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  • il y a 10 mois
En 2000, la parité en politique a été inscrite dans la loi française. Vingt-cinq ans plus tard, le bilan reste en demi-teinte : seules 28 % des personnes exerçant le pouvoir sont des femmes. La parité est encore loin d'être atteinte, notamment aux postes les plus élevés, en particulier à l'échelle locale. Quelles sont les résistances à cette progression ? L'âpreté du monde politique empêche-t-elle inévitablement sa féminisation ? Les femmes sont-elles des hommes politiques comme les autres ?
Pour en parler, Jean-Pierre Gratien reçoit la journaliste Céline Crespy, et les chercheuses Marion Paoletti et Catherine Achin.

LCP fait la part belle à l'écriture documentaire en prime time. Ce rendez-vous offre une approche différenciée des réalités politiques, économiques, sociales ou mondiales....autant de thématiques qui invitent à prolonger le documentaire à l'occasion d'un débat animé par Jean-Pierre Gratien, en présence de parlementaires, acteurs de notre société et experts.

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Transcription
00:00:00Générique
00:00:01Bienvenue à tous au menu de ce débat doc, aujourd'hui, Femmes à l'Assemblée, histoire d'un combat, un documentaire exclusif réalisé par Céline Crespi et Maxime Rioux.
00:00:27Je vous laisse le découvrir, puis Céline Crespi sera avec nous sur ce plateau, en compagnie des politistes Catherine Hachin et Marion Paoletti.
00:00:36Avec elles, nous nous interrogerons sur l'apport de la parité aujourd'hui au sein du monde politique français. Bon doc.
00:00:45Elle a 32 ans en 1945. Et en ce 21 octobre, sa vie va basculer.
00:00:52Elle sait que depuis toujours, la femme n'est pas l'égale de l'homme.
00:00:57Même la révolution française et son héritage ont nié son droit de vote.
00:01:03Elle a pourtant fait tourner la France durant la Première Guerre mondiale.
00:01:07Mais cela n'a pas suffi.
00:01:08C'est son engagement dans la résistance qui a changé la donne.
00:01:16Aujourd'hui, elle va enfin pouvoir voter.
00:01:20Pour la première fois, elle va choisir ses représentants à l'Assemblée nationale.
00:01:24Et même élire des femmes.
00:01:32Elle rêve d'une Assemblée nationale qui donnerait enfin toute leur place aux femmes.
00:01:38D'une société égalitaire.
00:01:40Elle rêve.
00:01:41Mais peut-elle imaginer qu'il faudra près de 80 ans avant qu'une femme prenne la tête de l'Assemblée ?
00:01:48Et qu'entre-temps, celles qui auront brigué des postes d'importance ressortiront marquées au fer rouge par la violence du combat politique et son sexisme ?
00:02:0080 ans d'une lutte qui résonne encore chaque jour dans l'hémicycle et dans les lieux de pouvoir de notre République.
00:02:11Je voudrais tout d'abord vous faire partager une conviction de star.
00:02:31En ce 16 novembre 1945, elle vient voir pleines d'espoir les 33 premières femmes élues à l'Assemblée nationale.
00:03:01Une résurrection, celle du Palais Bourbon.
00:03:06Et une naissance, celle de la Quatrième République.
00:03:10Voici l'Assemblée constituante.
00:03:13Monsieur Francisque Gay est un des chefs du MRP qui compte de nombreuses femmes députées
00:03:18et dont Monsieur Maurice Schumann est le porte-parole, Monsieur Tixier et ses filles.
00:03:24Dans la cour du Palais, Monsieur Édouard Herriot, président du Parti radical, Monsieur Louis Marin.
00:03:29Et puis des femmes, des communistes et des socialistes.
00:03:33On sent presque la gêne quand il est commentateur.
00:03:37Il ne sait pas trop comment faire.
00:03:39Alors lui aussi, j'imagine qu'il veut être politiquement correct.
00:03:44Mais il y a des femmes, il y a des femmes.
00:03:45Ces femmes députées d'il y a 80 ans, j'ai un immense respect pour elles parce que fallait quand même...
00:03:52Je pense qu'elles ont dû serrer les dents beaucoup, beaucoup, beaucoup.
00:03:55Puis, dans l'hémicycle qui a retrouvé son animation d'autrefois, les représentants élus...
00:04:01Dans la Nouvelle-France de l'après-guerre, permettre aux femmes de voter et d'être élues députées s'est imposé.
00:04:10Pourtant, à l'origine, ce n'était pas vraiment dans l'ADN de l'homme du 18 juin.
00:04:16Quant au général de Gaulle, on sait par ses conseillers qu'il ne voulait pas de femmes dans la Respublica.
00:04:25À ses yeux, les femmes étaient un agent déstabilisateur du corps politique.
00:04:31Elles apportaient des facteurs passionnels qui pouvaient dissoudre les relations de travail.
00:04:37Enfin, c'était sa vision des femmes.
00:04:39Parmi les premières femmes élues députées, la plupart ont un parcours exceptionnel.
00:04:47Pourtant, qui est capable de citer le nom ne serait-ce que d'une de ces femmes ?
00:04:54Elles ont totalement été oubliées par l'histoire.
00:04:57La journaliste, Elodie Fonte, elle, est en quête de détails sur ses députés.
00:05:05Elle apprend à les connaître pour une BD qu'elle veut leur consacrer.
00:05:09Et elle découvre que, bien avant d'être élue, toutes ces femmes se sont engagées politiquement.
00:05:16Elles ont toutes été dans la résistance.
00:05:20Parmi les femmes qui sont élues pour le Parti communiste, un tiers d'entre elles ont été déportées.
00:05:27La plupart à Ravensbrück.
00:05:28Donc, elles se connaissent de Ravensbrück.
00:05:30Je dois dire que, moi, c'est une image qui m'émeut à chaque fois que j'y pense.
00:05:35D'imaginer que six mois auparavant, elles sont à Ravensbrück.
00:05:39Elles y sont encore, puisqu'elles ont été libérées à la toute fin, évidemment.
00:05:43Et quelques semaines plus tard, elles sont ensemble dans l'hémicycle.
00:05:47Je trouve que c'est un symbole de résilience, évidemment, mais aussi d'engagement.
00:05:52Jusqu'au bout, du bout des ongles.
00:05:55Certaines auront des carrières politiques éclaires.
00:06:01Denise Astide, elle a 28 ans.
00:06:03Elle est communiste.
00:06:04C'est une femme qui milite vraiment, qui est sur le terrain, qui est très engagée.
00:06:10Et forcément, qu'elle est qualifiée de violente, d'hystérique, d'ingérable.
00:06:17Et de devenir députée en 1945, c'est être hors du cadre.
00:06:23C'est-à-dire, c'est quand même...
00:06:26Ne pas faire ce que l'on attend des femmes à l'époque.
00:06:32À savoir faire des enfants et être chez elles.
00:06:34On leur dit aussi, surtout, occupez-vous bien de vos maris.
00:06:39Ça a été très difficile pour eux.
00:06:40Et donc maintenant, laissez-les être des chefs de famille.
00:06:45Et vous, soyez soumise à eux parce qu'ils en ont besoin.
00:06:50D'autres auront des carrières politiques plus longues.
00:06:53Mais à quel prix ?
00:06:55Marie-Madeleine Dienesch, c'est une bretonne.
00:06:58Et elle, elle a une longévité extraordinaire puisqu'elle va être élue jusqu'en 1981.
00:07:04Quasiment sans interruption.
00:07:06Et donc, c'est extraordinaire, c'est toujours le record.
00:07:09Et elle, elle dit, pour durer en politique, il faut faire ce que les hommes attendent, c'est-à-dire profil bas.
00:07:18Germaine Poinceau-Chapuille, elle, accédera même à de plus hautes fonctions.
00:07:22Elle est la première femme ministre.
00:07:27Elle est vraiment présentée comme Germaine Poinceau-Chapuille, mère de deux enfants, mère aimante,
00:07:34qui n'hésite pas à prendre ses enfants dans ses bras.
00:07:38Les articles la présentent comme ça, avant même de la présenter comme ministre,
00:07:42comme s'il fallait vraiment dire, attendez, c'est vraiment une femme.
00:07:46Et à l'époque, elle ne peut pas envisager la femme autrement que comme mère.
00:07:49Elle est à Paris, en 1947.
00:07:54J'ai adoré ma mère, évidemment, et très très fière.
00:07:56Et puis les années passant, je l'ai été de plus en plus.
00:08:01De plus en plus.
00:08:05Bachelière à 16 ans, Germaine Poinceau-Chapuille étudie le droit à Aix-en-Provence
00:08:10et passe le barreau à 20 ans seulement.
00:08:15Elle a été dans les toutes premières avocates.
00:08:18Elle a beaucoup aimé ce métier d'avocat.
00:08:22Dès l'âge de 17 ans, elle a donné des cours déjà à des jeunes filles de droit, sur leurs droits.
00:08:30Pendant la guerre, ma mère créait une filière pour, quand il y a des évasions,
00:08:36quand il y a des gens qui arrivent à s'évader du camp d'Émile,
00:08:39pour arriver à les accueillir dans deux, trois maisons à Marseille, dont la sienne,
00:08:44où les gens peuvent se changer, repartir avec des cartes d'identité.
00:08:47Et voilà, on entre dans la clandestinité.
00:08:51Je sais qu'elle a caché des juifs, il ne faut pas être justice à Marseille.
00:08:55Avec un tribunal qui était composé de magistrats qui avaient prêté serment à Pétain.
00:09:03À la Libération, on vient la chercher pour être la candidate à Marseille du MRP,
00:09:08le parti de centre-droit.
00:09:11Deux ans plus tard, elle devient la première femme ministre.
00:09:14Mais elle ne restera que dix mois en place,
00:09:19devant renier, malgré elle, un accord politique fait avec les socialistes.
00:09:25Elle sert de fusible à Robert Schumann.
00:09:29Quelquefois, quand même, on a utilisé le fait que ce soit une femme
00:09:32pour aller là où personne ne voulait aller.
00:09:35Notamment pour aller porter la parole du MRP contre Pierre Médès-France.
00:09:42Et ça, je sais qu'elle en a souffert parce que personne ne voulait y aller.
00:09:47Donc elle a été obligée de le faire.
00:09:49Vacherie, qui a coûté quand même sa place au gouvernement à ma mère,
00:09:56a terminé sa carrière parce que les socialistes et les radicaux ont dit qu'on a été trahis.
00:10:00On avait eu confiance en Germaine Poinceau-Chapuy.
00:10:05C'est terminé.
00:10:06On ne refera pas de gouvernement avec une femme.
00:10:10Peut-être pour ça que la suivante n'a été que Simone Veil 30 ans après.
00:10:14On a desserré le collier du servage, mais on en a toujours la marque autour du couvre.
00:10:26On a été cantonnés pendant des millénaires dans un rôle strictement de reproduction,
00:10:33dans un rôle éminemment sexualisé, dans un rôle de servante,
00:10:37dans un rôle de ventre qui fournissent les ouvriers de la machine à produire
00:10:44et les soldats de la machine guerrière.
00:10:47C'était notre rôle.
00:10:49Preuve que cette vision domine,
00:10:55en 1958, dans la première émission politique de la télévision française,
00:11:02voici comment le journaliste vedette présente les choses.
00:11:07Les femmes, qu'ont-elles à voir avec la politique ?
00:11:11Ne faudrait-elles pas mieux de s'occuper de leur mari ou de leurs enfants ?
00:11:15Leur place est-elle au Parlement ?
00:11:18Alors que tant d'autres travaux pourraient mettre en valeur leur qualité naturelle ?
00:11:23Elles se disent brimées par une législation faite par les hommes.
00:11:27Mais n'est-ce pas abusé ?
00:11:29Nous sommes en 1958.
00:11:35Durant toute la IVe République,
00:11:38elle a vu le nombre de députés femmes osciller entre 19 et 42.
00:11:43Toutes ont œuvré pour la reconstruction et l'aide aux enfants, aux familles.
00:11:48Mais en cette année 1958,
00:11:51le général de Gaulle veut changer la constitution.
00:11:53Elle espère voir plus de femmes à l'Assemblée
00:11:58pour faire avancer leurs droits dans la société.
00:12:01Et pour cause,
00:12:02elles sont encore sous la tutelle de leur mari,
00:12:05obligées de demander leur autorisation pour travailler,
00:12:09entre autres.
00:12:10Mais elle va être déçue.
00:12:21Le début de la Vème République
00:12:23a sorti les femmes de l'Assemblée nationale.
00:12:27Elles sont huites pendant plusieurs années.
00:12:30Et il faut voir que c'est le cas à l'Assemblée nationale,
00:12:33c'est le cas dans toutes les autres institutions politiques françaises.
00:12:37– 1960, 15 ans après avoir obtenu le droit de vote et le droit d'être élue,
00:12:45les femmes sont moins de 1,5% des députés.
00:12:50À qui la faute ?
00:12:51À elles-mêmes, si on en croit les commentateurs de l'époque.
00:12:54– Il semblerait plutôt tel que des enfants
00:13:00qui ont réclamé à grand cri un jouet
00:13:02et qu'ils l'ayant obtenu le jettent quelques temps plus tard,
00:13:05il semble en effet qu'elles n'ont pas,
00:13:08elles n'ont pas pour la plupart,
00:13:10accepté de prendre un rôle réellement politique en France.
00:13:16Elles étaient en effet en 1946-38,
00:13:19à la Chambre des députés.
00:13:21Aujourd'hui, elles ne sont plus que 7.
00:13:22Alors pourquoi ce désintéressement des Françaises
00:13:25pour la vie politique de leur pays,
00:13:27elles qui représentent 53% de l'électorat
00:13:30et qui pourraient donc dicter à elles seules
00:13:32les orientations essentielles de l'État ?
00:13:34– En réalité, la cause de cette sous-représentation
00:13:38est institutionnelle.
00:13:40La Ve République a écarté les femmes.
00:13:43– En 1958, on abandonne le système,
00:13:47grosso modo, proportionnel de la Ve République
00:13:49pour le scrutin majoritaire.
00:13:52À la proportionnelle, les partis présentent par nature des listes.
00:13:56Et donc, il est facile de mettre une femme
00:13:58en deuxième ou en troisième ou en quatrième position.
00:14:01Il est rarissime qu'une femme soit tête de liste
00:14:03sous la Quatrième République.
00:14:05Voilà.
00:14:06Au scrutin uninominal,
00:14:08eh bien, on n'y a qu'un candidat.
00:14:09Mais très rares ont été les circonscriptions gagnables
00:14:13où une femme était la candidate investie par un parti sérieux.
00:14:18– C'est un mode de scrutin qui favorise le notable en place,
00:14:21à savoir le député sortant,
00:14:24qui souvent cumule avec la fonction de maire
00:14:28ou de conseiller départemental,
00:14:31donc qui tient la circonscription,
00:14:34qui tient son territoire.
00:14:35Et par conséquent, les partis politiques font un calcul
00:14:38qui fait qu'il faut mieux réinvestir le notable, le sortant,
00:14:42plutôt que de choisir une néophyte
00:14:44qui aura moins de chances d'emporter le combat électoral.
00:14:47– En France, la politique, ça a quelque chose de sacré.
00:14:51Longtemps, c'est resté...
00:14:53La politique a été considérée comme un territoire réservé aux hommes.
00:14:56Ça remonte à nous, la loi Salik.
00:14:59Donc, il y a tout un héritage historique en France
00:15:04qui a organisé ses pesanteurs.
00:15:07Et puis, il faut dire aussi que le combat électoral,
00:15:10c'est quand même le maximum de la misogynie et du sexisme.
00:15:13Et ça le reste.
00:15:14– Lors de ces années-là,
00:15:22le fait que les femmes siègent à l'Assemblée nationale
00:15:25n'a pas changé grand-chose à leur statut,
00:15:28au sein de la société ou au sein de leur couple.
00:15:32La femme reste inféodée à son mari,
00:15:34comme l'avait décidé le code civil de Napoléon en 1804.
00:15:40– Pendant toutes ces années 40, 50, 60,
00:15:47on est encore sur ce schéma
00:15:50de l'homme qui dirige la famille.
00:15:53Et on attend 20 ans, 1965,
00:15:56pour qu'il y ait un premier grand texte de loi
00:15:58qui mette plus d'égalité entre les femmes et les hommes
00:16:01à travers cette réforme des statuts matrimoniaux
00:16:04qui font que la femme mariée
00:16:06arrête d'être soumise à son mari
00:16:07pour beaucoup d'actes de sa vie quotidienne.
00:16:10Et c'est quand même incroyable
00:16:11d'avoir dû attendre ce moment-là.
00:16:14– Ce projet de loi de 1965
00:16:17est insufflé par le garde des sceaux
00:16:19du gouvernement Pompidou,
00:16:21un homme.
00:16:21Grâce à ce texte,
00:16:24les femmes obtiennent le droit
00:16:25de posséder un chéquier
00:16:26ou de travailler sans l'accord de leur mari.
00:16:29Mais pas question de remettre en cause
00:16:31complètement la société patriarcale.
00:16:34À l'Assemblée,
00:16:36certaines députées communistes
00:16:37veulent aller plus loin,
00:16:39celles de droite,
00:16:40pas forcément.
00:16:40– Je trouve qu'il y a déjà
00:16:42une grande amélioration,
00:16:43cependant,
00:16:44nous avions déposé un amendement
00:16:46pour aller plus loin
00:16:47et pour qu'il y ait
00:16:49la complète égalité entre les époux.
00:16:51– Que l'article 213 soit modifié
00:16:55et qu'il ne porte plus cette phrase
00:16:57« le mari est le chef de la famille ».
00:16:59– Les liens qui unissent les époux
00:17:01constituent la base même de la famille
00:17:02et sont indispensables
00:17:04à une union solide.
00:17:05Donc, dans une société humaine,
00:17:07il faut une direction
00:17:08et une seule tête,
00:17:09comme le disait tout à l'heure
00:17:09Pierre Pasquini.
00:17:11Et pourquoi ne serait-ce pas
00:17:12à celui à qui nous confions
00:17:13la joie de partager notre existence,
00:17:17pourquoi ne lui confions-nous pas
00:17:18l'honneur de diriger notre foyer ?
00:17:19– Quand Lucien Neuwirz
00:17:22fait voter en 1967
00:17:23l'une des lois de l'époque
00:17:25les plus importantes pour les femmes,
00:17:27la légalisation de la pilule,
00:17:30les décrets d'application
00:17:31ne sont pas publiés.
00:17:33– Nous nous sommes heurtés
00:17:36pour l'application de cette loi.
00:17:37un état d'esprit conservateur,
00:17:41rétrograde,
00:17:42je dirais aussi un manque
00:17:43de clairvoyance,
00:17:45de discernement
00:17:45et peut-être de générosité.
00:17:47– C'est Marie-Madeleine Dienesch,
00:17:49cette députée élue
00:17:51dès 1945,
00:17:52devenue secrétaire d'État,
00:17:55qui va freiner la mise en place
00:17:56concrète de cette loi
00:17:58majeure pour les femmes.
00:17:59– Marie-Madeleine Dienesch,
00:18:01qui est pour la citoyenneté des femmes,
00:18:03mais totalement contre la pilule
00:18:04et tout ce qui pourrait s'apparenter
00:18:05à une forme de libération sexuelle
00:18:07et qui va bloquer jusqu'en 1972
00:18:10quelque chose qui pourtant
00:18:11est devenu légal,
00:18:13c'est-à-dire la commercialisation
00:18:14de la pilule.
00:18:15– Avec tout l'acharnement
00:18:16de leur jeunesse
00:18:17et de leurs convictions,
00:18:18c'est une véritable bataille
00:18:19qui va durer 4 heures.
00:18:21– Quand éclatent
00:18:22les événements de mai 68,
00:18:24le monde politique
00:18:25semble toujours à la traîne
00:18:27face à une société qui change.
00:18:29– C'est l'affrontement.
00:18:31– Les enfants du baby-boom,
00:18:33la génération Sylvie Varton,
00:18:35entend et salue les copains,
00:18:37devient adulte
00:18:38et aspire à plus de liberté.
00:18:42Mais cela ne va pas déboucher
00:18:44sur une féminisation
00:18:45ou un renouvellement
00:18:47à l'Assemblée nationale.
00:18:49– Quand la nuit vient,
00:18:53la violence atteint son paroxys.
00:18:55La manifestation fera 6 ans blessés.
00:18:58Il y aura 422 arrestations
00:18:59dont 31 mains tenues.
00:19:01– Le mouvement de 1968,
00:19:03contrairement à ce que l'on dit souvent,
00:19:04c'est un mouvement essentiellement masculin.
00:19:06Il y a des femmes dans la rue,
00:19:07mais les dirigeants sont tous des hommes.
00:19:08Par ailleurs, les législatives
00:19:10qui ont lieu après mai 68,
00:19:12suite à une dissolution,
00:19:13se traduisent par un regain du gaullisme
00:19:16et des alliés du gaullisme,
00:19:17un retour au calme et à l'ordre.
00:19:20Et donc là,
00:19:20c'est une assemblée assez peu féminisée
00:19:22et les candidates de gauche sont laminées.
00:19:25– 1974, elle est désormais une femme active.
00:19:34Elle travaille.
00:19:36Certaines de ses amies ont fait des études.
00:19:38Elle goûte au plaisir de la société de consommation.
00:19:42Elle veut être indépendante.
00:19:44La France change.
00:19:45Le président Pompidou vient de mourir.
00:19:48Et dans un mois,
00:19:50une nouvelle élection présidentielle s'annonce.
00:19:54Elle compte beaucoup sur le candidat socialiste Mitterrand
00:19:58ou même sur le libéral Giscard d'Estaing
00:20:02pour entendre les voix des femmes.
00:20:04Les conservateurs paraissent en perte de vitesse.
00:20:13Elle se dit que ces années 70
00:20:16vont être plus faciles pour les femmes.
00:20:19Le 19 mai 1974,
00:20:40c'est finalement Valéry Giscard d'Estaing
00:20:42qui arrive à l'Elysée.
00:20:44Avec lui,
00:20:45le pays prend des couleurs.
00:20:47La France entre dans la modernité.
00:20:51Et les femmes ne comptent pas rester
00:20:53spectatrices de cette mutation.
00:20:56– C'est moi qui conduirai le changement.
00:21:00– Et ce changement passe par les femmes.
00:21:02Il a bien compris ce qui s'était passé en 68.
00:21:06Il met des femmes à la barre,
00:21:08suivant l'expression de l'époque.
00:21:09C'est-à-dire le premier gouvernement
00:21:11comprend trois femmes,
00:21:13ce qui est quand même inédit pour l'époque,
00:21:16dont un ministère de plein exercice confié à Simone Veil,
00:21:20ministre de la Santé.
00:21:21– Giscard va nommer pour la première fois
00:21:24une femme ministre de la condition féminine.
00:21:29Ça veut dire que là,
00:21:30il y a la reconnaissance de questions spécifiques
00:21:35aux femmes et à l'égalité entre les femmes et les hommes.
00:21:38– Et pour cause, dans la rue,
00:21:43depuis le début des années 70,
00:21:45le MLF,
00:21:47le mouvement de libération des femmes,
00:21:49se fait entendre.
00:21:50– Environ 2000 femmes,
00:21:52souvent jeunes,
00:21:53quelquefois plus âgées,
00:21:54défilent de la République à la Nation
00:21:56à l'appel du MLF.
00:21:58Mot d'ordre central,
00:21:59brisé, je cite,
00:22:00les chaînes de l'esclavage
00:22:02qui depuis toujours
00:22:02réduisent à une condition inférieure la femme.
00:22:06– Chaque fois qu'on parle du MLF,
00:22:07on dit on est contre les hommes,
00:22:08on dit on est pour les mecs,
00:22:10on parle de ceux-ci,
00:22:10c'est pas vrai,
00:22:11on est pour les femmes,
00:22:12on est absolument,
00:22:13de toute façon,
00:22:14la moitié des bonnes femmes,
00:22:14elles vivent avec un bonhomme,
00:22:15donc alors je vois pas
00:22:16pourquoi on serait contre les hommes.
00:22:18– Celle que l'on prend
00:22:19pour les descendantes des suffragettes
00:22:22revendique en fait,
00:22:23surtout,
00:22:24la libération sexuelle.
00:22:26– C'est le propre un peu
00:22:33du MLF français,
00:22:34il foulait des changements radicaux,
00:22:36mais il récusait les élections,
00:22:38les partis,
00:22:39les institutions,
00:22:40et il n'a pas réclamé
00:22:41le pouvoir politique
00:22:42au moment où le MLF était fort,
00:22:45au moment où les femmes
00:22:46défilaient dans la rue.
00:22:47– Le MLF n'a pas fait pression
00:22:51sur les partis politiques
00:22:53pour féminiser les investitures
00:22:55aux élections,
00:22:55et ce refus du parlementarisme
00:22:58explique le retard de la France
00:23:00par rapport aux pays européens
00:23:01qui toutes féminisent
00:23:04leur parlement,
00:23:05alors que la France
00:23:06reste très en retard
00:23:08dans le palmarès européen
00:23:09et même mondial
00:23:10à cette époque.
00:23:11– Quand Simone Veil
00:23:12présente sa loi
00:23:13pour légaliser l'IVG,
00:23:15elles ne sont que
00:23:16neuf députés à l'Assemblée.
00:23:18– Je voudrais tout d'abord
00:23:19vous faire partager
00:23:20une conviction de femme.
00:23:22Je m'excuse de le faire
00:23:23devant cette Assemblée
00:23:24presque exclusivement
00:23:25composée d'hommes.
00:23:27Aucune femme ne recourt
00:23:28de gaieté de cœur
00:23:29à l'avortement.
00:23:30Il suffit d'écouter les femmes.
00:23:34– Elle a une dignité incroyable
00:23:37pour porter un combat
00:23:40de liberté pour les femmes.
00:23:43Et voilà, je trouve que
00:23:44c'est une image formidable.
00:23:46– C'était un monde
00:23:47vraiment d'hommes
00:23:48qui était fait pour les hommes.
00:23:49Ils n'avaient jamais été habitués
00:23:51à parler qu'entre hommes
00:23:52à la buvette,
00:23:54au restaurant.
00:23:55Les femmes n'existaient pas.
00:23:57L'Assemblée nationale
00:23:58était censée être
00:23:59représentative de la nation
00:24:02et n'était composée
00:24:03que d'hommes.
00:24:06– Aujourd'hui encore,
00:24:07ce moment demeure
00:24:08le symbole de la victoire
00:24:10d'une femme
00:24:11dans cette Assemblée
00:24:12très masculine.
00:24:13avec l'arrivée
00:24:25de François Mitterrand
00:24:27en 1981,
00:24:29la vague rose
00:24:30entraîne un élan
00:24:31d'espoir
00:24:32pour la féminisation
00:24:33de l'Assemblée nationale.
00:24:35– Mais finalement,
00:24:43c'est un peu
00:24:44la même histoire
00:24:45qu'avec Giscard d'Estaing.
00:24:47– Depuis Giscard,
00:24:53le président de la République,
00:24:55et c'est le cas
00:24:55sous Mitterrand,
00:24:56fait en sorte
00:24:57de féminiser
00:24:59le gouvernement
00:24:59et il y a un décalage
00:25:01avec l'Assemblée nationale
00:25:02qui est beaucoup moins
00:25:03féminisé
00:25:04que l'exécutif.
00:25:05– En 1981,
00:25:06aux législatives
00:25:07sont élus
00:25:0835 femmes,
00:25:09gauche et droite confondues.
00:25:10On n'est toujours pas
00:25:11aux 43 femmes
00:25:12de 1946.
00:25:14On n'a toujours pas
00:25:14retrouvé ce niveau-là.
00:25:15– Et on se dit
00:25:16que finalement,
00:25:17les femmes ne sont pas légitimes
00:25:19parce qu'elles sont
00:25:19nommées par des hommes
00:25:20et elles n'ont pas
00:25:21de légitimité démocratique
00:25:23puisqu'elles sont
00:25:24très faiblement élues.
00:25:25Donc c'est là
00:25:26où le bas blesse.
00:25:27– Jusqu'à présent,
00:25:29Madame le Premier ministre
00:25:30n'a pas été très bavarde.
00:25:32Pas de déclaration
00:25:33cette nuit à une heure
00:25:35lorsqu'elle est rentrée
00:25:35chez elle,
00:25:36pas plus ce matin
00:25:37à 9h
00:25:38lorsqu'elle a quitté
00:25:39son domicile.
00:25:40– Paroxysme
00:25:42de la misogynie
00:25:43en politique,
00:25:44quand Édith Cresson
00:25:45est nommée à Matignon,
00:25:47une première
00:25:48pour une femme
00:25:49en France,
00:25:50les journalistes
00:25:51commentent
00:25:51ses tenues vestimentaires
00:25:53avant la composition
00:25:54de son gouvernement.
00:25:55– Et à l'Assemblée nationale,
00:26:04les procès
00:26:05en illégitimité
00:26:06pleuvent.
00:26:07– Là, vraiment,
00:26:09on est dans un système
00:26:10incroyablement monarchique.
00:26:11Regardez le parcours
00:26:12de Madame de Pompadour,
00:26:14regardez le parcours
00:26:15d'Édith Cresson,
00:26:16il y a un parallélisme
00:26:17certain.
00:26:17– Le message sous-jacent,
00:26:20c'était de dire
00:26:21que c'était la maîtresse
00:26:22du président de la République
00:26:23et que c'était pour ça
00:26:24qu'elle était là
00:26:24et certainement pas
00:26:25pour ses compétences.
00:26:26Donc c'est assez extravagant.
00:26:29– C'était toujours
00:26:30« Mais à qui doit-elle
00:26:31cette réussite ? »
00:26:32Vous voyez ?
00:26:33Des questions
00:26:34qui ne se posaient pas
00:26:34entre eux,
00:26:35mais qui se posaient
00:26:36dès qu'une femme
00:26:36arrivait dans un orbite.
00:26:37– Nous étions absolument
00:26:39indignés et écoeurés
00:26:41de voir aussi
00:26:42comment le bébé de Chaud
00:26:44traitait Madame Cresson.
00:26:45– Édith,
00:26:46à ma porte !
00:26:47– Elle était représentée
00:26:52comme une panthère
00:26:53en train de se traîner
00:26:55au pied de François Mitterrand.
00:26:58– Édith,
00:26:59dis-lui que tu n'es pas
00:27:00mon perroquet.
00:27:01Oui absolument,
00:27:02je ne suis pas son perroquet.
00:27:03– C'est absolument injurieux,
00:27:05c'est d'un sexisme
00:27:06épouvantable.
00:27:08Son discours
00:27:09de politique générale
00:27:10devant les députés
00:27:12tourne à la séance
00:27:13de bizutage.
00:27:14– Pas d'être audacieux.
00:27:17– Sur un franc fort…
00:27:20– Le brouhaha
00:27:21tentant de couvrir sa voie.
00:27:24– Tel est le problème.
00:27:29Tel est mon projet.
00:27:32Utilisez…
00:27:33Elle s'était plantée dans son discours
00:27:35inaugural.
00:27:36Ça arrive à des hommes
00:27:38de se planter.
00:27:39Elle n'avait pas été très bonne.
00:27:40Un ministre
00:27:41très…
00:27:41très capé,
00:27:44très huppé du RPR m'a dit
00:27:45« Alors vous les femmes,
00:27:47vous êtes contentes de vous ? »
00:27:49Un homme se plante,
00:27:51on ne va pas dire,
00:27:52c'est la masculinité
00:27:53qui s'est plantée.
00:27:55Mais quand une femme se plante,
00:27:57elle se plante parce qu'elle est une femme.
00:27:59Et ça, c'est intolérable.
00:28:01– C'est une belle femme aussi,
00:28:03avec une belle chevelure rousse.
00:28:05Donc ça…
00:28:06Ça inspire des commentaires
00:28:08qui n'auraient pas cours
00:28:09avec un homme, évidemment.
00:28:11On oscille toujours entre deux extrêmes.
00:28:14La femme fatale, la prostituée,
00:28:16ou alors la chaisière,
00:28:17la vieille fille.
00:28:18Et dans les deux cas,
00:28:19on se moque,
00:28:19on rit
00:28:20et on oublie complètement
00:28:21toute la vie militante
00:28:22et toute la ferveur de l'engagement
00:28:24qui existe chez ces femmes.
00:28:26– C'est la mère ou la pute, hein ?
00:28:28– Pas loin.
00:28:29– Les années Chirac
00:28:34sont marquées par l'épisode des Juppettes.
00:28:37Ces douze femmes du gouvernement Juppé
00:28:38m'est vite remerciées.
00:28:41Rien de mieux à l'Assemblée.
00:28:43En 1995,
00:28:45les femmes ne représentent
00:28:46que 6% des députés.
00:28:49Et le fossé devient si grand
00:28:51avec la société civile
00:28:53que même si elles ne sont qu'une poignée,
00:28:55il faut les montrer
00:28:57à tout prix.
00:28:59– Combien de fois,
00:29:00au cours de réunion du RPR,
00:29:03tout d'un coup,
00:29:04les types se rendaient compte
00:29:05qu'il y avait des hommes
00:29:05à la tribune.
00:29:08« Roselyne, viens donc ! »
00:29:10Je servais de potiche décorative
00:29:12avec quelques autres.
00:29:14– Sous-titrage Société Radio-Canada
00:29:18Nous sommes en 1995.
00:29:23Elle est maintenant cadre
00:29:25dans une grande entreprise.
00:29:27D'ailleurs, dans la société,
00:29:29les femmes ont de plus en plus accès
00:29:31aux métiers à responsabilité.
00:29:35Elle a le sentiment que décidément,
00:29:37le monde politique est un monde hors sol
00:29:39où trop peu de femmes
00:29:41ont une place.
00:29:43Faute d'avancée,
00:29:52le 6 juin 1996,
00:29:54dix anciennes ministres et députées
00:29:56passent à l'action.
00:29:57Elles proposent la méthode forte,
00:30:00l'instauration de quotas de femmes
00:30:02lors des élections
00:30:03et le débat s'impose dans les médias.
00:30:05– Maintenant, ça suffit.
00:30:07Nous sommes le tiers état de la République.
00:30:09– Et vous n'en sortirez qu'à la force
00:30:11de baïonnais. – Et nous n'en sortirons
00:30:12que par la force, exactement.
00:30:14– On n'est pas là pour défendre
00:30:16une cause féministe
00:30:17et pour placer des femmes.
00:30:19On est là simplement
00:30:20parce qu'on considère aujourd'hui
00:30:22que la société est bloquée, figée
00:30:24et elle est figée pour une raison,
00:30:26une des raisons simples.
00:30:2750% de l'activité de cette société
00:30:30est soutenue par des femmes.
00:30:31Et dans le même temps,
00:30:32la règle du jeu est installée
00:30:34par 95% d'hommes.
00:30:36– Moi, j'étais de cette génération de filles
00:30:38où quand j'avais 17, 18 ans,
00:30:41en fait, je n'étais pas pour la parité.
00:30:42Je trouvais que ce n'était pas normal,
00:30:43que je voulais réussir
00:30:45et que ce ne soit pas parce que j'étais une femme.
00:30:48Enfin, j'étais très influencée
00:30:49par ce discours-là.
00:30:50Et qui est, en fait,
00:30:53la pire des erreurs.
00:30:54Parce que sans la parité,
00:30:55je ne serais pas là
00:30:56et des tonnes de femmes ne seraient pas là.
00:30:58– Je me souviens que Pasqua,
00:30:59qui était quand même incroyablement drôle
00:31:02et truculent,
00:31:03lorsqu'il a vu les femmes arriver,
00:31:05il s'est retourné vers les hommes
00:31:06et il leur a dit,
00:31:07vous avez bien compris
00:31:08que si on vote la loi sur la parité,
00:31:10il faudra laisser vos places à des femmes.
00:31:13Et à ce moment-là,
00:31:14il y a eu un blanc.
00:31:15Il y a eu un blanc.
00:31:17Sa première réaction, c'était,
00:31:18bon, ben,
00:31:19qui va se sacrifier, là,
00:31:20pour les laisser arriver,
00:31:21les péronnels ?
00:31:22– Pour imposer la parité,
00:31:25il faut l'arrivée
00:31:26de Lionel Jospin,
00:31:27Premier ministre,
00:31:28un changement dans la Constitution
00:31:30et beaucoup de travail.
00:31:32Cette fois,
00:31:33les femmes ont fait bloc
00:31:35au-delà des clivages politiques.
00:31:37– Je voudrais saluer également
00:31:41Gisèle Halimi et Roselyne Bachelot,
00:31:45dont les travaux au sein
00:31:46de l'Observatoire de la parité
00:31:48ont débouché sur la révision constitutionnelle
00:31:51à laquelle nous travaillons aujourd'hui.
00:31:53– C'est un bon souvenir,
00:31:55c'est tellement rare,
00:31:56en politique,
00:31:57de recevoir l'hommage,
00:31:58en particulier d'un adversaire,
00:32:01d'un opposant,
00:32:02enfin,
00:32:02qui à ce moment-là
00:32:03est dans la majorité,
00:32:04que je veux saluer
00:32:05Elisabeth Guigou
00:32:06pour son élégance.
00:32:08– Ceux qui sont pour,
00:32:12ceux qui sont contre,
00:32:15la loi,
00:32:19la grande loi,
00:32:21la grande loi tendante
00:32:23à favoriser l'égal abscès
00:32:25des femmes et des hommes
00:32:26aux mandats électoraux
00:32:27et aux fonctions électives
00:32:28est adoptée définitivement.
00:32:31– Après des allers-retours
00:32:33avec le Sénat,
00:32:34après quatre ans de travail,
00:32:37le 6 juin 2000,
00:32:38la loi sur la parité
00:32:40est promulguée.
00:32:41– Cette loi prévoit deux choses.
00:32:44Premièrement,
00:32:45la parité est obligatoire
00:32:47pour les partis politiques,
00:32:48pour les scrutins de liste,
00:32:50les partis ne peuvent pas
00:32:51s'y soustraire.
00:32:51et deuxièmement,
00:32:52pour le scrutin
00:32:53uninominal majoritaire
00:32:55à deux tours.
00:32:56Pour les législatives,
00:32:58les partis peuvent passer outre,
00:33:00mais s'ils ne présentent pas
00:33:0250% de femmes,
00:33:03ils ont des sanctions financières.
00:33:06– Le problème,
00:33:06c'est que les partis
00:33:07ont préféré payer.
00:33:09Ils ont préféré payer
00:33:10plutôt que proposer
00:33:11des postes à des femmes.
00:33:13Donc voilà,
00:33:14et on en est encore là.
00:33:15– La loi n'a pas eu
00:33:19les effets escomptés
00:33:21pour les législatives
00:33:22de 2002 et celles de 2007.
00:33:26– Mauvais élève,
00:33:28les partis de droite
00:33:29ont préféré perdre
00:33:31près d'un quart
00:33:32de leur financement public
00:33:33plutôt que de présenter
00:33:35autant de femmes que d'hommes.
00:33:38Sans compter que,
00:33:39quels que soient les partis,
00:33:41candidats et candidates
00:33:42ne sont pas logés
00:33:44à la même enseigne.
00:33:45– À ce moment-là,
00:33:46les circonscriptions
00:33:47réputées faciles
00:33:49étaient très régulièrement
00:33:52attribuées à des hommes.
00:33:53– Ce qui était proposé
00:33:54aux femmes
00:33:55et pire,
00:33:56réservées femmes,
00:33:57c'était évidemment
00:33:58les terres de conquête.
00:34:00– Vous,
00:34:01vous en avez été l'exemple
00:34:02en fait dans votre circo ?
00:34:04– Oui, oui, oui.
00:34:05Moi, j'ai été
00:34:05la première femme députée
00:34:07de la 8e circonscription
00:34:08de Paris,
00:34:08de l'histoire
00:34:08de la 5e République.
00:34:09J'en suis très fière.
00:34:10Et cette circonscription
00:34:11avait toujours été à droite.
00:34:13Voilà.
00:34:13donc elle n'était pas
00:34:15réputée gagnable
00:34:16par la gauche
00:34:16donc elle avait été
00:34:17réservée femme.
00:34:20Mais je l'ai gagnée.
00:34:21– Fin 2006,
00:34:26Ségolène Royal
00:34:27est en lice
00:34:27pour les primaires
00:34:28socialistes
00:34:29en vue de la présidentielle
00:34:30de 2007.
00:34:32Mais là encore,
00:34:33le sexisme
00:34:34est au rendez-vous.
00:34:35– J'entendais
00:34:38l'un des deux compétiteurs
00:34:40dire à la fin du débat
00:34:43sur l'international,
00:34:45elle aurait mieux fait
00:34:46de rester chez elle
00:34:47au lieu de lire
00:34:48ses fiches cuisine.
00:34:50– Ségolène Royal,
00:34:51elle a été victime
00:34:53de critiques,
00:34:54alors y compris
00:34:55de la part
00:34:55de ses camarades
00:34:56de parti.
00:34:57On se souvient
00:34:58de la remarque
00:34:59émanant de Fabius
00:35:01« Mais qui va garder
00:35:02les enfants ? »
00:35:03puisque Ségolène Royal
00:35:04est mère de trois enfants.
00:35:05et elle a été
00:35:07elle-même aussi
00:35:08victime
00:35:09d'un procès
00:35:10en incompétence
00:35:11et elle a même
00:35:12été qualifiée
00:35:13de « Bécassine
00:35:14de la politique ».
00:35:15– Ségolène Royal,
00:35:17première femme
00:35:18à être qualifiée
00:35:19au second tour
00:35:19de la présidentielle,
00:35:21se voit renvoyée
00:35:22à la vieille idée
00:35:23que les femmes
00:35:23ne seraient pas
00:35:24psychologiquement stables
00:35:26pour exercer
00:35:26les plus hautes fonctions.
00:35:28– Je suis très en colère
00:35:30et les parents
00:35:31et les familles
00:35:31qui vous entrent…
00:35:31– Calmez-vous,
00:35:32– Non, je ne me calmerai pas.
00:35:33– Ne montrez pas du doigt
00:35:34avec cet index pointé
00:35:36parce que franchement…
00:35:37– Non, je ne me calmerai pas.
00:35:38– Non, je ne me calmerai pas.
00:35:40– Je ne me calmerai pas.
00:35:41– Pour être président
00:35:41de la République,
00:35:42il faut être calme.
00:35:43– Non, pas quand
00:35:44il y a des injustices.
00:35:45– Et ce côté encore
00:35:46où on va attribuer aux femmes
00:35:48une espèce
00:35:49d'instabilité psychologique.
00:35:50– Ben oui,
00:35:51mais on n'est pas sorti
00:35:51effectivement
00:35:52de la vision
00:35:53qu'avait De Gaulle,
00:35:55femme,
00:35:55élément déstabilisateur
00:35:57qui apporte
00:35:57les passions,
00:35:58les divisions.
00:36:02– 2012,
00:36:03François Hollande
00:36:04devient président
00:36:05de la République.
00:36:07Pour les législatives
00:36:08qui suivent,
00:36:09les femmes vont être
00:36:10plus nombreuses,
00:36:11155,
00:36:13plus d'un quart
00:36:14des députés.
00:36:15Les premiers effets
00:36:16de la loi sur la parité,
00:36:18sans doute,
00:36:19et un premier changement
00:36:20de mentalité.
00:36:23Pourtant,
00:36:24au sein de l'hémicycle,
00:36:25une forme
00:36:26de backlash s'impose.
00:36:28Les incidents misogynes
00:36:29continuent,
00:36:30à commencer par le refus
00:36:31de certains
00:36:32de féminiser
00:36:33les titres.
00:36:34– Le 129,
00:36:38M. Aubert.
00:36:40– Merci, madame.
00:36:41J'en profite
00:36:42en introduction,
00:36:43puisque vous m'avez...
00:36:43– Non, madame,
00:36:44ça va pas non plus.
00:36:44– Vous m'avez menaissé ?
00:36:45– Non, non, non, non, non.
00:36:46– Alors ?
00:36:47– Attendez,
00:36:47M. Aubert,
00:36:47vous n'avez plus la parole.
00:36:49Soit vous respectez
00:36:50la présidence de séance,
00:36:52soit il y a un problème.
00:36:53– Mais je respecte...
00:36:53– Donc c'est madame la présidente.
00:36:55– J'utilise les termes
00:36:56de l'Académie française.
00:36:57– Rappel à l'ordre
00:36:58avec inscription au procès-verbal.
00:37:00– Faites un rappel à l'ordre,
00:37:01madame la présidente.
00:37:02– Avec inscription au procès-verbal,
00:37:04vous aurez été prévenu.
00:37:05– Je vais vous dire pourquoi.
00:37:07Parce que, moi,
00:37:08j'applique les règles
00:37:08de l'Académie française
00:37:09qui veulent que la madame la présidente,
00:37:11c'est la femme du président,
00:37:12et madame la présidente...
00:37:13– Non, mais le règlement
00:37:13de l'Assemblée,
00:37:14c'est le règlement
00:37:14de l'Assemblée nationale.
00:37:16– Mais si vous montrez
00:37:16que dans le règlement
00:37:17de l'Assemblée,
00:37:18on féminise...
00:37:18– Donc il y a inscription au procès-verbal,
00:37:20avec inscription...
00:37:21Un rappel à l'ordre,
00:37:21avec inscription au procès-verbal.
00:37:24– Et si vous voulez,
00:37:25ça peut aller plus loin.
00:37:27– Oui, en plus,
00:37:30si vous voulez,
00:37:31ça peut aller plus loin.
00:37:33– Mais c'est à la fois drôle
00:37:39et navrant, en fait.
00:37:42Navrant de ce que ça révèle,
00:37:43des résistances.
00:37:45Le langage, ça véhicule
00:37:46une représentation du monde.
00:37:48Vraiment.
00:37:48Donc, expulser le féminin,
00:37:54qui est dans la langue française,
00:37:56il y a du masculin et du féminin.
00:37:58Il n'y a aucune raison
00:37:59de dire madame le président,
00:38:01à part la volonté
00:38:03de perpétuer un ordre social
00:38:06qui relègue les femmes
00:38:08en seconde catégorie.
00:38:10De même,
00:38:12alors que l'écologiste
00:38:13Dominique Massono
00:38:14s'exprime sur la réforme des retraites,
00:38:16des députés de droite
00:38:18se sentent poussés des ailes
00:38:21tels des coques.
00:38:23– Mais il est nécessaire
00:38:24de voir au-delà de ce critère
00:38:26l'espérance de vie
00:38:27en bonne santé notamment.
00:38:28– Oh, ça suffit, là.
00:38:30Mais qu'est-ce qui se fait ça ?
00:38:31– Franchement !
00:38:32– Je ne suis pas une poule,
00:38:33c'est bon.
00:38:34– Il y a des comportements
00:38:35incroyables.
00:38:35– La durée moyenne de cotisation
00:38:37est de 35 ans pour les femmes
00:38:39et nous demandons sa suppression.
00:38:40Merci.
00:38:41– Merci.
00:38:42Mes chers collègues,
00:38:43avant de poursuivre les travaux,
00:38:45il y a des choses dans cet hémicycle
00:38:46que je n'accepterai jamais.
00:38:49Que quelques parlementaires
00:38:50essayent de se transformer en oiseau
00:38:52lorsqu'il y a un parlementaire
00:38:54qui s'exprime,
00:38:55ce n'est pas acceptable.
00:38:56– Vous n'aurez jamais fait
00:38:57cote, cote, cote
00:38:57pour déstabiliser un homme.
00:39:00Ça ne veut pas dire
00:39:00qu'il n'y a pas de tentative
00:39:03de déstabilisation
00:39:04quand un orateur s'exprime
00:39:05par d'autres députés.
00:39:07Ça, il y en a tout le temps.
00:39:09Mais ce n'est pas
00:39:09le même genre de choses.
00:39:11Il n'y a pas de commentaire
00:39:12sur les vêtements.
00:39:13– Madame Cécile Duflot,
00:39:14ministre de l'égalité des territoires.
00:39:15– C'est à cause d'une robe
00:39:17que certains députés
00:39:18se mettent à siffler
00:39:19ce jour de 2012.
00:39:21– Monsieur le Président.
00:39:22– Allez, écoutez.
00:39:24– Mesdames et messieurs les députés,
00:39:26mais surtout messieurs,
00:39:27visiblement,
00:39:28monsieur le député Fromantin.
00:39:29– Je voudrais vous indiquer quoi ?
00:39:34– J'ai beaucoup d'empathie
00:39:35pour cette personne
00:39:35qui est moi,
00:39:36mais parce qu'en fait,
00:39:38en vrai, là,
00:39:39au troisième rang,
00:39:40il y a un des députés
00:39:41qui dit « Allez, vas-y,
00:39:42enlève les boutons ».
00:39:43Donc, une femme poétique
00:39:44puissante en robe,
00:39:47sifflait, c'était le moyen
00:39:48de mettre le truc à distance,
00:39:50de me ramener au rang de femmes
00:39:51et de gérer leur propre malaise.
00:39:54Je pense que c'est ça.
00:39:55– Applaudissements
00:39:56– Le moment où j'ai le plus mal vécu,
00:40:00c'est mon départ du gouvernement.
00:40:02Vraiment, là,
00:40:03c'était un déferlement
00:40:04de commentaires sexistes.
00:40:06C'était une décision politique
00:40:07extrêmement sérieuse,
00:40:10une décision politique,
00:40:11on peut dire, courageuse.
00:40:11Il n'y a pas beaucoup de gens
00:40:12qui quittent un gouvernement
00:40:13quand on leur propose
00:40:14un pont d'or.
00:40:16Et la lecture,
00:40:16c'était limite,
00:40:18elle a ses règles,
00:40:18l'amoureuse déçue
00:40:19de François Hollande,
00:40:22Cécile Duflopic,
00:40:22sa crise.
00:40:23Et là, je me suis dit
00:40:25waouh, waouh.
00:40:27Et deux mois après,
00:40:29Montebourg et Benoît Amon partent,
00:40:31franchement,
00:40:32de manière un peu médiocre,
00:40:33après la cuvée du redressement,
00:40:34etc.,
00:40:35et on explique
00:40:35qu'ils posent
00:40:36un grand acte politique.
00:40:37Et là, je me suis dit,
00:40:38eh ben…
00:40:39– Je vais lui envoyer
00:40:40une bonne bouteille
00:40:41de la cuvée du redressement,
00:40:42le président.
00:40:43– Je sais,
00:40:44je suis bien embêté.
00:40:44Oui, je connais.
00:40:45– En quoi c'est sexy ?
00:40:46C'est-à-dire que les mêmes actions
00:40:47faites par un homme
00:40:48ou par une femme,
00:40:49ce n'est pas jugé
00:40:49de la même manière.
00:40:51Ça, c'est sexiste.
00:40:52C'est-à-dire que vous faites
00:40:52les mêmes actions.
00:40:53Si vous êtes un homme,
00:40:54c'est du courage poétique.
00:40:55Si vous êtes une femme,
00:40:55c'est un caprice.
00:40:56– Présidentielle de 2017,
00:41:00l'élection du dégagisme
00:41:02des vieux partis.
00:41:05– Sortons-les !
00:41:06Elle, comme la société française,
00:41:09veut du changement.
00:41:10Le candidat Emmanuel Macron
00:41:12incarne une nouvelle génération.
00:41:14Et elle espère
00:41:15que s'il devient président,
00:41:17son arrivée au pouvoir
00:41:18rimera.
00:41:19Avec féminisation.
00:41:22Et c'est bien
00:41:22ce qui va se passer.
00:41:23– Générique
00:41:24– Emmanuel Macron élu,
00:41:32224 femmes vont entrer
00:41:34à l'Assemblée.
00:41:3539% des 577 députés.
00:41:39Un record.
00:41:41Elles sont surtout
00:41:42issues d'En Marche.
00:41:44C'est grâce à l'arrivée
00:41:46en masse de néophytes
00:41:47en politique que les femmes
00:41:49ont pu faire leur place
00:41:51à l'Assemblée.
00:41:53– Le groupe de La République
00:41:55en Marche, à l'époque,
00:41:56le parti d'Emmanuel Macron,
00:41:57était constitué à 90%
00:41:59de personnes qui n'avaient
00:42:01jamais été députées.
00:42:02Ce renouvellement très puissant
00:42:04permettait de rebattre les cartes
00:42:06en quelque sorte
00:42:07et de permettre à des femmes
00:42:09d'être non seulement candidats,
00:42:10mais ensuite élues.
00:42:11en 2017,
00:42:12on est le premier parlement
00:42:13du non-cumul.
00:42:14Donc il y a des places
00:42:15qui se libèrent.
00:42:16Et ces places,
00:42:17elles sont prises par des femmes.
00:42:18Donc je pense que le non-cumul
00:42:20a eu un effet majeur
00:42:22pour la place des femmes
00:42:23en politique.
00:42:24– Et ce n'est pas un hasard
00:42:26si les femmes ont été
00:42:27aussi nombreuses
00:42:28chez En Marche.
00:42:29Durant la campagne,
00:42:30le futur président
00:42:31a fait preuve
00:42:32d'un fort volontarisme
00:42:34en la matière.
00:42:34– Si nous ne sommes pas
00:42:40vigilants, exigeants,
00:42:42je vous le dis,
00:42:43on va investir 70%
00:42:45d'hommes aux législatives.
00:42:48On aura des femmes prétextes
00:42:51formidablement décoratives.
00:42:53Donc oui,
00:42:54nous allons renouveler.
00:42:56Oui, nous allons émanciper.
00:42:57– La campagne vivante !
00:43:00La campagne vivante !
00:43:01La campagne vivante !
00:43:03Pourtant, dans un premier temps,
00:43:05le nouveau parti d'Emmanuel Macron
00:43:07reçoit peu de propositions
00:43:08de candidatures.
00:43:10Alors, En Marche va lancer
00:43:12un deuxième appel
00:43:13et faire du coaching spécial femmes
00:43:15un peu partout
00:43:16dans des cafés en France
00:43:18pour les convaincre
00:43:19de tenter leur chance.
00:43:21– Si on fait le calcul,
00:43:23il y aura 130 femmes
00:43:24non professionnelles
00:43:25qui pourraient saisir cette chance.
00:43:27Il faut y aller.
00:43:27Il ne faut pas se poser de questions.
00:43:28Il faut y aller.
00:43:29– On va les ringardiser en fait.
00:43:31Parce que je pense que c'est un milieu
00:43:32qui est un peu sclérosé.
00:43:33et qui est un peu en fait
00:43:34en dehors des réalités
00:43:36et que la société civile
00:43:38est en avance sur eux.
00:43:39– Et la volonté politique
00:43:41se traduit dans les faits.
00:43:43– J'ai un peu honte de ça,
00:43:45mais moi je fais partie
00:43:46du deuxième appel.
00:43:47Je m'étais dit
00:43:47c'est trop jeune, etc.
00:43:48Et en fait,
00:43:49c'est au deuxième appel
00:43:49d'Emmanuel Macron
00:43:50que je me suis dit
00:43:51c'est ridicule en fait tout ça.
00:43:52Et je dois dire que
00:43:53dans mes amis militants,
00:43:55en fait,
00:43:56tout le monde me dit
00:43:56c'est assez naturel
00:43:57que ce soit toi.
00:43:59T'as déjà fait
00:43:59plusieurs petites expériences,
00:44:00t'aimes ça,
00:44:01t'as pas d'enfant,
00:44:01t'as pas d'emprunt,
00:44:03t'es assez libre.
00:44:05– À partir de 2017,
00:44:07les femmes députées
00:44:08nouvellement élues
00:44:09comptent bien faire
00:44:10leur place
00:44:11au sein de l'Assemblée,
00:44:13au-delà même
00:44:13de ce que certains imaginaient.
00:44:16– Madame Yael Brunpivet,
00:44:19242.
00:44:21– Le 28 juin 2022,
00:44:25Yael Brunpivet
00:44:26devient la première femme
00:44:28à se hisser au perchoir.
00:44:30Et c'est inédit,
00:44:32dans l'histoire de France,
00:44:34le quatrième personnage
00:44:35de l'État
00:44:36n'est pas un homme.
00:44:37– Mes chers collègues,
00:44:54qu'il est long et sinueux
00:44:56le chemin de l'égalité
00:44:57entre les hommes et les femmes.
00:44:59– Applaudissements
00:45:00– Aujourd'hui encore,
00:45:03la députée des Yvelines
00:45:04a la conviction
00:45:05que son élection
00:45:06représente
00:45:07quelque chose
00:45:08de plus grand qu'elle
00:45:09pour la démocratie.
00:45:12– Vous avez vraiment
00:45:14le sentiment
00:45:15que vous êtes en train
00:45:16d'écrire une page
00:45:17de l'histoire
00:45:18de notre République
00:45:19en devenant la première.
00:45:20On s'inscrit vraiment
00:45:22dans la lignée
00:45:23de toutes ces femmes,
00:45:24de toutes ces pionnières
00:45:25qui ont conquis des droits,
00:45:26qui ont,
00:45:27par leur audace,
00:45:28par leur ténacité,
00:45:30avec leur tempérament,
00:45:31réussi à faire tomber
00:45:32les murs.
00:45:33Et là,
00:45:34on a tous conscience,
00:45:35je crois,
00:45:36qu'on vient de faire tomber
00:45:37un mur de plus.
00:45:38Et donc,
00:45:38c'est très émouvant
00:45:39et c'est un grand moment
00:45:41qu'on savoure,
00:45:42je crois,
00:45:42collectivement.
00:45:44– Pour faire tomber ce mur,
00:45:46elle a dû s'imposer.
00:45:47L'Élysée avait un autre nom
00:45:49en tête pour le poste,
00:45:50celui d'un homme.
00:45:52Si le candidat Macron
00:45:53encourageait les femmes,
00:45:55il ne les imaginait pas
00:45:56forcément au premier plan.
00:45:58C'est la plus belle vue
00:46:02de notre République.
00:46:04Une situation
00:46:05de déjà-vu.
00:46:07Cinq ans plus tôt,
00:46:08en 2017,
00:46:10Yael Braun-Pivet
00:46:11est choisie par son camp
00:46:12pour briller la présidence
00:46:14de la prestigieuse
00:46:15commission des lois.
00:46:16Mais elle reçoit
00:46:17un appel téléphonique
00:46:19d'Alexis Collaire,
00:46:20le secrétaire général
00:46:21de l'Élysée,
00:46:22qui lui demande
00:46:23de renoncer.
00:46:24– J'ai quelqu'un
00:46:26de l'exécutif
00:46:27qui vient m'expliquer
00:46:27que, en fait,
00:46:28ce n'est pas une bonne idée
00:46:30de briguer la présidence
00:46:32de la commission des lois
00:46:33parce que je ne saurais pas faire,
00:46:35parce que je n'ai pas d'expérience,
00:46:37parce que j'ai une famille,
00:46:38parce que je n'aurai pas le temps,
00:46:40et donc,
00:46:41parce que la commission des lois,
00:46:42c'est sérieux
00:46:42et c'est très chronophage.
00:46:44– Elle refuse de s'exécuter
00:46:46et est élue présidente
00:46:48de la commission des lois.
00:46:50La génération de femmes députées
00:46:52arrivées en 2017
00:46:53n'a plus de complexe.
00:46:55– Autant je trouve
00:46:57que c'est aussi aux femmes
00:46:58à un moment de considérer
00:46:59que c'est à elles
00:47:00de pousser le plafond de verre
00:47:01si elles estiment qu'il y en a un.
00:47:02Enfin, je veux dire,
00:47:03moi, voilà,
00:47:05j'ai été députée,
00:47:07deux ans après,
00:47:07j'ai été première vice-présidente
00:47:09de Gilles Lejean,
00:47:10puis j'ai été vice-présidente
00:47:10de Christophe Castaner,
00:47:12je me suis occupée
00:47:12des niches parlementaires,
00:47:13je me suis occupée
00:47:14du porte-parole-là.
00:47:15Personne ne m'a jamais dit
00:47:16« t'es une femme »,
00:47:17tu vois,
00:47:17mais par contre,
00:47:18j'ai demandé.
00:47:20Les femmes assument
00:47:22leurs ambitions.
00:47:23Mais sont-elles
00:47:24l'égal de l'homme
00:47:25lors des débats
00:47:26à l'Assemblée ?
00:47:27Prennent-elles autant
00:47:28la parole que ces messieurs
00:47:30au sein de l'hémicycle ?
00:47:32– On est dans un flou absolu.
00:47:34– Je me permets aujourd'hui
00:47:35d'insister un petit peu.
00:47:36En 2022,
00:47:38ce chercheur a voulu répondre
00:47:39à cette question.
00:47:40Il a compté
00:47:41le nombre de mots
00:47:42prononcés par des députés
00:47:44en fonction de leur genre
00:47:46et les résultats sont saisissants.
00:47:48– J'avais trouvé
00:47:49qu'il parlait en moyenne,
00:47:50chaque homme parlait en moyenne
00:47:5140% de plus
00:47:52qu'une députée femme.
00:47:54Un député homme en moyenne
00:47:55interrompait deux fois plus
00:47:58le discours
00:48:00qu'une députée femme.
00:48:01C'est pas très étonnant
00:48:02vu la société
00:48:03dans laquelle on est.
00:48:04Mais en même temps,
00:48:05je ne pensais pas
00:48:05que c'était si important
00:48:07et si marqué.
00:48:07et j'essayais vraiment
00:48:08de voir s'il n'y avait pas
00:48:09d'autres raisons
00:48:10qui pouvaient expliquer ça.
00:48:11Si peut-être que les femmes
00:48:13étaient moins présentes,
00:48:16en fait, non,
00:48:16elles sont autant présentes.
00:48:17Peut-être qu'elles proposent
00:48:18moins d'amendements,
00:48:19sont moins rapporteuses
00:48:20parce que les rapporteurs
00:48:21sur les textes parlent beaucoup.
00:48:22Et en fait, non,
00:48:23ça ne pouvait pas expliquer.
00:48:25Donc en fait,
00:48:25moi, j'étais surpris
00:48:26que ça soit autant marqué.
00:48:28– Les députés hommes
00:48:29parlent donc 40% de plus
00:48:32et interrompent deux fois plus
00:48:34que les députés femmes.
00:48:35et dans ces interruptions,
00:48:37se glissent encore
00:48:38des insultes sexistes.
00:48:40Ce 2 février 2021,
00:48:42Mathilde Panot
00:48:43se fait traiter
00:48:44de poissonnière
00:48:45et de folle.
00:48:48– Allez,
00:48:49mes chers collègues,
00:48:50on va continuer.
00:48:51Il y a encore deux orateurs.
00:48:53On va les écouter
00:48:54et ensuite,
00:48:54on procédera au vote.
00:48:58– Il me tient à cœur
00:48:59de ne pas laisser passer
00:49:00ce qui s'est passé tout à l'heure.
00:49:03Un député de La République En Marche
00:49:05s'est permis de prononcer
00:49:06une insulte sexiste à mon égard.
00:49:09Je crois qu'il est important
00:49:10que notre Assemblée
00:49:12ne laisse pas passer
00:49:13ce genre de sexisme
00:49:14parce que nous,
00:49:16femmes parlementaires,
00:49:16ne sommes pas ici
00:49:17dans cet hémicycle
00:49:18pour se faire insulter.
00:49:19Et je l'avais déjà dit
00:49:20lorsque une députée
00:49:21de La République En Marche
00:49:23avait été à son encontre,
00:49:25on avait bêlé à son encontre
00:49:27lorsqu'elle avait parlé.
00:49:28Là aussi,
00:49:28j'avais défendu
00:49:29cette collègue
00:49:29de La République En Marche
00:49:31et je défendrai
00:49:31chacune des collègues parlementaires
00:49:33qui sera victime de sexisme
00:49:34parce que le sexisme
00:49:35n'a sa place
00:49:36ni à l'Assemblée
00:49:37ni ailleurs.
00:49:38– Madame Bateau,
00:49:39on a compris,
00:49:40M. Corbière.
00:49:40– Panneau,
00:49:41je m'appelle Panneau,
00:49:41M. le Président.
00:49:42– Mais attendez,
00:49:43Madame Bateau,
00:49:44il y a...
00:49:45– Panneau,
00:49:45je m'appelle Panneau
00:49:46pour y retenir mon nom.
00:49:47– Madame Bateau,
00:49:47bon, alors,
00:49:48je poursuis,
00:49:49voilà,
00:49:50mais avec plaisir.
00:49:52– Les femmes
00:49:54sont encore malmenées
00:49:56au sein de l'hémicycle
00:49:57et même
00:49:58au plus haut sommet
00:49:59de l'État.
00:50:00Quand Elisabeth Borne
00:50:01a été nommée
00:50:02première ministre
00:50:03pour la deuxième fois
00:50:04de l'histoire de France,
00:50:06elle savait que son genre
00:50:07lui donnait
00:50:08une responsabilité
00:50:09toute particulière.
00:50:11– Je suis évidemment
00:50:14très émue ce soir
00:50:15et je ne peux pas
00:50:16m'empêcher
00:50:17d'avoir une pensée
00:50:18pour la première femme
00:50:19qui a occupé
00:50:21ses fonctions,
00:50:23Edith Cresson.
00:50:25Et peut-être
00:50:25je voudrais dédier
00:50:27cette nomination
00:50:29à toutes les petites filles
00:50:30en leur disant
00:50:32« Allez au bout
00:50:33de vos rêves ».
00:50:34Et rien ne doit
00:50:36freiner le combat
00:50:37pour la place des femmes
00:50:39dans notre société.
00:50:42– Applaudissements
00:50:43– C'est important
00:50:48d'être intraitable
00:50:49avec le sexisme.
00:50:51Et vous voyez,
00:50:52moi, je ne peux pas
00:50:53m'empêcher
00:50:53de constater
00:50:55que quand je montais
00:50:58à la tribune
00:50:58de l'Assemblée
00:50:59pour les 49-3,
00:51:01pour des motions
00:51:02de censure,
00:51:04il y avait plus
00:51:04de brouhaha
00:51:05que pour mes successeurs.
00:51:06– Applaudissements
00:51:07– Aussi,
00:51:11sur le fondement
00:51:12de l'article 49-3
00:51:14de la Constitution,
00:51:16j'engage
00:51:17la responsabilité
00:51:19de mon gouvernement
00:51:20sur l'ensemble
00:51:21du projet
00:51:22de loi de financement
00:51:23rectificatif
00:51:24de la Sécurité sociale
00:51:25pour 2023.
00:51:27– Moi, ça m'a frappé
00:51:27quand j'ai pu voir
00:51:29les débats
00:51:30de la motion
00:51:31de censure
00:51:31contre Michel Barnier,
00:51:33vous voyez,
00:51:34c'était…
00:51:35il n'y avait pas
00:51:35l'ambiance
00:51:36que moi j'ai pu vivre
00:51:37à l'Assemblée.
00:51:38Je pense que
00:51:39les députés
00:51:40chahutent plus les femmes
00:51:41ou osent moins
00:51:42avec les hommes.
00:51:44Je pense qu'il y a
00:51:45quand même
00:51:46quelque chose
00:51:46à surveiller.
00:51:49En 2024,
00:51:51la part des femmes
00:51:52à l'Assemblée
00:51:53est retombée
00:51:54à 36%.
00:51:55Un recul
00:51:56dû en partie
00:51:57à la progression
00:51:58du Rassemblement National
00:51:59et des parties
00:52:00de droite
00:52:01beaucoup moins féminisées.
00:52:03La parité
00:52:04semble à l'arrêt.
00:52:06– On a dit de vous
00:52:07des choses…
00:52:09Oui, que je tournais
00:52:10dans des films pornographiques,
00:52:12ce qui faisait rire
00:52:13aux larmes
00:52:13mes copains.
00:52:14– C'est-à-dire
00:52:14qu'il n'y avait pas
00:52:15que des bourrins,
00:52:16il y avait des vrais bourrins.
00:52:17Charles Pasqua
00:52:18commençait toujours
00:52:19en disant
00:52:19« Alors,
00:52:20bonjour Françoise,
00:52:21alors comment va papa,
00:52:22comment va maman ? »
00:52:24J'avais envie de dire
00:52:24« Attends,
00:52:25je ne suis pas un bébé ! »
00:52:26La question qui m'agace
00:52:26le plus revanche,
00:52:27c'est « Mais ça va,
00:52:29vous arrivez à vous occuper
00:52:30de vos enfants,
00:52:31ils ont un père,
00:52:32donc c'est merveilleux ! »
00:52:32J'espère de mon vivant
00:52:34voir une femme
00:52:35présidente de la République.
00:52:38J'espère qu'elle sera de gauche.
00:52:41– Qu'il est doux
00:52:44le miel de la vengeance.
00:52:45– Femmes à l'Assemblée,
00:52:49histoire d'un combat
00:52:50documentaire exclusif
00:52:51réalisé par Céline Crespi
00:52:53et Maxime Rioux.
00:52:54L'occasion aujourd'hui
00:52:55dans ce débat d'oc
00:52:56de nous interroger
00:52:57sur l'apport
00:52:57de la parité aujourd'hui
00:52:58au sein du monde
00:52:59politique français,
00:53:01un monde particulièrement âpre
00:53:02et longtemps exclusivement
00:53:05réservé aux hommes.
00:53:06Céline Crespi est avec nous
00:53:07pour commencer.
00:53:08Bienvenue à vous,
00:53:09Céline Crespi.
00:53:10Vous êtes journaliste,
00:53:11reporter dans notre chaîne,
00:53:13à la chaîne parlementaire
00:53:14et vous avez donc réalisé
00:53:15ce documentaire
00:53:16avec Maxime Rioux.
00:53:17On va y revenir
00:53:18assez longuement,
00:53:18bien entendu,
00:53:19dans notre échange.
00:53:20On va le faire avec vous,
00:53:22Marion Paoletti,
00:53:22bienvenue.
00:53:23Vous êtes professeure
00:53:24de sciences politiques
00:53:24à l'Université de Bordeaux
00:53:26et spécialiste
00:53:27de la réforme paritaire
00:53:28et puis enfin avec nous,
00:53:29Catherine Achin.
00:53:30Bienvenue à vous,
00:53:30Catherine Achin.
00:53:31– Bonsoir.
00:53:31– Vous êtes professeure
00:53:32de sciences politiques
00:53:33à l'Université Paris-Dauphine
00:53:35et spécialiste
00:53:36des questions de genre
00:53:37en politique
00:53:37dans une perspective comparée.
00:53:40Ça tombe bien,
00:53:40c'est ce que nous allons
00:53:41essayer de faire
00:53:42à l'occasion de cette émission.
00:53:44Alors, Céline Crespi,
00:53:44revenons peut-être
00:53:45par le commencement.
00:53:46Ce commencement,
00:53:47fixons-le ensemble,
00:53:49il y a 25 ans,
00:53:50c'était en juin 2000
00:53:51avec cette fameuse loi
00:53:52sur la parité,
00:53:53à l'initiative
00:53:54d'un gouvernement socialiste.
00:53:55C'était le gouvernement
00:53:56Jospin,
00:53:57discrimination positive,
00:53:59politique des quotas,
00:54:00voilà ce qu'on a entendu
00:54:00à l'époque.
00:54:02Néanmoins,
00:54:02à travers les paroles
00:54:04que vous avez pu recueillir
00:54:05à l'occasion de ce film,
00:54:06est-ce que les femmes concernées
00:54:08vous ont dit
00:54:09que s'il n'y avait pas eu
00:54:10cette volonté politique,
00:54:12cette politique
00:54:13de discrimination positive,
00:54:15on n'en serait pas là aujourd'hui ?
00:54:17– Alors, la réponse est oui,
00:54:18absolument.
00:54:19Sans cette loi,
00:54:20naturellement,
00:54:21les choses n'allaient pas se faire.
00:54:23C'est-à-dire que déjà en 2000,
00:54:25on voyait qu'il y avait
00:54:25un énorme décalage
00:54:27entre la place
00:54:28que les femmes avaient pris
00:54:29dans la société
00:54:30et la représentation
00:54:32à l'Assemblée nationale.
00:54:34Et donc,
00:54:34tout le monde est d'accord
00:54:35pour dire que sans cette loi,
00:54:37on n'en serait pas là aujourd'hui.
00:54:39Et il y a même des femmes,
00:54:40Cécile Dufault m'a confiée,
00:54:42qu'elle, jeune femme,
00:54:44jeune militante,
00:54:45etc., déjà,
00:54:47elle était plutôt opposée,
00:54:48je dirais,
00:54:49intellectuellement à cette loi,
00:54:51dans la mesure où on se dit
00:54:52« Oui, c'est du quota,
00:54:54on ne mérite pas vraiment
00:54:55la place, etc., etc. »
00:54:58Sauf que force est de constater
00:54:59qu'elle dit aujourd'hui
00:55:00que sans cette loi,
00:55:02toute une génération de femmes
00:55:04n'auraient pas accédé
00:55:05à ces postes-là.
00:55:06– Alors,
00:55:07mode scrutin particulier
00:55:08pour les législatives,
00:55:09uninominal,
00:55:11à deux tours pour les législatives,
00:55:13scrutin à liste,
00:55:14notamment pour les régionales,
00:55:16les municipales,
00:55:17les départementales.
00:55:18le constat est là,
00:55:21aujourd'hui,
00:55:2116,7% des présidences régionales
00:55:25sont assurées par des femmes,
00:55:27un quart des présidences départementales
00:55:29sont assurées par des femmes,
00:55:30et seulement 1 sur 5 des maires français
00:55:34sont des femmes aujourd'hui.
00:55:36Bon,
00:55:36la parité est rentrée dans notre société
00:55:38via cette volonté politique
00:55:40qu'on vient d'exprimer à l'instant,
00:55:42mais nous n'y sommes pas encore.
00:55:44Qu'est-ce qu'il reste à faire,
00:55:45à franchir,
00:55:46pour que la parité soit au rendez-vous
00:55:48des principaux postes
00:55:50octroyés à l'occasion
00:55:51des scrutins régionaux,
00:55:52départementaux et municipaux ?
00:55:55– Alors,
00:55:55à l'évidence,
00:55:56ces lois contraignantes,
00:55:59obligeant à promouvoir
00:56:01des femmes en politique,
00:56:02ont féminisé largement
00:56:04les assemblées en particulier,
00:56:08mais avec,
00:56:09là,
00:56:09il faut le dire aussi,
00:56:10avec des plafonds de verre
00:56:12qui ont explosé récemment
00:56:14et le fait qu'il y ait une femme
00:56:16aujourd'hui présidente
00:56:17de l'Assemblée nationale,
00:56:19évidemment,
00:56:20c'est ce qu'on appelle
00:56:20des rôles modèles,
00:56:21on peut se dire,
00:56:21pour des petites filles
00:56:22et des petits garçons,
00:56:23finalement,
00:56:23c'est extrêmement important
00:56:24parce que,
00:56:25voilà,
00:56:25ça peut faire naître
00:56:27des vocations
00:56:27et c'est normal
00:56:28d'avoir une femme
00:56:29présidente de l'Assemblée nationale,
00:56:31mais dans le cadre
00:56:31de la Ve République,
00:56:33ce qu'une de nos collègues
00:56:34appelait un patriarcat institutionnel,
00:56:36on voit bien
00:56:36qu'une femme présidente
00:56:38de la République,
00:56:39c'est très compliqué
00:56:40et ce n'est pas encore
00:56:41à l'ordre du jour
00:56:42au niveau des pouvoirs locaux,
00:56:44on parle souvent
00:56:44du présidentialisme
00:56:45de la Ve République,
00:56:46mais au niveau
00:56:47du présidentialisme local,
00:56:49ce n'est pas mieux
00:56:49et on pourrait dire
00:56:50que c'est même pire,
00:56:51du fait de la confusion
00:56:52des pouvoirs exécutifs
00:56:53et délibératifs
00:56:54sur une personne,
00:56:55il y a cette image
00:56:56qui demeure
00:56:56du notable local
00:56:58et, effectivement,
00:56:59les femmes n'accèdent pas
00:57:01aux échelons
00:57:02les plus valorisées
00:57:03du pouvoir
00:57:04et notamment
00:57:04du pouvoir local.
00:57:05Vous avez cité les maires,
00:57:06je pense que c'est très important
00:57:08de citer le niveau
00:57:08intercommunal.
00:57:10Dans le blog
00:57:11communal, intercommunal,
00:57:13le vrai échelon de pouvoir,
00:57:14là où il y a le leadership,
00:57:15c'est l'intercommunalité,
00:57:17les moyens financiers,
00:57:18etc.
00:57:18Et là,
00:57:18la parité n'existe pas.
00:57:19Et là,
00:57:20on a une femme,
00:57:21enfin,
00:57:21sur dix présidents
00:57:22d'interco,
00:57:23une femme seulement
00:57:24occupe cette position.
00:57:27Donc,
00:57:27la question
00:57:28de la féminisation
00:57:29des assemblées,
00:57:31oui,
00:57:31du pouvoir
00:57:32à proprement parler,
00:57:34il y a encore
00:57:35beaucoup à dire.
00:57:35Il y a presque fallu imposer
00:57:37que ce soit des femmes
00:57:37qui soient tête de liste
00:57:38sur les scrutins à liste.
00:57:39Les listes,
00:57:40c'est des listes
00:57:41qu'on appelle shabada,
00:57:42un homme,
00:57:43une femme,
00:57:43un homme,
00:57:43une femme.
00:57:44Et voilà,
00:57:44celui qui est tête de liste,
00:57:47il se trouve que c'est souvent
00:57:48un homme.
00:57:49J'imagine que vous partigez
00:57:50le constat qui a été fait.
00:57:53Reste néanmoins
00:57:54que lorsque cette loi
00:57:55a été appliquée,
00:57:56ça s'est fait
00:57:57à périmètre constant.
00:57:58On n'a pas augmenté
00:57:58le nombre de sièges
00:57:59dans les assemblées
00:58:00pour autant.
00:58:00Donc,
00:58:01autrement dit,
00:58:01ce sont bien des femmes
00:58:02qui ont pris la place
00:58:03d'hommes.
00:58:04Ça s'est passé comment,
00:58:05cette phase ?
00:58:07Alors,
00:58:08effectivement,
00:58:08à poste constant,
00:58:10et c'est ce qui distingue
00:58:11un peu le milieu politique
00:58:12d'autres milieux
00:58:13professionnels prestigieux
00:58:15qui se sont féminisés
00:58:16aussi à la fin du XXe siècle,
00:58:19la magistrature,
00:58:21le barreau,
00:58:22la médecine,
00:58:23où il y a désormais
00:58:23une majorité de femmes.
00:58:25Les femmes ont progressé
00:58:27au moment
00:58:27où les effectifs
00:58:28progressaient également.
00:58:29Donc,
00:58:29il a fallu,
00:58:30bien sûr,
00:58:31ça a changé
00:58:32le visage
00:58:33de ces professions,
00:58:34mais elles n'ont pas
00:58:36pris les places
00:58:36d'hommes
00:58:37qui auraient dû
00:58:38leur céder leur siège.
00:58:39C'est différent en politique
00:58:40où, effectivement,
00:58:40la loi sur la parité
00:58:42arrive après la décentralisation,
00:58:44après la création
00:58:44de nouvelles institutions
00:58:46et, de fait,
00:58:47elles ont pris
00:58:47la moitié des sièges
00:58:49dans toutes
00:58:49les assemblées locales,
00:58:51départementales,
00:58:52ça,
00:58:52ça a été plus tardif,
00:58:54et régionales
00:58:54et la délégation française
00:58:56au Parlement européen.
00:58:57Est-ce qu'on pourrait dire
00:58:57pour autant
00:58:58qu'il y a une sélection sociale
00:59:00qui s'est effectuée
00:59:01parmi les candidats,
00:59:02parmi celles
00:59:03qui se sont lancées
00:59:05en politique,
00:59:06soit en scrutin à l'ISSS,
00:59:07soit ici
00:59:08à l'Assemblée nationale ?
00:59:09Alors,
00:59:10sélection sociale,
00:59:11oui,
00:59:12les femmes politiques
00:59:13vont être sélectionnées
00:59:14comme les hommes politiques.
00:59:15on avait néanmoins
00:59:16à l'occasion
00:59:17de la première application
00:59:19de la parité
00:59:19au niveau local,
00:59:20on avait fait
00:59:20une grande enquête
00:59:21collective
00:59:22où on avait pu montrer
00:59:23que les femmes
00:59:24au niveau local,
00:59:25elles avaient été choisies
00:59:26pour figurer sur les listes
00:59:27avec des critères genrés,
00:59:29c'est-à-dire qu'on les avait choisis
00:59:30notamment pour leur extériorité
00:59:33aux politiques,
00:59:33le fait qu'elles n'étaient pas
00:59:34déjà militantes,
00:59:36capées de parties politiques.
00:59:36Pas de femmes d'appareil.
00:59:37Voilà.
00:59:38Pour justement incarner
00:59:39le renouvellement
00:59:40de la vie politique
00:59:41puisque ça a été comme ça
00:59:42qu'on a justifié la parité,
00:59:43c'est-à-dire
00:59:44on va rapprocher
00:59:45les gouvernants des gouvernés
00:59:46et il faut qu'on renouvelle
00:59:48la politique,
00:59:48elles vont réenchanter
00:59:49la politique ces femmes.
00:59:50Et de fait,
00:59:51elles étaient plus jeunes,
00:59:52moins d'expérience politique
00:59:53et elles étaient envoyées
00:59:54comme ça en politique
00:59:55au nom de leur extériorité.
00:59:57Ce qui après
00:59:58pouvait un peu les pénaliser
00:59:59pour obtenir justement
01:00:00les positions de pouvoir
01:00:01au sommet des exécutifs.
01:00:03Avec des bons
01:00:03et des mauvais joueurs,
01:00:05Céline Crispy.
01:00:06Alors, parmi les bons joueurs
01:00:08dans les formations politiques,
01:00:10les formations de gauche
01:00:10d'une manière générale.
01:00:12Et à droite,
01:00:13le RN aujourd'hui,
01:00:14il joue le jeu.
01:00:15En tout cas,
01:00:15il l'a joué
01:00:16lors des dernières législatives.
01:00:18En revanche,
01:00:18dans la droite
01:00:19dite parlementaire,
01:00:21c'est systématiquement
01:00:23des partis
01:00:25qui vont,
01:00:25je pense à l'UDI
01:00:26et évidemment aux Républicains,
01:00:28systématiquement,
01:00:29ces partis vont plutôt
01:00:29opter pour les sanctions financières
01:00:31plutôt que d'opter
01:00:32pour la parité
01:00:33dans leurs candidats.
01:00:35Oui,
01:00:35puis je dirais
01:00:36qu'il y a deux phases
01:00:37de lecture de cette loi.
01:00:38C'est est-ce qu'on respecte
01:00:40la loi
01:00:40et effectivement,
01:00:42d'une façon générale,
01:00:43les partis de gauche
01:00:44sont les bons élèves
01:00:44et les partis de droite
01:00:45les mauvais élèves.
01:00:47Et puis après,
01:00:48il y a combien,
01:00:49finalement,
01:00:50accèdent
01:00:51et combien de femmes
01:00:53gagnent par rapport
01:00:53aux hommes
01:00:54parce que,
01:00:55comme vous avez vu
01:00:56dans le documentaire
01:00:56et c'est bien connu,
01:00:58on a tendance
01:00:58à donner
01:00:59les circonscriptions
01:01:00les plus compliquées
01:01:01à des femmes,
01:01:03à garder
01:01:04les circonscriptions
01:01:05faciles
01:01:06ou historiques
01:01:07pour les hommes
01:01:07et le respect
01:01:09de la loi,
01:01:10il se fait juste
01:01:10au niveau des candidats,
01:01:12c'est-à-dire
01:01:12la présentation.
01:01:14Voilà.
01:01:15De toute façon,
01:01:16effectivement,
01:01:18les partis de gauche,
01:01:19le parti écologiste
01:01:20est en général
01:01:21un des très bons élèves,
01:01:24si j'ose dire,
01:01:25et en présentant
01:01:26un nombre de représentations
01:01:28comme candidats
01:01:29et aussi en nombre d'élus,
01:01:31les partis de droite,
01:01:33en effet,
01:01:34payent des amendes
01:01:35et je dirais que...
01:01:36Des amendes assez lourdes,
01:01:38je crois que pour LR,
01:01:38ça a représenté
01:01:391,3 million d'euros
01:01:41l'année dernière,
01:01:42par exemple.
01:01:43C'est assez considérable.
01:01:44Absolument,
01:01:45mais en fait,
01:01:46ils préfèrent.
01:01:47Alors,
01:01:47leur argument,
01:01:47c'est toujours de dire
01:01:48« Oui,
01:01:49mais on n'a pas de femmes,
01:01:49en fait,
01:01:50elles ne veulent pas
01:01:51se présenter,
01:01:51etc. »
01:01:53C'est un argument
01:01:54qui est un peu fallacieux,
01:01:54en fait.
01:01:55J'ai vu,
01:01:56à travers mes lectures
01:01:57pour préparer cette émission,
01:01:58que le RN,
01:01:59lors des dernières élections
01:02:01législatives,
01:02:02autrement dit,
01:02:02en 2024,
01:02:03avait investi 47% de femmes.
01:02:06Autrement dit,
01:02:07le RN joue le jeu
01:02:09de la parité,
01:02:10mais vous dites
01:02:10« Attention,
01:02:11ça peut avoir
01:02:11des conséquences négatives
01:02:14peut-être pour la suite.
01:02:15Expliquez-nous cela. »
01:02:16En tout cas,
01:02:17ce qu'on peut dire,
01:02:17c'est qu'il y a des tendances
01:02:18contradictoires aujourd'hui
01:02:20sur l'égalité.
01:02:21L'égalité,
01:02:22on se veut une société égalitaire,
01:02:23c'est un objectif
01:02:24à malheur constitutionnel,
01:02:26mais il y a une poussée
01:02:27d'extrême-droite,
01:02:28ce n'est pas un scoop.
01:02:30Dans les résultats obtenus,
01:02:31oui.
01:02:32En tout cas,
01:02:33chez les moins de 40 ans,
01:02:34et là,
01:02:34je fais référence
01:02:35aux travaux
01:02:35d'Ana Durovitch,
01:02:37une polarisation
01:02:38sur les enjeux de genre.
01:02:39des jeunes gens
01:02:41de moins de 35 ans
01:02:43qui peuvent être
01:02:43plus sexistes
01:02:44que leurs aînés,
01:02:46et cette poussée
01:02:47d'extrême-droite
01:02:47et la bonne volonté
01:02:48qui reste relative
01:02:49quand même
01:02:50du RN
01:02:51de pousser des femmes
01:02:52ne se traduit pas
01:02:53nécessairement
01:02:54par une vision
01:02:55de l'égalité progressiste,
01:02:57ce qu'on peut considérer
01:02:58comme l'égalité.
01:02:59Chez certains,
01:02:59ça peut être
01:03:00tout à fait
01:03:01différentialiste,
01:03:03et un différentialisme poussé.
01:03:05Les femmes sont en charge
01:03:07de la famille
01:03:08et des hommes
01:03:09du public,
01:03:11réactionnaires,
01:03:12qui peuvent être
01:03:13tout à fait
01:03:13d'actualité aujourd'hui
01:03:15avec la poussée
01:03:16d'extrême-droite.
01:03:17Donc, oui,
01:03:18une poussée quantitative
01:03:20du nombre de femmes,
01:03:21les conceptions
01:03:22de l'égalité véhiculée
01:03:25peuvent être contrastées
01:03:27et ne vont pas nécessairement
01:03:28dans le cadre
01:03:29d'un dépassement du genre.
01:03:31Le genre contraint
01:03:32les individus,
01:03:34ce n'est pas nécessairement
01:03:35à les conceptions
01:03:35de l'égalité
01:03:36qu'on trouve partout.
01:03:37Alors,
01:03:38le RN présente
01:03:3847% de femmes
01:03:39et après ça...
01:03:40En 2024, oui.
01:03:41En 2024,
01:03:42c'est 31% des élus
01:03:45après,
01:03:46donc ça veut dire
01:03:46qu'il les envoie aussi
01:03:47quand même
01:03:47sur des circonscriptions
01:03:49plus difficilement gagnables
01:03:50et notamment
01:03:50des circonscriptions
01:03:51dans des grandes villes.
01:03:55Je crois que ce qu'il faut
01:03:56vraiment rappeler...
01:03:57Même si le RN
01:03:58ne pousse pas nécessairement
01:04:00des idées dites féministes
01:04:01sur le plan des thématiques
01:04:03aujourd'hui.
01:04:04on peut peut-être
01:04:05s'interroger
01:04:05pour demain, si.
01:04:06Oui, c'est sûr.
01:04:07C'est pour ça
01:04:08qu'il faut rappeler
01:04:08qu'avant d'être
01:04:10une femme
01:04:11ou un homme député,
01:04:12on appartient
01:04:13à une famille politique,
01:04:14à un parti politique
01:04:16qui a un certain programme.
01:04:17Et les femmes,
01:04:19à l'heure actuelle
01:04:20en Italie,
01:04:20Georgia Meloni,
01:04:21elle ne fait pas avancer
01:04:22les droits des femmes,
01:04:23elle ne fait pas avancer
01:04:23les droits des minorités sexuelles,
01:04:25elle a une vision
01:04:26très conservatrice
01:04:27des normes de genre
01:04:28et c'est une femme.
01:04:29Elle porte un programme
01:04:31très rétrograde,
01:04:32elle a une position
01:04:34sur l'avortement
01:04:36qui est extrêmement problématique.
01:04:38En France également,
01:04:39le parti d'extrême droite
01:04:43est incarné aujourd'hui
01:04:44par une femme,
01:04:46par la fille.
01:04:47Qui a été deux fois
01:04:47au second tour,
01:04:49au deuxième tour
01:04:49de l'élection présidentielle.
01:04:51Qui est moins conservatrice
01:04:53que Georgia Meloni
01:04:54sur les questions
01:04:55de genre et de sexualité,
01:04:57mais qui néanmoins
01:04:58incarne un parti politique
01:05:00qui historiquement
01:05:01est favorable
01:05:05à une position
01:05:06très secondaire des femmes,
01:05:08femmes au foyer,
01:05:09femmes en soutien
01:05:10des hommes
01:05:10qui sont aux premières places.
01:05:11C'est une culture
01:05:12extrêmement viriliste.
01:05:13Mais le fait
01:05:13qu'elle l'ait incarnée,
01:05:14elle,
01:05:15en étant une femme séparée,
01:05:18mère séparée,
01:05:19active, etc.,
01:05:20elle a pu respectabiliser
01:05:23son parti
01:05:24et de fait,
01:05:25depuis que c'est elle
01:05:26qui se présente
01:05:26à l'élection présidentielle,
01:05:28il n'y a plus
01:05:28le fameux gender gap,
01:05:29c'est-à-dire un écart
01:05:30du vote des électeurs
01:05:32et des électrices.
01:05:32Les électrices
01:05:33votaient moins
01:05:33pour Jean-Marie Le Pen
01:05:34que les hommes.
01:05:35Désormais,
01:05:36cet écart
01:05:36est quasiment nul
01:05:39pour la présidentielle
01:05:40lorsque c'est elle
01:05:41la candidate.
01:05:41Qu'est-ce que vous disiez
01:05:42sur le fait
01:05:43que les femmes
01:05:44représentent avant tout
01:05:45leur parti
01:05:46avant de représenter
01:05:47leurs gens
01:05:47est vrai dans l'histoire.
01:05:48On le voit
01:05:49avec Marie-Madeleine Dienesch,
01:05:51cette députée
01:05:52dont je raconte
01:05:53un petit peu l'histoire
01:05:54et qui, effectivement,
01:05:55était extrêmement rétrograde
01:05:57sur les questions
01:05:58de sexualité,
01:06:01etc.,
01:06:02alors qu'elle est
01:06:02une des députés
01:06:03qui a eu
01:06:03une des plus grandes
01:06:05longévités politiques.
01:06:07Sur les responsabilités
01:06:09genrées,
01:06:10on a un peu
01:06:12effleuré le sujet
01:06:13tout à l'heure.
01:06:14C'est vrai
01:06:15que d'habitude,
01:06:16on a l'habitude
01:06:17de voir les femmes
01:06:17exercer des responsabilités
01:06:19politiques
01:06:19dans des domaines
01:06:20tels que
01:06:20l'éducation,
01:06:21la santé,
01:06:24les personnes âgées.
01:06:27Ça, c'est un ressenti
01:06:28assez fort
01:06:29du côté des femmes
01:06:30que vous avez pu
01:06:30interviewer
01:06:32à l'occasion
01:06:32de ce documentaire.
01:06:34C'est toujours
01:06:34encore le cas.
01:06:36Effectivement,
01:06:36on les met un peu
01:06:37dans des cases,
01:06:37mais c'était bien plus
01:06:38le cas auparavant.
01:06:41Quand on regarde
01:06:41un petit peu
01:06:41les commissions,
01:06:42elles sont de plus
01:06:43en plus mixtes.
01:06:44Même la commission
01:06:44de la défense
01:06:46intègre aujourd'hui
01:06:48beaucoup de femmes.
01:06:50La commission culturelle
01:06:51va être un tout petit
01:06:52peu plus féminine,
01:06:54mais pas tant que ça.
01:06:55Donc la parité infuse
01:06:56dans les commissions
01:06:57permanentes
01:06:58de l'Assemblée nationale
01:06:59les plus machistes,
01:06:59on va dire,
01:07:00des choses comme ça ?
01:07:01Malgré tout.
01:07:02Après,
01:07:02il faut voir
01:07:03quelles sont
01:07:03les importances
01:07:04des travaux
01:07:05des uns et des autres,
01:07:07etc.
01:07:07Je pense que c'est
01:07:08un petit peu plus subtil.
01:07:09On ne peut pas
01:07:10en rester au nombre
01:07:11de femmes.
01:07:13Après,
01:07:14moi,
01:07:14ce qu'elles m'ont dit,
01:07:15c'est que le fait
01:07:16d'être femme,
01:07:18parfois,
01:07:18alors là,
01:07:19je contourne un peu
01:07:20votre question,
01:07:21mais permettait
01:07:22d'être identifiée
01:07:24par l'électeur
01:07:25comme des gens
01:07:28et des députés
01:07:29qui vont plus
01:07:30s'intéresser
01:07:30à certaines questions.
01:07:33Je m'explique,
01:07:34il y a une ancienne députée
01:07:35qui m'explique
01:07:36que les femmes
01:07:36elles-mêmes,
01:07:38en circonscription,
01:07:39les femmes électriques,
01:07:40allaient un peu plus
01:07:41se confier
01:07:42sur des questions
01:07:43personnelles,
01:07:44sur des questions
01:07:45de violences faites
01:07:47aux femmes,
01:07:48sur des questions économiques,
01:07:49que si elles avaient
01:07:50été un homme.
01:07:50Donc,
01:07:51nécessairement,
01:07:52elles sont aussi
01:07:52un peu plus alertées
01:07:53par l'électorat,
01:07:55si je puis dire,
01:07:56sur ces questions-là.
01:07:57J'ai cru comprendre
01:07:58dans votre documentaire
01:07:59que Yael Brunpivet,
01:08:01l'actuelle présidente
01:08:02de l'Assemblée nationale,
01:08:03première femme présidente
01:08:04de l'Assemblée nationale
01:08:05sous la cinquième,
01:08:09dans un premier temps,
01:08:09elle a été nommée présidente
01:08:11de la Commission des lois,
01:08:12c'est à l'occasion
01:08:12de son premier mandat,
01:08:13et on lui a fait,
01:08:15du côté de l'Élysée,
01:08:16comprendre que ça ne serait
01:08:17peut-être pas le poste
01:08:18qu'on attendait
01:08:19pour ce premier mandat.
01:08:21Alors,
01:08:21elle a été plus que nommée,
01:08:22elle a été élue.
01:08:23Oui,
01:08:23elle a été élue par ses pairs.
01:08:24Elle a été élue
01:08:25à la Commission des lois
01:08:26par ses pairs,
01:08:27comme vous dites,
01:08:28c'est-à-dire par son groupe politique.
01:08:29Oui.
01:08:30Et puis,
01:08:30effectivement,
01:08:30il y a Alexis Collaire
01:08:31qui l'appelle
01:08:32et qui lui dit...
01:08:33Alors,
01:08:34Alexis Collaire,
01:08:34il pourra toujours dire
01:08:35oui,
01:08:36mais la Commission des lois,
01:08:37c'était très important,
01:08:38elle,
01:08:39elle était néophyte,
01:08:40etc.
01:08:40Mais les arguments
01:08:41qu'il lui donne
01:08:42ne sont pas du tout
01:08:43ces arguments-là.
01:08:44Ils lui disent
01:08:45la Commission des lois,
01:08:46c'est extrêmement sérieux,
01:08:49c'est chronophage,
01:08:51tu as des enfants.
01:08:51Donc là,
01:08:52on voit exclusivement.
01:08:54Voilà.
01:08:55Et donc là,
01:08:55c'est typique
01:08:56l'argument
01:08:57qu'on ne donne qu'aux femmes.
01:09:00On ne dit jamais
01:09:01à un homme,
01:09:01tu as beaucoup d'enfants,
01:09:02tu as une vie de famille.
01:09:04Alors,
01:09:04en 2000,
01:09:05c'est vrai,
01:09:05à l'occasion de cette fameuse loi,
01:09:06il y a 25 ans,
01:09:07on entendait souvent,
01:09:08vous allez voir ce que vous allez voir,
01:09:09les femmes vont changer
01:09:10de la politique.
01:09:11Et alors,
01:09:12quand on regarde un petit peu
01:09:13ce qui était dit à l'époque,
01:09:14elles sont plus douces,
01:09:15plus empathiques,
01:09:16plus pragmatiques,
01:09:17elles sont meilleures
01:09:17que les hommes
01:09:18sur les questions de proximité.
01:09:19Ça rejoint peut-être
01:09:20un témoignage
01:09:21que vous venez d'évoquer
01:09:21à l'instant.
01:09:22Elles n'aiment pas
01:09:23les rapports de force,
01:09:24elles ne sont pas avides
01:09:25de pouvoir,
01:09:26elles ne s'écoutent pas parler
01:09:27et elles n'investissent pas
01:09:29les partis politiques.
01:09:31Alors,
01:09:33est-ce qu'on est sur
01:09:34des idées communes,
01:09:36des mauvaises images
01:09:38qu'on pourrait avoir
01:09:39aujourd'hui
01:09:40sur l'exercice
01:09:40de la politique
01:09:41par les femmes
01:09:41dans les exécutifs locaux
01:09:43ou alors,
01:09:44dans ce que je viens de citer,
01:09:45il y a des choses
01:09:46qui apparaissent très nettement
01:09:47dans la manière
01:09:48de faire la politique
01:09:49du côté des femmes.
01:09:50Alors,
01:09:50c'est tout le problème
01:09:51des stéréotypes,
01:09:52c'est qu'ils stigmatisent
01:09:53mais qui ne sont pas
01:09:53nécessairement faux
01:09:55mais pour se remettre
01:09:57dans le cadrage
01:09:58sur la parité,
01:09:59la manière dont ça a été cadré,
01:10:00il faut quand même
01:10:02se rappeler
01:10:02que cette loi
01:10:03elle a été aussi votée
01:10:04et vous dites une loi
01:10:05mais il y a plein de lois
01:10:06qui viennent accentuer
01:10:08les contraintes paritaires.
01:10:10Cette loi
01:10:11elle a été votée
01:10:11avec l'idée
01:10:12que les femmes
01:10:13elles allaient sauver
01:10:13la démocratie représentative
01:10:15elle allait la réenchanter.
01:10:17C'est ce qu'on entendait
01:10:17à l'époque.
01:10:18Je crois qu'il faut garder ça
01:10:19en toile de fond
01:10:21pour comprendre
01:10:21la mise en oeuvre
01:10:22de la parité,
01:10:23la manière dont elle s'agit.
01:10:23Moi j'ai envie de savoir
01:10:24si c'est vrai.
01:10:25Parce que la panne
01:10:25de la représentation
01:10:26elle ne date pas
01:10:26de la semaine dernière
01:10:27et donc dans ce
01:10:28femme et politique autrement
01:10:30il y a à mon avis
01:10:31deux idées
01:10:31tout à fait différentes.
01:10:33Il y a effectivement
01:10:34le genre féminin
01:10:35tel qu'il a été
01:10:36historiquement construit
01:10:37compte tenu de la place
01:10:38des femmes dans la société,
01:10:39l'éthique de la sollicitude,
01:10:41du soin,
01:10:41elles font plus attention
01:10:42aux autres, etc.
01:10:46Qui est incertain
01:10:47me semble-t-il aujourd'hui
01:10:48avec le retour
01:10:48de la politique
01:10:49de la force,
01:10:50du virilisme
01:10:51en politique, etc.
01:10:53Et comme elles
01:10:53ne sont pas vraiment
01:10:54non plus en position
01:10:55de pouvoir,
01:10:56il faut être pragmatique
01:10:57par rapport à cette possibilité
01:10:58mais on n'en a pas
01:10:59encore vraiment
01:10:59de preuves empiriques.
01:11:01Et d'autre part,
01:11:02il y avait aussi
01:11:02lié à cette crise
01:11:03de la démocratie représentative
01:11:04un cadrage civique.
01:11:07Elles vont faire
01:11:07une démocratie
01:11:08plus participative,
01:11:09plus citoyenne,
01:11:10elles vont rehausser
01:11:11la place des citoyens
01:11:12dans la prise de décision
01:11:13et ça,
01:11:15toujours avec la pratique
01:11:17de la politique
01:11:17aujourd'hui,
01:11:19sur un mode,
01:11:20je ne sais pas comment
01:11:20il faut le dire,
01:11:21oligarchique
01:11:22ou présidentialiste,
01:11:24la démocratie
01:11:25perspective aujourd'hui,
01:11:26elle est quand même
01:11:27très fragilisée
01:11:28et on ne peut pas dire
01:11:29que les femmes
01:11:30collectivement,
01:11:32au-delà de leur appartenance
01:11:33partisane
01:11:34et de leurs différences
01:11:35idéologiques,
01:11:36porteraient un projet
01:11:37de transformer
01:11:38les institutions
01:11:39pour rehausser
01:11:40la place des citoyennes
01:11:42et des citoyens
01:11:42dans les institutions.
01:11:45Donc,
01:11:46il y avait vraiment
01:11:46un cadrage
01:11:47terre et fort
01:11:47sur un genre
01:11:48assez traditionnel
01:11:49mais voilà,
01:11:50qui n'est pas si facile
01:11:51à montrer empiriquement
01:11:53par rapport auquel
01:11:53je pense qu'il faut
01:11:54être encore pragmatique
01:11:55et le cadrage
01:11:56civique
01:11:57lié à la crise
01:11:57de la représentation,
01:11:59si l'idée
01:11:59c'était que les femmes
01:12:00entrent en politique
01:12:01pour réenchanter
01:12:02la démocratie
01:12:03représentative,
01:12:04le constat
01:12:04qu'on peut faire
01:12:05aujourd'hui,
01:12:06ce n'est pas
01:12:06complètement évident.
01:12:08Alors,
01:12:08est-ce que vous partagez
01:12:09cette analyse ?
01:12:11Oui,
01:12:12alors on l'entend
01:12:12dans le documentaire,
01:12:13il y a quand même
01:12:14quelques études
01:12:14qui montrent
01:12:15que les femmes
01:12:16font des prises de parole
01:12:17moins fréquentes,
01:12:18moins longues
01:12:19que les hommes
01:12:20en assemblée.
01:12:21Qui s'écoutent
01:12:21beaucoup plus parler
01:12:22semble-t-il
01:12:23que les femmes.
01:12:23et qui respectent moins
01:12:25lorsque les femmes
01:12:27parlent,
01:12:27c'est-à-dire qu'on dit
01:12:28souvent que les filles
01:12:28sont bavardes,
01:12:29mais en réalité,
01:12:30dans les assemblées
01:12:30politiques,
01:12:31on a plusieurs enquêtes
01:12:31qui ont montré
01:12:32que les hommes
01:12:35fabriquaient du bruit
01:12:35lorsque les femmes
01:12:36parlent par-dessus
01:12:38d'elles,
01:12:39ce n'est pas un problème
01:12:39de puissance vocale,
01:12:41c'est un problème
01:12:41d'attention
01:12:42et d'écoute
01:12:43et souvent,
01:12:44elles sont prises
01:12:45dans un brouhaha
01:12:45qui cherchent
01:12:46à atténuer
01:12:48leurs paroles
01:12:49et voilà,
01:12:49donc elles parlent moins
01:12:51et on a aussi
01:12:51des enquêtes
01:12:52qui ont montré
01:12:52que,
01:12:53en tout cas,
01:12:53dans une première phase
01:12:54de la parité,
01:12:55lorsqu'elles avaient
01:12:55un peu moins d'expérience,
01:12:56elles ont beaucoup travaillé
01:12:57et là aussi,
01:12:58c'est de la socialisation
01:12:59genrée,
01:13:00mais je ne peux pas
01:13:01prendre la parole
01:13:01dans cette assemblée
01:13:02si je n'ai pas travaillé
01:13:03mon dossier.
01:13:04Ça,
01:13:04c'est vraiment
01:13:04un stéréotype
01:13:06assez juste.
01:13:07Donc,
01:13:08il y avait une manière
01:13:08quand même encore différente
01:13:09d'appréhender les mandats.
01:13:11Ensuite,
01:13:11encore une fois,
01:13:12sur le contenu,
01:13:13qu'est-ce qui va être défendu ?
01:13:15Les femmes,
01:13:16jusqu'ici,
01:13:16suivent les consignes
01:13:17de leur parti politique.
01:13:19Donc,
01:13:19voilà,
01:13:20tout dépend de quel...
01:13:21Attendez,
01:13:22ça veut dire que le problème
01:13:22se situe au niveau
01:13:23des partis politiques ?
01:13:26J'en suis convaincue.
01:13:27On ne fait pas assez
01:13:28participer les femmes
01:13:29au sein des appareils
01:13:30politiques aujourd'hui ?
01:13:31Les partis politiques français
01:13:32étaient des organisations
01:13:33très peu en lien
01:13:35avec les mouvements sociaux,
01:13:37avec ce qui se passait
01:13:37dans la société,
01:13:38donc déjà
01:13:39avec assez peu
01:13:40de militants quand même
01:13:41historiquement
01:13:42par rapport
01:13:42aux pays voisins européens.
01:13:45Le plus grand parti,
01:13:46ça a été le parti
01:13:46communiste français
01:13:47après la Seconde Guerre mondiale,
01:13:49mais voilà,
01:13:50après c'est le maximum
01:13:51300 000,
01:13:52400 000 militants,
01:13:54donc ce n'est jamais
01:13:54des partis de masse
01:13:55en France.
01:13:56Et le lien
01:13:58avec la société,
01:13:59les quartiers,
01:13:59les différentes couches sociales,
01:14:01il a été largement perdu.
01:14:02De plus en plus,
01:14:03nos partis politiques
01:14:04sont des sociétés d'élus,
01:14:06de personnes
01:14:07qui sont déjà
01:14:08quasiment professionnalisées
01:14:09en politique
01:14:10et qui du coup,
01:14:11ça s'est tellement bien
01:14:12montré dans le documentaire,
01:14:13à un moment donné,
01:14:14on a une coupure incroyable
01:14:16entre les professionnels
01:14:17de la politique
01:14:18qui sont dans leur petit îlot,
01:14:19leur assemblée nationale,
01:14:20entre hommes blancs,
01:14:22hétérosexuels
01:14:22de classe supérieure
01:14:23et ce qui se passe,
01:14:25la révolution qui est en train
01:14:25de se passer ailleurs
01:14:26dans la société,
01:14:27ils ne la perçoivent pas,
01:14:28elle ne transpire pas
01:14:30dans la composition
01:14:31du personnel politique
01:14:32et ça,
01:14:32c'est quand même problématique.
01:14:33Alors,
01:14:33ce n'était pas forcément
01:14:34le sujet central
01:14:35de votre documentaire,
01:14:37c'est une crispie,
01:14:38mais vous avez forcément
01:14:38posé la question
01:14:39qu'ont apporté les femmes
01:14:41à notre vie politique
01:14:42depuis 25 ans
01:14:44et depuis ces dernières années,
01:14:47là où maintenant
01:14:48la parité s'est clairement installée,
01:14:50même si le combat continue,
01:14:52on l'a dit bien entendu.
01:14:53Alors,
01:14:54malgré tout,
01:14:54effectivement,
01:14:55même encore très récemment,
01:14:57il y a des thèmes
01:14:58qui n'auraient peut-être
01:14:58pas été abordés
01:15:00si on n'avait pas eu
01:15:02autant de femmes aujourd'hui,
01:15:04en tout cas à ce niveau-là,
01:15:06je pense à la constitutionnalisation
01:15:08de l'IVG,
01:15:09qui pour le coup
01:15:09a été une mesure
01:15:11qui était très transpartisane,
01:15:12de Mathilde Panot
01:15:14jusqu'à la République en marche,
01:15:17etc.
01:15:18Et je pense que ce thème
01:15:19nécessairement était porté
01:15:21par des femmes.
01:15:23Voilà,
01:15:23après,
01:15:24c'est effectivement
01:15:24une façon de faire
01:15:27qui a peut-être
01:15:30un poil différente,
01:15:31sur le fond,
01:15:32sur le fond,
01:15:33non,
01:15:33les femmes suivent les partis.
01:15:35Oui,
01:15:35moi aussi,
01:15:35je pense la même chose,
01:15:37mais c'est l'histoire
01:15:38du féminisme
01:15:38comme mouvement social
01:15:40que de privatiser le politique,
01:15:42ce qui joue
01:15:42dans les familles
01:15:44qui était considéré
01:15:44comme indigne,
01:15:45etc.,
01:15:46relève de la politique
01:15:47et du rapport social
01:15:48entre les femmes
01:15:49et les hommes.
01:15:50Et là,
01:15:50on a vu,
01:15:51effectivement,
01:15:52de nouveau,
01:15:53des politisations.
01:15:54Alors,
01:15:54parce que le mouvement
01:15:55MeToo,
01:15:56voilà,
01:15:57était puissant,
01:15:57alors,
01:15:58on en subit probablement
01:15:59le backlash aujourd'hui,
01:16:00mais la question,
01:16:03par exemple,
01:16:04de l'outrage sexiste,
01:16:05du harcèlement de rue
01:16:06qui semblait,
01:16:07voilà,
01:16:09un sujet sur lequel
01:16:10c'était impossible
01:16:11qu'il y ait une loi.
01:16:12Bon,
01:16:12on peut penser ce qu'on veut
01:16:13de Marlène Chappat,
01:16:14de son féminisme,
01:16:15de sa personne,
01:16:15mais enfin,
01:16:16elle a quand même réussi
01:16:17à faire reconnaître
01:16:18ce harcèlement de rue
01:16:19qui fonctionne.
01:16:20Au niveau local,
01:16:21donc,
01:16:21il y a cette charte européenne
01:16:24pour l'égalité
01:16:24entre les femmes
01:16:25et les hommes
01:16:26dans la vie locale,
01:16:27que les collectivités locales
01:16:28signent parce que
01:16:29ça fait moderne,
01:16:30etc.,
01:16:30que ces tendances,
01:16:32et en même temps,
01:16:33leur mise en œuvre
01:16:34dépend d'une institutionnalisation
01:16:36de moyens
01:16:36qui ne sont pas forcément là,
01:16:38mais on voit quand même
01:16:38des choses qui émergent
01:16:40du type,
01:16:41ce qu'on appelle
01:16:42gender budgeting,
01:16:44le budget en fonction du genre,
01:16:46où va l'argent
01:16:46des collectivités locales,
01:16:48qui est un nouveau regard,
01:16:50et puis aussi,
01:16:50je pense,
01:16:51au cours des derniers mandats,
01:16:52les marches exploratoires,
01:16:54genre,
01:16:54femme,
01:16:55espace public,
01:16:56la sécurité des femmes
01:16:57dans l'espace public,
01:16:58voilà,
01:16:58des questions
01:16:59qui étaient considérées
01:17:00comme non-politiques
01:17:01le sont devenues,
01:17:02dans le sillage du féminisme,
01:17:04plutôt porté,
01:17:05il faut le dire,
01:17:06par des partis de gauche,
01:17:07et qui, là encore,
01:17:08déplacent les frontières
01:17:09du politique,
01:17:10et ça,
01:17:11c'est un apport
01:17:11lié, je pense,
01:17:13à l'entrée des femmes
01:17:14en masse
01:17:15dans les assemblées
01:17:16et les assemblées locales,
01:17:17notamment.
01:17:18Plus il y a de femmes
01:17:20qui entrent
01:17:21dans la vie politique,
01:17:22dans les exécutifs
01:17:23nationaux,
01:17:23locaux,
01:17:24plus, semble-t-il,
01:17:25elles font de la politique
01:17:26comme les hommes,
01:17:28et c'est un milieu
01:17:28particulièrement âpre,
01:17:30ça demande des qualités
01:17:30humaines
01:17:31et une force,
01:17:33une volonté forte
01:17:35pour s'imposer
01:17:36qu'on soit homme ou femme,
01:17:37d'ailleurs,
01:17:37dans ce milieu.
01:17:39C'est tout de même
01:17:40à cette conclusion
01:17:41qu'on en arrive aujourd'hui.
01:17:43Ce n'est pas genré
01:17:44la manière d'exercer
01:17:46la politique.
01:17:46Il y a une force
01:17:47des institutions,
01:17:48il y a une histoire
01:17:49des institutions,
01:17:50et vous l'avez rappelé,
01:17:51les institutions politiques
01:17:52en France,
01:17:53elles ont été forgées
01:17:56par et pour les hommes,
01:17:58elles ont été habitées
01:17:59uniquement par les hommes
01:18:00pendant plus de 150 ans,
01:18:02et les femmes,
01:18:03lorsqu'elles entrent
01:18:03à l'Assemblée nationale,
01:18:05elles sont toujours
01:18:06des intruses,
01:18:07elles ne sont pas
01:18:08complètement adaptées.
01:18:09Et là,
01:18:10on commence à avoir
01:18:11plusieurs,
01:18:12quand même,
01:18:13une dizaine d'années
01:18:14où elles sont quand même
01:18:15plus d'un tiers,
01:18:16elles font partie du paysage,
01:18:17et c'est ça quand même
01:18:18que ça change,
01:18:18c'est-à-dire qu'on voit
01:18:21différemment la représentation
01:18:22politique,
01:18:23et on voit du coup
01:18:24un peu mieux
01:18:24qui n'est pas représentée
01:18:26aussi,
01:18:26ça a permis quand même
01:18:27de réfléchir à qui
01:18:29aujourd'hui est légitime
01:18:30pour diriger
01:18:32et faire les lois
01:18:32de notre pays,
01:18:33et qui n'y est pas,
01:18:34et pourquoi,
01:18:35je trouve qu'il y a
01:18:35une interrogation
01:18:36qui a été portée
01:18:36grâce à la parité
01:18:39et à l'entrée
01:18:39des femmes en politique.
01:18:41Donc voilà,
01:18:41force des institutions
01:18:42malgré tout,
01:18:43des conduites
01:18:44un peu routinisées
01:18:45sur,
01:18:46ça se dessine
01:18:47à la buvette,
01:18:47tard le soir,
01:18:48on fait des réunions
01:18:49entre nous,
01:18:50il y a des quotas
01:18:51pour garantir la présidence
01:18:52des femmes,
01:18:53mais regardez qui est
01:18:53aujourd'hui dans
01:18:54l'entourage proche
01:18:55de notre président,
01:18:56dans l'entourage proche
01:18:57du Premier ministre,
01:18:58etc.
01:18:59Donc il y a quand même
01:18:59toujours cette tradition
01:19:00de décider en catiminer
01:19:02dans un petit club masculin,
01:19:04et ça c'est difficile
01:19:05à faire complètement bouger,
01:19:07et pour l'instant,
01:19:09les femmes continuent
01:19:10à devoir se mouler
01:19:11dans un habit
01:19:12qui n'était pas forcément
01:19:13taillé pour elles.
01:19:14– Ce sera le mot de la fin,
01:19:16le combat continu
01:19:17pour reprendre le terme
01:19:18utilisé dans le titre
01:19:19de votre documentaire,
01:19:20Céline Crispy,
01:19:21réalisé, je le rappelle,
01:19:22avec Maxime Rioux.
01:19:22Un grand merci
01:19:23à toutes les trois
01:19:23d'être venus nous parler
01:19:25de la parité en politique
01:19:26aujourd'hui,
01:19:26ce qu'elle a apporté
01:19:27à notre société française.
01:19:28Vos réactions,
01:19:29ce sera sur hashtag
01:19:30DébatDoc.
01:19:30Merci aussi à Félicité Gavalda,
01:19:32qui comme à l'accoutumée
01:19:33nous a aidé
01:19:33à préparer cette émission,
01:19:36et je vous donne rendez-vous
01:19:36quant à moi
01:19:37pour un prochain DébatDoc,
01:19:39ce sera bien sûr
01:19:39avec son documentaire
01:19:41et son débat.
01:19:42A très bientôt.
01:19:44– Sous-titrage ST' 501
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