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Le biologiste Olivier Hamant, directeur de recherche à l'INRAE, confronte Antoine Buéno, conseiller au Sénat, sur l'avenir de notre civilisation.
Entre effondrement du vivant et régression sociale, Hamant démonte le mythe de la performance. Il analyse la disparition de 70% des vertébrés et l'illusion du progrès liée à l'ubérisation de l'économie.
Un débat intense issu de la chaîne Collège des Bernardins pour comprendre pourquoi notre modèle actuel arrive à son terme.
La robustesse doit désormais remplacer l'efficacité pour garantir notre survie face aux crises écologiques et financières imminentes.

#Hamant #Biologie #Effondrement #Économie #Société

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Réponses au quiz de fin :
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Quelle institution a rédigé une charte sur l'exposition des chercheurs ? ➡ Le CNRS.

Sur quel paradigme Antoine Buéno s'oppose-t-il à Olivier Hamant ? ➡ Énergie et guerre.

Comment le biologiste Olivier Hamant définit-il l'ubérisation ? ➡ Une régression sociale.

Catégorie

📚
Éducation
Transcription
00:00Quand je parle de guerre, il faut l'élargir.
00:01Moi, je suis dans l'idée du contrat naturel de Michel Serres,
00:05c'est que, d'ailleurs, il dit qu'on ne fait pas la guerre, on fait une violence, en fait.
00:08La guerre que l'on fait actuellement, elle est beaucoup plus large que juste une guerre entre humains.
00:12D'accord, ok. C'est la guerre à la nature.
00:13Voilà. En 50 ans, on a perdu 70% des animaux vertébrés sur Terre.
00:18Enfin, si en 50 ans, on disait qu'on a fait une guerre qui a tué 70% des humains
00:23sur Terre,
00:24ce serait choquant, quand même.
00:25Sauf que nous, espèces humaines, on a fait ça pas avec une seule espèce.
00:28On a fait ça avec toutes les espèces d'animaux vertébrés.
00:31Donc, les oiseaux, les mammifères, les batraciens, les reptiles.
00:33Ça, c'est majeur. Et pourquoi on fait ça ?
00:36Il faut quand même avoir assez d'énergie pour le faire.
00:45Par contre, ce qu'on peut faire, nous, les scientifiques, c'est quand même un peu sortir du labo.
00:49C'est-à-dire que je rencontre beaucoup de scientifiques qui ont un rôle essentiel dans la production scientifique,
00:56qui seraient très, très bien pour contribuer au débat scientifique, mais qui ne veulent pas s'exposer.
01:01Et ça, il y a eu toute une charte de la déontologie au CNRS et ailleurs, justement, parce que c
01:05'est un problème.
01:05Parce que c'est très risqué pour un scientifique de faire un débat.
01:09Parce qu'en fait, on s'expose.
01:11Et quelque part, pour sa carrière scientifique, c'est...
01:13Alors, c'est pas que c'est...
01:14En fait, c'est du temps qu'on passe pour parler au grand public, on va dire.
01:18Et donc, on ne passe pas dans son laboratoire.
01:19Donc, c'est plutôt une contre-performance pour sa carrière scientifique.
01:23Merci de l'accomplir pour nous, alors.
01:24Non, mais exactement.
01:25Mais j'insiste, pour moi, c'est une valeur ajoutée, parce que c'est plus robuste.
01:28C'est-à-dire qu'en fait, le débat science-société demande à ce que les scientifiques sortent des labos.
01:33Et donc, il faut embrasser cette contre-performance, parce que c'est ça qui peut relier science et société.
01:38Enfin, il ne faut pas rêver.
01:39Là, on voit bien qu'il y a une distance avec le fait scientifique.
01:41Le Sénat, actuellement, c'est un délire, quand même.
01:45Et bien, cette distance sans société, il ne faut pas attendre que la société vienne frapper aux portes des laboratoires.
01:51Il faut que les gens des laboratoires, des scientifiques, sortent et commencent à en discuter.
01:55Mais c'est plutôt sous forme d'une discussion, d'un débat contradictoire.
01:59En fait, quand on explicite des logiques, et même ce débat permet, à mon avis, d'enrichir la conversation.
02:04Enfin, voilà, il y a des opinions divergentes, mais c'est très bien, justement.
02:06Enfin, j'espère qu'à la fin d'un débat, un dialogue réussi, c'est quand on repart avec deux
02:11logiques dans sa tête.
02:13C'est que si on repart seulement avec sa logique en étant convaincu qu'on a raison,
02:16ah bah, c'est raté, en fait, il n'y a pas eu de dialogue.
02:17Si on repart avec une autre logique dans sa tête,
02:20ah bah là, ça veut dire que c'est un dialogue réussi, parce qu'on s'est un peu transformé.
02:23Ça ne veut pas dire qu'on va peut-être toujours pas être d'accord,
02:25mais au moins, on repart avec deux logiques explicitées.
02:28Et donc, les scientifiques devraient, à mon avis, ça devrait être leur rôle premier,
02:31ça devrait, enfin, pour le débat sans société, ça devrait être ça, finalement.
02:36Je ne sais pas si, enfin, moi, je n'ai rien à dire spécifiquement sur ce sujet,
02:40mais je trouve que celui d'avant me stimule intellectuellement
02:44sur la relation entre l'énergie et la guerre.
02:48Et vraiment, je ne comprends pas du tout ce paradigme.
02:51Je ne le comprends pas, parce que si on regarde l'histoire de la guerre dans le temps long,
02:56et là, je fais référence à Pinker, on s'aperçoit que le XXe siècle
03:00est celui où, contrairement aux apparences, il y a eu le moins de guerres
03:03et le moins de morts par guerre, alors que c'est celui qui a, à l'évidence,
03:07libéré le plus d'énergie dans toute l'histoire de l'humanité.
03:10C'est encore plus flagrant depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.
03:14Les Trente Glorieuses, ça a été une débauche d'énergie
03:17et une capacité à accéder aux énergies fossiles,
03:21c'est-à-dire à une énergie extrêmement puissante pour un coup ridicule.
03:25Aujourd'hui encore, on considère qu'on a, du point de vue de l'environnement,
03:29trop d'énergie à notre disposition,
03:32et pourtant, on vit une période de paix relative absolument sans précédent.
03:37Et puis, je reviens au début de l'humanité,
03:40les gens se faisaient la guerre en permanence,
03:42je veux dire, ça n'a jamais cessé.
03:44C'est qu'on ne parle pas de la même guerre.
03:45Même des sociétés extrêmement pauvres,
03:47qu'est-ce que c'est que pauvre aussi,
03:48des sociétés sans les moyens que nous avons, etc.
03:52Au XVIIe siècle, ça a été absolument abominable,
03:54ça a été un des pires siècles en termes de guerre.
03:57Il n'y avait pas d'excédent énergétique.
03:58On avait accès à des sources d'énergie extrêmement rudimentaires.
04:01Donc, cette espèce de corrélation,
04:03de liens physico-mécaniques entre les deux
04:06qui prétendraient expliquer l'histoire de l'humanité,
04:09je ne la comprends pas.
04:11Il y a plein d'autres choses que l'énergie.
04:12Évidemment, on ne fait pas la guerre que parce qu'il y a de l'énergie.
04:14Il y a plein de philosophies, d'idéologies
04:16qui vont stimuler la guerre.
04:17Je ne veux pas enfermer les humains
04:20comme des éléments thermodynamiques
04:22qui font la guerre quand ils ont assez d'énergie pour la faire.
04:25Évidemment que c'est plus compliqué que ça.
04:26Mais c'est quand même un facteur crucial.
04:27Et quand je parle de guerre, il faut l'élargir.
04:29Moi, je suis dans l'idée du contrat naturel de Michel Serres.
04:33C'est que, d'ailleurs, il dit qu'on ne fait pas la guerre,
04:35on fait une violence, en fait.
04:36La guerre que l'on fait actuellement,
04:38elle est beaucoup plus large que juste une guerre entre humains.
04:42En 50 ans, on a perdu 70% des animaux vertébrés sur Terre.
04:46Si en 50 ans, on disait qu'on a fait une guerre
04:49qui a tué 70% des humains sur Terre,
04:52ce serait choquant quand même.
04:53Sauf que nous, espèces humaines,
04:55on n'a fait ça pas avec une seule espèce.
04:57On a fait ça avec toutes les espèces d'animaux vertébrés.
04:59Donc les oiseaux, les mammifères, les batraciens, les reptiles.
05:02Ça, c'est majeur.
05:03Et pourquoi on fait ça ?
05:04Il faut quand même avoir assez d'énergie pour le faire.
05:06Bien sûr, mais évidemment, vous faites la corrélation
05:10entre l'amélioration de la condition humaine
05:14et cet effet de vase communiquant
05:16qui est un report et un déport sur la nature.
05:21Alors, amélioration de la condition humaine,
05:22c'est quand même un pondéré.
05:23C'est que oui, il y a plein de sociétés en moyenne.
05:27Ça, c'est amélioré.
05:28Mais il y a aussi des reculs énormes.
05:31Le travail, par exemple.
05:33L'histoire, d'ailleurs, c'est très étonnant.
05:36Après la Seconde Guerre mondiale,
05:38grosse fluctuation, évidemment.
05:40Des gros désastres.
05:41Entre 1945 et 1948,
05:43les grands mouvements internationaux,
05:44les grandes lois, les Nations Unies,
05:46c'est trois années de robustesse.
05:48C'est là où on fait la sécurité sociale,
05:50le statut du travailleur,
05:51la charte de la Havane,
05:52les droits de l'homme,
05:53la création de l'IUCN.
05:54Enfin bon, il y a vraiment plein de choses
05:55qui se créent à ce moment-là.
05:56Et en fait, c'est un moment
05:57où on fait de la robustesse.
05:59C'est vraiment au service de la viabilité du territoire
06:02dans toute sa dimension.
06:04Donc là, c'est un grand moment de robustesse.
06:07Et puis après,
06:08en fait, qu'est-ce qu'on voit aujourd'hui ?
06:10Je vais aller directement aujourd'hui.
06:11L'uberisation de l'économie.
06:13En fait, moi, je suis fonctionnaire.
06:15Donc ça veut dire que mon salaire
06:18est associé à ma personne.
06:20Quand on travaille dans une boîte privée,
06:23quand on a un statut de salarié,
06:24le salaire est associé au poste.
06:27Donc c'est déjà un peu moins favorable,
06:31on va dire.
06:31Et puis l'uber,
06:32alors là, c'est carrément le salaire
06:34est associé à la tâche.
06:36Et donc ça, c'est le statut du travailleur
06:37du 19e siècle.
06:39Donc l'uberisation,
06:40c'est une régression sociale.
06:42Enfin, ça, je pense qu'à peu près
06:43tout le monde doit être d'accord avec ça.
06:45Donc il y a aussi ça.
06:46Quand je parlais de 2012,
06:48le moment où l'espérance de vie en bonne santé
06:49diminue aux Etats-Unis,
06:50en fait, on est dans le moment
06:51de la contre-productivité de cette performance.
06:53Sans même parler des écosystèmes,
06:54d'un point de vue économique,
06:55on arrive au bout, là, d'un truc.
06:59Non, mais attendez.
07:003 300 milliards d'euros de dette,
07:01quand même, en France.
07:03Vous parlez de la dette ?
07:04Oui, 3 300 milliards.
07:05Quand on arrive à autant de dettes,
07:06je veux dire,
07:06quand les 500 plus grandes fortunes de France,
07:09en 10 ans,
07:10passent de 8% du PIB national
07:11à 40% du PIB national,
07:14on sait très bien que les 10 prochaines années,
07:16ce ne sera pas possible de faire pareil.
07:17Ce ne sera pas au même rythme.
07:19Parce que là, il y a tellement de sujets.
07:21Non, mais c'est juste des indicateurs
07:22pour dire qu'on arrive au bout de quelque chose.
07:23Prenons le chauffeur Uber.
07:24Il n'est pas que chauffeur Uber dans sa vie.
07:26Oui, bien sûr.
07:27Il a une vie globale.
07:28La question, c'est,
07:29est-ce que sa vie globale,
07:32par exemple,
07:33en tant que consommateur aussi,
07:34parce que c'est un travailleur,
07:36c'est-à-dire que c'est un producteur,
07:37c'est aussi un consommateur,
07:38si on prend donc la globalité de sa condition,
07:41est-ce qu'elle n'est pas meilleure
07:44que des gens comparables de sa condition
07:46il y a 40 ans,
07:4770 ans,
07:48100 ans,
07:49150 ans ?
07:49Non, ça me paraît une évidence.
07:52Non, c'est là qu'on n'est pas d'accord.
07:53Je vais citer Ivan Illich.
07:54Ivan Illich, par exemple,
07:55il dit la médecine
07:56et l'alibi d'une société pathogène.
07:59Eh bien, Uber, c'est pareil.
08:00Ça donne l'impression que tout va bien
08:02parce que j'ai du boulot,
08:03j'ai un statut social, etc.,
08:04alors que je suis en train
08:05d'être coincé,
08:07je n'ai plus de retraite,
08:08je n'ai plus de statut social.
08:10Donc, j'ai l'illusion
08:10que ça va mieux,
08:11mais en fait,
08:12je suis complètement esclave
08:14d'une structure très lointaine.
08:16C'est ça qu'il faut quand même réaliser.
08:19On est dans un moment
08:20de contre-productivité,
08:21mais à peu près dans tous les champs.
08:22on est dans un moment.
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