- il y a 19 heures
Certains États autoritaires profiteraient des célèbres notices rouges pour traquer des opposants politiques, des minorités ou des militants des droits humains. Ces avis de recherche internationaux publiés par Interpol sont la cible par de nombreuses critiques depuis plusieurs années, accusés d'être dévoyés par certains régimes illibéraux.
Interpol serait-elle devenue, malgré ses tentatives de contrôle, un instrument des dictatures ? Comment certains États profitent-ils, à mauvais escient, de la coopération internationale en matière de lutte contre la criminalité ?
Pour en débattre, Jean-Pierre Gratien reçoit Jean-Christophe Brisard, journaliste d'investigation, William Julié, avocat en droit pénal international et Mathieu Martinière, journaliste d'investigation et cofondateur de We Report.
Interpol serait-elle devenue, malgré ses tentatives de contrôle, un instrument des dictatures ? Comment certains États profitent-ils, à mauvais escient, de la coopération internationale en matière de lutte contre la criminalité ?
Pour en débattre, Jean-Pierre Gratien reçoit Jean-Christophe Brisard, journaliste d'investigation, William Julié, avocat en droit pénal international et Mathieu Martinière, journaliste d'investigation et cofondateur de We Report.
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00:00:00Générique
00:00:01Bienvenue à tous dans Débat Docs.
00:00:18Certains États profitent des avis de recherche internationaux notifiés par Interpol pour traquer des opposants politiques.
00:00:26Voilà ce que va vous démontrer le documentaire exclusif qui va suivre.
00:00:30Notice rouge, la face cachée d'Interpol.
00:00:33Je vous laisse le découvrir, puis l'auteur de cette enquête, Jean-Christophe Brisard.
00:00:38L'avocat William Julier et le journaliste Mathieu Martinière seront avec nous sur ce plateau.
00:00:43Avec eux, nous nous interrogerons sur ces dérives observées aujourd'hui concernant le réseau mondial de toutes les polices.
00:00:52Bon doc.
00:00:56Aujourd'hui, les menaces sont mondiales.
00:01:06Vous avez besoin d'un système mondial et c'est exactement ce qu'est Interpol.
00:01:09Interpol, le réseau mondial de toutes les polices.
00:01:28Une belle idée pour rendre notre monde plus sûr.
00:01:31Sauf si des dictatures et le grand banditisme s'en emparent et que des innocents en payent le prix.
00:01:37To present the award, please welcome journalist and director Andrié Gnot.
00:01:42Good evening, dear friends.
00:01:44Right now, I'm pretty sure that you are asking yourself, who is this guy?
00:01:50I'm a film director from Belarus, a country where dictatorship has put an end to freedom.
00:01:59In 2023, I was arrested at Belgrade airport and spent a year in detention.
00:02:07First in prison, then under house arrest, based on a fake Interpol order issued by Lukashenko.
00:02:15I faced the danger of extradition every single day.
00:02:21Due to open letters from European film community, I was freed.
00:02:27And, oh my God, you cannot imagine my gratitude.
00:02:34You have to understand that you saved my life.
00:02:39That's why I'm here now.
00:02:41Thank you.
00:03:11Thank you.
00:03:41It's my last day and my last day at Berlin.
00:03:54I cannot ask for a certificate of protection in Germany or a passport of refugee refugee in Germany.
00:04:01So, I would like to try to go to Poland and try to be lucky and try to be lucky in Poland.
00:04:08because the procedures are much faster and faster than in Germany.
00:04:16And, oh my God.
00:04:17And, oh my God.
00:04:18And, oh my God.
00:04:19And, oh my God.
00:04:21And, oh my God.
00:04:22And, oh my God.
00:04:23And, oh my God.
00:04:24And, oh my God.
00:04:25And, oh my God.
00:04:26And, oh my God.
00:04:27And, oh my God.
00:04:28And, oh my God.
00:04:29And, oh my God.
00:04:30And, oh my God.
00:04:31And, oh my God.
00:04:32And, oh my God.
00:04:33And, oh my God.
00:04:34And, oh my God.
00:04:35And, oh my God.
00:04:36And I have no place.
00:04:37Ah.
00:04:38Ok.
00:04:39Andrei pensait pouvoir reprendre sa vie d'avant, quand tout allait bien.
00:04:45La vie d'un homme normal, anonyme, libre.
00:04:48Il s'est trompé.
00:04:50Rien n'a changé.
00:04:52Il continue d'être un fugitif, en danger permanent, à cause d'un clic.
00:04:58Celui qu'a fait Interpol en validant un avis de recherche contre lui.
00:05:02C'était l'année dernière.
00:05:04Ça, c'est la référence du document d'Interpol me concernant.
00:05:08Diff, c'est pour diffusion.
00:05:12Et pour le monde entier.
00:05:14Zone 1, zone 2, zone 3, zone 4, zone 5, zone 6, zone 7, 8.
00:05:22Toute la planète.
00:05:24Et là, c'est le nom du procureur biélorusse.
00:05:28Je dispose de documents officiels qui confirment qu'il est placé sous sanction européenne pour persécution politique.
00:05:36Et Interpol a accepté une requête venant de lui.
00:05:42Comment est-ce possible ?
00:05:44Le régime biélorusse a monté un faux dossier de fraude fiscale.
00:05:48Son objectif était de le capturer et de lui faire payer son activisme pro-démocratie.
00:05:53Andrei a été l'un des organisateurs des manifestations d'août 2020 à Minsk.
00:06:03Elles ont éclaté juste après les élections présidentielles truquées.
00:06:07Contre toute attente, le régime de Loukachenko a tenu bon et depuis cherche les meneurs où qu'ils se trouvent sur la planète.
00:06:17Le réseau d'Interpol va les y aider.
00:06:21Pour Andrei, le piège se refermera en Serbie, un pays peu regardant en matière des droits de l'homme.
00:06:31Il y est jeté en prison fin octobre 2023.
00:06:34Pendant un an, il sera menacé d'être extradé à tout moment vers la Biélorussie.
00:06:41Sauf que son cas émeut l'opinion internationale et interpelle jusqu'au Conseil des droits de l'homme à l'ONU.
00:06:51Je vous demande de considérer avec une extrême prudence toute requête de coopération internationale avec la police, le pouvoir judiciaire ou l'administration fiscale de la Biélorussie.
00:07:01J'ai appris que les autorités ont même réussi à tromper Interpol en émettant des notices rouges afin de capturer des dissidents à l'étranger.
00:07:09Interpol finira par accepter son erreur et, au bout de neuf mois, annulera la notice rouge.
00:07:16Ce document officiel, c'est tout ce qu'obtiendra Andrei.
00:07:21Pas plus d'explications, pas d'excuses, pas un désolé mais la Biélorussie nous a trompés, rien.
00:07:28Si c'est si facile de tromper Interpol, pourquoi cette dictature ne pourrait pas émettre à nouveau des documents contre moi ?
00:07:38Donc, s'ils diffusent une nouvelle plainte, ça veut dire que je devrais me battre encore une année de plus ?
00:07:45Je serai une année de plus en prison ?
00:07:48Non, c'est joué à la roulette russe.
00:08:08Toute ma vie tient dans une seule valise.
00:08:26Interpol, manipulé par des dictatures ? Vraiment ?
00:08:38Juste la porte.
00:08:45Interpol, c'est quoi ?
00:08:47Interpol est une organisation internationale basée à Lyon, en France, qui relie entre elles toutes les polices de la planète, à part la Corée du Nord.
00:08:57Parmi les outils mis à disposition de ces États membres, il y a les notices rouges.
00:09:04Une notice rouge, on pourrait la définir comme une alerte internationale.
00:09:09C'est, je crois, le terme qui est tigé dans les règles d'Interpol.
00:09:12C'est une alerte qui vise à alerter tous les pays membres d'Interpol que telle ou telle personne est recherchée par tel pays.
00:09:21Et toujours avec ces finalités qui sont importantes de retenir, localiser, arrêter, extrader.
00:09:28Prenons un exemple. Le Brésil recherche un membre du grand banditisme qui a fui le pays.
00:09:35Il prévient Lyon pour que soit diffusée une notice rouge.
00:09:42Si cette demande est jugée conforme aux règles d'Interpol, elle intègre sa base de données.
00:09:50Toutes les polices du monde sont alors prévenues.
00:09:53Il y a environ 70 000 notices rouges actuellement en circulation.
00:09:59Elles permettent chaque année de capturer des milliers de criminels, mais aussi des innocents.
00:10:06Des États ont en effet compris que ce système serait parfait pour cibler des opposants.
00:10:11Je pense que quoi qu'il arrive, on pourra abuser du système ou trouver une faille.
00:10:15C'est comme ça.
00:10:16Puisque sauf parce que Interpol se transforme en cours national, ce qui n'est pas du tout son mandat ni ce que je lui souhaite.
00:10:24Mais on ne pourra jamais vérifier telle ou telle preuve dans tel dossier.
00:10:29Interpol ne pourra jamais le vérifier.
00:10:31Donc en fait, il y aura toujours cette faille dans le système qui est de, si j'arrive à avoir un mandat d'arrêt bidonné par un juge,
00:10:40et qu'il n'y a aucune information publique sur la personne qui est visée par cette notice injuste,
00:10:46ce sera très dur de l'identifier comme injuste et de ne pas la publier pour le secrétaire général d'Interpol.
00:10:52Ce détournement des outils d'Interpol inquiète et provoque de plus en plus de critiques partout dans le monde.
00:10:59Certains États abusent le système Interpol et émettent des notices rouges juste pour mettre sous pression les opposants et les défenseurs des droits humains.
00:11:11Interpol est un réseau mondial essentiel pour l'application de la loi qui aide les polices de différents pays à coopérer pour lutter contre la criminalité.
00:11:22Malheureusement, il est également devenu un outil entre les mains de despotes et d'escrocs qui cherchent à punir les dissidents et les opposants politiques.
00:11:33Des accusations que rejette en bloc le secrétaire général d'Interpol.
00:11:38Récemment, nous avons vu divers commentaires sur Interpol, dont la plupart étaient malheureusement mal informés ou erronés.
00:11:48Permettez-moi de commencer par quelques mots sur l'un des outils les plus connus et les plus efficaces de cette organisation, les notices rouges.
00:11:58Précisons d'abord qu'une notice rouge n'est pas un mandat d'arrêt.
00:12:04En 2016, j'ai créé un groupe de travail spécialisé qui examine chaque demande de notice rouge de chaque pays membre afin de s'assurer qu'elle est conforme à la constitution d'Interpol et aux règles de procédure.
00:12:18Ces images donnent tort à Interpol.
00:12:28Nous sommes le 21 juillet 2024. Paul Watson est arrêté au Groenland par la police locale à cause d'une notice rouge.
00:12:45La notice rouge a été émise contre moi par le Japon. C'était une motivation purement politique.
00:12:53Vous savez, la notice rouge vise les tueurs en série, les criminels de guerre et les grands trafiquants de drogue.
00:12:58Paul Watson n'est rien de tout ça. Ce célèbre militant écologiste a fondé Sea Shepherd, une ONG de défense des océans.
00:13:09Depuis des années, avec ses équipes et ses navires, Paul Watson n'hésite pas à s'opposer aux baleiniers japonais, y compris au péril de sa vie.
00:13:18Ils veulent se venger d'une émission qui a humilié et fait honte à l'industrie baleinière japonaise.
00:13:26Et pour ce dont ils m'accusent, je n'étais même pas présent à l'époque.
00:13:30Malgré ses absences de preuves, la notice rouge japonaise a conduit cet homme de 74 ans dans une prison du Groenland.
00:13:39J'y suis resté cinq mois et ils ont décidé de m'envoyer au Japon.
00:13:46Le lendemain, le procureur général du Danemark a pris la décision politique de me libérer.
00:13:52Ce qui l'a sauvé, c'est qu'il était mondialement connu.
00:13:55Voici des lettres du monde entier. Il y a environ 7000 lettres de soutien provenant d'une quarantaine de pays différents.
00:14:02Chacune d'elles était positive. Je n'ai reçu aucune lettre hostile.
00:14:05En classe de cinquième, on étudie les histoires portées par des héros.
00:14:11Bref, ils se sont servis de son histoire. En classe.
00:14:17Je les ai toutes lues. Bien sûr, j'avais beaucoup de temps.
00:14:22Mais comme ma main était blessée, je n'ai pu répondre qu'à 10% de ces courriers.
00:14:28J'espère pouvoir leur envoyer à tous des réponses.
00:14:32Toutes les victimes innocentes de notice rouge n'ont pas la chance de Paul Watson.
00:14:38Celle d'être connue.
00:14:40D'avoir un soutien médiatique, politique, pour espérer s'en sortir.
00:14:45Elles ne peuvent compter que sur leur famille pour crier au monde cette injustice.
00:14:50Et qui les entend alors ?
00:14:52En janvier 2022, j'avais rencontré une jeune femme Ouïghour à Istanbul.
00:15:00Elle s'appelle Bouzaynour.
00:15:02Son mari Idriss, il était emprisonné à Casablanca, au Maroc.
00:15:06À cause d'une notice rouge lancée par Pékin.
00:15:09Comme pour Andrei, Interpol l'avait annulée.
00:15:14Sauf qu'à cause des pressions chinoises, Idriss n'avait pas été relâchée.
00:15:20Trois ans ont passé.
00:15:21Je retrouve Bouzaynour chez elle, avec ses trois enfants.
00:15:26Aussi fou que cela puisse paraître, Idriss est toujours en prison au Maroc.
00:15:32La jeune femme a dû apprendre à vivre avec cette absence, à élever seul son fils et ses deux filles.
00:15:38Mon mari Idriss Hassan, il cuisine mieux que moi.
00:15:53Vraiment ?
00:15:55Il m'a appris à cuisiner après notre mariage, parce que je ne savais pas comment cuisiner.
00:16:08Les carences d'Interpol peuvent détruire la vie des victimes des notices rouges abusives.
00:16:14Mais aussi celles de leurs proches, de leur famille.
00:16:18Bouzaynour est une Ouïghour, une minorité turcophone de Chine.
00:16:23Depuis au moins dix ans, il est de notoriété publique que ce peuple est persécuté par Pékin.
00:16:32Avec son mari, elle avait fui en Turquie en 2013 pour y vivre en sécurité.
00:16:39Mais, même à Istanbul, les pressions des services secrets chinois sont trop fortes.
00:16:49Idriss décide alors de tenter sa chance en Europe.
00:16:52Son plan est simple.
00:16:54Partir seul, et ensuite, si tout va bien, faire venir le reste de la famille.
00:17:03Le 20 juillet 2021, il prend le premier vol qu'il peut.
00:17:06Ce sera vers le Maroc.
00:17:09A peine arrivé, la police lui annonce qu'il est l'objet d'une notice rouge et est arrêté.
00:17:15On espère vraiment qu'il puisse être libéré rapidement, car il se trouve dans une cellule à l'isolement.
00:17:27Il m'a confié que son équilibre mental était impacté.
00:17:32Et parfois, il dit, le gouvernement marocain va me garder en prison jusqu'à ce que je meure.
00:17:41Est-ce que je meurs ?
00:17:42Est-ce que je meurs ?
00:17:43Est-ce que je meurs habite dans l'ISA ?
00:17:45Est-ce que je meurde ?
00:17:46Est-ce que je veux ?
00:17:47Est-ce que je meurs habite ?
00:17:48Est-ce que je meurs habite ?
00:17:52Leur père leur manque énormément.
00:18:03Parfois, ils sont tristes et se mettent à pleurer sans raison.
00:18:11Alors, je me suis dit que d'avoir chacun un chat, ça pourrait les aider.
00:18:17Et ça marche.
00:18:19Leur morale est meilleure qu'avant.
00:18:22Je suis dit que d'avoir un chat, ça pourrait être un chat, ça aurait été un chat.
00:18:24Je suis très heureux.
00:18:25Je suis très heureux, je suis très heureux.
00:18:27J'ai un chat, c'est un chat.
00:18:28Je suis très heureux.
00:18:33« Je l'aime beaucoup mon bébé. »
00:18:37« Je l'aime beaucoup mon bébé. »
00:18:42« Mon bébé, mon bébé. »
00:18:45Se montrer joyeuse, Buzaynour y arrive encore, pour les enfants.
00:18:53Mais au fond d'elle, c'est la colère qui domine.
00:18:57Cette femme d'apparence timide et réservée est bien décidée à demander des comptes.
00:19:03« Voilà le document qui indique que la notice rouge de mon mari a été annulée. »
00:19:10« Je ne comprends pas bien. Interpol l'a annulée, mais mon mari n'est toujours pas libéré. »
00:19:16« Interpol devrait se sentir responsable pour ce qui arrive à mon mari et à toute notre famille. »
00:19:22« Ces trois petits-enfants qui grandissent sans père à cause d'Interpol, ils ont détruit notre famille. »
00:19:31Sauf que le secrétariat général d'Interpol ne se sent plus concerné.
00:19:36Il estime avoir résolu le problème en retirant la notice rouge.
00:19:40Les conséquences, ça ne l'intéresse pas.
00:19:43« Si la personne a déjà été arrêtée sur la base de cette notice, c'est pas la suppression de la notice qui la fera sortir de détention.
00:19:52Une fois que les autorités nationales ont arrêté une personne, c'est elles qui ont la main sur ce qu'elles veulent faire de cette personne.
00:19:59Le seul avantage à contester une notice alors qu'une personne est déjà en détention, c'est de parier sur le fait qu'elle pourrait être lâchée ou qu'il y aurait une décision de non-extradition.
00:20:11Et dans ce cas-là, ça lui permettrait de voyager, de quitter le pays pour aller vers un autre pays. »
00:20:19En réalité, c'est un pari souvent perdu d'avance.
00:20:23Surtout quand on a face à soi Pékin, qui dispose de moyens illimités pour faire pression.
00:20:31Voilà pourquoi le Maroc garde Idriss dans ses geôles.
00:20:34La Chine a bien saisi à quel point Interpol peut lui être utile.
00:20:43Depuis 2022, Pékin en est devenu le principal bailleur, doublant subitement sa part dans le budget annuel.
00:20:52Et payant même les contributions d'autres pays membres parmi les plus pauvres.
00:20:57Est-ce qu'à terme, il n'y a pas un risque pour l'indépendance d'Interpol ?
00:21:03Si, il y a un risque, mais qu'est-ce qu'on fait contre ce risque ?
00:21:07C'est toujours une question existentielle.
00:21:11Si aucun pays est prêt à mettre de l'argent au niveau, à hauteur de ce qui est prêt à mettre la Chine,
00:21:17on fait quoi ? On refuse les contributions de la Chine ?
00:21:22Moi, c'est des questions où je n'ai pas de réponse particulière.
00:21:25C'est des questions politiques, éminemment politiques.
00:21:29Le fait que la Chine puisse être le premier contributeur d'Interpol, est-ce que c'est un problème ?
00:21:35Je ne sais pas. Est-ce qu'il n'y a personne d'autre qui est capable de mettre de l'argent que la Chine ?
00:21:40On fait quoi ? On ferme Interpol ?
00:21:42Il va falloir s'y faire.
00:21:47Interpol dépend de plus en plus d'un régime connu pour menacer ses opposants, même en dehors de ses frontières.
00:21:55Alors que normalement, les Ouïghours qui vivent en Chine n'ont pas le droit d'appeler l'étranger,
00:22:01Buzaynour a reçu un étrange appel de son père, du Xinjiang.
00:22:05Mon père m'a appelé et m'a demandé des nouvelles de mon mari.
00:22:13Je lui ai dit « Il n'est pas à la maison ».
00:22:15Il m'a répondu « Ne mens pas. Je sais ce qui est arrivé à ton mari.
00:22:21On sait tout sur toi et sur ton mari.
00:22:23J'ignore pourquoi la police a laissé mon père communiquer avec moi.
00:22:35Peut-être qu'ils ont fait ça pour faire pression sur moi
00:22:39et m'inciter à ne rien faire pour sauver mon mari.
00:22:45Mais je ne m'arrêterai pas.
00:22:48Pas avant que mon mari soit libéré.
00:22:51Je ne m'arrêterai pas.
00:22:53Ce drame n'a rien changé au mode de fonctionnement d'Interpol.
00:23:03Chaque année, des pays émettent en toute impunité
00:23:06des centaines de notices rouges pour des raisons politiques.
00:23:10Les failles béantes du système,
00:23:13des membres du grand banditisme en profitent également.
00:23:16Mais cette fois-ci, pour faire sauter leurs notices rouges.
00:23:19En Moldavie, des fonctionnaires suspectés d'avoir été payés
00:23:26pour effacer des notices rouges Interpol de fugitifs liés au crime organisé.
00:23:31En tout, ce sont 26 criminels
00:23:33qui ont profité d'un réseau de corruption au sein même d'Interpol.
00:23:38Comme ce truant ukrainien.
00:23:40Il est recherché depuis des années par toutes les polices du monde.
00:23:43Pourtant, il a pu venir en France sans craindre d'être arrêté.
00:23:48On le voit ici en janvier 2023,
00:23:50en doudounes rouges, faire la fête à Courchevel.
00:23:52Juin 2024, la France et le FBI lancent une vaste opération en Moldavie
00:24:13pour arrêter les responsables de cette escroquerie,
00:24:16dont le chef local d'Interpol.
00:24:17Cette nouvelle crise qui ébran l'Interpol
00:24:45trouve ses racines en Europe orientale, en Moldavie.
00:24:50Un pays de 2,5 millions d'habitants
00:24:53enclavé entre la Roumanie et l'Ukraine.
00:24:59Cette ex-république soviétique
00:25:01est non seulement l'état le plus pauvre du continent européen,
00:25:05mais aussi l'un des plus corrompus.
00:25:10Marcella Zamojteanu
00:25:11est une journaliste d'investigation moldave.
00:25:14Elle a gagné de nombreux prix pour des reportages sur ce type d'affaires
00:25:18qui mêlent politique et argent.
00:25:22Après 6 mois d'enquête,
00:25:24elle est en mesure de décrire point par point
00:25:26les étapes de ce système crapuleux.
00:25:29Avant de publier son article,
00:25:32elle en fait part à l'un de ses collègues.
00:25:33Je vais t'expliquer.
00:25:38Il y avait un avocat en République de Moldavie
00:25:41qui représentait tous ces criminels,
00:25:4326 au total.
00:25:45Après cela,
00:25:46cet avocat,
00:25:48soi-disant avec l'aide et les connaissances de Pirlog,
00:25:52a déposé des demandes ici,
00:25:54au bureau de l'immigration et de l'asile de Moldavie,
00:25:57pour qu'ils puissent devenir demandeurs d'asile.
00:26:01Ensuite,
00:26:02sans que ces personnes ne viennent ici,
00:26:04l'avocat faisait comme si elles étaient venues,
00:26:06qu'elles avaient donné leurs empreintes digitales
00:26:08et s'étaient fait prendre en photo.
00:26:11Pour finir,
00:26:12le même avocat envoyait le document
00:26:14à Interpol à Lyon
00:26:15indiquant qu'il s'agissait de demandeurs d'asile
00:26:18en République de Moldavie
00:26:19afin de les retirer de la notice rouge.
00:26:23Les organisateurs de ce stratagème
00:26:25avaient de toute évidence
00:26:27une connaissance parfaite
00:26:28du fonctionnement d'Interpol
00:26:29et surtout de la Commission de contrôle des fichiers,
00:26:33la CCF.
00:26:35C'est elle qui traite les demandes d'effacement des notices.
00:26:39Il existe trois critères
00:26:41pour suspendre une notice rouge.
00:26:43Si elle n'est pas conforme
00:26:44à la Déclaration universelle des droits de l'homme,
00:26:46si elle présente un caractère politique,
00:26:50militaire, religieux ou racial,
00:26:53si elle ne concerne pas
00:26:55une infraction de droit commun
00:26:57particulièrement grave.
00:27:00En 2017,
00:27:02un autre critère a été ajouté.
00:27:04Si la personne recherchée
00:27:05possède un statut de réfugié.
00:27:08C'est sur ce dernier point
00:27:10que repose l'affaire Moldave.
00:27:12Le statut de réfugié
00:27:13qui empêche toute notice rouge.
00:27:15Un détail important,
00:27:18ce nouveau critère a été ajouté
00:27:19alors que le président de la CCF
00:27:21était Vitaly Pirlog,
00:27:23un ancien ministre de la justice moldave.
00:27:27Or, ce même Pirlog se trouve aujourd'hui
00:27:29en tête des personnes soupçonnées
00:27:31d'avoir orchestré
00:27:32ce vaste système de corruption.
00:27:35Voilà donc tout le stratagème.
00:27:38Ce sont des faits avérés.
00:27:39Pourtant, je pense qu'il sera très difficile
00:27:41à la justice de prouver
00:27:42que Pirlog est le cerveau du complot.
00:27:44Les sommes en jeu,
00:27:46c'était entre 2 et 3 millions d'euros
00:27:48par personne, en moyenne.
00:27:56Pour l'instant,
00:27:57la justice moldave
00:27:58rechigne à désigner publiquement
00:28:00Pirlog parmi les suspects,
00:28:02car il est puissant.
00:28:04Mais la journaliste a appris
00:28:05que la villa de l'ancien ministre
00:28:06avait été perquisitionnée.
00:28:09Pour Marcella,
00:28:09ce serait un indice supplémentaire
00:28:12de son implication.
00:28:14Nous partons voir la maison
00:28:16de M. Pirlog,
00:28:17ici, à Kishinau.
00:28:19Cette maison a été placée
00:28:21sous séquestre en juillet 2024.
00:28:23C'est pour nous une preuve
00:28:26que M. Pirlog est impliqué
00:28:28dans cette affaire d'Interpol.
00:28:30« J'espère que ça n'est pas
00:28:33un quartier sécurisé.
00:28:35Nous verrons bien.
00:28:36On y est, je crois.
00:28:39Ah non, pas tout à fait.
00:28:45Ça a l'air très luxueux.
00:28:49Il y a une barrière, regardez.
00:28:52C'est celle-là.
00:29:09La première.
00:29:16Je vais la photographier.
00:29:22Vous ne voulez pas filmer la maison.
00:29:41Il faut filmer la maison maintenant
00:29:43parce que nous ne savons pas
00:29:44qui pourrait surgir.
00:29:47Vous avez peur ?
00:29:48Nous pourrions avoir
00:29:49des agents de sécurité.
00:29:52Et Pirlog ?
00:29:54Je pense qu'ils nous observent
00:29:56de Dubaï.
00:30:03Marcella n'est pas paranoïaque.
00:30:06Elle sait à qui elle a affaire.
00:30:08En plus d'avoir été ministre,
00:30:10Vitaly Pirlog a également dirigé
00:30:12les services secrets moldaves.
00:30:14Même s'il s'est exilé
00:30:15aux Émirats Arabes Unis,
00:30:17il dispose de relais puissants
00:30:19dans la capitale,
00:30:20suffisamment pour affaiblir
00:30:21sa pire ennemie,
00:30:23la procureure générale anticorruption,
00:30:25Véronika Dragaline.
00:30:28C'est elle qui est chargée
00:30:29de l'enquête sur l'affaire
00:30:30d'Interpol en Moldavie.
00:30:32Elle a accepté
00:30:33de m'accorder une interview.
00:30:35Personne d'autre,
00:30:36à part le ministère de la Justice,
00:30:38est au courant.
00:30:40Mais visiblement,
00:30:41l'information a vite fuité.
00:30:43Cette vidéo a été publiée
00:30:45sur Internet le jour même
00:30:47par un activiste politique
00:30:48bien connu dans la capitale.
00:30:50Après avoir donné une interview
00:30:52à la presse française,
00:30:54on annonce que demain,
00:30:55même si ce n'est pas officiel,
00:30:57une réunion aura lieu
00:30:58au cours de laquelle
00:30:59Mme Dragaline
00:31:00annoncera sa démission.
00:31:02C'est une femme sous pression
00:31:03que je retrouve.
00:31:05D'autant plus qu'elle vient
00:31:05d'apprendre que Pirlog
00:31:06la poursuivait devant
00:31:08les tribunaux pour diffamation.
00:31:09Il existe différentes méthodes
00:31:13pour dissuader un procureur
00:31:15et le décourager
00:31:16d'aller de l'avant.
00:31:17Je ne pense pas
00:31:19que j'aurais atteint ce poste
00:31:20si je n'avais pas eu
00:31:21le caractère d'une personne
00:31:22qui ne renonce jamais.
00:31:25Et ce genre de tentative
00:31:27ne me dissuade pas,
00:31:29même si nous comprenons parfaitement
00:31:30que les personnes impliquées
00:31:31sont très influentes
00:31:32et ont accès
00:31:33à des sommes considérables.
00:31:35Malgré cet environnement hostile,
00:31:43la jeune procureure
00:31:43formée aux Etats-Unis avance.
00:31:46Elle est en mesure
00:31:46de prouver que ce système
00:31:47de corruption
00:31:48était encore plus étendu
00:31:49et concernait aussi
00:31:51d'autres données sensibles
00:31:53d'Interpol.
00:31:56Nous avons révélé
00:31:57une autre phase
00:31:58de cette escroquerie.
00:32:01Grâce à ce que nous avons
00:32:02pu documenter,
00:32:03nous savons que chaque paiement
00:32:05réalisé pour cette partie
00:32:06de l'arnaque
00:32:06s'élevait à 500 dollars.
00:32:11Ce montant suffisait
00:32:12pour savoir
00:32:12si le passeport
00:32:13d'un individu
00:32:14se trouvait ou non
00:32:15dans la base
00:32:16de données d'Interpol.
00:32:19En clair,
00:32:21contre seulement 500 dollars,
00:32:23les criminels
00:32:23pouvaient savoir
00:32:24s'ils étaient recherchés
00:32:25par Interpol.
00:32:27Une information cruciale,
00:32:28car environ 90%
00:32:30des notices rouges
00:32:31ne sont pas rendues publiques.
00:32:33C'est rien, 500 dollars.
00:32:35C'est tout relatif.
00:32:37Cela dépend, j'imagine,
00:32:38de à qui vous demandez cela.
00:32:40En Moldavie,
00:32:41pour certaines personnes,
00:32:43c'est beaucoup.
00:32:44Cela peut représenter
00:32:45peut-être la moitié
00:32:46de leur salaire mensuel.
00:32:47pour un trafiquant de drogue,
00:32:49bien sûr,
00:32:50ce n'est rien.
00:32:51C'est un système
00:32:53de corruption mondiale.
00:32:55Dans le cadre
00:32:55de notre enquête,
00:32:56nous avons donc dû envoyer
00:32:57des demandes d'entraide
00:32:58judiciaire
00:32:59à 7 ou 8 pays différents.
00:33:02Nous avons reçu
00:33:03des résultats
00:33:03pour certains,
00:33:05tandis que nous attendons
00:33:06des réponses
00:33:06pour d'autres.
00:33:07Mais je peux affirmer
00:33:08que d'après
00:33:09les différents résultats
00:33:10obtenus
00:33:10et les analyses
00:33:11que nous avons menées,
00:33:13des sommes de l'ordre
00:33:14de plusieurs millions d'euros
00:33:15sont en jeu.
00:33:22Peu de temps
00:33:23après cette interview,
00:33:24Véronika Dragaline
00:33:25sera poussée
00:33:26à la démission
00:33:27pour des raisons politiques.
00:33:29Mon mandat
00:33:30de procureur général
00:33:31du parquet anticorruption
00:33:32a pris fin.
00:33:33Mais si certains pensaient
00:33:38que cela suffirait
00:33:39pour étouffer
00:33:39l'affaire Interpol,
00:33:41ils vont être déçus.
00:33:43Quelques heures
00:33:44avant de quitter
00:33:44ses fonctions,
00:33:46coup de théâtre.
00:33:47Elle annonce publiquement
00:33:48les inculpations officielles
00:33:50de l'ensemble
00:33:51des responsables
00:33:52de cette arnaque.
00:33:55Aujourd'hui,
00:33:56en tant que responsable
00:33:58de l'enquête criminelle,
00:34:00j'ai signé
00:34:01les actes
00:34:01d'accusation définitifs.
00:34:03contre l'ancien directeur
00:34:05du bureau moldave
00:34:06d'Interpol
00:34:07et l'ancien responsable
00:34:09du bureau
00:34:10de l'immigration.
00:34:13Auparavant,
00:34:14des actes
00:34:15d'accusation définitifs
00:34:17ont été signés
00:34:18contre un avocat
00:34:19et l'ancien président
00:34:21de la commission
00:34:22de contrôle
00:34:22des fichiers
00:34:23d'Interpol.
00:34:31Marcela,
00:34:32elle non plus,
00:34:32n'a pas cédé aux pressions
00:34:34et a réussi
00:34:35à dresser la liste
00:34:36de ceux
00:34:36qui ont profité
00:34:37du système.
00:34:41J'ai découvert
00:34:43des criminels
00:34:44qui étaient impliqués
00:34:44dans le trafic
00:34:45de drogue,
00:34:47le blanchiment
00:34:48d'argent,
00:34:49la fraude bancaire.
00:34:51Ils sont recherchés
00:34:52par la France,
00:34:54la Chine,
00:34:55le Kyrgyzstan,
00:34:57la Russie,
00:34:57l'Ukraine.
00:34:58c'était entre
00:35:001 et 3 millions
00:35:01de dollars
00:35:02par personne.
00:35:04Par personne.
00:35:06C'est énorme.
00:35:08Bien sûr.
00:35:09Tous,
00:35:10ce sont des gros poissons
00:35:11et ils ont
00:35:12assez d'argent
00:35:13pour payer
00:35:14ce qu'il faut
00:35:15pour éviter
00:35:15d'avoir une notice rouge.
00:35:17Lui,
00:35:18c'est Sergei
00:35:19Shpach,
00:35:19un homme d'affaires
00:35:20russe.
00:35:23Lui,
00:35:23c'est Sergei
00:35:24Ocherovski,
00:35:25un Ukrainien.
00:35:26Prenons cet exemple.
00:35:28On a ce cas.
00:35:29Tariq.
00:35:30C'est un Français.
00:35:34Il est l'un
00:35:35des trafiquants
00:35:35de drogue
00:35:36les plus recherchés
00:35:37par la France.
00:35:40Il est suspecté
00:35:43d'avoir fait importer
00:35:443,3 tonnes
00:35:45de cocaïne.
00:35:46La valeur
00:35:50est estimée
00:35:50approximativement
00:35:51à 230 millions
00:35:53d'euros.
00:35:55C'est énorme.
00:35:58Officiellement,
00:35:59entre 2022
00:36:00et 2023,
00:36:02tous ces individus
00:36:03vivaient ici,
00:36:04en Moldavie.
00:36:06Mais en réalité,
00:36:08ils n'ont jamais
00:36:09mis les pieds
00:36:10dans le pays.
00:36:12Ils se sont juste
00:36:15servis de cette
00:36:16arnaque d'Interpol
00:36:17pour échapper
00:36:19à leur notice rouge
00:36:20et ainsi voyager
00:36:21librement
00:36:22dans le monde entier.
00:36:25Ils ont pu
00:36:26profiter de la vie
00:36:27avec beaucoup
00:36:28d'argent.
00:36:30Leur meilleure vie.
00:36:33Celui qui ne vit pas
00:36:34sa meilleure vie,
00:36:36c'est Andrei,
00:36:37le dissident
00:36:37biélorusse
00:36:38que j'avais quitté
00:36:38à Berlin.
00:36:41Je reçois
00:36:41un message inquiétant
00:36:42de sa part.
00:36:43Interpol,
00:36:46ma notice rouge,
00:36:48elle est toujours là.
00:36:51Je suis en Moldavie,
00:36:54mais on peut se faire
00:36:54un appel vidéo.
00:37:00Hier,
00:37:01j'ai reçu
00:37:02une information
00:37:02très importante
00:37:03et très mauvaise.
00:37:06Un ami
00:37:07géorgien
00:37:08m'a dit
00:37:08Andrei,
00:37:10si tu viens
00:37:10en Géorgie,
00:37:12c'est sûr
00:37:12à 100%,
00:37:14tu seras arrêté
00:37:16immédiatement
00:37:16à l'aéroport
00:37:18car tu es toujours
00:37:18sur la liste
00:37:19rouge
00:37:20d'Interpol.
00:37:25Et il ne s'agit
00:37:27pas d'une nouvelle
00:37:28notice,
00:37:29mais bien
00:37:29de l'ancien avis
00:37:30de recherche
00:37:31d'Interpol.
00:37:33Il n'a donc
00:37:33pas été supprimé.
00:37:34combien de pays
00:37:37se trouvent
00:37:38dans la même
00:37:38situation
00:37:38que la Géorgie ?
00:37:43Combien de pays
00:37:45exploitent
00:37:46actuellement
00:37:46cette erreur
00:37:47d'Interpol ?
00:37:50Combien de pays
00:37:51pourraient encore
00:37:51détruire ma vie ?
00:37:54J'espère donc
00:37:55sincèrement
00:37:56que le gouvernement
00:37:57polonais
00:37:57se montrera
00:37:59plus souple
00:37:59que le gouvernement
00:38:00allemand
00:38:01et qu'il pourra
00:38:02m'accorder
00:38:03cette protection
00:38:04vitale ?
00:38:08L'homme
00:38:13que je retrouve
00:38:13à Varsovie
00:38:14a changé.
00:38:15Il doute.
00:38:16Son dossier
00:38:17n'avance pas
00:38:17auprès des autorités
00:38:18polonaises
00:38:19et il n'a bientôt
00:38:20plus d'argent.
00:38:22Un ami
00:38:22lui a donné
00:38:22le contact
00:38:23de Tomasz Budnikowski,
00:38:25un avocat spécialisé
00:38:26dans les notices
00:38:27rouges abusives.
00:38:29Il est sa dernière chance.
00:38:30Ma question est
00:38:31qui est responsable
00:38:33pour toutes ces
00:38:34nightmares
00:38:34que j'ai eu
00:38:35parce que
00:38:36ce n'est pas
00:38:37mon duty
00:38:38ce n'est pas
00:38:38ce que j'ai
00:38:39deserve.
00:38:41Donc je voudrais
00:38:42dire
00:38:42pas maintenant
00:38:45parce que
00:38:46maintenant je suis
00:38:46broken
00:38:47et je dois
00:38:47fight
00:38:48pour les
00:38:48papers
00:38:48pour la protection
00:38:49internationale
00:38:50mais après
00:38:51je voudrais
00:38:52demander
00:38:53qui est responsable
00:38:55pour tout
00:38:55ce qui ?
00:38:57Serbien ?
00:38:58Serbien
00:38:59Avoir le sentiment
00:39:18d'être compris,
00:39:19entendu,
00:39:21Andrei
00:39:21n'en a jamais eu
00:39:22autant besoin.
00:39:24Il sait que cela
00:39:25ne résoudra pas forcément
00:39:26tous ces problèmes
00:39:27mais il prend.
00:39:29Le moindre espoir,
00:39:30même fragile,
00:39:32lui permet de tenir
00:39:32bon dans cette ville
00:39:33où les personnes
00:39:34à qui se confier
00:39:35sont si rares.
00:39:39Parmi elles,
00:39:40il y a
00:39:40Alexander,
00:39:41un Ukrainien
00:39:42qui,
00:39:42il y a 10 ans,
00:39:43a fui le Donbass
00:39:44occupé par la Russie.
00:39:45Alors,
00:39:50t'en es où ?
00:39:51J'attends.
00:39:52Juste j'attends.
00:39:54Et t'attends quoi ?
00:39:56Les documents.
00:39:58Aujourd'hui,
00:39:59j'ai réalisé
00:39:59qu'il me restait
00:40:0012 jours
00:40:01avant de devoir
00:40:03quitter cet appartement
00:40:04pour un autre.
00:40:06Mais je n'en ai pas
00:40:07d'autre.
00:40:08Je ne sais pas
00:40:09où aller.
00:40:10Cette histoire
00:40:11d'appartement
00:40:11peut tout foutre
00:40:13en l'air.
00:40:14Ça m'inquiète,
00:40:14vraiment.
00:40:16Ouais,
00:40:17je vois.
00:40:18C'est très,
00:40:19très difficile.
00:40:22Ta situation
00:40:22financière,
00:40:24ta santé
00:40:24et même
00:40:26ta situation
00:40:26politique.
00:40:30Honnêtement,
00:40:31je me sentais
00:40:31plus en sécurité
00:40:33à Berlin.
00:40:34Je sais pertinemment
00:40:35qu'il y a
00:40:36beaucoup d'agents
00:40:36du KGB
00:40:37biélorusse
00:40:38à Varsovie,
00:40:40des types dangereux.
00:40:42Du coup,
00:40:43j'essaie
00:40:44d'éviter les gens.
00:40:46J'essaie
00:40:46d'éviter
00:40:46les foules.
00:40:48J'essaie
00:40:48d'éviter
00:40:48les transports
00:40:49en commun
00:40:50parce que
00:40:50les gens
00:40:51me reconnaissent.
00:40:53Un exemple,
00:40:54je t'en ai déjà
00:40:55parlé,
00:40:56je venais
00:40:56de prendre
00:40:56le tram.
00:40:58Seulement
00:40:5830 minutes
00:40:59après,
00:41:00j'ai reçu
00:41:00une photo
00:41:01de Minsk,
00:41:02de Biélorussie,
00:41:03me montrant
00:41:04assis
00:41:04dans ce tram.
00:41:07Ça veut dire
00:41:08que quelqu'un
00:41:08m'a pris en photo
00:41:09et l'a envoyé.
00:41:10voici la photo
00:41:14de moi
00:41:14dans le tram.
00:41:15Je ne sais pas
00:41:16qui l'a prise.
00:41:17Je ne sais pas
00:41:18quelqu'un.
00:41:20C'est pourquoi
00:41:21je dois me montrer
00:41:22très prudent,
00:41:23même ici.
00:41:27Le plus difficile
00:41:27pour Andrei,
00:41:29c'est qu'en tombe
00:41:29la nuit
00:41:30et qu'il se retrouve
00:41:31seul dans un appartement
00:41:32qui n'est pas le sien.
00:41:35Il prend alors
00:41:35conscience
00:41:36de tout ce qu'il a perdu,
00:41:37de cette vie d'avance
00:41:39si prometteuse
00:41:40quand il réalisait
00:41:41des spots
00:41:42de publicité.
00:41:46Je progressais
00:41:49à une vitesse folle.
00:41:52Mes projets
00:41:53devenaient
00:41:54plus ambitieux,
00:41:56plus intéressants,
00:41:58avec des scénarios
00:42:00toujours plus captivants.
00:42:01et ils m'ont brisé.
00:42:07Ils m'ont brisé
00:42:08alors que j'étais
00:42:08à mon plus haut niveau
00:42:09professionnel.
00:42:11Ce n'est pas juste,
00:42:13ce n'est pas bien,
00:42:15ce n'est pas normal.
00:42:17C'est impossible
00:42:18de dire
00:42:18c'est ok,
00:42:19une personne peut souffrir
00:42:20alors qu'elle n'a rien fait.
00:42:24Non,
00:42:25on ne peut pas subir ça
00:42:26sans raison.
00:42:28On ne peut pas
00:42:29agir ainsi.
00:42:31subir cette injustice
00:42:35et le mépris
00:42:36d'Interpol.
00:42:37Les victimes
00:42:38en ont assez.
00:42:40Certaines se révoltent
00:42:41et demandent des comptes
00:42:42devant les tribunaux.
00:42:49Jusqu'à aujourd'hui,
00:42:50Interpol n'a même pas dit
00:42:51un simple désolé.
00:42:55Ils n'ont pas dit
00:42:56on souhaite s'excuser
00:42:57pour ce que l'on a fait.
00:42:58Désolé pour vos souffrances.
00:43:01Ils n'en ont rien à faire.
00:43:07Cet homme s'appelle
00:43:07Sayed Alwadehi.
00:43:10Il a porté plainte
00:43:10contre Interpol
00:43:11fin novembre 2023.
00:43:13Pas pour lui,
00:43:14mais au nom
00:43:15de son ami
00:43:15Ahmed Jafar
00:43:17qui croupit
00:43:18dans une prison
00:43:18à Bahreïn.
00:43:20Ahmed est un célèbre
00:43:21dissident politique
00:43:22de ce petit royaume arabe.
00:43:24Et cela,
00:43:25Interpol
00:43:26ne pouvait pas l'ignorer.
00:43:27S'ils avaient cherché
00:43:28le nom d'Ahmed
00:43:29sur Google,
00:43:30ils l'auraient trouvé.
00:43:31Human Rights Watch
00:43:32avait publié
00:43:33des rapports sur lui.
00:43:34N'importe qui
00:43:35avec des compétences
00:43:36de base,
00:43:37même un lycéen,
00:43:38l'aurait trouvé.
00:43:40Interpol
00:43:41prétendait suivre
00:43:42une procédure
00:43:43de vérification
00:43:43des noms.
00:43:45Voilà leur plus gros
00:43:46mensonge.
00:43:47Un mensonge
00:43:49éhonté.
00:43:52Cette erreur
00:43:53a des conséquences
00:43:53fatales.
00:43:55Parce qu'il avait
00:43:55une notice rouge,
00:43:57Ahmed a été arrêté
00:43:58en novembre 2021
00:43:59en Serbie.
00:44:03Alors qu'il est
00:44:04sur le point
00:44:04d'être extradé,
00:44:05la Cour européenne
00:44:06des droits de l'homme
00:44:07à Strasbourg
00:44:08envoie un mail
00:44:08à Belgrade
00:44:09pour tout arrêter.
00:44:11Le message arrive
00:44:12un vendredi soir
00:44:13juste avant 20h.
00:44:16Bahreïn est informé
00:44:17et tente
00:44:18un coup de poker.
00:44:20Il demande
00:44:21aux Serbes
00:44:21une faveur,
00:44:23faire comme
00:44:23s'ils n'avaient pas
00:44:24lu le mail
00:44:24à cause
00:44:25de leur tardive.
00:44:27Les Serbes
00:44:28acceptent.
00:44:29Ils ne l'ouvriront
00:44:30que le lundi matin.
00:44:32Comme dans un film
00:44:32d'espionnage,
00:44:34les Bahreigny
00:44:34vont monter
00:44:35une opération spéciale
00:44:36pour venir chercher
00:44:37Ahmed.
00:44:39Un jet privé
00:44:41est loué
00:44:41et décolle
00:44:42du Royaume du Golfe
00:44:43le dimanche soir
00:44:44à 22h30.
00:44:47Il atterrit
00:44:48quelques heures après,
00:44:49le lundi,
00:44:50à l'aube.
00:44:51Ahmed est remis
00:44:54au policier
00:44:54Bahreigny
00:44:55sur le tarmac
00:44:56de l'aéroport.
00:45:02Le jet
00:45:03redécolle
00:45:03dans la foulée.
00:45:06Quatre heures plus tard,
00:45:08il rejoint
00:45:08la capitale
00:45:09Manama.
00:45:10Au même moment,
00:45:11à Belgrade,
00:45:12le mail
00:45:13de la Cour européenne
00:45:13des droits de l'homme
00:45:14est officiellement réceptionné.
00:45:16Mais il ne sert
00:45:17à rien
00:45:17puisqu'Armed
00:45:19n'est plus
00:45:19sur le sol serbe.
00:45:21Quelques semaines
00:45:23plus tard,
00:45:24le militant
00:45:25sera condamné
00:45:25à 64 ans
00:45:27de détention.
00:45:28Son arrestation
00:45:29en Serbie,
00:45:30son extradition
00:45:31vers Bahreigny,
00:45:33les souffrances
00:45:33qu'il subit,
00:45:34les tortures,
00:45:36la douleur
00:45:36imposée
00:45:37à sa famille,
00:45:38tout cela
00:45:39est à cause
00:45:40d'une seule chose.
00:45:42Une notice rouge
00:45:43a été émise
00:45:44contre lui.
00:45:46C'est pourquoi
00:45:47Ahmed
00:45:48a décidé
00:45:49de poursuivre
00:45:50Interpol.
00:45:51Forcer Interpol
00:45:55à répondre
00:45:55de ses actes
00:45:56devant un tribunal,
00:45:59ce serait du jamais vu.
00:46:02Pour y parvenir,
00:46:04Sayed s'est entouré
00:46:05des meilleurs avocats
00:46:06et a réuni
00:46:07toutes les preuves
00:46:08de torture
00:46:09infligées quotidiennement
00:46:10à Ahmed.
00:46:11et à l'internet.
00:46:12Comment allez-vous ?
00:46:13Hi, Rade.
00:46:14Great to see you.
00:46:15How are you doing ?
00:46:16Well, well.
00:46:16Come and have a seat.
00:46:17Thank you.
00:46:18We wanted just to have an update
00:46:21about Ahmed's case.
00:46:23I just wanted to share with you
00:46:25that Ahmed's situation
00:46:28at Joe prison
00:46:29is extremely concerning.
00:46:32I recently heard
00:46:33from his family
00:46:35that he is
00:46:37continue to be confined
00:46:39in his cell
00:46:40for 23 hours a day.
00:46:42even within that hour
00:46:44which he is allowed
00:46:45to leave his cell,
00:46:47he will be shackled.
00:46:48They will put
00:46:50a handcuff on him
00:46:51and it's extremely
00:46:54difficult time
00:46:55for him.
00:46:56Since his arrest,
00:46:58since he was
00:46:59extradited to Bahrain
00:47:01until this time,
00:47:04he still did not
00:47:04meet his family directly.
00:47:07He did not have
00:47:08a single family visit.
00:47:09As you know,
00:47:10we have the case
00:47:11that is now pending
00:47:13before the court in Lyon
00:47:14against Interpol
00:47:16because we brought that,
00:47:19as we discussed
00:47:20right at the beginning,
00:47:22in order to show
00:47:24that the red notice
00:47:25that was relied upon
00:47:26was unlawful
00:47:28and therefore
00:47:29he should be compensated.
00:47:32Versé de l'argent
00:47:33à des victimes
00:47:33avec seulement 200 millions
00:47:35d'euros
00:47:35de budget annuel,
00:47:37Interpol n'en a pas
00:47:38les moyens.
00:47:39Heureusement pour elle,
00:47:41en tant qu'organisation
00:47:42internationale,
00:47:44elle est protégée
00:47:44par une immunité
00:47:45et quasiment inattaquable.
00:47:49Si une personne
00:47:50arrive à obtenir
00:47:50une indemnisation
00:47:51de je ne sais pas
00:47:52combien,
00:47:52de centaines de milliers
00:47:53d'euros,
00:47:54puis un autre requérant
00:47:55arrive également
00:47:55à avoir une centaine
00:47:56de milliers d'euros
00:47:57et ainsi de suite,
00:47:58sur un budget
00:47:59de 200 millions
00:48:00à l'année,
00:48:02c'est très rapidement
00:48:02l'organisation,
00:48:03l'existence même
00:48:04de l'organisation
00:48:05qui est mise en cause.
00:48:06Interpol tient beaucoup
00:48:10à son immunité
00:48:10et je le comprends
00:48:12tout à fait
00:48:13parce que c'est évidemment
00:48:14important
00:48:16d'éviter
00:48:17de devoir
00:48:18indemniser des personnes,
00:48:20c'est sûr.
00:48:22Est-ce que c'est juste ?
00:48:24Probablement non.
00:48:25Probablement non.
00:48:26C'est évidemment
00:48:27qu'une personne
00:48:28qui a été mise en détention
00:48:29sur la base
00:48:30d'une notice
00:48:31qui est injustement émise
00:48:32et qui était
00:48:32avec un caractère
00:48:33politique prédominant,
00:48:34qui est restée
00:48:36je ne sais combien d'années
00:48:37en détention,
00:48:39est-ce qu'elle devrait
00:48:40ou est-ce qu'elle pourrait
00:48:41être indemnisée
00:48:42du fait
00:48:43de cette notice rouge
00:48:45injustement émise ?
00:48:47En théorie,
00:48:47oui,
00:48:48ça serait un monde parfait
00:48:49si elle pouvait obtenir
00:48:49une indemnisation,
00:48:50évidemment.
00:48:52C'est une certitude.
00:48:54Est-ce qu'en pratique,
00:48:55c'est faisable
00:48:55sans remettre en cause
00:48:57l'existence même
00:48:58d'Interpol ?
00:49:00Ça,
00:49:00je ne suis pas sûr.
00:49:01A Istanbul,
00:49:05Buzaynur,
00:49:06la jeune mère
00:49:06de famille Ouïghour,
00:49:08continue de se battre
00:49:09pour la libération
00:49:10de son mari.
00:49:11Et une bonne nouvelle
00:49:12vient d'arriver.
00:49:15Grâce à l'intervention
00:49:16des Etats-Unis,
00:49:17Idriss serait sur le point
00:49:18d'être libérée.
00:49:21Exceptionnellement,
00:49:22celui-ci a même obtenu
00:49:23le droit de téléphoner
00:49:24de sa prison.
00:49:24Avec douceur,
00:49:38elle tente
00:49:38de le convaincre
00:49:39de s'accrocher.
00:49:40Encore un peu.
00:49:41La conversation
00:49:55ne durera que
00:49:56quelques minutes.
00:49:58La prison
00:49:58n'autorise pas plus.
00:50:00Pas assez
00:50:01pour se dire
00:50:01même l'essentiel.
00:50:03Des choses simples,
00:50:04évidentes.
00:50:05Mais ce n'est plus
00:50:18très grave
00:50:19puisqu'Idriss
00:50:20va revenir bientôt.
00:50:22On le leur a promis.
00:50:25Bien sûr,
00:50:25au début,
00:50:26ce sera peut-être
00:50:27difficile de se retrouver
00:50:28après toutes ces années.
00:50:30Pour les enfants,
00:50:32les souvenirs
00:50:32des derniers moments
00:50:33passés ensemble
00:50:34ont fini par s'étioler.
00:50:37Surtout pour la plus petite,
00:50:39Ouigouraille.
00:50:41Elle n'avait que deux ans
00:50:42quand Interpol
00:50:42lui a pris son père.
00:50:52Trois semaines plus tard,
00:50:54le miracle se produit.
00:50:56Idriss est libérée
00:50:57et transférée
00:50:58dans le plus grand secret
00:50:59vers Washington.
00:51:01Il est sauvé,
00:51:02mais le département
00:51:03d'État américain
00:51:04a été très clair.
00:51:05La menace chinoise
00:51:06n'a pas disparu
00:51:07et il ne doit pas quitter
00:51:09les États-Unis.
00:51:11Sa femme et ses trois enfants
00:51:12restent, eux,
00:51:13bloqués à Istanbul.
00:51:14Leurs cartes de résidents
00:51:15turcs ne leur permettent pas
00:51:17de voyager à l'étranger.
00:51:20Face à tant de vies brisées,
00:51:22n'est-il pas urgent
00:51:23de réformer le système ?
00:51:24Interpol n'a pas souhaité
00:51:27prendre part
00:51:28à ce documentaire,
00:51:30car selon eux,
00:51:31les notices rouges abusives,
00:51:33ça n'existe pas.
00:51:34n'est-ce pas.
00:51:35Personne n'a pas demandé
00:51:35de me dire
00:51:36«
00:51:37si je veux rester ici ? »
00:51:40Je n'ai pas choisi ce endroit.
00:51:44Ma famille n'est pas ici.
00:51:49Je me sens comme un alien sur un autre planète.
00:51:54Premièrement, ils me mettent à la prison en Serbie.
00:51:57C'est un planète.
00:51:59La maison d'arrestre, c'est un autre planète.
00:52:02Berlin et la Germanie, c'est un troisième planète.
00:52:05C'est un troisième planète.
00:52:07Pologne et Warsaw, c'est un troisième planète.
00:52:10Et qu'est-ce qu'il y a ensuite ?
00:52:12Combien de planètes j'ai besoin pour changer, juste pour rentrer à la maison ?
00:52:29Certains États profitent des avis de recherche internationaux notifiés par Interpol
00:52:33pour traquer des opposants politiques ou des militants des droits de l'homme.
00:52:39Voilà ce que vient donc de vous démontrer ce documentaire exclusif.
00:52:43Son réalisateur, Jean-Christophe Brizard, est maintenant avec nous sur ce plateau de Débat Doc.
00:52:48Bienvenue à vous, Jean-Christophe Brizard.
00:52:50Vous êtes journaliste, écrivain et donc réalisateur de documentaires.
00:52:54Avec ce film, c'est la troisième de vos enquêtes que nous diffusons dans le cadre de cette émission Débat Doc.
00:52:59La première était consacrée à la mort d'Hitler, la deuxième à la répression exercée par la Chine sur les Ouïghours
00:53:07et celle-ci que nous venons de voir à l'instant à propos de ces fameuses notices rouges d'Interpol.
00:53:15On en reparle bien sûr tout de suite ensemble dans un instant.
00:53:17William Julier est à vos côtés. Bienvenue à vous, William Julier.
00:53:20Vous êtes avocat pénaliste.
00:53:22Vous avez eu notamment à défendre l'activiste écologiste Paul Watson
00:53:26dont il a été évidemment question dans ce documentaire.
00:53:28On y reviendra dans un instant avec vous.
00:53:30Et vous êtes spécialisé dans les contentieux liés à ces fameuses notices rouges.
00:53:37Et puis enfin, Mathieu Martinière est avec nous.
00:53:39Bienvenue à vous.
00:53:40Vous êtes journaliste d'investigation.
00:53:42Vous avez fondé le collectif international de journalistes indépendants WeReport
00:53:47dans lequel figure notre confrère allemand Robert Smith
00:53:50avec qui vous avez publié chez HarperCollins Interpol
00:53:54l'enquête révélation sur une police sous influence
00:53:58et avec qui aussi, aidé de Rémi Labette, vous venez de publier une enquête très complète
00:54:03dans le média d'investigation Disclose à propos justement des fameuses notices rouges d'Interpol également.
00:54:12Jean-Christophe Brisa, on vient de voir votre film.
00:54:15C'est vrai qu'il manque quelqu'un autour de cette table dans cette émission aujourd'hui.
00:54:20Il manque Interpol.
00:54:21Nous avons bien entendu contacté Interpol dont le siège, je le rappelle, est situé en France,
00:54:26situé à Lyon. Interpol n'a pas souhaité avoir de représentants sur ce plateau après votre documentaire.
00:54:33Il était bon, je pense, de le préciser.
00:54:36Comment vous est venue cette idée de travailler sur ces fameuses notices rouges
00:54:40et ces dérives observées dans votre film par ces notices rouges ?
00:54:45Ça m'est venu lors de ma dernière enquête sur les Ouïghours que j'avais faite pour vous.
00:54:50J'avais rencontré à Istanbul une jeune femme qui me disait
00:54:55que son mari venait d'être arrêté au Maroc à cause d'une notice rouge d'Interpol,
00:55:01que cette notice rouge avait été levée et que malgré tout il était resté en prison.
00:55:05Et c'est là où j'ai découvert que ce cas n'était pas unique
00:55:09et qu'il y avait un problème de détournement des notices rouges par certains régimes autoritaires.
00:55:15Donc vous avez remonté ce film.
00:55:16Cette femme, c'est celle qu'on voit dans le film.
00:55:18Et son mari, c'est Idris Hassan.
00:55:22Idris Hassan.
00:55:24Quand j'ai retrouvé cette femme trois ans après,
00:55:28j'ai eu la surprise qu'elle se trouve encore en cellule,
00:55:33comme je le dis dans le film, à l'isolement au Maroc,
00:55:36et que son cas n'était pas résolu.
00:55:38Alors aujourd'hui, j'ai une bonne nouvelle à annoncer.
00:55:40Profitons-en.
00:55:42Il a finalement été libéré sur pression américaine,
00:55:46renvoyé aux États-Unis,
00:55:48et j'ai appris tout récemment qu'il a pu se rendre au Canada
00:55:52et faire revenir sa femme et ses trois enfants.
00:55:55Ils vivent ensemble.
00:55:56Enfin, près de quatre ans après son arrestation.
00:55:58Et ils vivent maintenant donc au Canada.
00:56:00C'est une bonne nouvelle après ce film.
00:56:02Paul Watson, vous avez eu à le défendre.
00:56:04L'affaire Paul Watson avec ses notices rouges,
00:56:07elle a duré un certain temps.
00:56:08Elle a commencé en 2012.
00:56:10Et cette notice rouge, si on a bien compris,
00:56:13a été suspendue en 2025.
00:56:15Racontez-nous ce qu'on peut encore dire sur cette affaire.
00:56:18Paul Watson, militant écologiste,
00:56:20notice rouge émise non pas par un pays autoritaire,
00:56:23une dictature, comme c'est souvent le cas,
00:56:25on l'a vu dans ce film, on va y revenir dans un instant,
00:56:27mais par le Japon.
00:56:28Quel a été le problème concernant Paul Watson ?
00:56:31On lui reprochait d'avoir participé à une attaque,
00:56:37le terme est un peu fort,
00:56:38contre un bateau de pêche japonais, un baleinier.
00:56:42L'attaque en question, c'était le fait d'avoir projeté
00:56:44une bouteille contenant du beurre pourri.
00:56:46C'était pas une bombe.
00:56:48Dont les japonais disaient qu'elle avait blessé
00:56:51en le brûlant légèrement au visage un marin.
00:56:54Sauf qu'il y avait des éléments dans le dossier
00:56:56qui démontraient que c'était faux,
00:56:58que la bouteille avait touché un endroit du bateau
00:57:01où personne n'avait pu être blessé.
00:57:03Et c'était donc un dossier à l'évidence
00:57:05qui était politiquement motivé,
00:57:07comme on dit dans le langage aussi d'Interpol,
00:57:10parce que le Japon, pour un certain nombre de raisons,
00:57:14voulait absolument atteindre Paul Watson.
00:57:17C'est-à-dire qu'on est dans le cas où un pays émet une notice,
00:57:20demande une notice rouge pour se débarrasser d'un opposant,
00:57:24en l'occurrence un opposant écologiste.
00:57:26Absolument.
00:57:27Un activiste écologiste.
00:57:28Absolument.
00:57:29Donc la notice est émise, vous l'avez dit, en 2012,
00:57:32et la notice reste dans les tuyaux, si on peut dire,
00:57:35pendant 13 ans,
00:57:36jusqu'à ce que Paul Watson se trouve interpellé au Groenland,
00:57:42sur la base de cette notice rouge, donc qui est encore active.
00:57:47Plusieurs demandes avaient été adressées par d'autres cabinets d'avocats que le mien.
00:57:52Donc le cas avait été traité par la commission de contrôle des fichiers,
00:57:56qui est l'organe indépendant au sein d'Interpol,
00:57:58qui prend les décisions de retirer ou pas les notices.
00:58:01Et deux demandes avaient fait l'objet d'un refus.
00:58:03Donc c'est un dossier qui avait été traité par la CCF,
00:58:05qui était donc informé de la fichier.
00:58:08La CCF, il faut rappeler ce que c'est, cette commission...
00:58:10Au sein d'Interpol.
00:58:11...qui analyse les demandes de retrait des notices,
00:58:15et qui est supposé procéder à une analyse indépendante.
00:58:19Paul Watson est arrêté sur la base de cette notice rouge.
00:58:22Une procédure d'extradition se met en route au Danemark.
00:58:26Procédure que nous allons gagner,
00:58:28c'est-à-dire que le Danemark va refuser de l'extrader vers le Japon.
00:58:31Et ensuite de cela, nous allons obtenir le retrait pur et simple de la notice rouge.
00:58:36C'est-à-dire qu'enfin, la notice émise contre lui par le Japon
00:58:39va être retirée du système d'information Interpol
00:58:42par une décision de la commission de contrôle des fichiers, la fameuse CCF.
00:58:45Alors ça, je l'ai dit, c'est peut-être une forme de contre-exemple,
00:58:48parce que c'est un pays démocratique, en l'occurrence le Japon,
00:58:51d'où était partie cette affaire Paul Watson.
00:58:54En revanche, ce que vous démontrez dans votre documentaire,
00:58:57c'est que ces demandes de notices rouges émanent très souvent de pays autoritaires,
00:59:03on va dire de dictature, pour dire les choses assez simplement.
00:59:06Voici le classement des pays par nombre de notices rouges en circulation.
00:59:10On découvre ce classement dans votre enquête Disclose.
00:59:17Et on trouve la Russie en première position, le Pérou, le Tadjikistan, la Corée du Sud,
00:59:22la France en cinquième position, les États-Unis.
00:59:25Et si on allait un peu plus loin, je crois qu'on trouverait la Chine dans ce classement.
00:59:29Et voici les six pays sous mesure corrective d'Interpol,
00:59:34toujours issus de votre enquête Disclose.
00:59:37Russie, Biélorussie, Syrie, Afghanistan, Birmanie, Yémen.
00:59:42Alors ces pays-là font l'objet d'un suivi tout particulier
00:59:47via une tasque-force qui existe au sein d'Interpol.
00:59:52Ces classements étayent pleinement ce qu'on voit dans ce documentaire.
00:59:55Ce sont avant tout des pays autoritaires qui veulent se charger d'opposants politiques à travers ces notices ?
01:00:05Ce qu'on dit dans ce classement, nous, c'est que c'est le nombre de pays qui ont émis des notices valides.
01:00:09Il y a à la fois des pays démocratiques et des pays autoritaires.
01:00:12Mais quand même sur les 30 premiers pays, on a 20 pays non démocratiques.
01:00:16Donc on a la Russie, on a la Chine, on a des petits pays comme le Tadjikistan
01:00:20qui arrivent quand même en troisième position.
01:00:22C'est un pays de 10 millions d'habitants qui va arriver devant des pays comme la Chine et son milliard d'habitants,
01:00:27devant la France, devant les États-Unis.
01:00:29Mais nous, on les colle aussi au contrôle que fait Interpol par rapport à ces notices.
01:00:34Et en fait, on révèle que les taux de conformité des notices rouges
01:00:39sont beaucoup plus élevés pour les démocraties que pour les régimes autoritaires.
01:00:43C'est-à-dire que les régimes autoritaires ont des taux de non-conformité très élevés.
01:00:46Je pense à la Russie et à la Turquie, notamment.
01:00:49Et donc, c'est vrai qu'Interpol a un mécanisme de mesures correctives.
01:00:52En fait, c'est un mécanisme de surveillance renforcée.
01:00:55C'est-à-dire qu'ils vont mettre sous contrôle les notices rouges,
01:00:59tous les messages qui vont être émis aussi dans l'organisation.
01:01:02Le problème, c'est que ce mécanisme, en fait, il va durer un certain temps.
01:01:06Par exemple, nous, dans l'enquête, on révèle que très récemment,
01:01:09Interpol a allégé les mesures correctives sur la Russie.
01:01:12Alors que dans le même temps, on sait qu'il y a pas mal de cas récents russes.
01:01:17Ce que disait William Julliet, qui sont notamment liés à l'article 3 de la constitution d'Interpol,
01:01:22qui, en fait, interdit aux pays d'émettre des notices qui sont de nature politique.
01:01:28C'est vraiment l'article clé d'Interpol.
01:01:31En fait, on se rend compte qu'ils vont lever les mesures.
01:01:33C'était aussi le cas pour la Turquie.
01:01:35Et en fait, des mois ou des années après, les pays autoritaires recommencent à abuser.
01:01:40Et c'est une vraie problématique, c'est le fait qu'Interpol ne sévit pas assez sur les pays qui abusent.
01:01:47Donc ça pose le problème du contrôle au sein d'Interpol.
01:01:51Vous le posez également dans ce film et vous dites faute de moyens.
01:01:54C'est ça.
01:01:55C'est compliqué pour Interpol de contrôler ce que sont les demandes.
01:01:59Et ce qui peut être validé ou pas pour émettre cette fameuse notice rouge.
01:02:05Le plus gros problème, celui que j'ai noté, c'est le manque de moyens financiers.
01:02:12Alors, comparaison n'est pas raison, mais le budget annuel d'Interpol équivaut à deux semaines du budget de la police de New York.
01:02:20On a l'impression qu'Interpol, c'est une structure, vu qu'elle est internationale, c'est la deuxième plus grosse organisation internationale après l'ONU en nombre de pays membres.
01:02:28Mais ils n'ont pas assez de budget, donc pas assez de moyens.
01:02:32Et malgré tout, c'est un outil qui fonctionne très bien.
01:02:36Donc, vous avez des États qui ont compris qu'il y avait des failles possibles, qu'on pouvait tenter de passer comme ça, des avis de recherche, même si Interpol n'aime pas qu'on parle d'avis de recherche, ce sont des alertes.
01:02:50Et qu'ils se disent, si ça passe, tant mieux.
01:02:52Par exemple, le cas d'Andrei qui est dans mon film, ce biélorusse, le procureur qui a signé la demande, c'est quelqu'un qui est poursuivi par l'Union européenne.
01:03:02Donc, ça aurait dû alerter Interpol.
01:03:04Pourtant, c'est passé et c'est récent.
01:03:07Le problème existe.
01:03:08Et là où j'étais très surpris, c'est l'attitude d'Interpol.
01:03:12Comme dans toutes mes enquêtes, je contacte toutes les parties.
01:03:17Et curieusement, Interpol n'a pas voulu communiquer.
01:03:20Ils m'ont même répondu, mais les notices rouge abusives, ça n'existe pas.
01:03:24Il n'y en a pas.
01:03:25Et si vous dites qu'il y en a, c'est que vous n'avez rien compris.
01:03:28Et j'ai trouvé cette arrogance, cette attitude très étrange.
01:03:31C'est presque immature.
01:03:32Je ne suis pas le seul à le dire.
01:03:34Il y a des personnalités politiques partout dans le monde qui le disent, des avocats, des journalistes.
01:03:39Et pourtant, ils sont toujours dans cette posture.
01:03:41Ça n'existe pas.
01:03:42Passez votre chemin.
01:03:43– Vous évoquez le budget d'Interpol.
01:03:46On va citer le chiffre qui correspond à l'année 2024.
01:03:52216 millions de dollars.
01:03:55C'est le budget d'Interpol aujourd'hui.
01:03:59Ce problème de contrôle, ces task forces tout de même qui existent au sein de l'organisation d'Interpol,
01:04:06ça ne suffit pas visiblement à colmater ces trous dans la raquette constatés dans ce documentaire.
01:04:13Où est le problème là ? Au sein d'Interpol ?
01:04:16– Je pense que le problème est qu'il y a une absence de volonté assez forte au sein d'Interpol d'imposer l'indépendance de ses choix vis-à-vis de ce qu'ils appellent le membership.
01:04:29Le membership, c'est tous les États membres.
01:04:31Donc il est vrai qu'il y a la question du budget, mais il y a aussi une difficulté de volonté politique indépendante d'Interpol.
01:04:38– Ils sont très nombreux ces États membres, 196 États membres.
01:04:42– Quasiment tous les pays du monde.
01:04:44Et donc Interpol doit composer avec aussi son objet qui est la coopération policière internationale.
01:04:52Et donc là, il y a une dimension géopolitique qui fait qu'il y a des concessions aussi pour les besoins de la cause,
01:04:58il faut être honnête aussi de le dire, qui est qu'un jour vous allez avoir besoin d'un pays,
01:05:03et puis un jour un pays aura besoin d'un autre pays.
01:05:05Donc si Interpol, entre guillemets, se fâche avec un État,
01:05:11eh bien l'État peut aussi être moins coopérant vis-à-vis d'autres États.
01:05:15Donc Interpol est un animal, si je puis dire, qui a toujours aussi le souci de ménager les uns et les autres,
01:05:21ça c'est le politique, qui est qu'on est toujours sur la crête de devoir ménager un peu les sensibilités de tout le monde
01:05:28pour que personne ne se fâche.
01:05:30Et ça, c'est une problématique qui est compliquée pour Interpol à gérer, il faut reconnaître,
01:05:34liée à son objet, mais qui a aussi ces conséquences dramatiques qui sont que les contrôles doivent,
01:05:42devraient et peuvent être beaucoup plus rigoureux.
01:05:45Parce que quand on dit que c'est difficile, je l'entends, mais il y a des cas où,
01:05:49prima facie comme on dit en latin,
01:05:52à l'évidence, simplement avec Google,
01:05:54on voit que la personne concernée est un opposant politique ou un opposant défenseur des droits de l'homme.
01:06:00Et avec certains régimes, il y a des choses qui passent entre les trous de la raquette
01:06:04parce qu'en effet, c'était difficile à voir,
01:06:07mais il y a un certain nombre de cas où c'était évident à voir,
01:06:11et je pense que là, il y a en effet une absence de rigueur et de volonté politique à Interpol,
01:06:16et je pense que c'est une erreur parce que plus Interpol élève son niveau de rigueur
01:06:21quant au dossier qui ne devrait pas être retenu pour que des alertes soient publiées,
01:06:28Interpol en sera renforcé avec en effet cette problématique qu'ils doivent ménager les États membres.
01:06:32Alors je reviens à cette question de moyens, de budget,
01:06:35parce que c'est le nerf de la guerre malgré tout.
01:06:37Chaque pays participe à la hauteur de son poids économique.
01:06:41Autrement dit, premier bailleur, ce serait les États-Unis, à hauteur de 22%,
01:06:46ensuite la Chine, le Japon, ça c'est important à comprendre.
01:06:51Et dans le documentaire, il est dit, vous dites que la Chine serait devenue le premier bailleur d'Interpol.
01:06:58Ça ne correspond pas tout à fait au chiffre dont...
01:07:00La Chine a augmenté considérablement sa part dans le budget d'Interpol
01:07:05et surtout la Chine paye les cotes-parts de certains pays
01:07:09qui n'ont pas les moyens, qui n'ont pas envie de payer.
01:07:13Et ça, ça gêne beaucoup Interpol parce que c'est un pays, une voix,
01:07:16pour élire le bord, pour élire le président, l'Assemblée.
01:07:20Et on se doute bien que quand la Chine paye pour tel ou tel pays pauvre,
01:07:25en échange, ils obtiennent leur vote.
01:07:29Donc oui, indirectement ou même directement,
01:07:32la Chine est de plus en plus présente au top niveau dans le budget.
01:07:37Alors, votre enquête le confirme.
01:07:39Est-ce que la Chine cherche à augmenter son influence au sein d'Interpol
01:07:45via le budget et sa participation à Interpol ?
01:07:50Via le budget, je n'aurai pas d'élément pour confirmer ça.
01:07:53Mais par contre, la Chine, elle est dans le top 10 des émetteurs de notices rouges.
01:07:57Il y a eu des dizaines de cas qui ont été documentés.
01:08:00L'année dernière, il y a eu une grosse enquête collective de journalistes
01:08:04qui a révélé les abus de la Chine, qui a été publiée notamment par Le Monde.
01:08:08Donc non, la Chine, c'est un des pays qui abuse d'Interpol.
01:08:13On le sait.
01:08:14Mais voilà, moi, je ne connais pas forcément ce lien avec le financement.
01:08:17Ce que je peux dire, par contre, sur le financement,
01:08:19c'est que depuis que j'enquête depuis 13 ans, maintenant,
01:08:22c'est le fil rouge de mon enquête.
01:08:24C'est-à-dire qu'ils ont toujours eu des problèmes de financement.
01:08:27Pour la petite anecdote...
01:08:27On est très, très surpris.
01:08:29On découvre dans votre enquête quand même
01:08:31que Philippe Maurice a participé au financement d'Interpol,
01:08:35que la FIFA, la Fédération Internationale de Football,
01:08:39a participé à ce financement,
01:08:41que l'organisation de la Coupe du Monde de 2022 au Qatar
01:08:45a participé au financement d'Interpol.
01:08:47Là, expliquez-nous.
01:08:49Pendant très longtemps, les financements étaient fléchés vers l'émission.
01:08:55Donc ça posait des problèmes.
01:08:56Comme par exemple, Philippe Maurice allait financer
01:08:59la lutte contre le trafic de cigarettes.
01:09:02Ça posait des vrais problèmes du conflit d'intérêt.
01:09:04Donc pendant très longtemps,
01:09:06c'était le privé qui finançait une partie d'Interpol.
01:09:08Aujourd'hui, c'est une organisation qui est financée
01:09:10presque entièrement par le public.
01:09:13Donc ce ne sont plus les mêmes problématiques.
01:09:14Ça, ça vous paraît une meilleure garantie ?
01:09:16Pas forcément.
01:09:17Pas forcément.
01:09:18S'il y a un pays comme la Chine qui a un gros poids économique,
01:09:22comme il y a encore des contributions exceptionnelles
01:09:24de pays comme le Qatar et de régimes autoritaires
01:09:26ou l'Arabie saoudite sur des projets particuliers.
01:09:30Donc en fait, les partenariats privés ont été remplacés
01:09:32par des partenariats publics,
01:09:33parfois tout aussi sulfureux que les partenariats privés.
01:09:36Donc non, il faut qu'il y ait un équilibre au niveau des financements
01:09:39pour éviter qu'il y ait une influence quelconque d'un État.
01:09:43Vous avez une réflexion particulière à faire sur ce sujet ?
01:09:47Oui, ça rejoint ce que je disais, c'est compliqué.
01:09:50C'est-à-dire que vous avez un financement
01:09:51qui va provenir de façon importante de tel ou tel État
01:09:55et puis ensuite tel État va vous demander de publier une notice
01:09:58et puis si vous le retoquez deux fois, trois fois,
01:10:00à la septième fois, ça concerne votre financement.
01:10:04Donc il y a aussi cette difficulté-là
01:10:06et vous avez raison d'enquêter sur l'argent.
01:10:09L'argent, c'est souvent le nerf de la guerre.
01:10:11Donc il y a cette vraie problématique-là
01:10:13qui rejoint la problématique de ménager les États.
01:10:15L'argent, c'est un moyen de pression de certains États.
01:10:19Vous le dites par exemple pour la Chine, dans votre film,
01:10:23pour faire pression sur Interpol, justement.
01:10:26À partir du moment où vous avez un budget qui est fragile,
01:10:29que vous êtes sans cesse dépendant...
01:10:34D'un côté, on vous reproche de ne pas bien faire votre boulot.
01:10:37De l'autre, on ne vous donne pas assez d'argent pour le faire.
01:10:39Donc vous ne pouvez pas vous fâcher comme ça.
01:10:40C'est ce que disait Maître Julier, c'est évident.
01:10:44Mais Interpol a très peur en ce moment
01:10:47que les victimes de notices rouges abusives
01:10:51puissent se retourner contre Interpol en disant
01:10:53« C'est votre faute.
01:10:55Si j'étais menacé, arrêté, mis en prison pendant X mois,
01:11:00Idriss Hassan, trois ans de prison. »
01:11:03Donc, s'il y a demande de réparation financière pour Interpol,
01:11:08c'est ce que dit l'avocat Maître Magri dans mon documentaire,
01:11:13ils mettent la clé sous la porte, c'est terminé.
01:11:15Donc il y a vraiment une peur de ça.
01:11:16Donc, une année, en 2015, je crois, ils ont dû payer,
01:11:21je ne sais plus combien, un million, cinq pour un cas,
01:11:24pour des Indonésiens.
01:11:25C'était la seule fois.
01:11:27C'est relativement secret, discret, Interpol n'aime pas communiquer là-dessus.
01:11:30Et depuis, ils ont négocié un accord d'immunité avec la France.
01:11:34Comme le siège social, le secrétariat général se trouve à Lyon,
01:11:38ils ont négocié une meilleure immunité.
01:11:41En se disant « Comme ça, on ne peut plus être attaqué. »
01:11:43Mais pour moi, c'est ça le nerf de la guerre.
01:11:45Les dérives qu'on observe de votre film brisent des vies.
01:11:49D'ailleurs, vous avez mis cela au cœur aussi de votre documentaire.
01:11:55Interpol envisage des moyens de rectifier les choses
01:12:00quand il y a vraiment eu des injustices flagrantes
01:12:03où il y a peut-être des choses à leur conseiller de faire
01:12:06pour que les choses s'améliorent
01:12:07et que certains ne retrouvent pas leur vue brisée au bout du compte.
01:12:11On y travaille.
01:12:12C'est vraiment le grand chantier pour nous, en tout cas.
01:12:16En tant qu'avocat, on ne peut pas les commenter,
01:12:20c'est des dossiers en cours,
01:12:21mais il y a quelques affaires en cours
01:12:23d'engagement de la responsabilité d'Interpol.
01:12:25Une des questions qui nous est souvent posée
01:12:27par des clients qui ont fait l'objet de notices abusives.
01:12:30Et c'est pour moi un des très grands sujets.
01:12:32Et contrairement à ce que pense Interpol...
01:12:33On en passerait par les compensations financières ?
01:12:35Oui, je pense qu'il faut monter un fonds d'indemnisation.
01:12:38Il faut qu'il y ait un fonds
01:12:39parce qu'à ce jour, il n'y a pas de mécanisme de remède,
01:12:43de remedy, comme on dit en anglais.
01:12:44Il n'y a pas de recours effectif.
01:12:46Et ça, ce n'est pas acceptable.
01:12:47Et Interpol le sait.
01:12:49Il y a de la jurisprudence récente française
01:12:51qui a décidé d'écarter l'immunité
01:12:53parce qu'il y a aujourd'hui une immunité d'Interpol
01:12:55en qualité d'organisation internationale.
01:12:58En effet, dans l'accord de siège,
01:12:59ils ont essayé de bétonner un peu ça.
01:13:00Mais ça ne marchera pas.
01:13:02Et un jour, il y aura une décision française
01:13:03qui décidera d'écarter l'immunité
01:13:06parce qu'il y a des cas
01:13:07où la responsabilité doit être engagée.
01:13:10Et tant qu'Interpol n'avancera pas là-dessus,
01:13:13Interpol restera en danger.
01:13:14Et je crois qu'ils doivent inverser leur raisonnement.
01:13:17Il faut sortir de la logique disant
01:13:18qu'on ne peut jamais commettre de fautes
01:13:21parce que tout le monde en commet,
01:13:22mais il faut mettre en place un mécanisme correctif.
01:13:25Est-ce qu'il y a quelque chose
01:13:26qu'on aurait omis de dire,
01:13:29essentiel sur ce sujet des notices rouges,
01:13:31qu'on trouve dans votre enquête ?
01:13:33Je voudrais rajouter pour compléter quand même,
01:13:35c'est qu'il y a toute une partie des victimes
01:13:37qui, pour moi, sont invisibles.
01:13:39C'est celles qui n'ont pas les moyens
01:13:40de porter plainte.
01:13:41Alors, un individu peut porter plainte
01:13:43devant la commission de contrôle,
01:13:44mais ça demande une certaine éducation.
01:13:46Il faut parler les langues de l'organisation.
01:13:48Ce sont des dossiers administratifs
01:13:49qui sont assez lourds.
01:13:50Donc, la majorité des cas,
01:13:51ce sont des avocats qui les portent.
01:13:54Et les procédures coûtent cher.
01:13:55Elles sont longues.
01:13:57Je pense que vous pouvez confirmer
01:13:57que c'est assez lourd administrativement.
01:13:59Je prends un exemple de pays
01:14:01dans lequel on a travaillé
01:14:05avec Disclos, c'est le Tadjikistan.
01:14:07Il y a un tout petit pays,
01:14:07très peu médiatisé,
01:14:09qui est méconnu,
01:14:10pauvre,
01:14:11où beaucoup de victimes
01:14:13ne portent pas plainte
01:14:15devant la commission de contrôle des fichiers.
01:14:17Au contraire, parfois,
01:14:18de personnes qui ont des moyens,
01:14:19notamment en Russie ou autres.
01:14:21Et là, ça veut dire
01:14:22qu'il y a tout un pan de victimes
01:14:24qu'on ne connaît pas
01:14:25parce qu'elles ne portent pas plainte
01:14:26devant la CCF.
01:14:28Il faut savoir que la commission de contrôle,
01:14:30chaque année,
01:14:31pour la dernière année connue en 2024,
01:14:32c'est plus de 300 dossiers
01:14:34qui ont été supprimés
01:14:35par cette commission.
01:14:37Ça veut dire qu'il y a minima,
01:14:39il y a plusieurs centaines,
01:14:40il y a plus de 300 victimes
01:14:42d'Interpol chaque année.
01:14:43C'est vraiment un chiffre minimum.
01:14:45Mais il est vraiment minimisé
01:14:48parce qu'il y a des dizaines
01:14:49et des dizaines de victimes
01:14:50qui ne portent pas de plainte
01:14:51et qui sont invisibilisées.
01:14:53C'est une vraie problématique.
01:14:54Autre sujet abordé
01:14:57dans votre documentaire
01:14:58qui est moins central
01:15:00que tout ce qu'on a dit
01:15:02autour des notices rouges,
01:15:03c'est la corruption
01:15:04au sein même
01:15:05de cette institution,
01:15:07d'Interpol,
01:15:08avec cet exemple en Moldavie,
01:15:10très bien illustré
01:15:11dans votre film.
01:15:13Bon, on a presque envie de dire
01:15:13qu'on est moins surpris
01:15:14parce que la corruption
01:15:15dans la police,
01:15:16d'une manière générale,
01:15:17oui, il y a des affaires de corruption.
01:15:19Qu'est-ce que vous avez voulu
01:15:20nous démontrer ?
01:15:21Parce qu'il y a peut-être
01:15:21plus d'affaires de corruption
01:15:23au sein d'Interpol qu'ailleurs ?
01:15:26Ce qui était étonnant,
01:15:27c'est qu'on avait cette CCF,
01:15:29cette commission de contrôle
01:15:30des fichiers,
01:15:31qui avait été créée
01:15:32justement pour vérifier
01:15:34après publication
01:15:35si les notices rouges
01:15:37étaient abusives ou non.
01:15:38Donc ça devait être
01:15:39une organisation indépendante
01:15:41au sein d'Interpol
01:15:42qui devait être vraiment
01:15:43complètement nickel
01:15:44et on se rend compte
01:15:46qu'il décide de nommer
01:15:47un Moldave
01:15:48qui avait été ministre
01:15:50de la justice
01:15:51d'un gouvernement
01:15:52autoritaire,
01:15:53d'un pays
01:15:53qui est classé
01:15:54parmi les plus corrompus
01:15:55en Europe
01:15:56et on se rend compte
01:15:57qu'il a demandé,
01:16:00il a offert
01:16:01ses services
01:16:02à de vrais truands
01:16:03pour savoir
01:16:03s'ils avaient
01:16:04des notices rouges
01:16:04contre de l'argent.
01:16:06Donc oui,
01:16:07on est toujours
01:16:07sur le problème
01:16:08des moyens
01:16:09de vérification.
01:16:10Si on n'a pas d'argent,
01:16:11on ne peut pas mettre
01:16:11les bonnes personnes,
01:16:12on ne peut pas les surveiller
01:16:13et on se retrouve
01:16:14face à ces cas
01:16:15de corruption incroyables.
01:16:16Il nous reste deux minutes,
01:16:17j'aurais aimé quand même
01:16:18qu'on finisse cette émission
01:16:19pour rappeler peut-être
01:16:19ce qu'est un peu
01:16:20le bilan d'Interpol
01:16:21parce que ces affaires
01:16:23de corruption
01:16:23intervenaient
01:16:24dans la criminalité
01:16:28internationale,
01:16:30la fraude fiscale
01:16:32internationale,
01:16:33des affaires
01:16:34de narcotrafic
01:16:35et Dieu sait
01:16:35si ce marché
01:16:36est international
01:16:37aujourd'hui.
01:16:38Le bilan d'Interpol
01:16:40à propos de la lutte
01:16:42contre la criminalité
01:16:43internationale
01:16:44en juger positif ?
01:16:47Absolument.
01:16:48Il est essentiel.
01:16:50La démarche
01:16:51qui est la nôtre
01:16:52lorsqu'on bataille
01:16:54avec Interpol
01:16:56notamment sur ce sujet
01:16:57qui est celui
01:16:58de l'indemnisation
01:17:00ou lorsqu'on bataille
01:17:01avec la CCF
01:17:02pour dire que des notices
01:17:03n'auraient pas dû être publiées.
01:17:04Le but,
01:17:05c'est d'améliorer
01:17:05l'institution.
01:17:06Il ne s'agit pas
01:17:06de venir dire
01:17:07Interpol,
01:17:08ça ne sert à rien.
01:17:09Évidemment que ça sert
01:17:09à quelque chose.
01:17:11La coopération
01:17:12policière internationale
01:17:13vise à permettre
01:17:14l'arrestation
01:17:14de criminels.
01:17:16Ce qu'on veut
01:17:17c'est augmenter
01:17:17le process de vérification
01:17:19que ce soit vraiment
01:17:20des criminels
01:17:20qui sont visés
01:17:21et pas des personnes
01:17:22qui sont visées
01:17:22pour de mauvaises raisons.
01:17:24Donc on pousse
01:17:24pour améliorer le système.
01:17:26Il ne s'agit pas
01:17:26de faire que le système
01:17:29n'existe plus.
01:17:29Il est indispensable.
01:17:30Je vais noter deux affaires
01:17:31mais il y en a bien évidemment
01:17:32beaucoup d'autres
01:17:33et vous les connaissez
01:17:35mieux que moi.
01:17:36En novembre
01:17:37de 2025
01:17:38Interpol
01:17:38démantèle un trafic
01:17:40d'êtres humains
01:17:40dans 119 pays.
01:17:42Cette opération
01:17:43a conduit
01:17:44à l'arrestation
01:17:45de 3744 personnes
01:17:48dans le globe.
01:17:50Et puis
01:17:50autre opération
01:17:52cette fois en 2023
01:17:53Interpol
01:17:54cible la criminalité
01:17:55financière en ligne
01:17:56et une opération
01:17:58qui a abouti
01:17:58à près de
01:17:593500
01:18:00arrestations
01:18:01pour des montants
01:18:03portant
01:18:03jusqu'à
01:18:04273 millions
01:18:06d'euros.
01:18:07Là on est sur
01:18:08des affaires
01:18:08considérables
01:18:09à l'échelle
01:18:09planétaire.
01:18:11Vous aussi
01:18:11vous saluez
01:18:12le travail
01:18:12d'Interpol
01:18:13hormis tout ce
01:18:13qu'on a dit là
01:18:14et ce qu'on a dit
01:18:16sur ces notices
01:18:17rouges aujourd'hui ?
01:18:18Complètement.
01:18:18Je crois que c'est tout
01:18:19le prologue
01:18:19de mon livre
01:18:20sur Interpol
01:18:21justement.
01:18:21C'est rappeler
01:18:22leur travail
01:18:22qui est vraiment
01:18:23essentiel.
01:18:24On pourrait rajouter
01:18:25qu'ils ont contribué
01:18:26à faire arrêter
01:18:27des artisans
01:18:28de génocide
01:18:28au Rwanda
01:18:29à Srebrenica
01:18:30en Bosnie
01:18:31des gros trafics
01:18:33en drogue.
01:18:33Il y a une opération
01:18:34qui marche
01:18:35notamment très bien
01:18:36à Interpol
01:18:36ça s'appelle
01:18:37ICAN
01:18:38qui est Interpol
01:18:39contre la Ndrangata
01:18:40la mafia calabrese
01:18:41et en fait
01:18:42c'est sur
01:18:42un tout petit
01:18:44nombre de pays
01:18:44de mémoire
01:18:45c'est une vingtaine
01:18:45de pays
01:18:46qui participent
01:18:46coordonnés
01:18:47par l'Italie
01:18:48et ça a contribué
01:18:50à des dizaines
01:18:50d'arrestations
01:18:51dans le monde
01:18:51donc oui
01:18:51elle fonctionne
01:18:52très bien
01:18:53mais elle est
01:18:53vraiment perfectible
01:18:54et elle ne peut pas
01:18:55mettre des dizaines
01:18:56et des centaines
01:18:56de personnes
01:18:57au bord de la route
01:18:57comme on l'explique
01:18:59avec Jean-Christophe.
01:19:01Cette mafia calabrese
01:19:03pardon
01:19:04la Ndengreta
01:19:05est la mafias
01:19:06la plus importante
01:19:07en Europe
01:19:08aujourd'hui
01:19:09leader du trafic
01:19:10de cocaïne
01:19:11en Europe
01:19:12aujourd'hui.
01:19:13Un grand merci
01:19:14vraiment
01:19:14à tous les trois
01:19:15d'avoir participé
01:19:16à cette émission
01:19:17spécialement à vous
01:19:19Jean-Christophe Brizard
01:19:19merci beaucoup
01:19:20pour cette nouvelle enquête
01:19:22que nous avons eu le plaisir
01:19:23de présenter
01:19:24en exclusivité
01:19:25dans cette émission
01:19:26Débat d'Og
01:19:27merci aussi
01:19:28à Félicité Gavalda
01:19:29Thibaut Brosset
01:19:30et Kelle
01:19:30qui comme à l'accoutumée
01:19:31m'ont aidé
01:19:32à préparer cette émission
01:19:33je vous donne tout simplement
01:19:34rendez-vous pour un prochain
01:19:35Débat d'Og
01:19:36même place
01:19:37même heure
01:19:37toujours
01:19:37avec un documentaire
01:19:39et son débat
01:19:40à très bientôt
01:19:40à très bientôt
01:19:40Sous-titrage Société Radio-Canada
01:19:43Sous-titrage Société Radio-Canada
01:19:48Sous-titrage Société Radio-Canada
01:19:55Sous-titrage Société Radio-Canada
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