00:05Il y a un certain nombre de clichés qui circulent sur les récits.
00:09Je me prends en permanence ça dans les dents par des gens qui n'ont absolument pas travaillé sur la
00:13question, eux,
00:14et qui disent naturellement, spontanément, « Ah, mais il faut que ce soit positif, il faut générer de l'espoir,
00:19et il ne faut surtout pas faire peur. »
00:22Ça bloque les gens, la peur.
00:25Bon, je vais vous expliquer.
00:27Pour qu'un récit soit véritablement motivant, stimulant, mobilisateur,
00:31il ne faut pas qu'il soit nécessairement positif, il faut qu'il soit inspirant.
00:34Et on peut inspirer avec bien d'autres choses que le positif.
00:38Surtout aujourd'hui, dans le monde dans lequel on est, où il y a énormément de colère,
00:41on peut motiver et rassembler de façon constructive par la colère, par l'indignation,
00:50et pourquoi pas par le grand, le beau, le noble, pas forcément le positif.
00:54Deuxièmement, l'espoir.
00:55Ah oui, il faut de l'espoir, mais de l'espoir lucide, s'il vous plaît.
00:58Si vous donnez de l'espoir aux gens, si vous travaillez sur le désir,
01:02vous allez mobiliser beaucoup plus de personnes, M. Keller.
01:05Oui, c'est vrai, mais mal.
01:09On mobilise des gens, mais pour des petites choses,
01:12pour un petit projet sympathique,
01:14pour mettre un bac avec des courgettes devant chez eux,
01:16ça, d'accord, pour supprimer les touillettes.
01:21Mais nous avons besoin aujourd'hui de remises en question rapides et fondamentales,
01:26à titre personnel, à titre collectif, à titre des organisations, à titre sociétal.
01:31Des remises en question fondamentales, pénibles, difficiles,
01:36qui vont demander des sacrifices et même des renoncements.
01:41Il faut qu'on puisse choisir ce qu'on veut garder, ce qui doit croître,
01:44même, des choses qualitatives, qui amènent du sens,
01:47des régénératives, etc.
01:48Et puis, il faut faire décroître,
01:50ou en tout cas, encadrer sévèrement beaucoup d'autres choses.
01:52Il y a des choses qui doivent arrêter, qui doivent stopper.
01:54Comment on fait ?
01:56Comment on fait ?
01:57On ne sait même pas stopper les choses.
02:00On ne sait plus, mais il va falloir le faire.
02:02On ne le fera pas par le désir.
02:05On le fera uniquement par la peur.
02:08Parce qu'on ressent viscéralement qu'on n'a plus le choix.
02:12La peur, pour la remise en question dont on a besoin,
02:14elle est indispensable.
02:15Ce n'est pas moi qui le dis, il y a des études là-dessus.
02:17Si vous voulez, ensuite, vous pourrez aller voir,
02:18« Appealing to fear », une méta-analyse parue en 2015,
02:21qui a fait la synthèse de tous les articles écrits jusqu'à ce point-là,
02:25127, sur « Est-ce que la peur est un bon mobilisateur ? »
02:28« Est-ce que ça braque les gens ? »
02:29La conclusion, elle est très claire.
02:30Ça ne braque jamais les gens, ça mobilise toujours.
02:33Donc les gens qui disent par principe,
02:35« Mais non, mais la peur, ça bloque les gens. »
02:37Soit ils n'ont rien compris, soit ils ont tout à fait compris
02:39et ce qu'ils veulent, c'est maintenir le système.
02:41De toute façon, d'une manière ou d'une autre,
02:42ils sont des alliés du système.
02:44Il faut une remise en question de ce système.
02:46Impérativement, c'est vital.
02:48Et pour ça, il faut de la peur.
02:49Par contre, est-ce que la peur suffit ?
02:52Ben non.
02:54Si on fait peur aux gens, ils se braquent.
02:56Ils se replient, je voulais dire.
02:59Comme je le disais avant.
02:59Donc il faut à la fois utiliser ce levier,
03:02ne pas avoir peur de faire peur,
03:03mais à la fois les inspirer,
03:06les « empower », comme on dit en anglais,
03:08les encapacités, leur donner des clés,
03:10des exemples inspirants.
03:12On y vient.
03:13Donc l'électrochoc est absolument nécessaire,
03:16mais au-delà de ça,
03:17on va parler de comment on construit,
03:19de la résilience.
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