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Franck Lepage décrypte ici la sémantique du système de domination capitaliste. Les mots ont une importance et Franck le démontre dans cette conférence avec grande classe. La novlangue travestit tous ces concepts : charges patronales, projet, défavorisé.

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00:00 Exemple 1
04:04 Exemple 2
07:03 Exemple 3

Pour changer le système :
Réclamer le RIC constituant : https://petitions.assemblee-nationale.fr/initiatives/i-2491 https://www.mouvement-constituant-populaire.fr/
Changer de banque: https://www.lanef.com/ https://change-de-banque.org/particulier/
Passer à l'action militante: https://extinctionrebellion.fr/ https://ripostealimentaire.fr/
Changer de travail : https://jobs.makesense.org/fr

Sources
Franck lepage inculture 1 https://www.youtube.com/watch?v=vVrCR6wF3LU
Franck lepage inculture 2 https://www.youtube.com/watch?v=ClYAjeiuVJw
Musique https://www.youtube.com/watch?v=39PVEaSytpo

Réponses au quiz de fin :

/!\ Description à ne pas lire avant d'avoir vu la vidéo entièrement
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Que permettent les cotisations patronales ?
Système de santé, retraite, chômage.

Quelle différence entre un exploité et un défavorisé ?
C'est le même mec, dans un cas, il a été exploité par quelqu'un, dans l'autre cas, il n'a pas eu de bol.

Quelle est la définition marxiste d'une marchandise ?
Bien ou service réalisé dans des conditions professionnelles, qui testent sa pertinence sur un marché avec un bien ou service équivalent.

#lepage #politique #language #capitalisme #projet #extrait #ethiqueettac

Catégorie

📚
Éducation
Transcription
00:07Vous avez peut-être vu, vous savez que le pouvoir fait un travail considérable sur les mots.
00:12Il y a des mots qui disparaissent et des mots qui apparaissent régulièrement.
00:17Et donc, moi j'ai appris ça, je ne savais pas.
00:22Les linguistes connaissent ça très bien.
00:26On pense avec les mots.
00:29Ce n'est pas le contraire.
00:30Ce n'est pas je pense une réalité sociale et je fabrique des mots.
00:33Ça ne marche pas comme ça.
00:35C'est il y a des mots et avec ces mots, je peux penser une réalité sociale.
00:41Alors évidemment, quand on m'enlève des mots et qu'on m'en met d'autres à la place,
00:47on ne pense pas de la même manière la réalité sociale.
00:52Je vais prendre un exemple parce que je sens que je parle chinois.
00:57Pour ceux qui sont assez vus dans la salle, ceux qui ont connu la guerre de 68,
01:01à l'époque, il y avait un penseur qui s'appelait Marcus.
01:07Marcus qui nous avait prévenus.
01:09Il avait dit, attention mes petits amis, nous sommes en train de vivre en ce moment, en 68 dans le
01:12monde,
01:12ce n'est pas seulement en France, la toute dernière critique efficace du capitalisme
01:17parce qu'on est en train de nous changer les mots
01:21et on est en train de nous enlever des concepts qui permettent de penser négativement le capitalisme
01:27et de nous donner à la place des concepts opérationnels,
01:31c'est-à-dire qui ne servent pas à penser, mais seulement à agir
01:33et qui le désignent d'une façon strictement positive.
01:37Je prends un exemple parce que je vous sens perplexe.
01:43Dans ces années-là, les pauvres, encore un mot en train de disparaître,
01:48je trouve ça très bien, il y a de moins en moins de pauvres.
01:50Donc dans ces années-là, les pauvres, quand on était travailleurs sociaux, éducateurs,
01:56on les appelait des exploités.
01:59Je jure aux plus jeunes dans la salle que c'est vrai.
02:02Ça ne nous posait aucun problème de les désigner comme des exploités,
02:06donc de les penser comme des exploités.
02:07Alors, exploiter, vous comprenez bien, est un mot terriblement embêtant pour le pouvoir
02:13puisqu'il désigne la personne non pas comme un état,
02:16mais comme le résultat d'un processus qui est l'exploitation.
02:21Alors, évidemment, quand vous dites de quelqu'un que c'est un exploité,
02:24tout de suite, vous cherchez qui l'exploite.
02:29Comment ? Quelqu'un exploite ce type ?
02:31Où il est que je lui batte la gueule ?
02:35Alors, le pouvoir nous a fait comprendre,
02:39on se s'est fait très subtilement,
02:40ah, non ?
02:42C'est un message, c'est un SMS ?
02:46Le pouvoir nous fait comprendre que ça serait bien désormais
02:50d'appeler ces gens-là plutôt défavorisés.
02:54Bon, alors, regardez bien,
02:57c'est très très rigolo.
02:58C'est le même mec,
03:01dans la même situation,
03:03mais alors dans un cas,
03:04il a été exploité par quelqu'un,
03:06dans l'autre, il n'a pas eu de bol.
03:14Je voulais qu'on lui fasse, je veux dire, voilà,
03:18on ne va quand même pas aller faire chier le MEDEF
03:22parce que ce con n'a pas de peau.
03:23Enfin, je veux dire...
03:26Voilà, quoi.
03:29Évidemment, quand vous acceptez...
03:31Alors, si vous acceptez de nommer ce gars-là
03:34à défavoriser et de le penser comme quelqu'un
03:37dont il n'a pas eu de chance,
03:41alors le pouvoir accepte de vous donner de l'argent public
03:43sous forme de subvention pour travailler avec lui.
03:48Alors, vous pouvez refuser l'argent,
03:49c'est pas...
03:50Vous pouvez continuer de l'appeler un exploité.
03:53Vous pouvez dire au maire,
03:54monsieur le maire,
03:55je vous avais occupé des exploités du quartier.
03:57Bon, on verra combien vous avez,
03:59je suis bon sûr, voilà.
04:01Mais donc, voilà.
04:03Donc, ça, c'était mon métier.
04:05Nous avons presque tous perdu le sens de ce qu'est le salaire.
04:09C'est-à-dire, nous en sommes...
04:10Ils ont réussi à nous faire croire que le salaire,
04:12c'est le prix de notre travail,
04:14c'est ce qu'on nous donne en échange de notre travail.
04:16Si je vous demande ce qu'est le salaire,
04:17et si vous avez autre chose à faire le soir
04:18que de lire des romans de Sciences Éco,
04:20OK ?
04:21Si je vous dis c'est quoi le salaire,
04:23vous allez me dire,
04:24le salaire, c'est l'argent qu'on me donne
04:26en échange de mon travail.
04:27Mais pas du tout.
04:28Ça, c'est la moitié du salaire.
04:30C'est ce qu'on appelle le salaire direct.
04:33D'accord ?
04:33Au 19e siècle, le patronat ne nous donnait que ça.
04:36Et il voudrait ne nous redonner que ça.
04:39Mais qu'est-ce que vous faites ?
04:42Exactement, quasiment la même somme.
04:44Qu'est-ce que vous faites du salaire ?
04:45Qu'est-ce que vous faites de l'argent qu'on donne à d'autres
04:47que vous en échange de votre travail ?
04:49Qu'est-ce que vous faites des cotisations patronales ?
04:52Que Sarkozy appelle les charges.
04:59Les charges.
05:00Ah !
05:06La totalité des hôpitaux en France,
05:08la totalité du personnel hospitalier
05:10est payée et prise sur les cotisations patronales,
05:13la cotisation maladie.
05:14Qu'est-ce que vous faites de l'assurance maladie,
05:16l'assurance chômage, l'assurance vieillesse,
05:17c'est-à-dire du salaire qui est maintenu
05:19pour des gens qui ne travaillent plus,
05:21soit parce qu'ils sont vieux, soit parce qu'ils sont malades,
05:22soit parce qu'ils sont en chômage.
05:23D'accord ?
05:25Et donc, ici je peux le dire
05:27parce que je suis plutôt lâche comme mec
05:29et là je suis loin,
05:30donc il faut être con
05:31comme un marin pêcheur du Guilvinec
05:36pour applaudir
05:38quand Sarkozy déboule
05:39et leur enlève des charges sociales.
05:40Les mecs croient que c'est une victoire.
05:42Si, vous vous rappelez de ça ?
05:44Il venait d'être élu,
05:45mais c'était une mise,
05:46c'était orchestré ce truc.
05:47Il venait d'être élu.
05:49Les marins pêcheurs,
05:50le prix du fioul augmente,
05:52il ne gagne plus rien.
05:53Que fait Sarko ?
05:55Est-ce qu'il dit à Total
05:56je baisse le prix du fioul,
05:57vos actionnaires gagneront moins d'argent ?
05:59Pas du tout.
06:00Il arrive en sauveur au Guilvinec
06:02et il dit
06:03je vous ai entendu,
06:04j'enlève les charges sociales.
06:07Et les mecs sont là
06:08on a gagné,
06:10l'hôpital on peut l'enlever.
06:13Dans l'année qui suit
06:14on dégage l'hôpital de Carré.
06:16D'accord ?
06:16Je veux dire
06:17les maladies peuvent crever.
06:20Je veux dire,
06:21se faire enlever des charges sociales
06:23c'est se faire enlever du salaire.
06:24C'est juste que
06:25comme ce n'est pas du salaire direct,
06:26on s'en fout,
06:27c'est du salaire de quelqu'un d'autre.
06:29C'est énorme !
06:30Sarkozy ne nous fait pas un cadeau
06:31quand il en a dit
06:32il rêve d'enlever des charges sociales !
06:34La première occasion
06:35dès que ça pète quelque part
06:36il arrive et il dit
06:37je supprime les cotisations patronales
06:39et puis après il dit
06:39attendez,
06:40le service public
06:40moi je ne peux pas l'inventer le pognon.
06:42Il a dit cette phrase
06:42il a dit
06:42il n'y a pas d'argent dans la caisse
06:43je ne peux pas l'inventer.
06:46Et donc
06:46ils vont nous faire racheter
06:48ça c'est le coup des retraites
06:49donc je ne le fais pas ce soir
06:50ils vont nous faire racheter
06:52nos retraites
06:53c'est-à-dire
06:53ils vont nous faire racheter
06:54notre salaire indirect
06:55avec notre salaire direct
06:56vous allez dire
06:57oh putain ils sont forts
06:58non on est cons !
07:03Mesdames et messieurs
07:04quel est selon vous
07:06le mot
07:07number one
07:08du capitalisme contemporain
07:11tel que le plus souvent cité
07:12dans 90 ouvrages de management
07:14de l'année 1999 ?
07:18Challenge
07:20équilibre
07:22équipe pardon
07:25Mesdames et messieurs
07:26je vous présente
07:27notre ennemi
07:28à tous
07:30attention
07:31je vais faire des malheureux
07:38et oui
07:39parce qu'autant on peut mobiliser
07:40un collectif de travailleurs
07:41contre une hiérarchie
07:42autant aller faire chier
07:43des gars qui ont un projet
07:43c'est vraiment pas sympa
07:47il se trouve que c'est le même projet
07:48que celui du patron
07:49tant mieux
07:49ça prouve qu'il y a du lien social
07:50dans l'entreprise
07:55Mesdames et messieurs
07:56cette espèce de saleté
07:59est tellement positive
08:01tellement positive
08:03qu'il a envahi
08:04notre façon de penser
08:06à un point
08:06que nous ne pourrions
08:07probablement plus penser
08:09en dehors de cette catégorie
08:10là aujourd'hui
08:11en 20 ans à peine
08:12en une génération
08:13ce mot qui était
08:14à peu près inexistant
08:15du discours public
08:16est devenu le mot
08:18numéro un du capitalisme
08:19nous pensons que des jeunes
08:20doivent faire des projets
08:22nous disons de certains jeunes
08:23ils n'ont pas de projet
08:25nous pensons que les vieux
08:26doivent faire des projets
08:27les pauvres doivent faire des projets
08:29parfois leur aide sociale
08:32est conditionnée à un projet
08:33nous pensons que
08:34les gens qui ont le plus de mal
08:36à se projeter dans l'avenir
08:37doivent faire des projets
08:38les seuls à qui on ne demande pas
08:39de projet sont les riches
08:40vous avez peut-être remarqué
08:43nous pensons que nous devons avoir
08:44un projet de vie
08:45manifestement vivre ne suffit plus
08:48il nous faut maintenant
08:50transformer notre vie
08:52en un processus productif
08:53permanent
08:55et il faut manifester
08:56notre désir de produire
08:58en ayant un projet de vie
08:59et donc
09:00cette espèce de saleté
09:03est un mot qui sent
09:04que nous nous en rendions compte
09:06transforme tout ce qui
09:08bouge en une marchandise
09:10selon la définition
09:13marxiste de la marchandise
09:14pour les trois qui restent
09:15dans la salle
09:17marchandise est un bien
09:17ou un service réalisé
09:18dans des conditions professionnelles
09:20qui testent sa pertinence
09:21sur un marché avec un bien
09:23ou un autre service équivalent
09:24et donc mesdames et messieurs
09:25quand il y a une vingtaine d'années
09:27un éducateur
09:29travaillait avec des jeunes
09:30il travaillait dans le moyen
09:30voire le long terme
09:31il travaillait sur 8 ans
09:32sur 9 ans
09:33sur 10 ans
09:34pour changer les mentalités
09:34aujourd'hui il monte un projet
09:36avec des jeunes
09:37ce projet va durer un an
09:38ce projet a un début
09:39mais surtout il a une fin
09:41ce projet n'est pas fini
09:42qu'on est déjà en train
09:43de préparer le projet suivant
09:45ce projet sera évalué positivement
09:47même s'il a complètement raté
09:49nous n'avons plus le droit à l'échec
09:50sans ce que nous n'avons pas la subvention
09:52quand on n'a plus le droit à l'échec
09:53c'est le fascisme
09:56ce projet va entrer en concurrence
09:57avec tout un tas d'autres projets
09:59sur le marché de la subvention
10:01je pense que ce mot
10:03veut dire en réalité produit
10:05et que ce truc là
10:07transforme ce qui jusqu'à maintenant
10:08n'était pas une marchandise
10:09de l'amour, de la santé
10:10de la culture, de l'éducation
10:12transforme ça en marchandise
10:13et donc le fruit est mûr
10:15pour être cueilli par le privé
10:16mesdames et messieurs
10:17il va falloir se débarrasser
10:18de ce truc là
10:20mais ça ne va pas être facile
10:22parce qu'il va falloir le faire
10:24il va falloir le faire
10:27il va falloir le faire ensemble
10:30vous comprenez bien
10:31vous êtes tout seul
10:31vous n'avez aucune chance
10:32alors moi je vous suggère
10:34je vous suggère
10:35que vous tous ici
10:36sur je ne sais pas
10:38moi dans le dixième arrondissement
10:39vous fassiez savoir
10:40au pouvoir financeur
10:42que plus jamais
10:43vous ne déposerez de projet
10:45mais que vous voulez quand même l'argent
10:48et que vous êtes prêt
10:50à expliquer pourquoi
10:51et que vous en avez marre
10:52de faire la démonstration
10:54de votre utilité sociale
10:55tous les ans
10:56ça suffit
10:56d'accord
10:57etc etc
10:58et
11:30...
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