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Dominique Méda, sociologue et philosophe renommée, analyse l'obsolescence du PIB face à l'urgence écologique. Ancienne élève de l'ENS et de l'ENA, elle dirige aujourd'hui l'Institut de recherche interdisciplinaire en sciences sociales.
Dans cette intervention à l'Académie du Climat, elle déconstruit l'absurdité d'un système qui privilégie la productivité au détriment de la santé et du capital naturel. Elle propose des indicateurs alternatifs pour rendre la transition désirable et redonner du sens au travail humain sans détruire notre environnement.
Un plaidoyer lucide pour changer radicalement notre vision de la richesse.

#Méda #Économie #Écologie #PIB #Transition

Vidéo complète disponible ici : https://www.youtube.com/watch?v=cs8VrlKdL00
Pour s’abonner : https://www.youtube.com/@academieduclimat
Musique: https://youtu.be/RNsyw2tfPnk
Montage: lakl42

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Réponses au quiz de fin :
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Quel chercheur a théorisé l’impact financier de l’inaction ? ➡ Nicolas Stern.

Quel montant d'aides publiques reçoit l'agroalimentaire français ? ➡ 48 milliards d'euros.

Quel président a missionné des prix Nobel sur le PIB en 2008 ? ➡ Nicolas Sarkozy.

Catégorie

📚
Éducation
Transcription
00:00Les coûts cachés du système agroalimentaire français, et c'est absolument monstrueux,
00:04c'est-à-dire ce qu'ils montrent, donc ensemble du système agroalimentaire.
00:08Ils montrent petit teint que les soutiens publics à ce système coûtent 48 milliards d'euros,
00:14truc monstrueux, mais qu'en plus ce système il a des coûts sociaux et des coûts environnementaux
00:20qui sont compensés en partie, et cette compensation partielle elle coûte 19 milliards.
00:27Donc on a un système qui produit des effets négatifs en grande quantité et qui nous coûte un fric absolument
00:34fou.
00:41Il me semble qu'il faut montrer pourquoi ce changement est désirable pour tout le monde, pour toutes les personnes.
00:48Parce que les gens ont peur. Ils ont peur, par exemple pour le bio, de payer des produits trop chers,
00:55qu'on les empêche de prendre leur voiture, qu'on les empêche de se déplacer,
00:58qu'on les empêche de construire des nouveaux bâtiments, c'est le ZAN,
01:04qu'on les empêche de tout faire.
01:07Et donc je pense qu'il ne faut pas qu'on joue sur ces peurs,
01:11et qu'il faut qu'on arrive à montrer, d'une part, qu'on joue sur deux plans,
01:17d'une part les coûts de l'inaction.
01:19Nicolas Stern, si on continue comme ça, ça va quand même nous coûter plus cher.
01:23Et je pense à un autre type de recherche et de travaux,
01:28sur le système, montrer les coûts cachés de quelque chose.
01:33Par exemple, les coûts de notre système agroalimentaire.
01:37Dans une de mes récentes chroniques, j'ai rendu compte de ce travail
01:40que je trouve vraiment très intéressant, d'un bureau d'études qui s'appelle le BASIC,
01:43et qui a calculé les coûts cachés du système agroalimentaire français.
01:47Et c'est absolument monstrueux.
01:50C'est-à-dire ce qu'ils montrent, donc ensemble du système agroalimentaire,
01:53ils montrent petit un que les soutiens publics à ce système coûtent 48 milliards d'euros,
01:59truc monstrueux,
02:01mais qu'en plus, ce système, il a des coûts sociaux et des coûts environnementaux
02:06qui sont compensés en partie,
02:08et cette compensation partielle, elle coûte 19 milliards.
02:12Donc on a un système qui produit des effets négatifs en grande quantité
02:17et qui nous coûte un fric absolument fou.
02:20Et donc montrer comment on pourrait utiliser mieux toutes ces sommes.
02:26Et utiliser mieux, pour une agriculture qui serait sans pesticides,
02:30alors que là on s'empoisonne de façon absolument catastrophique,
02:34sans doute moins mécanisée,
02:36et c'est pour ça que parmi,
02:38quand je dis qu'il faut montrer le côté désirable,
02:40ça serait quoi ce côté désirable ?
02:42C'est une meilleure santé,
02:44un système qui nous permettrait de rester en meilleure santé
02:48et pas d'attraper tous les cancers qu'on est en train d'attraper
02:51avec les pifaces, avec les pesticides, etc.
02:53Deuxièmement, une meilleure alimentation, de meilleure qualité.
02:57Troisièmement, sans doute une création d'emplois.
02:59Pourquoi ? Parce que cette reconversion écologique,
03:02il me semble que si elle est bien faite,
03:04elle peut être créatrice d'emplois.
03:06Pourquoi ? Parce que les secteurs qu'on va devoir fermer
03:08sont moins intensifs en main-d'oeuvre
03:10que les secteurs qu'on va devoir ouvrir, déployer.
03:13Et il me semble que globalement,
03:15on aura besoin de plus de travail humain,
03:19rénovation thermique des bâtiments,
03:21agriculture, agroécologie, permaculture, etc.
03:25On aura besoin de plus de travail humain,
03:27et alors, toute l'astuce,
03:30ça sera de bien répartir ce travail humain
03:33sur l'ensemble de la population active.
03:35Et puis, je pense aussi qu'on peut changer le travail,
03:38désintensifier le travail.
03:39C'est une vieille idée de l'économiste Jean Gadret,
03:41avec lequel j'ai beaucoup travaillé.
03:44On sait qu'aujourd'hui, un des problèmes dans le travail,
03:47c'est son intensification.
03:48On bosse comme des fous,
03:50on doit produire toujours plus,
03:51toujours moins de temps.
03:53Performance, performance, productivité.
03:55Et d'ailleurs, cette productivité,
03:58si vous relisez les 30 glorieuses de Fourastier,
04:00donc publiée en 1979,
04:02alors Fourastier, il est émerveillé par ces 30 glorieuses,
04:05il dit, c'est lui qui dit,
04:07ne doit-on pas appeler cette période glorieuse,
04:10tellement on a fait de progrès.
04:12Mais lui, il reconnaît tout à fait
04:14que ce progrès exceptionnel
04:17vient du progrès de la productivité,
04:19produire toujours plus dans toujours moins de temps,
04:21et vient de la domination sur la nature.
04:23Donc, la bouclée est en quelque sorte bouclée.
04:27Donc, tout ça nous permettrait sans doute
04:28de moins détruire la nature
04:30et de désintensifier le travail.
04:32Donc, ça fait quand même beaucoup d'avantages.
04:34Meilleure santé, meilleure alimentation,
04:36plus d'emplois, un meilleur travail.
04:38Donc, je pense que notre défi,
04:42c'est de parvenir à montrer à chacun
04:46le caractère désirable de cette transition.
04:48Et puis, je termine sur les indicateurs,
04:50puisque c'était un petit peu notre...
04:55une des dimensions de notre travail.
04:57Avec mes collègues, j'ai beaucoup travaillé sur ces questions
04:59avec Florence-Jeanne-Catrice et Jean Gadret.
05:03On avait en effet commencé, vous l'avez rappelé,
05:05par une critique du produit intérieur brut.
05:07Normalement, cette critique, elle est bien connue
05:09de tous les étudiants de Terminal.
05:11Et ce qui est complètement extraordinaire,
05:12c'est qu'on apprend ça en économie,
05:14mais après, il ne se passe rien.
05:15C'est-à-dire, on vous apprend que le PIB,
05:17c'est un mauvais indicateur,
05:18qu'il compte en plus tout,
05:22du moment qu'il y a un équivalent monétaire,
05:26mais qu'il compte pour zéro des activités
05:29qui sont absolument essentielles
05:30pour la reproduction de la société,
05:32c'est-à-dire tout ce qui est les activités domestiques,
05:35familiales, bénévoles, de loisirs, citoyennes, politiques, etc.
05:39Zéro.
05:40Et puis, c'est un plan.
05:43Il n'a pas de profondeur.
05:44C'est un compte de flux et pas de stock.
05:47Et donc, on ne regarde pas,
05:48quand on a la somme des valeurs ajoutées, à côté,
05:51on ne regarde pas la manière dont les patrimoines
05:53qu'on utilise pour produire ces valeurs ajoutées
05:57sont plus ou moins abîmés, détruits, voire améliorés.
06:01Le patrimoine naturel, d'une part,
06:03et la cohésion sociale,
06:05qu'on pourrait appeler patrimoine social, d'autre part.
06:08Donc, notre idée, à l'époque,
06:10on a commencé à travailler là-dessus
06:11à la fin des années 90,
06:12c'était de dire, attendez,
06:14bon, on ne veut pas nécessairement jeter le PIB à la poubelle,
06:16il est très utile,
06:17mais on voudrait compléter,
06:19on voudrait produire des indicateurs alternatifs
06:23aux produits intérieurs bruts,
06:24qui viennent compléter notre vision de la société.
06:27Et donc, notre idée, c'était vraiment
06:28de braquer le projecteur sur les patrimoines
06:31auxquels nous tenons.
06:33Et une deuxième idée à laquelle on était très attachés,
06:36c'était de faire ces nouveaux comptes,
06:39donc savoir ce qui compte vraiment,
06:42avec les citoyens,
06:44c'est-à-dire pas, nous les savants,
06:46lâcher sur les gens de nouveaux indicateurs,
06:49comme ça a été fait un peu avec la commission
06:50Saint-Siglitz-Fittussi en 2008.
06:53Je vous rappelle qu'en 2008,
06:54Nicolas Sarkozy décide de mettre en place
06:56une commission internationale,
06:58avec plein de Nobel dedans,
06:59pour réfléchir sur les limites du PIB.
07:02Alors nous, qui travaillions là-dessus depuis longtemps,
07:04on se dit, mais pourquoi Sarkozy fait ça ?
07:07C'est invraisemblable,
07:08il n'en a jamais parlé,
07:09ce n'est pas son truc.
07:11J'ai un étudiant qui a fait une thèse
07:12de 1000 pages sur cette question,
07:14pourquoi est-ce que Nicolas Sarkozy
07:16a un jour sorti cette idée ?
07:23Et donc, cette commission se réunie,
07:25elle travaille pendant un an,
07:27la montagne est un peu accouchée d'une souris,
07:28c'est-à-dire, ils ont failli proposer
07:30un nouvel indicateur,
07:31qui s'appelle, conçu par la Banque mondiale,
07:36qui s'appelle l'épargne nette ajustée,
07:38et je crois qu'on a été un peu,
07:40on avait créé, nous, avec Florent-Jani Catrice,
07:42Jean Cadret, etc.,
07:44un petit réseau qui s'appelait
07:45le Forum pour d'autres indicateurs de richesse,
07:47qui était censé porter la contradiction
07:49à cette commission,
07:51ou du moins lui apporter
07:52un certain nombre d'autres éclairages.
07:54Et donc, ils ont fait un rapport intermédiaire
07:56dans lequel ils mettaient en avant cet indicateur.
07:58l'épargne nette ajustée.
08:00Et qu'est-ce que c'est cet indicateur ?
08:01Ça consiste à monétariser
08:03le capital naturel.
08:06Ça n'est pas mon expression,
08:07c'est leur expression.
08:08Le capital naturel,
08:09le capital économique
08:10et le capital humain,
08:11vous monétarisez tout ça,
08:13vous secouez bien,
08:14et vous regardez ce qui sort.
08:16Et si c'est du plus qui sort,
08:17c'est super,
08:18vous avez progressé.
08:19Et vous voyez bien
08:20qu'il y a un double problème dans ce truc,
08:22c'est que, un,
08:23vous monétarisez tout,
08:24qu'est-ce que ça veut dire
08:25de monétariser le capital naturel ?
08:27Et deux,
08:28c'est fongible.
08:30Et donc,
08:30philosophiquement,
08:31qu'est-ce que ça veut dire derrière ?
08:32Ça veut dire que vous pouvez vous payer
08:34la dégradation du patrimoine naturel
08:37par votre intelligence
08:38et par le progrès technologique,
08:40c'est-à-dire,
08:41vous augmentez votre capital humain,
08:43vous devenez toujours plus intelligent,
08:44c'est le génie humain,
08:45vous produisez des technologies
08:46qui vont vous permettre
08:49finalement d'être complètement indifférent
08:51à la dégradation du capital naturel
08:53et finalement,
08:54de construire un monde artificiel
08:56qui vous donnera
08:57les mêmes doses de satisfaction,
08:59puisque c'est ça
08:59qu'aiment les économistes,
09:00c'est les doses d'utilité
09:02ou de satisfaction,
09:03qui vous donnera
09:03les mêmes doses de satisfaction
09:05que le vrai monde.
09:07Et donc,
09:07tout ça est complètement hors sol.
09:37quoi.
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