00:00Vous avez 118% d'endettement en France, vous avez 5% de déficit, donc on a compris, vous agissez
00:08sur les niches fiscales.
00:10Tout le discours fataliste, fin du monde sur la dette française, je ne l'ai jamais compris.
00:15Vous dites par exemple, il y a le ratio dette sur PIB, comme on l'appelle communément, et de 118%.
00:22Oui et non en réalité, parce que quand vous faites ça, vous rapportez, et pardon cette explication technique,
00:28mais un stock de dette a un flux, qui est la richesse créée chaque année, le PIB.
00:32En réalité, ça n'a pas de sens de comparer un stock à un flux, il faut comparer un stock
00:36à un stock.
00:43Je vous donne juste quelques chiffres, quand même, pour qu'on les ait tous en tête.
00:48Au cours des 25 dernières années, les 1% les plus riches dans le monde ont capté à peu près
00:52la moitié de la richesse créée dans le monde.
00:54A l'inverse, les 50% les plus pauvres ont pris seulement 1%, ont capté seulement 1%, ont bénéficié à
01:00hauteur de 1% seulement de la richesse dans le monde.
01:02Ce qui est vrai dans le monde, est vrai en France.
01:04En France, les 10% les plus riches contrôlent plus de 50% du patrimoine national.
01:10La richesse, le patrimoine, il est très largement hérité.
01:1360% du patrimoine détenu par les Français aujourd'hui provient de l'héritage.
01:16On a donc une société figée.
01:18Le résultat de ça, au même moment, plus exactement, vous avez 10 millions de Français, 15% de la population,
01:24qui vit sous le seuil de pauvreté, c'est-à-dire avec 1200 euros par mois,
01:29et qui ont de plus en plus de difficultés.
01:31Ce n'est même pas à finir le mois, c'est à franchir la moitié du mois.
01:35Je dis juste, je dis une chose, ce système, en effet, il est à bout de souffle.
01:39Mais concrètement, on fait quoi ?
01:40Je vais expliquer comment on fait.
01:42Regardons les dépenses et les recettes rapidement.
01:43Les dépenses, vous donnez une priorité absolue aux dépenses dites prioritaires.
01:47Je l'ai dit, santé, logement, sécurité par exemple.
01:52Et vous mettez une zéro croissance, croissance zéro sur les autres dépenses.
01:56En matière de recettes, moi j'en ai marre d'entendre dire, il faut mettre en œuvre des mesures d
02:01'austérité.
02:01Je vous donne trois pistes, puisque vous voulez des pistes.
02:03La première, les niches fiscales.
02:05On est un pays dans lequel il y a 85 milliards d'euros chaque année de niches fiscales,
02:10c'est-à-dire de préférences fiscales, qui vont toujours d'ailleurs eux-mêmes, toujours les plus riches.
02:13C'est ça que j'appelais tout à l'heure le séparatisme fiscal.
02:16On peut très certainement en supprimer une partie.
02:19Deuxième piste, les aides publiques aux entreprises.
02:22Il y a 210 milliards d'euros d'aides publiques aux entreprises.
02:25Est-ce qu'elles sont toutes, certaines sont sûrement nécessaires, est-ce qu'elles sont toutes nécessaires ?
02:28Probablement non.
02:29On est déjà à 300 milliards.
02:30Rajouter ensuite des mesures fiscales du type Zuckman, 20 milliards, ou Dutreï,
02:36revenir sur le pacte Dutreï, qui coûte 5 milliards, entre 5 et 6 milliards chaque année.
02:40Mais qui n'est pas là pour rien non plus.
02:41Il est là pour la transmission des entreprises.
02:43Il y a beaucoup d'abus.
02:44On voit d'ailleurs que son montant a considérablement augmenté au cours des dernières années.
02:47Mais ce que je veux dire simplement, l'idée que je veux faire passer, c'est qu'il n'y
02:50a pas de fatalité.
02:51Il est possible de changer les choses.
02:53Rien n'est jamais figé.
02:54C'est une question de volonté et de vision.
02:56Et donc on peut l'avoir.
02:57On peut l'avoir en matière budgétaire, on peut l'avoir en matière financière.
02:59C'est une question aussi de concurrence internationale.
03:03Si vous faites ça, vous le savez bien, les entreprises iront ailleurs.
03:07Il y aura un certain nombre de conséquences économiques à ces changements de politique.
03:12Mais pourquoi donc ?
03:12Pourquoi cette espèce de discours comme ça, fataliste, on ne peut rien faire ?
03:16Je vais vous donner un exemple que j'ai vécu.
03:18En 1997, le gouvernement Jospin arrive au pouvoir,
03:23précisément parce que la droite, et sous le gouvernement d'Alain Juppé,
03:27considéraient que c'était impossible de se qualifier à l'euro.
03:29Il n'y avait pas de croissance, les déficits budgétaires étaient trop importants,
03:32on n'allait pas y arriver, etc.
03:33Bon, voilà, typique de ce discours, c'est fichu, c'est foutu, on ne peut rien faire.
03:38Qu'est-ce qui a été fait à l'époque ?
03:39À l'époque, on a dit, bon, allez, on va se retrousser les manches et on va y aller.
03:43Et notamment, on a mis en place une surtaxe sur l'impôt sur les sociétés,
03:46entre 15 et 25% de plus payés par les entreprises pour assurer la qualification à l'euro.
03:51Avant de la mettre en place, on a entendu exactement le discours que vous venez tenir.
03:55Ah, non mais tout le monde va partir, etc.
03:56Il ne s'est rien passé, aucune entreprise est partie,
03:59les profits des entreprises ont été à peine diminués et nous avons été qualifiés à l'euro.
04:03Et d'ailleurs, c'est la démonstration même qu'on peut à la fois gérer et réformer.
04:07Et c'est ça que je trouve formidable dans la gauche du gouvernement.
04:10Et d'ailleurs, l'enseignement de cette période, c'est celui-ci.
04:12On peut gérer et réformer. On a géré comme il fallait à l'époque et on a réformé de manière
04:17profonde.
04:17Donc si je vous suis, on peut changer la vie.
04:20Oui, c'est ça, exactement.
04:21Un Mathieu Pigasse président, ce serait un Mathieu Pigasse fiscaliste.
04:25Non, pas du tout.
04:27Il y a, ce que je dis en effet sur ces sujets, c'est là où la compétence financière peut
04:32servir,
04:33c'est qu'à nouveau, il n'y a pas de fatalité, il y en a marre de ces discours,
04:36on ne peut rien faire.
04:37Oui, on peut agir, oui, il est possible de faire.
04:39Mais il y a plein d'autres sujets dont il faut s'occuper.
04:42Moi, je pense qu'il faut d'abord apaiser, rassembler, fédérer la société française.
04:46Il y a une polarisation, on en parlera peut-être dans la deuxième partie, qui me paraît évidemment excessive.
04:51Sur l'économie, vous avez 118% d'endettement en France, vous avez 5% de déficit.
04:59Donc on a compris, vous agissez sur les niches fiscales.
05:03Mais sur la dette, par exemple, vous voyez, je suis désolé, on dialogue, ce n'est pas une contradiction.
05:08Mais là aussi, c'est un discours qui me...
05:12Parce que vous êtes spécialiste des dettes souveraines.
05:14Exactement.
05:15J'ai géré d'ailleurs dans le passé la dette de l'État français.
05:18Tout le discours fataliste, fin du monde sur la dette française, je ne l'ai jamais compris.
05:23Vous dites par exemple, il y a le ratio dette sur PIB, comme on l'appelle communément, et de 118%.
05:30Oui et non, en réalité.
05:32Parce que quand vous faites ça, vous rapportez, et pardon de cette explication technique,
05:36mais un stock de dette à un flux, qui est la richesse créée chaque année, le PIB.
05:40En réalité, ça n'a pas de sens de comparer un stock à un flux.
05:43Il faut comparer un stock à un stock.
05:44Dans ce cas-là, rapporter la dette, c'est-à-dire le passif, à l'actif,
05:48c'est-à-dire l'ensemble de notre patrimoine national, 20 000 milliards.
05:51Et dans ce cas-là, le ratio, le taux que vous avez donné, il n'est plus de 115%, il
05:56est de 15%.
05:57La charge de la dette, par exemple, dont on lui dit, là, là, on ne peut plus rien faire,
06:00parce qu'elle est trop importante, là encore.
06:01Si au moins on peut chasser les discours fatalistes, c'est pas mal.
06:04Vous truquez un peu les choses, puisque la dette à long terme, elle sert à financer...
06:08Vous m'avez dit que j'étais compétent sur ces sujets, alors.
06:10Vous êtes compétent, mais je peux vous poser des questions.
06:12Je peux vous poser des questions.
06:15Je voulais juste vous signaler, et vous le savez aussi bien que moi,
06:18que la dette à long terme, elle sert à financer des dépenses à court terme,
06:22et que ça, c'est pas très orthodoxe.
06:23Non, mais moi, je dis qu'évidemment, il faut mettre la dette sous contrôle,
06:27mais je dis les discours sur la fin du monde, il faut arrêter, si vous voulez.
06:30D'ailleurs, c'est typique, c'est typique des gens qui n'ont pas cette compétence,
06:34ou des politiques, pardon de le dire comme ça, cette compétence économique,
06:37et qui se soumettent à la loi du marché.
06:39Enfin, soyons objectifs ce matin, soyons réalistes,
06:42il n'y a aucun problème de liquidité, aucun problème de solvabilité sur la dette française.
06:46Non, mais il y a un problème d'intérêt, il y a un problème d'intérêt sur la dette française,
06:52le service de la dette augmente,
06:54les gens savent très bien, les financiers savent très bien que nous sommes solvables,
06:58mais ils savent très bien que les Français devront payer plus pour assurer cette solvabilité.
07:02Vous m'autorisez là encore à répondre, il va falloir rester un peu plus longtemps,
07:06mais non, c'est un sujet que je trouve passionnant, la charge de la dette,
07:08on nous dit, c'est ce que je voulais dire tout à l'heure, on nous dit, elle augmente, elle
07:11est très forte, etc.
07:12C'est un peu plus de 2% du PIB aujourd'hui.
07:15Dans les années 90, juste pour vous donner une idée, elle était de 6% du PIB.
07:19Je ne sais pas si vous voyez l'écart.
07:21Et pourtant, vous savez quoi ? On est toujours là.
07:23Regardez, on est ici ce matin ensemble, on a survécu.
07:25Donc, il faut, franchement, l'idée, moi, que je veux faire passer, c'est,
07:29oui, c'est possible, il faut, tout est possible,
07:31mais il faut une ambition, un souffle, une vision et au fond, un projet politique.
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