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  • il y a 2 jours
Ces dernières décennies nous ont habitué à une exposition plus fréquente de la vie privée des personnalités politiques. Entre « unes » sensationnalistes, entretiens dans des magazines people et mise en scène sur les réseaux sociaux, cette fascination pour l'intimité de nos politiques relève-t-elle d'un désir de transparence ou du simple voyeurisme ?

Pour en parler, Jean-Pierre Gratien reçoit Georges-Marc Benamou, producteur et réalisateur, Gaspard Gantzer, ancien conseiller communication de François Hollande à l'Elysée et Émilie Zapalski, éditorialiste et communicante politique.

LCP fait la part belle à l'écriture documentaire en prime time. Ce rendez-vous offre une approche différenciée des réalités politiques, économiques, sociales ou mondiales....autant de thématiques qui invitent à prolonger le documentaire à l'occasion d'un débat animé par Jean-Pierre Gratien, en présence de parlementaires, acteurs de notre société et experts.

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Transcription
00:00:00Générique
00:00:02...
00:00:16Bienvenue à tous, voilà 30 ans, disparaissait François Mitterrand.
00:00:20A cette occasion, nous vous proposons aujourd'hui dans ce débat doc un documentaire exclusif.
00:00:24François Mitterrand, une autre vie possible, écrit par la fille, longtemps restée cachée, de l'ancien chef de l'État, Mazarin Pinjot.
00:00:32Je vous laisse le découvrir et je vous retrouverai juste après sur ce plateau, en compagnie du producteur et réalisateur Georges-Marc Benhamou
00:00:39et des spécialistes de la communication politique, Émilie Zapalski et Gaspard Gantzer.
00:00:45Avec eux, nous nous interrogerons sur l'évolution de notre rapport à l'intimité de nos responsables politiques.
00:00:51Bon doc.
00:00:54Je suis chaque jour stupéfait de rencontrer des passants qui me disent
00:01:05« Ah, mais comment, mais vous lisez des livres ? »
00:01:09Comme si un homme politique, étant l'opinion publique, une sorte de robot spécialisé pour gérer les affaires du pays,
00:01:15étant bien entendu que je suis convaincu que s'il n'était que cela, il les irait fort mal.
00:01:19Ça l'amuse mon père, cet étonnement, lui qui a passé sa vie à lire.
00:01:25Mais il va plus loin. Un homme politique qui ne lirait pas, en réduisant la politique à de la simple gestion, serait également un mauvais gestionnaire.
00:01:34La photographie officielle prise par Gisèle Freud en 1981 le montre devant une bibliothèque, un livre à la main.
00:01:46Mon père lui aurait dit « Tenez compte que je suis un écrivain avant d'être un homme politique ».
00:01:51La bibliothèque, c'était pour lui un espace à la fois charnel et spirituel.
00:01:58Il a choisi pour moi, qui devait pourtant passer inaperçu, le nom d'une bibliothèque, la Bibliothèque Mazarin, en face du Louvre.
00:02:07Alors oui, bien sûr, la bibliothèque n'est pas un simple décor, et l'ouvrage entre ses mains est plus qu'un symbole, c'est son identité.
00:02:15J'ai longtemps hésité à écrire ce documentaire.
00:02:29En général, je refuse ce genre de propositions, à cause du mélange des genres.
00:02:34Mon père est mon père, je n'ai pas grand-chose à dire sur le président.
00:02:39Mais sur l'homme de lettres, moi qui ai consacré ma vie à écrire ?
00:02:43J'ai toujours pensé que mon travail d'écrivain n'héritait pas de l'ambition littéraire souterraine de mon père.
00:02:51Mon écriture plonge ses racines dans le secret dans lequel j'ai vécu, dans l'interdiction de dire.
00:02:59La vraie raison qui a fini par me convaincre est ailleurs.
00:03:02L'abandon de la langue, le mépris de la culture, sont à mon sens directement liés à la crise de la démocratie.
00:03:09Alors oui, rappeler que mon père a toujours tenu ensemble les lettres et la politique, c'était urgent et nécessaire.
00:03:18Est-ce que vous ne croyez pas qu'il est contradictoire de rechercher une certaine paix intérieure et de briguer des responsabilités nationales ?
00:03:32Non, au contraire, je ne crois pas qu'on puisse être un grand homme politique si l'on n'est pas d'abord, oh enfin, connaisseur de soi-même.
00:03:43Aurait-il pu, aurait-il dû choisir entre les deux ?
00:03:52C'est une question qu'il s'est posée.
00:03:55Et si la littérature avait été sa vie, ça aurait changé la mienne.
00:03:59J'aime écrire, je pense que si je n'avais pas été absorbé par ma vie politique, j'aurais aimé consacrer partie de ma vie à construire une œuvre littéraire.
00:04:20En avais-je le talent, j'en avais en tout cas le goût.
00:04:24Mais ce qui m'a manqué, c'est l'unité de l'esprit.
00:04:28Le téléphone qui vous déchire l'oreille, la visite incomptue, il faut l'unité de l'esprit.
00:04:35Mon père a eu plusieurs vies tout en restant fidèle à chacune.
00:04:42L'équation semble impossible, et pourtant, il pouvait être ainsi morcelé en maintenant son unité, multiple et fidèle.
00:04:51Je me suis souvent demandé où se loger le noyau, celui qui permet de tout tenir ensemble sans se fragmenter soi-même.
00:04:57La réponse est Jarnac, l'enfance, le silence.
00:05:08Je grandis sous le ciel mouillé d'Aquitaine.
00:05:11Notre maison était posée au bord de la Charente, sur la rive du droit coutumier.
00:05:17Je vous épargnerai le lot classique des souvenirs.
00:05:21Un mur sous le soleil, la liberté à porter des jambes et de l'imagination.
00:05:28Ribérac et Optère sont l'une et l'autre riveraine d'une belle rivière, la Drône.
00:05:34Observation qui n'a aucun intérêt pour mon récit, je les note simplement pour le plaisir d'écrire ces noms.
00:05:41Comme chez Proust, les noms contiennent un monde.
00:05:46Celui de l'enfance, celui des rêves.
00:05:49Pour mon père, c'est évident, la littérature s'enracine dans son paysage natal.
00:05:53Il y a un lien de parenté.
00:05:56Peut-être même que son paysage avait besoin d'être écrit pour exister au-delà de lui.
00:06:01Tout ce qui est en moi se rattache à Jarnac.
00:06:06Je suis charentais, je n'ai pas de naturel tellement bavard.
00:06:10J'aime bien me taire.
00:06:12Et c'est vrai qu'il y a une forme de discrétion charentaise dont j'ai pris ma part.
00:06:15Cette atmosphère, on la retrouve dans ses romans du 19e et du début du 20e siècle
00:06:31qu'il lisait et consignait dans un petit carnet.
00:06:35Tous ces romans où une discrète campagne française abrite des familles bourgeoises
00:06:39rivées à la terre et aux saisons, aux rites religieux qui scandent le temps.
00:06:43La lecture y est une distraction, parfois une évasion.
00:06:49Les soirées sont longues, on parle peu.
00:06:56Son père, Joseph, mon grand-père, était silencieux.
00:07:00Sa mère, Yvonne, ma grand-mère, était une catholique fervente mais humaniste,
00:07:05issue d'une tradition républicaine.
00:07:07Elle devait sans doute élever la voix au milieu de ses huit enfants.
00:07:10À 16 ou 17 ans, quand je suis arrivé à Paris, je me sentais provincial, content de l'être
00:07:17et un peu déchiré de perdre mes racines.
00:07:24Je ressens si fort cette déchirure matinée d'excitation.
00:07:28Il oublie de dire, à 19 ans, il a perdu sa mère, morte à 55 ans.
00:07:33Et sa mère, c'est Jarnac.
00:07:37On confond vite les lieux et les gens qu'on aime.
00:07:40D'ailleurs, il le dit, et c'est étonnant, car lorsque j'écris ces lignes, je n'ai pas encore entendu l'archive suivante où il dit
00:07:46« J'ai vécu dans le pays de ma mère ».
00:07:49Avant de mourir, elle s'était assurée de recommander mon père à François Mauriac lorsqu'il est monté à Paris.
00:07:59Nous avions déjà notre grand écrivain régional, comme je l'ai écrit avec un peu un tournis de méchanceté, un peu plus tard, qui était François Mauriac.
00:08:10Je dois dire que j'ai été très marqué par le mystère Frontenac, par surtout le vipère.
00:08:18Je l'ai compté.
00:08:19Mauriac a compté, tout comme la figure de Robert, son oncle prodige, mort à 19 ans d'une maladie, au lycée Henri IV.
00:08:32Mon père a voulu suivre ses pas et préparer le concours de l'école normale supérieure.
00:08:38Arrivé à Paris, il a changé d'avis, préférant découvrir la vie que s'enfermer dans une bibliothèque.
00:08:44C'est dans ce lycée que j'ai préparé le même concours.
00:08:50Et je dirais que d'une certaine manière, j'ai réparé ce léger manquement à la mémoire familiale.
00:08:56Raison profonde de la joie de mon père lorsque j'ai été reçu à normale supérieure.
00:08:591930. Les stars à Paris s'appellent Cocteau, Gide, Aragon.
00:09:19Les jeunes provinciaux, férus de littérature, montent à la capitale dans l'espoir de les rencontrer.
00:09:23Ils ne se rendent pas à des concerts pour hurler dans la fosse, n'accrochent pas des posters de rockers sexy sur les murs de leur chambre, comme je l'ai fait adolescente.
00:09:32Ils ne likent pas des youtubeurs comme mes enfants sur leur écran.
00:09:35Ils se rendent à des congrès littéraires.
00:09:37Le congrès de la pensée française s'est réuni à Paris, groupant savants, écrivains et artistes français,
00:09:46parmi lesquels le poète Louis Aragon, qui a réclamé de nos écrivains des œuvres dignes des héros de notre peuple,
00:09:53et M. François Mauriac, le célèbre romancier.
00:09:56Au service de la paix, est-il pour la pensée française de plus noble ambition ?
00:10:00La littérature, dans la bouche d'Aragon, doit mener à la politique.
00:10:11Elle propose un récit collectif.
00:10:13La politique sans récit est devenue de la gestion, qui ne fait plus rêver personne.
00:10:19Mon père, jeune homme, a beaucoup rêvé.
00:10:22Et ce rêve, il le devait aux écrivains.
00:10:24Et la révélation, elle m'est venue à travers l'ANRS, la revue.
00:10:30Là, tout d'un coup, je suis entré dans un monde qui m'a ébloui.
00:10:33Alors, c'était l'arrivée de Gide, c'était l'arrivée de Martin Dugar, c'était l'arrivée de Stamberger.
00:10:42Quand j'étais étudiant à Paris, je rêvais d'aventure.
00:10:46Je ne pensais pas à la politique, mais, d'une certaine manière, je me voyais en homme de pouvoir.
00:10:51En 1965, mon père se présente contre le général de Gaulle.
00:11:05Il est moins connu, député de la Nièvre, on ne le prend pas au sérieux.
00:11:12Leur inimitié remonte presque à leur première rencontre, en 1943, à Alger.
00:11:17De Gaulle veut fusionner des mouvements de résistance, de prisonniers de guerre.
00:11:22Mon père s'y oppose.
00:11:24Et le général finit par lui donner congé froidement.
00:11:26Je n'ai pas toujours été opposant à De Gaulle, quand De Gaulle était le chef de la résistance et le mainteneur de la France.
00:11:37Je me suis séparé de lui quand il est devenu le chef d'un parti, et d'un parti de droite, c'est-à-dire qu'il ne correspondait pas à mes opinions politiques.
00:11:44Il faut prendre les choses comme elles sont, car on ne fait pas de politique autrement que sur des réalités.
00:11:51Bien entendu, on peut sauter sur sa chaise comme un cabri, en disant l'Europe, l'Europe, l'Europe, mais ça n'aboutit à rien.
00:11:58Et ça ne signifie rien.
00:12:00Le choix à faire.
00:12:03Il est entre le général de Gaulle et moi.
00:12:05Mitterrand, il dit des choses terribles sur De Gaulle.
00:12:15Et en 1963, il se met à écrire ça.
00:12:17Et il écrit un livre, qui est un pamphlet d'une violence incroyable, et le meilleur livre de Mitterrand.
00:12:25La personnalité du général De Gaulle, libérateur de son pays, 14 ans avant d'en devenir dictateur,
00:12:32et riche de tant d'attraits, qu'elle survivra à son œuvre, finalement, assez mince.
00:12:38C'est un style de grand pamphletaire.
00:12:41C'est écrit en pensant à Châteaubriand, dans les mémoires d'Outre-Tombe, vis-à-vis de Bonaparte,
00:12:47et Hugo écrivant sur Napoléon le Petit.
00:12:50Il a les deux références en tête.
00:12:52On est en plein 19e au niveau du style, et il dénonce qui ?
00:12:57Un homme qu'il juge être un homme du 19e.
00:13:02Thierry Clermont-Tonnerre, mon éditeur, trouve certains passages un peu durs, et craint la saisie.
00:13:09Ce qui ferait d'ailleurs un drôle de scandale, que je ne cherche pas.
00:13:13Je veux bien polir les passages incriminés, mais pas modifier leur sens.
00:13:17Y compris sur la qualité littéraire, les critiques opposent de Gaulle à mon père.
00:13:27On sent que ce n'est pas un style naturel.
00:13:29Ni l'un ni l'autre ne sont Proust ou Céline, c'est clair.
00:13:32Et ce n'est pas leur ambition d'ailleurs, je dirais.
00:13:33Ah si, je pense que leur ambition était très vaste, et qu'ils auraient volontiers été aussi Proust et Céline.
00:13:39Ce n'est pas totalement faux.
00:13:42Non qu'ils aient voulu, l'un comme l'autre, être les plus grands écrivains, quoique,
00:13:46mais enfin, marquer leur temps par leurs plumes, en plus de leurs actions, ne leur aurait pas des plus.
00:13:51Et de ce point de vue, je pense qu'il est à la hauteur de de Gaulle,
00:13:56c'est-à-dire quelqu'un qui est tout le temps en train de rapporter le présent à un certain ailleurs,
00:14:02qui est celui des livres.
00:14:03Et il se promène avec cette bibliothèque, ce qui lui donne presque un air absent,
00:14:07l'absence qu'ont les rêveurs nourris de lettres, nourris de grandes lectures.
00:14:11Il y a toute une donnée littéraire qui, moi, m'attire absolument,
00:14:25comme la lumière dans la nuit, avec tous ces insectes autour.
00:14:31C'est la dimension de l'espace.
00:14:33Et il me semble que cette dimension littéraire est nécessaire,
00:14:38au-delà de la littérature, est nécessaire à la politique,
00:14:41c'est-à-dire à la vie des hommes dans la société d'aujourd'hui.
00:14:44Ils étouffent, ils manquent d'air.
00:14:49La politique exige l'action, la décision, l'urgence.
00:14:53Pas d'opposition ?
00:14:54Elle se nourrit de l'actualité.
00:14:56La littérature est ce pas de côté, ce chemin de traverse,
00:15:01cet autre monde qui exige un temps pour elle, un temps à elle.
00:15:08Ces deux temporalités sont contraires.
00:15:11Mon père aimait bien les contraires.
00:15:13Il aimait surtout être maître de son temps.
00:15:18Dans le secret de sa pièce à Latch,
00:15:19une grange transformée tout à la fois en chambre, bureau,
00:15:23lieu d'isolement et de souvenir,
00:15:25il continue son parcours étonnant.
00:15:29Je sais que je travaille mieux quand je laisse la parole et l'action à la porte,
00:15:34à chacun sa drogue.
00:15:35La mienne est le silence.
00:15:39Comme il se doit, je l'aime, je le crains.
00:15:42Mais sans lui, je perds ce sens subtil
00:15:45qui permet de communiquer avec l'âme des choses.
00:15:49Les perceptions s'usent vite.
00:15:51Trois mois de Paris,
00:15:53et je m'embrouille dans les odeurs de la forêt.
00:15:56C'est le signal d'alerte.
00:15:58Lorsque je ne reconnais plus la démarche de la nature,
00:16:02je suis prêt d'ignorer celle des hommes.
00:16:05Mon père n'est pas un citadin.
00:16:16Il vit à Paris, il en aime les rues, l'atmosphère.
00:16:20Mais son fond est tissé de campagnes,
00:16:22pas de mer, pas de hautes montagnes,
00:16:25de campagnes austères et discrètes,
00:16:27mais dont la présence est entêtante.
00:16:29Quant à moi, je regrette parfois qu'il ait été si silencieux,
00:16:36qu'il ne m'ait pas plus parlé de lui,
00:16:37de ses craintes, de ses tourments.
00:16:40Il a eu besoin de me conseiller des livres
00:16:42qu'il racontait mieux que lui-même.
00:16:44Dominique de Fromentin,
00:16:45Le Rouge et le Noir,
00:16:47tout Stendhal,
00:16:48Madame Bovary et tant d'autres.
00:16:50Je les revois en forme à poche,
00:16:52et moi, l'élisant allongée dans l'herbe grasse,
00:16:55en Auvergne.
00:16:58Je lui avais déjà dit que je voulais devenir écrivain.
00:17:01Alors il me donnait à lire
00:17:02ce qui avait fait naître chez lui le même désir.
00:17:05La Porte étroite de Gide, par exemple.
00:17:08Il savait que ce livre allait me toucher au cœur.
00:17:11Pourquoi ? Je l'ignore.
00:17:13Nous n'en avons qu'à peine parlé.
00:17:15C'était une évidence.
00:17:16Voilà tout.
00:17:18Une autre manière de dialoguer.
00:17:22Trône au-dessus de mon bureau
00:17:24une photo de Gide,
00:17:26prise par Giselle Freund,
00:17:27comme pour veiller sur mon écriture.
00:17:30Après tout,
00:17:31mon père n'a jamais pu lire mes livres.
00:17:33Mais il est là,
00:17:35quelque part.
00:17:42Je n'ai jamais lu non plus in extenso
00:17:44ses propres ouvrages.
00:17:46J'ai feuilleté La paille et le grain
00:17:47ou L'abeille et l'architecte,
00:17:49mais j'ai beaucoup de mal à le lire,
00:17:50comme si sa langue écrite
00:17:52n'était pas celle de mon père,
00:17:54pas celle non plus du président,
00:17:56mais d'un homme que je ne connais pas tout à fait.
00:17:58Et j'aurai l'impression
00:17:59de trahir mon père
00:18:00en découvrant cet homme.
00:18:03D'ailleurs,
00:18:04je déteste lire les livres
00:18:05qu'on a écrits sur lui.
00:18:08Peut-être qu'avec le temps,
00:18:09je rouvrirai La paille et le grain.
00:18:10François Mitterrand,
00:18:15quand nous nous sommes vus,
00:18:17vous m'aviez dit,
00:18:18vous savez,
00:18:19ça ne sera pas un best-seller,
00:18:20puisque aucun de mes livres
00:18:21n'a jamais été un vrai best-seller.
00:18:24Celui-là en est un.
00:18:25J'en suis très étonné.
00:18:27Est-ce que ça vous fait plaisir ?
00:18:29Oui, oui, ça me fait plaisir.
00:18:31Je pense,
00:18:32peut-être une part de vanité,
00:18:33je ne pense pas dans la mesure
00:18:36où les vanités,
00:18:40disons,
00:18:41je suis devenu très exigeant,
00:18:43pour en avoir.
00:18:46Plus de 100 000 exemplaires.
00:18:49Les autres livres stagnaient
00:18:50à 30, 40 000,
00:18:52ce qui est déjà un exploit
00:18:53au regard des chiffres d'aujourd'hui.
00:18:54Écrire était sa manière,
00:18:59pudique et limitée,
00:19:00de se dévoiler à ses électeurs.
00:19:03Comment définir cette ouvrage ?
00:19:04Est-ce que c'est une chronique,
00:19:05des notes, un journal ?
00:19:07C'est entre la chronique et le journal.
00:19:09Chronique, forcément,
00:19:10parce que je suis un responsable politique,
00:19:14j'écris de temps à autre
00:19:16dans l'hebdomadaire du Parti Socialiste,
00:19:18qui s'appelle Unité,
00:19:19et je suis donc amené
00:19:20à commenter l'actualité.
00:19:21Ce sont des chroniques.
00:19:22Et puis, c'est devenu aussi
00:19:23un peu un journal,
00:19:24mais ce n'est pas un journal intime.
00:19:27J'aurais dans ce cas-là
00:19:27encore beaucoup d'autres choses à dire.
00:19:28Sûrement.
00:19:31Mon père se méfiait
00:19:32des journaux intimes.
00:19:34Déjà, en 1938,
00:19:36il était critique,
00:19:37presque virulent
00:19:38lorsqu'il les évoquait,
00:19:40répondant à une enquête
00:19:41de la revue Montalembert.
00:19:44On sait bien
00:19:44qu'une personne réelle
00:19:46n'a pas grand-chose
00:19:46à nous apprendre
00:19:47sur ce qu'elle est.
00:19:49On écrit donc
00:19:50les aveux de quelqu'un d'autre,
00:19:52plus pur, plus noir.
00:19:54Plus vif,
00:19:55plus sensible,
00:19:56et même plus soi
00:19:57qu'il n'est permis.
00:19:59Car le soi a des degrés.
00:20:01J'adore cette idée énigmatique
00:20:04que le soi a des degrés,
00:20:06en fonction des autres,
00:20:07qui vous lisent,
00:20:08qui vous jugent,
00:20:09qui vous entourent.
00:20:11Le moi social est différent
00:20:12du moi littéraire,
00:20:13par exemple.
00:20:15Pour mon père,
00:20:16l'intime se trouvait moins
00:20:17dans l'écriture
00:20:17que dans la lecture.
00:20:18La France et sa géographie
00:20:23étaient ce qu'il avait
00:20:23de plus intime.
00:20:25Enfin,
00:20:25ce qu'il pouvait dire
00:20:26publiquement
00:20:27de plus intime.
00:20:29Vous écrivez ceci,
00:20:30l'âme de la France,
00:20:31inutile de la chercher,
00:20:32elle m'habite.
00:20:33Qu'est-ce que c'est
00:20:33que cette âme de la France ?
00:20:35J'ai une connaissance physique
00:20:37de la France,
00:20:37un amour physique de la France.
00:20:41Voilà,
00:20:42je n'ai pas besoin
00:20:43qu'on me parle,
00:20:43qu'on me fasse des leçons
00:20:44sur l'amour de la France.
00:20:46La France, pour moi,
00:20:47c'est moi.
00:20:48C'est moi,
00:20:49sous certains aspects.
00:20:50Le saule, là,
00:20:51le long de petites rivières,
00:20:52le coton qui s'élève comme ça,
00:20:55les espèces d'arbres, bref.
00:20:56Je suis, moi-même,
00:20:58je me sens partie prenante
00:20:59de la géographie de la France.
00:21:01Alors voilà, c'est tout,
00:21:02ce n'est pas très intellectuel, ça.
00:21:04Mais à partir de là,
00:21:05on peut peut-être avoir des idées.
00:21:19Sans doute parce que ces paysages
00:21:20étaient adéquats à sa plume
00:21:22qui pouvait en épouser
00:21:23les moindres nuances,
00:21:25elle avait fait ses gammes en charronte.
00:21:27Et la charronte rendait
00:21:28à tous les autres paysages français,
00:21:30particulièrement ceux du centre,
00:21:32leurs secrets.
00:21:35Vézelay, Vézelay, Vézelay, Vézelay.
00:21:46Connaissez-vous plus bel Alexandrin
00:21:48de la langue française ?
00:21:50J'en ai mieux aimé Aragon.
00:21:53Aujourd'hui, j'y suis revenu d'instinct.
00:21:54Mon père y allait souvent avec ma mère.
00:22:01Moi-même, j'avais été de certains voyages.
00:22:04J'étais petite,
00:22:05je m'en souviens à peine.
00:22:07Et franchement,
00:22:08un enfant ne comprend rien
00:22:09à cette relation érotique
00:22:10aux vieilles pierres
00:22:11et aux champs d'herbes sèches.
00:22:13Pourtant,
00:22:14j'ai la même avec mes lieux à moi.
00:22:15Mon père était adepte
00:22:22des cérémoniaux
00:22:22qui scandaient sa propre durée.
00:22:25Vézelay,
00:22:26Solutré,
00:22:27il répétait les gestes,
00:22:28les voyages
00:22:29dans des lieux
00:22:29qu'il connaissait par cœur,
00:22:31comme si ce rythme
00:22:32assurait une permanence.
00:22:36Solutré,
00:22:37c'était Daniel.
00:22:38Pour le reste,
00:22:40caché aux journalistes
00:22:41et aux caméramens,
00:22:42c'était ma mère.
00:22:48Ah, viens m'aider,
00:22:49mon âne.
00:22:50Je redoute la nuit.
00:22:53J'étouffe.
00:22:54Tu n'es pas là.
00:22:56Oh, âne,
00:22:58comment peut-on détruire
00:22:59un tel lien ?
00:23:01Je n'ai plus de pays
00:23:02si tu es loin de moi.
00:23:12Voilà maintenant
00:23:19qui s'annonce
00:23:20comme le phénomène
00:23:21d'édition de cet automne.
00:23:23Jeudi prochain,
00:23:23Gallimard va publier
00:23:241218 lettres d'amour
00:23:26écrites par François Mitterrand.
00:23:28Des lettres adressées
00:23:29à Anne Pinjot,
00:23:30une relation restée clandestine
00:23:32pendant 34 longues années.
00:23:34Des pages
00:23:35qui éclairent d'un jour nouveau
00:23:36la personnalité
00:23:37de l'ancien président.
00:23:38Anne Pinjot,
00:23:39vous avez choisi
00:23:40de publier l'ensemble
00:23:42des lettres
00:23:43et des messages
00:23:44qu'il vous a adressées
00:23:45de 1962
00:23:47jusqu'à quasiment
00:23:49à sa mort.
00:23:50C'est un événement considérable
00:23:51à la fois d'un point de vue littéraire
00:23:53et d'un point de vue historiographique.
00:23:55Je ne sais pas
00:23:55si j'ai bien fait.
00:23:57Je ne sais pas.
00:23:58Il fallait mieux
00:23:58attendre
00:23:59une publication posthume.
00:24:03Bon, il savait
00:24:03que je conservais tout
00:24:04par métier
00:24:05et par nature.
00:24:08Mais est-ce qu'il voulait
00:24:09que ce soit publié ?
00:24:10Vous voyez,
00:24:10c'est toujours
00:24:11que je me pose la question.
00:24:14Lire ce qui m'a précédé
00:24:15me met mal à l'aise.
00:24:17Ça n'est pas censé
00:24:18me concerner.
00:24:20Certes,
00:24:20la lecture en est fascinante,
00:24:22les lettres magnifiques.
00:24:24C'est d'ailleurs
00:24:24leur beauté
00:24:25qui me sert d'armure.
00:24:27Je les appréhende
00:24:27comme une œuvre
00:24:28pour ne pas avoir
00:24:29à les lire
00:24:30comme la correspondance
00:24:31entre mes parents.
00:24:31J'embrasserai ta main
00:24:34très doucement.
00:24:37Tu ne sauras pas
00:24:37d'où vient cette caresse.
00:24:39Ton rêve
00:24:40t'aura mené
00:24:41dans les hautes herbes,
00:24:43sur les pentes
00:24:43que tu aimes,
00:24:45parmi les grands oiseaux.
00:24:47Je voudrais
00:24:48que tu souries
00:24:48à la beauté,
00:24:50à l'harmonie.
00:24:52Je retiendrai
00:24:52mon souffle.
00:24:55Nous ne serons
00:24:55plus seuls,
00:24:57mon âne.
00:24:58Ces lettres
00:25:08rétablissent
00:25:09une vérité
00:25:10qu'on ignorait
00:25:10légitimement,
00:25:12le rôle
00:25:12de ma mère.
00:25:14Souvent,
00:25:14on me demande
00:25:15s'il m'arrivait
00:25:16de voir mon père,
00:25:17si son absence
00:25:18n'était pas
00:25:18trop douloureuse,
00:25:20mais je le voyais
00:25:20tout le temps.
00:25:22Et l'histoire
00:25:22dont je viens
00:25:23est si riche,
00:25:24si tumultueuse,
00:25:26si secrète,
00:25:27que je ne sais pas
00:25:27je n'ai fait
00:25:28qu'atterrir au milieu.
00:25:36Vous avez choisi
00:25:37de publier
00:25:38Corollet,
00:25:39le journal
00:25:40qu'il a rédigé
00:25:40pour vous,
00:25:41jour après jour,
00:25:43de 1964
00:25:44à 1970,
00:25:46ce sont des feuillets
00:25:47quotidiens
00:25:47où il a mêlé
00:25:49à la fois
00:25:50un récit manuscrit
00:25:50de ses activités
00:25:51avec divers découpages
00:25:53de journaux,
00:25:54de photographies variées
00:25:55qui sont d'une richesse
00:25:56à peu près
00:25:57insondables.
00:26:01Nous partirons de bonne heure,
00:26:03enfin, vers 9h.
00:26:05Je pense que nous pourrons
00:26:06saluer au passage
00:26:07la maison d'enfance
00:26:08de Colette
00:26:09et celle de Jules Renard,
00:26:11le village de Romain Roland,
00:26:13les belles vallées
00:26:14de la cure
00:26:14et du cousin
00:26:15avant d'aborder
00:26:16le Morvan.
00:26:18Peut-être aussi
00:26:18le village de Giraudoux
00:26:20et d'Alain Fournier.
00:26:25Au fond,
00:26:26sa seule vraie autobiographie,
00:26:28il l'a construite
00:26:28par collage.
00:26:30Le journal propose
00:26:31sa vision du monde
00:26:32et de lui-même
00:26:33à travers cet art
00:26:34du montage
00:26:35cher à Brecht.
00:26:37Journaux découpés,
00:26:38cartes postales,
00:26:40annotations,
00:26:41mises en relation
00:26:41d'éléments différents
00:26:42qui créent des raccourcis
00:26:44et du sens.
00:26:44L'intime est contourné
00:26:47en même temps
00:26:48que livré.
00:26:50On est souvent frappé
00:26:51en lisant ces lettres
00:26:52qui sont splendides
00:26:53d'invention,
00:26:54d'imagination,
00:26:55qui sont des œuvres
00:26:56littéraires
00:26:57pour beaucoup d'entre elles.
00:26:59On est frappé
00:26:59de voir que souvent
00:27:01il donne le sentiment
00:27:02de se regarder lui-même
00:27:03vous aimer.
00:27:05Peut-être.
00:27:06Mais à la fin,
00:27:06je lui reprochais
00:27:07ces lettres
00:27:08trop belles.
00:27:12Reprochée, pourquoi ?
00:27:14Parce que je trouvais
00:27:15que c'était
00:27:16que la vie
00:27:18ça aurait été mieux.
00:27:21Mais
00:27:22tout le paradoxe
00:27:29est là.
00:27:30Vivre,
00:27:32c'est mieux.
00:27:34Mais l'écrit
00:27:35demeure.
00:27:38Alors tout le monde sait,
00:27:39je crois que vos adversaires
00:27:40politiques le reconnaissent
00:27:41aussi,
00:27:41que vous écrivez
00:27:42très bien.
00:27:43Mais j'ai été,
00:27:44j'ai eu la curiosité
00:27:44de mettre le nez
00:27:45dans des ouvrages
00:27:46assez anciens de vous,
00:27:47notamment sur la Chine,
00:27:48tout ça.
00:27:48Et je me suis aperçu
00:27:49que vous écrivez
00:27:50de mieux en mieux.
00:27:51Je voudrais savoir pourquoi.
00:27:53Mon père n'aimait pas
00:27:54qu'on lui fasse la leçon,
00:27:55y compris Pivot
00:27:56lorsqu'il lui dit
00:27:57qu'il écrit
00:27:57de mieux en mieux.
00:27:58Ça l'agace,
00:27:59ça se sent.
00:28:00Qu'est-ce qui se passe ?
00:28:01Et je voudrais écrire bien,
00:28:02qu'est-ce que ça veut dire ?
00:28:02Ensuite,
00:28:03bon,
00:28:03j'accepte,
00:28:04et on ne va pas se lancer
00:28:06dans une discussion incidente.
00:28:08Ensuite,
00:28:08j'écris de mieux en mieux,
00:28:09c'est vous qui le dites.
00:28:10Oui,
00:28:10non,
00:28:10mais je prends ça
00:28:11sur moi.
00:28:12Enfin,
00:28:13enfin,
00:28:13je pense que si c'est vrai,
00:28:16c'est peut-être vrai,
00:28:17c'est parce que je suis
00:28:18de plus en plus libre.
00:28:19Vous dites vous-même
00:28:20que vous ne sauriez être
00:28:21un écrivain d'imagination ?
00:28:22Je pense,
00:28:23je pense,
00:28:23parce que comme j'écris des livres,
00:28:25on dit que je suis écrivain,
00:28:27je pense que je sais écrire,
00:28:28enfin,
00:28:29ma manière.
00:28:29Si je m'étais mis à la tête
00:28:30d'écrire un roman,
00:28:31par exemple,
00:28:33non,
00:28:33je pense que je n'aurais pas
00:28:34eu l'imagination romalesque.
00:28:38J'aime ce qui est écrit,
00:28:40la langue,
00:28:41la philologie,
00:28:42la grammaire.
00:28:43La vraie littérature
00:28:44n'est,
00:28:45je le crois,
00:28:46de l'exactitude du mot
00:28:48et de la chose.
00:28:49Je préfère celui
00:28:50qui sait dire exactement
00:28:51ce qu'il a vu
00:28:52et ressenti
00:28:53à celui
00:28:53qui vaticine
00:28:54en forçant
00:28:55sur ses impressions.
00:29:02Papa,
00:29:03il n'y a pas de poésie
00:29:04plus grande
00:29:07que l'exactitude des termes.
00:29:09Il n'y a pas de poésie
00:29:11plus grande
00:29:11que l'exactitude des termes.
00:29:13Je ressens de façon
00:29:14très forte
00:29:15cette idée d'exactitude
00:29:16qui pour moi également
00:29:17est un tyran.
00:29:18C'est très difficile
00:29:19d'être exact,
00:29:20de trouver le mot juste,
00:29:21le bon rythme.
00:29:23Il faut une exigence,
00:29:24de la patience
00:29:25et entraîner son cerveau
00:29:26comme un muscle
00:29:27pour qu'il apprenne
00:29:28à être précis.
00:29:29Cela a quelque chose
00:29:30à voir avec le désir
00:29:31de maîtrise.
00:29:32C'est un corps à corps
00:29:33avec la langue.
00:29:34Tout le reste,
00:29:37c'est du bavardage
00:29:38ou de l'excitation mentale.
00:29:50Il m'a dit un jour
00:29:52qu'il aimait
00:29:52la précision de Pascal,
00:29:55le côté pointu et fort
00:29:57de Chateaubriand
00:29:59et puis le souffle
00:30:00de Tolstoy.
00:30:04Vous raturez beaucoup ?
00:30:06Beaucoup, oui.
00:30:07Je ne sais pas
00:30:08de ceux qui écrivent
00:30:09d'un G
00:30:09des pages admirables.
00:30:11Vous devez souffrir.
00:30:12Je ne sais pas
00:30:12si j'écris
00:30:12des pages admirables
00:30:13mais je souffre toujours beaucoup.
00:30:15Mais qu'est-ce qu'il emporte
00:30:16dans cet acte d'écrire ?
00:30:17C'est la souffrance
00:30:18ou le plaisir ?
00:30:19Non, nous n'exagérons rien.
00:30:20C'est difficile,
00:30:21c'est dur.
00:30:21Je suis très, très, très attentif.
00:30:24Je suis très critique
00:30:26à l'égard de moi-même.
00:30:28Je ne dis pas du tout
00:30:29que ce que je publie
00:30:31me contente absolument.
00:30:33Mais s'il n'existe pas
00:30:35un certain rythme intérieur
00:30:37traduit par mon langage écrit,
00:30:40alors je ne publie pas.
00:30:46Trop critique envers lui-même
00:30:47pour se lancer en littérature ?
00:30:50Trop de figures tutélaires ?
00:30:51Trop d'admiration ?
00:30:54Sa vanité d'auteur,
00:30:55dit-il,
00:30:55avec une forme de modestie
00:30:57qui ne va pas tout de même
00:30:58jusqu'à risquer l'édition.
00:31:00Pour quelqu'un
00:31:01qui a fait du risque
00:31:02sa profession,
00:31:04c'est drôle d'apprendre
00:31:04que la publication
00:31:05représente le plus grand danger.
00:31:07Et l'on peut reprocher
00:31:08beaucoup de choses à mon père,
00:31:10mais pas le manque de courage.
00:31:12S'agissait-il alors
00:31:13de courage que d'écrire
00:31:15et de publier ?
00:31:16Ou d'un respect religieux ?
00:31:19Que risquait-il au fond ?
00:31:21Lorsqu'un critique littéraire sérieux
00:31:26s'intéresse à moi
00:31:27et relève un imparfait
00:31:29du subjonctif en trop,
00:31:31je me dis,
00:31:32bon vieux,
00:31:32mais c'est un imparfait
00:31:34du subjonctif,
00:31:35qu'est-ce que j'ai été
00:31:36de le mettre là ?
00:31:37C'est vrai,
00:31:38c'est ridicule.
00:31:39Et ça me morfond
00:31:39pendant un heure,
00:31:40je pense qu'il a raison.
00:31:41Je me dis,
00:31:41mais comment est-ce que
00:31:42je n'ai pas eu moi
00:31:43assez de maîtrise
00:31:44pour ne pas me rendre compte
00:31:45tout seul ?
00:31:46Ça m'ulcère ça.
00:31:48Cinglant homme politique,
00:31:50il redevient vulnérable
00:31:51quand il écrit.
00:31:51La France,
00:32:00c'est son peuple !
00:32:03Nous allons gagner !
00:32:06Un président,
00:32:07ça doit parler.
00:32:08C'est un métier étrange
00:32:09après tout.
00:32:10Il faut prendre des décisions
00:32:12et parler.
00:32:15Parler,
00:32:16si on sait faire,
00:32:17c'est souvent plaire.
00:32:18Mais parfois,
00:32:20il faut dire,
00:32:21sans fioriture,
00:32:22dire la vérité,
00:32:24y compris quand elle
00:32:24met en péril une élection.
00:32:26Je suis contre
00:32:27la peine de mort.
00:32:29Et je n'ai pas besoin
00:32:30de lire les sondages
00:32:31qui disent le contraire.
00:32:34Une opinion majoritaire
00:32:36est pour la peine de mort.
00:32:37Eh bien moi,
00:32:38je suis candidat
00:32:39à la présidence
00:32:39de la République
00:32:40et je demande
00:32:41une majorité
00:32:42de suffrage aux Français,
00:32:44mais je ne la demande pas
00:32:45dans le secret
00:32:46de ma pensée.
00:32:48je dis ce que je pense,
00:32:50ce à quoi j'adhère,
00:32:51ce à quoi je crois,
00:32:52ce à quoi se rattachent
00:32:54mes adhésions spirituelles,
00:32:57ma croyance,
00:32:59mon souci de la civilisation.
00:33:01Je ne suis pas favorable
00:33:01à la peine de mort.
00:33:05Je ne suis pas favorable
00:33:06à la peine de mort.
00:33:08C'est déjà un acte.
00:33:09C'est promettre
00:33:10de l'abolir une fois au pouvoir.
00:33:12Quand une promesse
00:33:13est suivie des faits,
00:33:14ce qui n'est pas toujours
00:33:14le cas en politique,
00:33:16elle montre que le langage
00:33:17porte cette puissance
00:33:18de transformer le réel.
00:33:20Puis à d'autres moments,
00:33:22la langue doit être séductrice
00:33:23ou seulement persuasive.
00:33:25La maîtriser est utile.
00:33:28Pour écrire ses discours,
00:33:30mon père avait choisi
00:33:30un écrivain,
00:33:32Eric Orsena,
00:33:33ce qui ne l'empêchait pas
00:33:34de tout remanier.
00:33:35C'est vrai que parfois,
00:33:36il vous renvoyait vos discours
00:33:37avec des petites annotations.
00:33:38sans arrêt, sans arrêt, sans arrêt,
00:33:40sans arrêt.
00:33:41Et puis à chaque fois,
00:33:43enfin très modestement,
00:33:44je jouais un peu avec lui.
00:33:47Parce que, par exemple,
00:33:49il n'aimait pas le mot
00:33:51« il est bon pour la France »,
00:33:53etc.
00:33:53Il préférait « il est juste ».
00:33:54Donc pour le mettre
00:33:55un tout petit peu en colère,
00:33:56je mettais « bon »
00:33:56et c'était rayé comme ça.
00:33:575, 4, 3, 2, 1.
00:34:06François Mitterrand
00:34:07est élu président de la République.
00:34:22Les résultats
00:34:23qui me sont communiqués
00:34:26à l'heure
00:34:28où je m'exprime
00:34:29annoncent que les Françaises
00:34:32et les Français
00:34:33ont choisi le changement
00:34:36que je leur proposais.
00:34:41Nous avons tant à faire ensemble
00:34:43et tant à dire aussi.
00:34:52On a souvent l'impression
00:34:53que vous cherchez
00:34:54à maintenir une certaine distance
00:34:56et si je n'étais pas
00:34:58à distance,
00:35:00qu'est-ce qui resterait de moi ?
00:35:04Ma vie intérieure,
00:35:06elle apparaît à travers
00:35:07ce que j'en écris,
00:35:09mais je jugerais
00:35:11vulgaire, inutile
00:35:12et finalement malsain.
00:35:14Tout comportement
00:35:15qui chercherait
00:35:17à plaire
00:35:19au plus grand nombre
00:35:20par un besoin irrépréciel,
00:35:22par un besoin irrépréciel,
00:35:23d'étaler,
00:35:25le vrai et le faux.
00:35:26Mon père déjouait sans cesse
00:35:32la connaissance
00:35:33qu'on prétendait
00:35:34avoir de lui.
00:35:35J'allais pour rire.
00:35:38De quoi alimenter
00:35:39la fiction.
00:35:41Jamais il n'utilisa
00:35:41sa vie privée
00:35:42pour plaire.
00:35:43Il fit quelques concessions,
00:35:45bien sûr,
00:35:45on n'est pas à présidence
00:35:46sans donner un peu de soi,
00:35:48un peu d'image de soi.
00:35:50Et ce qu'on montre
00:35:50permet de cacher le reste.
00:35:51Aujourd'hui,
00:35:54on troque la littérature
00:35:55pour l'image.
00:35:56Il a toujours préféré
00:35:57la première.
00:36:00Bonsoir,
00:36:01le projet du candidat Mitterrand.
00:36:02Il s'agit d'une lettre
00:36:03que le président
00:36:04a écrite de sa main.
00:36:05Elle sera publiée
00:36:06demain matin
00:36:06sous forme d'encart publicitaire
00:36:08dans plusieurs journaux
00:36:09de province
00:36:09et plusieurs quotidiens parisiens.
00:36:13J'ai choisi ce moyen
00:36:15de vous écrire
00:36:16afin de m'exprimer
00:36:17sur tous les grands sujets
00:36:19qui valent d'être traités
00:36:20et discutés
00:36:21entre Français,
00:36:22sorte de réflexion en commun,
00:36:25comme il arrive le soir
00:36:26autour de la table
00:36:27en famille.
00:36:28Je ne vous présente pas
00:36:29un programme
00:36:30au sens habituel du mot.
00:36:33Un programme,
00:36:34en effet,
00:36:35est l'affaire des partis,
00:36:36pas du président
00:36:37de la République
00:36:38ou de celui
00:36:39qui aspire à le devenir.
00:36:44Face à la montée
00:36:45en flèche
00:36:45de la communication,
00:36:47face à l'appauvrissement
00:36:48de la langue politique,
00:36:49la lettre aux Français
00:36:51résiste.
00:36:53Les Français préfèrent
00:36:54encore qu'on s'adresse
00:36:55à leur intelligence
00:36:55plutôt qu'à leurs affects.
00:36:58Mais ce sont les derniers temps
00:36:59où la maîtrise de la langue
00:37:00est l'outil politique
00:37:01par excellence
00:37:02et où savoir écrire
00:37:04est perçu comme une vertu
00:37:05plutôt que comme une bizarrerie.
00:37:08L'évolution des médias
00:37:09va nécessairement transformer
00:37:11la manière de s'adresser
00:37:12à un public.
00:37:13La télévision arrive,
00:37:15il faut parler devant une caméra,
00:37:17les phrases doivent être
00:37:18plus courtes,
00:37:19faciles à comprendre.
00:37:21Le texte est lu,
00:37:22sur prompteur,
00:37:23à la façon d'un acteur.
00:37:24Mon père a du mal
00:37:29à endosser le rôle.
00:37:31Il est mal à l'aise,
00:37:32il surjoue.
00:37:34Ça va lui prendre
00:37:34un peu de temps
00:37:35de quitter les habits
00:37:36du tribun
00:37:36qu'il portait encore
00:37:37en 1965.
00:37:41Ce dialogue
00:37:42qui commence aujourd'hui
00:37:43entre nous,
00:37:45vous,
00:37:46Françaises et Français,
00:37:48qui cherchez en conscience
00:37:50où se trouve le devoir,
00:37:51qui vous interrogez
00:37:53sur ce qu'il convient
00:37:54de faire pour la France
00:37:56le 5 décembre prochain.
00:37:59Et moi,
00:38:00candidat unique
00:38:01de la gauche
00:38:01à la présidence
00:38:03de la République,
00:38:04qui vous demande
00:38:05de m'écouter
00:38:05et de comprendre
00:38:06pourquoi
00:38:07je fais appel à vous.
00:38:13Mon père est moins bon
00:38:15devant une machine
00:38:15que devant des militants
00:38:16socialistes.
00:38:18Il retrouve sa superbe
00:38:19dans le débat
00:38:20où c'est la joute
00:38:21qui domine.
00:38:23Permettez-moi juste
00:38:24de vous dire
00:38:24que ce soir,
00:38:27je ne suis pas
00:38:28le Premier ministre
00:38:29et vous n'êtes pas
00:38:30le président de la République.
00:38:32Nous sommes
00:38:32deux candidats
00:38:34à égalité
00:38:35et qui se soumettent
00:38:37au jugement
00:38:38des Français,
00:38:40seuls qui comptent.
00:38:42Vous me permettrez donc
00:38:43de vous appeler
00:38:43M. Mitterrand.
00:38:44Mais vous avez tout à fait raison,
00:38:45M. le Premier ministre.
00:38:46Quand je regardais
00:38:51le match,
00:38:52enfant,
00:38:53devant la télévision
00:38:54avec ma mère,
00:38:55j'étais tétanisée.
00:38:57Comme les autres,
00:38:58je n'en connaissais pas
00:38:59l'issue.
00:39:00Mais elle aurait
00:39:01des conséquences
00:39:01trop grandes.
00:39:03Politique,
00:39:03sans doute,
00:39:04mais ça m'était égal.
00:39:06C'était surtout
00:39:06l'ombre de la peine,
00:39:08de l'humiliation,
00:39:09de l'impuissance
00:39:10qui planait
00:39:10au-dessus du débat.
00:39:12Mon père pourrait
00:39:13être mis K.O.
00:39:13pour les autres,
00:39:15c'était un jeu.
00:39:17Pour moi,
00:39:18c'était un supplice.
00:39:22Alors bien sûr,
00:39:23je préfère revoir
00:39:24des conversations
00:39:24comme celles
00:39:25avec Marguerite Duras.
00:39:27C'est drôle,
00:39:28c'est intense.
00:39:29La violence
00:39:29est mise à distance.
00:39:30Je vais vous parler
00:39:34de l'Afrique.
00:39:36Oui,
00:39:37aujourd'hui,
00:39:37je vais vous parler
00:39:38de l'Afrique.
00:39:41Vous voulez que
00:39:42je vous parle
00:39:43de sa géographie ?
00:39:45De votre amour
00:39:46de l'Afrique ?
00:39:47De votre jardin ?
00:39:48C'est une question
00:39:49comme ça.
00:39:50Vous embrassez
00:39:51toujours l'univers.
00:39:52Oui,
00:39:52vous embrassez
00:39:54toujours l'univers.
00:39:55J'adore.
00:39:56Et elle se marre.
00:39:57Il faut quand même prendre
00:39:58un chemin
00:39:59pour y pénétrer.
00:40:00Il faut un chemin
00:40:01pour y pénétrer.
00:40:03Toujours le sens
00:40:03de la répartie.
00:40:05C'est une autre forme
00:40:06de maîtrise de la langue.
00:40:07L'attention au bon moment
00:40:08pour le bon mot.
00:40:10Là encore,
00:40:11l'exactitude
00:40:11du verbe
00:40:13et du timing.
00:40:14Oh là là,
00:40:14timing.
00:40:15Il n'aurait pas aimé.
00:40:17Il reprenait
00:40:17ses collaborateurs
00:40:18s'ils utilisaient
00:40:19des anglicismes faciles.
00:40:22C'est un François Mitterrand
00:40:23parfaitement à l'heure,
00:40:24parfaitement exact,
00:40:25contrairement à la légende.
00:40:27qui a inauguré
00:40:27le deuxième salon du livre
00:40:29au Grand Palais ce matin.
00:40:31C'est l'univers entier
00:40:32de la littérature
00:40:32qu'il aimait
00:40:33et pas seulement
00:40:34le contenu des livres.
00:40:36Cela ne va pourtant
00:40:37pas de soi.
00:40:38On peut aimer un livre
00:40:39sans aimer celui
00:40:39qu'il écrit.
00:40:41Les écrivains
00:40:41sont parfois décevants.
00:40:43Ils ressemblent souvent
00:40:44peu à leurs livres.
00:40:45Mais lui,
00:40:46il lisait
00:40:47et rencontrait
00:40:48les écrivains
00:40:48dont il avait aimé
00:40:49les livres.
00:40:51Certains sont devenus
00:40:52des amis.
00:40:53Benoît de Groult,
00:40:54Paul Guimard,
00:40:54Blondin
00:40:55et toujours
00:40:56Marguerite Duras.
00:40:59Je suis mitterrandienne.
00:41:00Ah.
00:41:01Oui.
00:41:03C'est pour la personne
00:41:04de Mitterrand.
00:41:05Pourquoi ?
00:41:05Parce que Mitterrand
00:41:06est un bon écrivain ?
00:41:07Parce que c'est une personne
00:41:08à part entière.
00:41:10Il n'a rien derrière.
00:41:12Il n'a pas l'argent
00:41:13derrière.
00:41:17Et il n'a pas d'idéologie.
00:41:20En tout cas,
00:41:20il la contourne tellement
00:41:21l'idéologie
00:41:22que ça ne...
00:41:23C'est son grand art.
00:41:26J'adore Marguerite Duras.
00:41:28On a toujours peur
00:41:28de ce qu'elle va dire.
00:41:30C'est une sorte de seigneur,
00:41:31de...
00:41:32de la personne.
00:41:36De sa personne,
00:41:37il est seigneurial,
00:41:38je trouve.
00:41:45Qui pourrait dire ça
00:41:46d'un président de gauche
00:41:47sans le condamner,
00:41:49sinon Marguerite Duras,
00:41:50qui fut son amie
00:41:51et notre voisine
00:41:52rue Saint-Benoît ?
00:41:53Mon école primaire
00:41:56jouxtait quasiment
00:41:56son immeuble.
00:41:57Je ne la rencontrais
00:41:58pourtant jamais.
00:42:00Il paraît cependant
00:42:01qu'un jour,
00:42:02tandis qu'il discutait
00:42:03avec elle dans la rue,
00:42:04je me précipitais
00:42:05dans ses bras
00:42:06en l'appelant papa.
00:42:08Il me prit contre lui
00:42:09et m'embrassa,
00:42:10sans rien dire,
00:42:12ni démentir.
00:42:16Peut-être reste cela,
00:42:17être seigneurial.
00:42:23Il vient de jeûner ici
00:42:25tous les trois mois à peu près.
00:42:26Oui.
00:42:27On dit en tête de tête là.
00:42:29On parle de la vie,
00:42:30on parle jamais politique,
00:42:31je pense.
00:42:31Jamais ?
00:42:32Non, pratiquement pas.
00:42:33Oui.
00:42:34On parle de la vie,
00:42:35on parle de...
00:42:36Il parle de l'histoire,
00:42:37il a une érudition énorme.
00:42:39Il vous parle de vos livres ?
00:42:41Non,
00:42:42il en parle vêtement,
00:42:45il sent que ça me gêne,
00:42:46ça me gêne aussi,
00:42:47on parle pas de nos livres.
00:42:49Mais il les lit ?
00:42:51Je crois, oui.
00:42:52Il les lit,
00:42:53lui,
00:42:54il me dit quand même
00:42:55une phrase de...
00:42:57dessus.
00:42:58Elle est tellement étonnante.
00:42:59On ne comprend rien
00:43:00à ce qu'elle dit.
00:43:01D'ailleurs,
00:43:01mon père le disait
00:43:02en rigolant.
00:43:03Spécialisé sur une culture
00:43:05qui va de 1910
00:43:07à 1950,
00:43:09si vous voulez,
00:43:10spécialement.
00:43:12Elle raconte des trucs chous
00:43:13et tout à coup,
00:43:14elle dit qu'il est spécialiste
00:43:15de 1910,
00:43:16un truc hyper précis.
00:43:18Pas tout à fait vrai,
00:43:19pas faux non plus,
00:43:20dont on se demande
00:43:21d'où ça sort.
00:43:22et puis,
00:43:23il a tout lu ou pas.
00:43:30Plus tard,
00:43:31j'avais rencontré
00:43:32Garcia Marques à Paris.
00:43:34Il était bien
00:43:34l'homme de son oeuvre,
00:43:36solide,
00:43:36carré,
00:43:37rire et silence.
00:43:39Je n'emploie pas
00:43:40ce mot pour étonner.
00:43:42Sous la luxuriance
00:43:43de l'image
00:43:43et la prodigieuse
00:43:44fête du verbe,
00:43:45s'étend un désert
00:43:47de silence
00:43:48comme on s'est inventé
00:43:50la forêt tropicale.
00:43:53Et puis,
00:43:54au-delà des écrivains,
00:43:55il aimait les livres
00:43:56dans leur matérialité.
00:43:58Il les collectionnait,
00:43:59recherchait les éditions rares.
00:44:02Les bouquinistes,
00:44:03les librairies spécialisées
00:44:04dessinent des routes
00:44:05très incarnées,
00:44:06presque autant
00:44:07que les champs
00:44:07en race campagne.
00:44:08Il a utilisé le pouvoir
00:44:15qui était le sien
00:44:15pour protéger le livre,
00:44:17les auteurs
00:44:17et les librairies indépendantes.
00:44:20Petits libraires spécialisés,
00:44:22gros libraires,
00:44:23grande surface,
00:44:24dans quelques jours,
00:44:25tous les vendeurs de livres
00:44:25devront appliquer
00:44:26le régime du prix unique.
00:44:28Il n'existera
00:44:28qu'une possibilité
00:44:29de ristourne maximale
00:44:30de 5%.
00:44:31Je pense aussi
00:44:33qu'au point de vue
00:44:33de la production littéraire,
00:44:36ça favorisera
00:44:37les petites maisons d'édition.
00:44:38Donc ça favorisera aussi
00:44:40dans notre point de vue
00:44:41les petites librairies
00:44:42qui m'éloignent
00:44:44à tenir le coup.
00:44:47Il faut le rappeler,
00:44:49la culture n'est pas un luxe,
00:44:50c'est un choix de société.
00:44:55Parce que ce que permet
00:44:56la culture,
00:44:57c'est d'être libre.
00:44:59La liberté,
00:45:00ça n'est pas le libre-échange.
00:45:02Et ça n'est certainement
00:45:02pas à l'économie
00:45:03de définir ce terme.
00:45:05La liberté,
00:45:06c'est celle qui offre le choix.
00:45:08La multiplicité des chemins,
00:45:11la possibilité du rêve,
00:45:13la voie de l'imaginaire.
00:45:20Il me semble que l'homme,
00:45:22dans la conquête
00:45:23de sa liberté,
00:45:25son affranchissement progressif,
00:45:28sa maîtrise du monde,
00:45:30le développement
00:45:30de son esprit
00:45:31et porteur d'un message
00:45:34qui le dépasse.
00:45:40S'il était enraciné,
00:45:42mon père puisait
00:45:43dans ses forces telluriques
00:45:44quelque chose
00:45:45qui ressemble au sacré.
00:45:46Il se disait agnostique,
00:45:53mais s'était obsédé
00:45:54par ce grand mystère
00:45:55qu'il apprêt.
00:45:57Il a mis toute son énergie,
00:45:58toute sa passion
00:45:59à infléchir l'histoire des hommes,
00:46:02mais la question de la mort,
00:46:04ce sur quoi on ne peut rien,
00:46:06restait son obsession.
00:46:08Il était fasciné
00:46:09par la Bible et Jaurès,
00:46:10le ciel et la terre.
00:46:21À Latch,
00:46:22la soirée se prolonge.
00:46:25Autour de moi,
00:46:25on parle de la vie,
00:46:27de la mort,
00:46:28les origines du monde,
00:46:29de l'existence de Dieu,
00:46:31de l'au-delà
00:46:31et du néant.
00:46:34Dans les deux camps,
00:46:35bataille ferme.
00:46:36Des deux côtés,
00:46:38quelle certitude !
00:46:39On démontre,
00:46:40on décide,
00:46:41on tranche.
00:46:43J'écoute
00:46:43et pense que décidément,
00:46:45j'aime ceux qui se posent
00:46:46des questions
00:46:47et me méfie
00:46:48de ceux qui trouvent.
00:46:55Avec le président,
00:46:57j'ai très souvent parlé.
00:46:58Je n'ai jamais,
00:46:59jamais,
00:47:00jamais dit
00:47:00un mot de politique.
00:47:02Et toujours,
00:47:03toujours,
00:47:03toujours,
00:47:04j'ai parlé de Dieu.
00:47:05C'est à la fois moi
00:47:06qui suis heureux
00:47:08de lui parler de Dieu
00:47:08pour voir s'il répondra
00:47:10et lui qui est heureux
00:47:11de m'entendre parler de Dieu
00:47:12parce qu'à ses yeux,
00:47:14je suis un spécialiste
00:47:14de la question de Dieu
00:47:15puisque je suis professeur
00:47:16de philosophie.
00:47:18Alors,
00:47:18nous sommes des complices
00:47:20l'un l'autre.
00:47:21Moi,
00:47:22pour le catéchiser
00:47:23et lui,
00:47:25pour être instruit.
00:47:26Alors,
00:47:26en général,
00:47:27dans la conversation,
00:47:28il m'a dit
00:47:29mes chers compatriotes,
00:47:48c'est la dernière fois
00:47:49que je m'adresse à vous
00:47:50pour des vœux
00:47:51de nouvelle année
00:47:52en ma qualité
00:47:53de président de la République.
00:47:55Les vœux,
00:47:58c'est le cauchemar.
00:48:00Écrire un texte
00:48:01destiné à être lu,
00:48:03adressé à des millions
00:48:04de Français,
00:48:05mais en réalité
00:48:06à une caméra.
00:48:08Ils les écrivaient
00:48:09pendant les vacances de Noël
00:48:10que nous passions souvent
00:48:11à l'étranger.
00:48:12Une fois,
00:48:13nous nous sommes amusés
00:48:14à écrire chacun des vœux.
00:48:16Des amis autour de la table,
00:48:17ma cousine,
00:48:18moi,
00:48:19de faux vœux pour rire.
00:48:21Pour les derniers,
00:48:29nous n'avons pas joué.
00:48:30Mon père malade,
00:48:31en guise de vœux,
00:48:33faisait ses adieux.
00:48:36Je venais d'avoir 20 ans.
00:48:38Il allait mourir
00:48:38un an plus tard.
00:48:40Que peut-on alors souhaiter ?
00:48:42L'an prochain,
00:48:44ce sera mon successeur
00:48:45qui vous exprimera
00:48:46ses vœux.
00:48:47Là où je serai,
00:48:50je l'écouterai.
00:48:51Le cœur plein de reconnaissance
00:48:53pour le peuple français
00:48:54qui m'aura si longtemps
00:48:56confié son destin
00:48:57est plein d'espoir
00:49:00en vous.
00:49:02Je crois aux forces
00:49:03de l'esprit
00:49:04et je ne vous quitterai pas.
00:49:08Madame, Monsieur, bonjour.
00:49:10Un télégramme laconique
00:49:11du secrétariat
00:49:12de l'ancien président
00:49:12de la République
00:49:13annonce à l'instant
00:49:14la mort de M. François Mitterrand.
00:49:16J'étais ce petit garçon
00:49:22qui rêvait à la vie
00:49:23des autres
00:49:24et pas à la sienne,
00:49:27qui pleurait
00:49:28à la mort des autres,
00:49:30mais n'imaginait la sienne
00:49:31que comme une fête
00:49:33dont chaque détail
00:49:34était minutieusement réglé.
00:49:36Cette photo est volée.
00:49:53Elle a fait la une
00:49:54de Paris Match
00:49:55qui s'embarrasse assez peu
00:49:56de la corde et concernée,
00:49:58en l'occurrence de la famille,
00:50:00puisque mon père
00:50:00gît là,
00:50:01sur son lit de mort
00:50:02et qui n'a pas eu
00:50:03son mot à dire.
00:50:04L'ironie est cruelle,
00:50:07car le photographe
00:50:08a sans doute plus pensé
00:50:09au prix qu'il allait en tirer
00:50:10que la longue tradition
00:50:11dans laquelle elle s'inscrit,
00:50:13celle des gisants
00:50:14d'hommes de lettres,
00:50:16Hugo,
00:50:17Proust,
00:50:18Cocteau.
00:50:22Moi, j'étais en colère,
00:50:25mais ma mère,
00:50:26spécialiste du XIXe siècle,
00:50:28y a trouvé une cohérence.
00:50:34Neuf mois avant sa mort,
00:50:40il avait inauguré
00:50:40la Bibliothèque de France,
00:50:42en bord de Seine,
00:50:44dans cette ancienne friche
00:50:44du XIIIe arrondissement.
00:50:48Ces quatre livres
00:50:48ouverts sur un jardin
00:50:49sont le symbole même
00:50:50de cet homme
00:50:51pour qui la littérature,
00:50:53mais la nature aussi,
00:50:55étaient source de vie.
00:50:55Moi, je me souviens,
00:51:02mais c'était au début
00:51:03que je préparais mes examens
00:51:04d'école de Louvre.
00:51:05Je me disais,
00:51:06mais au fond,
00:51:06la seule chose
00:51:08que laisse le pouvoir,
00:51:10ce sont les bâtiments.
00:51:12C'est comme ça
00:51:13que ça s'écrit.
00:51:13Et là, j'ai senti
00:51:14que le courant passait.
00:51:16Vraiment,
00:51:17tout son règne,
00:51:20ça a été quand même
00:51:20pour affirmer.
00:51:21La grande bibliothèque
00:51:27est comme une inscription
00:51:28à même la ville.
00:51:30Lui qui émettant
00:51:31les noms propres,
00:51:32le voilà sur le plan
00:51:33du RER,
00:51:34sur la plaque d'un quai,
00:51:36sur le nom
00:51:36d'une bibliothèque.
00:51:39Parce qu'au point de vue
00:51:40de l'architecture,
00:51:41c'est impressionnant
00:51:41ce qui a été fait.
00:51:43Et c'est tout à fait remarquable.
00:51:45Comme dans ses lettres,
00:51:45bien avant d'être élu,
00:51:47il raconte.
00:51:48C'est pas né en un jour,
00:51:49c'est une espèce
00:51:50de longue maturation.
00:51:52Comment rester ?
00:51:53Comment créer ?
00:51:55Et l'architecture,
00:51:56c'est le plus noble des arts
00:51:57pour créer,
00:51:58pour rester.
00:52:03Quatre livres monumentaux
00:52:04accueillent des livres.
00:52:06La bibliothèque
00:52:07se nomme François Mitterrand,
00:52:09à quelques kilomètres
00:52:10de la bibliothèque Mazarine.
00:52:14Nous sommes réunis
00:52:14par la Seine.
00:52:15Voilà 30 ans
00:52:26disparaissait
00:52:26François Mitterrand.
00:52:28À cette occasion,
00:52:29nous avons donc choisi
00:52:30de vous proposer
00:52:30ce documentaire exclusif,
00:52:32réalisé par Catherine Aventurier
00:52:34et écrit par la fille
00:52:35longstant restée cachée
00:52:37du chef de l'État,
00:52:39Mazarine Pinjot.
00:52:39L'occasion aussi,
00:52:41après ce film,
00:52:42de nous interroger
00:52:43sur ce plateau
00:52:44de débats d'hocs,
00:52:45sur l'évolution
00:52:45de notre rapport
00:52:46à l'intimité
00:52:47de nos responsables politiques.
00:52:49Georges-Marc Benhamou
00:52:50est tout d'abord avec nous.
00:52:52Bienvenue à vous,
00:52:53Georges-Marc Benhamou.
00:52:53Vous êtes producteur
00:52:54et réalisateur,
00:52:56ancien conseiller
00:52:56à la culture
00:52:57et l'audiovisuel
00:52:58de Nicolas Sarkozy.
00:52:59C'est entre 2007
00:53:00et 2008.
00:53:01Vous avez aussi été
00:53:02un proche
00:53:03de François Mitterrand
00:53:04durant ses années
00:53:05de présidence
00:53:05et lui avez consacré
00:53:06trois livres
00:53:07qui viennent d'ailleurs
00:53:08d'être édités.
00:53:09C'est chez Plon,
00:53:10dans une édition unique
00:53:12et intitulée
00:53:13Dans le secret
00:53:14de Mitterrand.
00:53:15On y trouve,
00:53:16bien entendu,
00:53:16le dernier Mitterrand
00:53:18qui a fait l'objet
00:53:18d'une adaptation
00:53:19cinématographique.
00:53:20Gaspard Gantzer
00:53:21est également avec nous.
00:53:23Bienvenue.
00:53:23Vous êtes un spécialiste
00:53:25de la communication politique,
00:53:26ancien conseiller
00:53:27en communication
00:53:28de François Hollande
00:53:29à l'Elysée.
00:53:30C'était pour vous
00:53:30entre 2014 et 2017.
00:53:33Vous êtes l'auteur
00:53:34de La politique
00:53:35est un sport de combat
00:53:37chez Fayard.
00:53:38C'est bien de le rappeler
00:53:39parfois à travers
00:53:40ce type d'ouvrage.
00:53:42Émilie Zapalski
00:53:43est enfin avec nous.
00:53:44Bienvenue à vous.
00:53:44Merci.
00:53:45Vous êtes éditorialiste
00:53:46et conseillère
00:53:47en communication.
00:53:48Vous avez d'ailleurs
00:53:49une agence
00:53:50à votre nom.
00:53:51Nous venons de voir
00:53:52ce documentaire,
00:53:54ce trait d'union
00:53:54finalement
00:53:55entre
00:53:56Mazarine Pinjot
00:53:58et son père
00:53:59François Mitterrand
00:54:00à travers l'écriture,
00:54:01la littérature.
00:54:02Bien sûr,
00:54:03on a découvert tout cela
00:54:04avec ce film.
00:54:06Mais l'affaire
00:54:07Mazarine Pinjot,
00:54:08puisque c'est comme ça
00:54:08qu'on l'a dénommée
00:54:09à l'époque,
00:54:10a été un secret
00:54:12du chef de l'État
00:54:13dont il avait fait
00:54:14un secret d'État.
00:54:15C'est bien de le rappeler.
00:54:16Il avait par ailleurs
00:54:17mobilisé une partie
00:54:18de l'appareil d'État
00:54:19pour tenir ce secret
00:54:21et maintenir ce secret,
00:54:22notamment à travers
00:54:23une cellule d'écoute
00:54:24à l'Élysée.
00:54:26On lui a d'ailleurs
00:54:27beaucoup reproché
00:54:27après coup.
00:54:28On peut le comprendre.
00:54:29D'où ma question.
00:54:31Pourquoi avoir gardé
00:54:32ce secret,
00:54:34en avoir fait
00:54:34un secret d'État
00:54:35du côté de François Mitterrand ?
00:54:37On peut se poser
00:54:37cette question
00:54:38parce que finalement,
00:54:40on pourrait aussi se dire
00:54:41de quoi s'agit-il
00:54:43d'une double vie,
00:54:45d'une histoire
00:54:46de double vie,
00:54:47d'une bonne trentaine
00:54:48d'années
00:54:48qui a donné naissance
00:54:49à une fille,
00:54:50en l'occurrence
00:54:50Mazarin Pinjot.
00:54:52Et c'est vrai
00:54:52qu'aujourd'hui,
00:54:52on pourrait se dire
00:54:53bon, oui,
00:54:54et alors ?
00:54:55Écoutez,
00:54:56c'est...
00:54:57Le grand paradoxe,
00:54:59c'est à la fois
00:55:00maintenir ce secret
00:55:02à partir de...
00:55:03durant les années 80,
00:55:04etc.,
00:55:04effectivement dans un contexte
00:55:07qui était différent.
00:55:08il y avait un autre secret
00:55:10qui était la maladie,
00:55:11donc il faut reconstituer
00:55:12un pays...
00:55:13Il y avait beaucoup
00:55:14de secrets, d'ailleurs.
00:55:14Voilà.
00:55:16Un pays,
00:55:16une gauche très vite contestée,
00:55:18fragile,
00:55:19donc on peut se poser
00:55:19la question aussi
00:55:20comment l'aurait pris
00:55:22l'autre dame,
00:55:23je l'écris aussi,
00:55:24qui a très mal pris
00:55:24cette révélation,
00:55:25c'est-à-dire Daniel Mitterrand.
00:55:27Comment maintenir ce secret ?
00:55:28Ça, c'est assez fascinant
00:55:29pendant 20 ans.
00:55:32Et surtout,
00:55:33comment le faire sortir
00:55:34pour la reconnaître,
00:55:37Mazarin,
00:55:37avant qu'il meure ?
00:55:39C'est ces deux mouvements.
00:55:41Secret, contenu.
00:55:42On se demande
00:55:43s'il y a même mystérieux
00:55:44et pas de réseau.
00:55:45Et comment assumer
00:55:47l'existence de Mazarin
00:55:48en novembre 1994,
00:55:50je le révèle,
00:55:51et Mitterrand,
00:55:51dans son machiavélisme,
00:55:52a des liens
00:55:53très complexes
00:55:54avec Paris Match
00:55:55pour faire sortir,
00:55:56accompagner la nouvelle,
00:55:58etc.,
00:55:59tout en se plaignant
00:56:00du viol de l'info, quoi.
00:56:02Mais j'ai assisté
00:56:03au montage de l'opération.
00:56:04Il m'a annoncé,
00:56:05Paris Match,
00:56:06la fameuse photo
00:56:07qu'on voit aux Invalides.
00:56:09Roland Dumas
00:56:09était à la manœuvre
00:56:10pour négocier la sortie
00:56:12avec Roger Théron,
00:56:13l'historique patron
00:56:14de Paris Match.
00:56:15Donc, maintenir le secret
00:56:16et le faire sortir,
00:56:17c'est assez paradoxal.
00:56:18Mais dans les discussions
00:56:20personnelles intimes
00:56:21que vous avez eues avec lui,
00:56:23est-ce qu'il a justifié
00:56:24le fait d'avoir maintenu
00:56:26ce secret ?
00:56:26J'ai vu Christophe Barbier,
00:56:28qui lui aussi s'est intéressé
00:56:29au dernier jour de Mitterrand,
00:56:30à travers un ouvrage,
00:56:31disait,
00:56:31mais tout ça est très politique,
00:56:33c'est une affaire
00:56:33de communication.
00:56:35En 1994,
00:56:37il y a ce qu'a été
00:56:38François Mitterrand
00:56:38sous le régime de Vichy,
00:56:39qui commence là aussi
00:56:40à apparaître,
00:56:42il y a cette relation
00:56:42avec Bousquet,
00:56:43et c'est la thèse
00:56:45de notre confrère
00:56:46Christophe Barbier.
00:56:48Le fait d'avoir rendu public
00:56:50l'existence de cette fille
00:56:52aurait contribué
00:56:53à détourner les regards
00:56:54de tout cela.
00:56:55Est-ce que ça vous paraît
00:56:55une piste plausible ?
00:56:56Je ne crois pas.
00:56:58J'ai beaucoup de respect
00:56:59pour Barbier,
00:57:00mais c'est une vision
00:57:01un petit peu générale.
00:57:03Non, je pense qu'avant de mourir,
00:57:04il voulait solder des comptes.
00:57:05Solder des comptes Vichy,
00:57:07solder des comptes Mazarin,
00:57:08solder des comptes
00:57:08avec le Parti Socialiste.
00:57:10C'est mon interprétation.
00:57:11Je ne pense pas
00:57:12qu'il ait été...
00:57:13On va être anti-mitterrandien,
00:57:15suffisamment cynique
00:57:16pour révéler
00:57:17l'existence de sa fille
00:57:18pour empêcher
00:57:19qu'on parle de Pétain.
00:57:20Ça, je pense qu'on...
00:57:22Barbier se fait des nœuds
00:57:23dans la tête.
00:57:24Autre temps,
00:57:25autre mœurs,
00:57:26est-ce qu'on pourrait dire
00:57:27les choses comme ça ?
00:57:27Parce que les Français,
00:57:28on va peut-être y venir,
00:57:29on en a vu d'autres,
00:57:29avec les chefs d'État
00:57:31qui ont suivi
00:57:31concernant l'intimité
00:57:32de leur couple.
00:57:34Ah oui, il y en a eu beaucoup.
00:57:34L'intimité de leur vie.
00:57:36Oui, les Français...
00:57:36Autre temps, autre mœurs
00:57:37concernant Mitterrand ?
00:57:38Je ne sais pas.
00:57:40En tout cas, je pense que
00:57:41ce qu'il a fait à l'époque
00:57:42ne serait plus possible
00:57:43aujourd'hui
00:57:44parce qu'on a une société
00:57:45beaucoup...
00:57:45une exigence beaucoup plus forte
00:57:46en matière de transparence
00:57:47qui respecte beaucoup moins
00:57:49la vie privée.
00:57:50Un peu de la faute
00:57:51des politiques d'ailleurs
00:57:52qui l'ont beaucoup mis en scène
00:57:53mais aussi des citoyens
00:57:54qui ont un appétit
00:57:55et puis on est dans la civilisation
00:57:56du numérique
00:57:57et d'Internet
00:57:58et des réseaux sociaux.
00:58:00C'est très difficile
00:58:00de se cacher.
00:58:01Tout finit toujours
00:58:01par se le savoir.
00:58:02Donc mener une double vie,
00:58:04ça finit toujours
00:58:04par se le savoir aussi.
00:58:06Je comprends pourquoi
00:58:07il l'a fait à l'époque,
00:58:07sans doute pour protéger sa fille.
00:58:09C'est très noble
00:58:09de vouloir protéger sa fille
00:58:10et je comprends aussi
00:58:11pourquoi est-ce qu'il a voulu
00:58:12à un moment...
00:58:13Même si elle en a souffert,
00:58:14on le comprend aussi
00:58:14évidemment beaucoup
00:58:15à travers ce...
00:58:16Oui, c'est un très beau documentaire.
00:58:18Ce qu'elle a écrit,
00:58:18c'est très touchant.
00:58:19D'ailleurs, ce qu'elle écrit
00:58:20et ce qu'elle dit
00:58:20dans ce documentaire
00:58:21est vraiment très touchant,
00:58:22très beau.
00:58:22Elle en a souffert
00:58:23et en même temps,
00:58:24on sent l'amour incroyable
00:58:26entre un père et sa fille.
00:58:27Ça ne peut que tous nous toucher
00:58:29mais je crois
00:58:29que ça ne serait plus possible aujourd'hui
00:58:31non pas pour des raisons morales
00:58:33parce que je pense
00:58:34que les questions de double vie,
00:58:36de famille recomposée,
00:58:36de famille cachée,
00:58:37je pense que ça existe encore
00:58:38assez largement aujourd'hui
00:58:39mais pour un homme
00:58:40ou une femme politique,
00:58:42aujourd'hui,
00:58:42ça ne serait plus possible.
00:58:43Tout finirait toujours
00:58:43par se savoir.
00:58:44Alors, c'est vrai
00:58:45que d'autres chefs de l'État
00:58:46ont suivi.
00:58:47On va passer Jacques Chirac.
00:58:48On a assez peu de choses
00:58:49sur la vie intime de Chirac.
00:58:51Il y a eu cette bonne rumeur,
00:58:52vous savez, excusez-moi,
00:58:53de vous couper
00:58:53sur le jour de la mort de Lady Di
00:58:55quand même,
00:58:55qui est absolument exceptionnel
00:58:56où en fait,
00:58:56on n'arrivait pas à le retrouver.
00:58:58Alors, on ne sait pas
00:58:58si c'est vrai ou pas vrai
00:58:59mais on ne savait pas où il était.
00:59:00visiblement,
00:59:00il n'était pas à la maison
00:59:01avec Bernadette
00:59:02mais bon,
00:59:03on ne sait pas
00:59:03avec qui il était.
00:59:04Nicolas Sarkozy,
00:59:06donc un divorce,
00:59:09Cécilia,
00:59:10un mariage,
00:59:13Carla Bruni
00:59:13et une fille
00:59:16qui suit cette nouvelle union
00:59:18avec Carla Bruni.
00:59:20Tout ça sous son quinquennat
00:59:21tout de même
00:59:21et puis François Hollande
00:59:22et c'est là
00:59:23que je voulais évidemment en venir.
00:59:24Vous n'étiez pas encore
00:59:25en poste à l'Élysée
00:59:25où les chefs sont en place ?
00:59:26Non, j'ai arrêté d'ailleurs
00:59:27parce que je pense
00:59:27que ça aurait été très bon pour moi.
00:59:28J'ai vécu autre chose
00:59:31quelques mois plus tard,
00:59:32j'ai vécu...
00:59:32J'enviens 2014.
00:59:33Je rappelle quand même
00:59:33pour notre explicateur
00:59:34la une de Closer,
00:59:36journal People,
00:59:37peut-être pas classifié
00:59:38à l'époque
00:59:39au même niveau
00:59:40que Paris Match
00:59:40où les choses
00:59:41pouvaient être entendues,
00:59:42arrangées,
00:59:43comme on veut dire.
00:59:44Donc Closer
00:59:45avec cette fameuse photo
00:59:46de François Hollande
00:59:47avec son casque,
00:59:48son scooter
00:59:48qui révèle sa relation
00:59:50avec l'actrice
00:59:51et la comédienne Julie Gaillard.
00:59:52D'ailleurs,
00:59:52on ne voit pas le couple
00:59:53en photo.
00:59:54Il y a sept pages
00:59:54en intérieur.
00:59:56Bon, là,
00:59:57on est dans une autre époque.
00:59:58Oui.
00:59:59Moi, je n'étais pas là
01:00:00à l'époque.
01:00:00J'ai vécu d'autres choses après
01:00:01parce que Voici aussi
01:00:02avait fait une plus tard.
01:00:03Vous arrivez juste après.
01:00:04D'ailleurs, je me suis dit
01:00:04tiens, il est peut-être arrivé
01:00:05parce que...
01:00:06Non.
01:00:06Il fallait remettre de l'ordre
01:00:07un petit peu
01:00:07dans la Maison Élisée.
01:00:08Il y a plein de motifs
01:00:09qui ont fait que je suis arrivé
01:00:11mais c'était en tout cas
01:00:12au cœur de mon action
01:00:13la protection de la vie privée
01:00:15du chef de l'État
01:00:16et quelques mois plus tard,
01:00:17il y a eu la sortie
01:00:17de ce livre
01:00:18de Valérie Trevelleur.
01:00:19Merci pour ce moment.
01:00:20Je veux dire
01:00:20que ça m'a bien occupé
01:00:21à l'époque.
01:00:23Non, François Hollande
01:00:23voulait absolument
01:00:24que sa vie protégée soit privée,
01:00:27soit vie privée, soit protégée.
01:00:28Les deux fonctionnent.
01:00:30Il le tenait beaucoup
01:00:31parce qu'il y a en fait
01:00:32une vision assez classique
01:00:33de l'action politique
01:00:34dans lequel il considère
01:00:35que la vie privée
01:00:36est la vie privée,
01:00:36la vie publique
01:00:37est la vie publique.
01:00:38On ne doit pas tout savoir
01:00:39sur le chef de l'État
01:00:40à partir du moment
01:00:41où les choses sont faites
01:00:41dans les règles.
01:00:42C'est-à-dire qu'on ne détourne pas
01:00:43des fonds publics,
01:00:44des deniers publics, etc.
01:00:45C'était sa vision.
01:00:46C'était sa vision.
01:00:47Avec des trous dans la raquette.
01:00:48Oui, visiblement,
01:00:49ça n'a pas été particulièrement efficace.
01:00:50Mais derrière,
01:00:51déjà, un,
01:00:52comme je vous le disais tout à l'heure,
01:00:53c'est très difficile
01:00:54de cacher des choses
01:00:56sur sa vie privée
01:00:57qu'on est un président de la République
01:00:58parce que vous êtes au cœur
01:00:59de toute l'attention,
01:01:00un peu comme une star hollywoodienne.
01:01:01Et d'autre part,
01:01:02parce qu'en fait,
01:01:02ça suscite de l'appétit,
01:01:04de l'appétit économique
01:01:04parce que derrière,
01:01:05il y a beaucoup d'argent à la clé
01:01:06pour les closers,
01:01:08voici, etc.
01:01:08On va dire que c'est très, très vendeur.
01:01:10Oui, très, très vendeur.
01:01:11Et la deuxième chose,
01:01:12il n'y avait quand même,
01:01:13il ne faut pas oublier derrière,
01:01:14sans sombrer dans le complotisme,
01:01:15que tout ça, derrière,
01:01:16il y a aussi des gens
01:01:17qui sont très, très proches
01:01:18de Nicolas Sarkozy.
01:01:19Alors, Nicolas Sarkozy
01:01:20n'est pas à la manœuvre,
01:01:21mais le photographe
01:01:22qui prend la photo,
01:01:23Mimi Marchand
01:01:24qui gère l'agence
01:01:25des photographes, etc.
01:01:26C'est des gens
01:01:27qui étaient en très grande proximité
01:01:28avec les équipes
01:01:30de Nicolas Sarkozy.
01:01:31Et donc,
01:01:32qui ont dû aussi être ravis,
01:01:33non pas sur commande,
01:01:34mais sans doute par volonté,
01:01:36de déstabiliser
01:01:37parce que ça a été
01:01:37très déstabilisateur
01:01:38pour François Hollande.
01:01:39C'est un des coups
01:01:40qui ont été
01:01:43il est apparu un peu
01:01:44d'une certaine manière
01:01:44comme un peu ridicule
01:01:47pour certains.
01:01:48Et donc,
01:01:48ça lui a été
01:01:49très difficile à survir.
01:01:50Alors là,
01:01:51on est,
01:01:51est-ce qu'on peut appeler ça
01:01:52la pipolisation ?
01:01:54Alors là,
01:01:54la pipolisation ne date pas
01:01:56ni de Sarkozy
01:01:57ni de Faurin.
01:01:57On peut la faire monter
01:01:58bien avant.
01:01:59La relation à l'intime
01:02:01avec nos responsables politiques,
01:02:02on pourrait la qualifier comment ?
01:02:04C'est la fameuse pipolisation
01:02:05qu'on a vue apparaître
01:02:07à partir de Giscard
01:02:08et son accordéon
01:02:09sur les plateaux de télé.
01:02:10Lionel Jospin Loster
01:02:11qui se chante
01:02:12qui se met à chanter
01:02:14« Les feuilles mortes ».
01:02:15Oui,
01:02:15ça fait partie intégrante
01:02:17des jeux
01:02:18sur lesquels
01:02:18ils jouent vraiment,
01:02:20ils se construisent
01:02:20une communication,
01:02:21une réputation.
01:02:22D'ailleurs,
01:02:22parfois,
01:02:23on pourrait dire
01:02:23au détriment des idées,
01:02:25on est plus
01:02:25sur une personnalisation
01:02:27qui attire beaucoup
01:02:29et on s'accroche
01:02:30à des détails,
01:02:31des relations,
01:02:32des façons de se comporter,
01:02:33des postures,
01:02:34plus que sur les idées.
01:02:35On a l'impression
01:02:35que c'est un peu
01:02:36les vases communicants.
01:02:36Moins il y a d'idées,
01:02:37plus il y a de communication
01:02:38sur les personnalités politiques.
01:02:41Moi,
01:02:41je pense qu'il peut y avoir
01:02:43encore une vie privée
01:02:44des politiques.
01:02:45Ce qu'on demande
01:02:45de plus en plus,
01:02:46c'est une cohérence
01:02:47entre ce qui est présenté
01:02:50en termes de communication
01:02:50et ce qui est vécu.
01:02:52Et je vais prendre
01:02:53un exemple
01:02:53assez flagrant,
01:02:54Benjamin Griveaux
01:02:55qui présentait
01:02:56durant sa campagne
01:02:57pour les municipales
01:02:58de Paris
01:02:58son couple,
01:03:01ses enfants,
01:03:01etc.
01:03:02et puis dramatique
01:03:03parce que des photos
01:03:04fuites
01:03:05sur une relation
01:03:07qu'il aurait eue
01:03:07alors qu'il allait avoir
01:03:08je crois un enfant.
01:03:10Et là,
01:03:10tout d'un coup,
01:03:11c'est incohérent.
01:03:11Il y a quelque chose...
01:03:12Il y a même une vidéo.
01:03:13Il y a une vidéo,
01:03:14il y a des choses
01:03:14quand même très explicites
01:03:15sur la relation
01:03:16qu'il a pu avoir.
01:03:17Très sexuelle,
01:03:18c'était son sexe
01:03:18en vidéo et en photo.
01:03:21Et là,
01:03:22je pense que les Français,
01:03:23les Français,
01:03:23la vie privée,
01:03:24ils peuvent la respecter
01:03:26et ça ne vient pas brouiller.
01:03:29Les pistes,
01:03:30sauf quand c'est pas du tout
01:03:31cohérent
01:03:32avec la communication
01:03:34qui est réalisée
01:03:35pour une campagne politique
01:03:36ou quoi.
01:03:37Et regardez Sarkozy.
01:03:38Nicolas Sarkozy
01:03:39s'en est servi beaucoup.
01:03:40Je ne crois pas
01:03:40que ça ait énormément gêné.
01:03:42Il s'en sert encore.
01:03:43Il passe de la prison
01:03:45à journal d'un prisonnier
01:03:46avec des files d'attente
01:03:48énormes
01:03:48pour savoir
01:03:49ce qu'il a vécu
01:03:49en prison.
01:03:52D'ailleurs,
01:03:52il le dit
01:03:52de manière un petit peu...
01:03:53C'est un petit peu excessif.
01:03:55Sa façon de le dire
01:03:56est un petit peu limite.
01:03:58Mais ça reste très cohérent
01:04:00sa relation
01:04:00avec Carla Bruni.
01:04:01On le voit danser
01:04:01sur Instagram
01:04:02avec Carla Bruni
01:04:03pour exprimer tout ça.
01:04:04Ça marche très bien.
01:04:05Les ficelles
01:04:06sont bien verrouillées.
01:04:08Il y a quelque chose
01:04:08de très cohérent.
01:04:09Donc je crois
01:04:10que c'est plutôt ça.
01:04:11Après,
01:04:12il y a un autre point
01:04:13que je voulais dire.
01:04:13C'est que là,
01:04:14le secret de François Mitterrand,
01:04:16il est resté bien caché.
01:04:17Il y a des secrets
01:04:17qui n'en sont pas,
01:04:18qui ne sont pas des réalités.
01:04:19Je prendrais Brigitte Macron.
01:04:21Et qui pourtant
01:04:22font toutes les unes
01:04:23des médias.
01:04:24Donc ça,
01:04:25c'est incroyable.
01:04:25C'est qu'on est à une époque
01:04:26où on se fabrique
01:04:27nous-mêmes nos secrets
01:04:28parce qu'on a besoin
01:04:29d'avoir quelque chose
01:04:30de croustillant.
01:04:31C'est un peu de l'ordre
01:04:32du conclutisme.
01:04:34Je parle de ça.
01:04:35De la rumeur
01:04:36selon laquelle
01:04:37elle serait un homme
01:04:37mais qui tourne énormément.
01:04:40Et là,
01:04:40on est dans l'intimité.
01:04:41Dans une intimité
01:04:42qui n'existe pas
01:04:43mais qui fait parler.
01:04:44On a parlé du cas
01:04:45François Mitterrand.
01:04:46On a évoqué celui
01:04:47de Nicolas Sarkozy.
01:04:48Là,
01:04:48on est déjà
01:04:49dans une autre époque.
01:04:52Il était peut-être
01:04:53plus compréhensible
01:04:55pour l'opinion.
01:04:55Cette évolution
01:04:56des mœurs,
01:04:57de ses familles recomposées,
01:04:59l'explosion des familles.
01:05:00Finalement,
01:05:01de quitter sa femme,
01:05:02de se marier
01:05:02avec une autre,
01:05:04tout cela peut-être
01:05:05passer mieux
01:05:05aux yeux de l'opinion.
01:05:06Ne détoriez pas
01:05:07autant l'image
01:05:08d'un chef d'État.
01:05:09C'est comme ça
01:05:10qu'il faut comprendre
01:05:11les choses.
01:05:11Pour la question
01:05:12du divorce
01:05:12qui aurait été impensable,
01:05:14Michel Rocard
01:05:15hésitait à divorcer.
01:05:18Il a traîné ça
01:05:19comme un boulet.
01:05:20Et c'était il y a 30 ans.
01:05:21Ce n'est pas si longtemps.
01:05:22Moi,
01:05:22j'ai l'impression
01:05:23que malgré les réseaux sociaux,
01:05:25la modernité,
01:05:26la prolifération informationnelle,
01:05:28les hommes politiques
01:05:29auraient intérêt
01:05:30à être discrets.
01:05:32Selon le principe
01:05:33du corps du roi,
01:05:34c'est ce grand historien polonais
01:05:36qui a écrit
01:05:37les deux corps du roi.
01:05:38Le corps du roi
01:05:39doit être digne.
01:05:41Et par ailleurs,
01:05:41le chef,
01:05:42théorie un peu bizarre,
01:05:43mais le chef
01:05:44doit se donner au peuple.
01:05:45Il ne doit pas se donner
01:05:46à sa femme,
01:05:46à ses enfants,
01:05:47etc.
01:05:48Au nom de ces deux principes,
01:05:50je pense que malgré
01:05:51la modernité,
01:05:52les gens auraient intérêt
01:05:53à la cohérence
01:05:54et à la sobriété.
01:05:55tout ce qui est exposition
01:05:57trop importante
01:05:58se casse la gueule.
01:06:00– Attendez,
01:06:01cette exposition,
01:06:02Jean-Marc Benhamou…
01:06:03– Le corps du roi
01:06:03est abîmé
01:06:04par le casque
01:06:05et le ridicule
01:06:07du scooter.
01:06:08– Mais cette exposition,
01:06:09à qui la faute,
01:06:10on a envie de dire ?
01:06:10Au média ?
01:06:11– Les deux.
01:06:13– Aux responsables politiques
01:06:14quand même ?
01:06:15– Il y a peut-être
01:06:16eu un peu
01:06:17des imprudences
01:06:17quand même
01:06:18parce que par rapport
01:06:19à la sécurité
01:06:20ou quoi,
01:06:20on peut imaginer
01:06:21que c'est quand même
01:06:22un peu délicat
01:06:22de retrouver un président
01:06:24sur un scooter
01:06:24dans une rue ?
01:06:25– Il était protégé.
01:06:26– Oui, enfin bonjour.
01:06:27– Il était protégé,
01:06:28il était avec sa sécurité.
01:06:29Donc ça,
01:06:29c'est d'ailleurs
01:06:29que ce serait
01:06:30un autre élément
01:06:30de discussion.
01:06:31Non, le sujet,
01:06:32c'est qu'il pensait
01:06:34que sa vie privée
01:06:34n'avait pas de prix
01:06:35et donc il pouvait
01:06:36la sauvegarder.
01:06:36Enfin, je pense qu'on n'a pas
01:06:37à avoir d'appréciation morale
01:06:38sur son comportement.
01:06:39– Peut-être ?
01:06:39– Peut-être, peut-être.
01:06:41Il n'y a pas d'appréciation morale
01:06:42à avoir sur son comportement.
01:06:43Je pense que François Hollande
01:06:44n'est pas le seul
01:06:44d'avoir eu une aventure
01:06:45extra-conjugale.
01:06:46En revanche,
01:06:48c'est le penser
01:06:49que ça n'allait pas se savoir,
01:06:50c'était peut-être là
01:06:50l'erreur qu'elle a été connu.
01:06:51– C'est de naïveté.
01:06:53La naïveté de penser
01:06:53que ça n'allait pas se savoir,
01:06:54la naïveté de recevoir
01:06:55des journalistes
01:06:56avec qui il picole
01:06:57et qui rapproche sa vie.
01:06:57– Ah oui, ça c'est la vie.
01:06:58– C'est tout le monde.
01:06:59– Oui, il n'y a pas un sujet.
01:07:00– Il y a eu à gérer
01:07:01en partie, Gaspard.
01:07:02– Ah ça, j'ai eu le...
01:07:03– Il y en a une autre
01:07:04qui maîtrise sa vie privée
01:07:06et qui assume tout ce qu'elle fait
01:07:08mais tout en cachant,
01:07:09c'est Rachida Dati quand même.
01:07:11Avec une naissance
01:07:11dont au départ
01:07:13on ne connaît pas le père,
01:07:14elle dit moi ça me regarde,
01:07:15j'ai les relations que je veux.
01:07:17Moi je trouve ça
01:07:17doublement intéressant,
01:07:18c'est qu'elle arrive à dire
01:07:19c'est ma vie privée,
01:07:20j'assume et c'est une femme.
01:07:22Et ça c'est peut-être
01:07:22plus compliqué
01:07:23parce que là pour l'instant
01:07:24on ne parle que d'hommes
01:07:25parce que pour l'instant
01:07:25il n'y a pas eu
01:07:26de femme présidente
01:07:27mais les relations intimes
01:07:30et la vie privée
01:07:32des femmes politiques,
01:07:33moi j'ai trouvé
01:07:34que je trouve
01:07:35que Rachida Dati,
01:07:36elle, elle a une communication
01:07:37quand même très très intéressante,
01:07:38ça ne l'affaiblit pas du tout,
01:07:40au contraire,
01:07:40elle est dans son temps,
01:07:41une femme qui a des relations
01:07:42avec des hommes,
01:07:43qui assume,
01:07:44qui a un père
01:07:45qui ne s'occupera pas
01:07:46de sa fille
01:07:47ou indirectement
01:07:48dont elle demande d'ailleurs
01:07:49vraiment à savoir
01:07:50la paternité
01:07:50avec un test ADN.
01:07:53Je trouve que c'est
01:07:54quelque chose
01:07:55qui révèle
01:07:55d'une société
01:07:57qui évolue
01:07:58et qui avance
01:07:58avec une gestion
01:07:59de la vie privée
01:08:00un peu différente.
01:08:00Alors en même temps
01:08:01elle a été un peu moins
01:08:01transparente sur son patrimoine.
01:08:03Là on parle
01:08:04de l'intimité privée.
01:08:06et des relations
01:08:07entre hommes et femmes.
01:08:09En tout cas,
01:08:09la confession intime
01:08:10avec des responsables politiques
01:08:11c'est presque devenu
01:08:12un genre de télévision.
01:08:14Ça fait beaucoup d'audience.
01:08:15Ça fait beaucoup d'audience.
01:08:16On compare l'audience
01:08:17de ce type d'émission
01:08:18avec de vraies émissions politiques.
01:08:21Autrement dit,
01:08:21une interview politique,
01:08:22l'audience
01:08:24n'est pas comparable.
01:08:25Je pensais à une émission
01:08:26comme Ambition Intime.
01:08:27Ambition Intime,
01:08:27c'est Karine Le Marchand
01:08:28qui a installé cette émission.
01:08:30Elle l'a fait
01:08:31une première fois en 2016,
01:08:32la campagne présidentielle.
01:08:35Et puis ça a tellement bien marché
01:08:36qu'elle a remis le couvert
01:08:37ensuite pour la campagne suivante.
01:08:39Cette fois uniquement
01:08:40avec des femmes d'ailleurs.
01:08:41Parce qu'il y avait
01:08:41beaucoup de femmes
01:08:42qui étaient sur la ligne de départ.
01:08:44Anne Hidalgo,
01:08:44Valérie Pécresse,
01:08:45voilà, entre autres.
01:08:47C'est devenu un genre
01:08:48en tant que tel
01:08:49parce que ça marche,
01:08:50parce que ça fait de l'audience.
01:08:51Mais qu'est-ce que nous donnent
01:08:52réellement les responsables politiques
01:08:54dans ce genre d'émission ?
01:08:55C'est très calibré quand même.
01:08:56C'est très calibré.
01:08:57Donc,
01:08:59écoutez,
01:09:00un, ça marche en effet,
01:09:01c'est la pipolisation.
01:09:03Deux, c'est très calibré.
01:09:04Trois, c'est presque un crash test.
01:09:06Je ne sais pas ce qu'on pense
01:09:07des communiquants.
01:09:08Un crash test nécessaire.
01:09:10Je ne suis pas sûr non plus
01:09:11que ce soit très intéressant
01:09:13pour la vie démocratique.
01:09:14Non, mais dans l'image,
01:09:16l'image,
01:09:16moi, je me souviens très bien
01:09:17de François Fillon.
01:09:18Ça avait été très bénéfique,
01:09:20cette histoire-là,
01:09:20parce que cette émission,
01:09:22parce qu'il avait du mal,
01:09:23peut-être...
01:09:23C'est une sèche, bien sûr.
01:09:24Bien sûr, évidemment.
01:09:25Après, bon,
01:09:26il y a eu d'autres déboires financiers
01:09:28qui ont été plus compliqués,
01:09:29qui ont arrêté son ambition.
01:09:31Mais d'ailleurs,
01:09:32c'était aussi égal à la vie privée,
01:09:33ces déboires.
01:09:34Oui, mais ce que je veux dire,
01:09:35c'est qu'il avait du mal
01:09:35à briser l'armure.
01:09:37On dit toujours,
01:09:37il faut, à un moment ou à un autre,
01:09:39commencer à se confier,
01:09:40parler de soi.
01:09:41Et il n'y arrivait pas,
01:09:42quelque part,
01:09:42ce n'était pas possible
01:09:43pour cet homme-là.
01:09:44Et Karine Lemarchand
01:09:45a réussi à l'amener à ça.
01:09:47Et je pense que ça lui a été
01:09:48assez favorable à ce moment-là.
01:09:50Marine Le Pen aussi,
01:09:51une espèce de chaleur.
01:09:52Les chats,
01:09:54le fait qu'elle soit mère célibataire,
01:09:57qu'elle vive seule avec une amie.
01:10:00Il y a quelque chose
01:10:00de l'ordre d'une communication
01:10:01beaucoup plus chaleureuse
01:10:02que les hommes
01:10:03et les femmes politiques
01:10:04ont peut-être parfois
01:10:05du mal à livrer.
01:10:06Et Karine Lemarchand
01:10:07s'est allé chercher
01:10:08ce genre de choses.
01:10:09Karine Lemarchand disait,
01:10:09elle le redit d'ailleurs,
01:10:10elle dit,
01:10:11mais ça permet d'intéresser
01:10:13à la politique
01:10:13des personnes
01:10:14qui ne s'y intéressent pas.
01:10:16Oui,
01:10:16c'est en règle,
01:10:17c'est en règle,
01:10:17ça fait partie d'un plan média.
01:10:19Les chats de Marine Le Pen,
01:10:22ça vaut toutes les campagnes
01:10:23clorhocitaires.
01:10:24C'est ça.
01:10:25Donc il y a une sorte
01:10:26de connivence
01:10:27qui attire le public,
01:10:29mais ça fait partie
01:10:29d'un plan média.
01:10:30Les chats et Marine Le Pen,
01:10:32c'est un acte politique
01:10:33de l'avoir promu.
01:10:34Moi, Karine Lemarchand
01:10:35a du talent,
01:10:36c'est indiscutable
01:10:36et elle a senti quelque chose
01:10:38dans la société
01:10:38ou dans l'appétit
01:10:39des téléspectateurs.
01:10:40À vrai,
01:10:40il y a eu Anne Sinclair
01:10:41qui a fait même...
01:10:42Oui, bien sûr,
01:10:42mais je ne pense pas du tout
01:10:44qu'on doive servir
01:10:45nécessairement aux citoyens
01:10:47ou aux téléspectateurs
01:10:48tout ce qu'ils peuvent attendre,
01:10:50y compris leurs plus viles instincts.
01:10:52Je pense qu'il y a des limites.
01:10:53Karine Lemarchand,
01:10:54qui a encore une fois
01:10:54beaucoup de talent,
01:10:55avait proposé à François Hollande
01:10:56de faire cette émission
01:10:57à un moment où on se posait
01:10:58la question de si François Hollande
01:10:59allait être candidat
01:11:00ou pas à sa réélection.
01:11:00Il ne l'a pas été finalement
01:11:01et on avait refusé
01:11:03parce que François Hollande
01:11:04n'avait pas envie de revenir
01:11:05sur sa vie privée
01:11:06qui avait été très largement exposée
01:11:07mais même parce qu'il pensait
01:11:08que ce n'était pas le rôle
01:11:09d'un homme politique
01:11:10de faire cela.
01:11:11Et puis moi,
01:11:11je pense,
01:11:12mais vous l'avez dit tout à l'heure
01:11:13très justement
01:11:13et je réenfonce le clou,
01:11:15je pense que
01:11:16parler de la vie privée,
01:11:17trop parler de la vie privée,
01:11:19ça détourne de l'essentiel.
01:11:21Moi,
01:11:21ce qui m'intéresse
01:11:22dans la candidature
01:11:23de Marine Le Pen...
01:11:24Non, mais c'est peut-être
01:11:24que c'est pour sa politique.
01:11:26Oui, bien sûr,
01:11:26mais justement,
01:11:26ça me gêne.
01:11:27Les médias n'ont pas
01:11:28à être complices de ça.
01:11:29Moi,
01:11:29ce qui m'intéresse
01:11:30dans les propositions
01:11:32de Marine Le Pen,
01:11:32c'est ce qu'elle propose
01:11:33justement sur l'immigration
01:11:34et autres
01:11:35et que moi,
01:11:35personnellement,
01:11:36je conteste.
01:11:37Je m'en fous complètement
01:11:38de savoir qu'elle a des chats
01:11:40et qu'elle...
01:11:41Oui, mais justement,
01:11:41ça me pose un problème.
01:11:42Donc résultat,
01:11:43je ne pense pas
01:11:43que ce soit le rôle des médias
01:11:44de venir effacer
01:11:46les approtés idéologiques
01:11:50aux bénéfices de choses
01:11:51qui concernent la vie privée.
01:11:52Les dictateurs de ce monde,
01:11:54tous les salauds
01:11:55de notre histoire,
01:11:56je me fous de savoir
01:11:57s'ils aimaient le rouge,
01:11:58le vert,
01:11:59les chats,
01:11:59les chiens,
01:12:00les maisons à la campagne
01:12:01ou les films au cinéma.
01:12:02Ce que je veux savoir,
01:12:03c'est quelles sont
01:12:03les propositions des gens.
01:12:05Moi, je ne suis pas
01:12:06complètement d'accord.
01:12:08Je trouve ça dommage,
01:12:09en effet,
01:12:09qu'on s'attache plutôt à ça.
01:12:10Quand on regarde l'audience
01:12:11de ces émissions...
01:12:11Je pense que c'est dommage,
01:12:13en effet,
01:12:14de s'attacher plutôt
01:12:14à la vie privée
01:12:16des politiques
01:12:16plutôt qu'à des idées construites,
01:12:18mais c'est incontournable.
01:12:20À l'heure actuelle,
01:12:20et les réseaux sociaux
01:12:21donnent cette accessibilité
01:12:23un peu immédiate, directe,
01:12:24c'est incontournable.
01:12:25Dans l'image
01:12:26d'un responsable politique,
01:12:27on est obligé
01:12:28d'avoir tous ces volets-là,
01:12:29privés,
01:12:31maîtrisés.
01:12:32Le compte-exemple,
01:12:34c'est Vardella,
01:12:34à qui beaucoup de médias
01:12:36déroulent le tapis rouge,
01:12:39mais il ne parle pas
01:12:39de sa vie privée.
01:12:40Enfin, pour l'instant.
01:12:41Ça ne me dérange pas,
01:12:41pour l'instant.
01:12:42On va voir.
01:12:43Et il réussit pour l'instant
01:12:44à être très populaire
01:12:45sans avoir dévoilé
01:12:46sa vie privée,
01:12:47à part qu'on sait
01:12:47qu'il a été en banlieue,
01:12:48par une mère
01:12:49et son père un peu absent,
01:12:50mais enfin,
01:12:53n'est pas interrogé véritablement.
01:12:55Il est un peu
01:12:55sur les premières marches
01:12:57de son ambition présidentielle,
01:12:59si elle en est.
01:13:00Mais moi, ce que je pense,
01:13:00c'est plutôt construire
01:13:01tous ces volets-là
01:13:02et pouvoir un peu
01:13:03les maîtriser.
01:13:04Moi, ça ne me choque pas,
01:13:05cette émission,
01:13:06parce qu'en effet,
01:13:07cette émission de Karine Le Marchand,
01:13:08c'est vrai,
01:13:09il y a des gens
01:13:09qui vont s'intéresser
01:13:10à la politique à travers ça.
01:13:12On espère pouvoir
01:13:13les accrocher sur d'autres choses,
01:13:15mais ça fait partie
01:13:15des palettes des hommes politiques
01:13:16de savoir s'adresser aux gens.
01:13:18Regardez Emmanuel Macron.
01:13:19Ce qu'on lui reproche,
01:13:20c'est qu'il n'y a pas d'empathie,
01:13:21c'est qu'il n'arrive pas
01:13:22à concevoir,
01:13:23à regarder,
01:13:24à considérer les autres.
01:13:26Et c'est un peu ça
01:13:26ce qu'elle fait Karine Le Marchand,
01:13:27c'est de dire,
01:13:27regardez,
01:13:28ces hommes politiques,
01:13:28ils sont comme vous,
01:13:29ces hommes et ces femmes,
01:13:31ils ont des émotions,
01:13:32ils ont une vie privée,
01:13:33ils ont un quotidien.
01:13:34Évidemment,
01:13:35on espère qu'il y a
01:13:36la construction derrière,
01:13:37mais je pense que
01:13:37c'est incontournable
01:13:38de gérer cette communication-là
01:13:40et de ne pas se faire avoir.
01:13:42Après, c'est autre chose
01:13:43d'être pris par des paparazzi
01:13:44et de ne pas être en cohérence,
01:13:46comme je disais
01:13:46avec Benjamin Griveaux,
01:13:48de ne pas être en cohérence du tout
01:13:50avec l'image qu'on construit.
01:13:51C'est là ou là,
01:13:52c'est dramatique.
01:13:53– Moi, je me semblerais
01:13:54qu'il y aurait une éthique
01:13:55qui est,
01:13:56pour les personnalités politiques
01:13:58de premier plan,
01:13:59qui est la sobriété.
01:14:01– Pas la DSK, alors ?
01:14:03– Oui, c'est bien sûr,
01:14:04mais la sobriété,
01:14:05c'est exactement le contraire
01:14:07qui s'est passé.
01:14:08On peut dire aujourd'hui
01:14:09que les photos de Voici,
01:14:11Gala, Mimi Marchand,
01:14:13de Macron sur la plage
01:14:15avec Brigitte Macron
01:14:16ont participé
01:14:17de l'élection
01:14:18d'Emmanuel Macron.
01:14:19– Beaucoup de covers,
01:14:20de couvertures
01:14:21à l'occasion de 2007.
01:14:23– Tout à fait.
01:14:23– Avec le couple Macron.
01:14:25– Très organisé.
01:14:25– Ça va, Frémi.
01:14:26– Avec cette différence d'âge,
01:14:28d'ailleurs, dans ce couple.
01:14:28– Michel Rocard à l'Elysée
01:14:30chez Hollande.
01:14:31Le Premier ministre arrive,
01:14:32ça devait être vaste,
01:14:33tout le monde s'en fout,
01:14:34il y avait une grande réception.
01:14:35Le ministre de l'Économie arrive
01:14:38avec Brigitte Macron,
01:14:39on voit un frémissement
01:14:40balzacien autour de lui.
01:14:42J'étais là,
01:14:43je pourrais filmer.
01:14:44Donc, Mimi Marchand
01:14:46a contribué à l'élection
01:14:47de Brigitte Macron
01:14:48de manière incroyable.
01:14:50Les photos de la plage.
01:14:52– Une fois deux minutes,
01:14:53on a un peu évoqué le sujet
01:14:54en parlant de Jordan Bardella.
01:14:56Il n'y a qu'à regarder
01:14:57le nombre d'abonnements
01:14:57qu'il a sur Instagram,
01:14:59TikTok, etc.
01:14:59Voilà,
01:15:00cette nouvelle génération
01:15:01de politique
01:15:01qui a construit
01:15:02sa notoriété
01:15:03sur les réseaux sociaux.
01:15:05Aujourd'hui,
01:15:05on peut mettre
01:15:06sa vie intime
01:15:06en regardant son smartphone
01:15:08comme ça
01:15:08et on peut illustrer
01:15:10sa vie intime
01:15:11et la proposer
01:15:12telle qu'on a envie
01:15:12de la montrer
01:15:13à ceux qui sont
01:15:14vos abonnés.
01:15:16– Oui,
01:15:17les gens le font.
01:15:18– Attention à ça
01:15:19ou ça fait aujourd'hui
01:15:20partie d'une manière
01:15:21de donner un peu
01:15:22de son intimité
01:15:23à tous ses abonnés ?
01:15:24– C'est bien joué
01:15:25à court terme.
01:15:25– C'est bien joué
01:15:26à court terme
01:15:27pour gagner en notoriété
01:15:28mais aussi en popularité.
01:15:30Jordan Bardella
01:15:30à l'invidence
01:15:30le fait très bien
01:15:31comme le font
01:15:32tous les Français
01:15:32qui filment en permanence
01:15:34sur les réseaux sociaux.
01:15:35Mais tout ça
01:15:35est très faux,
01:15:36très fake en réalité
01:15:38parce que la vie privée
01:15:39ce n'est pas ça.
01:15:40La vie privée
01:15:40elle est pleine
01:15:41beaucoup plus
01:15:42de complexité.
01:15:43La vie intime,
01:15:45ce n'est pas simplement
01:15:46pousser des haltères
01:15:47ou aimer les chats
01:15:48ou les chiens.
01:15:49C'est beaucoup plus complexe
01:15:50les relations humaines,
01:15:51les relations amoureuses,
01:15:52les relations familiales.
01:15:54Et donc moi,
01:15:54ce que je vois
01:15:55sur les réseaux sociaux
01:15:55de la mise en scène
01:15:56par les hommes politiques
01:15:57de leur vie privée
01:15:58me semble être une farce
01:15:59ou un mythe en tout cas
01:16:00et je pense que c'est
01:16:01très risqué
01:16:02de vouloir faire croire
01:16:02pour un homme
01:16:03ou une femme politique
01:16:03qu'il s'agit de la vérité
01:16:05parce que ça ne l'est pas
01:16:05et un jour les gens
01:16:06se prennent au jeu.
01:16:07Vous voulez parler
01:16:07de votre vie privée
01:16:08et bien on va vraiment
01:16:09la regarder.
01:16:10– Et puis alors
01:16:11ça masque l'essentiel
01:16:12vous l'avez dit tout à l'heure.
01:16:13– Il manque d'idées, oui.
01:16:14– Le fond.
01:16:15– Alors là on est pile poil
01:16:16dans une société de communication
01:16:17c'est le spectacle avant tout
01:16:19et très peu les idées.
01:16:20Moi j'espère qu'un jour
01:16:21ça changera
01:16:22mais pour l'instant
01:16:22on en est là.
01:16:24On en est là.
01:16:24Très peu de débats,
01:16:25très peu d'idées.
01:16:26Moi je pense que c'est
01:16:27incontournable.
01:16:28– Vous iriez jusqu'à dire
01:16:28que tout ce qu'on s'est dit
01:16:29sur ces émissions,
01:16:30confessions,
01:16:31l'utilisation de ces réseaux sociaux
01:16:33contribuent grandement
01:16:34à dédiaboliser par exemple
01:16:36un certain nombre
01:16:36de responsables politiques
01:16:38qui défendent des idées extrémistes
01:16:41ou qu'on qualifie d'extrémistes
01:16:42alors ça vaut pour la droite,
01:16:43ça vaut pour la gauche.
01:16:44– Georges Marc a donné
01:16:45l'exemple des chats.
01:16:46Évidemment, les chats,
01:16:47chaleur humaine,
01:16:48sociale,
01:16:49pouvoir d'achat,
01:16:50on y met énormément de choses
01:16:51alors que dans les réalités
01:16:53c'est vrai que les mesures
01:16:54du Rassemblement national
01:16:55ne sont pas du tout à la hauteur
01:16:56d'autant plus que Jordan Bardella
01:16:58est beaucoup plus libéral
01:16:58que Marine Le Pen.
01:17:00Donc on est dans un jeu
01:17:01de faux-semblants
01:17:02mais qui fonctionne.
01:17:03Donc moi je pense
01:17:04qu'il vaut mieux
01:17:04une campagne de communication
01:17:06comme ça maîtrisée
01:17:07y compris sur l'intime
01:17:08mais totalement maîtrisée
01:17:09qui raconte quelque chose
01:17:10que plutôt des images volées
01:17:12qui ne construisent pas
01:17:13du tout une image couruette.
01:17:13– On va finir avec vous
01:17:14Georges Marc Benhamou
01:17:15et on va boucler la boucle
01:17:16sur François Mitterrand.
01:17:17Les lettres de François Mitterrand
01:17:21à Anne Pinjot
01:17:21publiées 20 ans après sa mort,
01:17:231218 lettres écrites
01:17:25de la main de François Mitterrand,
01:17:27lettres d'amour,
01:17:29alors là on est dans un domaine
01:17:30ultra confidentiel,
01:17:32ultra intime,
01:17:3320 ans après,
01:17:34fallait-il les publier ?
01:17:35Pourquoi on prend
01:17:36une telle décision en réalité ?
01:17:38Après ce qu'on connaît
01:17:39de cette histoire ?
01:17:40– Je pense que ça va rester
01:17:42comme une grande histoire d'amour,
01:17:43étrangement.
01:17:44après Camus Maria Cazares
01:17:48et cette correspondance,
01:17:49ça s'inscrit assez bien.
01:17:51Il y a deux livres,
01:17:51il y a le livre des lettres
01:17:52et ce qui est assez fascinant,
01:17:54le livre des dessins aussi.
01:17:56C'est-à-dire que moi,
01:17:56j'ai bien connu comment,
01:17:58dans les années 60-70,
01:18:00vous devez un peu s'emmerder quand même.
01:18:01Vous faisiez des collages,
01:18:03des dessins,
01:18:03c'est magnifique.
01:18:05Oui, mais c'est du domaine
01:18:07de la littérature et de l'art,
01:18:08là, on n'est pas dans le domaine
01:18:10de TikTok.
01:18:11Ça avait une autre classe.
01:18:14– Dans ces lettres à Anne,
01:18:161962-1995,
01:18:19on remarquera tout de même
01:18:20au passage
01:18:20que ne figurent pas
01:18:22les correspondances
01:18:24qui sont allées dans l'autre sens.
01:18:26– Où sont ces lettres ?
01:18:27– À François Mitterrand,
01:18:29parce qu'elle, Anne Pingeot,
01:18:31a souhaité que tout cela reste
01:18:32dans la sphère personnelle.
01:18:34Un grand merci,
01:18:35vraiment à tous les trois
01:18:36d'avoir participé
01:18:38à cette émission
01:18:38des Badocs aujourd'hui,
01:18:39après ce documentaire
01:18:41écrit, raconté
01:18:43par Mazarine Pingeot
01:18:45à propos de cette relation littéraire.
01:18:49On va dire les choses comme ça,
01:18:50globalement,
01:18:51avec son père François Mitterrand,
01:18:54décédé maintenant,
01:18:55il y a 30 ans.
01:18:56Vos réactions,
01:18:57ce sera sur hashtag
01:18:58des Badocs.
01:18:59Merci à Félicité Cavalda,
01:19:00Thibaut Brosset et qu'elles
01:19:01qui m'ont aidé,
01:19:02comme à l'accoutumée,
01:19:03à la présenter.
01:19:05Prochain rendez-vous
01:19:05avec des Badocs,
01:19:06ce sera bien sûr ici,
01:19:08même place, même heure,
01:19:09et toujours avec son documentaire
01:19:11et son débat.
01:19:12À très bientôt.
01:19:12– Sous-titrage ST' 501
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