kaboul.
00:11:17Nos amis nous ont dit qu'on devait toutes rester collées les unes aux autres pour ne pas se perdre.
00:11:25Avec beaucoup de difficultés, on a réussi à s'approcher de la porte.
00:11:31Et puis soudain, il y a eu une énorme explosion.
00:11:58Je ne comprenais pas ce qui se passait.
00:12:08Je voyais de la fumée autour de moi.
00:12:13Il y avait des gens qui...
00:12:24Il y avait des gens autour de moi avec le crâne éclaté.
00:12:31Et à côté, il y avait un ruisseau dont l'eau était devenue rouge comme du sang.
00:12:40Des enfants d'un ou deux ans avaient été emportés par le courant.
00:12:50J'ai vécu des moments terrifiants qui m'ont empêchée de dormir pendant plusieurs jours.
00:12:57J'en faisais des cauchemars.
00:13:01J'avais très peur.
00:13:20Quand Kaboul est tombée, les femmes ont été maltraitées pour chasser.
00:13:27Des fouilles porte-à-porte ont commencé.
00:13:30La peur était bien réelle.
00:13:33La plupart des athlètes que je connaissais détruisaient leurs médailles,
00:13:36effaçaient toutes les traces de leur compétition.
00:13:40Certaines ont enterré ce qui ne pouvait pas être brûlé
00:13:42ou l'ont jeté dans des lieux publics pour s'en débarrasser.
00:13:54Chaque jour, je recevais une cinquantaine de messages d'Afghans
00:13:58qui imploraient mon aide.
00:14:03Je devais faire tout mon possible pour assurer la sécurité
00:14:08de ceux avec qui j'avais travaillé.
00:14:25Je suis connu dans le monde du cyclisme
00:14:28car je possède une équipe cycliste professionnelle
00:14:31qui participait au World Tour.
00:14:34J'ai reçu un appel d'une journaliste américaine.
00:14:37Elle avait une amie qui s'appelait Shannon Galpin.
00:14:43Elle m'a demandé si je pouvais l'aider.
00:14:46L'idée était d'extraire l'équipe féminine afghane de cyclisme,
00:14:51l'équipe nationale.
00:14:54Le cyclisme a donc joué un rôle essentiel
00:14:56dans le lancement de cette opération.
00:14:58Mais une fois que je me suis engagé,
00:15:01je me suis impliqué émotionnellement.
00:15:07J'ai accepté de passer quelques coups de fil
00:15:11et j'ai rencontré le PDG d'Israël,
00:15:15Yotam Politzer.
00:15:18Il a fondé cette organisation
00:15:20et il mène des actions humanitaires dans des zones sinistrées,
00:15:24comme lors d'un tremblement de terre ou d'un ouragan,
00:15:27pour venir en extraire les gens.
00:15:30Sylvain Adams m'a appelé
00:15:32et m'a dit qu'il y avait un groupe de cyclistes féminines en Afghanistan
00:15:35qui cherchaient désespérément à fuir
00:15:37et que leur vie était en danger du simple fait qu'elles faisaient du vélo.
00:15:43Dès qu'il m'a dit ça, j'ai répondu
00:15:45« D'accord, on doit trouver un moyen de les aider
00:15:47et de les faire sortir de là ».
00:15:49J'ai ajouté « Écoute, Sylvain,
00:15:51on n'est jamais allé en Afghanistan,
00:15:53on ne connaît personne là-bas,
00:15:55mais on va essayer ».
00:15:57Il m'a dit « Mais tu sais,
00:16:00cette opération va coûter de l'argent ».
00:16:03J'ai répondu « Écoute, Yotam,
00:16:05c'est mon rôle, je m'en charge ».
00:16:07Oui, mais je ne t'ai pas dit combien ça coûterait.
00:16:10J'ai répondu « Peu importe le prix,
00:16:13on va sauver ces filles ».
00:16:21Quelques jours plus tard,
00:16:22je me suis retrouvé dans un avion
00:16:23à destination de la frontière
00:16:25entre l'Afghanistan et le Tadjikistan.
00:16:28Mais ce qui n'était pas encore clair,
00:16:30c'était comment je pouvais réellement apporter mon aide
00:16:32parce qu'il n'y a pas de relation diplomatique
00:16:34entre l'Afghanistan et Israël.
00:16:38Je savais donc que je ne pouvais pas entrer dans le pays.
00:16:40Je pouvais rester à la frontière,
00:16:43je pouvais coordonner l'extraction
00:16:44et l'opération de sauvetage,
00:16:46mais sans entrer dans le pays.
00:17:01Quand on était au Tadjikistan,
00:17:03il y avait une femme tadjique dans notre équipe,
00:17:05Anahita.
00:17:08Elle nous aidait beaucoup pour les traductions
00:17:10et la coordination locale.
00:17:12Elle était notre fixeuse sur place.
00:17:18Il y avait aussi un homme, Salam,
00:17:20qui travaillait dans l'humanitaire.
00:17:22Son rôle était très important
00:17:24car il avait de bons contacts en Afghanistan.
00:17:29C'est à ce moment-là
00:17:30qu'on a lancé l'opération.
00:17:34Toutes les frontières de l'Afghanistan
00:17:35étaient fermées.
00:17:37Par voie aérienne,
00:17:38par voie terrestre,
00:17:40toutes les ambassades étaient fermées.
00:17:42Tout le monde en Afghanistan
00:17:43était coincés.
00:17:45Les talibans avaient mis en place
00:17:47des postes de contrôle sur les routes
00:17:49et ils ne laissaient sortir personne.
00:17:51On savait que toute personne capturée
00:17:53par les talibans risquait d'être tuée
00:17:55ou emprisonnée.
00:17:59On a commencé à réfléchir
00:18:02au plan d'évacuation
00:18:03et à comment faire
00:18:05pour que les gens puissent traverser
00:18:06une frontière fermée
00:18:08laquelle il fallait choisir.
00:18:11Le Pakistan, le Tadjikistan,
00:18:14l'Ouzbékistan.
00:18:16Yotam avait des contacts au Tadjikistan.
00:18:18Il pensait qu'on pouvait faire pression
00:18:20pour que la frontière soit ouverte.
00:18:21pour ouvrir cette frontière.
00:18:22Très vite,
00:18:24en tant que responsable
00:18:25de la partie humanitaire,
00:18:27j'ai réalisé que j'avais vraiment besoin
00:18:29de partenaires
00:18:30pour m'aider sur le plan diplomatique.
00:18:32Il nous fallait des partenaires
00:18:34puissants au niveau politique
00:18:35qui pouvaient convaincre les pays
00:18:37d'ouvrir leurs frontières,
00:18:38d'accepter ces filles
00:18:39et de leur trouver des visas.
00:18:40pour trouver des visas pour eux.
00:18:52Au moment des événements
00:18:53d'évacuation d'Afghanistan,
00:18:55moi, je suis président
00:18:55de l'Union Cycliste Internationale
00:18:57et en 2021,
00:18:59on voit que les provinces
00:19:00tombent les unes après les autres
00:19:02aux mains des talibans
00:19:03et donc on commence
00:19:04à constituer une liste
00:19:06de gens susceptibles
00:19:07d'être évacués
00:19:07et je reçois un coup de fil
00:19:09de Sylvain Adams
00:19:10il me dit
00:19:11« David, je sais que tu as travaillé
00:19:12pour évacuer des Afghans,
00:19:15nous aussi on travaille
00:19:15de notre côté
00:19:17mais le plus dur pour nous
00:19:19c'est en fait
00:19:20c'est les visas,
00:19:21on ne trouve pas de visa
00:19:21et donc c'est super compliqué.
00:19:23L'avantage qu'ils avaient
00:19:24c'est qu'eux,
00:19:25ils étaient opérationnels
00:19:26sur place
00:19:27mais il y avait besoin
00:19:28de tout l'aspect diplomatique
00:19:30que moi je pouvais avoir
00:19:31puisque j'avais l'accès
00:19:33quasiment aux chancelleries
00:19:35ici avec la Suisse directement
00:19:36via Philippe Lebas,
00:19:38directement avec Guy Parmelin,
00:19:39président de la Confédération
00:19:40donc en fait c'est tout ce travail-là
00:19:42finalement qui a été le mien
00:19:43pendant cette période.
00:19:47Je suis entré dans cette
00:19:49extraordinaire aventure humaine
00:19:51par les liens que j'avais
00:19:53avec David Lapartien,
00:19:54le président de l'ICI
00:19:55et lorsqu'il m'a appelé
00:19:57en disant
00:19:58« j'ai besoin de visas
00:19:59et il faut que
00:20:00il faut que tu me les obtiennes »
00:20:03je n'ai pas été payé pour ça.
00:20:05C'était complètement hors de mon mandat
00:20:07d'homme politique vaudois,
00:20:08complètement.
00:20:11Mais c'est l'une des...
00:20:13c'est peut-être l'une des choses
00:20:15dont je suis le plus fier.
00:20:16J'ai essayé d'appeler
00:20:17trois conseillers fédéraux
00:20:18dont j'avais une attelle personnelle
00:20:22et puis j'ai appelé
00:20:23Mme Keller-Souter
00:20:24qui m'a dit
00:20:24que la situation
00:20:25en Afghanistan
00:20:26était très compliquée,
00:20:27qu'elle sortait d'un entretien
00:20:28avec son homologue allemand
00:20:30qui avait accueilli
00:20:31quelques Afghans
00:20:33mais dans l'eau
00:20:34il y avait deux terroristes
00:20:35et évidemment maintenant
00:20:35l'Allemagne ne savait plus
00:20:37que faire de ces deux terroristes.
00:20:38Mais elle m'a dit
00:20:39« vas-y si tu veux ».
00:20:40Je lui ai demandé
00:20:41si je pouvais voir
00:20:42son secrétaire d'État
00:20:44là au téléphone
00:20:45le secrétaire d'État
00:20:45en charge des migrations.
00:20:47Je l'ai eu le lendemain
00:20:49et je lui ai dit
00:20:50« écoutez, je vous envoie
00:20:51la liste des personnes
00:20:52qu'il faudra sortir
00:20:54dressées par l'UCI
00:20:55et il me faut
00:20:56les laisser passer
00:20:57pour les sortir
00:20:57sinon nous ne trouverons
00:20:58aucun pays
00:21:01intermédiaire
00:21:01qui accepterait
00:21:02d'accueillir
00:21:03topo-en-errement
00:21:04des Afghans
00:21:04s'il n'y a pas
00:21:05de pays de destination finale.
00:21:15Un groupe WhatsApp
00:21:16a été créé.
00:21:19Le président de la fédération
00:21:20disait
00:21:21« les filles,
00:21:22ne risquez pas votre vie
00:21:23l'UCI va nous aider
00:21:25à quitter le pays.
00:21:27Restez chez vous
00:21:28et patientez
00:21:29en attendant
00:21:29qu'on trouve une solution. »
00:21:34On était toutes
00:21:34désespérées
00:21:35et découragées
00:21:37mais au fond de moi
00:21:38quelque chose me disait
00:21:40que je ne pouvais
00:21:40pas rester ici
00:21:43que je devais trouver
00:21:45un moyen de partir.
00:21:46j'ai gardé la foi
00:21:48malgré le désespoir.
00:21:49non, ils m'ont dit
00:21:50« les filles,
00:22:01les filles,
00:22:01les filles,
00:22:02les filles,
00:22:09les filles,
00:22:11les filles,
00:22:16les filles. »
00:22:22Yotam,
00:22:23grâce à ses talents,
00:22:25a réussi à trouver
00:22:27des agents afghans
00:22:27pour nous aider.
00:22:31Des guides
00:22:32capables d'emmener
00:22:33les filles en sécurité
00:22:34au Tadjikistan.
00:22:43Avec Yotam,
00:22:44on a convenu
00:22:44d'un point de rendez-vous
00:22:45à Kaboul.
00:22:47On avait besoin
00:22:48d'un lieu suffisamment grand
00:22:49pour rester discret,
00:22:50d'un endroit
00:22:52où un groupe de filles
00:22:53peut arriver
00:22:53sans se faire remarquer
00:22:54mais qui ne soit pas
00:22:56trop grand non plus
00:22:56pour éviter
00:22:57que le lieu de rendez-vous
00:22:58puisse être repéré.
00:23:17Pendant le processus
00:23:18de sortie d'Afghanistan
00:23:20qui a duré
00:23:21environ un mois,
00:23:23on recevait des messages
00:23:24sur le groupe WhatsApp.
00:23:29C'était des messages
00:23:30qui nous encourageaient
00:23:31à garder espoir.
00:23:36Ces messages
00:23:37nous disaient
00:23:38de nous tenir prêtes
00:23:39avec un hijab,
00:23:40des vêtements appropriés
00:23:42et un petit sac
00:23:44contenant seulement
00:23:45l'essentiel.
00:23:51Mon père était inquiet
00:23:52au début.
00:23:55Il ne croyait pas
00:23:56à ce projet.
00:23:58Il ne pensait pas
00:24:00qu'on pourrait sortir
00:24:01d'Afghanistan
00:24:01en toute sécurité.
00:24:04Mais il nous a donné
00:24:05son accord.
00:24:07Il était heureux
00:24:08qu'une solution
00:24:09ait été trouvée
00:24:10pour qu'on puisse
00:24:11enfin quitter le pays.
00:24:15On ne pouvait pas
00:24:17faire sortir
00:24:1740 millions de personnes
00:24:18d'Afghanistan.
00:24:20Il était clair
00:24:21que c'était impossible.
00:24:23Notre premier défi
00:24:24a été de dresser
00:24:25une liste des cyclistes
00:24:26qu'on souhaitait évacuer.
00:24:30tout le monde a été d'accord
00:24:31pour que Shannon
00:24:32et David,
00:24:33qui avaient chacun
00:24:34leur propre liste,
00:24:36travaillent ensemble
00:24:37pour établir
00:24:39une liste commune
00:24:40afin de savoir
00:24:40qui et combien
00:24:42de personnes
00:24:42on devait
00:24:43exfiltrer.
00:24:48l'évacuation
00:24:49était en cours.
00:24:51J'ai envoyé un message
00:24:52à Yotam
00:24:53qui m'a envoyé
00:24:53la liste d'évacuation.
00:24:58Je ne reconnaissais
00:24:59qu'un seul nom.
00:25:03Il n'y avait
00:25:03personne d'autre.
00:25:05Ma liste
00:25:05n'y figurait pas.
00:25:07Les cyclistes
00:25:08avaient été remplacés
00:25:09par des collègues
00:25:10et des amis
00:25:11du président
00:25:11de la fédération,
00:25:13Fasley.
00:25:20Sa famille a bien sûr
00:25:22le droit d'être évacuée.
00:25:23Personne ne le contesterait.
00:25:24Vous êtes à la tête
00:25:25de la fédération
00:25:26afghane de cyclisme.
00:25:27Votre famille
00:25:28sera évacuée.
00:25:31Mais les autres hommes
00:25:33qui font partie
00:25:33du personnel
00:25:34de la fédération
00:25:36n'avaient pas la priorité
00:25:37sur les athlètes féminines.
00:25:40Absolument pas.
00:25:41C'était insensé.
00:25:43J'ai donc dit à Yotam
00:25:44« Tu es sûre
00:25:45que tu m'as envoyé
00:25:45la bonne liste ?
00:25:46Ce n'est pas celle
00:25:47que j'ai écrite. »
00:25:48Il m'a répondu
00:25:48« C'est la liste
00:25:49qu'on va utiliser. »
00:25:51Les personnes
00:25:52qui m'ont donné
00:25:52cette liste
00:25:53sont celles
00:25:54qui ont obtenu
00:25:54l'autorisation
00:25:55du Tadjikistan.
00:25:56Donc c'est ça
00:25:57qui compte.
00:26:00Ils ont donc
00:26:01procédé à l'évacuation
00:26:02et notre collaboration
00:26:04qui avait très bien
00:26:05fonctionné au début
00:26:06a tout simplement
00:26:07été rompue
00:26:09sans aucune explication.
00:26:10explication.
00:26:12Donc j'ai...
00:26:13Il y a Sylvain Adam,
00:26:14j'ai dit « Là,
00:26:14on a un vrai problème. »
00:26:16Donc on a effectivement
00:26:17choisi de faire l'évacuation,
00:26:20on va dire,
00:26:21sans Shannon Galpin
00:26:22parce que nous,
00:26:23on était fixés
00:26:24sur l'objectif
00:26:25qui était d'évacuer
00:26:26ces personnes
00:26:28et pas que
00:26:30les personnes
00:26:30qu'elles forcément
00:26:31nécessairement voulaient.
00:26:44en consultant
00:26:45à nouveau
00:26:45mes messages,
00:26:47j'ai vu
00:26:47que notre chef
00:26:48avait demandé
00:26:48aux filles
00:26:49qui avaient un passeport
00:26:50de le lui envoyer.
00:26:53Il avait aussi publié
00:26:54la liste des noms
00:26:55de ceux
00:26:55qui allaient pouvoir
00:26:56quitter l'Afghanistan.
00:27:02Malheureusement,
00:27:02le nom de ma sœur
00:27:03n'était pas sur cette liste.
00:27:07Alors j'ai écrit
00:27:08dans le groupe WhatsApp
00:27:09que ma sœur
00:27:10s'entraînait avec moi
00:27:11et j'ai demandé
00:27:12pourquoi elle ne figurait
00:27:14pas sur la liste
00:27:15alors que sa vie
00:27:15était aussi en danger.
00:27:21Ils ont répondu
00:27:22de ne pas s'inquiéter.
00:27:26Ils ont dit
00:27:26qu'un deuxième groupe
00:27:27serait organisé
00:27:28et qu'il mettrait
00:27:29le nom de ma sœur
00:27:30sur cette deuxième liste.
00:27:38Finalement,
00:27:39un soir,
00:27:39on nous a donné
00:27:40une adresse à Kaboul.
00:27:44On devait toutes
00:27:44nous y rassembler
00:27:45pour quitter l'Afghanistan.
00:27:59Mon père avait une voiture.
00:28:04On est allé chercher
00:28:05plusieurs filles de l'équipe
00:28:06et on est partis ensemble.
00:28:13Ce jour-là,
00:28:14j'avais vraiment peur
00:28:16de croiser des patrouilles
00:28:17de talibans sur le chemin.
00:28:21J'avais peur
00:28:22qu'ils nous arrêtent
00:28:24parce que j'avais
00:28:25ma carte d'identité
00:28:26et tous mes documents
00:28:27de cyclisme sur moi.
00:28:45Quand on est arrivé
00:28:46au lieu du rendez-vous,
00:28:48un homme tenait
00:28:49une liste à la main.
00:28:53Il nous a demandé
00:28:54nos noms
00:28:54pour vérifier
00:28:55qu'ils y figuraient bien.
00:28:58Il m'a demandé
00:28:59mon prénom.
00:29:00Je lui ai répondu
00:29:01Nazanin.
00:29:03Il y avait
00:29:06plusieurs cyclistes
00:29:07mais aussi
00:29:08d'autres personnes.
00:29:12On a été choqués
00:29:13de voir
00:29:13que certaines personnes
00:29:14étaient venues
00:29:15avec leur famille.
00:29:18on s'est posé
00:29:20des milliers
00:29:20de questions.
00:29:23Pourquoi certaines
00:29:24étaient venues
00:29:24avec leur famille
00:29:25alors que nous,
00:29:27on était seuls ?
00:29:37j'ai supplié le responsable
00:29:39d'ajouter ma sœur
00:29:40pour qu'elle puisse
00:29:40partir avec moi.
00:29:45mais il a refusé.
00:29:48Mais il a refusé.
00:29:53On est sortis discrètement
00:29:55du bâtiment
00:29:56pour se diriger
00:29:56vers les grands bus
00:29:57stationnés sur la route.
00:30:04Même dans le bus,
00:30:05les lumières étaient
00:30:05éteintes.
00:30:11On était assises
00:30:12dans le bus,
00:30:13stressés,
00:30:14sans savoir
00:30:15où on allait.
00:30:19Puis,
00:30:20le bus a démarré.
00:30:22On a pris la route.
00:30:28avec ma voisine,
00:30:30on a regardé le GPS
00:30:31pour savoir
00:30:32où on allait.
00:30:36Ma voisine,
00:30:37on a conclu
00:30:37qu'on devait se diriger
00:30:38vers Mazar-e-Sharif
00:30:39ou Kunduz.
00:30:53A l'époque,
00:30:54au moment de partir,
00:30:55j'avais 16 ans
00:30:56et je ne comprenais
00:30:57pas grand-chose.
00:30:58Je n'ai pas pu dire
00:30:59au revoir à ma famille
00:31:00comme je l'aurais voulu
00:31:02parce que je n'étais pas sûre
00:31:04qu'on réussirait
00:31:05à quitter l'Afghanistan.
00:31:09Quand j'ai essayé
00:31:11de dormir,
00:31:12mes émotions ont changé.
00:31:15J'ai été envahie
00:31:16par les émotions
00:31:16et j'ai pleuré.
00:31:22C'était la première fois
00:31:23que je me retrouvais
00:31:24dans une telle situation,
00:31:26loin de ma famille.
00:31:37J'étais partagée
00:31:39entre différents sentiments.
00:31:44J'étais heureuse
00:31:45de quitter l'Afghanistan
00:31:48mais en même temps,
00:31:50j'étais triste
00:31:51que certaines
00:31:51de mes coéquipières
00:31:52ne figurent pas
00:31:53sur la liste.
00:31:58Et j'étais triste
00:31:59de ne pas pouvoir
00:31:59emmener ma famille
00:32:00avec moi.
00:32:20On a découvert
00:32:22que certaines de ces filles
00:32:23n'avaient pas de passeport
00:32:24parce qu'elles n'avaient
00:32:25jamais quitté l'Afghanistan.
00:32:2741 d'entre elles
00:32:29n'avaient jamais quitté
00:32:29l'Afghanistan.
00:32:31On s'est donc demandé
00:32:32comment on pouvait
00:32:33leur imprimer
00:32:33des passeports.
00:32:35On n'avait pas
00:32:35de machine à passeport.
00:32:40Comment obtenir
00:32:41des passeports
00:32:41alors que le régime
00:32:43est tombé,
00:32:44que le pays
00:32:45est en proie
00:32:46au chaos
00:32:46et que les talibans
00:32:48ont pris le pouvoir ?
00:32:49Comment obtenir
00:32:51des passeports
00:32:52pour ces personnes
00:32:52qui veulent quitter
00:32:53leur pays ?
00:32:56On a eu de la chance.
00:32:58On a trouvé
00:32:59une personne sympathique
00:33:00qui travaillait
00:33:01pour l'ancien
00:33:02régime afghan
00:33:02et qui vivait
00:33:03en Russie,
00:33:04à Moscou.
00:33:06L'ambassadeur Jawad
00:33:09n'était plus
00:33:10l'ambassadeur afghan.
00:33:12Il ne faisait pas
00:33:12partie des talibans
00:33:13mais de l'ancien
00:33:14gouvernement.
00:33:15J'étais en contact
00:33:16avec lui
00:33:16et il m'a dit
00:33:17qu'il était très touché
00:33:18par nos efforts.
00:33:20Il m'a dit
00:33:20« Je peux vous fabriquer
00:33:21des passeports,
00:33:22je suis toujours
00:33:23à Moscou
00:33:23et j'ai des passeports
00:33:24supplémentaires. »
00:33:26On a donc obtenu
00:33:28toutes les informations
00:33:28nécessaires sur ces filles
00:33:29via WhatsApp
00:33:30et Signal.
00:33:31On a rempli
00:33:32les formulaires
00:33:32pour elles
00:33:33et on a tout envoyé
00:33:34par WhatsApp
00:33:34à l'ambassade afghane
00:33:35à Moscou
00:33:36qui a imprimé
00:33:37ses passeports
00:33:37pendant la nuit.
00:33:39Ils ont travaillé
00:33:4024 heures d'affilée.
00:33:41Ils les ont envoyés
00:33:43par courrier diplomatique.
00:33:44Je me rappelle
00:33:45avoir reçu cette boîte,
00:33:46l'avoir ouverte
00:33:47et avoir vu
00:33:4841 passeports afghans.
00:33:50Si quelqu'un
00:33:51d'Interpol
00:33:51m'avait vu,
00:33:52il m'aurait emprisonné
00:33:53à vie
00:33:53pour trafic
00:33:54de passeports afghans.
00:34:05Il y a la vie
00:34:06des gens
00:34:06dans tout ça.
00:34:25Sur la route,
00:34:26les talibans ont arrêté
00:34:28le bus
00:34:28pour un contrôle
00:34:29et ils ont demandé
00:34:30où on allait
00:34:31ainsi tous ensemble.
00:34:34Tout le monde
00:34:35était perplexe
00:34:35et ne savait pas
00:34:36quoi dire.
00:34:38Puis le chauffeur
00:34:39a dit aux talibans
00:34:40qu'on allait
00:34:40à un mariage.
00:34:41Toutes les filles
00:34:42ensemble.
00:34:46Je ne comprends pas
00:34:46pourquoi les talibans
00:34:47paniquent en voyant
00:34:48des filles
00:34:49alors que c'est nous
00:34:50qui avons peur d'eux.
00:34:54Finalement,
00:34:55les talibans ont dit
00:34:55d'accord,
00:34:56vous pouvez y aller.
00:35:26quand ils sont arrivés
00:35:28à la frontière,
00:35:29les talibans ont littéralement
00:35:30braqué leurs armes
00:35:31sur les filles.
00:35:35ils leur ont dit
00:35:35qu'ils ne pouvaient pas
00:35:36marcher jusqu'au Tadjikistan
00:35:39parce que la frontière
00:35:40était bloquée
00:35:41par les Tadjiks.
00:35:43Ils ne voulaient pas
00:35:44donner un flux
00:35:45de réfugiés
00:35:45dans leur pays.
00:35:47Yotam Polizir
00:35:48était au Tadjikistan,
00:35:50lui,
00:35:50prêt à les accueillir.
00:35:51Il était là-bas.
00:35:52Et là,
00:35:52on m'appelle
00:35:53et on me dit
00:35:53on fait quoi ?
00:35:55Et là,
00:35:55on a 125 personnes
00:35:57dans des bus
00:35:58au milieu de nulle part
00:35:59et on me dit
00:35:59on est un peu
00:36:01à court d'imagination.
00:36:03C'était une situation
00:36:05très dangereuse
00:36:06et on a très vite compris
00:36:07qu'elles ne pouvaient
00:36:08pas rester là.
00:36:09On devait leur trouver
00:36:10un refuge
00:36:10alors on a dit
00:36:11à toutes les filles
00:36:12d'attendre là
00:36:12pendant qu'on essayait
00:36:14de résoudre la situation.
00:36:23C'était une maison
00:36:24d'un étage
00:36:25avec une cour.
00:36:28Toutes les personnes
00:36:29qui étaient dans les bus
00:36:29y sont entrées.
00:36:36Quelques heures plus tard,
00:36:38on a entendu
00:36:39des coups
00:36:39contre la porte.
00:36:41C'était des talibans.
00:36:50On était paniqués,
00:36:53effrayés
00:36:53et on ne savait pas
00:36:54quoi faire.
00:36:58On ne pouvait pas sortir
00:36:59à cause des talibans.
00:37:03Ils ont demandé
00:37:06pourquoi il y avait
00:37:07autant de monde
00:37:07dans cette maison
00:37:08et ce qu'on faisait là.
00:37:18Et puis,
00:37:19les talibans
00:37:20ont embarqué
00:37:21trois, quatre hommes
00:37:21avec eux.
00:37:27Je ne sais pas précisément
00:37:29ce qui s'est passé,
00:37:30mais ils ont été
00:37:31interrogés
00:37:32et torturés.
00:37:37les hommes sont revenus,
00:37:39ils chuchetaient.
00:37:42Je me disais
00:37:43que je n'aurais pas dû venir
00:37:45et à ce moment-là,
00:37:52à ce moment-là,
00:37:54plus personne ne parlait.
00:37:56Tout le monde
00:37:56était paniqué.
00:38:05Les talibans
00:38:06ont ordonné
00:38:07aux hommes
00:38:07de quitter les lieux,
00:38:08de retourner à Kaboul
00:38:10et de ramener
00:38:11les femmes avec eux.
00:38:17Honnêtement,
00:38:19à ce moment-là,
00:38:20j'ai pensé
00:38:21qu'on devait abandonner.
00:38:22On avait fait
00:38:23de notre mieux.
00:38:24C'était une mission
00:38:25impossible
00:38:25et on devait laisser tomber.
00:38:27Mais ensuite,
00:38:28j'ai pensé
00:38:28que si elles restaient
00:38:29en Afghanistan,
00:38:30leur vie serait encore
00:38:31plus en danger,
00:38:32pas seulement à cause
00:38:33de la situation
00:38:33dans le pays,
00:38:34mais parce que les talibans
00:38:35avaient déjà pris
00:38:36leurs noms.
00:38:37Ils savaient exactement
00:38:39qui était sur cette liste
00:38:40et qui se trouvait
00:38:41dans la maison.
00:38:43On a vraiment réalisé
00:38:44qu'on ne pouvait pas
00:38:45abandonner ces filles.
00:38:45On devait trouver
00:38:47un moyen
00:38:47de les faire sortir.
00:38:55On a dit aux filles
00:38:56de dire aux talibans
00:38:57qu'elles retournaient
00:38:57à Kaboul.
00:38:59Elles se sont rendues
00:39:01au centre-ville,
00:39:01à la gare routière.
00:39:04On aurait dit
00:39:05qu'elles attendaient
00:39:06le bus pour Kaboul.
00:39:08Pendant ce temps,
00:39:09on a organisé
00:39:10un autre bus
00:39:11pour les emmener
00:39:11de l'autre côté
00:39:12de l'Afghanistan,
00:39:13à l'opposé de Kaboul,
00:39:14à Mazar-e-Sharif.
00:39:22Le bus est parti
00:39:24en direction de Kaboul.
00:39:32Le chauffeur pensait
00:39:33que les talibans
00:39:34nous suivaient
00:39:35pour vérifier
00:39:36qu'on allait bien
00:39:36à Kaboul.
00:39:47Tout à coup,
00:39:48je me suis rendu compte
00:39:49qu'on avait changé
00:39:49de direction
00:39:50et qu'on allait
00:39:51vers Mazar-e-Sharif.
00:39:56On a changé de tactique
00:39:57et on a réussi
00:39:59à trouver un avion
00:40:00prêt à se rendre
00:40:00à Mazar-e-Sharif,
00:40:02à prendre notre groupe
00:40:04et à le transporter
00:40:05au Tadjikistan.
00:40:08Pour affrêter un avion
00:40:09qui doit se poser
00:40:11dans un pays en guerre
00:40:12aux mains des talibans
00:40:14qui tirent avec des missiles
00:40:15sur tout ce qui bouge,
00:40:16c'est une opération
00:40:18assez délicate.
00:40:23Finalement, David
00:40:24a réussi
00:40:25à affrêter
00:40:26un avion biélorusse
00:40:27qui est venu se poser
00:40:28à Mazar-e-Sharif.
00:40:33Mais on avait un problème.
00:40:35Il nous fallait
00:40:35les passeports.
00:40:481, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 8 passeports.
00:40:53On fait des paquets de 10.
00:40:58On est allés
00:40:59à la frontière
00:41:00entre le Tadjikistan
00:41:01et l'Afghanistan
00:41:02pour remettre
00:41:02ces passeports.
00:41:06Une âme courageuse
00:41:07dans le groupe
00:41:08s'est portée volontaire
00:41:09pour traverser le pays
00:41:12et récupérer
00:41:12ces passeports.
00:41:16En espérant
00:41:17qu'ils reviennent à temps
00:41:17car on avait
00:41:18un vol charter.
00:41:19On avait affrété
00:41:20un avion
00:41:21pour les faire sortir.
00:41:22On a un accord
00:41:23jusqu'à demain,
00:41:24midi,
00:41:24pour décoller
00:41:25de Mazar-e-Sharif.
00:41:26Et on était le soir.
00:41:28Mais attendez,
00:41:29la frontière où ils sont,
00:41:29c'est 4 heures de route.
00:41:30Il y a un couvre-feu,
00:41:31on ne peut pas rouler la nuit.
00:41:33J'ai dit là,
00:41:33il va falloir rouler feu éteint
00:41:34mais il faut qu'à 6 heures du matin
00:41:36vous soyez là-bas
00:41:36et vous débrouillez
00:41:37comme vous voulez.
00:41:39Il y a un peu
00:41:40de cash dans la soute.
00:41:42Il faudra trouver une solution.
00:41:45Je me souviens
00:41:46qu'une petite voiture
00:41:47est venue à la frontière
00:41:47pour récupérer
00:41:48ses passeports.
00:41:49On a pensé,
00:41:51ça y est,
00:41:51les filles vont enfin
00:41:52avoir les passeports.
00:41:56on a envoyé des messages
00:41:58mais on n'a pas eu
00:41:59de réponse
00:41:59de la part des filles.
00:42:01On a appris
00:42:02que les talibans
00:42:03avaient arrêté
00:42:03la personne
00:42:04qui essayait
00:42:05de leur remettre
00:42:05les passeports.
00:42:08L'officier taliban
00:42:09lui a demandé
00:42:09« Qu'est-ce que tu fais
00:42:10avec tous ces passeports ? »
00:42:12Il a répondu
00:42:13« Ce sont des membres
00:42:13de ma famille. »
00:42:16Il a inventé
00:42:17une histoire.
00:42:18Il a été interrogé
00:42:19encore et encore
00:42:20par cet officier
00:42:22mais il a donné
00:42:23les bonnes réponses
00:42:26et il a pu récupérer
00:42:28les passeports
00:42:28pour arriver
00:42:30juste à temps
00:42:30à Mazar-e-Sharif
00:42:32avant le décollage
00:42:33de l'avion.
00:42:44Tout était prêt.
00:42:46Elles avaient
00:42:46leur passeport,
00:42:47l'avion était prêt
00:42:50mais lors du dernier contrôle
00:42:51au moment d'embarquer
00:42:53l'agent d'immigration
00:42:55taliban
00:42:55a regardé
00:42:56les passeports
00:42:56et il a dit
00:42:58« Ce sont de faux passeports.
00:43:00Ils n'ont pas été fabriqués
00:43:01par les talibans.
00:43:02Ils ont tous été fabriqués
00:43:03en Russie.
00:43:04Vous allez tous
00:43:05aller en prison. »
00:43:10On a commencé
00:43:10à paniquer
00:43:11et à se demander
00:43:12ce qui allait se passer.
00:43:15S'ils découvraient
00:43:16qu'on était
00:43:16des athlètes cyclistes
00:43:17« C'était fini. »
00:43:20On irait en prison.
00:43:24On a appelé
00:43:25la compagnie aérienne
00:43:26et on a parlé
00:43:27aux talibans.
00:43:29Finalement,
00:43:30on a dû payer
00:43:30une somme d'argent.
00:43:34Et c'est comme ça
00:43:35que ces filles
00:43:36ont été libérées.
00:43:37Même si les talibans
00:43:38savaient que ces passeports
00:43:39étaient faux,
00:43:40ils les ont laissés partir.
00:43:41et ils les ont laissés partir.
00:44:11« On était heureuses
00:44:13d'avoir enfin pu quitter
00:44:14l'Afghanistan. »
00:44:18Quand on y réfléchit,
00:44:21c'était complètement
00:44:22déraisonnable.
00:44:24On a pris
00:44:25des risques insensés.
00:44:28Si l'avion affrêtait
00:44:30à vous exposer
00:44:30en vol,
00:44:33tout le monde
00:44:33nous aurait dit
00:44:34« Mais vous êtes
00:44:34complètement irresponsable
00:44:35d'avoir fait ça.
00:44:35Vous n'êtes ni la Croix-Rouge,
00:44:37ni l'armée,
00:44:38ni une puissance étatique.
00:44:39Et vous affrêtez
00:44:40un avion
00:44:41sans contrôle aérien
00:44:42qui finit par exploser
00:44:43au pays en pleine guerre.
00:44:45Tout ça est juste.
00:44:47Tout ça est juste.
00:44:48Mais dans la vie,
00:44:49on ne fait pas
00:44:49que ce qui est raisonnable,
00:44:51que ce qui est réfléchi.
00:44:53On fait parfois
00:44:54autre chose.
00:44:55Ça marche,
00:44:56ça ne marche pas.
00:44:57Là,
00:44:58ça a marché.
00:45:03Quand je suis arrivée
00:45:04au Tadjikistan,
00:45:08j'avais toujours peur,
00:45:10mais je sentais
00:45:11que je n'étais plus
00:45:12en danger,
00:45:13que je n'étais plus
00:45:14à Kunduz
00:45:15ou à Mazar
00:45:17et que j'étais bien
00:45:18hors d'Afghanistan.
00:45:2540 minutes plus tard,
00:45:28elles ont atterri
00:45:28au Tadjikistan
00:45:29où on les attendait.
00:45:37Mais malheureusement,
00:45:38ce n'était pas
00:45:39la fin du voyage.
00:45:40Elles ont été bloquées
00:45:41à l'aéroport.
00:45:42Il nous a fallu
00:45:43trois jours
00:45:44pour trouver
00:45:44un autre pays
00:45:45qui accepte
00:45:46de les accueillir.
00:45:47Et ce pays,
00:45:48c'était l'Albanie.
00:46:09L'UCI a trouvé
00:46:10une espèce
00:46:11de compte-vacuance
00:46:13à 50 km de Tirana.
00:46:16où elles sont restées
00:46:17en carafe,
00:46:18si j'ose dire,
00:46:19au moment
00:46:20où je suis arrivé.
00:46:25Une semaine
00:46:25après notre arrivée
00:46:26en Albanie,
00:46:28M. Philippe Lebas
00:46:30est venu
00:46:30avec une personne
00:46:31qui travaillait
00:46:32à l'UCI.
00:46:35Il nous a annoncé
00:46:36que les filles
00:46:36seraient divisées
00:46:37en deux groupes.
00:46:40Un groupe
00:46:41allait partir
00:46:41pour le Canada
00:46:42et l'autre
00:46:43pour la Suisse.
00:46:44au moment
00:46:46de franchir
00:46:46la douane
00:46:46pour embarquer,
00:46:48l'un des douaniers
00:46:49a refusé
00:46:50de laisser passer
00:46:51les Afghans
00:46:51faute de visa
00:46:52dans leur passeport.
00:46:54La température
00:46:55est montée.
00:46:56Il a appelé
00:46:56son supérieur
00:46:57qui est un major
00:46:58dans les douanes
00:47:00albanaises
00:47:00qui m'a expliqué
00:47:01que faute de visa
00:47:02personne ne passerait.
00:47:04Benoît,
00:47:05comment j'ai sorti
00:47:05ma carte de visite
00:47:06en lui disant
00:47:06que j'étais conseiller d'État,
00:47:08il n'y en avait
00:47:08rien à cirer.
00:47:10Mais deux jours
00:47:10avant le passage
00:47:11de la douane,
00:47:13j'étais reçu
00:47:14par le président
00:47:15albanais
00:47:16qui nous a parlé
00:47:17de beaucoup de choses,
00:47:18peu de cyclisme.
00:47:20Et au cours
00:47:20de cet entretien,
00:47:21il nous a suggéré
00:47:22de faire quelques photos
00:47:23où on lui serre la main
00:47:24en fait,
00:47:25ces photos
00:47:25de protocolaires
00:47:26diplomatiques.
00:47:28Là,
00:47:29tout d'un coup,
00:47:29j'ai eu l'idée
00:47:30de lui montrer
00:47:30la photo
00:47:31que j'avais prise
00:47:32dans le bureau
00:47:33du président,
00:47:34serrant la main
00:47:34du président.
00:47:36Je lui ai dit
00:47:36« Do you know that man ? »
00:47:39et immédiatement,
00:47:41il a commencé
00:47:42à blanchir,
00:47:44il s'est métamorphosé,
00:47:45il a pris son téléphone,
00:47:47il a appelé,
00:47:48je présume
00:47:49ça y est Archie,
00:47:53et en reposant
00:47:54le téléphone,
00:47:55il a dit
00:47:55« Il faut comprendre,
00:47:56je fais mon boulot. »
00:47:57Je lui ai dit
00:47:58« Il n'y a aucun problème,
00:47:59nous avons pu passer. »
00:48:13Quand je suis arrivée
00:48:14en Suisse,
00:48:16la vie était
00:48:16très différente
00:48:17de celle que j'avais
00:48:18en Afghanistan.
00:48:21J'avais 17 ans.
00:48:28J'ai passé deux mois
00:48:29dans un camp.
00:48:32C'était la première fois
00:48:33que j'entendais
00:48:34ce mot « camp ».
00:48:40Quand mon père m'appelait,
00:48:42il me demandait
00:48:43où j'étais
00:48:44et ce que je faisais.
00:48:45j'étais là
00:48:50pour obtenir
00:48:50mon permis de séjour
00:48:51en tant que réfugié politique.
00:48:57À Bâle,
00:48:59on était dans un foyer
00:48:59avec des réfugiés
00:49:00d'autres nationalités.
00:49:07On vivait
00:49:07à cinq filles
00:49:08dans une pièce.
00:49:11Il y avait
00:49:12deux Africaines
00:49:12et une fille arabe.
00:49:15on était beaucoup.
00:49:22Après quatre mois,
00:49:23on a enfin reçu
00:49:24une réponse.
00:49:26Il a été décidé
00:49:27qu'on irait
00:49:27dans le canton de Vaud.
00:49:32Nous avons pris en charge
00:49:34l'ensemble
00:49:34de ces cyclistes
00:49:35à Aigle
00:49:36avec une formation
00:49:37à la fois sportive
00:49:38et une formation
00:49:39en termes d'éducation.
00:49:41L'UCI voulait
00:49:42construire avec elle
00:49:43un projet,
00:49:44pas simplement
00:49:44les faire venir en Suisse
00:49:45puis ensuite
00:49:45débrouillez-vous,
00:49:47mais un projet
00:49:48autour du sport
00:49:48et de leur formation
00:49:50parce que comme
00:49:51il s'agissait
00:49:51pour l'essentiel
00:49:52de très jeunes femmes,
00:49:54il s'agissait
00:49:54de les former,
00:49:55de leur donner
00:49:56un vrai avenir.
00:49:57Toutes ne seraient pas
00:49:58professionnelles
00:49:58dans le cyclisme,
00:49:59mais il fallait
00:50:00leur donner
00:50:00des perspectives
00:50:01et ne pas
00:50:01les laisser à l'assistance.
00:50:03Ça, c'était vraiment
00:50:04un élément fondamental
00:50:06de tout cela.
00:50:07Toutes n'étaient pas
00:50:08des sportifs
00:50:08de haut niveau,
00:50:10mais elles avaient
00:50:10la passion du vélo.
00:50:11Et puis,
00:50:12j'avais dans cette tête
00:50:13un autre rêve
00:50:13qui était de dire
00:50:14il faut qu'on fasse
00:50:15un chemin d'Afghanistan
00:50:16de cyclisme
00:50:16pour montrer,
00:50:18y compris aux talibans,
00:50:19que quelque part,
00:50:20il y a des femmes afghanes
00:50:21qui continuent
00:50:22de faire du sport
00:50:22et c'était aussi
00:50:23un message
00:50:24pour les femmes afghanes
00:50:25sur place là-bas.
00:50:38Le top d'État va écrire.
00:50:42Et voilà,
00:50:43l'expression,
00:50:44c'est le premier.
00:51:01Heureusement,
00:51:02toutes les filles
00:51:03qui étaient en Allemagne,
00:51:04aux États-Unis
00:51:04et au Canada
00:51:05ont pu,
00:51:06grâce à l'UCI,
00:51:08venir à Aigle
00:51:09en Suisse
00:51:09pour participer
00:51:10à cette compétition.
00:51:16On a également
00:51:17rencontré
00:51:17les organisateurs
00:51:18de l'opération
00:51:19d'exfiltration
00:51:20et on a pu leur faire
00:51:21part de notre reconnaissance.
00:51:22leur dire
00:51:23que grâce à eux,
00:51:25la vie de ces filles
00:51:26avait été sauvée.
00:51:31Sinon,
00:51:31elles auraient eu
00:51:32le même destin
00:51:33que des milliers
00:51:33de femmes
00:51:34en Afghanistan.
00:51:44Pour moi,
00:51:46vivre dans les conditions
00:51:47actuelles en Afghanistan
00:51:48est impossible
00:51:49et je referai
00:51:50ce voyage à 100%.
00:51:58J'ai grandi
00:51:59dans une famille éduquée,
00:52:01ouverte
00:52:01sur le monde.
00:52:05Même si on vivait
00:52:06dans un petit village
00:52:07afghan,
00:52:08l'éducation des enfants
00:52:09restait la priorité
00:52:10de mes parents.
00:52:14Ces raisons
00:52:15m'ont poussée
00:52:16à rejoindre
00:52:16l'équipe nationale
00:52:17et à m'entraîner
00:52:18jusqu'à aujourd'hui.
00:52:22C'est grâce
00:52:23au vélo
00:52:24que j'ai pu sauver
00:52:24ma vie
00:52:25et venir en Suisse.
00:52:27Tout ça,
00:52:28c'est grâce
00:52:28à mon vélo.
00:52:36Ici,
00:52:37je ressens vraiment
00:52:38ce que c'est
00:52:39d'être un humain,
00:52:40d'être une femme.
00:52:42La justice,
00:52:44la liberté,
00:52:45l'égalité,
00:52:46tout est là.
00:52:50Si c'était
00:52:50à refaire,
00:52:51je reprendrais
00:52:52le même chemin
00:52:53parce que ma vie
00:52:54était en danger
00:52:55là-bas.
00:53:00Je ne sais pas
00:53:01ce qui aurait pu m'arriver
00:53:02si j'étais restée
00:53:03en Afghanistan.
00:53:05Je ne sais pas
00:53:05ce qui est
00:53:06à la fin.
00:53:06Je ne sais pas
00:53:21ce qui est
00:53:22à la fin.
00:54:00Sous-titrage MFP.
00:54:03Que cette exfiltration de l'équipe féminine afghane de cyclisme, juste après le retour des talibans au pouvoir, raconté à
00:54:11l'instant par Alain Rimbert et Mathéo Borne,
00:54:14de quoi nous interroger maintenant sur ce plateau de débats d'hoc en compagnie de nos invités sur la glaçante
00:54:20situation politique et sociale que connaît aujourd'hui l'Afghanistan.
00:54:24Cheikh Eba Achemite avec nous, bienvenue à vous.
00:54:27Vous êtes la première femme afghane à avoir été diplomate en poste auprès de l'Union Européenne entre 2002 et
00:54:322005.
00:54:33Vous présidez l'association Afghanistan Libre, créée plus de 30 ans je crois maintenant, et qui s'était fixée pour
00:54:39objectif de faciliter l'accès à l'éducation, à la santé et à l'épanouissement personnel du plus grand nombre
00:54:45de filles et de femmes en Afghanistan.
00:54:48Et vous êtes aussi la fondatrice de l'ONG Stand, Speak, Rise Up.
00:54:52Et puis également avec nous, Gilles Doronsoro, bienvenue à vous.
00:54:56Vous êtes professeur de sciences politiques à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, spécialiste de l'Afghanistan et de la
00:55:03Turquie.
00:55:03Vous êtes l'auteur de ce livre, le plus grand des mots, Sociologie des guerres civiles.
00:55:07C'est un ouvrage édité chez CNRS Édition.
00:55:10Vous la connaissiez, cette fameuse histoire que nous venons de voir sous nos yeux dans ce documentaire,
00:55:16cette exfiltration de l'équipe féminine de cyclisme afghan ?
00:55:20Alors j'avais entendu parler de cette exfiltration, figurez-vous, par des afghanes sportives de Kaboul,
00:55:24qui me sollicitent d'être exfiltrées, aussi les pauvres qui vivent dans des conditions terribles,
00:55:29et qui m'avaient dit qu'il y avait une initiative, les cyclistes sont partis, comment nous on n'a
00:55:33pas eu cette chance, etc.
00:55:34Et donc j'ai eu la chance, grâce au documentaire, de suivre cette équipe, mais sinon je ne connaissais pas.
00:55:38Ce que vous êtes en train peut-être de nous dire, c'est que toutes les sportives afghanes n'ont
00:55:41pas eu la chance de ces cyclistes dans ce documentaire.
00:55:45Exactement, c'est une petite goutte dans l'océan, mais c'est une petite goutte sympathique, ça donne de l
00:55:49'espoir.
00:55:49Que sont-elles devenues aujourd'hui, ces sportives afghanes, justement, dans diverses disciplines ?
00:55:55Elles sont restées dans leur pays, ou est-ce qu'elles aussi, elles choisissent l'exil, d'une manière ou
00:55:59d'une autre ?
00:56:00Vous savez, ce n'est pas si facile d'être afghane aujourd'hui, et de pouvoir avoir la chance de
00:56:04partir en dehors du pays,
00:56:05pour la bonne et simple raison déjà, que 80% de la population vit en dessous de seuil de pauvreté,
00:56:12que la crise humanitaire est terrible, et que ces femmes n'ont même pas de passeport.
00:56:16Et donc, pour pouvoir partir, je rassure tous ceux qui, en regardant ce genre d'émission,
00:56:20pensent qu'on va être envahis par des afghanes et des afghans, non, je les rassure, c'est très compliqué.
00:56:25Moi, j'ai deux femmes dans des conditions terribles, dont une avec sa petite-fille qui était victime de violences,
00:56:31etc.
00:56:31J'ai un mal fou à la faire sortir, pour la bonne et simple raison qu'il faut pouvoir accéder,
00:56:35sortir du pays,
00:56:36avec un accompagnateur, avec un passeport, avec des moyens,
00:56:40et que quel pays voisin donne aujourd'hui un consulat européen pour donner les visas, etc.,
00:56:45ce n'est pas non plus gagné.
00:56:47Donc, c'est très, très, très compliqué de faire sortir les afghanes aujourd'hui d'Afghanistan.
00:56:51Alors, il y a une date clé, évidemment.
00:56:53C'est août 2021, le retour des talibans au pouvoir dans le pays,
00:56:58et l'exfiltration, avec ce fameux pont aérien, à l'époque, qui avait été mis en place par les États
00:57:03-Unis,
00:57:03de quelques 123 000 civils.
00:57:06À l'époque, c'est le chiffre, en tout cas, qui nous a été officiellement communiqué.
00:57:09Ça, c'était pour août 2021, à chaud, après ce retour des talibans au pouvoir.
00:57:15Depuis cinq ans, maintenant, ce pays a-t-il connu une véritable hémorragie de sa population,
00:57:21et vers quel pays ?
00:57:22Alors, non, pour une raison assez simple, c'est qu'immédiatement après la chute de Kaboul,
00:57:27tous les pays occidentaux ont eu pour stratégie de limiter, autant que possible, la sortie des afghans.
00:57:35Ce qu'on voit dans ce film de manière très, très claire, c'est que le principal problème,
00:57:39ce n'est pas les talibans.
00:57:41C'est, un, avoir un passeport, auquel cas, étant donné la désorganisation immédiate après août,
00:57:47évidemment, c'est compliqué d'avoir un passeport, mais c'est surtout un visa.
00:57:50C'est-à-dire que si vous avez un visa, vous sortez d'Afghanistan.
00:57:53Le problème, c'est qu'il est impossible, pratiquement, pour des Afghans ou des Afghans,
00:57:58d'avoir un visa aujourd'hui.
00:57:59Donc ça, dès août 2021, tous les pays occidentaux ont verrouillé les visas.
00:58:04Et ensuite, on a un deuxième phénomène, qui est qu'à partir, plutôt d'il y a 2-3 ans,
00:58:11les Iraniens et les Pakistanais ont tout fait pour renvoyer de force les Afghans à l'intérieur,
00:58:18alors même que les conditions économiques, sociales, sont épouvantables.
00:58:22C'est important ce que vous n'êtes de dire, parce que ce sont deux pays proches,
00:58:25l'Iran et le Pakistan, où on trouvait refuge...
00:58:28Des millions d'Afghans à l'asile.
00:58:32Et c'est 2,2 millions de personnes, effectivement, qui sont refoulées d'Iran et de Pakistan
00:58:39pour revenir aujourd'hui en Afghanistan.
00:58:40C'est ça la situation.
00:58:41De manière très violente.
00:58:42Gilles parlait de l'hiver pour le Pakistan,
00:58:45qui a renvoyé une million de personnes comme ça à la frontière.
00:58:49Toutes ces personnes qui, depuis 20 ans, 30 ans, étaient dans ces pays-là.
00:58:52En Iran, par exemple, nous, avec Stan's Peak Rise Up,
00:58:55nous avons été obligés, mais dans les 24 heures, de dépêcher des cars.
00:59:00L'Iran a mis des centaines de milliers de personnes en plein été,
00:59:0440 degrés, dans le désert afghan, à la frontière iranienne,
00:59:08où la ville la plus proche était à 5 heures de route, sans eau, sans rien.
00:59:12Et les organisations internationales d'aide aux réfugiés étaient totalement diminues
00:59:16parce qu'ils n'avaient pas de budget pour ça.
00:59:17Et donc, ils ne pouvaient pas aider toutes ces familles
00:59:20et qui avaient passé 20 ans en Iran, 25 ans.
00:59:23Et la plupart des gens, on a eu même des histoires terribles.
00:59:25C'est-à-dire qu'on avait un vieux monsieur
00:59:26qui s'est retrouvé là à la frontière
00:59:29et qui expliquait que ma femme à 80 ans, elle est malade en Iran,
00:59:32elle ne savait même pas que je ne rentre pas
00:59:33parce qu'il a été pris dans la rue.
00:59:35Et il y a eu des millions de personnes dans les deux frontières.
00:59:37Donc, ça a rajouté à la catastrophe humanitaire.
00:59:40Et on en a très peu parlé aussi.
00:59:41– On en a très peu parlé.
00:59:42Et d'ailleurs, dans certains cas,
00:59:43le gouvernement iranien a obligé des Afghans présents en Iran
00:59:49à les combattre en Syrie,
00:59:51où ils ont servi de chair à canon quand il y avait des offensives.
00:59:54Donc, oui, oui, la situation, en fait,
00:59:56et c'est peut-être ce qu'il faut dire
00:59:59quand on a vu ce documentaire,
01:00:00c'est que le principal problème, paradoxalement,
01:00:03ce n'est pas l'état allemand,
01:00:04c'est l'alliance de tous ces pays occidentaux et de la région
01:00:09pour interdire aux Afghans de sortir.
01:00:12Voilà le vrai problème.
01:00:13Et ça, ça nous renvoie à nos responsabilités
01:00:15parce qu'il ne faut pas oublier que pendant 20 ans
01:00:17de présence occidentale en Afghanistan,
01:00:20on a fait deux choses.
01:00:21Premièrement, on a dit qu'on ne les laisserait jamais tomber.
01:00:23Or, on les a laissés tomber.
01:00:25Et deuxième chose, on a poussé à la modernisation de l'Afghanistan.
01:00:29– À outrance.
01:00:30– Et on a poussé à outrance, trop probablement.
01:00:33Même quand je vois des jeunes femmes faire du vélo
01:00:35dans des combinaisons, enfin, qui ici seraient tout à fait normales,
01:00:39je me dis qu'il y a un décalage par rapport à la société afghane
01:00:42qui était dangereux.
01:00:43Donc, on les a poussées à ces formes de modernisation
01:00:45et au moment où c'est devenu dangereux,
01:00:47on a verrouillé pour pas qu'elles aient de visa.
01:00:50– La condition des femmes depuis le retour des talibans au pouvoir
01:00:54est évidemment au centre à la fois de ce documentaire
01:00:57et au centre de l'actualité depuis maintenant 5 ans
01:01:02avec notre regard à nous, occidentaux,
01:01:04l'invisibilité orchestrée par les talibans des femmes
01:01:07dans la société afghane.
01:01:08Ça, c'est un sujet aujourd'hui dont il faut reparler.
01:01:11Où en est-on aujourd'hui ?
01:01:12Ces femmes n'ont plus accès à l'éducation.
01:01:15Et là, on parle de jeunes filles, de jeunes femmes.
01:01:19Après la période du cours élémentaire,
01:01:22je crois que c'est ça aujourd'hui.
01:01:23Donc, plus d'accès au collège pour les jeunes femmes,
01:01:25les jeunes filles, plus d'accès au lycée,
01:01:27plus d'accès à l'université aujourd'hui pour les femmes.
01:01:30C'est ça la situation sur le terrain de l'éducation ?
01:01:31– Vous qui connaissez bien la situation,
01:01:33parce que vous suivez la cause afghane,
01:01:35je vous en remercie,
01:01:36il faut prendre la liste dans l'autre sens.
01:01:37Qu'est-ce qu'ils ont droit aujourd'hui, les femmes afghanes ?
01:01:39En fait, rien.
01:01:4015 août 2021, très vite.
01:01:43Ça aussi, ce que vous n'avez pas dit, Gilles,
01:01:45c'est que pendant toutes les années,
01:01:46depuis 2019,
01:01:47où il y a eu des négociations avec ces talibans,
01:01:49à Doha notamment,
01:01:50avec tous les émissaires européens,
01:01:51américains,
01:01:52quand moi je venais sur vos plateaux
01:01:54et que j'étais accompagnée parfois
01:01:56avec des politiques européennes,
01:01:57on disait, attention, le droit des femmes,
01:01:59c'est une condition sur laquelle
01:02:00on ne va pas déroger les femmes afghanes.
01:02:02on négocie, discute avec les talibans
01:02:05qui vont arriver au pouvoir,
01:02:07mais la condition des femmes,
01:02:08attention, etc.
01:02:10Donc, le 15 août 2021,
01:02:11très vite,
01:02:12ils ont décidé qu'elles n'avaient plus aucun droit
01:02:14et petit à petit,
01:02:15dans l'année 2021,
01:02:17en 2022,
01:02:18ils ont décidé qu'il n'y avait plus d'école,
01:02:20plus accès à l'éducation, etc.
01:02:22et qu'elles ne travaillaient plus.
01:02:23Ce qu'il faut savoir,
01:02:24c'est qu'avant l'arrivée des talibans,
01:02:26il y avait aussi ça,
01:02:27presque 80% des foyers,
01:02:2975% des foyers,
01:02:31c'était les femmes chefs de famille
01:02:33qui travaillaient,
01:02:34que ce soit dans les ONG,
01:02:35dans les organisations internationales,
01:02:36mais aussi dans les ministères.
01:02:38Et que de jour au lendemain,
01:02:39elles sont retrouvées à la maison
01:02:40avec 5, 6 enfants en moyenne,
01:02:42un mari mort ou handicapé, etc.
01:02:44Et donc, c'est aussi ça la catastrophe
01:02:46pour toutes ces femmes.
01:02:47Et puis là, il y a eu des nouvelles règles,
01:02:50nouveau code pénal
01:02:50dont on parlera tout à l'heure, j'imagine.
01:02:52Mais c'est-à-dire que ça aussi,
01:02:54pour moi, en tant qu'Afghane,
01:02:55c'est quelque chose qui est très compliqué
01:02:57quand je viens sur vos plateaux,
01:02:58c'est de me dire,
01:02:59quel est ce silence ?
01:03:00En fait, je ne comprends pas.
01:03:01C'est-à-dire que je sors de chez vous,
01:03:03j'ai mon téléphone qui s'allume,
01:03:04ces femmes afghanes qui m'appellent
01:03:05et ces jeunes filles,
01:03:06et je ne sais pas répondre
01:03:08pourquoi chez Keba,
01:03:09le monde occidental,
01:03:10pourquoi l'Europe a ce silence
01:03:12face à notre sort ?
01:03:13Pourquoi on nous a promis pendant 20 ans
01:03:14qu'il fallait créer des blocs,
01:03:16qu'il fallait créer des écoles,
01:03:17et que toi la première,
01:03:18moi avec mon ONG,
01:03:20je les ai aidées par centaines de milliers
01:03:22à être éduquées,
01:03:23à être des programmeuses,
01:03:23le 13 août 2021,
01:03:25deux jours avant la chute des talibans,
01:03:27j'étais en Zoom
01:03:28avec des programmeuses afghanes
01:03:29qui apprenaient à coder.
01:03:32Et pourquoi est-ce qu'on nous a abandonnés ?
01:03:34Pourquoi ce silence ?
01:03:36Vous savez, hier,
01:03:36j'ai appris avec grande chance
01:03:38que le ministre iranien
01:03:39n'avait pas le droit
01:03:39de prendre la parole
01:03:40au Conseil de sécurité,
01:03:41et heureusement.
01:03:42Mais le ministre afghan
01:03:43des Affaires étrangères,
01:03:44alors qu'il y a ce code pénal
01:03:45contre les femmes
01:03:46et 28 millions de femmes
01:03:47en muret vivante,
01:03:48il voyage ouvertement
01:03:49aujourd'hui en Europe.
01:03:5028 millions de femmes
01:03:52en muret vivante,
01:03:53c'est la formule
01:03:54que vous venez d'utiliser.
01:03:54Exactement.
01:03:55C'est la réalité
01:03:56de la condition féminine
01:03:57aujourd'hui dans ce pays ?
01:03:58Alors, en muret,
01:04:00oui, alors,
01:04:02c'est compliqué.
01:04:04Bon, pourquoi ?
01:04:04Parce que,
01:04:06pour rebondir
01:04:07sur ce que vous disiez,
01:04:09on a dans un premier temps
01:04:11cette société civile afghane
01:04:13qui est gonflée
01:04:14à coups de financements occidentaux.
01:04:17Ce que vous nous avez expliqué
01:04:18tout à l'heure, oui.
01:04:19En même temps,
01:04:20on a des élites politiques afghanes
01:04:22avant la chute de Kaboul,
01:04:24des élites politiques afghanes
01:04:25qui sont toujours
01:04:25extrêmement conservatrices
01:04:27et pas exactement féministes.
01:04:31Et le moment où tout se retourne,
01:04:34c'est le moment où,
01:04:35effectivement,
01:04:36le régime tombe.
01:04:37Et à partir de ce moment-là,
01:04:38on a,
01:04:39et c'était déjà
01:04:40depuis plusieurs années,
01:04:41le mouvement hyper conservateur,
01:04:44radicalisé,
01:04:45qui arrive au pouvoir.
01:04:46Et il reflète,
01:04:47en fait,
01:04:48la société du sud
01:04:49de l'Afghanistan,
01:04:50Kandahari,
01:04:51dans toute sa fermeture
01:04:53à tout ce qui peut être
01:04:54autonomie féminine.
01:04:55Kandahar,
01:04:56on peut...
01:04:57c'est la base historique
01:05:00des talibans.
01:05:00En tiers pakistanaise.
01:05:01Voilà,
01:05:02c'est la base historique
01:05:02des talibans.
01:05:03Et c'est donc le moment,
01:05:05et on avait déjà vu ça
01:05:06lors du premier passage
01:05:07des talibans en pouvoir
01:05:08entre 1996 et 2001.
01:05:12Et ce qu'on voit donc,
01:05:14c'est ce groupe
01:05:15qui non seulement
01:05:16arrive au pouvoir
01:05:16avec des positions
01:05:17ultra-conservatrices,
01:05:19mais à l'intérieur même
01:05:20des talibans,
01:05:21on a une centralisation
01:05:24progressive,
01:05:24en un an ou deux,
01:05:26aux mains du chef
01:05:29des talibans,
01:05:30qui va éliminer,
01:05:32à l'intérieur même
01:05:33du mouvement,
01:05:33toute opposition.
01:05:34Et c'est là
01:05:35qu'on voit progressivement
01:05:36fermeture des écoles,
01:05:37etc.
01:05:38Donc aujourd'hui,
01:05:39effectivement,
01:05:39il n'y a plus de droit
01:05:40pour les femmes afghanes,
01:05:41en dehors de choses
01:05:42très marginales.
01:05:45Et je crois que
01:05:46ce qui est le plus grave,
01:05:48c'est que le système
01:05:49est verrouillé
01:05:50pour rester en place
01:05:51pendant des décennies.
01:05:52Il n'y a aucune alternative
01:05:54politique aujourd'hui,
01:05:55ce qui,
01:05:56effectivement,
01:05:56est dramatique.
01:05:57L'actualité de l'Afghanistan,
01:05:59c'est vrai que c'est
01:05:59ce fameux nouveau code pénal
01:06:01qui vient d'être rendu public,
01:06:02en tout cas,
01:06:03dont les Occidentaux
01:06:04disposent aujourd'hui,
01:06:06un code pénal
01:06:07qui instaure l'inégalité
01:06:09des citoyens afghans
01:06:10selon leur sexe,
01:06:11leur classe sociale,
01:06:12leur religion,
01:06:13qui semble aussi
01:06:14légaliser l'esclavage.
01:06:15Expliquez-nous.
01:06:16Oui,
01:06:16le mot esclavage
01:06:17vient sur plusieurs articles,
01:06:18c'est 119 articles,
01:06:20c'est surtout le 35,
01:06:21le 39,
01:06:22qui dit que les femmes
01:06:24n'ont plus aucun droit
01:06:25dans le couple,
01:06:26qu'elles peuvent être battues,
01:06:28maltraitées,
01:06:28et que ça part son mari,
01:06:29à condition que ça ne se voit pas,
01:06:31à partir du moment
01:06:32où ça se voit
01:06:32qu'il y a des blessures graves,
01:06:34le mari,
01:06:34elle peut attaquer le mari,
01:06:36mais la peine maximale
01:06:37est 15 jours,
01:06:37c'est-à-dire qu'on va
01:06:38dans les détails jusqu'à là.
01:06:40Et le terme exclavagiste
01:06:41dont vous parlez,
01:06:42c'est aussi toutes les minorités
01:06:43en Afghanistan,
01:06:43c'est-à-dire que tout est
01:06:44open bar,
01:06:45comme je pourrais dire,
01:06:47pour maltraiter
01:06:48toutes les minorités,
01:06:50et d'ailleurs,
01:06:50c'est stipulé aussi
01:06:52que ce code ne s'applique pas
01:06:54à certaines populations chiites,
01:06:56par exemple les Hazara,
01:06:57donc ça veut dire
01:06:57qu'on peut les maltraiter,
01:06:59que ce sont des esclaves,
01:07:00d'où le mot esclaves
01:07:00qui revient dans plusieurs articles.
01:07:02– Il n'est pas bon
01:07:03de ne pas être sunnite
01:07:04aujourd'hui dans ce pays.
01:07:05– Oui, enfin,
01:07:06en même temps que sunnite et femme,
01:07:07c'est ce que dit ce code.
01:07:08– Il n'est pas bon
01:07:09d'être femme dans ce pays déjà,
01:07:11premièrement,
01:07:12et de petite fille,
01:07:13je pense que les Nations Unies,
01:07:15chaque année,
01:07:16disent que le pays,
01:07:17il fait le moins bon vivre
01:07:18dans le monde pour les femmes,
01:07:19c'est l'Afghanistan,
01:07:21et malheureusement,
01:07:21ça continue,
01:07:22mais pour rebondir
01:07:24à ce que vous disiez,
01:07:25effectivement,
01:07:26que c'est un…
01:07:27beaucoup de politiques
01:07:28et beaucoup de membres
01:07:29du gouvernement,
01:07:30même avant les talibans,
01:07:31étaient très…
01:07:32enfin bon,
01:07:34on ne peut pas dire
01:07:34que ce soit les féministes,
01:07:36même si j'ai travaillé
01:07:36dans ce gouvernement,
01:07:37mais on n'a jamais eu
01:07:38de code pénal comme ça,
01:07:39nous sommes en 2026,
01:07:41et que l'écrire noir sur blanc,
01:07:43ça a un impact
01:07:43beaucoup plus grave
01:07:44que juste cet article
01:07:45où on interdit encore
01:07:46des choses aux femmes,
01:07:47où on les traite vraiment
01:07:49comme une citoyenne
01:07:50de pas seconde zone,
01:07:51mais carrément,
01:07:51elles n'existent pas
01:07:52pire que les animaux,
01:07:53vous savez qu'il y a des articles
01:07:54dans ce code pénal
01:07:55qui protègent le droit
01:07:56des animaux,
01:07:58et dans le même code pénal,
01:07:59on parle,
01:08:00donc les femmes,
01:08:00vous pouvez les maltraiter,
01:08:01prendre comme esclaves,
01:08:03etc.,
01:08:03et ça n'a aucun impact,
01:08:04donc c'est quand même,
01:08:05on est né à une situation
01:08:08vue nulle part dans le monde.
01:08:09– Pour le reste,
01:08:10ce qui s'applique,
01:08:10c'est la loi de la charia,
01:08:12dans ce pays,
01:08:12vous pouvez peut-être nous rappeler
01:08:14rapidement quelle forme
01:08:14elle prend,
01:08:15cette loi de la charia
01:08:16en Afghanistan ?
01:08:16– C'est un droit musulman,
01:08:18alors les talibans sont un mouvement
01:08:19d'origine des Obandis,
01:08:20donc c'est un coin religieux
01:08:21du sous-continent indien,
01:08:23et ils appliquent la jurisprudence
01:08:24d'un ancien docteur de la loi
01:08:28qui s'appelle Bukhari,
01:08:29donc c'est une jurisprudence
01:08:30extrêmement conservatrice,
01:08:32par exemple,
01:08:33c'est la mise à mort
01:08:33des homosexuels,
01:08:34c'est la lapidation éventuelle
01:08:36des femmes adultères,
01:08:39bon voilà,
01:08:40donc on a ce type
01:08:41de jurisprudence.
01:08:42Et autre chose,
01:08:44on a un système
01:08:45qui est théocratique
01:08:46au sens où il n'y a pas
01:08:47de vote prévu,
01:08:48tout vient du commandeur
01:08:50des croyants,
01:08:51et ensuite on a un système
01:08:52qui vraiment part du haut
01:08:54vers le bas,
01:08:55strictement,
01:08:56sans possibilité de vote,
01:08:59sans possibilité d'élection,
01:09:00ce qu'on a quand même
01:09:01marginalement en Iran,
01:09:02on ne l'a pas du tout
01:09:02en Afghanistan.
01:09:03Donc voilà,
01:09:04c'est un système
01:09:04qui est complètement verrouillé,
01:09:06et leur interprétation
01:09:08du droit est une interprétation
01:09:10qui, dans l'islam contemporain,
01:09:12est sans équivalent.
01:09:14– La reconnaissance
01:09:15de ce régime
01:09:17n'avait pas eu lieu
01:09:18à l'échelle de la planète
01:09:20jusqu'à juillet dernier,
01:09:21juillet 2025,
01:09:22où la Russie a été
01:09:23le premier pays
01:09:24à reconnaître
01:09:25officiellement
01:09:26ce régime taliban.
01:09:28– La Chine a suivi,
01:09:30la Chine a reconnu aussi.
01:09:32Là, j'ai appris
01:09:34qu'hier,
01:09:35le ministre des Affaires étrangères
01:09:36iranien disait
01:09:37que ça allait être aussi
01:09:38incessamment sous peu,
01:09:39la reconnaissance
01:09:40du régime taliban.
01:09:41– Autrement dit,
01:09:42on cherche
01:09:42à faire revenir
01:09:44l'Afghanistan,
01:09:45ce régime,
01:09:46dans le concert international
01:09:47aujourd'hui.
01:09:47Il y a une forme
01:09:48de consensus,
01:09:48un non-dit peut-être
01:09:50à ce sujet.
01:09:51– Selon l'intérêt
01:09:52de chaque pays,
01:09:52moi ce qui me choque,
01:09:53vous savez,
01:09:54ce n'est pas ni la Chine
01:09:54ni la Russie,
01:09:55ce qui me choque,
01:09:56ce sont les pays européens,
01:09:57en bonne européenne.
01:09:58Je suis choquée
01:09:59de voir que la Norvège
01:10:00a ouvert le consulat taliban,
01:10:02que l'Allemagne
01:10:03a ouvert un consulat taliban,
01:10:05que la Bulgarie
01:10:06l'avait déjà fait,
01:10:07que la Hollande
01:10:08l'a fait.
01:10:09Donc moi,
01:10:09c'est surtout ça
01:10:10qui me choque
01:10:10parce que ça veut dire
01:10:11ça aussi,
01:10:12c'est-à-dire qu'on ouvre
01:10:13les consulats,
01:10:13il faut voir
01:10:14que c'est de manière
01:10:15très opportuniste,
01:10:16c'est parce que ça permet
01:10:17de faire des papiers
01:10:18et des passeports
01:10:19à des Afghans
01:10:19qu'on veut renvoyer
01:10:20dans leur pays,
01:10:21dans le contexte politique
01:10:22actuel européen.
01:10:23c'est trop de migrants,
01:10:26donc on les renvoie
01:10:26et c'est pour cette possibilité-là.
01:10:28Sauf que le régime taliban,
01:10:30qu'est-ce qu'ils font avec ça ?
01:10:31Ils font une communication
01:10:32en Afghanistan
01:10:33pour montrer qu'en fait
01:10:34ils sont légitimisés,
01:10:35ils sont reconnus
01:10:36par l'Europe.
01:10:37Donc vous voyez un peu
01:10:38l'impact sur la population
01:10:39à l'heure où ils font
01:10:40de plus en plus de lois
01:10:41contre les femmes
01:10:42ou ils sont en train
01:10:43d'assassiner bonnement
01:10:44et simplement toutes ces femmes
01:10:45qui meurent de faim aujourd'hui
01:10:46puisqu'elles n'ont droit
01:10:46de rien faire.
01:10:47Montrer qu'en Norvège
01:10:48ils ont été reçus,
01:10:49qu'il y a un consulat taliban,
01:10:51vous imaginez un peu
01:10:51ce que ça veut dire.
01:10:53Et puis autre chose
01:10:53dont on ne mesure pas l'impact,
01:10:55c'est que toutes ces ambassades
01:10:56ont aussi le fichier
01:10:57de tous les Afghans
01:10:58qui sont arrivés
01:10:59et qui sont les opposants.
01:11:00Moi par exemple,
01:11:01si demain il y a un consulat
01:11:02en France qui s'ouvre
01:11:03avec le régime taliban,
01:11:05il a le fichier,
01:11:06tout de suite,
01:11:06mon adresse, etc.
01:11:07où j'habite,
01:11:08tout ce qu'il faut
01:11:09pour m'attaquer.
01:11:10Donc on ne comprend pas
01:11:11l'impact que c'est
01:11:12de l'Europe
01:11:13d'ouvrir un consulat taliban
01:11:15et l'utilisation
01:11:16qu'ils font dans le pays
01:11:17pour montrer,
01:11:18vous voyez,
01:11:18on peut tout faire.
01:11:19Aujourd'hui nous sommes
01:11:20le laboratoire de fabrication
01:11:21de terroristes du monde entier
01:11:23parce que tout le monde
01:11:24est en Afghanistan,
01:11:24vous avez de l'argent,
01:11:25vous arrivez en Afghanistan
01:11:26et vous pouvez ouvrir
01:11:27votre parti politique,
01:11:29tous les djihadistes du Pakistan
01:11:32du monde entier
01:11:32sont quand même
01:11:33aujourd'hui en Afghanistan.
01:11:34Et montrer que l'Europe
01:11:35les reconnaît,
01:11:36c'est une communication
01:11:37qu'ils font là-bas
01:11:38auprès de la population
01:11:38pour leur légitimité.
01:11:40– Est-ce qu'on peut parler
01:11:41d'un retour de l'Afghanistan
01:11:44dans le concert international
01:11:45avec ce régime taliban aujourd'hui ?
01:11:47– Oui, alors…
01:11:47– On peut aller jusque-là ?
01:11:48– Oui, oui, clairement,
01:11:50oui, à deux niveaux.
01:11:50D'abord au niveau régional
01:11:51parce que, bon,
01:11:52pour un principe de réalité,
01:11:54il faut à un moment donné
01:11:55gérer une frontière,
01:11:57il faut avoir…
01:11:57Voilà, donc là,
01:11:58on a effectivement
01:11:59les pays d'Asie centrale,
01:12:01le Pakistan, l'Iran
01:12:02qui sont dans une logique
01:12:03de reconnaissance.
01:12:04Et puis on a un deuxième niveau
01:12:06qui est celui
01:12:07des pays occidentaux
01:12:08et là,
01:12:08ce qu'il faut voir,
01:12:09c'est que dès l'été 21,
01:12:12donc au moment
01:12:13de la prise du pouvoir,
01:12:14il y a eu une collaboration
01:12:16entre les pays occidentaux,
01:12:17notamment les États-Unis
01:12:18et les talibans.
01:12:19Et la collaboration
01:12:19s'est structurée
01:12:20autour de la lutte
01:12:21contre l'État islamique.
01:12:22Puisqu'on a vu dans le film
01:12:23qu'il y a un attentat
01:12:24à l'aéroport de Kaboul,
01:12:26c'est un attentat
01:12:26de l'État islamique
01:12:27contre les talibans,
01:12:28qui sont les ennemis
01:12:29jurés de l'État islamique.
01:12:32Et donc la collaboration
01:12:33dure depuis des années maintenant.
01:12:35Mais c'était
01:12:35une collaboration sécuritaire.
01:12:37À côté de ça…
01:12:38– Au nom de la lutte
01:12:39antiterroriste.
01:12:40– Au nom de la lutte antiterroriste.
01:12:41et c'est vrai
01:12:41que ça a été productif.
01:12:43Les Américains
01:12:44ont donné des informations.
01:12:45Les talibans
01:12:45sont allés effectivement
01:12:47tuer des gens
01:12:48de l'État islamique.
01:12:49Voilà.
01:12:50Bon, donc il y a
01:12:50cette collaboration.
01:12:51Et maintenant,
01:12:52effectivement,
01:12:53avec les années,
01:12:54il n'y a pas
01:12:55d'alternative politique.
01:12:56Et le mouvement général,
01:12:58pour les raisons
01:12:59liées aux réfugiés,
01:13:00d'abord,
01:13:01c'est de renvoyer
01:13:03des réfugiés.
01:13:04Et donc il faut
01:13:04des ambassades fonctionnelles.
01:13:06Et ça explique très largement
01:13:07le mouvement de reconnaissance.
01:13:09– Pourquoi la Russie a-t-elle été
01:13:10le premier pays
01:13:11à reconnaître officiellement
01:13:13ce régime ?
01:13:14En juillet dernier ?
01:13:15– Ça a été le premier.
01:13:16– Quel est l'intérêt
01:13:16de la Russie dans cette affaire ?
01:13:18– L'intérêt de la Russie,
01:13:19c'est de trouver
01:13:20un interlocuteur en Afghanistan,
01:13:22éventuellement de gérer
01:13:23des problèmes de sécurité
01:13:24puisqu'il y a eu
01:13:24une série d'attentats
01:13:25extrêmement durs
01:13:26de l'État islamique
01:13:28en Russie.
01:13:28Et donc les Russes
01:13:29veulent une collaboration
01:13:30avec les talibans
01:13:32pour des histoires frontalières,
01:13:33essentiellement.
01:13:34C'est ça.
01:13:35Après,
01:13:36il y a un deuxième,
01:13:36quelque chose de plus subtil,
01:13:38c'est aussi une façon
01:13:39de marquer leur indépendance
01:13:41par rapport aux États-Unis,
01:13:42c'est aussi une façon
01:13:43aussi de retrouver
01:13:44des relations diplomatiques
01:13:45avec un pays
01:13:46qui a vaincu successivement
01:13:48l'URSS et les États-Unis.
01:13:51Il y a aussi
01:13:51cette dimension-là.
01:13:52– En même temps,
01:13:53ils reçoivent tous les mois
01:13:53quand même leur salaire
01:13:54entre guillemets
01:13:55des États-Unis.
01:13:56– Justement,
01:13:57j'allais vous demander
01:13:57ce que vous pensez
01:13:58de l'attitude du meilleur ennemi,
01:14:00peut-être qu'on peut l'appeler
01:14:00comme ça.
01:14:01– Qui n'est pas vraiment,
01:14:02voilà, parce que…
01:14:02– Les talibans,
01:14:03ce font les États-Unis.
01:14:04– Ils sont très contents.
01:14:06– Et ils reçoivent
01:14:08leur argent quand même
01:14:09chaque mois,
01:14:10leur argent de poche
01:14:10des Américains,
01:14:11sinon ils ne pourraient pas vivre
01:14:12du fonctionnement
01:14:13de leur régime,
01:14:14etc.
01:14:15Donc il y a…
01:14:16Et même aujourd'hui,
01:14:17comme on le disait
01:14:18tout à l'heure,
01:14:18ils sont en contact
01:14:19avec tous les émissaires européens,
01:14:20etc.
01:14:21Enfin, il y a…
01:14:22Les Américains les soutiennent,
01:14:23ce n'est pas que la Russie,
01:14:24ce n'est pas aussi simple.
01:14:25– Et tout ça au nom
01:14:25de la lutte antiterroriste
01:14:26évoquée à l'instant ?
01:14:27– Oui, en fait,
01:14:27on a toujours été.
01:14:28Vous savez ce qui est terrible ?
01:14:29Moi, j'ai un peu plus de 50 ans
01:14:31et je suis née
01:14:31avec la guerre,
01:14:32avec l'invasion russe.
01:14:33Et ce que je me rends compte
01:14:34aujourd'hui,
01:14:35c'est qu'on a toujours été
01:14:36en fait l'enjeu
01:14:37géopolitique régional.
01:14:38L'Afghanistan a toujours été
01:14:41la cause afghane,
01:14:43le pays,
01:14:43l'invasion russe,
01:14:44etc.
01:14:44On a toujours été
01:14:46victime de l'enjeu
01:14:47régional et un peu plus loin.
01:14:48Et aujourd'hui,
01:14:49c'est pareil.
01:14:49C'est-à-dire,
01:14:50pour contrer l'Iran,
01:14:51etc.,
01:14:52on soutient le régime taliban
01:14:54par les États-Unis.
01:14:56La Russie veut les soutenir
01:14:58aussi pour pouvoir garder,
01:14:59etc.
01:14:59Le Pakistan,
01:15:00l'Inde qui veut soutenir
01:15:02les talibans
01:15:02contre le Pakistan.
01:15:03Donc, si vous regardez
01:15:04un peu au niveau géopolitique,
01:15:05et moi,
01:15:06ce qui m'intéresse,
01:15:06c'est que la chance
01:15:07d'être sur vos plateaux,
01:15:09c'est de dire
01:15:10il y a 28 millions de personnes
01:15:11dans ce pays,
01:15:12des petites filles et des femmes,
01:15:14qui aujourd'hui vivent
01:15:15la situation la pire au monde.
01:15:16Qu'est-ce qu'on fait ?
01:15:17Notre silence va jusqu'où ?
01:15:19Et c'est ça le plus terrible
01:15:20aujourd'hui pour moi,
01:15:21de continuer à répéter
01:15:22inlassablement depuis 5 ans.
01:15:23C'est que là,
01:15:24avec ce code pénal en plus,
01:15:25c'est-à-dire qu'on a atteint
01:15:27les limites de l'inacceptable.
01:15:28Le silence,
01:15:29alors on comprend,
01:15:30les enjeux politiques,
01:15:31etc.
01:15:31Mais pourquoi
01:15:32les institutions
01:15:33internationales indépendantes ?
01:15:34Pourquoi est-ce qu'on
01:15:36ne prend pas la parole
01:15:37pour dire
01:15:37qu'est-ce qui se passe ?
01:15:38On attend jusqu'où,
01:15:39en fait,
01:15:39les assassinés ?
01:15:40Mais à ce moment-là,
01:15:41ce qui reste aussi,
01:15:41c'est que ça devient
01:15:42le laboratoire
01:15:43de fabrication terroriste
01:15:44de demain dans nos pays.
01:15:45Ce n'est pas parce que
01:15:46les talibans,
01:15:47ils se battent contre le Daesh
01:15:48ou qu'aujourd'hui,
01:15:48ce n'est pas le laboratoire
01:15:50de tous les groupes terroristes
01:15:51du monde entier
01:15:52qui se retrouvent aujourd'hui
01:15:53en Afghanistan.
01:15:54Vous avez une réponse
01:15:55à apporter à cette question ?
01:15:57Pourquoi ?
01:15:58Il y a une réponse simple.
01:15:59C'est le mouvement général
01:16:00des opinions publiques
01:16:01occidentales
01:16:02contre les réfugiés.
01:16:03Et quand on voit,
01:16:04par exemple,
01:16:04que le gouvernement américain
01:16:07a mis en question
01:16:09la naturalisation,
01:16:10en tout cas,
01:16:11le statut légal
01:16:12des Afghans
01:16:12qui étaient arrivés
01:16:14aux Etats-Unis
01:16:15après des péripéties
01:16:16d'ailleurs assez dramatiques
01:16:18qui sont arrivées
01:16:19aux Etats-Unis,
01:16:20on se rend compte
01:16:21qu'il y a,
01:16:21de ce point de vue-là,
01:16:22plus de limites
01:16:23c'est-à-dire que l'idée
01:16:25qu'on puisse accueillir
01:16:26des gens
01:16:27qui sont dans une situation
01:16:28difficile dans leur pays
01:16:29du point de vue
01:16:29des droits de l'homme
01:16:30ou autre,
01:16:30c'est une idée
01:16:31qui est en train
01:16:31de disparaître
01:16:32des pays occidentaux.
01:16:33Et l'Afghanistan,
01:16:34c'est un peu l'exemple
01:16:37le plus dramatique de ça,
01:16:38mais c'est valable
01:16:39pour beaucoup d'autres pays.
01:16:40Est-ce qu'il y a
01:16:40des sanctions internationales
01:16:43qui sont appliquées
01:16:43aujourd'hui en Afghanistan
01:16:45concernant certains dignitaires,
01:16:47talibans par exemple ?
01:16:49Il y a des moyens
01:16:49de pression
01:16:50du côté occidental,
01:16:51notamment,
01:16:52mais ça,
01:16:53les sanctions individuelles
01:16:54ne présentent pas
01:16:55un véritable moyen
01:16:56de pression.
01:16:56En plus,
01:16:57les ennemis sont prudents
01:16:58par rapport à ça
01:17:00parce que c'est des gens
01:17:01avec qui ils travaillent
01:17:02en fait.
01:17:03Et les sanctions,
01:17:04les vraies sanctions,
01:17:05portent sur le système financier,
01:17:08les banques
01:17:08et tout ça empêche
01:17:10le redémarrage
01:17:11de l'économie afghane
01:17:11sans que ça porte
01:17:13pour l'instant
01:17:14des fruits
01:17:15sur la condition féminine.
01:17:16Donc,
01:17:17c'est très compliqué
01:17:17cette histoire de sanctions
01:17:18parce que depuis 2021,
01:17:202021,
01:17:21les talibans
01:17:21n'ont jamais bougé
01:17:22là-dessus.
01:17:23Et même au contraire,
01:17:24ça s'est durci
01:17:25progressivement
01:17:26jusqu'à aujourd'hui.
01:17:27Elle complique même
01:17:27sans doute
01:17:28la situation humanitaire
01:17:30sur place.
01:17:30Ça complique
01:17:30la situation économique.
01:17:31Ça sera le mot de la fin.
01:17:33Vous évoquiez quelques chiffres.
01:17:34en tant qu'ONG
01:17:36de l'argent
01:17:36pour les projets
01:17:38parce que nous avons
01:17:38des projets de santé
01:17:39et heureusement
01:17:40pour l'instant
01:17:40ils ne disent rien
01:17:41et humanitaires
01:17:41tout simplement.
01:17:42On a un mal fou.
01:17:43Tous les pays
01:17:44se cachent un peu le visage
01:17:45pour nous les ONG
01:17:46en disant
01:17:46il ne faut pas envoyer
01:17:47en Afghanistan
01:17:48il n'y a pas de système bancaire
01:17:48etc.
01:17:49Mais à un moment donné
01:17:50il faut bien faire quelque chose.
01:17:51Donc c'est compliqué.
01:17:53C'est une espèce d'hypocrisie
01:17:54de nos sociétés
01:17:56à la fois de faire des sanctions
01:17:57qui ne servent à rien
01:17:58parce que plus on met des sanctions
01:17:59plus eux font des lois
01:18:00pour bien montrer
01:18:01qu'ils sont le maître du monde
01:18:03et que le droit des femmes
01:18:04et le droit des droits de l'homme
01:18:06en général
01:18:06ils n'en ont rien à faire
01:18:07et en même temps
01:18:08on coupe ce pays de tout
01:18:10et qu'on est incapable
01:18:11aujourd'hui de pouvoir
01:18:12les aider économiquement
01:18:13etc.
01:18:14Donc je pense que c'est
01:18:15l'hypocrisie de nos sociétés
01:18:16vous l'avez résumé tout à l'heure
01:18:18avec la situation politique
01:18:19européenne actuelle.
01:18:20Ce sera le mot de la fin.
01:18:22Vous évoquiez donc
01:18:23les 28 millions de femmes
01:18:24aujourd'hui
01:18:25avec les enfants
01:18:26dont on a rapidement évoqué
01:18:27la situation aujourd'hui
01:18:28sous ce régime
01:18:29puis un autre chiffre
01:18:30un tiers de la population
01:18:31selon l'ONU
01:18:33est aujourd'hui confronté
01:18:34à une insécurité alimentaire
01:18:36aiguë.
01:18:37Ça représente 17 millions
01:18:38de personnes
01:18:38sur une population
01:18:39de 42 millions
01:18:41d'habitants aujourd'hui
01:18:42en Afghanistan.
01:18:43Un grand merci vraiment
01:18:44à tous les deux
01:18:45d'avoir participé
01:18:46aujourd'hui
01:18:46à ce débat d'oc.
01:18:48Merci aussi
01:18:48à Félicité Gavalda,
01:18:51Thibaut Brosset
01:18:51et qu'elles
01:18:52qui comme à l'accoutumée
01:18:53m'ont aidé
01:18:53à préparer cette émission.
01:18:55Vos réactions
01:18:55ce sera sur hashtag
01:18:56débat d'oc
01:18:57et je vous donne
01:18:57un rendez-vous
01:18:58pour un prochain débat d'oc
01:18:59tout simplement
01:19:00à la même place
01:19:01à la même heure
01:19:01et toujours
01:19:02avec son documentaire
01:19:03et son débat.
01:19:04A très bientôt.
01:19:05Sous-titrage Société Radio-Canada
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