00:04Le dernier quart d'heure de Smartbourg chaque soir, c'est le quart d'heure thématique et le thème chaque
00:09lundi c'est bien sûr le thème américain avec notre quart d'heure américain et Pierre-Yves Dugas, notre correspondant
00:14américain qui est avec nous à distance et en direct.
00:17Bonsoir et bienvenue Pierre-Yves, merci beaucoup de nous rejoindre et d'être avec nous chaque début de semaine pour
00:23analyser quelques infos clés de l'actualité économique américaine.
00:29On a terminé le débat précédent sur la future nomination de Kevin Walsh à la tête de la réserve fédérale
00:36américaine, c'est pour mieux reprendre la discussion avec vous.
00:39Qu'est-ce qui s'est joué ces derniers jours, effectivement avec l'abandon des poursuites du département de la
00:45justice américain contre la Fed et Jérôme Powell ?
00:49Et puis une question qu'on n'a pas soulevée dans le débat précédent et à laquelle on n'a
00:51évidemment pas répondu, c'est de savoir si Walsh est nommé à la tête de la Fed, que va faire
00:56Jérôme Powell le 15 mai prochain ?
00:58Et voilà, c'est la question que tout le monde se pose à Washington ce matin.
01:04Enfin, rappelons la particularité étrange des statuts de la réserve fédérale, il y a deux mandats concomitants.
01:14On peut être gouverneur de la Banque centrale et puis on doit aussi avoir un mandat quand on veut être
01:20le président du Conseil des gouverneurs.
01:22Le mandat du président du Conseil des gouverneurs, celui de M. Jérôme Powell, expire le 15 mai.
01:28Si son successeur n'a pas été confirmé par le Sénat d'ici là, il restera président du Conseil des
01:37gouverneurs à titre temporaire, pro-temporé.
01:40Si Kevin Walsh, ce qui est probable mais n'est pas encore fait, est confirmé par le Sénat, eh bien
01:48Jérôme Powell ne sera plus président du Conseil des gouverneurs
01:52mais il dispose toujours de son mandat de gouverneur, de simple gouverneur qui lui n'expire qu'en janvier 2028.
02:01Donc il peut rester autour de la table du comité monétaire. Pourquoi ferait-il une chose pareille ?
02:07Eh bien, d'abord il a 73 ans, on peut supposer, et moi si on me demandait de parier, je
02:13dirais qu'il s'en dirait.
02:15Mais il peut décider de rester. Ce serait une mauvaise manière tout de même faite à Kevin Walsh parce que
02:22ça réduirait tout de même
02:25de facto la marge de manœuvre du nouveau patron de la Fed et quelque part, à trop vouloir servir ce
02:34thème glorieux et honorable
02:35de l'indépendance de la Banque centrale. On risque quand même de lui faire du mal en s'incrustant, soutenu
02:44par des gens qui ont un autre souci,
02:47c'est de garder un contrôle partisan, c'est-à-dire anti-républicain, dans cette Banque centrale.
02:54Parce que s'il s'en va, Jérôme Powell, il va y avoir un poste vacant de gouverneur.
03:00Et à ce moment-là, Donald Trump aura la possibilité de proposer à nouveau au Sénat un nouveau gouverneur,
03:07ce qui lui donnerait dans la nouvelle configuration une majorité de gouverneurs qu'il aura nommé autour de la table
03:13du comité monétaire de la Fed.
03:15Alors on peut se dire que Jérôme Powell, très attaché à cette institution qu'il sert depuis plus d'une
03:22décennie,
03:24décidera, pour préserver son indépendance, de rester encore quelques mois pour voir si Kevin Walsh ne se lance pas dans
03:32un numéro de sabotage de l'indépendance
03:34et tout d'un coup s'est mis à claquer des talons pour obéir aux ordres de Donald Trump.
03:39Je pense que les deux hommes se connaissent, je pense que les deux hommes se sont parlés, loin des journalistes,
03:47et que Kevin Walsh a déjà eu une idée de ce que Jérôme Powell va faire.
03:51Alors, nous les journalistes, nous ne nous manquerons pas de lui poser la question mercredi,
03:56puisque c'est mercredi que se tient la réunion du comité monétaire de la réserve fédérale
04:03et que probablement la dernière conférence de presse présidée par Jérôme Powell se déroulera.
04:10C'est probablement une des premières questions que l'on va lui poser.
04:13Est-ce que le calendrier de Jérôme Powell en tant que gouverneur au-delà du 15 mai
04:20pourrait coïncider avec le calendrier judiciaire qui concerne Lisa Cook ?
04:25Par exemple, Pierre-Yves, l'affaire de l'immeuble du building est abandonnée par le département de la justice,
04:32mais reste quand même à trancher le cas de Lisa Cook.
04:35Alors, c'est très important, vous avez raison de le souligner.
04:39Il y a dans mon esprit deux étapes importantes qui vont potentiellement influencer la décision de Jérôme Powell
04:48de rester ou de ne pas rester, suivant l'idée qu'il se fait du degré d'indépendance de la
04:53réserve fédérale
04:53qu'il aura pu préserver.
04:55Le premier, c'est le 3 ou le 4 mai, je ne sais plus exactement,
04:58mais c'est un des tout premiers jours du mois de mai que expire le délai pour faire appel
05:04de la décision qui avait été prise en urgence 30 jours plus tôt par le juge Bosberg
05:10qui déclarait que le bombardement d'enquête et d'investigation sur Jérôme Powell ne reposait sur rien,
05:17que c'était une manœuvre transparente d'accuser Jérôme Powell de malversation sans aucune preuve
05:23et qu'il s'agissait en fait de l'affaiblir, de l'accueillir à la démission ou de le forcer
05:28à baisser les taux.
05:30Lorsque cette date de l'appel éventuel que pourrait faire le département de la justice de cette décision sera passée,
05:37Jérôme Powell aura une preuve concrète de la sincérité de l'administration Trump
05:42dans l'abandon des poursuites qui le visaient.
05:44La deuxième question est celle du jugement que nous attendons de la Cour suprême
05:49sur le statut de la tentative de limogéage par Donald Trump de Lisa Cook.
05:58Là, on ne sait pas quand cette décision de la Cour suprême peut tomber.
06:02Les voix de Dieu sont impénétrables.
06:05Lisa Cook, gouverneur, qui est accusée probablement de manière un petit peu spécieuse
06:12d'avoir menti sur des déclarations en vue de faire un emprunt hypothécaire
06:19sur sa résidence pour bénéficier d'un taux un petit peu plus bas,
06:23ce qui brusquement se révélait être aux yeux de Donald Trump
06:28un crime suffisamment grave de la part d'un régulateur bancaire pour justifier le limogéage.
06:34Il est peu probable que la Cour suprême, là je m'avance, mais je suis un petit peu là pour
06:39ça,
06:40donne raison à Donald Trump et qu'elle autorise le président des États-Unis
06:44à limogé quelqu'un, gouverneur de la Banque centrale, sans qu'il y ait eu un procès,
06:49sans qu'il y ait eu une instruction, sans qu'il y ait eu une décision de justice
06:54qui marque la véracité d'éventuels délits.
06:58Mais il y a un point important, je voudrais insister là-dessus.
07:02Tout le monde parle de vouloir préserver l'indépendance de la réserve fédérale.
07:06C'est bien joli, mais il faut rappeler que Lisa Cook n'a été confirmée à son poste de gouverneur
07:11que grâce à la voie décisive de Kamala Harris,
07:16qui était alors en tant que vice-présidente de Joe Biden,
07:19aussi de droit présidente du Sénat,
07:21et qu'elle disposait à ce titre du droit de voter pour séparer un vote à 50-50.
07:30Ça n'est pas une bonne chose pour l'indépendance de la FED
07:34d'avoir des gouverneurs qui sont choisis et confirmés par le Sénat de manière partisane.
07:40Si l'on veut que la Banque centrale américaine soit indépendante,
07:43il ne faut pas qu'elle soit partisane.
07:45Ce qui nous amène au vote que va devoir faire en séance plénière d'ici le 15 mai le Sénat,
07:54il faudrait qu'il y ait quelques démocrates qui votent avec leurs collègues républicains
07:59pour asseoir la crédibilité de Kevin Walsh.
08:02Si les démocrates qui sont 47 ne peuvent pas, au moins pour une dizaine d'entre eux,
08:08admettre que Kevin Walsh est quelqu'un de crédible, d'expérimenté,
08:12qu'il ne sera pas aux ordres de Donald Trump, qu'il est pédagogue,
08:16qu'il a des idées qui sont peut-être contestables mais qui tiennent debout,
08:19je pense que l'on portera tort à l'indépendance de la Réserve fédérale.
08:23Bon, c'est effectivement le reflet malgré tout de la fracture,
08:27de la polarisation de la vie politique aujourd'hui aux États-Unis.
08:31Il nous reste 3 minutes 30 pour évoquer le sort,
08:33le futur sort des super milliardaires californiens.
08:37Tax the Rich, c'est en train de prendre forme en Californie
08:40et peut-être ailleurs, Pierre-Yves.
08:43Ah, les problèmes de riches, les problèmes de riches.
08:46Vous savez, quand vous vous appelez Jensen Wang,
08:50que vous êtes le patron de Nvidia,
08:53société dont la capitalisation boursière est de nouveau supérieure
08:57à 5 000 milliards de dollars,
09:00que vous disposez à ce titre entre 3,5 et 4 % du capital.
09:07Si tout d'un coup, la Californie dont vous êtes résident
09:11décide de vous imposer, soi-disant, une fois, de manière exceptionnelle,
09:17une surtaxe calculée sur la base de 5 % de votre patrimoine,
09:22ça va vous coûter quelque chose comme 8 milliards de dollars.
09:25Eh bien, Jensen Wang a dit,
09:27« Je paye. Ça ne me dérange pas.
09:31Je ne suis pas à 8 milliards près. »
09:34Il faut quand même avoir une certaine fortune,
09:36plus de 160 milliards de dollars,
09:39pour accepter de rester en Californie
09:43et de faire un cadeau de 8 milliards de dollars à Sacramento.
09:47Il y a beaucoup de gens, des légendes de la Silicon Valley,
09:54qui ont pris la position radicalement inverse
09:56et qui ont quitté la Californie
09:58parce qu'ils ne veulent pas payer éventuellement
10:02cette surtaxe que l'on nous promet pour une année seulement,
10:08mais on sait ce que valent ces promesses de taxation exceptionnelles.
10:12Quel est l'élément nouveau dans cette affaire ?
10:14Eh bien, le syndicat, qui cherche par le biais d'une pétition
10:19à faire accepter comme référendum,
10:22sur la liste des référendums
10:23auxquels, début novembre, les Californiens vont devoir répondre,
10:28ce syndicat, qui est le syndicat des employés de service,
10:31a réuni 1,5 million de signatures.
10:34Donc, les choses sont bien parties
10:36pour que cette proposition soit introduite
10:39dans le scrutin de début novembre.
10:43Il leur fallait 875 000.
10:45Il y a probablement des erreurs.
10:48D'où l'urgence pour quelques 200, nous dit-on,
10:55milliardaires californiens,
10:56de faire quelque chose pour retourner l'opinion
10:58parce que l'opinion publique californienne
11:00est favorable à la taxation des milliardaires
11:04à hauteur de 5 %.
11:05Des gens comme John Doerr, de Kleiner Perkins,
11:09qui sont des figures dans l'investissement de la technologie.
11:15Sergey Brin, Larry Page, ancien patron de Google.
11:18Je ne parle même pas de Larry Ellison.
11:21Je ne parle même pas de Jeff Bezos.
11:23Ils ont pris position fermement contre ce type de taxation,
11:28y compris, et là c'est intéressant,
11:31le gouverneur démocrate, très progressiste par ailleurs,
11:35de la Californie qui nous dit,
11:37mais attention, on est en train de tuer la poule aux oeufs d'or.
11:40Il faut savoir que la Californie recueille
11:46de la taxation des plus-values boursières
11:48entre 20 et 30 % de ses recettes fiscales.
11:51Pour un État américain normal, c'est de l'ordre de 5 %.
11:55Donc quand on commence à surtaxer les millionnaires
11:58qui sont devenus milliardaires,
12:01j'ai dit millionnaires, c'est milliardaires bien entendu,
12:04qui sont devenus milliardaires
12:05parce qu'ils ont réalisé des plus-values
12:08ou parce qu'ils ont investi très tôt
12:09dans des sociétés dont la valorisation explose,
12:12il ne faut pas tuer la poule aux oeufs d'or.
12:14Bon, de la dépendance de la Californie
12:16à ces super milliardaires.
12:18Merci beaucoup Pierre-Yves.
12:19Pierre-Yves Dugas avec nous chaque lundi,
12:21vous le savez, dans ce quart d'heure américain
12:22que vous retrouvez bien sûr en replay sur bsmart.fr
12:25ou en podcast audio sur l'ensemble
12:27de vos plateformes d'écoute préférées.
12:38Sous-titrage Société Radio-Canada
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