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Jean-Marc Jancovici, ingénieur diplômé de l'École Polytechnique et cofondateur du Carbone 4, dévoile les coulisses du système d'élite français.
Dans cet échange avec Louise Aubery sur le podcast InPower, il explique comment son parcours dans la haute administration et chez les chasseurs alpins a forgé sa crédibilité actuelle.
Il analyse sans filtre l'utilité réelle de son diplôme de l'X comme un outil stratégique de légitimité pour infiltrer les sphères de pouvoir et imposer les enjeux climatiques là où les décisions se prennent.

#Jancovici #Polytechnique #InPower #Elite #Ingenieur

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Réponses au quiz de fin :
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Dans quelle unité militaire Jean-Marc Jancovici a-t-il servi ?
➡ Les chasseurs alpins.

Quel type de profil Polytechnique prépare-t-elle à former ?
➡ Les futurs cadres dirigeants.

Quel outil social le passage par l'école Polytechnique offre-t-il ?
➡ Un réseau.

Catégorie

📚
Éducation
Transcription
00:00C'est un réseau, et alors ce réseau, paradoxalement, quand on souhaite porter des idées disruptives, il est plutôt utile.
00:06Parce que ça vous fait un élément de légitimité qui autorise le loup à rentrer dans la bergerie,
00:11au sens où vous êtes polytechnicien, donc vous êtes respectable.
00:14Donc en fait, ça va être plus facile pour nous d'accepter que vous veniez nous raconter des horreurs sur
00:20le changement climatique.
00:21C'est évident que ça me sert.
00:22Des horreurs ? La vérité !
00:25La vérité, de temps en temps, elle n'est pas très sympathique à entendre.
00:35Pourquoi vous êtes devenu ingénieur ?
00:37Pour un côté voie royale.
00:39En France, vous savez, il y a un système, enfin à mon époque en particulier, je ne sais pas si
00:42c'est toujours aussi vrai maintenant,
00:44mais il y avait un système de hiérarchie des matières enseignées à l'école.
00:47Et donc si vous étiez bon en sciences, c'est que vous étiez au sommet de la hiérarchie, et donc
00:50c'était ça que vous étiez censé faire.
00:52Par ailleurs, je dois avouer que ça ne me déplaisait pas plus que ça.
00:57C'est-à-dire que je n'ai pas eu d'aversion pour les maths et la physique.
01:00Je l'ai plutôt trouvé ça sympa, mais en gros, comme j'étais bon, j'en ai fait.
01:04Et quand vous faites des études scientifiques, maths physique, à l'arrivée, vous devenez ingénieur.
01:09En tout cas, quand vous êtes bon dans ces disciplines-là, c'est une fin de l'histoire très classique.
01:15Et vous intégrez Polytechnique vraiment par choix, par défaut ?
01:19Non, alors Polytechnique, on l'intègre ni par choix ni par défaut.
01:2395% des gens qui rentrent à l'Ix, ils y rentrent parce qu'ils sont admis à l'Ix
01:26et qu'ils se disent que ça ne se refuse pas.
01:28Oui, mais il faut postuler pour être admis.
01:29Oui, oui, oui, bien sûr.
01:30Vous gagnez une forme de choix.
01:31Alors ça, c'est quelque chose qui se joue à la fin des classes préparatoires.
01:34C'est-à-dire qu'en fonction du lycée dans lequel vous êtes, au niveau des classes préparatoires, et du
01:39type de classe préparatoire dans lequel vous êtes, et du classement que vous avez dans votre classe préparatoire, vous vous
01:44dites « je tente, je ne tente pas ».
01:45Pour être très franc, par exemple, je n'ai pas présenté le concours de l'École Normale Supérieure de la
01:49rue d'Ulme, qui est le concours le plus difficile dans ce pays en matière scientifique, parce que je pensais
01:53que je n'en étais pas capable.
01:54C'est plus difficile que Polytechnique ?
01:56Oui, oui, il y a moins de place.
01:57D'accord.
01:58Donc vous avez eu une forme d'autocensure ?
02:00Non, ce n'est pas de l'autocensure, c'est une forme d'évaluation.
02:02Vous savez, quand on est économe de ses forces, on essaye toujours de prendre des paris qu'on va réussir,
02:07on évite de prendre des paris qu'on pense vraiment perdre.
02:10C'est des épreuves qui sont très longues, je me suis dit « ce n'est pas la peine que
02:15j'essaye, ça ne sert à rien ».
02:17Bon, vous n'atterrissez pas trop mal à Polytechnique, on sait que cette école a beaucoup la fantasme, on entend
02:26d'ailleurs peu, je trouve, de Polytechniciens partager l'enseignement qu'ils y reçoivent,
02:30à l'inverse d'HEC où il y a quand même beaucoup de gens qui se sont exprimés sur le
02:33sujet.
02:33Vous, qu'est-ce que vous en avez pensé de ces quelques années à l'X ?
02:36Et surtout, qu'est-ce que ça vous a appris ? Quel était le Jean-Marc avant d'y entrer
02:41et quel est le Jean-Marc qui en sort ?
02:42À l'époque, il y avait une année de service militaire quand on rentrait à l'X et je me
02:48demande si ce n'est pas l'année qui m'a le plus appris.
02:52D'abord, ça vous réveille. Alors, moi, ça a eu un énorme avantage, ça m'a remis au sport. En
02:57prépa, je fumais, je ne faisais pas de sport parce que je n'avais pas le temps.
03:01Donc, en gros, ça m'a totalement décrassé cette année de service militaire, ça m'a fait le plus grand
03:05bien.
03:06En plus, j'ai eu la chance de faire ça dans les chasseurs alpins. Donc, effectivement, je suis sorti de
03:10cette année-là avec une forme olympique.
03:11Et ça m'a appris une autre face du pays que je ne connaissais absolument pas. Moi, j'ai grandi
03:16dans un milieu gentiment bourgeois, comme la majeure partie des étudiants de classe prépa, qui sont donc des privilégiés, moi
03:22inclus.
03:23Et là, je me suis retrouvé dans une France, j'ai envie de dire, représentative. Et encore, un bataillon de
03:27chasseurs alpins, c'est plutôt la crème par rapport à un régiment d'infanterie.
03:32Parce qu'à l'époque, tout le monde faisait son service. Les Français étaient tous appelés. Et ça m'a
03:37fait le plus grand bien.
03:38Donc, ça m'a un peu... Ça m'a mis dans d'autres contextes. Ça m'a fait le plus
03:42grand bien.
03:43Après, à l'X même, on fait des études très généralistes, mais très désincarnées.
03:47L'équation de Schrödinger, on ne s'en sert pas tous les jours.
03:50Voilà. Donc, ça... Comment dire ?
03:53C'est une forme de gymnastique intellectuelle qui vous habitue à faire des exercices d'abstraction très importants.
04:00Ce qui manquait à l'époque, quand même, un peu, je trouve.
04:03Il y avait une espèce de forme de jésuitisme. C'est-à-dire qu'en fait, on préparait des futurs
04:07cadres dirigeants.
04:07Mais il n'y avait pas les humanités qui allaient avec.
04:10Donc, on vous... Enfin, voilà.
04:12Il n'y a pas de philo, quoi.
04:14Alors, ce n'est pas tellement la philo.
04:15J'ai envie de dire, c'est plutôt des rudiments de management.
04:18D'accord.
04:19Apprenez à dialoguer avec des gens qui n'ont pas fait le même parcours que vous.
04:22Apprenez à dialoguer avec des gens qui ne vont pas nécessairement comprendre aussi vite.
04:26Apprenez à dialoguer avec des gens qui n'ont pas nécessairement le même point de vue.
04:28Voilà. Alors, je ne sais pas si c'est à ce moment-là qu'il faut le faire juste après.
04:32Mais en fait, comme il ne faut pas se cacher derrière son petit doigt et que, de fait, la majeure
04:34partie des polytechniciens deviennent quatre supérieurs aux dirigeants,
04:38c'est des trucs qui, à un moment ou à un autre dans la vie, sont extrêmement utiles.
04:41Donc, il faut les appeler.
04:42Ça s'apprend.
04:44Une autre chose que ça m'a permis, ce moment-là, c'est quand même de retrouver un peu de
04:50respiration,
04:51parce que les classes prépa, c'est quand même une sacrée lessiveuse.
04:53Voilà. Donc là, on respire un peu plus.
04:57Puis, il y a un petit côté folklore militaire qui est marrant.
04:59Oui, non, c'est rigolo.
05:01Bon, voilà.
05:01Ça fait partie du folklore.
05:03Et si là, en 2023, vous...
05:06Maintenant, ça s'appelle Parcoursup.
05:08Vous deviez entrer vos voeux pour choisir vos études supérieures.
05:11Qu'est-ce que vous choisiriez ?
05:12Alors, je suis très content d'avoir fait les études que j'ai faites,
05:14au sens où je pense que ça m'a énormément amené.
05:18Ça m'a énormément amené deux choses.
05:20Ça m'a amené, d'une part, quand même, encore une fois,
05:23une forme de gymnastique intellectuelle
05:25qui ne sert pas stricto sensu dans la vie ensuite.
05:29Encore une fois, aujourd'hui, je ne sais pas quoi,
05:33les matrices de Léon Thieff...
05:35C'est pas quelque chose que vous utilisez tous les jours.
05:37C'est l'équation de Schrödinger, ça ne sert strictement à rien.
05:40Mais par contre, ça amène une forme de gymnastique intellectuelle
05:43qui n'est pas inintéressante.
05:45Et qu'on complète en général derrière par une formation qui est plus appliquée.
05:48Et la deuxième chose que ça amène dans notre pays
05:51qui reste quand même, qui garde un petit côté aristocratique,
05:55c'est un réseau.
05:56Et alors, ce réseau, paradoxalement,
05:58quand on souhaite porter des idées destructives,
06:00il est plutôt utile.
06:02parce que ça vous fait un élément de légitimité
06:04qui autorise le loup à rentrer dans la bergerie
06:06au sens où vous êtes polytechnicien,
06:08donc vous êtes respectable.
06:09Donc, en fait, ça va être plus facile pour nous
06:11d'accepter que vous veniez nous raconter des horreurs
06:15sur le changement climatique.
06:16C'est évident que ça me sert.
06:18Des horreurs ?
06:19La vérité, mais...
06:20La vérité, de temps en temps,
06:23elle n'est pas très sympathique à entendre.
06:24Et je pense que ça m'a vraiment servi
06:26à ce titre-là.
06:28Alors, ça, ce n'est pas quelque chose
06:30qui est lié à la nature des études.
06:31C'est lié à l'effet aristocratie
06:34des réseaux d'anciens élèves.
06:35Mais de fait, ça vous confère une respectabilité à vie.
06:38Alors, on peut longuement discuter
06:39de est-ce que c'est légitime, pas légitime, etc.
06:41Ça, c'est un sujet de débat.
06:43Mais en ce qui me concerne,
06:44ça m'a été utile à ce titre.
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