00:00...
00:06On a écrit un chapitre à partir d'une exergue de Buffon.
00:09Buffon, au XVIIIe siècle, écrit
00:11« Il arrivera à un moment où la technique humaine sera tellement puissante
00:15qu'il sera loisible à l'homme de refroidir ou de réchauffer la planète,
00:19mais il lui sera plus facile de la réchauffer que de la refroidir. »
00:22XVIIIe.
00:23Et ce qui est intéressant, c'est qu'à l'heure actuelle,
00:25dans le problème de l'atmosphère,
00:27on nous balance toute la journée le problème du CO2.
00:29Le Fiat ne parle que du CO2.
00:31Personne ne s'intéresse aux problèmes de base.
00:34Ce n'est pas du tout le CO2 qui est responsable majoritairement.
00:37Déjà, rien que le méthane, il est 60 fois plus actif en réchauffement planétaire.
00:42Mais personne ne parle des 10 millions d'hectares de désert que nous faisons chaque année.
00:46Personne ne parle des 20 millions d'hectares de forêts tropicales qu'on abat.
00:50Personne ne parle des 20 millions d'hectares de béton que nous faisons sur Terre.
00:54Personne ne parle des 80 milliards de machines qu'il y a sur cette planète
00:57et qui, chaque fois qu'elle tourne, chauffe, qu'elle soit thermique ou qu'elle soit électrique.
01:01Et ça, personne n'en parle.
01:03C'est extraordinaire.
01:05À Delhi, quand il y a des périodes de canicule,
01:08les gars, ils allument tous, les mecs ont les moyens,
01:10ils allument tous leur clim et on monte entre 50 et 60 degrés.
01:13Ça fait mourir les pauvres qui sont dans la rue.
01:15Mais ça, personne n'en parle.
01:16Oui, c'est des pauvres, c'est des pauvres.
01:18Tu te formalisent.
01:19Non, mais c'est intéressant de voir que...
01:21C'est une boutade.
01:21Oui, oui.
01:22C'est intéressant de voir qu'on se focalise sur le CO2,
01:25alors que les plantes adorent ça et qu'il suffirait de reboiser.
01:29Et par exemple, un autre truc dont personne ne parle,
01:31nous, on a beaucoup travaillé dans les forêts tropicales.
01:33Quand on est dans une forêt tropicale, on est à 25-26 degrés.
01:37Quand on déforeste pour faire un champ de soja,
01:40on monte à 50-52 à midi.
01:42Or, la différence thermique entre l'équateur et les pôles
01:46forme ce qu'on appelle les alizés,
01:47les vents très doux qui apportent de la pluie
01:49et qui sont très doux et qui nous apportent la fraîcheur.
01:53Quand, au lieu d'avoir une différence entre 25 degrés et 0,
01:56on a une différence de 50 degrés et 0,
01:57on transforme ça en ouragan.
01:59Et les ouragans explosent.
02:00Au fur et à mesure qu'on déforeste,
02:01les ouragans augmentent de plus.
02:03Et ça, personne n'en parle.
02:04Oh, Claude, c'est un petit orage.
02:06Ça fait tourner les éoliennes.
02:08Oui, non, parce qu'avec un ouragan,
02:11il ne tourne pas.
02:12Et il les arrête tout à l'heure.
02:13Ça fait fonctionner les vendeurs d'éoliennes.
02:16Voilà.
02:17Et les réparateurs de toits de maison.
02:19Et les producteurs de balsas.
02:21Voilà.
02:21En Brésil.
02:22En Brésil, à l'Équateur.
02:24Et les vendeurs de Grèce.
02:25Voilà.
02:26Si on prend, par exemple,
02:27le passage du labour au semi-direct,
02:30pendant 5 ans, il y a une chute de rendement.
02:32Donc, si l'État n'aide pas l'agriculteur
02:35pendant ces 5 années,
02:36pour qu'il puisse restaurer,
02:38en fait, il faut recapitaliser.
02:40Donc, quand on a décapitalisé,
02:41on dépense de l'argent pour recapitaliser.
02:44Donc, si l'État ne veut pas faire ça,
02:45n'aide pas,
02:46les gars, ils ne se lanceront pas là-dedans.
02:47Ils diront non.
02:48Pareil pour la bio.
02:49Donc, le problème, c'est que
02:50si on n'aide pas les agriculteurs
02:52à s'occuper du patrimoine,
02:54qui est un patrimoine national,
02:55il est privé,
02:56mais en fait, il est national,
02:58les choses ne vont pas bouger.
02:59Et là, pour le moment,
03:01on n'est pas parti pour.
03:02Je ne sais pas si on y arrivera, j'espère,
03:04mais pour le moment,
03:04on n'est pas parti pour.
03:06La FNSE freine des cas de fer,
03:08l'agro-industrie freine des cas de fer,
03:10donc ce n'est pas facile
03:10de faire bouger le système.
03:12Mais le problème des subventions,
03:15c'est pareil.
03:16Là, on a été confronté
03:19à des choses par une députée
03:22qui disait,
03:23mais vous vous rendez compte,
03:24parce qu'on avait l'idée de dire,
03:27le volume d'argent,
03:28toutes les subventions
03:29qui sont données par l'Europe
03:32aux agriculteurs,
03:33on disait, à ce moment-là,
03:35chaque agriculteur a une importance.
03:37Ce n'est pas parce que vous faites
03:38deux hectares de maraîchage
03:40qui demandent certainement
03:41autant de travail
03:42et que vous avez 100 hectares de céréales.
03:45On était pour dire,
03:46il y a une faume d'égalité,
03:48c'est-à-dire qu'on va partager
03:51ces subventions pour chacun,
03:52puisque le travail,
03:54peut-être qu'est en production,
03:56un maraîcher, quelque part,
03:57produit plusieurs fois
03:59presque autant qu'un céréalier,
04:01si on regarde dans son...
04:02Et la personne,
04:05une députée,
04:06a me dit,
04:06mais vous vous rendez compte
04:07de ce que vous êtes en train
04:08de nous dire ?
04:08Mais c'est absolument pas faisable.
04:10Et on lui dit,
04:11mais pourquoi c'est pas faisable ?
04:12Il y a une céréale,
04:13l'agriculture,
04:14elle nourrit,
04:15on mange des légumes,
04:16on mange du pain et tout.
04:17Elle dit,
04:18mais vous vous rendez compte,
04:19pour les gros agriculteurs,
04:23comment ça va se passer ?
04:24Et je lui dis,
04:26mais elle dit,
04:27par exemple,
04:28pour nous.
04:29Et je lui dis,
04:30mais vous avez combien d'hectares ?
04:32Et elle n'a jamais voulu répondre.
04:34Et elle a dit,
04:34mais vous vous rendez compte,
04:35si on n'a plus de subventions,
04:37mais on n'y arrivera plus,
04:38on ne pourra plus,
04:39on n'ira pas jusqu'au bout.
04:41Alors que les petits,
04:42ce n'y arrive pas,
04:44se pendent,
04:45se suicident.
04:47quand on entend ça,
04:48vous pouvez ressortir,
04:50qu'en étant complètement dépités,
04:54de dire,
04:54on n'est pas prêts.
04:55Et puis,
04:56quand on a dit que,
04:57c'est l'histoire des 5 ans,
04:59le temps de la reconversion,
05:01il faudrait que ces agriculteurs,
05:04qui font quand même un effort,
05:05pour avoir,
05:06qu'on ait une nourriture de meilleure qualité,
05:10ne perdent pas de salaire,
05:11soit,
05:13à la limite,
05:13on va dire subventionnés,
05:15mais qu'en fait,
05:16ils aient au moins,
05:18le même revenu,
05:19plutôt que de les laisser,
05:20avec une chute de rendement,
05:22et pour la première fois,
05:25l'année dernière,
05:25on a eu un retour,
05:27d'agriculteurs en biologie,
05:29qui repassent son conventionnel,
05:31qui réutilisent des produits.
05:33Ce n'est pas ça l'avenir.
05:35Si on prend une chose toute simple,
05:36on prend les 9 milliards d'euros,
05:39que touche la France,
05:40pour 300 000 agriculteurs,
05:42ça fait 30 000 euros par agriculteur.
05:44Donner 30 000 euros à agriculteurs,
05:45je pourrais vous dire qu'il y a des jeunes
05:46qui vont sortir de la ville,
05:47et qui vont vous faire du maraîchage,
05:49parce qu'ils toucheront 30 000 euros.
05:50Et là,
05:50vous allez donner à manger aux Français.
05:52Mais ça veut dire que,
05:53le président de la FNSEA,
05:54qui a 700 hectares,
05:56qui touche 140 000 euros,
05:57lui,
05:57il touchera plus que 30 000.
05:58Donc lui,
05:58il ne va pas être content,
05:59il fera pression sur le gouvernement,
06:01pour que surtout,
06:02on ne répartisse pas cette somme.
06:03C'est ce qu'elle a dit,
06:05cette députée,
06:05c'était sous-entendu,
06:07en disant,
06:08moi,
06:08il me faut ma subvention
06:10de plusieurs millions.
06:12Vous avez un regard,
06:13positif ou négatif,
06:15sur l'Europe ?
06:16L'Europe,
06:17la PAC,
06:19les quotas,
06:21l'Europe maman,
06:22l'Europe qui dirige,
06:25vous avez quel regard sur eux ?
06:27Au départ,
06:28la PAC,
06:29ce n'était pas si mauvais que ça,
06:30en fait.
06:31C'était quelque chose
06:32pour aider les agriculteurs,
06:35et c'était une association,
06:37je dirais,
06:37d'agriculteurs.
06:38Le problème,
06:40c'est qu'on a mis des gens
06:42qui ne sont plus agriculteurs,
06:44qui sont des financiers,
06:46et donc,
06:46on a complètement détruit
06:53cette PAC.
06:54Elle n'est plus du tout
06:55à la disposition
06:56des agriculteurs,
06:58elle est à la disposition
07:00des financiers
07:01qui veulent gagner
07:02des parts
07:03sur les agriculteurs.
07:05qui ne finit
07:06sur certains fonds
07:07de retraite,
07:08parce que la titrisation
07:10de tout ça,
07:10ça finit sur les fonds
07:12de retraite américains.
07:15Oui, tout à fait.
07:16Claude ?
07:17Non, mais au début,
07:18c'était très bien vu.
07:19On devait normalement
07:21protéger
07:21tout ce qui était
07:22production agricole
07:23entre les pays européens.
07:24C'était une sorte
07:25de protection
07:25de notre agriculture.
07:27Et le résultat,
07:28d'ailleurs,
07:28a tellement bien marché
07:29qu'on s'est retrouvé
07:30des excédents
07:30de beurre,
07:31de lait,
07:32de blé.
07:33Donc,
07:33ça montrait
07:33que ça marchait bien.
07:34Donc, après,
07:35il fallait réguler ça,
07:36bien entendu.
07:37On ne l'a pas fait.
07:38On a décidé
07:38de changer les règles
07:40et de donner
07:41une subvention à l'hectare.
07:42Donc, les gros
07:43ont beaucoup d'hectares,
07:44ils piquent tout,
07:45les petits n'ont rien.
07:47Et le résultat,
07:48ben voilà,
07:48on ne mange plus.
07:49On ne mange plus
07:50parce que ça a été
07:51très mal géré,
07:51ce système-là.
07:53Mais quand tu n'as plus
07:54d'énergie,
07:55que tu n'as plus
07:55d'agriculture,
07:56tu es condamné, non ?
07:57À faire un...
07:57Ah, ça,
07:58un pays qui n'a plus
07:59son agriculture,
07:59qui ne nourrit plus
08:00sa population,
08:00il est cul.
08:04On a classé
08:05la gastronomie française
08:06patrimoine.
08:07C'est au moment
08:07où ça s'effondre,
08:09toujours comme ça,
08:10c'est au moment
08:11où les choses s'écroulent,
08:12hop, on les protège.
08:13On protège la nature
08:14une fois qu'il n'y en a plus.
08:15On dit, hop,
08:15on va protéger les littorales
08:17une fois qu'ils sont bien pollués
08:18et bien détruits.
08:19Et c'est vrai
08:19que la gastronomie française,
08:22elle est cuite
08:22parce qu'elle n'a plus
08:23les produits de base
08:24qui lui permettent
08:25de faire une bonne alimentation.
08:26Et ça, c'est...
08:27Comment on répare
08:28un truc pareil ?
08:29Quand on a...
08:29Enfin, il y a quand même
08:30des trucs délirants.
08:32On ne peut pas faire
08:33une pomme AOC limousin
08:35avec autre chose
08:37que la Golden,
08:38qui est une variété américaine
08:41dont on paye les brevets.
08:42Si on utilise
08:43des pommes locales
08:46du limousin,
08:47on n'a pas le droit
08:47à l'AOC.
08:48Donc, tout est fabriqué
08:50pour détruire
08:51le système d'AOC,
08:52détruire l'originalité
08:55du produit
08:56qui était...
08:56La racine.
08:57La racine des choses.
08:58Et une fois que c'est détruit,
08:59effectivement,
08:59la France sera comme...
09:01Alors, il y a un pays
09:01qui ne se défend pas trop mal
09:02en Europe,
09:03c'est l'Italie.
09:03L'Italie,
09:04avec ce qu'ils appellent
09:06le slow food,
09:08ils protègent
09:08des variétés de lentilles,
09:09des variétés de haricots,
09:10des variétés de poires,
09:11etc.
09:12C'est encore une petite agriculture,
09:1310 hectares de moyenne
09:14contre 80 hectares en France.
09:16Et les Italiens
09:18restent attachés.
09:19Alors, pendant longtemps,
09:20ils ont lutté
09:21contre les supermarchés.
09:22Bon, maintenant,
09:23l'Europe les a forcés
09:24à les accepter.
09:25Mais l'Italie,
09:26l'Italien, lui,
09:27c'est une nourriture
09:30familiale,
09:30mais de très belle qualité.
09:32C'était Kurnansky,
09:33le prince des gastronomes,
09:35disait
09:35« La France est unique au monde,
09:36c'est le pays
09:37qui a quatre gastronomies. »
09:38La gastronomie familiale,
09:41les blanquettes de veau,
09:42les...
09:43Voilà,
09:44rien de choses
09:44qu'on faisait à la maison,
09:45comme ça.
09:47La gastronomie locale,
09:49l'endillette de vire,
09:50le jambon de Dijon, etc.
09:55La gastronomie de fête,
09:57quand on invite des amis,
09:58etc.
09:59Alors là,
09:59on met les petits plats
10:01dans les grands plats.
10:02Et la gastronomie de luxe.
10:04C'est le seul pays
10:04au monde qui a ça.
10:05Et c'est quelque chose
10:07d'assez étonnant,
10:07ce qui montre
10:08que les Français
10:08étaient attachés.
10:09Maintenant,
10:10on est le deuxième pays
10:11en nombre de McDo
10:13par habitant
10:13après les États-Unis.
10:15Ça montre quand même
10:16la chute de cette notion.
10:18Il y a combien de jeunes
10:19qui savent encore cuisiner ?
10:20Mais quel est le pourcentage
10:21de jeunes qui cuisinent encore
10:22en France ?
10:23On a réussi à casser
10:24quand même un système
10:25qui était remarquable,
10:26qui était vraiment remarquable.
10:27Et ça,
10:28on va avoir du mal
10:29à remettre ça de bout.
10:30Je crois qu'il ne reste
10:30plus qu'un seul producteur
10:31de cornichons en France.
10:33Il reste deux producteurs
10:35de...
10:35Moutarde ?
10:35Oui, la moutarde,
10:36elle vient du Canada.
10:39Le cresson,
10:39je crois qu'il n'y a plus
10:40que deux cressonnières
10:41en France.
10:41C'est affolant.
10:43C'est comment on a détruit
10:44un patrimoine absolument unique.
10:46Il y a des moutardes
10:46dans le vexin, d'ailleurs.
10:48Je recommande, d'ailleurs.
10:50Oui, on essaye quand même
10:51de refaire de la moutarde,
10:52mais c'est vrai que face
10:53à la moutarde canadienne
10:54qui est beaucoup moins chère,
10:56on a du mal à résister.
11:08C'est très cool.
11:27C'est très cool.
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