00:00Les coûts cachés du système agroalimentaire français, et c'est absolument monstrueux,
00:04c'est-à-dire ce qu'ils montrent, donc ensemble du système agroalimentaire.
00:08Ils montrent petit teint que les soutiens publics à ce système coûtent 48 milliards d'euros,
00:14truc monstrueux, mais qu'en plus ce système il a des coûts sociaux et des coûts environnementaux
00:20qui sont compensés en partie, et cette compensation partielle elle coûte 19 milliards.
00:27Donc on a un système qui produit des effets négatifs en grande quantité et qui nous coûte un fric absolument
00:34fou.
00:41Il me semble qu'il faut montrer pourquoi ce changement est désirable pour tout le monde, pour toutes les personnes.
00:48Parce que les gens ont peur. Ils ont peur, par exemple pour le bio, de payer des produits trop chers,
00:55qu'on les empêche de prendre leur voiture, qu'on les empêche de se déplacer,
00:58qu'on les empêche de construire des nouveaux bâtiments, c'est le ZAN,
01:04qu'on les empêche de tout faire.
01:07Et donc je pense qu'il ne faut pas qu'on joue sur ces peurs,
01:11et qu'il faut qu'on arrive à montrer, d'une part, qu'on joue sur deux plans,
01:17d'une part les coûts de l'inaction.
01:19Nicolas Stern, si on continue comme ça, ça va quand même nous coûter plus cher.
01:23Et je pense à un autre type de recherche et de travaux,
01:28sur le système, montrer les coûts cachés de quelque chose.
01:33Par exemple, les coûts de notre système agroalimentaire.
01:37Dans une de mes récentes chroniques, j'ai rendu compte de ce travail
01:40que je trouve vraiment très intéressant, d'un bureau d'études qui s'appelle le BASIC,
01:43et qui a calculé les coûts cachés du système agroalimentaire français.
01:47Et c'est absolument monstrueux.
01:50C'est-à-dire ce qu'ils montrent, donc ensemble du système agroalimentaire,
01:53ils montrent petit un que les soutiens publics à ce système coûtent 48 milliards d'euros,
01:59truc monstrueux,
02:01mais qu'en plus, ce système, il a des coûts sociaux et des coûts environnementaux
02:06qui sont compensés en partie,
02:08et cette compensation partielle, elle coûte 19 milliards.
02:12Donc on a un système qui produit des effets négatifs en grande quantité
02:17et qui nous coûte un fric absolument fou.
02:20Et donc montrer comment on pourrait utiliser mieux toutes ces sommes.
02:26Et utiliser mieux, pour une agriculture qui serait sans pesticides,
02:30alors que là on s'empoisonne de façon absolument catastrophique,
02:34sans doute moins mécanisée,
02:36et c'est pour ça que parmi,
02:38quand je dis qu'il faut montrer le côté désirable,
02:40ça serait quoi ce côté désirable ?
02:42C'est une meilleure santé,
02:44un système qui nous permettrait de rester en meilleure santé
02:48et pas d'attraper tous les cancers qu'on est en train d'attraper
02:51avec les pifaces, avec les pesticides, etc.
02:53Deuxièmement, une meilleure alimentation, de meilleure qualité.
02:57Troisièmement, sans doute une création d'emplois.
02:59Pourquoi ? Parce que cette reconversion écologique,
03:02il me semble que si elle est bien faite,
03:04elle peut être créatrice d'emplois.
03:06Pourquoi ? Parce que les secteurs qu'on va devoir fermer
03:08sont moins intensifs en main-d'oeuvre
03:10que les secteurs qu'on va devoir ouvrir, déployer.
03:13Et il me semble que globalement,
03:15on aura besoin de plus de travail humain,
03:19rénovation thermique des bâtiments,
03:21agriculture, agroécologie, permaculture, etc.
03:25On aura besoin de plus de travail humain,
03:27et alors, toute l'astuce,
03:30ça sera de bien répartir ce travail humain
03:33sur l'ensemble de la population active.
03:35Et puis, je pense aussi qu'on peut changer le travail,
03:38désintensifier le travail.
03:39C'est une vieille idée de l'économiste Jean Gadret,
03:41avec lequel j'ai beaucoup travaillé.
03:44On sait qu'aujourd'hui, un des problèmes dans le travail,
03:47c'est son intensification.
03:48On bosse comme des fous,
03:50on doit produire toujours plus,
03:51toujours moins de temps.
03:53Performance, performance, productivité.
03:55Et d'ailleurs, cette productivité,
03:58si vous relisez les 30 glorieuses de Fourastier,
04:00donc publiée en 1979,
04:02alors Fourastier, il est émerveillé par ces 30 glorieuses,
04:05il dit, c'est lui qui dit,
04:07ne doit-on pas appeler cette période glorieuse,
04:10tellement on a fait de progrès.
04:12Mais lui, il reconnaît tout à fait
04:14que ce progrès exceptionnel
04:17vient du progrès de la productivité,
04:19produire toujours plus dans toujours moins de temps,
04:21et vient de la domination sur la nature.
04:23Donc, la bouclée est en quelque sorte bouclée.
04:27Donc, tout ça nous permettrait sans doute
04:28de moins détruire la nature
04:30et de désintensifier le travail.
04:32Donc, ça fait quand même beaucoup d'avantages.
04:34Meilleure santé, meilleure alimentation,
04:36plus d'emplois, un meilleur travail.
04:38Donc, je pense que notre défi,
04:42c'est de parvenir à montrer à chacun
04:46le caractère désirable de cette transition.
04:48Et puis, je termine sur les indicateurs,
04:50puisque c'était un petit peu notre...
04:55une des dimensions de notre travail.
04:57Avec mes collègues, j'ai beaucoup travaillé sur ces questions
04:59avec Florence-Jeanne-Catrice et Jean Gadret.
05:03On avait en effet commencé, vous l'avez rappelé,
05:05par une critique du produit intérieur brut.
05:07Normalement, cette critique, elle est bien connue
05:09de tous les étudiants de Terminal.
05:11Et ce qui est complètement extraordinaire,
05:12c'est qu'on apprend ça en économie,
05:14mais après, il ne se passe rien.
05:15C'est-à-dire, on vous apprend que le PIB,
05:17c'est un mauvais indicateur,
05:18qu'il compte en plus tout,
05:22du moment qu'il y a un équivalent monétaire,
05:26mais qu'il compte pour zéro des activités
05:29qui sont absolument essentielles
05:30pour la reproduction de la société,
05:32c'est-à-dire tout ce qui est les activités domestiques,
05:35familiales, bénévoles, de loisirs, citoyennes, politiques, etc.
05:39Zéro.
05:40Et puis, c'est un plan.
05:43Il n'a pas de profondeur.
05:44C'est un compte de flux et pas de stock.
05:47Et donc, on ne regarde pas,
05:48quand on a la somme des valeurs ajoutées, à côté,
05:51on ne regarde pas la manière dont les patrimoines
05:53qu'on utilise pour produire ces valeurs ajoutées
05:57sont plus ou moins abîmés, détruits, voire améliorés.
06:01Le patrimoine naturel, d'une part,
06:03et la cohésion sociale,
06:05qu'on pourrait appeler patrimoine social, d'autre part.
06:08Donc, notre idée, à l'époque,
06:10on a commencé à travailler là-dessus
06:11à la fin des années 90,
06:12c'était de dire, attendez,
06:14bon, on ne veut pas nécessairement jeter le PIB à la poubelle,
06:16il est très utile,
06:17mais on voudrait compléter,
06:19on voudrait produire des indicateurs alternatifs
06:23aux produits intérieurs bruts,
06:24qui viennent compléter notre vision de la société.
06:27Et donc, notre idée, c'était vraiment
06:28de braquer le projecteur sur les patrimoines
06:31auxquels nous tenons.
06:33Et une deuxième idée à laquelle on était très attachés,
06:36c'était de faire ces nouveaux comptes,
06:39donc savoir ce qui compte vraiment,
06:42avec les citoyens,
06:44c'est-à-dire pas, nous les savants,
06:46lâcher sur les gens de nouveaux indicateurs,
06:49comme ça a été fait un peu avec la commission
06:50Saint-Siglitz-Fittussi en 2008.
06:53Je vous rappelle qu'en 2008,
06:54Nicolas Sarkozy décide de mettre en place
06:56une commission internationale,
06:58avec plein de Nobel dedans,
06:59pour réfléchir sur les limites du PIB.
07:02Alors nous, qui travaillions là-dessus depuis longtemps,
07:04on se dit, mais pourquoi Sarkozy fait ça ?
07:07C'est invraisemblable,
07:08il n'en a jamais parlé,
07:09ce n'est pas son truc.
07:11J'ai un étudiant qui a fait une thèse
07:12de 1000 pages sur cette question,
07:14pourquoi est-ce que Nicolas Sarkozy
07:16a un jour sorti cette idée ?
07:23Et donc, cette commission se réunie,
07:25elle travaille pendant un an,
07:27la montagne est un peu accouchée d'une souris,
07:28c'est-à-dire, ils ont failli proposer
07:30un nouvel indicateur,
07:31qui s'appelle, conçu par la Banque mondiale,
07:36qui s'appelle l'épargne nette ajustée,
07:38et je crois qu'on a été un peu,
07:40on avait créé, nous, avec Florent-Jani Catrice,
07:42Jean Cadret, etc.,
07:44un petit réseau qui s'appelait
07:45le Forum pour d'autres indicateurs de richesse,
07:47qui était censé porter la contradiction
07:49à cette commission,
07:51ou du moins lui apporter
07:52un certain nombre d'autres éclairages.
07:54Et donc, ils ont fait un rapport intermédiaire
07:56dans lequel ils mettaient en avant cet indicateur.
07:58l'épargne nette ajustée.
08:00Et qu'est-ce que c'est cet indicateur ?
08:01Ça consiste à monétariser
08:03le capital naturel.
08:06Ça n'est pas mon expression,
08:07c'est leur expression.
08:08Le capital naturel,
08:09le capital économique
08:10et le capital humain,
08:11vous monétarisez tout ça,
08:13vous secouez bien,
08:14et vous regardez ce qui sort.
08:16Et si c'est du plus qui sort,
08:17c'est super,
08:18vous avez progressé.
08:19Et vous voyez bien
08:20qu'il y a un double problème dans ce truc,
08:22c'est que, un,
08:23vous monétarisez tout,
08:24qu'est-ce que ça veut dire
08:25de monétariser le capital naturel ?
08:27Et deux,
08:28c'est fongible.
08:30Et donc,
08:30philosophiquement,
08:31qu'est-ce que ça veut dire derrière ?
08:32Ça veut dire que vous pouvez vous payer
08:34la dégradation du patrimoine naturel
08:37par votre intelligence
08:38et par le progrès technologique,
08:40c'est-à-dire,
08:41vous augmentez votre capital humain,
08:43vous devenez toujours plus intelligent,
08:44c'est le génie humain,
08:45vous produisez des technologies
08:46qui vont vous permettre
08:49finalement d'être complètement indifférent
08:51à la dégradation du capital naturel
08:53et finalement,
08:54de construire un monde artificiel
08:56qui vous donnera
08:57les mêmes doses de satisfaction,
08:59puisque c'est ça
08:59qu'aiment les économistes,
09:00c'est les doses d'utilité
09:02ou de satisfaction,
09:03qui vous donnera
09:03les mêmes doses de satisfaction
09:05que le vrai monde.
09:07Et donc,
09:07tout ça est complètement hors sol.
09:37quoi.
Commentaires