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  • il y a 22 heures
Olympe de Gouges, Théroigne de Méricourt, Charlotte Corday, Manon Roland... Certaines femmes ont marqué l'histoire de la Révolution française. Néanmoins, si les révolutionnaires déclarent dès 1789 l'égalité des droits entre les citoyens, les femmes seront privées des droits qui définissent la citoyenneté et donc exclues de la sphère politique. Leur rôle s'avère pourtant essentiel tout au long du processus révolutionnaire. Afin de faire valoir leurs droits et leurs voix, quel rôle ont joué les femmes durant une Révolution française dominée par les hommes ?

Pour en parler, Jean-Pierre Gratien reçoit Loris Chavanette, historien spécialiste de la Révolution française et Dominique Godineau, historienne spécialiste de la Révolution française et de l'histoire des femmes.

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Transcription
00:00:04Générique
00:00:16Bienvenue à tous, elle a été guillotinée en 1793 et elle est désormais devenue une icône féministe.
00:00:23Gros plan sur Olympe de Gouche pour commencer aujourd'hui dans ce débat doc avec le documentaire exclusif qui va
00:00:28suivre.
00:00:29Olympe de Gouche, liberté, égalité, féminité, réalisé par Dominique Eloudi Lenis.
00:00:35Je vous laisse le découvrir et je vous retrouverai juste après sur ce plateau en compagnie des historiens Laurie Chavanette
00:00:42et Dominique Godineau.
00:00:43Et avec eux, nous nous interrogerons sur le rôle exercé par les femmes durant la Révolution française.
00:00:50Bon doc.
00:00:53Femme de lettres, pamphlétaire, déterminée, féministe avant l'heure et auteur en 1791 de la Déclaration des droits de la
00:01:02femme et de la citoyenne,
00:01:04Olympe de Gouche fut de tous les combats.
00:01:07Elle est dans l'action, je suis actrice de ma vie, vous n'allez pas me la voler, elle est
00:01:12à moi et j'ai ma place.
00:01:22Elle défie le temps, elle défie les hommes et elle défie la société.
00:01:27Dans un balai dramatique de passion, de rébellion, de trahison et de courage, elle fut guillotinée en 1793.
00:01:37C'est cette force, ce courage, être capable de mourir pour ses idées.
00:01:43Pendant deux siècles, Olympe de Gouche sera totalement ignorée de l'histoire, négligée, incomprise, le plus souvent caricaturée, traité de
00:01:53courtisane ou d'hystérique.
00:01:57On peut dire aujourd'hui sans trembler que c'est la plus grande figure humaniste de la Révolution française, sinon
00:02:02de l'histoire de France.
00:02:03Il est temps de découvrir le destin transgressif de cette femme éclairée, cette figure humaniste de la fin du XVIIIe
00:02:11siècle, qui paya de sa vie sa volonté de réforme.
00:02:15Et qui finalement sera la plus grande penseuse peut-être de ce siècle, puisque c'est aujourd'hui la pensée
00:02:20moderne du XXIe siècle.
00:02:32Il a suffi de tomber sur la déclaration des droits de la femme et de la citoyenne pour se rendre
00:02:36compte de l'importance fondamentale qu'avait Olympe.
00:02:39Et après, en découvrant petit à petit tous ces autres textes, on a pu voir de façon évidente l'importance
00:02:47de son action, de ses écrits, de sa présence et toute la dimension historique du personnage.
00:03:23Parler, c'est le premier acte le plus important.
00:03:28Il y a cette même libération de la parole, cette volonté de parler, qui je pense leur est commune à
00:03:33Olympe de Gouges et aux féministes actuels, au mouvement MeToo.
00:03:36Sans doute pour ça qu'elle est énormément citée aussi.
00:03:39La profondeur de ses engagements et la richesse de son univers littéraire sont intimement liées à son vécu personnel, reflétant
00:03:47ainsi les méandres de son âme.
00:03:50Marie Gouges, devenue Olympe de Gouges par la suite, est née à Montauban en 1748.
00:03:57Quelque chose qui a eu beaucoup d'importance pour elle, c'est qu'elle était une fille naturelle, une bâtarde.
00:04:04Sa mère et Jean-Jacques Lefranc de Pompignan ont grandi ensemble.
00:04:07Le grand-père maternel d'Olympe était le précepteur du jeune Pompignan, ce qui a naturellement rapproché les deux jeunes
00:04:14gens.
00:04:17Mais malheureusement, le mariage était impossible puisqu'il n'appartenait pas au même milieu social.
00:04:23Le franc de Pompignan était marquis, donc appartenant à la noblesse.
00:04:27Le marquis quitte Montauban et s'installe à Paris.
00:04:31La mère d'Olympe sera mariée de force à un boucher, Pierre Gouges, dont elle aura plusieurs enfants.
00:04:38Cependant, la ville les réunira à nouveau.
00:04:41Ensemble, ils concevront Olympe, symbole d'un amour défiant des conventions.
00:04:48En 1748, Pierre Gouges était absent de Montauban pour ses affaires.
00:04:53Et un Olympe a revu Jean-Jacques Lefranc de Pompignan.
00:04:56Lui étant à Paris, avait publié, avait eu une petite notoriété, est revenu à Montauban la retrouver.
00:05:05Donc l'amour est reparti entre eux et né de cette union Olympe ou Marie Gouges.
00:05:11Lorsqu'elle est devenue adolescente, a été mise au courant de sa naissance illégitime.
00:05:17Et à l'époque, ses enfants étaient mal vus ou étaient marginalisés et rarement légitimés.
00:05:24On est quand même à Montauban, dans une ville où tout se sait, où tout le monde se connaît.
00:05:29Donc à la fois ça peut être dur et en même temps, peut-être ce qui la rend du coup
00:05:34très forte jeune.
00:05:35C'est une fille bâtarde d'un académicien français.
00:05:39Donc très très jeune, elle va décider qu'elle est quand même la fille du marquis de Pompignan.
00:05:46Donc c'est pas parce qu'elle est une fille qu'elle devrait être moins cultivée, moins créatrice que son
00:05:54père, que son géniteur.
00:05:55Et d'ailleurs c'est une manière de se rapprocher de son géniteur que d'être cette femme cultivée.
00:05:59On est une femme cultivée et éclairée par les lumières.
00:06:03À cette époque-là, on peut déjà lire les textes de Rousseau, de Voltaire, même le Manon Lescaut de la
00:06:11Véprévost, qui est pourtant interdit en France.
00:06:14Elle est dans ce mouvement-là.
00:06:16Elle est en quête de reconnaissance de la part de ce marquis qu'elle idolâtre.
00:06:20Il influence son désir de devenir elle-même dramaturge.
00:06:24Mais de par son sexe, c'est seule qu'elle s'instruit dans un milieu simple, où sa filiation illégitime
00:06:31est grandement moquée.
00:06:33Et cette différence qu'il a frappée très jeune, en fait, est quelque chose qu'il a probablement marquée pour
00:06:40la suite,
00:06:41puisqu'elle s'est toujours attachée à défendre les minorités, les gens qui n'étaient pas reconnus pour ce qu
00:06:48'ils étaient.
00:06:49Sa noblesse d'âme sera renforcée par les circonstances difficiles de sa vie.
00:06:55À l'aube de ses 17 ans, elle se verra contrainte au mariage.
00:06:59L'homme est violent.
00:07:00Cela façonnera non seulement son caractère déjà bien trempé, mais surtout son parcours de vie.
00:07:07Elle s'est mariée contre son gré avec un Parisien d'origine, Louis-Yves Aubry.
00:07:13C'était un homme violent.
00:07:14Elle en a souffert.
00:07:17Le viol conjugal, elle le décrit quasiment comme ça.
00:07:21Elle sait ce que c'est.
00:07:22Et ce Louis-Yves Aubry l'a abandonné, ou en tout cas il est mort prématurément.
00:07:26Et Olympe a donc dû affronter à nouveau le regard assez peu sympathique d'une société
00:07:34qui n'aimait pas trop les femmes célibataires, ou les femmes non mariées, ou les femmes dans des situations qui
00:07:42n'étaient pas traditionnelles.
00:07:44Donc on part de très loin.
00:07:46On part de cette époque où les femmes étaient considérées comme des enfants si elles ne se mariaient pas.
00:07:50Et donc Olympe a cette chance d'être veuve.
00:07:52Et donc elle, d'être émancipée, c'est-à-dire qu'elle est libre.
00:07:57Elle n'est ni sous tutelle de son père, ni sous tutelle d'un mari, ce qui est quand même
00:08:02une chance en fait.
00:08:04Et elle le comprend très vite.
00:08:05Et donc il n'est pas question qu'elle se remarie pour se mettre sous tutelle d'un autre homme.
00:08:08Donc ça c'est une prise de conscience extrêmement jeune et qui sort directement de ce qu'elle vient de
00:08:13vivre.
00:08:13Plus question de revivre ça.
00:08:15Plus tard, elle écrira
00:08:17Le mariage est le tombeau de la confiance et de l'amour.
00:08:21Elle avait un regard assez lucide sur la violence faite aux femmes.
00:08:27Aujourd'hui on en parle.
00:08:29A l'époque c'était la même chose qu'aujourd'hui, sauf que c'était un sujet qui n'entrait
00:08:34pas dans les débats publics.
00:08:37Et Olympe de Gauche va aborder le sujet en demandant que la France puisse voter le divorce,
00:08:43en sorte que les femmes battues puissent avoir une seconde vie.
00:08:47C'est grâce à un veuvage présumé qu'Olympe aura la chance de pouvoir vivre une seconde vie.
00:08:53Elle a 18 ans, quitte Montauban avec son jeune fils,
00:08:56et choisit de ne pas conserver le nom de son défunt mari.
00:09:01En adoptant le nom d'Olympe de Gauche, elle se forge une nouvelle identité.
00:09:05Cette décision témoigne de sa volonté de se démarquer
00:09:09et de tracer sa propre voie dans la société française du XVIIIe siècle.
00:09:14Marie Gouze devient Olympe de Gauche de manière graduelle.
00:09:18Alors on change de Marie à Olympe parce qu'on aime beaucoup sa mère,
00:09:21et que sa mère s'appelait Anne-Olympe en fait.
00:09:23Elle trouvait ce prénom magnifique et elle disait qu'il avait quelque chose de céleste.
00:09:28Le nom de Gouze se transforme en Gauche,
00:09:31peut-être c'est lié à la prononciation montalbanaise de ce nom.
00:09:34Et Olympe va ajouter une particule.
00:09:38Je pense qu'elle l'a choisie à l'époque où elle a commencé à écrire,
00:09:43puisqu'à l'époque la plupart des auteurs appartenaient à la noblesse ou à la grande bourgeoisie.
00:09:50Elle exploite les codes sociaux de son époque pour pouvoir se promouvoir
00:09:54et s'introduire plus facilement dans les cercles littéraires parisiens,
00:09:57qui sont, je le rappelle, les seuls espaces de sociabilité dans lesquels les femmes se réfugient.
00:10:03Pour pouvoir s'exprimer politiquement.
00:10:05Quand elle arrive à Paris, Paris, finalement, c'est assez petit.
00:10:08Tout se passe dans un mouchoir de poche.
00:10:10Et que c'est impossible de ne pas se connaître les uns les autres.
00:10:14Donc effectivement, elle est très vite dans une certaine société
00:10:19entre aristocratique et haute bourgeoisie.
00:10:23Elle va rencontrer toutes sortes de personnes,
00:10:26et notamment des femmes de salon qui vont devenir, pour certaines d'entre elles, des amies.
00:10:34Je pense en particulier à une certaine Fanny de Beauharnais,
00:10:37qui est la tante par alliance de Joséphine, l'impératrice.
00:10:41Et cette Fanny de Beauharnais, dans les années 1770-1789,
00:10:46va jouer un rôle important dans les milieux d'avant-garde.
00:10:50Elle va être une des principales actrices de diffusion des idées nouvelles.
00:10:55Elle va recevoir un certain nombre de philosophes.
00:10:58Et c'est dans ce milieu-là, qui est un milieu éclairé,
00:11:02que Olympe de Gouges va à la fois se former
00:11:05et faire des rencontres décisives pour l'avenir.
00:11:08C'est quelque chose de mystérieux.
00:11:09Comment elle a été admise dans ses cercles,
00:11:13auprès de Manon Rolland ?
00:11:16Ça, c'est quelque chose qui demeure, pour moi, énigmatique, quand même.
00:11:20Les autres femmes utilisent la parole uniquement.
00:11:23Sophie de Condorcet ou Mme Rolland,
00:11:25qui sont des femmes d'influence extrême pendant la Révolution française,
00:11:30sont des femmes qui agissent à travers leurs hommes,
00:11:34en les inspirant, et en les inspirant de belles manières, par ailleurs.
00:11:38Mais Olympe, elle est toute seule.
00:11:41Donc elle y va, elle va au front, et elle monte en première ligne, toute seule.
00:11:46Si elle est farouchement attachée à son indépendance et à sa liberté,
00:11:50son cœur reste grand ouvert, prête à accueillir l'amour, mais sans compromis.
00:11:56Et un homme est présent dans sa vie.
00:11:58Alors on est au 18e siècle.
00:12:01C'est une veuve, sans ressources, sans revenus, ça ne l'empêche pas d'être une amoureuse.
00:12:07C'est probablement dans le salon de Jean Dubarry que Olympe de Gouges a rencontré l'homme
00:12:13qui allait devenir son amant pendant 17 ans, son grand amour,
00:12:18un dénommé Jacques-Bietrix de Rosière,
00:12:20qui était haut fonctionnaire au ministère de la Marine,
00:12:23et qui va tomber fou amoureux d'Olympe.
00:12:26Et pourtant, elle lui refuse le mariage,
00:12:28mais qui va lui rester fidèle jusqu'au dernier combat.
00:12:34Bietrix de Rosière lui donne une pension.
00:12:37Là, on a des archives qui lui laissent une rente, en quelque sorte,
00:12:41donc qu'il la met à l'abri, elle et son enfant.
00:12:43C'est lui qui va, d'une certaine manière, financer,
00:12:46pas seulement son train de vie, mais aussi son travail.
00:12:51Ce qui permettra à Olympe de Gouges, rentière,
00:12:53de pouvoir se consacrer entièrement à des activités littéraires.
00:13:02En raison de ses origines et de son fort accent occitan,
00:13:06elle est souvent qualifiée d'illettrée.
00:13:08De plus, ses idées avant-gardistes sur la liberté sexuelle
00:13:12et le mariage lui valent d'être principalement considérée
00:13:15comme une courtisane.
00:13:17Cependant, elle ne se soucie guère de scandaliser l'opinion publique.
00:13:22Il y a une très jolie anecdote dans laquelle elle raconte
00:13:26qu'elle est dans une calèche et que quelqu'un dit
00:13:28« Oh, mais moi, je la connais, Olympe de Gouges, elle n'écrit pas. »
00:13:31Et elle raconte elle-même.
00:13:33Et oui, de la même manière qu'on a dit d'elle
00:13:35que c'est une courtisane parce qu'elle était libre,
00:13:37cette volonté de la décrédibiliser.
00:13:39Alors déjà, pour le côté inculte, je ne pense pas que ce soit le cas.
00:13:42En tout cas, elle a une culture, puisqu'elle cite Rousseau,
00:13:46Voltaire, Montesquieu, elle cite des touches,
00:13:49donc elle cite des philosophes, des dramaturges.
00:13:52Donc elle a une culture savante.
00:13:54Elle a aussi une culture populaire, qu'elle aime mettre en avant.
00:13:59Donc la part d'illettrisme ou d'absence de culture,
00:14:02je pense qu'il faut la relativiser.
00:14:04Et en revanche, ce qui est sûr, c'est qu'elle est arrivée,
00:14:06elle voulait être auteure, en fait.
00:14:09Donc elle a commencé par écrire des pièces de théâtre,
00:14:11elle voulait surtout se faire jouer à la comédie française,
00:14:14c'était ça son objectif premier.
00:14:16Olympe, c'est avant tout une communicante.
00:14:18Elle veut communiquer auprès du plus grand nombre.
00:14:21Et à l'époque, au XVIIIe siècle, et ça va perdurer encore jusqu'au XXe siècle,
00:14:26la meilleure façon de communiquer auprès de plus de gens possible,
00:14:30c'est le théâtre.
00:14:31Voilà.
00:14:31On a envie d'exprimer ses idées.
00:14:34On fait monter sur scène des acteurs.
00:14:37D'ailleurs, elle-même, Olympe va montrer sa propre troupe,
00:14:39avec ses propres décors, ses propres costumes,
00:14:41pour arriver à défendre ses idées.
00:14:43Et ses idées, on les connaît aujourd'hui.
00:14:45C'est effectivement contre l'esclavage,
00:14:47contre le fait d'enfermer les femmes au couvent.
00:14:50Elle utilise le théâtre pour défendre ses choix de vie
00:14:55et ses idées pré-révolutionnaires.
00:14:58Par le théâtre, on voit son engagement politique,
00:15:00puisque bien souvent, elle écrit des pièces
00:15:02qui ont une résonance immédiate.
00:15:04On voit qu'elle répond à l'actualité du temps
00:15:07en écrivant d'abord du théâtre.
00:15:09À l'époque, les femmes sont faiblement représentées
00:15:13comme autrices.
00:15:14En outre, lorsque les pièces de femmes sont représentées,
00:15:18elles sont souvent sifflées, j'allais dire,
00:15:20avant même que le rideau soit ouvert.
00:15:22Donc c'est très, très compliqué, à cette époque-là,
00:15:26de se faire reconnaître pour ses talents,
00:15:29et notamment sur le plan de la littérature.
00:15:32Vous imaginez la difficulté, la pression,
00:15:38mais la force de caractère qu'elle a,
00:15:41parce qu'elle est une femme,
00:15:43et c'est une société d'hommes,
00:15:46et elle a osé.
00:15:47Il faut savoir qu'elle est protégée aussi,
00:15:49à cette époque-là, par une femme extrêmement puissante
00:15:53qui s'appelle Madame de Montesson.
00:15:56Donc cette Madame de Montesson est passionnée par le théâtre,
00:15:59et elle est passionnée par le féminisme avant la lettre,
00:16:02et elle protège les auteurs brimés
00:16:05par la comédie française ou par le système,
00:16:07par la censure.
00:16:09Quelle audace pour cette autodidacte
00:16:11de revendiquer sous sa plume les idées des Lumières.
00:16:15Le droit au divorce et la suppression du mariage forcé.
00:16:19Le remplacement du mariage religieux
00:16:21par un contrat social.
00:16:23Et surtout,
00:16:25briser les fers de l'esclavage,
00:16:28cette tâche indélébile
00:16:29sur la conscience de l'humanité.
00:16:32Elle écrira
00:16:34« Je suis contre la ségrégation raciale et l'esclavage.
00:16:39Les Noirs et les Blancs sont des hommes et des femmes.
00:16:42Ils ne sont pas de races différentes. »
00:16:45Elle va sur un thème où personne ne va.
00:16:49L'égalité des droits.
00:16:50En pleine révolution,
00:16:52la question des droits est posée,
00:16:54et elle, elle dit
00:16:55« Ceux qui m'intéressent en France,
00:16:58c'est ceux qui sont loin,
00:17:00les Noirs. »
00:17:02Et elle pose la question
00:17:03de l'égalité des droits.
00:17:04Elle dit « Il faut que ces hommes et ces femmes soient libres. »
00:17:08Et à travers ce qu'elle sait faire,
00:17:11qu'elle a appris à faire,
00:17:12l'écriture,
00:17:15elle commet un texte
00:17:16qui s'appelle
00:17:16« Zamor et Mirza ».
00:17:18On verra plus tard que ce texte a évolué
00:17:21puisqu'elle a fait une première écriture
00:17:23en 1882.
00:17:24Et donc le titre change.
00:17:26Ça devient
00:17:27« L'esclavage des nègres »
00:17:28ou « Le renaufrage ».
00:17:29Donc en 88-89,
00:17:31elle est jouée trois fois.
00:17:32Et ensuite,
00:17:33la pièce encore réécrite
00:17:34et change en 92
00:17:35et elle devient
00:17:36« L'esclavage des noirs »
00:17:38ou « Le renaufrage ».
00:17:39Donc rien que le changement des titres
00:17:40est signifiant.
00:17:41Si elle était jouée trois jours,
00:17:42la pièce appartenait
00:17:43à la comédie française,
00:17:44à la troupe,
00:17:45et donc ne pouvait plus
00:17:47être jouée ailleurs.
00:17:48Et c'était une façon
00:17:52d'enterrer la pièce.
00:17:54La pièce appartenait maintenant
00:17:56au répertoire
00:17:57de la comédie française.
00:17:59Mais les comédiens
00:18:00refusèrent de la rejouer,
00:18:02encouragés par les critiques
00:18:04qui citent le poète Alexis Piron.
00:18:06« Il faut de la barbe au menton
00:18:07pour faire de bons ouvrages dramatiques. »
00:18:10Et bien sûr,
00:18:11par l'influence
00:18:12des hauts fonctionnaires d'État,
00:18:14investisseurs du commerce colonial.
00:18:17« Évidemment,
00:18:19comme c'était contre l'esclavage,
00:18:21elle avait les sucriers,
00:18:23les grands propriétaires
00:18:25dans les colonies
00:18:25qui étaient les grands mécènes
00:18:28de la comédie française,
00:18:28qui avaient les loges
00:18:29et donc qui ont fait huer sa pièce.
00:18:31« Alors cette pièce de théâtre
00:18:33dont on va beaucoup parler à la fois
00:18:35parce que c'est une pièce courageuse
00:18:37où justement Olympe va prendre le risque
00:18:40d'être arrêté et envoyé à la Bastille
00:18:43par lettres de cachet
00:18:44parce que c'est une pièce
00:18:47qui dérangeait les gentils hommes
00:18:48de la chambre propriétaire aux colonies,
00:18:51parmi lesquels le duc de Duras
00:18:52qui réclame donc cette lettre de cachet.
00:18:54Heureusement,
00:18:55Olympe de Gouges a des protecteurs
00:18:56et la lettre de cachet n'a aucun effet.
00:18:59On comprend pourquoi on demande
00:19:02à ce qu'elle soit mise au cachet
00:19:03puisqu'elle soulève une question
00:19:06qui dérange l'économie même
00:19:09parce que l'esclavage,
00:19:10ce n'est pas que la violence
00:19:13sur les êtres humains,
00:19:14que l'exploitation,
00:19:15mais aussi c'est un système économique.
00:19:17Je ne pense pas que dans le calendrier
00:19:20des hommes politiques de l'époque,
00:19:21la question de l'esclavage était inscrite.
00:19:24Elle s'est imposée à eux.
00:19:26Et c'est là toute la difficulté.
00:19:29Et la société était florissante.
00:19:32Et cette richesse qui était ramenée
00:19:35du fait de l'exploitation d'êtres humains
00:19:39loin à 7000 kilomètres,
00:19:43ceux qui commerçaient de ce fruit
00:19:46de l'esclavage ne souhaitaient pas l'abolir.
00:19:50Il faut comprendre que ces amateurs
00:19:52se sont opposés violemment
00:19:56à Olympe de Gouges.
00:19:57Et ils étaient pour la plupart
00:19:59membres de l'Assemblée nationale.
00:20:01Elle fait preuve d'une incroyable précocité
00:20:04en écrivant Zahmor et Mirza
00:20:06en 1782,
00:20:08trois ans avant la publication de Brissot
00:20:11et cinq ans avant la fondation
00:20:13de la Société des Amis des Noirs.
00:20:15Un exploit d'autant plus extraordinaire
00:20:18pour une femme à l'époque.
00:20:20L'abbé Grégoire dira dans un texte
00:20:23qu'il consacre à l'esclavage des Noirs
00:20:26en 1808, il dira qu'Olympe de Gouges
00:20:30est la seule femme de cette époque-là
00:20:33à avoir pris publiquement
00:20:35le parti des Noirs
00:20:38contre les esclavagistes.
00:20:40Avec le recul, on se dit
00:20:41qu'elle a été extraordinaire.
00:20:43Elle est d'un courage
00:20:46qui me surprend.
00:20:50Olympe de Gouges écrit sans relâche.
00:20:52Elle inonde la cour,
00:20:53les députés,
00:20:54les simples citoyens
00:20:55de brochures et de pamphlets.
00:20:58Ses combats sont si avant-gardistes
00:21:00qu'elle se retrouve de plus en plus seule.
00:21:03Elle brave les dangers
00:21:04et malgré la violence à son égard
00:21:06dans les rues parisiennes,
00:21:08elle persiste.
00:21:09Elle veut être le témoin direct
00:21:11de l'histoire.
00:21:14Elle va d'ailleurs à Paris
00:21:15déménager maintes fois
00:21:16et très vite,
00:21:17ça a été analysé par certains historiens
00:21:19comme une forme d'hystérie.
00:21:20Quand elle va s'installer à Versailles,
00:21:22c'est pour être au plus près
00:21:23des états généraux,
00:21:24pour y assister,
00:21:25pour accompagner aussi les femmes
00:21:27dans leur cri de manque de pain
00:21:30et aller alpaguer le roi et la reine
00:21:33pour cela.
00:21:34Après, elle déménage à Paris
00:21:36au Palais Royal
00:21:38quand elle a ses pièces
00:21:39à faire jouer.
00:21:41mais elle est tout le temps
00:21:42à l'endroit où il se passe quelque chose
00:21:44et où elle peut avoir
00:21:45une incidence politique.
00:21:47Elle est toujours,
00:21:49d'une certaine manière,
00:21:50à la pointe de la communication
00:21:51avec le plus grand nombre.
00:21:54Pendant la période révolutionnaire,
00:21:55elle va continuer à écrire
00:21:56des pièces de théâtre,
00:21:57mais elle va aussi passer
00:21:59aux pamphlets.
00:22:00Elle va en écrire
00:22:00près d'une vingtaine quand même,
00:22:02qui sont distribuées gratuitement.
00:22:04C'est toute première brochure politique,
00:22:05Olympe,
00:22:05les rédige en 1788.
00:22:07Donc c'est très tôt,
00:22:08c'est un an avant
00:22:09pour la Révolution française.
00:22:10Et déjà,
00:22:11à ce moment-là,
00:22:12elle propose
00:22:13un certain nombre
00:22:14de réformes inédites
00:22:15à l'époque
00:22:16qu'aucun autre révolutionnaire
00:22:17masculin
00:22:18n'a proposées.
00:22:19Donc la lettre au peuple,
00:22:21projet d'impôt volontaire,
00:22:23je pense que c'est vraiment
00:22:24l'un des textes
00:22:25les plus solidaires,
00:22:26sociaux.
00:22:27Donc elle veut
00:22:27qu'il y ait la création
00:22:28d'un impôt volontaire.
00:22:30Elle veut qu'il y ait
00:22:31la création
00:22:31de maisons de charité,
00:22:33donc pour les pauvres,
00:22:34les plus démunis,
00:22:35les filles de joie,
00:22:36donc les prostituées,
00:22:37les femmes seules
00:22:39qui élèvent les enfants.
00:22:40Parce qu'en réalité,
00:22:41elle écrit sur ces femmes
00:22:43qu'elle retrouvait
00:22:43à l'Hôtel Dieu
00:22:44qui avaient été séduites
00:22:45par des hommes
00:22:46avec l'idée
00:22:47qu'ils allaient les épouser
00:22:48et qu'ils ne le faisaient pas.
00:22:50Et donc ces femmes désespérées
00:22:51qui tombaient enceintes
00:22:52et qui se retrouvaient
00:22:53avec un enfant,
00:22:54la honte,
00:22:55l'humiliation,
00:22:56sans argent,
00:22:57finissaient à l'Hôtel Dieu
00:22:59dans le désespoir.
00:23:00Et elle raconte
00:23:00que certaines se jetaient
00:23:01par la fenêtre.
00:23:02Donc là,
00:23:02c'est peut-être davantage
00:23:05encore même
00:23:05que ces pièces de théâtre.
00:23:06C'est plutôt
00:23:07à partir de cette lettre au peuple
00:23:09qu'elle commence véritablement
00:23:10à entrer
00:23:11dans l'arène politique.
00:23:14En 1788,
00:23:15Olympe de Gouche
00:23:16s'engage avec Foug
00:23:17dans l'arène politique,
00:23:19portant haut
00:23:20l'étendard des réformes
00:23:22qui forcent
00:23:22l'admiration aujourd'hui.
00:23:25Elle propose
00:23:26des ateliers d'ouvriers,
00:23:27une régénération
00:23:28des mœurs
00:23:29par l'égalité.
00:23:30Ça, c'est son grand combat.
00:23:31Et tout particulièrement,
00:23:33elle propose
00:23:34le divorce
00:23:34où elle bat en brèche
00:23:36l'institution
00:23:37du mariage.
00:23:38Elle réclame
00:23:39la formation
00:23:40d'un tribunal
00:23:41avec un jury populaire,
00:23:44chose qui n'existait pas.
00:23:46Elle condamne
00:23:47la justice d'Ancien Régime
00:23:48de manière très ferme.
00:23:50Elle est contre
00:23:52la peine de mort.
00:23:52Donc,
00:23:53elle est aussi
00:23:53très avant-gardie
00:23:54sur ce point-là.
00:23:55Sur le plan fiscal,
00:23:56elle invite
00:23:57les plus riches
00:23:58à contribuer
00:23:59plus largement
00:24:00que les moins fortunés.
00:24:02Et ça,
00:24:03c'est encore
00:24:03dans le débat d'aujourd'hui.
00:24:05On pourrait multiplier
00:24:06les exemples.
00:24:07Et c'est là
00:24:08qu'on voit
00:24:08que c'est un véritable
00:24:10humaniste.
00:24:11Ces propositions
00:24:12qualifiées d'avant-gardistes
00:24:14ont inspiré
00:24:15des mesures postérieures
00:24:16comme le développement
00:24:17de la sécurité sociale,
00:24:19la reconnaissance
00:24:20des enfants
00:24:21nés hors mariage
00:24:22et même
00:24:22le remplacement
00:24:23du mariage
00:24:24par un paxe
00:24:25avant l'heure.
00:24:26Mais en raison
00:24:26de son statut
00:24:27de femme,
00:24:28elle n'est jamais
00:24:28reconnue
00:24:29dans ses avancées.
00:24:30Je pense que le récit
00:24:31qu'on fait de l'histoire
00:24:32et en particulier
00:24:33au sein de l'éducation nationale
00:24:35ne peut pas être partiel.
00:24:37Évidemment que ça compte
00:24:38si on entend
00:24:39dans son cours d'histoire
00:24:40quand on a 11,
00:24:4112, 13, 14 ans
00:24:42qu'à cette époque-là
00:24:44au moment de la Révolution
00:24:45des hommes et des femmes
00:24:46du peuple,
00:24:47du clergé,
00:24:48de la noblesse
00:24:49ont décidé
00:24:49que ça suffisait
00:24:50avec ce régime-là
00:24:51et qu'il en fallait un autre,
00:24:53que les femmes
00:24:53étaient capables
00:24:54de penser
00:24:54qu'elles faisaient
00:24:55des propositions
00:24:55et que leurs propositions
00:24:57n'ont pas été écoutées,
00:24:59c'est le récit
00:24:59de l'histoire.
00:25:00C'est de là
00:25:01dont on vient.
00:25:01Il faut qu'on nous le dise,
00:25:03il faut qu'on l'entende.
00:25:04Et bien sûr
00:25:04que ça change tout.
00:25:05Ça façonne
00:25:06une manière
00:25:07d'être au monde.
00:25:08Il est important
00:25:09que les filles aujourd'hui,
00:25:10les garçons aussi,
00:25:11bien évidemment,
00:25:11aient de nouveaux modèles,
00:25:12des modèles féminins
00:25:13pour penser autrement,
00:25:14pour avancer un petit peu
00:25:15dans ce qu'on a
00:25:16dans la tête,
00:25:17pour embrasser
00:25:19de nouvelles idées
00:25:20et vraiment
00:25:21accepter l'égalité.
00:25:22Ce qu'on appelle
00:25:22les fameux rôles-modèles.
00:25:24Si une femme
00:25:24prend la parole
00:25:25dans les états généraux,
00:25:26alors je peux faire
00:25:27de la politique.
00:25:28Si une femme
00:25:29décide d'écrire
00:25:30la déclaration
00:25:31des droits
00:25:31des citoyennes,
00:25:33alors je peux penser
00:25:33que la liberté
00:25:34me concerne aussi
00:25:35et que j'ai une voix
00:25:36à porter au chapitre.
00:25:40Olympe voulait porter
00:25:41sa voix au chapitre
00:25:42de l'histoire.
00:25:43Mais ses idées humanistes
00:25:44sont de plus en plus
00:25:46difficiles à faire entendre
00:25:47dans le tumulte
00:25:48et la violence
00:25:49qu'annonce la terreur.
00:25:51Mais elle persiste.
00:25:52Elle persiste encore.
00:25:55Olympe de Gouche
00:25:56se plaint
00:25:57à Jacques-Pierre Brissot,
00:25:58un des chefs girondins,
00:26:00de recevoir
00:26:00des lettres anonymes
00:26:01d'une grande violence.
00:26:02Elle est menacée
00:26:04de toutes parts.
00:26:05Et cet aspect-là
00:26:06des choses,
00:26:07j'ai l'impression
00:26:08qu'il a été occulté
00:26:09par un certain nombre
00:26:11de personnes
00:26:11qui jugent Olympe
00:26:13de Gouche
00:26:14de façon assez péremptoire,
00:26:16de manière injustifiée,
00:26:17sans prendre en compte
00:26:19la richesse
00:26:20de ses propositions,
00:26:22de sa générosité,
00:26:25son désintéressement
00:26:27extraordinaire.
00:26:29Olympe,
00:26:30son seul intérêt,
00:26:31sa seule préoccupation,
00:26:32c'est réformer la société
00:26:34et donner une voix
00:26:36à celles et ceux
00:26:37que même la révolution
00:26:39n'entend pas.
00:26:41Pour s'adresser
00:26:42au plus grand nombre,
00:26:43elle va publier
00:26:43des affiches.
00:26:44Parce qu'alors-là,
00:26:45on est sûr
00:26:45de s'adresser au peuple.
00:26:47C'est-à-dire qu'une affiche,
00:26:48on la colle sur le mur
00:26:49et parmi la foule
00:26:51qui est autour de l'affiche,
00:26:52il y en a au moins
00:26:53un ou deux qui savent lire
00:26:54et qui vont pouvoir
00:26:54le lire aux autres.
00:26:55Au moment de la révolution,
00:26:56on voit un déchaînement
00:26:57des affiches.
00:26:58À partir de 1991,
00:27:00les affiches
00:27:01qui représentent le pouvoir
00:27:02doivent être noir et blanc
00:27:04et la couleur
00:27:05est autorisée
00:27:05pour toutes les autres affiches.
00:27:07et du coup,
00:27:08on voit justement
00:27:08un déchaînement
00:27:09de couleurs vives
00:27:10dans Paris.
00:27:13C'est plus facile
00:27:14de se faire afficher
00:27:15que d'avoir un éditeur
00:27:17ou alors de pouvoir
00:27:18prendre la parole
00:27:19dans les clubs
00:27:20ou dans les assemblées.
00:27:24On peut penser
00:27:25qu'Olympe
00:27:26est la première
00:27:28propagandiste politique,
00:27:30femme politique,
00:27:31en tout cas,
00:27:31la première à vraiment
00:27:32s'exprimer
00:27:33avec les outils modernes
00:27:35de l'époque.
00:27:36Et puis sans doute aussi
00:27:37qu'il y a créé des échos
00:27:38avec les affiches contemporaines,
00:27:40les colleuses
00:27:41où il y avait une sorte
00:27:42de caractère
00:27:44extrêmement contemporain
00:27:45en fait
00:27:45de ces textes,
00:27:47de leur architecture,
00:27:48de leur choix des couleurs,
00:27:50de la typographie.
00:27:52Sa plume incisive
00:27:53forge un manifeste
00:27:55intemporel,
00:27:56un cri de ralliement
00:27:58qui transcende
00:27:58les époques,
00:27:59l'exigence
00:28:00d'une égalité absolue
00:28:02et sans concession
00:28:03entre les femmes
00:28:05et les hommes.
00:28:08La déclaration
00:28:10des droits
00:28:10de la femme
00:28:10et de la citoyenne
00:28:11est un texte
00:28:12qui a été publié
00:28:14en septembre 1791
00:28:15au moment
00:28:17où Louis XVI
00:28:18ratifie
00:28:19la constitution
00:28:19terminée,
00:28:22œuvre
00:28:22de l'Assemblée
00:28:23constituante.
00:28:25Cette constitution
00:28:26que Olympe de Gouges
00:28:28trouvait imparfaite
00:28:29parce que
00:28:30les femmes
00:28:31n'étaient pas
00:28:32prises
00:28:32en compte
00:28:34et que
00:28:35le droit
00:28:36d'être électrice
00:28:36ou éligible
00:28:37ne leur était pas
00:28:38accordé.
00:28:39et c'est ce
00:28:41pourquoi
00:28:41elle a publié
00:28:42cette fameuse
00:28:43déclaration
00:28:43des droits
00:28:44de la femme
00:28:44et de la citoyenne
00:28:45qui est un pastiche
00:28:47intelligent
00:28:48de la déclaration
00:28:48des droits
00:28:49de l'homme.
00:28:50Avant la déclaration
00:28:51des droits
00:28:51de la femme
00:28:51et de la citoyenne,
00:28:52il y a un texte
00:28:52qui s'appelle
00:28:53« À la reine ».
00:28:54Elle interpelle
00:28:55véritablement
00:28:55Marie-Antoinette
00:28:56et justement
00:28:57elle lui demande
00:28:58en tant que femme
00:28:58d'être celle
00:29:00qui porte la cause
00:29:01des femmes.
00:29:01Elle demande d'abord
00:29:02à la reine
00:29:03de porter cette cause.
00:29:04En 1991,
00:29:05c'est après Varennes
00:29:06donc on sent
00:29:07qu'Olympe est partagée
00:29:09puisqu'à la fois
00:29:10il y a un respect
00:29:11pour la fonction
00:29:11de Marie-Antoinette
00:29:12donc sa fonction
00:29:14de reine
00:29:15et puis Olympe de Gouges
00:29:16est quand même
00:29:17pour la monarchie
00:29:18constitutionnelle.
00:29:19En tout cas,
00:29:19chez elle,
00:29:19il y a toujours
00:29:20un imaginaire
00:29:21de la famille royale
00:29:22une importance aussi
00:29:24de la famille royale
00:29:25qui perdure
00:29:27donc c'est pour ça
00:29:27que c'est important
00:29:28qu'elle adresse
00:29:29ce texte à la reine.
00:29:30Elle dit
00:29:30je vais vous dire
00:29:31la vérité
00:29:32elle a vraiment
00:29:33cette parole de vérité
00:29:35cette parole de franchise
00:29:35qu'elle veut dire
00:29:37à la reine.
00:29:38La déclaration
00:29:39des droits de l'homme
00:29:39c'est super
00:29:40et si on faisait
00:29:41toute l'humanité
00:29:42éventuellement
00:29:43parce qu'on est là
00:29:44on fait des choses
00:29:44on est proactives
00:29:45ce sont des femmes
00:29:46qui ont marché
00:29:47sur Versailles
00:29:47plus de femmes
00:29:48que d'hommes d'ailleurs
00:29:49à Bastille
00:29:49c'était des femmes aussi
00:29:51les femmes ont été
00:29:52très importantes
00:29:53elles ont eu
00:29:54un rôle très important
00:29:55elles ont pris
00:29:55une part très importante
00:29:56et elles ont pensé
00:29:58aussi et réfléchi
00:29:58elles n'étaient pas
00:29:59à ces postes là
00:30:00mais elles l'ont fait
00:30:01malgré tout
00:30:01et elle,
00:30:02elle a pris la parole
00:30:03comme une citoyenne
00:30:05tout simplement
00:30:06en tout cas
00:30:07j'ai envie de croire
00:30:08que c'est ça
00:30:08qu'elle a essayé de faire
00:30:10et on aura fait
00:30:11quand même
00:30:11un long voyage
00:30:12parce qu'il ne faut pas
00:30:13oublier qu'à l'époque
00:30:14où Olympe de Gauche
00:30:16dit
00:30:16la femme est légale
00:30:18de l'homme
00:30:18il y a des députés
00:30:20qui montent
00:30:21à la tribune
00:30:22pour expliquer
00:30:22que les femmes
00:30:23ont un cerveau
00:30:23beaucoup plus petit
00:30:24que celui des hommes
00:30:25et que donc
00:30:25il n'est pas question
00:30:26qu'elles puissent voter
00:30:30elle vient de loin
00:30:31l'idée d'Olympe de Gauche
00:30:33elle vient de très loin
00:31:00Quelle audace
00:31:02qu'elle zèle pour l'époque
00:31:04sachant que
00:31:04toute femme
00:31:05mérite
00:31:06la guillotine
00:31:07pour prononcer
00:31:08ses propres mots
00:31:09elle est finalement
00:31:10la seule
00:31:11à lutter
00:31:12sur ce sujet
00:31:13c'est la seule
00:31:14même à réfléchir
00:31:14sur ce sujet
00:31:15à l'aune de ce qu'on connaît
00:31:17aujourd'hui
00:31:17au XXIe siècle
00:31:18si tout à coup
00:31:19on fait les profils
00:31:20de tous les révolutionnaires
00:31:22finalement
00:31:22on va garder qui
00:31:23Olympe de Gauche
00:31:24parce qu'elle est visionnaire
00:31:25et qu'aujourd'hui
00:31:26on est encore en train d'appliquer
00:31:27ce qu'elle a vu
00:31:28que les hommes
00:31:29et les femmes
00:31:30peuvent être
00:31:31égaux
00:31:31au moins en droit
00:31:32moi ce que j'aime
00:31:34en fait
00:31:34c'est
00:31:34les premiers mots
00:31:36du postambule
00:31:38femme
00:31:39réveille-toi
00:31:40le toxin de la raison
00:31:41se fait entendre
00:31:42dans tout l'univers
00:31:44reconnais tes droits
00:31:45il ne faut pas attendre
00:31:47que l'égalité
00:31:48nous arrive
00:31:49il ne faut pas attendre
00:31:51que les postes
00:31:51que les fonctions
00:31:52qu'elles soient
00:31:53de la nomination
00:31:54ou de l'élection
00:31:55nous soient proposées
00:31:57nous soient apportées
00:31:58femmes
00:31:59réveillez-vous
00:32:00c'est
00:32:00femmes
00:32:01levez-vous
00:32:01battez-vous
00:32:02engagez-vous
00:32:03osez
00:32:05osez
00:32:06prendre
00:32:06juste la place
00:32:08qui vous revient
00:32:09et moi
00:32:10c'est ça
00:32:11parce que
00:32:11c'est d'une formidable
00:32:13actualité
00:32:14et encore aujourd'hui
00:32:16il y a quelque chose
00:32:17qui clive
00:32:17c'est incompréhensible
00:32:19c'est cette violence
00:32:22contre celles
00:32:23qui veulent
00:32:23simplement
00:32:23plus de justice
00:32:24voilà
00:32:25l'égalité
00:32:26la parité
00:32:26l'égalité salariale
00:32:27qui n'est toujours
00:32:28pas présente
00:32:31Olympe de Gouges
00:32:32indomptable
00:32:33et visionnaire
00:32:34ne s'est jamais contenté
00:32:35de simples revendications
00:32:36face à la terreur
00:32:38qui s'abat sur la France
00:32:39elle se dresse
00:32:40prête à en découdre
00:32:42ses idéaux
00:32:43de liberté
00:32:44et d'égalité
00:32:45loin d'être étouffés
00:32:46par la brutalité
00:32:47ambiante
00:32:47s'enflamment davantage
00:32:51à partir de 92
00:32:52par exemple
00:32:53les choses s'accélèrent
00:32:54au niveau historique
00:32:55en soi
00:32:56après le 10 août
00:32:57la chute de la monarchie
00:32:59constitutionnelle
00:33:00il y a une violence
00:33:01il y a les massacres
00:33:02de septembre
00:33:02on va voir le clan
00:33:03robespierriste
00:33:04qui va faire l'apologie
00:33:05des massacres
00:33:06qui était acceptable
00:33:08parce que c'était
00:33:09une juste revanche
00:33:10des français
00:33:11que c'était une expression
00:33:12de leur colère
00:33:13en revanche
00:33:14les Girondins considéraient
00:33:15que
00:33:15et Olympe de Gouges
00:33:17aussi que ces massacres
00:33:18étaient un danger
00:33:21pour la révolution
00:33:22ça a été
00:33:22à partir de ces fameux
00:33:24massacres de septembre
00:33:24il y a eu un développement
00:33:25de la violence en France
00:33:26qu'il a été très très difficile
00:33:28d'arrêter
00:33:29donc c'est ce contre quoi
00:33:30va s'opposer
00:33:31Olympe de Gouges
00:33:32pendant les deux années
00:33:34qui lui restent à vivre
00:33:35donc ces textes
00:33:36en eux-mêmes
00:33:37ceux d'Olympe
00:33:38sont plus véhéments
00:33:40les métaphores
00:33:42sont plus agressives
00:33:43elles commencent
00:33:44ça s'adressait aussi directement
00:33:46à Robespierre
00:33:47donc il y a
00:33:48une urgence de la situation
00:33:49qui se traduit
00:33:50aussi dans ses écrits
00:33:52cet antagonisme
00:33:54entre Olympe
00:33:55et Robespierre
00:33:56s'est développé
00:33:57au point
00:33:58qu'elle l'a provoqué
00:34:00en duel
00:34:00avec la volonté
00:34:01de le tourner
00:34:03en dérision
00:34:03en fait
00:34:03il y a beaucoup d'affiches
00:34:04où elle dit
00:34:05je te jette le gant
00:34:07du civisme
00:34:08oseras-tu le ramasser
00:34:09donc elle le défi
00:34:10elle le provoque
00:34:11donc c'est sûr
00:34:13qu'elle récolte aussi
00:34:15ce qu'elle a semé
00:34:16et c'est même un peu étrange
00:34:17qu'elle ait réussi à vivre
00:34:18jusqu'en novembre 93
00:34:19parce qu'il y a des affiches
00:34:20donc dès 92
00:34:21qui sont extrêmement virulentes
00:34:23à l'égard de Robespierre
00:34:25elle disait
00:34:25qu'elle était prête
00:34:26à se sacrifier
00:34:27pour débarrasser la terre
00:34:29d'un personnage comme lui
00:34:31Olympe sait pourtant
00:34:32que les paroles s'envolent
00:34:34les écrits restent
00:34:35et au moment
00:34:36où Robespierre
00:34:38et les montagnards
00:34:39vont prendre
00:34:39le pouvoir
00:34:40à l'assemblée
00:34:41elle continue à écrire
00:34:43contre Marat
00:34:43qui a toujours été
00:34:44sa bête noire
00:34:45contre Robespierre
00:34:46qu'elle traite
00:34:47de ville conspirateur
00:34:49et qu'elle soupçonne
00:34:51de vouloir devenir
00:34:52le maître suprême
00:34:54en uniquement
00:34:55par
00:34:55et ce sont ses propres mots
00:34:57meurtre et assassinat
00:35:00c'est un peu compliqué
00:35:01de prendre une telle position
00:35:03au moment où la terreur
00:35:04s'installe
00:35:05en France
00:35:06et en s'en prenant
00:35:08directement à Robespierre
00:35:10on ne défie pas
00:35:11n'importe qui
00:35:11on défie la figure de proue
00:35:13de la terreur révolutionnaire
00:35:15le destin de l'âme de gouge
00:35:17se scelle dans un tourbillon
00:35:19de courage et d'audace
00:35:20ses prises de position
00:35:22incendiaires
00:35:23contre Robespierre
00:35:24Marat
00:35:24et les montagnards
00:35:26résonnent comme un défi
00:35:27à l'ordre établi
00:35:28elle riposte
00:35:30avec une plume acérée
00:35:31mêlant vigueur
00:35:32et ironie mordante
00:35:34son audace
00:35:35atteint son apogée
00:35:37lorsqu'elle propose
00:35:38de défendre le droit
00:35:40à un procès équitable
00:35:41pour le roi lui-même
00:35:42l'étau se resserre
00:35:44autour de cette voie
00:35:45trop libre
00:35:46pour une époque
00:35:47qui prône l'égalité
00:35:49tout en étouffant
00:35:50la différence
00:35:53parce que la politique
00:35:54même à l'époque
00:35:55est quand même
00:35:56un petit peu plus
00:35:57sournoise
00:35:59qu'on ne le pense
00:36:01évidemment
00:36:01elle ne va pas être condamnée
00:36:03parce qu'elle a insulté
00:36:04Marat et Robespierre
00:36:05ce serait trop gros
00:36:06vous m'insultez
00:36:07je vais vous couper la tête
00:36:07non bien sûr
00:36:08ça ne marche pas comme ça
00:36:09c'est parce qu'elle écrit
00:36:10une dernière affiche
00:36:12qui s'intitule
00:36:13les trois urnes
00:36:13où elle pense
00:36:14que c'est le peuple
00:36:15qui doit décider
00:36:16du mode de gouvernement
00:36:17à venir
00:36:18elle propose
00:36:19au peuple de France
00:36:21de choisir
00:36:22l'option politique
00:36:24vers laquelle
00:36:25il faudra aller
00:36:25pour
00:36:26pour rétablir la paix
00:36:28elle
00:36:29disait
00:36:30qu'il fallait
00:36:30demander aux français
00:36:32de s'exprimer
00:36:33librement
00:36:33sur le type
00:36:34de gouvernement
00:36:35qu'il voudrait avoir
00:36:37soit une monarchie
00:36:38constitutionnelle
00:36:39soit un gouvernement
00:36:40fédéraliste
00:36:41soit une république
00:36:43une et indivisible
00:36:44elle prend soin
00:36:45de montrer son affiche
00:36:46au comité de salut public
00:36:48et comme elle ne reçoit
00:36:49pas de réponse
00:36:50elle demande
00:36:50à un afficheur
00:36:51de se charger
00:36:53de ce texte
00:36:54c'est son éditeur
00:36:56qui est allé
00:36:57la dénoncer
00:36:57à la police
00:36:58politique révolutionnaire
00:37:00parce qu'il a pris peur
00:37:01quand il a lu
00:37:02les affiches
00:37:03il s'est dit
00:37:03je risque d'y passer
00:37:04et donc il est allé
00:37:06la dénoncer
00:37:07au comité de sûreté
00:37:07générale
00:37:08et ça s'est immédiatement
00:37:10retourné contre elle
00:37:10c'est sans doute
00:37:11de ces textes
00:37:12le moins virulent
00:37:13le moins pamphlétaire
00:37:14et le plus
00:37:17démocrate
00:37:17et c'est
00:37:18à cause
00:37:19de ce texte
00:37:20qu'elle va être
00:37:22emprisonnée
00:37:22elle va être conduite
00:37:24à la prison de l'abbaye
00:37:25et quelques jours plus tard
00:37:27elle va subir
00:37:27un interrogatoire
00:37:29par fou qui est un vil
00:37:30l'accusateur public
00:37:32qui va décider
00:37:33qu'elle sera inculpée
00:37:36pour être contrevenue
00:37:37à la loi
00:37:38du 28 mars 1793
00:37:40sur les écrits
00:37:41contre révolutionnaires
00:37:42elle s'est quand même fait
00:37:43tellement d'ennemis
00:37:44parmi les montagnards
00:37:46tellement d'ennemis
00:37:46au tribunal révolutionnaire
00:37:48que de toute façon
00:37:49le moindre prétexte
00:37:50était bon
00:37:50pour l'envoyer
00:37:51sur l'échafaud
00:37:52il faut savoir
00:37:53que dans le jury
00:37:54qui a été constitué
00:37:56pour juger
00:37:57Olympe de Gouges
00:37:58un certain nombre
00:37:59sont des amis
00:38:00directs
00:38:01de Robespierre
00:38:02les plus influents
00:38:03de ces jurés
00:38:04c'est Duplet
00:38:06le menuisier Duplet
00:38:07chez lequel
00:38:08Robespierre loge
00:38:09mais également
00:38:10Nicolas de Mircourt
00:38:12qui est un imprimeur
00:38:13qui est un ami
00:38:14personnel de Robespierre
00:38:16plusieurs gardes
00:38:17du corps
00:38:17de Robespierre
00:38:18on voit bien
00:38:18que
00:38:19ces procès politiques
00:38:20qui ont coûté la vie
00:38:21à tant de personnes
00:38:23innocentes
00:38:24étaient des procès
00:38:25truqués
00:38:26la loi est contournée
00:38:27les droits de l'homme
00:38:28sont voilés
00:38:29et c'est comme ça
00:38:31qu'il faut envisager
00:38:32cette période de terreur
00:38:33Olympe de Gouges
00:38:34dit elle-même
00:38:35d'ailleurs
00:38:35l'esprit de 1789
00:38:36doit renaître
00:38:38pour effacer celui
00:38:39du 2 septembre 92
00:38:40c'est une femme
00:38:43qui est attachée
00:38:45à la paix
00:38:46aux réformes
00:38:47et elle a peur
00:38:49d'une révolution
00:38:50dans la rue
00:38:51brutale
00:38:51sanglante
00:38:52c'est ce pourquoi
00:38:53elle se bat
00:38:54donc les derniers mois
00:38:55de sa vie
00:38:57seule
00:38:58Olympe affronte
00:38:59courageusement
00:39:00ses accusateurs
00:39:01affaibli
00:39:02mais l'esprit
00:39:03indomptable
00:39:03son amant
00:39:05son fils
00:39:06ses amis
00:39:06personne ne peut
00:39:07la sauver
00:39:08face à une cour
00:39:09impitoyable
00:39:10elle déclare
00:39:11une grossesse
00:39:12malgré la vie médicale
00:39:14qui semble favorable
00:39:15fou
00:39:16qui est un vil
00:39:17implacable
00:39:18rejette
00:39:19cette ultime
00:39:20tentative
00:39:20de sursis
00:39:23elle écrira
00:39:23à son fils
00:39:24bien-aimé
00:39:26je meurs
00:39:26victime
00:39:27de ma dévotion
00:39:28absolue
00:39:29à la patrie
00:39:29et au peuple
00:39:34elle voulait
00:39:35ce procès
00:39:36puisqu'elle considérait
00:39:37qu'elle était
00:39:37une vraie révolutionnaire
00:39:38et d'ailleurs
00:39:39c'est la seule femme
00:39:40qui a été guillotinée
00:39:41pour ses idées politiques
00:39:42et non pas
00:39:44parce qu'elle était
00:39:44la femme d'eux
00:39:45comme madame Roland
00:39:46ou parce qu'elle était
00:39:47une aristocrate
00:39:48elle a vraiment été guillotinée
00:39:49pour ses idées politiques
00:39:50et parce qu'elle
00:39:51intervenait dans la politique
00:39:52et donc on l'a traité
00:39:53d'hystérique
00:39:54de folle
00:39:54de complotiste
00:39:56de tout ce qu'on veut
00:39:57pour la condamner
00:39:59à la peine capitale
00:40:00et ça a été terrible
00:40:02on a même obligé
00:40:03son fils après
00:40:04à renier sa mère
00:40:06par rapport à ses idées
00:40:07justement
00:40:08qui étaient
00:40:09soi-disant
00:40:09contre-révolutionnaires
00:40:10alors qu'elles étaient
00:40:11tellement novatrices
00:40:18elle fut donc conduite
00:40:20en charrette
00:40:20à la guillotine
00:40:21le trajet
00:40:22durait une heure
00:40:23il fallait
00:40:24on partait
00:40:24de la conciergerie
00:40:25on traversait
00:40:26la rue Saint-Honoré
00:40:28et l'exécution
00:40:29avait lieu
00:40:30sur l'actuelle
00:40:31place de la Concorde
00:40:32qu'on appelait
00:40:32à l'époque
00:40:33place de la Révolution
00:40:35les témoins
00:40:36qui l'ont vue
00:40:37à ce moment-là
00:40:38ont tous été
00:40:39unanimes
00:40:40elle a montré
00:40:41un courage extraordinaire
00:40:42le 3 novembre 1793
00:40:46le destin d'Olympe de Gouges
00:40:49s'achève sur l'échafaud
00:40:51dans un dernier souffle
00:40:53de courage
00:40:54elle lance un cri poignant
00:40:55enfant de la patrie
00:40:57vous vengeriez ma mort
00:40:59sur la plateforme
00:41:01de l'échafaud
00:41:02au moment d'être
00:41:03engloutie dans le néant
00:41:05elle s'est tournée
00:41:06vers les français
00:41:07et elle s'est écriée
00:41:09enfant de la patrie
00:41:10vous vengeriez ma mort
00:41:13je pense que c'est une femme
00:41:14qui est restée combative
00:41:15jusqu'au dernier moment
00:41:19un journaliste
00:41:19qui était au pied
00:41:21de l'échafaud
00:41:21et témoin de la scène
00:41:23a entendu ses voisins dire
00:41:25voilà une place
00:41:25on a bien tué de l'esprit
00:41:27et on en tuera encore
00:41:29elle était convaincue
00:41:30de la justesse
00:41:31de ses idées
00:41:32de ses opinions
00:41:32elle les a défendues
00:41:34sans concession
00:41:37seule
00:41:41elle parle souvent
00:41:42de sa postérité
00:41:43elle dit qu'elle sera
00:41:44au panthéon
00:41:45elle dit que
00:41:45que la patrie
00:41:47jettera des fleurs
00:41:48sur sa tombe
00:41:49donc il y a aussi
00:41:50cette conscience
00:41:51de la mort
00:41:51des derniers mots
00:41:52une sorte d'écriture
00:41:53un peu épitaphe
00:41:54qui reflète
00:41:55les dernières lettres
00:41:56des condamnés
00:41:56et ça c'est vraiment
00:41:57une écriture
00:41:58très particulière
00:41:59enfin un signe
00:42:00d'une époque
00:42:01et de la violence
00:42:02de l'époque
00:42:03quant à son corps
00:42:05il fut jeté
00:42:06dans une fosse commune
00:42:07son propre fils
00:42:09Pierre Aubry
00:42:10dans un acte désespéré
00:42:11pour sauver sa vie
00:42:12avait renié sa mère
00:42:14face à la menace
00:42:15de la guillotine
00:42:18on va lui couper la tête
00:42:20comme Marie-Antoinette
00:42:21c'est terrifiant
00:42:22c'est terrifiant
00:42:23parce que finalement
00:42:24ça n'était que des mots
00:42:25et ces mots
00:42:26l'ont amené là
00:42:28là où elle ne pensait
00:42:29jamais arriver
00:42:29elle disait que
00:42:32si une femme
00:42:33pouvait monter
00:42:33à l'échafaud
00:42:34il fallait aussi
00:42:34qu'elle monte à la tribune
00:42:35mais elle c'est
00:42:36le contraire
00:42:37qui lui est arrivé
00:42:44elle meurt tragiquement
00:42:45mais elle meurt
00:42:46en pleine lumière
00:42:47et paradoxalement
00:42:48sa fin tragique
00:42:50en a fait une icône aussi
00:42:56donc la guillotine
00:42:57c'est la fin tragique
00:42:58par excellence
00:42:59mais c'est aussi
00:43:00la fin qui a inscrit
00:43:01plus dans l'histoire
00:43:07elle est guillotinée
00:43:08juste après Marie-Antoinette
00:43:09et juste avant
00:43:10Manon Roland
00:43:10de figure extrêmement importante
00:43:12plus importante qu'elle
00:43:13la reine
00:43:14et puis les géris
00:43:15des Girondins
00:43:16la femme de ministre
00:43:18donc le fait
00:43:19qu'il y ait
00:43:19l'exécution d'Olympe de Gouges
00:43:21entre ces deux femmes
00:43:23prouve quand même
00:43:24qu'elle avait un statut
00:43:25évidemment moins important
00:43:26que ces deux femmes
00:43:26mais un statut important
00:43:28tout de même
00:43:29dès le lendemain
00:43:31la mort d'Olympe
00:43:32est en but
00:43:32aux critiques
00:43:33et aux colibés
00:43:34un journal écrit
00:43:36à son sujet
00:43:37elle voulut être
00:43:38un homme d'état
00:43:39et il semble que la loi
00:43:40ait puni
00:43:41cette conspiratrice
00:43:42d'avoir oublié
00:43:43les vertus
00:43:44qui conviennent
00:43:44à son sexe
00:43:45cette déclaration
00:43:46va marquer le début
00:43:48d'une très longue période
00:43:50de dénigrement misogyne
00:43:51à l'encontre
00:43:52de cette femme visionnaire
00:43:54après l'exécution
00:43:55d'Olympe de Gouges
00:43:56il y a eu une déclaration
00:43:57du procureur général
00:43:59de la commune
00:43:59qui s'appelle Chaumette
00:44:01qui considérait
00:44:03que les femmes
00:44:04comme Olympe de Gouges
00:44:05Mme Roland
00:44:06Marie-Antoinette
00:44:07étaient des femmes
00:44:08qui étaient sorties
00:44:09du contexte familial
00:44:11qui avaient pris
00:44:11des positions politiques
00:44:13et au nom de la nature
00:44:15il les condamnait
00:44:16donc de manière formelle
00:44:18et il invitait
00:44:19les femmes républicaines
00:44:20à ne pas imiter
00:44:21ces exemples
00:44:23et ajoutait
00:44:25que l'âme de Gouges
00:44:25avait bien mérité
00:44:26son sort
00:44:27c'est l'invisibilisation
00:44:29des femmes
00:44:29l'historien Jules Michelet
00:44:31l'a traité
00:44:32de tricoteuse
00:44:33et d'hystérique
00:44:34donc les tricoteuses
00:44:35ce sont ces femmes
00:44:36de sans-culottes
00:44:36qui étaient au tribunal
00:44:37révolutionnaire
00:44:38et qui passaient
00:44:39la journée
00:44:39effectivement
00:44:40chaque fois
00:44:41qu'un aristocrate
00:44:42ou une aristocrate
00:44:43montait sur l'estrade
00:44:44elles criaient
00:44:45à mort, à mort, à mort
00:44:47et c'était
00:44:48presque un club
00:44:49fermé des tricoteuses
00:44:50penser un seul instant
00:44:51qu'Olympe faisait partie
00:44:53du club des tricoteuses
00:44:54est évidemment
00:44:55un contresens historique
00:44:56pourtant c'est Michelet
00:44:58qui a inventé
00:44:59l'histoire de France moderne
00:45:00il y a un docteur
00:45:01du début du XXème siècle
00:45:03qui en fait
00:45:04un symbole
00:45:05de l'hystérie révolutionnaire
00:45:07donc les rares moments
00:45:08aussi parfois
00:45:09où elle est mentionnée
00:45:10c'est plutôt à charge
00:45:13dans une misogynie
00:45:14un peu ordinaire
00:45:15donc
00:45:16elle a été dégagée
00:45:17directement
00:45:18de l'histoire de France
00:45:20puisque c'était
00:45:21une espèce de sorcière
00:45:22ou de folle
00:45:22qui n'avait pas sa place
00:45:23dans la grande histoire
00:45:24et on n'a même pas lu
00:45:25ses textes
00:45:26comme ça c'était réglé
00:45:27c'est bien après
00:45:28que les premières féministes
00:45:30ont commencé à en parler
00:45:32à la fin du XIXème siècle
00:45:33et puis ensuite
00:45:34bien après
00:45:35dans les années 70
00:45:36avec les féministes
00:45:38autour de Benoît de Groux
00:45:39qui ont déterré
00:45:41je dirais un peu
00:45:42les textes de Olympe
00:45:44qui ont commencé
00:45:44par les lire
00:45:45tout simplement
00:45:46Son héritage
00:45:47est resté dans l'ombre
00:45:48pendant près de 200 ans
00:45:50ce n'est qu'à partir
00:45:51des années 80
00:45:52qu'il a refait discrètement
00:45:54surface
00:45:54dans le discours public
00:45:56résultat d'un travail
00:45:57acharné
00:45:58d'historien
00:45:59d'auteur
00:45:59de passionnés
00:46:00et de militantes féministes
00:46:04Aujourd'hui
00:46:05en France
00:46:06des rues
00:46:07des places
00:46:07des hôpitaux
00:46:08des médiathèques
00:46:09portent son nom
00:46:10et ce fut
00:46:12devant le monde entier
00:46:13qu'Olympe de Gouche
00:46:14fut enfin reconnu
00:46:16comme symbole
00:46:16de l'abolition
00:46:17de l'esclavage
00:46:18et de l'égalité
00:46:19des sexes
00:46:25Je n'étais pas au courant
00:46:27du tableau
00:46:28d'une façon générale
00:46:29des 10 statues en or
00:46:30ni du fait
00:46:32qu'Olympe serait là
00:46:32et serait la première
00:46:33mais ce qui s'est passé
00:46:35c'est qu'on a tous
00:46:36été complètement émerveillés
00:46:37Et j'entendais autour de moi
00:46:38des gens qui ne la connaissent pas
00:46:40Alors évidemment
00:46:41Olympe de Gouche
00:46:42lorsqu'on est féministe
00:46:43on la connaît bien sûr
00:46:44mais c'est toujours important
00:46:46de pousser
00:46:47ces femmes
00:46:48dans la sphère publique
00:46:50qu'on leur redonne aussi
00:46:51leur crédit
00:46:53pour leurs idées
00:46:53Et là vraiment
00:46:54je trouvais que c'était
00:46:55une jolie manière
00:46:56de montrer Olympe de Gouche
00:46:58Ensuite
00:46:59Yaël Braun-Pivet
00:47:00a organisé cette exposition
00:47:02à l'intérieur de l'Assemblée
00:47:03Tout de suite
00:47:04j'ai reçu des messages
00:47:05pendant la cérémonie
00:47:06pendant qu'elles étaient
00:47:07sur la scène
00:47:08et qu'on les voyait à l'image
00:47:09de parlementaires
00:47:11députés
00:47:11et sénateurs
00:47:12hommes
00:47:13qui m'écrivaient
00:47:14en me disant
00:47:14Mais Yaël
00:47:15il faut que tu les mettes
00:47:16à l'Assemblée nationale
00:47:17ces statues
00:47:17Je trouve que la symbolique aussi
00:47:19elle est très forte
00:47:20Donc je crois aujourd'hui
00:47:21qu'il faut voir
00:47:22Olympe de Gouche autrement
00:47:24la voir comme une femme
00:47:25qui est l'ancêtre
00:47:27de la femme politique moderne
00:47:29Véritablement
00:47:31Je crois que les femmes politiques
00:47:33du monde entier
00:47:34lui doivent beaucoup
00:47:36C'est leur ancêtre commune
00:47:38Non ?
00:47:41En 2016
00:47:42le buste de l'âme de Gouche
00:47:44est rentré
00:47:45à l'Assemblée
00:47:46et il est fréquent
00:47:47que des femmes politiques
00:47:48d'aujourd'hui
00:47:49s'expriment
00:47:50avec en arrière-plan
00:47:51le buste de l'âme de Gouche
00:47:53en oubliant parfois
00:47:54que c'est probablement
00:47:55avec des femmes
00:47:56comme Olympe
00:47:56que la femme politique
00:47:57en France
00:47:58peut aujourd'hui
00:48:00avoir sa place
00:48:02juste
00:48:02et nécessaire
00:48:03dans notre débat public
00:48:06Mais bon
00:48:06on aimerait bien maintenant
00:48:07qu'elle soit panthéonisée
00:48:09parce que
00:48:10la façon dont elle a marqué
00:48:11la France
00:48:12mais je dirais même l'humanité
00:48:13est-ce bien normal
00:48:15qu'elle ne soit pas
00:48:16au Panthéon
00:48:17parmi nos plus grands hommes
00:48:19avec un grand H
00:48:23On parlait de droit de l'homme
00:48:24de droit de la femme
00:48:25mais ne serait-il pas temps
00:48:26aussi de parler
00:48:26de droits humains
00:48:27tout simplement
00:48:27Il n'y a plus qu'en France
00:48:29qu'on utilise ces termes-là
00:48:30parce que partout
00:48:30c'est Human Rights
00:48:31et c'est incompréhensible
00:48:33qu'on reste dans cette histoire
00:48:34de l'homme avec le grand H
00:48:35Si on changeait le paradigme
00:48:37et qu'on dise
00:48:38les droits de la femme
00:48:39avec un grand F
00:48:40je pense que
00:48:41les hommes réagiraient
00:48:42assez vivement
00:48:43Olympe de Gouges
00:48:44au Panthéon
00:48:45est un sujet
00:48:45qui suscite
00:48:46des controverses
00:48:47et des débats
00:48:48depuis plusieurs décennies
00:48:49et pour le moment
00:48:51toutes les propositions
00:48:52ont été systématiquement
00:48:54rejetées
00:48:55ou ignorées
00:48:57Il y a une tradition
00:48:58historiographique
00:48:59qui présente
00:49:01Olympe de Gouges
00:49:01comme une femme
00:49:02non républicaine
00:49:04en fait
00:49:04c'est un leitmotif
00:49:05imbécile
00:49:06faux
00:49:07faux
00:49:08mais absolument faux
00:49:09Olympe de Gouges
00:49:10a appartenu à un mouvement
00:49:11celui des Girondins
00:49:12or en France
00:49:14c'est les montagnards
00:49:15qui ont écrit l'histoire
00:49:16de la révolution
00:49:16les Girondins
00:49:17ont mauvaise presse
00:49:18et ça
00:49:19ça pèse lourd
00:49:20c'est pourquoi
00:49:21sa présence
00:49:24dans le Temple
00:49:25des Républicains
00:49:26n'est pas souhaitée
00:49:27maintenant moi
00:49:28je vois une femme
00:49:30qui était
00:49:30en avance
00:49:31sur son temps
00:49:32qui a mené
00:49:33des combats
00:49:33féministes
00:49:34mais pas seulement
00:49:35c'est une femme
00:49:36qui était
00:49:36pour l'abolition
00:49:37de l'esclavage
00:49:38c'est une femme
00:49:39qui était
00:49:39pour l'abolition
00:49:40de la peine de mort
00:49:42ce n'est pas rien
00:49:43à cette époque-là
00:49:43d'avoir porté
00:49:44ces combats
00:49:45reconnaissons
00:49:46qu'elle fait partie
00:49:47de celles
00:49:48qui ont considérablement
00:49:49fait avancer
00:49:51cette cause
00:49:51de l'égalité
00:49:53et au moment
00:49:54où le masculinisme
00:49:55triomphant
00:49:56apparaît de plus en plus
00:49:58dans les urnes
00:49:59l'audace
00:50:00d'Olympe de Gouges
00:50:01son courage
00:50:02sa détermination
00:50:03à défendre
00:50:04le droit des femmes
00:50:05nous rappellent
00:50:06une vérité
00:50:06essentielle
00:50:07il ne faut rien lâcher
00:50:12elle reste un modèle
00:50:13aujourd'hui pour nous
00:50:14parce qu'elle se sera
00:50:15battue jusqu'au bout
00:50:16pour que ses idées
00:50:18prennent forme
00:50:19et aujourd'hui
00:50:19elle est toujours vivante
00:50:20et plus d'actualité
00:50:22que jamais
00:50:24Olympe de Gouges
00:50:25demeure vivante
00:50:26et d'actualité
00:50:26car il y a une part
00:50:27d'Olympe de Gouges
00:50:28chez chaque femme
00:50:30qui continue
00:50:30de militer
00:50:31pour l'égalité
00:50:32des droits
00:50:34à notre époque
00:50:35c'est aussi notre rôle
00:50:36de contribuer
00:50:36à faire avancer
00:50:37les choses
00:50:37ça avance malheureusement
00:50:39trop lentement
00:50:40on sait qu'il faudrait
00:50:41encore plus de 300 ans
00:50:42pour atteindre
00:50:43l'égalité femmes-hommes
00:50:45dans le monde
00:50:46c'est des chiffres
00:50:46de l'ONU
00:50:47une part d'Olympe de Gouges
00:50:49chez celles
00:50:49qui prennent place
00:50:50dans la vie associative
00:50:51et les institutions politiques
00:50:53en fait lorsque vous accédez
00:50:55au perchoir
00:50:56et que vous êtes
00:50:56la première femme
00:50:57présidente de l'Assemblée Nationale
00:50:59vous vous inscrivez
00:51:00dans les pas
00:51:01de toutes celles
00:51:01qui vous ont précédées
00:51:02et donc Olympe de Gouges
00:51:04dans cette histoire
00:51:05des combats des femmes
00:51:06est évidemment
00:51:07une des figures
00:51:09éminentes
00:51:10parce qu'il y a
00:51:11une part d'Olympe de Gouges
00:51:12dans chaque femme
00:51:13qui se lève
00:51:14et prend la parole
00:51:15c'est comme si
00:51:17Olympe
00:51:18était une de ces femmes-là
00:51:19et ces femmes-là
00:51:20aujourd'hui
00:51:20on ne les voit pas
00:51:21et elles sont sur le terrain
00:51:22tous les jours
00:51:23une part d'Olympe de Gouges
00:51:25dans celles et ceux
00:51:26qui veulent être libres
00:51:27égaux
00:51:28et vivre sans préjugés
00:51:30c'est ça la force d'Olympe
00:51:32c'est la puissance
00:51:32d'être ensemble
00:51:34et c'est donc ensemble
00:51:36enfants de la patrie
00:51:37unis dans notre diversité
00:51:39qu'il nous appartient
00:51:41de transformer son désir
00:51:43en réalité
00:51:52Quel rôle les femmes
00:51:54ont-elles exercé
00:51:55durant la révolution française ?
00:51:57Voilà la question
00:51:58que nous avons choisi
00:51:59de nous poser
00:51:59dans ce débat doc
00:52:00après ce documentaire
00:52:02entièrement consacré
00:52:03à Olympe de Gouges
00:52:04et réalisé par
00:52:05Dominique Eloudi Lenis
00:52:07Deux historiens
00:52:08sont maintenant avec nous
00:52:09pour en parler
00:52:10sur ce plateau
00:52:10de débat doc
00:52:11Dominique Godineau
00:52:12pour commencer
00:52:13Bienvenue à vous
00:52:14Vous êtes professeur
00:52:15d'histoire moderne
00:52:16à l'université Rennes 2
00:52:18spécialiste de la révolution française
00:52:20de l'histoire des femmes
00:52:21et du genre
00:52:22et vous êtes l'auteur
00:52:23de ce livre
00:52:23Les femmes dans la France moderne
00:52:26XVIe-XVIIIe siècle
00:52:27publié chez Armand Colin
00:52:29et puis également avec nous
00:52:30Loris Chavanet
00:52:31Bienvenue à vous
00:52:32Vous êtes historien
00:52:33et enseignant
00:52:34à l'Institut catholique de Paris
00:52:35spécialiste vous aussi
00:52:36de la révolution française
00:52:38et vous venez de publier
00:52:39chez Talendier
00:52:40C'est tout chaud
00:52:41Les femmes entrent en révolution
00:52:435-6 octobre 1789
00:52:46c'est une date importante
00:52:47pour les femmes
00:52:47on y reviendra bien sûr
00:52:48ensemble dans un instant
00:52:49dans cette émission
00:52:51Alors après ce documentaire
00:52:53entièrement consacré
00:52:54à Olympe de Gouges
00:52:55on constate qu'elle est
00:52:56devenue aujourd'hui
00:52:57c'est vrai
00:52:57une icône du féminisme
00:52:59nous comprenons
00:53:00un peu mieux pourquoi
00:53:01d'une certaine manière
00:53:02après ce film
00:53:03mais ce film
00:53:05nous rappelle aussi
00:53:05qu'il aura fallu
00:53:06attendre deux siècles
00:53:08avant de revisiter
00:53:09son histoire
00:53:09son engagement politique
00:53:11son engagement féministe
00:53:13durant cette révolution
00:53:15représente-t-elle
00:53:16un tant soit peu
00:53:17un tant soit peu
00:53:18le rôle exercé
00:53:19par les femmes
00:53:20durant cette révolution française
00:53:21Olympe de Gouges
00:53:23Un tant soit peu
00:53:24oui
00:53:24et non
00:53:26non
00:53:26d'abord parce que
00:53:27comme vous l'avez dit
00:53:28elle était féministe
00:53:29enfin proto-féministe
00:53:30ce qui n'était pas le cas
00:53:31de la majorité des femmes
00:53:32il y en a d'autres
00:53:33quelques-unes
00:53:34mais pas la majorité
00:53:35proto-féministe
00:53:36oui c'est-à-dire
00:53:37avant que le féministe
00:53:38existe comme mouvement
00:53:41il y a des féministes
00:53:42pendant la révolution
00:53:43Olympe de Gouges
00:53:44j'en ai une
00:53:45il y en a d'autres
00:53:46femmes et hommes
00:53:48quelques hommes
00:53:48sont très très peu nombreux
00:53:49mais il n'y a pas
00:53:50de mouvement féministe
00:53:52il y a quelques femmes
00:53:53qui aspirent à une égalité
00:53:54mais sans nécessairement
00:53:56demander l'égalité des droits
00:53:58alors en ce sens
00:54:00bon je dis
00:54:00il y a très peu
00:54:01de femmes ou d'hommes
00:54:03qui demandent
00:54:05l'égalité politique
00:54:06dans ce sens
00:54:06elle n'est pas représentative
00:54:08elle est représentative
00:54:09par contre
00:54:10dans la mesure
00:54:10où elle
00:54:12elle participe
00:54:13à la révolution
00:54:14et ça
00:54:15elle n'est pas la seule
00:54:16il y a beaucoup
00:54:17d'autres femmes
00:54:17qui ont participé
00:54:18alors à des échelons différents
00:54:20par exemple là
00:54:21où elle s'éloigne
00:54:22d'Olympe de Gouges
00:54:22c'est que beaucoup
00:54:23enfin plusieurs
00:54:24sont intervenues
00:54:25à l'intérieur de clubs
00:54:26à en signer des pétitions
00:54:28elles sont intervenues
00:54:29collectivement
00:54:30ou dans la rue
00:54:31ce qui n'est pas du tout
00:54:31le cas d'Olympe de Gouges
00:54:32mais
00:54:35voilà
00:54:35donc
00:54:35elle est représentative
00:54:38on peut dire
00:54:38qu'elle est représentative
00:54:39en ce sens
00:54:40où des femmes
00:54:41ont participé
00:54:42à la révolution
00:54:42mais il faudrait
00:54:44faire attention aussi
00:54:45il ne faudrait pas
00:54:45imaginer
00:54:46qu'elle est
00:54:47que c'est une femme
00:54:49exceptionnelle
00:54:49vous voyez
00:54:49comme
00:54:50il ne faudrait pas
00:54:51que le personnage
00:54:52d'Olympe de Gouges
00:54:53finisse par désigner
00:54:54toutes les femmes
00:54:55elle ne représente pas
00:54:57toutes les femmes
00:54:58qui ont participé
00:54:59à la révolution
00:54:59d'abord parce qu'elles avaient
00:55:00des opinions différentes
00:55:02voilà
00:55:03autrement dit
00:55:03il faut un peu
00:55:04déconstruire ce mythe
00:55:05Olympe de Gouges
00:55:05après avoir vu ce film
00:55:07parce qu'elle ne représente
00:55:08pas tout à fait
00:55:09ces femmes
00:55:09qui ont fait la révolution
00:55:11quelles sont ces femmes
00:55:12qui ont fait la révolution
00:55:13quel est le milieu social
00:55:14de ces femmes
00:55:15par exemple
00:55:15à comparer à celui
00:55:17d'Olympe de Gouges
00:55:18un mot d'abord
00:55:19sur Olympe de Gouges
00:55:20moi ça m'a fait penser
00:55:21en visionnant le documentaire
00:55:22à cette phrase
00:55:24de Marie Stuart
00:55:24en ma fin
00:55:25et mon commencement
00:55:26c'est à dire
00:55:27ces femmes
00:55:28qui par leur mort
00:55:30justifient leur existence
00:55:31éprouvent
00:55:32leur esprit d'indépendance
00:55:34leur courage
00:55:35face à l'irrémédiable
00:55:36face à la mort
00:55:37elle n'a pas tremblé
00:55:39même pendant l'exécution
00:55:40donc c'est une femme
00:55:41courageuse
00:55:42c'est une femme
00:55:43avec des idées
00:55:44qu'elle revendique
00:55:45qu'elle porte
00:55:45sur la place publique
00:55:46il y en a eu d'autres
00:55:48il y en a eu d'autres
00:55:49il y a eu Charlotte Corday
00:55:49il y a eu Manon Roland
00:55:51Terwaine de Méricourt
00:55:52qui elle n'a pas été guillotinée
00:55:54Charlotte Corday
00:55:55n'a pas écrit
00:55:55voilà des femmes
00:55:56des figures
00:55:56qui ont compté aussi
00:55:58dans cette révolution
00:55:59oui Olympe de Gouges
00:56:00n'est pas la seule
00:56:01pourquoi Olympe de Gouges
00:56:01ressort aujourd'hui
00:56:02plutôt que ces femmes
00:56:03que je viens de citer
00:56:03par exemple
00:56:04on va y revenir peut-être
00:56:05non Olympe de Gouges
00:56:06ressort à l'instar
00:56:07de Charlotte Corday
00:56:08Terwaine de Méricourt
00:56:09d'autres
00:56:10et toutes meurent
00:56:11d'ailleurs
00:56:12c'est leur point commun
00:56:14elles sont toutes livrées
00:56:15à l'échafaud
00:56:16même si toutes les femmes
00:56:17n'ont pas été envoyées
00:56:18à l'échafaud
00:56:19sous la révolution française
00:56:20loin de là
00:56:21c'est ce que je veux dire
00:56:22cependant
00:56:22Olympe de Gouges
00:56:24est belle
00:56:24elle est jeune
00:56:25elle est littéraire
00:56:26elle est curieuse
00:56:27elle a pris plusieurs causes
00:56:29qu'elle veut défendre
00:56:31donc elle participe
00:56:32à l'envie d'être une citoyenne
00:56:34agissant dans la cité
00:56:36et pas être une femme
00:56:38recherchant seulement
00:56:39son bonheur conjugal
00:56:41etc.
00:56:41d'ailleurs elle est veuve
00:56:42et tout ce qu'elle aspire
00:56:44c'est à devenir
00:56:45une femme de lettres
00:56:46une femme de théâtre
00:56:47une femme qui participe
00:56:50aux lumières de son siècle
00:56:51avec plus ou moins de succès
00:56:53alors oui il y en a d'autres
00:56:54si on prend
00:56:55par exemple Manon Roland
00:56:56elle est pétrie
00:56:57de culture antique
00:56:59elle est mariée
00:57:00mariée à un ministre
00:57:02bien plus âgée qu'elle
00:57:03et donc elle influe
00:57:05dans les hautes sphères
00:57:06de la société
00:57:06dans un salon littéraire
00:57:07Manon Roland
00:57:08alors qu'on a bien vu
00:57:10avec Olympe de Gouges
00:57:11il y a une solitude
00:57:12de l'intellectuel
00:57:15parfois aussi
00:57:16le sentiment d'injustice
00:57:17d'être maltraité
00:57:18mais beaucoup de femmes
00:57:21des comédiennes
00:57:22des intellectuelles
00:57:24des femmes aussi politiques
00:57:25qui inspirant
00:57:26dans les réseaux
00:57:27politiques
00:57:28leur
00:57:29distillant
00:57:30leur intelligence
00:57:31et la finesse
00:57:32de leur esprit
00:57:32toutes jouent un rôle
00:57:34chacune à son échelle
00:57:35Comment les femmes
00:57:35ont-elles participé
00:57:36au processus révolutionnaire
00:57:38plus globalement ?
00:57:39Quelle place
00:57:39elles ont tenu ?
00:57:40Alors on les voit
00:57:41souvent cette image
00:57:42peut-être
00:57:42sur les barricades
00:57:44aller à Versailles
00:57:45un peu goyeuses
00:57:46voilà l'image
00:57:47un peu collective
00:57:48qu'on a
00:57:49de ces femmes
00:57:50qui ont fait la révolution
00:57:51elle est juste
00:57:51cette image
00:57:52quelles sont les femmes
00:57:54qui ont fait la révolution ?
00:57:57Une partie des femmes
00:57:58de France
00:57:58enfin une partie des françaises
00:57:59que ce soit à Paris
00:58:01ou en province
00:58:02après
00:58:03oui elle est juste
00:58:04c'est le milieu populaire
00:58:05qui a fait la révolution
00:58:06du côté des femmes
00:58:06qui sont intervenues
00:58:08disons dans la rue
00:58:10mais après
00:58:11il y a aussi
00:58:11des clubs
00:58:12par exemple
00:58:13où il y a des femmes
00:58:15de notables locaux
00:58:17et des femmes
00:58:17de milieu populaire
00:58:18qui sont intervenues aussi
00:58:19et comment est-ce
00:58:20qu'elles interviennent ?
00:58:21En écrivant
00:58:22en faisant des pétitions
00:58:24en donnant leur avis
00:58:26en...
00:58:26en...
00:58:28il y a de multiples façons
00:58:29en écrivant en journaux
00:58:32Ce sont des clubs mixtes
00:58:34des clubs non mixtes
00:58:35les clubs dont vous parlez
00:58:36où les femmes
00:58:37ont participé activement ?
00:58:38En fait
00:58:39les clubs ont été créés
00:58:40dans la France révolutionnaire
00:58:42très tôt
00:58:42ce sont des clubs d'hommes
00:58:43qui ont été créés
00:58:44quelques-uns
00:58:45très peu
00:58:46dès 90
00:58:46il y en a
00:58:47ce qu'on appelle
00:58:47des sociétés fraternelles
00:58:48mixtes
00:58:49mais qui étaient destinées
00:58:50à instruire
00:58:51les citoyens
00:58:52et les citoyennes
00:58:53puis qui sont devenues politiques
00:58:54et il y a aussi
00:58:56des femmes
00:58:56qui ont créé
00:58:57des clubs de femmes
00:58:57il y en a une soixantaine
00:58:59c'est un minimum
00:59:00ce qu'on a recensé
00:59:01dans toute la France
00:59:01on pensait que c'est beaucoup
00:59:04c'est assez faible
00:59:04en tout
00:59:05il y aura plus de 5000 clubs
00:59:07en tout
00:59:08mais c'est important
00:59:09parce que c'est
00:59:10c'est une façon
00:59:11de montrer
00:59:11qu'elles sont des citoyennes
00:59:13et comment est-ce qu'elles ont participé
00:59:15en écrivant des brochures
00:59:15au Lame de Gouge
00:59:16j'écris de très nombreuses brochures
00:59:18elle n'est pas la seule
00:59:19et puis
00:59:19si je peux revenir en arrière
00:59:21rapidement
00:59:22sur ce que vous avez dit
00:59:23c'est-à-dire
00:59:23qu'est-ce qui fait
00:59:24que l'Ame de Gouge
00:59:25est devenu aujourd'hui
00:59:26cette icône
00:59:26c'est aussi par ses écrits
00:59:28c'est aussi à cause de ce texte
00:59:30la Déclaration des droits
00:59:31de la femme et de la citoyenne
00:59:32qui l'a
00:59:331791
00:59:341791
00:59:35c'est un pastiche
00:59:36de la Déclaration des droits
00:59:37de l'homme
00:59:37oui oui
00:59:38ça a été présenté comme ça
00:59:39dans ce film
00:59:40oui oui
00:59:40c'est un texte
00:59:41qui à la fois
00:59:42conjugue l'universalité
00:59:43des droits
00:59:44mais est-ce qu'il y a eu
00:59:45beaucoup d'écho
00:59:45ce texte à l'époque ?
00:59:46pas du tout
00:59:47aucun écho ?
00:59:48aucun
00:59:48aucun
00:59:48vraiment aucun
00:59:49moi je connais très très bien
00:59:50les archives révolutionnaires
00:59:52les textes révolutionnaires
00:59:53je ne l'ai jamais
00:59:55jamais jamais vu citer
00:59:56jamais
00:59:56il faut attendre le milieu
00:59:57du 19ème siècle
00:59:58alors après
00:59:59comment est-ce que
01:00:00les femmes interviennent ?
01:00:01il y en a qui
01:00:01par exemple il y a des femmes
01:00:03qui s'engagent dans l'armée aussi
01:00:04qui combattent dans les armées
01:00:06elles ne sont pas très nombreuses
01:00:07mais il y en a
01:00:07ce que l'armée refusera d'ailleurs
01:00:09ces femmes volontaires
01:00:12parce que
01:00:13il faudra aller combattre
01:00:14l'ennemi
01:00:15qui envahit la France aussi
01:00:16c'est ça
01:00:17durant cette révolution
01:00:18à partir de 92
01:00:19oui oui c'est ça
01:00:20et elles s'engagent
01:00:21et parfois même
01:00:22elles sont élues
01:00:22officiers
01:00:23sous-officiers
01:00:24quand même
01:00:26elles peuvent faire des dons
01:00:27lorsque la France est en guerre
01:00:28à partir de 92
01:00:29comme vous l'avez dit
01:00:30la France est en guerre
01:00:31et donc des femmes font des dons
01:00:33soit des dons individuels
01:00:35soit des dons collectifs
01:00:38et puis elles interviennent
01:00:38surtout en prenant la parole
01:00:40en donnant leur avis
01:00:40non seulement sur
01:00:42leur propre situation
01:00:44mais sur les problèmes
01:00:46généraux
01:00:46comment reconstruire la nation
01:00:50comment participer
01:00:51à la reconstruction
01:00:51de la nation
01:00:52alors quelles sont
01:00:52les dates marquantes
01:00:54auxquelles les femmes
01:00:55ont amplement participé
01:00:57à cette révolution
01:00:59vous en avez gardé une
01:01:005-6 octobre 1789
01:01:02c'est l'objet
01:01:03de votre dernier livre
01:01:05pourquoi cette date
01:01:06par exemple ?
01:01:07on ramène le roi
01:01:08à Paris là
01:01:10le 14 juillet 1789
01:01:12des femmes participent
01:01:13à la prise de la Bastille
01:01:15il y en a même une
01:01:16blessée
01:01:17au bras
01:01:18qui aura un dédommagement
01:01:20pour sa blessure
01:01:22de même somme
01:01:23que les hommes
01:01:25donc c'est la première
01:01:26égalité presque
01:01:27sous la révolution
01:01:28c'est les indemnités
01:01:29pour bras cassés
01:01:31une femme
01:01:32égale à un homme
01:01:33et bien sûr
01:01:35surtout
01:01:35les journées d'octobre 1789
01:01:37où on retrouve
01:01:38ces parisiennes
01:01:39ces dames de la Halle
01:01:40des femmes du peuple
01:01:41les fameuses poissardes
01:01:43qui sont le ventre de Paris
01:01:44qui vendent le poisson
01:01:47mais aussi
01:01:47pas seulement des femmes
01:01:48de la marée
01:01:49mais des femmes
01:01:49qui vivent
01:01:51de l'alimentation
01:01:53à Paris
01:01:54de l'approvisionnement
01:01:55de la capitale
01:01:56marché immense
01:01:57et elles vont se mettre
01:01:59en branle
01:01:59le matin
01:02:01à l'aube
01:02:01du 5 octobre
01:02:02parce qu'elles plus de pain
01:02:03dans les boulangeries
01:02:04elles ont fait la queue
01:02:05pour rien
01:02:07depuis des nuits
01:02:08et elles décident
01:02:09de marcher
01:02:09sur l'hôtel de ville
01:02:10d'abord
01:02:10prendre des armes
01:02:12pousser la garde nationale
01:02:13de Lafayette
01:02:14à marcher à Versailles
01:02:15et
01:02:16puisqu'il n'y a pas encore
01:02:17de décision prise
01:02:19ça traîne
01:02:19à Paris
01:02:20elle décide d'y aller
01:02:21quand même
01:02:22toute seule
01:02:22avec les hommes
01:02:24derrière
01:02:24les ouvriers
01:02:25les bras ouvriers
01:02:26de la révolution
01:02:27même d'anciens vainqueurs
01:02:28de la Bastille
01:02:29et donc
01:02:30elle marche sous la pluie
01:02:31pendant des heures
01:02:32pour aller à Versailles
01:02:34il fait 7 degrés
01:02:35il fait froid
01:02:36il faut imaginer
01:02:36ce que c'est
01:02:37que de marcher
01:02:38pendant plusieurs heures
01:02:39sous la pluie
01:02:40on tombe malade
01:02:41et quand on est malade
01:02:42on n'a pas de quoi
01:02:42décher le médecin
01:02:43ça coûte trop cher
01:02:44le médecin
01:02:44et c'est elles
01:02:45qui parviendront
01:02:46à ramener
01:02:47le roi à Paris
01:02:49elles vont pas seulement
01:02:49le ramener
01:02:50le 6 à Paris
01:02:51elles vont aussi
01:02:52le pousser
01:02:54si l'on peut dire
01:02:56indirectement
01:02:56à ratifier
01:02:57la déclaration
01:02:58des droits de l'homme
01:02:58et du citoyen
01:02:59et le roi
01:03:00va ensuite
01:03:01venir à Paris
01:03:01avec Marie-Antoinette
01:03:02elle aussi
01:03:03on aurait pu dire
01:03:05en sa fin
01:03:05et son commencement
01:03:06parce qu'elle montera
01:03:07sur l'échafaud
01:03:07mais les femmes
01:03:09sont
01:03:09c'est la première manifestation
01:03:10les journées d'octobre
01:03:11des femmes
01:03:12comme groupe politique
01:03:14dans la rue
01:03:15dans l'espace public
01:03:16c'est ça qui est important
01:03:17c'est la présence
01:03:19de plus en plus visible
01:03:20des femmes
01:03:21par exemple
01:03:22à l'Assemblée nationale
01:03:23désormais
01:03:24il y a un grand nombre
01:03:25de femmes
01:03:25on dit les tricoteuses
01:03:27au pied de l'échafaud
01:03:27ou au tribunal révolutionnaire
01:03:31plus tard
01:03:31mais dans la salle même
01:03:32de l'Assemblée
01:03:33il y a un grand nombre
01:03:34de femmes
01:03:35qui insultent
01:03:38un député
01:03:38qui est dans le mauvais ton
01:03:39ou qui glorifient
01:03:41leurs héros
01:03:42tantôt Mirabeau
01:03:43tantôt Robespierre
01:03:44mais en tout cas
01:03:45elles montrent
01:03:46elles se montrent
01:03:48elles parlent
01:03:49elles agissent en politique
01:03:51et même si elles n'ont
01:03:52ni le droit de vote
01:03:53ni le droit d'être élu
01:03:55même si Condorcet plaide
01:03:57pour qu'elles aient
01:03:58ces droits-là
01:03:58il y en a un
01:03:59qui est pour
01:04:00et bien
01:04:00elles sont
01:04:02c'est une époque
01:04:03très rare
01:04:03entre 89 et 92
01:04:05où elles ont des droits civils
01:04:06et donc
01:04:07elles espèrent
01:04:08des droits politiques
01:04:09mais les révolutionnaires
01:04:10ne leur donneront pas
01:04:11ces fameuses journées d'octobre
01:04:12sont des ventres vides
01:04:14ce sont
01:04:16qui crient famine
01:04:17c'est ce que vous venez
01:04:18de nous dire aussi
01:04:19d'où ma question
01:04:20est-ce que
01:04:21les femmes revendiquent
01:04:22surtout
01:04:23de quoi survivre
01:04:24est-ce qu'elles ont vendu
01:04:25la subsistance
01:04:27dans cette révolution
01:04:28avant tout
01:04:29et pas des droits politiques
01:04:31non
01:04:32non je dirais non
01:04:33parce que
01:04:34oui elles revendiquent
01:04:35effectivement
01:04:36de quoi survivre
01:04:37dans la société
01:04:39du XVIIIe siècle
01:04:40les femmes
01:04:40c'est aux femmes
01:04:41de trouver à manger
01:04:42donc elles sont
01:04:43au premier plan
01:04:43lorsqu'il y a
01:04:44des problèmes
01:04:45de disette
01:04:46enfin il ne faut pas
01:04:47s'imaginer
01:04:48qu'on
01:04:49comment dire
01:04:50qu'on mourait de faim
01:04:51pendant la révolution
01:04:52mais il y a des problèmes
01:04:53de disette fréquemment
01:04:54donc elles sont
01:04:55au premier plan
01:04:55et c'est lorsqu'il y a
01:04:57ces gros problèmes
01:04:58de disette
01:04:59que les femmes
01:05:00interviennent
01:05:01en tant que groupes
01:05:02particuliers
01:05:02c'est-à-dire
01:05:03que c'est des moments
01:05:04où les témoins
01:05:06distinguent
01:05:07un groupe
01:05:07les femmes
01:05:08c'est octobre 89
01:05:10c'est aussi le printemps 95
01:05:12bon il y a d'autres moments
01:05:13on ne rentrera pas
01:05:13dans les détails
01:05:14mais ça n'empêche
01:05:16que ces femmes
01:05:17qui sont
01:05:18comment dire
01:05:19qui sont mobilisées
01:05:20par la faim
01:05:20n'interviennent pas
01:05:21uniquement là-dessus
01:05:22en 1789
01:05:26elles auraient dit
01:05:27par exemple
01:05:27certaines auraient dit
01:05:28qu'elles voulaient du pain
01:05:29mais pas au prix
01:05:30de la liberté
01:05:32en 1795
01:05:33elles demandent du pain
01:05:34et la constitution
01:05:35que l'on applique
01:05:36la constitution
01:05:37donc vous voyez
01:05:38il y a toujours
01:05:40disons qu'il serait faux
01:05:42de penser
01:05:42que les femmes
01:05:43quelles qu'elles soient
01:05:45femmes du peuple
01:05:46notamment
01:05:46ne sont intervenues
01:05:48dans la révolution
01:05:49que pour des problèmes
01:05:51de subsistance
01:05:51c'est les problèmes
01:05:53de subsistance
01:05:53qui les mettent
01:05:54au devant de la scène
01:05:55c'est les moments
01:05:56où on ne peut pas
01:05:56ne pas les voir
01:05:57où les historiens
01:05:58les ont d'ailleurs
01:05:59toujours vus
01:05:59pas seulement maintenant
01:06:01mais ça ne veut pas dire
01:06:02que quand il n'y a pas
01:06:03de problème de subsistance
01:06:03elles ne sont pas là
01:06:04et qu'elles n'interviennent pas
01:06:05aussi sur d'autres sujets
01:06:07d'autres sujets
01:06:07très généraux
01:06:08quelle est l'organisation
01:06:10de la France
01:06:11quelle va être l'organisation
01:06:12est-ce qu'on va demander
01:06:13des mesures
01:06:14par exemple
01:06:16répressives
01:06:17ou non
01:06:17enfin voilà
01:06:18elles interviennent
01:06:19sur tous les sujets
01:06:20mais elles ne peuvent pas
01:06:21intervenir comme les hommes
01:06:22puisqu'elles ne sont pas
01:06:24dans la même situation
01:06:25évidemment politique
01:06:26elles ne connaissent pas
01:06:27les mêmes points
01:06:28lorsqu'elles sont présentes
01:06:29à l'Assemblée
01:06:29à la Convention
01:06:31après
01:06:31comme vous le disiez
01:06:32tout à l'heure
01:06:32elles influent politiquement
01:06:34néanmoins
01:06:34elles n'ont pas
01:06:35de réel pouvoir politique
01:06:37elles ne font pas partie
01:06:38des assemblées représentatives
01:06:40ça ça leur est interdit
01:06:41pour autant
01:06:42elles sont présentes
01:06:43c'est ce que vous nous avez dit
01:06:44dans ces assemblées
01:06:45c'est une manière
01:06:46d'influer néanmoins
01:06:47sur le terrain politique
01:06:48elles sont présentes
01:06:48dans les cafés
01:06:49elles sont présentes
01:06:50dans les sociétés populaires
01:06:52qui sont créées
01:06:53il y en a une
01:06:53qui a un magnifique nom
01:06:54c'est la société
01:06:56des patriotiques
01:06:58et de bienfaisance
01:06:59des amis de la vérité
01:07:01amis IES
01:07:02c'est la première
01:07:03la plus importante
01:07:04et il y en a
01:07:06des dizaines
01:07:07qui sont créées
01:07:08une soixantaine
01:07:09et c'est remarquable
01:07:12donc elles essaient
01:07:13d'inspirer
01:07:13plutôt
01:07:14dans
01:07:15dans les coulisses
01:07:18de la politique
01:07:19un peu
01:07:19comme j'allais dire
01:07:20comme au 18ème
01:07:21dans les salons
01:07:21elles essaient d'inspirer
01:07:22mais cette politique
01:07:24des salons
01:07:25va très vite
01:07:25prendre un terme
01:07:26avec envoyer à l'échafaud
01:07:27les Girondins
01:07:28une fois qu'Olympe de Gouges
01:07:31est à l'échafaud
01:07:32que Madame Desta
01:07:33la fuit
01:07:34que Manon Roland
01:07:35elle
01:07:36est montée
01:07:37sur l'échafaud
01:07:38que de liberté
01:07:39que de crime
01:07:40on commet en ton nom
01:07:41et que beaucoup
01:07:42ont émigré
01:07:43et que les clubs politiques
01:07:45sont fermés
01:07:46des femmes
01:07:47bon
01:07:47il leur reste plus
01:07:48que la tribune
01:07:49et la tribune
01:07:50elles ont un héros
01:07:51je l'ai dit tout à l'heure
01:07:52c'est Robespierre
01:07:53vraiment
01:07:54mais c'est flagrant
01:07:55à quel point
01:07:56nombreuses tombent
01:07:57amoureuses de Robespierre
01:07:58il avait des fanatiques
01:08:00des fans
01:08:01si vous préférez
01:08:03ce qui n'était pas le cas
01:08:03d'Olympe de Gouges
01:08:04d'autres noms
01:08:05qu'on a cités
01:08:05qui étaient plutôt
01:08:06favorables
01:08:07aux Girondins
01:08:08et même
01:08:09à la monarchie
01:08:12constitutionnelle
01:08:12ce qui a été
01:08:13la première approche
01:08:14ces femmes là
01:08:14sont tombées
01:08:15sur l'échafaud
01:08:17parce qu'elles n'étaient pas
01:08:18en phase
01:08:18avec les fameux montagnards
01:08:19les Jacobins
01:08:20pour certains
01:08:21c'est même
01:08:21la démonstration
01:08:23que
01:08:23d'un côté
01:08:25si vous voulez
01:08:25on voit dans la femme
01:08:26qui se mêle de politique
01:08:27une furie
01:08:28une dangereuse
01:08:30qui se mêle
01:08:30de ce qui ne la regarde pas
01:08:31et
01:08:32d'un autre côté
01:08:35on
01:08:35on essaie de bénéficier
01:08:36de cette aura populaire
01:08:38qu'elles incarnent
01:08:39notamment au marché
01:08:40des Halles
01:08:40etc
01:08:41mais
01:08:42c'est original
01:08:43parce que
01:08:44ce qui condamne
01:08:45les femmes
01:08:45depuis même
01:08:46le 18ème siècle
01:08:47a resté
01:08:48dans les coulisses
01:08:48de l'histoire
01:08:49de la politique
01:08:50c'est le naturalisme
01:08:52par exemple
01:08:52de Rousseau
01:08:53qui considère
01:08:54qu'une femme
01:08:54étant née
01:08:55et faite
01:08:56constituée
01:08:57pour faire des enfants
01:08:58par son utérus
01:08:59elle ne doit pas
01:09:00se mêler de politique
01:09:01personne ne l'a invité
01:09:02et les hommes
01:09:03ne veulent pas
01:09:03l'y inviter
01:09:04et donc
01:09:05cette théorie
01:09:06du naturalisme
01:09:07qui est choquant
01:09:09ce n'est pas universaliste
01:09:10disons
01:09:10les droits des hommes
01:09:11et des femmes
01:09:12à ce moment là
01:09:12sous la terreur
01:09:15certains révolutionnaires
01:09:16vont remettre
01:09:18en avant
01:09:19cet argumentaire
01:09:20de l'injustice naturelle
01:09:23pour écarter
01:09:25les femmes
01:09:25de la politique
01:09:26on leur reproche
01:09:27leur utérus
01:09:28d'ailleurs utérus
01:09:29qui a donné ensuite
01:09:30le mot
01:09:30hystérisme
01:09:31pour essayer
01:09:32de les qualifier
01:09:33pour les discréditer
01:09:34alors on parle tout de même
01:09:35des citoyens
01:09:36et des citoyennes
01:09:37on les nomme
01:09:38les citoyennes
01:09:38et puis elles obtiennent
01:09:39des droits néanmoins
01:09:40j'en ai noté
01:09:41quelqu'un
01:09:42d'abord il y a une existence
01:09:43juridique des femmes
01:09:44l'égalité successoriale
01:09:46ce n'est pas rien
01:09:47et le divorce
01:09:47voilà
01:09:48des droits obtenus
01:09:49par les femmes
01:09:49durant cette révolution
01:09:50ça c'est très concret
01:09:51ah bah c'est très concret
01:09:52ça a même été utilisé
01:09:54c'est pas théorique
01:09:55c'est-à-dire que
01:09:56le divorce
01:09:58dans les trois quarts des cas
01:09:59c'est des femmes
01:09:59qui demandent le divorce
01:10:01sauf pour constantement mutuel
01:10:02mais bon
01:10:04il y a aussi eu
01:10:05et alors pendant cette période
01:10:06de la terreur
01:10:07justement
01:10:07il y a un code civil
01:10:10qui est voté
01:10:11par la convention montagnard
01:10:14qui n'est pas promulgué
01:10:15mais qui est voté
01:10:15et qui prévoyait
01:10:17alors ça c'est une révolution
01:10:18incroyable
01:10:19que les deux époux
01:10:21auraient
01:10:23un droit égal
01:10:24pour la gestion
01:10:25de leurs biens
01:10:26et que l'autorité
01:10:28sur les enfants
01:10:29serait partagée
01:10:30entre les deux époux
01:10:33donc
01:10:33les choses sont
01:10:36un peu plus complexes
01:10:36c'est aussi
01:10:37un autre droit
01:10:41les femmes
01:10:41pas dans l'espace familial
01:10:43c'est en 1793
01:10:46encore sous la convention montagnarde
01:10:48il y a un droit de vote
01:10:49qui a été accordé aux femmes
01:10:51je dis bien
01:10:52un droit de vote
01:10:52et pas le droit de vote
01:10:53c'est-à-dire que
01:10:55la question était
01:10:56est-ce que
01:10:56vous savez
01:10:57les communautés
01:10:58avaient des biens communaux
01:10:59et donc la question était
01:11:00est-ce qu'on allait les partager
01:11:01entre tous les citoyens
01:11:02ou les laisser tel quel
01:11:04et il était prévu
01:11:05que c'est les citoyens
01:11:06de tout sexe
01:11:08qui voteraient
01:11:09dans les municipalités
01:11:10alors non pas
01:11:11pour élire leurs députés
01:11:12mais pour ce partage
01:11:13donc c'est une sorte
01:11:13de citoyenneté communale
01:11:15qui leur est donnée
01:11:15à ce moment-là
01:11:16On peut parler
01:11:17d'une émancipation
01:11:19des femmes
01:11:19à travers ces droits acquis
01:11:20néanmoins
01:11:21à comparer
01:11:22à l'ancien régime ?
01:11:23L'ancien régime
01:11:24faisait un sort
01:11:25bien sûr
01:11:26les femmes étaient
01:11:26des mineures incapables
01:11:27elles avaient peu de droits
01:11:30elles dépendaient toujours
01:11:31soit du père
01:11:32soit de l'époux
01:11:33même si dans certains cas
01:11:35quand elles étaient veuves
01:11:36et chefs de famille
01:11:38elles pouvaient voter
01:11:39dans des cas très particuliers
01:11:40résiduels
01:11:41et en pratique
01:11:42elles ne le faisaient pas
01:11:43parce qu'elles ne se déplacaient pas
01:11:44pour aller voter
01:11:44C'est un apport
01:11:45c'est un gain
01:11:45c'est parti d'un mouvement
01:11:47d'émancipation des femmes
01:11:47C'est très important
01:11:48ces conquêtes de la révolution
01:11:49dans le cadre de cette révolution
01:11:50et Dominique Godineau
01:11:51le dit très justement
01:11:52elles ont bien usé du divorce
01:11:53tant et si bien
01:11:54que Napoléon leur reprochera
01:11:56cette liberté
01:11:58la seule presque
01:11:59qu'elles avaient
01:12:00Napoléon
01:12:01avec le code Napoléon
01:12:02le code civil
01:12:03de De Portalis
01:12:04de 1804
01:12:05rabaissera les femmes
01:12:06par rapport aux exigences
01:12:07de Cambacérès
01:12:09pendant la révolution française
01:12:11donc c'est des séries
01:12:13d'atermoiements
01:12:14d'hésitation
01:12:15et le XIXe siècle
01:12:16ne sera pas plus clément
01:12:18avec les femmes
01:12:19et je crois donc
01:12:21que Condorcet
01:12:22avait compris
01:12:23que cette idée
01:12:24d'égalité des droits
01:12:26devait porter plus loin
01:12:28et que la révolution
01:12:29ne serait pas terminée
01:12:29pas seulement sur la question sociale
01:12:31mais aussi sur la question
01:12:32des droits de l'homme
01:12:33et de la femme
01:12:33si vous voulez
01:12:34oui
01:12:35Olympe de Gouges
01:12:36est résiduel
01:12:36Condorcet
01:12:37est très isolé
01:12:38de ce point de vue-là
01:12:39mais c'est ça aussi
01:12:40les grands philosophes
01:12:43les grands intellectuels
01:12:43ce sont ceux
01:12:44qui entendent
01:12:45avant sur leur époque
01:12:46et je crois
01:12:47qu'Olympe de Gouges
01:12:47et Condorcet
01:12:48avaient cela notamment
01:12:51c'est-à-dire
01:12:51avoir tort
01:12:52à un moment X
01:12:54et raison
01:12:55des décennies
01:12:56des siècles
01:12:57voire plus tard
01:12:57l'histoire
01:12:58nous
01:12:59notre métier
01:12:59c'est d'expliquer
01:13:01contextualiser
01:13:02ce qu'on essaie de faire
01:13:03ce qu'on essaie de faire
01:13:04mais moi je retiens bien
01:13:05l'article 1
01:13:06de la déclaration
01:13:06des droits
01:13:07de la femme
01:13:08et de la citoyenne
01:13:09d'Olympe de Gouges
01:13:10la femme naît libre
01:13:12et demeure égale
01:13:13à l'homme
01:13:14en droit
01:13:14c'est ce qu'on vit aujourd'hui
01:13:17dans la déclaration
01:13:17des droits de l'homme
01:13:18c'est non genré
01:13:20c'est universaliste
01:13:21cette déclaration
01:13:22par essence
01:13:22par définition
01:13:23c'était volontaire
01:13:25de la part des révolutionnaires
01:13:26de ne pas genrer
01:13:27cette déclaration
01:13:28des droits de l'homme
01:13:29c'est difficile
01:13:30à dire volontaire
01:13:31disons
01:13:32la déclaration
01:13:33elle est là
01:13:33elle existe
01:13:34elle a été faite
01:13:35de telle façon
01:13:36que pour
01:13:37la majorité
01:13:38des hommes
01:13:39et des femmes
01:13:39pendant la révolution
01:13:40l'homme de la déclaration
01:13:41c'est
01:13:42l'individu
01:13:45des femmes
01:13:46qui revendiquent
01:13:46leurs droits
01:13:47assurent
01:13:48demandent aux députés
01:13:49vous avez
01:13:51déclaré nos droits
01:13:52avec la déclaration
01:13:54des droits
01:13:54maintenant
01:13:54appliquaient la déclaration
01:13:57des phrases
01:13:58du style
01:13:59la déclaration
01:14:00est commune
01:14:01de sexe
01:14:01les droits
01:14:02de l'homme
01:14:02sont aussi
01:14:03les nôtres
01:14:04on en trouve
01:14:05pendant la révolution
01:14:06c'est ce qui
01:14:07domine en fait
01:14:08même si on n'en trouve
01:14:09pas beaucoup
01:14:10mais en revanche
01:14:10dans la réalité
01:14:10ces droits
01:14:11ne sont pas
01:14:11dans la réalité
01:14:12ces droits
01:14:12n'existent pas
01:14:12c'est ça le problème
01:14:13des femmes
01:14:13voilà
01:14:13et ce qu'il faut
01:14:15voir aussi
01:14:15je rajouterai
01:14:16quelque chose
01:14:16à ce qui a été dit
01:14:17c'est que
01:14:18Condorcet c'est 1790
01:14:19Olympe de Gouche
01:14:20c'est 1791
01:14:21Olympe de Gouche
01:14:22écrit un moment
01:14:23où on discute
01:14:24de la constitution
01:14:25française
01:14:26qui écarte les femmes
01:14:27et au moment
01:14:28où on discute
01:14:29de la constitution
01:14:30il y en a d'autres
01:14:31qui se sont exclus
01:14:31des droits politiques
01:14:32les pauvres
01:14:33ce qu'on appelle
01:14:34les libres de couleur
01:14:35les domestiques
01:14:37tout ça
01:14:38toutes ces catégories
01:14:40de population
01:14:40ont été défendues
01:14:41à l'Assemblée nationale
01:14:42sauf les femmes
01:14:43les femmes
01:14:43c'est passé
01:14:44comme une lettre
01:14:45à la poste
01:14:46on leur a volé
01:14:46cette révolution
01:14:47aux femmes
01:14:47c'est la suite
01:14:49qui est intéressante
01:14:50c'est à dire
01:14:50que personne
01:14:51en 1991
01:14:51ne se dit
01:14:52peut-être qu'il y a
01:14:53une violation
01:14:54de la déclaration
01:14:54des droits
01:14:55je parle à l'Assemblée
01:14:56en 1993
01:14:57c'est pas la même chose
01:14:58en 1993
01:14:59il y a une seconde
01:15:01constitution
01:15:01puisqu'on est passé
01:15:02en république
01:15:02qui a besoin
01:15:03d'une autre constitution
01:15:05c'est la première république
01:15:05voilà
01:15:06c'est la constitution républicaine
01:15:07et à ce moment-là
01:15:09il y a
01:15:09non pas des débats
01:15:11ça serait beaucoup dire
01:15:13mais il y a des textes
01:15:14à l'Assemblée
01:15:15qui proposent
01:15:15que des femmes
01:15:16aient le droit de vote
01:15:17et à ce moment-là
01:15:18autant en 90-91
01:15:20Olympe de Gouche
01:15:21Condorcet etc
01:15:21étaient des voix isolées
01:15:23autant en 1793
01:15:25ce qui envisage
01:15:28que des femmes
01:15:28pourraient avoir
01:15:30un droit de vote
01:15:32alors c'est pas une majorité
01:15:34loin de là
01:15:35mais ils sont moins isolés
01:15:37et à tel point
01:15:37que c'est la seule fois
01:15:38où la question
01:15:39est posée
01:15:40à l'Assemblée Nationale
01:15:41et il y a un député
01:15:42qui parle par exemple
01:15:42les droits appartiennent
01:15:44aux hommes
01:15:44de l'un et de l'autre sexe
01:15:45Il faudra attendre
01:15:46avril 1944
01:15:481944
01:15:49pour que les femmes
01:15:50aient enfin
01:15:50obtenu le droit de vote
01:15:52on a parlé
01:15:52des révolutionnaires
01:15:53que dire
01:15:54des contre-révolutionnaires
01:15:55des femmes
01:15:55contre-révolutionnaires
01:15:56il en existait
01:15:58on les a entendues
01:15:59dans cette révolution
01:16:00elles se sont battues
01:16:01peut-être
01:16:02entre femmes
01:16:03sur ces sujets politiques
01:16:05Oui alors
01:16:05bien sûr que oui
01:16:06toujours
01:16:07il faut s'entendre
01:16:08sur ce qu'on entend
01:16:08par contre-révolutionnaire
01:16:10quand on est modéré
01:16:11en 1993
01:16:12on est contre-révolutionnaire
01:16:13Et on finit
01:16:15sur l'échafaud
01:16:15Donc contre-révolutionnaire
01:16:17c'est être contre
01:16:18l'égalité des droits
01:16:19c'est être pour le renversement
01:16:20de la République
01:16:21contre les droits
01:16:23du peuple
01:16:23donc contre la démocratie
01:16:25donc c'est difficile
01:16:26tout le monde
01:16:28peut être contre-révolutionnaire
01:16:29selon la rhétorique
01:16:29Et plus on avance
01:16:30dans la terreur
01:16:31plus on a des chances
01:16:32de se retrouver
01:16:32dans ce camp des dits
01:16:35contre-révolutionnaires
01:16:36Manon Roland
01:16:36la girondine
01:16:38qui idolâtrait
01:16:40la liberté
01:16:40la modernité
01:16:41et qui plaidait
01:16:44pour un gouvernement
01:16:45équilibré
01:16:46républicain
01:16:47a été envoyé
01:16:48à l'échafaud
01:16:49et puis je pense
01:16:51bien sûr
01:16:51à Terroigne de Méricourt
01:16:53qui elle
01:16:54a été aussi
01:16:54victime
01:16:56de la révolution
01:16:56différemment
01:16:57elle on l'a mis
01:16:58carrément à l'asile
01:16:59mais Lucille Duplessis
01:17:02qu'on peut voir
01:17:03à l'écran
01:17:04que je reconnais
01:17:05l'épouse de Camille Desmoulins
01:17:06a été envoyée
01:17:07à l'échafaud
01:17:08tout comme l'épouse
01:17:09de Hébert
01:17:10et même dans la même charrette
01:17:12c'est-à-dire qu'on tuait
01:17:13non seulement
01:17:13les voix dissidentes
01:17:16par rapport
01:17:16au comité de salut public
01:17:17mais aussi les épouses
01:17:19si elles avaient manifesté
01:17:20une quelconque solidarité
01:17:22avec leur époux
01:17:22Les droits juridiques
01:17:24acquis durant
01:17:25cette révolution
01:17:26par les femmes
01:17:27ont-ils perduré ?
01:17:29Par la suite
01:17:31sous l'Empire
01:17:32par exemple
01:17:32ou est-ce qu'on a assisté
01:17:34à une régression
01:17:35ensuite ?
01:17:36Très nette
01:17:37avec le code civil
01:17:38puisque de tous
01:17:39les droits familiaux
01:17:42qui étaient en faveur
01:17:42du statut
01:17:44des épouses
01:17:46des femmes
01:17:46dans la famille
01:17:47seule
01:17:48est demeurée
01:17:49l'égalité successorale
01:17:50et encore
01:17:51la loi pouvait être
01:17:53contourner
01:17:54pendant la révolution
01:17:55il faut bien voir
01:17:55que les femmes
01:17:55les françaises
01:17:56étaient probablement
01:17:59les européennes
01:18:00qui avaient le statut
01:18:00le plus
01:18:02enviable
01:18:02n'est pas le mot
01:18:03mais le plus avancé
01:18:04on va dire
01:18:04du point de vue familial
01:18:07oui
01:18:08Napoléon
01:18:08enfin Bonaparte
01:18:09donc on assiste
01:18:10à une régression
01:18:11à une régression
01:18:11et Bonaparte
01:18:12dit très clairement
01:18:14que
01:18:16les femmes
01:18:18avec ce qui s'est passé
01:18:19récemment
01:18:19elles ont pris
01:18:20trop de place
01:18:20elles ont oublié
01:18:24leur infériorité naturelle
01:18:25et qu'il est temps
01:18:26de leur rappeler
01:18:27qu'elles vont passer
01:18:30de la dépendance
01:18:31de leur père
01:18:32à celle
01:18:32de leur mari
01:18:33et donc là
01:18:34le divorce
01:18:35n'est pas supprimé
01:18:36tout de suite
01:18:37il le sera plus tard
01:18:38mais
01:18:40le divorce révolutionnaire
01:18:42était un divorce
01:18:42extrêmement libéral
01:18:44égalitaire
01:18:45hommes et femmes
01:18:46étaient sur le même plan
01:18:47ça c'est complètement
01:18:50remisé
01:18:51dans le code
01:18:53napoléonien
01:18:54c'est plus du tout
01:18:55égalitaire
01:18:56ça serait le mot de la fin
01:18:57on aurait souhaité
01:18:58rester beaucoup plus longtemps
01:18:59avec vous
01:19:00pour parler de ce rôle
01:19:01exercé par les femmes
01:19:02dans la révolution française
01:19:04après ce documentaire
01:19:05consacré à Olympe de Gouges
01:19:06Olympe de Gouges
01:19:07on l'a dit
01:19:07icône féministe aujourd'hui
01:19:09avec un buste
01:19:11à l'Assemblée nationale
01:19:11c'était en 2016
01:19:13qui trône d'ailleurs
01:19:15dans une salle
01:19:15assez connue
01:19:17qui s'appelle
01:19:17la salle des quatre colonnes
01:19:18et c'est cette salle
01:19:20qui accueille notamment
01:19:20les journalistes
01:19:21et les députés
01:19:22pour tout le travail
01:19:24de presse
01:19:25exercé ici
01:19:26à l'Assemblée nationale
01:19:26merci beaucoup
01:19:27à tous les deux
01:19:28d'avoir participé
01:19:29à cette émission
01:19:30merci à Thibaut Brosset et Kelle
01:19:32et puis merci tout spécial
01:19:33à Félicité Gabalda
01:19:35qui s'est passionnée
01:19:35pour ce sujet
01:19:37c'est grâce à Elkine
01:19:38que vous êtes présente
01:19:39aujourd'hui sur ce plateau
01:19:40vos réactions
01:19:41ça sera sur
01:19:41hashtag
01:19:42débat doc
01:19:43puis moi je vous donne
01:19:43rendez-vous
01:19:44pour un prochain débat doc
01:19:45ça sera bien sûr
01:19:45avec son documentaire
01:19:47et son débat
01:19:48à très bientôt
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