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Matthieu Pigasse, actionnaire majoritaire de Radio Nova, les Inrock', banquier d'affaire, est invité par Guillaume Erner sur France Culture pour parler d'économie, d'inégalités, et de solutions. Erner joue très bien le rôle du défenseur du néo-libéralisme, avec des réponses de Pigasse plus pertinentes les unes que les autres. Un banquier d'affaire de gauche, on dirait que ça existe ?

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Sources
Pigasse https://www.youtube.com/watch?v=PadDq1pKdwM
Musique https://www.youtube.com/watch?v=39PVEaSytpo

Réponses au quiz de fin :

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Quelles sont les 3 pistes évoquées par Pigasse pour améliorer le budget ?
Niches fiscales (85 milliards), aides publiques aux entreprises (210 milliards d'euros), réformes fiscales (Pacte dutreil 5 à 6 milliards, taxe zucman 20 milliards)

Quelle proportion du patrimoine détenu par les Français provient de l'héritage ?
60%.

Pourquoi le ratio dette/PIB est insensé ?
On compare un stock (dette) à un flux (PIB.) Le ratio intéressant serait de comparer un stock à un stock, donc l'actif au passif.

#pigasse #politique #économie #erner #extrait #ethiqueettac

Catégorie

📚
Éducation
Transcription
00:00Vous avez 118% d'endettement en France, vous avez 5% de déficit, donc on a compris, vous agissez
00:08sur les niches fiscales.
00:10Tout le discours fataliste, fin du monde sur la dette française, je ne l'ai jamais compris.
00:15Vous dites par exemple, il y a le ratio dette sur PIB, comme on l'appelle communément, et de 118%.
00:22Oui et non en réalité, parce que quand vous faites ça, vous rapportez, et pardon cette explication technique,
00:28mais un stock de dette a un flux, qui est la richesse créée chaque année, le PIB.
00:32En réalité, ça n'a pas de sens de comparer un stock à un flux, il faut comparer un stock
00:36à un stock.
00:43Je vous donne juste quelques chiffres, quand même, pour qu'on les ait tous en tête.
00:48Au cours des 25 dernières années, les 1% les plus riches dans le monde ont capté à peu près
00:52la moitié de la richesse créée dans le monde.
00:54A l'inverse, les 50% les plus pauvres ont pris seulement 1%, ont capté seulement 1%, ont bénéficié à
01:00hauteur de 1% seulement de la richesse dans le monde.
01:02Ce qui est vrai dans le monde, est vrai en France.
01:04En France, les 10% les plus riches contrôlent plus de 50% du patrimoine national.
01:10La richesse, le patrimoine, il est très largement hérité.
01:1360% du patrimoine détenu par les Français aujourd'hui provient de l'héritage.
01:16On a donc une société figée.
01:18Le résultat de ça, au même moment, plus exactement, vous avez 10 millions de Français, 15% de la population,
01:24qui vit sous le seuil de pauvreté, c'est-à-dire avec 1200 euros par mois,
01:29et qui ont de plus en plus de difficultés.
01:31Ce n'est même pas à finir le mois, c'est à franchir la moitié du mois.
01:35Je dis juste, je dis une chose, ce système, en effet, il est à bout de souffle.
01:39Mais concrètement, on fait quoi ?
01:40Je vais expliquer comment on fait.
01:42Regardons les dépenses et les recettes rapidement.
01:43Les dépenses, vous donnez une priorité absolue aux dépenses dites prioritaires.
01:47Je l'ai dit, santé, logement, sécurité par exemple.
01:52Et vous mettez une zéro croissance, croissance zéro sur les autres dépenses.
01:56En matière de recettes, moi j'en ai marre d'entendre dire, il faut mettre en œuvre des mesures d
02:01'austérité.
02:01Je vous donne trois pistes, puisque vous voulez des pistes.
02:03La première, les niches fiscales.
02:05On est un pays dans lequel il y a 85 milliards d'euros chaque année de niches fiscales,
02:10c'est-à-dire de préférences fiscales, qui vont toujours d'ailleurs eux-mêmes, toujours les plus riches.
02:13C'est ça que j'appelais tout à l'heure le séparatisme fiscal.
02:16On peut très certainement en supprimer une partie.
02:19Deuxième piste, les aides publiques aux entreprises.
02:22Il y a 210 milliards d'euros d'aides publiques aux entreprises.
02:25Est-ce qu'elles sont toutes, certaines sont sûrement nécessaires, est-ce qu'elles sont toutes nécessaires ?
02:28Probablement non.
02:29On est déjà à 300 milliards.
02:30Rajouter ensuite des mesures fiscales du type Zuckman, 20 milliards, ou Dutreï,
02:36revenir sur le pacte Dutreï, qui coûte 5 milliards, entre 5 et 6 milliards chaque année.
02:40Mais qui n'est pas là pour rien non plus.
02:41Il est là pour la transmission des entreprises.
02:43Il y a beaucoup d'abus.
02:44On voit d'ailleurs que son montant a considérablement augmenté au cours des dernières années.
02:47Mais ce que je veux dire simplement, l'idée que je veux faire passer, c'est qu'il n'y
02:50a pas de fatalité.
02:51Il est possible de changer les choses.
02:53Rien n'est jamais figé.
02:54C'est une question de volonté et de vision.
02:56Et donc on peut l'avoir.
02:57On peut l'avoir en matière budgétaire, on peut l'avoir en matière financière.
02:59C'est une question aussi de concurrence internationale.
03:03Si vous faites ça, vous le savez bien, les entreprises iront ailleurs.
03:07Il y aura un certain nombre de conséquences économiques à ces changements de politique.
03:12Mais pourquoi donc ?
03:12Pourquoi cette espèce de discours comme ça, fataliste, on ne peut rien faire ?
03:16Je vais vous donner un exemple que j'ai vécu.
03:18En 1997, le gouvernement Jospin arrive au pouvoir,
03:23précisément parce que la droite, et sous le gouvernement d'Alain Juppé,
03:27considéraient que c'était impossible de se qualifier à l'euro.
03:29Il n'y avait pas de croissance, les déficits budgétaires étaient trop importants,
03:32on n'allait pas y arriver, etc.
03:33Bon, voilà, typique de ce discours, c'est fichu, c'est foutu, on ne peut rien faire.
03:38Qu'est-ce qui a été fait à l'époque ?
03:39À l'époque, on a dit, bon, allez, on va se retrousser les manches et on va y aller.
03:43Et notamment, on a mis en place une surtaxe sur l'impôt sur les sociétés,
03:46entre 15 et 25% de plus payés par les entreprises pour assurer la qualification à l'euro.
03:51Avant de la mettre en place, on a entendu exactement le discours que vous venez tenir.
03:55Ah, non mais tout le monde va partir, etc.
03:56Il ne s'est rien passé, aucune entreprise est partie,
03:59les profits des entreprises ont été à peine diminués et nous avons été qualifiés à l'euro.
04:03Et d'ailleurs, c'est la démonstration même qu'on peut à la fois gérer et réformer.
04:07Et c'est ça que je trouve formidable dans la gauche du gouvernement.
04:10Et d'ailleurs, l'enseignement de cette période, c'est celui-ci.
04:12On peut gérer et réformer. On a géré comme il fallait à l'époque et on a réformé de manière
04:17profonde.
04:17Donc si je vous suis, on peut changer la vie.
04:20Oui, c'est ça, exactement.
04:21Un Mathieu Pigasse président, ce serait un Mathieu Pigasse fiscaliste.
04:25Non, pas du tout.
04:27Il y a, ce que je dis en effet sur ces sujets, c'est là où la compétence financière peut
04:32servir,
04:33c'est qu'à nouveau, il n'y a pas de fatalité, il y en a marre de ces discours,
04:36on ne peut rien faire.
04:37Oui, on peut agir, oui, il est possible de faire.
04:39Mais il y a plein d'autres sujets dont il faut s'occuper.
04:42Moi, je pense qu'il faut d'abord apaiser, rassembler, fédérer la société française.
04:46Il y a une polarisation, on en parlera peut-être dans la deuxième partie, qui me paraît évidemment excessive.
04:51Sur l'économie, vous avez 118% d'endettement en France, vous avez 5% de déficit.
04:59Donc on a compris, vous agissez sur les niches fiscales.
05:03Mais sur la dette, par exemple, vous voyez, je suis désolé, on dialogue, ce n'est pas une contradiction.
05:08Mais là aussi, c'est un discours qui me...
05:12Parce que vous êtes spécialiste des dettes souveraines.
05:14Exactement.
05:15J'ai géré d'ailleurs dans le passé la dette de l'État français.
05:18Tout le discours fataliste, fin du monde sur la dette française, je ne l'ai jamais compris.
05:23Vous dites par exemple, il y a le ratio dette sur PIB, comme on l'appelle communément, et de 118%.
05:30Oui et non, en réalité.
05:32Parce que quand vous faites ça, vous rapportez, et pardon de cette explication technique,
05:36mais un stock de dette à un flux, qui est la richesse créée chaque année, le PIB.
05:40En réalité, ça n'a pas de sens de comparer un stock à un flux.
05:43Il faut comparer un stock à un stock.
05:44Dans ce cas-là, rapporter la dette, c'est-à-dire le passif, à l'actif,
05:48c'est-à-dire l'ensemble de notre patrimoine national, 20 000 milliards.
05:51Et dans ce cas-là, le ratio, le taux que vous avez donné, il n'est plus de 115%, il
05:56est de 15%.
05:57La charge de la dette, par exemple, dont on lui dit, là, là, on ne peut plus rien faire,
06:00parce qu'elle est trop importante, là encore.
06:01Si au moins on peut chasser les discours fatalistes, c'est pas mal.
06:04Vous truquez un peu les choses, puisque la dette à long terme, elle sert à financer...
06:08Vous m'avez dit que j'étais compétent sur ces sujets, alors.
06:10Vous êtes compétent, mais je peux vous poser des questions.
06:12Je peux vous poser des questions.
06:15Je voulais juste vous signaler, et vous le savez aussi bien que moi,
06:18que la dette à long terme, elle sert à financer des dépenses à court terme,
06:22et que ça, c'est pas très orthodoxe.
06:23Non, mais moi, je dis qu'évidemment, il faut mettre la dette sous contrôle,
06:27mais je dis les discours sur la fin du monde, il faut arrêter, si vous voulez.
06:30D'ailleurs, c'est typique, c'est typique des gens qui n'ont pas cette compétence,
06:34ou des politiques, pardon de le dire comme ça, cette compétence économique,
06:37et qui se soumettent à la loi du marché.
06:39Enfin, soyons objectifs ce matin, soyons réalistes,
06:42il n'y a aucun problème de liquidité, aucun problème de solvabilité sur la dette française.
06:46Non, mais il y a un problème d'intérêt, il y a un problème d'intérêt sur la dette française,
06:52le service de la dette augmente,
06:54les gens savent très bien, les financiers savent très bien que nous sommes solvables,
06:58mais ils savent très bien que les Français devront payer plus pour assurer cette solvabilité.
07:02Vous m'autorisez là encore à répondre, il va falloir rester un peu plus longtemps,
07:06mais non, c'est un sujet que je trouve passionnant, la charge de la dette,
07:08on nous dit, c'est ce que je voulais dire tout à l'heure, on nous dit, elle augmente, elle
07:11est très forte, etc.
07:12C'est un peu plus de 2% du PIB aujourd'hui.
07:15Dans les années 90, juste pour vous donner une idée, elle était de 6% du PIB.
07:19Je ne sais pas si vous voyez l'écart.
07:21Et pourtant, vous savez quoi ? On est toujours là.
07:23Regardez, on est ici ce matin ensemble, on a survécu.
07:25Donc, il faut, franchement, l'idée, moi, que je veux faire passer, c'est,
07:29oui, c'est possible, il faut, tout est possible,
07:31mais il faut une ambition, un souffle, une vision et au fond, un projet politique.
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