00:49Aujourd'hui, quand on dit pétrole, tout le monde va penser pris à la pompe.
00:52C'est en général la conséquence qui arrive en premier.
00:56Mais en fait, le pétrole et le gaz sont partout dans nos vies
00:58et ils sont aussi dans le système de soins.
01:01Une étude du Chiffre Project qu'on a fait il y a quelques années
01:04rappelait que le système de soins est à l'origine de 8%
01:07des émissions de gaz à effet de serre
01:09qui permettent aux Français de vivre comme ils vivent,
01:11de notre empreinte carbone.
01:128% c'est quand même beaucoup.
01:14Alors d'où elles viennent ces émissions ?
01:15Elles viennent du chauffage de l'hôpital évidemment,
01:17elles viennent des déplacements, des pompiers, des visiteurs,
01:19du personnel de soins,
01:20mais elles viennent aussi de la fabrication de tout ce qu'on va trouver à l'hôpital,
01:24les seringues, les escalpels,
01:25les appareils à prendre l'attention, etc.
01:27et de la fabrication des médicaments qu'on administre à l'hôpital
01:30car une partie des gens qui y rentrent ne sont pas en très bonne santé
01:33et donc on leur donne des médicaments.
01:35Et tout ça dépend du pétrole et du gaz.
01:38Tous les dispositifs qui sont en plastique viennent du pétrole,
01:41une bonne partie de la matière première pour faire les médicaments c'est du pétrole,
01:44les poches à sang, les champs opératoires, les textiles synthétiques, etc.
01:48Tout ça c'est du pétrole et du gaz.
01:50Donc il y a une dépendance du système de soins aux hydrocarbures aussi.
01:54Alors à très court terme, la fermeture du détroit d'Hormuz n'empêche pas les opérations du genou.
01:59Mais par contre, si on se place dans une perspective plus lointaine,
02:04au chiffre project on a montré par exemple que la quantité de pétrole qui rentre en Europe d'ici à
02:082050
02:08pourrait être divisée par n'importe quoi entre 2 et 10.
02:12on va avoir aussi un sujet pour faire fonctionner l'hôpital,
02:16conserver un système de soins qui fonctionne alors même que nous aurons beaucoup moins de pétrole et de gaz.
02:20Alors on comprend qu'il faut changer les choses justement.
02:24Est-ce qu'on peut transformer notre système, l'hôpital, en France,
02:28si les gens qui y travaillent ne sont pas motivés pour ?
02:30C'est assez difficile en général dans une organisation humaine
02:33de faire en sorte qu'on change tout avec les gens qui traînent les pieds.
02:37Et pour savoir justement s'ils sont motivés ou pas,
02:39au chiffre project on a lancé depuis quelques semaines
02:41une grande consultation des professionnels de la santé
02:43qui s'adresse aux médecins, alors hospitaliers ou pas,
02:46aux infirmiers, infirmières, pareil hospitaliers ou pas,
02:49et aux pharmaciens.
02:51Et ce qu'on leur demande,
02:52ce n'est pas de nous dire qu'ils sont d'accord pour faire ceci ou cela,
02:55on leur demande de nous dire où ils se tiennent.
02:57C'est-à-dire qu'est-ce qu'ils pensent de ce sujet-là ?
03:00Est-ce qu'ils pensent qu'ils doivent jouer un rôle
03:02ou que ce n'est pas leur rôle de faire ça ?
03:04Est-ce qu'ils pensent qu'ils peuvent faire quelque chose ?
03:05Est-ce qu'ils ont envie de faire quelque chose ?
03:08Et c'est un questionnaire qui est librement accessible
03:11à partir du site du chiffre project.
03:12Aujourd'hui on est un peu faible sur les réponses des infirmiers.
03:15Donc il y a un très bon taux de participation des médecins.
03:18Mais par contre du côté de la profession infirmière,
03:21là on manque de réponses.
03:22Donc si vous avez une personne dans votre famille
03:24qui fait ce noble métier,
03:26et ce n'est pas complètement exclu
03:27parce qu'il y en a quand même quasiment un demi-million dans ce pays,
03:29des infirmiers et des infirmières,
03:31et bien on serait ravis d'avoir leur avis.
03:33Ça prend 10 à 15 minutes
03:34et ça nous serait extrêmement précieux.
03:36On avait déjà fait ça avec les élus et les agriculteurs
03:39et à chaque fois ça a donné des résultats extrêmement intéressants
03:42parce qu'on réalise des choses
03:43qu'on ne réalisait pas nécessairement avant.
03:45La société moderne était basée sur un ensemble de flux physiques,
03:49du transport, de la transformation, de la conversion, etc.
03:53Tous les objets qui sont présents dans cette pièce,
03:55en fait c'est des ressources naturelles transformées.
03:56Donc il y a eu des flux physiques de transformation
03:58et de transport pour leur permettre d'être dans cette pièce
04:00à partir de ressources naturelles.
04:02Donc le système économique est un vaste système de transformation
04:04basé sur des flux physiques.
04:06Il se trouve que les flux physiques ont une mesure pour les compter,
04:08c'est l'énergie.
04:09Donc à partir du moment où on a une grille de lecture énergétique
04:12de ce qui se passe dans le monde,
04:13on comprend un certain nombre de choses
04:15et on comprend les tendances lourdes qui sont à l'œuvre.
04:19On n'a pas besoin d'être un génie.
04:21Tendances lourdes, c'est-à-dire factures, prix d'électricité, prix de pain,
04:24c'est-à-dire augmentation des pouvoirs d'achat,
04:26apparition du temps libre, urbanisation,
04:28modification de la structure des métiers,
04:30importance de ceci ou cela.
04:31Je vais prendre un exemple.
04:32Le camion.
04:33Qui parle des camions ?
04:34On ne parle pas souvent des camions.
04:36Si, nous on adore.
04:37On est resté des grands enfants.
04:38Bon alors je ne regarde pas ces thinkerviews.
04:40Mais sinon, on parle...
04:42Comment ça ? Qu'est-ce que c'est que cette histoire ?
04:43On parle quand même beaucoup plus souvent des voitures que des camions.
04:46Or, en attendant, le camion est considérablement plus indispensable
04:49à la vie moderne que la voiture.
04:52Parce que nous, on a des jambes.
04:53Donc si demain matin, il n'y a plus de voiture en France...
04:55Enfin allez, supposons que demain matin,
04:57on garde un quart de nos voitures.
04:59Bon.
05:00Tout le monde va râler.
05:01On se lèvera deux heures plus tôt pour aller au boulot.
05:03On prendra un vélo, la voiture du voisin,
05:05un bus, un vélo, puis un bus, puis un train.
05:06J'en sais rien.
05:07Enfin bon, on finira par se démerder.
05:09Mais le système flottera encore pour une bonne partie des gens.
05:12Si demain matin, je supprime les trois quarts des camions dans ce pays,
05:15on meurt de faim dans un certain nombre d'endroits.
05:17Enfin je veux dire, c'est le globule rouge de l'économie, le camion aujourd'hui.
05:21Qui est simplement conscient de ça ?
05:24Les syndicats de routiers.
05:26Un peu.
05:27Mais ce que je veux dire, c'est qu'une partie du pétrole qu'on importe aujourd'hui sert à
05:31ça.
05:33Donc fondamentalement, plus de camions et plus de bateaux,
05:35plus de mondialisation, plus d'économie, plus de transport de marchandises.
05:39Et le pétrole sert à ça.
05:41Les engrais, c'est pareil.
05:42Les engrais ont permis d'augmenter les rendements céréaliers par un facteur 3 à 5.
05:46Et c'est ça qui permet aujourd'hui de nourrir les gens pour pas cher.
05:48Car on mange pour pas cher, il faut le rappeler.
05:51Comparé à ce que c'était il y a un siècle ou deux.
05:54Et ça, c'est du gaz.
05:56Donc en fait, les hydrocarbures ont vraiment fondamentalement changé la façon dont on vit.
06:00Même le charbon.
06:02L'acier, c'est du charbon.
06:03Et l'acier est un des piliers de la civilisation moderne.
06:06On en fait 2 milliards de tonnes par an.
06:08C'est-à-dire 250 kilos par terrien et par an.
06:10Ça fait quand même beaucoup.
06:12Trois fois notre poids d'acier à chacun.
06:14Pour faire les infrastructures, les bâtiments, les moyens de transport sur terre, sur mer, etc.
06:20Sans acier, c'est pareil.
06:22La civilisation moderne ne serait absolument pas ce qu'elle est.
06:25Donc il y a une dépendance aux matières, aux ressources et à l'énergie
06:29qui est assez facile à expliquer dès qu'on prend le temps.
06:32Mais qui est totalement masquée dans le monde moderne par la convention qui s'appelle l'argent.
06:38Argent, politique, pas comprendre.
06:40L'argent.
06:41Déjà l'argent.
06:42Donc aujourd'hui, on est dans une civilisation d'urbain.
06:45C'est-à-dire couper des flux physiques qui nous permettent d'être nourris, habillés, etc.
06:48Tout ça se passe loin.
06:50On ne voit pas les mines sous notre nez.
06:51On ne voit pas les champs sous notre nez.
06:53On ne voit pas les usines sous notre nez.
06:54Tout ça sort du supermarché.
06:57Ou maintenant sort du livreur qui vient poser ça sur le pas de la porte ou au point relais.
07:03Et on ne comprend pas la dépendance de la civilisation moderne à tous ces flux physiques
07:07qui prennent part partout et qui sont essentiellement assis sur des énergies fossiles.
07:12Et une fois qu'on a compris ça,
07:14ce qui est encore une fois pas très compliqué à comprendre dès qu'on regarde,
07:16mais moi j'ai mis du temps.
07:17Parce qu'on ne m'a pas mis ça sous le nez spontanément.
07:20C'est un peu par hasard que j'ai découvert tout ça.
07:22À Polytechnique, vous n'avez jamais appris ça ?
07:24Non, à Polytechnique, on ne fait pas ça.
07:26À Polytechnique, on nous a appris des trucs extrêmement sophistiqués
07:29dont je ne me suis jamais servi ensuite.
07:32La thermodynamique un minimum quand même.
07:34Non, la thermodynamique, ça n'en prit pas.
07:35C'est avant la thermodynamique.
07:37Non, non.
07:39Je ne sais pas, Alix, qu'on a vu l'équation de Schrödinger.
07:41Enfin, l'équation de Schrödinger, c'est très joli pour encadrer sur son mur.
07:44Mais à part ça, les gens qui s'en servent au quotidien,
07:47il n'y en a quand même pas beaucoup.
07:48Et aujourd'hui, je vais rarement au-delà de la règle de 3 dans ce que je fais.
07:53Mais donc, la compréhension de cette réalité physique,
07:58en fait, elle amène une grille de lecture.
08:00Une fois qu'on y a goûté, c'est très, très difficile d'en ressortir.
08:03Je connais très peu de gens qui disent,
08:04« Ah, ça y est, j'ai compris. »
08:05Puis maintenant, je vais faire comme si je n'avais plus compris.
08:34Sous-titrage Société Radio-Canada
08:39Sous-titrage Société Radio-Canada
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