00:00Quand je parle de guerre, il faut l'élargir.
00:01Moi, je suis dans l'idée du contrat naturel de Michel Serres,
00:05c'est que, d'ailleurs, il dit qu'on ne fait pas la guerre, on fait une violence, en fait.
00:08La guerre que l'on fait actuellement, elle est beaucoup plus large que juste une guerre entre humains.
00:12D'accord, ok. C'est la guerre à la nature.
00:13Voilà. En 50 ans, on a perdu 70% des animaux vertébrés sur Terre.
00:18Enfin, si en 50 ans, on disait qu'on a fait une guerre qui a tué 70% des humains
00:23sur Terre,
00:24ce serait choquant, quand même.
00:25Sauf que nous, espèces humaines, on a fait ça pas avec une seule espèce.
00:28On a fait ça avec toutes les espèces d'animaux vertébrés.
00:31Donc, les oiseaux, les mammifères, les batraciens, les reptiles.
00:33Ça, c'est majeur. Et pourquoi on fait ça ?
00:36Il faut quand même avoir assez d'énergie pour le faire.
00:45Par contre, ce qu'on peut faire, nous, les scientifiques, c'est quand même un peu sortir du labo.
00:49C'est-à-dire que je rencontre beaucoup de scientifiques qui ont un rôle essentiel dans la production scientifique,
00:56qui seraient très, très bien pour contribuer au débat scientifique, mais qui ne veulent pas s'exposer.
01:01Et ça, il y a eu toute une charte de la déontologie au CNRS et ailleurs, justement, parce que c
01:05'est un problème.
01:05Parce que c'est très risqué pour un scientifique de faire un débat.
01:09Parce qu'en fait, on s'expose.
01:11Et quelque part, pour sa carrière scientifique, c'est...
01:13Alors, c'est pas que c'est...
01:14En fait, c'est du temps qu'on passe pour parler au grand public, on va dire.
01:18Et donc, on ne passe pas dans son laboratoire.
01:19Donc, c'est plutôt une contre-performance pour sa carrière scientifique.
01:23Merci de l'accomplir pour nous, alors.
01:24Non, mais exactement.
01:25Mais j'insiste, pour moi, c'est une valeur ajoutée, parce que c'est plus robuste.
01:28C'est-à-dire qu'en fait, le débat science-société demande à ce que les scientifiques sortent des labos.
01:33Et donc, il faut embrasser cette contre-performance, parce que c'est ça qui peut relier science et société.
01:38Enfin, il ne faut pas rêver.
01:39Là, on voit bien qu'il y a une distance avec le fait scientifique.
01:41Le Sénat, actuellement, c'est un délire, quand même.
01:45Et bien, cette distance sans société, il ne faut pas attendre que la société vienne frapper aux portes des laboratoires.
01:51Il faut que les gens des laboratoires, des scientifiques, sortent et commencent à en discuter.
01:55Mais c'est plutôt sous forme d'une discussion, d'un débat contradictoire.
01:59En fait, quand on explicite des logiques, et même ce débat permet, à mon avis, d'enrichir la conversation.
02:04Enfin, voilà, il y a des opinions divergentes, mais c'est très bien, justement.
02:06Enfin, j'espère qu'à la fin d'un débat, un dialogue réussi, c'est quand on repart avec deux
02:11logiques dans sa tête.
02:13C'est que si on repart seulement avec sa logique en étant convaincu qu'on a raison,
02:16ah bah, c'est raté, en fait, il n'y a pas eu de dialogue.
02:17Si on repart avec une autre logique dans sa tête,
02:20ah bah là, ça veut dire que c'est un dialogue réussi, parce qu'on s'est un peu transformé.
02:23Ça ne veut pas dire qu'on va peut-être toujours pas être d'accord,
02:25mais au moins, on repart avec deux logiques explicitées.
02:28Et donc, les scientifiques devraient, à mon avis, ça devrait être leur rôle premier,
02:31ça devrait, enfin, pour le débat sans société, ça devrait être ça, finalement.
02:36Je ne sais pas si, enfin, moi, je n'ai rien à dire spécifiquement sur ce sujet,
02:40mais je trouve que celui d'avant me stimule intellectuellement
02:44sur la relation entre l'énergie et la guerre.
02:48Et vraiment, je ne comprends pas du tout ce paradigme.
02:51Je ne le comprends pas, parce que si on regarde l'histoire de la guerre dans le temps long,
02:56et là, je fais référence à Pinker, on s'aperçoit que le XXe siècle
03:00est celui où, contrairement aux apparences, il y a eu le moins de guerres
03:03et le moins de morts par guerre, alors que c'est celui qui a, à l'évidence,
03:07libéré le plus d'énergie dans toute l'histoire de l'humanité.
03:10C'est encore plus flagrant depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.
03:14Les Trente Glorieuses, ça a été une débauche d'énergie
03:17et une capacité à accéder aux énergies fossiles,
03:21c'est-à-dire à une énergie extrêmement puissante pour un coup ridicule.
03:25Aujourd'hui encore, on considère qu'on a, du point de vue de l'environnement,
03:29trop d'énergie à notre disposition,
03:32et pourtant, on vit une période de paix relative absolument sans précédent.
03:37Et puis, je reviens au début de l'humanité,
03:40les gens se faisaient la guerre en permanence,
03:42je veux dire, ça n'a jamais cessé.
03:44C'est qu'on ne parle pas de la même guerre.
03:45Même des sociétés extrêmement pauvres,
03:47qu'est-ce que c'est que pauvre aussi,
03:48des sociétés sans les moyens que nous avons, etc.
03:52Au XVIIe siècle, ça a été absolument abominable,
03:54ça a été un des pires siècles en termes de guerre.
03:57Il n'y avait pas d'excédent énergétique.
03:58On avait accès à des sources d'énergie extrêmement rudimentaires.
04:01Donc, cette espèce de corrélation,
04:03de liens physico-mécaniques entre les deux
04:06qui prétendraient expliquer l'histoire de l'humanité,
04:09je ne la comprends pas.
04:11Il y a plein d'autres choses que l'énergie.
04:12Évidemment, on ne fait pas la guerre que parce qu'il y a de l'énergie.
04:14Il y a plein de philosophies, d'idéologies
04:16qui vont stimuler la guerre.
04:17Je ne veux pas enfermer les humains
04:20comme des éléments thermodynamiques
04:22qui font la guerre quand ils ont assez d'énergie pour la faire.
04:25Évidemment que c'est plus compliqué que ça.
04:26Mais c'est quand même un facteur crucial.
04:27Et quand je parle de guerre, il faut l'élargir.
04:29Moi, je suis dans l'idée du contrat naturel de Michel Serres.
04:33C'est que, d'ailleurs, il dit qu'on ne fait pas la guerre,
04:35on fait une violence, en fait.
04:36La guerre que l'on fait actuellement,
04:38elle est beaucoup plus large que juste une guerre entre humains.
04:42En 50 ans, on a perdu 70% des animaux vertébrés sur Terre.
04:46Si en 50 ans, on disait qu'on a fait une guerre
04:49qui a tué 70% des humains sur Terre,
04:52ce serait choquant quand même.
04:53Sauf que nous, espèces humaines,
04:55on n'a fait ça pas avec une seule espèce.
04:57On a fait ça avec toutes les espèces d'animaux vertébrés.
04:59Donc les oiseaux, les mammifères, les batraciens, les reptiles.
05:02Ça, c'est majeur.
05:03Et pourquoi on fait ça ?
05:04Il faut quand même avoir assez d'énergie pour le faire.
05:06Bien sûr, mais évidemment, vous faites la corrélation
05:10entre l'amélioration de la condition humaine
05:14et cet effet de vase communiquant
05:16qui est un report et un déport sur la nature.
05:21Alors, amélioration de la condition humaine,
05:22c'est quand même un pondéré.
05:23C'est que oui, il y a plein de sociétés en moyenne.
05:27Ça, c'est amélioré.
05:28Mais il y a aussi des reculs énormes.
05:31Le travail, par exemple.
05:33L'histoire, d'ailleurs, c'est très étonnant.
05:36Après la Seconde Guerre mondiale,
05:38grosse fluctuation, évidemment.
05:40Des gros désastres.
05:41Entre 1945 et 1948,
05:43les grands mouvements internationaux,
05:44les grandes lois, les Nations Unies,
05:46c'est trois années de robustesse.
05:48C'est là où on fait la sécurité sociale,
05:50le statut du travailleur,
05:51la charte de la Havane,
05:52les droits de l'homme,
05:53la création de l'IUCN.
05:54Enfin bon, il y a vraiment plein de choses
05:55qui se créent à ce moment-là.
05:56Et en fait, c'est un moment
05:57où on fait de la robustesse.
05:59C'est vraiment au service de la viabilité du territoire
06:02dans toute sa dimension.
06:04Donc là, c'est un grand moment de robustesse.
06:07Et puis après,
06:08en fait, qu'est-ce qu'on voit aujourd'hui ?
06:10Je vais aller directement aujourd'hui.
06:11L'uberisation de l'économie.
06:13En fait, moi, je suis fonctionnaire.
06:15Donc ça veut dire que mon salaire
06:18est associé à ma personne.
06:20Quand on travaille dans une boîte privée,
06:23quand on a un statut de salarié,
06:24le salaire est associé au poste.
06:27Donc c'est déjà un peu moins favorable,
06:31on va dire.
06:31Et puis l'uber,
06:32alors là, c'est carrément le salaire
06:34est associé à la tâche.
06:36Et donc ça, c'est le statut du travailleur
06:37du 19e siècle.
06:39Donc l'uberisation,
06:40c'est une régression sociale.
06:42Enfin, ça, je pense qu'à peu près
06:43tout le monde doit être d'accord avec ça.
06:45Donc il y a aussi ça.
06:46Quand je parlais de 2012,
06:48le moment où l'espérance de vie en bonne santé
06:49diminue aux Etats-Unis,
06:50en fait, on est dans le moment
06:51de la contre-productivité de cette performance.
06:53Sans même parler des écosystèmes,
06:54d'un point de vue économique,
06:55on arrive au bout, là, d'un truc.
06:59Non, mais attendez.
07:003 300 milliards d'euros de dette,
07:01quand même, en France.
07:03Vous parlez de la dette ?
07:04Oui, 3 300 milliards.
07:05Quand on arrive à autant de dettes,
07:06je veux dire,
07:06quand les 500 plus grandes fortunes de France,
07:09en 10 ans,
07:10passent de 8% du PIB national
07:11à 40% du PIB national,
07:14on sait très bien que les 10 prochaines années,
07:16ce ne sera pas possible de faire pareil.
07:17Ce ne sera pas au même rythme.
07:19Parce que là, il y a tellement de sujets.
07:21Non, mais c'est juste des indicateurs
07:22pour dire qu'on arrive au bout de quelque chose.
07:23Prenons le chauffeur Uber.
07:24Il n'est pas que chauffeur Uber dans sa vie.
07:26Oui, bien sûr.
07:27Il a une vie globale.
07:28La question, c'est,
07:29est-ce que sa vie globale,
07:32par exemple,
07:33en tant que consommateur aussi,
07:34parce que c'est un travailleur,
07:36c'est-à-dire que c'est un producteur,
07:37c'est aussi un consommateur,
07:38si on prend donc la globalité de sa condition,
07:41est-ce qu'elle n'est pas meilleure
07:44que des gens comparables de sa condition
07:46il y a 40 ans,
07:4770 ans,
07:48100 ans,
07:49150 ans ?
07:49Non, ça me paraît une évidence.
07:52Non, c'est là qu'on n'est pas d'accord.
07:53Je vais citer Ivan Illich.
07:54Ivan Illich, par exemple,
07:55il dit la médecine
07:56et l'alibi d'une société pathogène.
07:59Eh bien, Uber, c'est pareil.
08:00Ça donne l'impression que tout va bien
08:02parce que j'ai du boulot,
08:03j'ai un statut social, etc.,
08:04alors que je suis en train
08:05d'être coincé,
08:07je n'ai plus de retraite,
08:08je n'ai plus de statut social.
08:10Donc, j'ai l'illusion
08:10que ça va mieux,
08:11mais en fait,
08:12je suis complètement esclave
08:14d'une structure très lointaine.
08:16C'est ça qu'il faut quand même réaliser.
08:19On est dans un moment
08:20de contre-productivité,
08:21mais à peu près dans tous les champs.
08:22on est dans un moment.
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