- il y a 3 heures
La Biennale de Venise a ouvert ses portes le 9 mai 2026, rendez-vous incontournable où chaque nation affirme son identité et sa puissance culturelle sur la scène internationale. Cette année, le Maroc y fait une entrée historique : pour la toute première fois, le royaume dispose d'un pavillon national officiel. L'occasion de s'arrêter sur ce pays qui s'impose progressivement sur la carte du marché de l'art mondial, avec une attractivité culturelle grandissante. Pour décrypter ces enjeux, Cyrielle Gauvin, avocate au cabinet Aède Law, dont l'activité s'étend désormais au Maroc, est l'invitée d'ART & MARCHÉ.
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00:03Le Maroc s'inscrit progressivement sur la scène internationale culturelle.
00:08En témoigne le premier pavillon national officiel présenté lors de la Biennale de Venise qui ouvre ses portes dans quelques
00:13jours.
00:14Et pour en parler, je suis ravie d'être en compagnie du Cériel Gova. Bonjour.
00:17Bonjour Sybille.
00:19Vous êtes avocate au sein du cabinet Aédilo et donc cabinet qui étend son activité au Maroc.
00:24Est-ce que tout d'abord vous sauriez nous dire depuis quand le Maroc a pris à bras le corps
00:30cette question du soft power et de sa position sur la scène culturelle internationale ?
00:37Alors déjà je pense qu'il faut revenir sur ce qu'est exactement le soft power qui est le pouvoir
00:43doux, délicat.
00:44Donc une influence qu'on exerce par des moyens qui ne sont pas coercitifs, qui ne sont pas contraignés en
00:50tant que tels.
00:50Et donc on peut utiliser tout un tas de biais pour parvenir en fait à ce soft power.
00:58Parmi ces biais, on a notamment l'éducation, la diplomatie internationale, on a le loisir, le divertissement et notamment le
01:08sport qui est très important pour le Maroc avec la canne qui a eu lieu très récemment.
01:14Et puis il y a aussi l'art, la culture, le tourisme.
01:18Donc ce sont des éléments qui permettent d'avoir un soft power assez important et étendu et généralement on utilise
01:26plusieurs biais.
01:28On peut constater que depuis 20-25 ans à peu près, depuis le début du règne du roi du Maroc
01:37Mohamed VI,
01:39eh bien il y a vraiment beaucoup d'actions qui sont mises en œuvre pour valoriser l'art, la culture,
01:47les industries culturelles et créatives, le patrimoine.
01:52Et chaque année, chaque mois, chaque semaine nous confortent dans ces idées.
01:58Ça va en s'accélérant.
01:59Exactement.
02:01Au cabinet, on fait des petites actualités par semaine et il est rare que d'une semaine à l'autre,
02:07il n'y ait pas au moins une actualité dédiée aux industries culturelles et créatives au Maroc.
02:12Est-ce qu'il y a des politiques culturelles fortes qui ont été décidées et qui pour vous ont servi
02:21vraiment de points importants, en tout cas pour ce développement de ces dernières années ?
02:25Alors il y en a beaucoup, je ne vais en citer que quelques-unes, je vais les citer de manière
02:29plutôt chronologique, mais elles sont plus ou moins importantes.
02:33Il me semble que c'était en 2006, a été créée sur l'initiative du roi du Maroc, eh bien
02:40cette association qu'on appelle la Fondation IBA,
02:43et qui est vraiment dédiée à la valorisation, au rayonnement des industries culturelles et créatives au Maroc et qui, depuis
02:513-4 ans maintenant, a créé même un forum des industries culturelles et créatives
02:56qui est soutenu notamment par l'Union européenne et l'Institut français du Maroc et qui a vraiment cette volonté
03:04de rassembler différents acteurs des différentes industries culturelles et créatives au Maroc.
03:08Ça c'est un exemple, on a également eu en 2011 la création de la Fondation Nationale des Musées, qui
03:16est présidée par...
03:17Oui, ça structure bien en fait l'environnement.
03:20L'environnement des musées, puisque le but de la Fondation c'est vraiment en effet de gérer, valoriser tout le
03:29maillage des musées du Maroc.
03:32Donc là c'est vraiment une action au Maroc.
03:35Et puis après, on a aussi à l'échelle internationale des accords qui ont été pris et que je trouve
03:42intéressants, notamment il y a quelques années avec l'UNESCO,
03:46où le Maroc s'est engagé à partager auprès des autres pays du continent africain son expérience en matière de
03:53préservation et de valorisation du patrimoine,
03:56notamment dans des zones de conflits, de trafic illicite de certains biens culturels.
04:02Et plus récemment, 2025 là, très récemment, avec l'Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle,
04:12avec le but de renforcer le cadre, la protection légale en matière de patrimoine culturel marocain,
04:22avec différents types de protections.
04:25Voilà, un petit peu des exemples.
04:27Et sur le plan du marché de l'art, notamment il y a la foire 154 ou 154, selon...
04:33Ça, vous trouvez que c'est des éléments très importants, très forts, pour le pays marocain ?
04:39Oui, alors ça fait un petit moment maintenant que ça a été créé, puisque ça a été créé en 2013
04:43par Touria El-Glawi.
04:46Et les éditions marocaines, et notamment à Marrakech, ont débuté il y a 6 ou 7 ans, si je ne
04:54me trompe pas.
04:55Sinon, ils sont également présents à Londres et à New York.
05:02Et donc, c'est vrai que c'était important, et c'est un vrai levier culturel, artistique, en tout cas
05:11de rayonnement,
05:12pour les arts africains contemporains, donc pour valoriser les artistes émergents et non émergents,
05:20mais contemporains, du continent africain ou de la diaspora africaine.
05:25Donc c'est vraiment un événement qui est très important aujourd'hui, et qui est majeur aussi au Maroc,
05:33en ce que ça ne concerne pas seulement la foire en elle-même et Marrakech,
05:39mais ça crée tout un écosystème pendant cette semaine d'événements culturels, créatifs,
05:45avec énormément de personnes qui viennent du continent africain, mais aussi d'ailleurs.
05:51Et donc, c'est même en termes de tourisme, en fait, ça va avoir des incidences.
05:55Oui, indirect, direct et indirect.
05:57Exactement.
05:57Parce qu'à quoi est-ce qu'on mesure ce soft power ?
06:00Je parlais en introduction du pavillon à la Biennale.
06:03Ça, c'est des choses qui sont fondamentales pour s'inscrire sur la place internationale.
06:07C'est un élément qui est en effet important. C'est vrai que c'est la première année où il
06:12y a un pavillon du Royaume du Maroc,
06:17avec justement la curatrice de ce pavillon, Emeryam Berrada, qui est par ailleurs la directrice artistique du MACAL,
06:28qui est le musée d'art contemporain africain qui est à Marrakech.
06:31Et donc, c'est vrai que c'est un élément supplémentaire, disons, pour valoriser l'écosystème et le patrimoine artistique
06:42créatif marocain.
06:44Et donc, c'est vrai que c'est un élément, c'est un indicateur supplémentaire.
06:47Ce n'est pas le seul, il n'est pas indispensable pour que ce réellement existe.
06:52Oui, c'est une accumulation de tout.
06:53Exactement. Et il y en a plein d'autres, des exemples comme celui-ci.
06:59Un exemple que je trouve intéressant, c'est que Rabat a été désigné en 2023 comme capitale africaine de la
07:08culture,
07:10et pour deux ans, en fait, ça tourne entre les différents pays.
07:15Et récemment, en fait, Rabat a été désigné comme siège du comité, de cette initiative-là,
07:26qui a vraiment pour vecteur de valoriser la création contemporaine et l'art au global.
07:33Donc, voilà. Et il y en a plein d'autres.
07:35Le Maroc était représenté au Salon du Livre, était le pays invité l'année dernière.
07:41On peut trouver plein d'exemples comme ça.
07:43Oui, donc on voit qu'il y a plein d'initiatives qui se font petit à petit et qui se
07:46structurent.
07:46Est-ce que tout ça, c'est porté par peut-être un arsenal réglementaire
07:51ou en tout cas des initiatives politiques qui pouvent...
07:53En tout cas, la réglementation, est-ce que ça soutient tout ça ?
07:55Alors, on l'a vu, il y a des accords qui peuvent être conclus.
08:00Là, on l'a vu avec l'UNESCO,
08:02on l'a vu avec l'Organisation mondiale de la propriété intellectuelle
08:05pour tenter de valoriser et de renforcer un cadre qui est déjà existant.
08:12Et je vais y revenir.
08:14On a des accords aussi avec des pays qui sont mis en place,
08:18notamment avec la France beaucoup,
08:20mais récemment avec l'Allemagne,
08:21pour créer des initiatives communes en matière de muséographie.
08:26Ça, c'est très très récent aussi.
08:28Donc, il y a tout un tas d'accords qui sont engagés et pris,
08:33parce qu'ils sont contraignants aussi, de manière générale,
08:37pour aller dans le sens d'un renforcement d'un cadre qui est existant.
08:43Sur le Maroc, il faut savoir que le Maroc,
08:45dans toutes les conventions internationales
08:47qui visent à préserver le patrimoine, l'héritage,
08:52il est partie prenante,
08:54enfin, c'est un royaume partie prenante
08:57de ces conventions internationales-là.
09:00Et puis après, il y a ce qui se passe au niveau local,
09:03enfin, national, en tout cas.
09:05Et là, il y a tout un corpus de règles qui existent,
09:09notamment, par exemple, en matière de droits d'auteur,
09:12en matière de protection du patrimoine culturel.
09:15Il y a des régimes qui sont en place.
09:18Maintenant, ce sont des régimes qui ont besoin
09:20d'être, comment dire, modifiés
09:24pour suivre les évolutions aussi de ce rayonnement,
09:27pour bien encadrer, bien protéger
09:29le patrimoine et la création.
09:33Et ça passe par tout un tas de réflexions,
09:36voire de projets de loi qui sont pris
09:40pour renforcer ce cadre.
09:42Donc, on va avoir...
09:42En ce moment, il y a des projets de loi
09:44qui sont déjà sur la table.
09:45Oui. Alors là, il y en a récemment,
09:47sur le sujet du numérique
09:50et comment on insère la donnée numérique
09:53dans un cadre de droit d'auteur,
09:56qui est fondamental.
09:57On avait... Le pays était un des...
10:00était un des premiers, entre guillemets,
10:03en tout cas, qui, dès lors qu'il avait mis en place
10:06sa réglementation en matière de droit d'auteur,
10:08avait inséré le droit de suite.
10:11Néanmoins, il y avait assez peu
10:12d'applications concrètes derrière.
10:14Et récemment, des modalités concrètes
10:16ont été prises pour que ce soit mis en place,
10:18avec même un forum qui a eu lieu récemment
10:21avec d'autres États africains
10:24pour parler de ce sujet du droit de suite
10:26qu'on a en matière de droit d'auteur.
10:28Et puis, on a aussi un projet de loi,
10:33en tout cas, sur lequel ils sont en train de travailler,
10:35sur la question de la fraude en matière artistique,
10:38donc qui ne se rattache pas seulement
10:40au droit d'auteur en tant que tel
10:41et à la protection des artistes
10:44et de leur œuvre originale,
10:47mais également à toute fraude, en fait,
10:49qui pourrait y avoir,
10:51et notamment des défauts, en fait,
10:53qui pourraient circuler.
10:55Il nous reste une minute de votre retour terrain.
10:58S'il devait y avoir une étape à franchir
11:01pour améliorer encore plus ce rayonnement,
11:03ce serait à quel niveau ?
11:05Alors, il y a plusieurs.
11:07Il y a toujours, on peut toujours, évidemment,
11:10s'améliorer.
11:11C'est vrai qu'il y a une puissance telle
11:13sur les événements et les actions
11:15qui sont entreprises,
11:16et c'est assez fabuleux
11:17parce que ça donne encore plus
11:18d'envergure et de rayonnement
11:21au Maroc et à tous les créatifs
11:23et à tous les acteurs de la création.
11:25Je pense qu'en effet,
11:27ce renforcement du cadre légal
11:29à plusieurs égards est très important
11:31pour venir bien protéger
11:33chacun des acteurs et chacun des maillons
11:36parce que pour valoriser, en fait,
11:38un marché, quel qu'il soit,
11:40il faut qu'il y ait une réglementation
11:42qui s'applique et qui soit contrôlée,
11:43et donc avec des sanctions.
11:45Et il faut que tout ça se mette en place
11:48et évolue au fur et à mesure aussi
11:50du monde qui va très vite.
11:51Le monde change à une vitesse,
11:52c'est pas possible.
11:53Et puis un besoin d'éducation aussi,
11:55de pédagogie, de transmission
11:57entre les différents acteurs
11:59lors du forum des industries culturelles
12:01et créatives dont je parlais
12:03a été mis sur la table à plusieurs reprises.
12:05Le fait que ces différents acteurs
12:07ne se connaissaient pas nécessairement
12:09entre, par exemple,
12:10ceux qui peuvent financer des initiatives
12:12ou des entreprises dans ces secteurs-là
12:14ou des artistes,
12:15et inversement,
12:18les artistes auteurs,
12:20les sociétés dans ces industries-là
12:22n'ont pas forcément connaissance
12:24de tous leurs droits.
12:24Donc il y a aussi un travail
12:26à faire de ce côté-là.
12:27Merci beaucoup, Cyril Gauvin.
12:29Je rappelle que vous êtes avocate
12:30au sein du cabinet Aédélo
12:31et vous étendez votre activité au Maroc.
12:35Et merci à vous toutes et tous
12:36de nous avoir suivis.
12:37C'était Arré-Marché.
12:37Merci, T'billy.
12:38Sous-titrage Société Radio-Canada
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