00:03On démarre cette édition avec Paul-François Fournier, directeur exécutif en charge de l'innovation de BPI France.
00:09Bonjour, merci beaucoup d'être avec nous, bienvenue dans Smartech.
00:12Je vous reçois pour votre livre « Innovation au carré » paru chez Anne Carrière tout récemment.
00:20Je dois dire que je ne l'ai pas terminé, mais j'ai commencé à le lire.
00:23J'ai beaucoup de lectures ces derniers temps, c'est la saison.
00:26C'est la saison.
00:27Ça m'a particulièrement intéressée parce que vous engagez cette discussion sur l'innovation à travers la question de la
00:36collaboration entre l'entreprise, la grande entreprise et les grandes organisations et les start-up.
00:41Vous dites aujourd'hui, c'est la thèse de votre ouvrage et vous le dites en introduction, le modèle traditionnel
00:47d'innovation qu'on a connu, c'est terminé, il ne fonctionne plus.
00:51Oui, je crois, il faut reconnaître que le monde a changé par le digital et au fond, l'intelligence artificielle
00:57ne va faire que changer.
00:58Le digital a amené en fait une baisse drastique de la capacité de faire de l'innovation qui ont permis
01:04aux start-up de devenir le vecteur d'innovation.
01:07On vivait dans un monde qui a permis des belles avancées, qui était assez prédictif, qui a permis l'Airbus,
01:14le TGV, où en fait on avait un grand groupe qui faisait des spécifications, des sous-traitants, des grands services
01:22de R&D.
01:22Et ça faisait, au bout d'un certain temps, avec un certain nombre d'argent, un bel objet.
01:27C'est très satisfaisant.
01:30Malheureusement, le digital a complètement fracturé ce modèle en permettant d'avoir des petites équipes avec un nouveau modèle qui
01:37est apparu de financement, qui est le capital risque, qui est devenu très important.
01:41Et puis, en fait, le digital a aussi permis de l'accès aux technologies qui étaient en fait la propriété.
01:45Donc, on a vu fleurir, d'abord dans le digital, et le digital se propageant dans toutes les entreprises, on
01:51le voit maintenant dans ce qu'on appelle la deep tech, toute une dynamique de start-up, qui sont devenues
01:55non pas anecdotiques, mais systémiques.
01:57Quand on regarde, en fait, la part de R&D faite par les start-up, en fait, elle est à
02:02peu près de plus de 20% aujourd'hui, et elle a doublé en presque un peu moins de 10
02:07ans.
02:08Et donc, inversement, la R&D fait dans les grands groupes, et on voit bien qu'ils sont obligés de
02:12faire des arbitrages, voyant que c'est un peu moins efficace.
02:15Et donc, la question pour moi, c'est comment on rassemble ces deux mondes ?
02:19Oui, mais ça ne veut pas dire qu'on n'a plus besoin de grands services de recherche et développement
02:23dans les grandes organisations.
02:24C'est simplement qu'on peut travailler en mode plus ouvert, vous dites, c'est ça ?
02:27Exactement.
02:28Que l'organisation peut s'ouvrir davantage ?
02:29Je crois qu'il faut s'ouvrir, parce qu'encore une fois, de plus en plus d'innovations sont faites
02:33dans les start-up.
02:34Ça ne veut pas dire, vous avez raison, qu'il ne faut pas continuer à conserver un savoir-faire de
02:39R&D, parce que d'abord, le savoir-faire d'industrialisation, c'est un énorme avantage qu'ont les grands
02:44groupes,
02:44avec les réseaux de distribution, parce que parfois, il faut protéger ces actifs qu'on a à l'intérieur.
02:50Et puis, ça ne veut pas dire non plus que les grands groupes ne vont pas continuer à faire de
02:54l'innovation de rupture.
02:55Je dis qu'il faut ré-répartir, ré-répartir, au fond, tous les moyens qui étaient mis dans la R
03:01&D interne, et accepter qu'une partie...
03:0450% vous dites, hein ?
03:05Alors, je dis à peu près 20% en moyenne, parce que c'est à peu près la proportion aujourd
03:09'hui qui est faite par les start-up.
03:10Mais en fait, c'est variable en fonction des secteurs.
03:14C'est à peu près 50% ce qu'ont fait les biotechs, les grandes pharmas.
03:17Les grandes pharmas, elles ont une partie de leur R&D interne qui gère les produits existants,
03:23et puis elles ont mis 50% de leurs moyens de R&D dans des prises de participation et des
03:28acquisitions.
03:28Mais c'est quand même très sévère avec la R&D, parce que vous dites que c'est une machine
03:32à ne pas faire.
03:33Oui, alors je provoque un peu, parce que je pense que le risque, c'est de continuer à faire persévérer
03:41un modèle qui est, je pense, moins efficace.
03:44Donc, vous avez raison, c'est probablement pas rendre grâce à tout ce qui a été fait, et j'essaie
03:49de le dire d'ailleurs dans le livre.
03:51Je pense qu'au fond, quand on voit aujourd'hui la dynamique, il faut reconnaître que cette dynamique, elle est
03:58extrêmement importante dans les start-up.
04:00Et moi, je crois inversement que les grands groupes ont des capacités absolument incroyables, que n'ont pas les start
04:05-up, qui ont en particulier la capacité d'industrialiser.
04:09On voit bien que les start-up ont du mal à industrialiser, on a du mal à apprendre ce métier
04:13industriel qui est fait merveilleusement par les grands groupes.
04:16Elles ont des réseaux de distribution mondiales, c'est une valeur incroyable, des capacités de marque.
04:20Et donc, il faut juste industrialiser ce rapport.
04:24Et les grands groupes ont essayé de faire des choses avec les start-up.
04:27Je pense qu'il faut passer à l'étape d'après, qui est une étape où on met véritablement les
04:31moyens.
04:31Et encore une fois, on arbitre ces moyens entre ce qu'on fait en interne, en regardant là où nos
04:37forces permettent de le faire,
04:38et ce qu'on va aller chercher à l'extérieur, qui était autrefois faite massivement à l'intérieur, mais qui
04:43est aujourd'hui de plus en plus faite dans les start-up.
04:45Et puis ça renforcerait tout notre écosystème, d'avoir des carnets de commandes un peu plus ouverts de la part
04:51des grandes organisations.
04:52Vous êtes aux avant-postes chez BPI France, vous voyez ce problème aussi de l'écosystème qui patine, qui n
04:59'arrive pas à grandir.
05:00Alors évidemment, ça permettrait effectivement de profiter et de faire avancer cet écosystème qui a besoin de commandes,
05:07qui a besoin de plus de capitaux, qui a aussi besoin d'exit, disons-le.
05:12C'est-à-dire qu'un certain nombre de ces start-up...
05:14Visiblement, on a un problème avec ça en France.
05:15On a un problème dans le monde, dans les deep tech aujourd'hui, parce que le modèle n'est pas
05:20encore complètement bouclé.
05:21C'est un des objectifs de ce livre d'essayer d'avancer sur cette réflexion.
05:25Et donc, effectivement, tout ça permettrait, au fond, de boucler la boucle au bénéfice des uns ou des autres
05:32et de sortir de cette, j'allais dire, stérile opposition entre la start-up nation et puis les grands groupes.
05:39Au fond, encore une fois, je crois qu'on a maintenant les moyens en France et en Europe
05:44d'un écosystème de start-up deep tech qui est significatif et des filières existantes très puissantes.
05:49Mais il faut juste maintenant industrialiser ce lien.
05:53Et c'est ce que j'essaye de pousser dans ce livre, en donnant un certain nombre de pistes concrètes
05:57pour passer à l'échelle.
05:58C'est entendu, ça, quand vous rencontrez aujourd'hui les grands dirigeants ?
06:02Alors, c'est l'objet de ce livre.
06:05C'est aussi de faire.
06:06Je crois que c'est entendu.
06:08C'est évidemment un passage et un changement.
06:11Pierre-André Chalandard, qui est l'ancien patron, président d'honneur de Saint-Gobain,
06:15m'a fait la gentillesse de faire la préface, disant qu'effectivement, ça répond à un certain nombre d'interrogations.
06:19C'est un premier signal.
06:20Et puis, j'attends effectivement d'avoir des échanges.
06:23Parce que l'objet, c'est évidemment aussi...
06:26J'ai été dans un grand groupe pendant très longtemps.
06:29Alors, c'est clair, parce que vous parlez aussi du haut de votre expérience.
06:32Vous avez commencé dans les télécommunications.
06:33J'ai commencé dans les télécommunications.
06:34Vous nous racontez cette petite histoire du Minitel et de la première box qui arrive, qui chahute orange.
06:40C'était il y a bien longtemps, mais effectivement, on avait chez Wanadu, à l'époque, choisi une petite entreprise
06:48qui s'appelait Inventel pour faire notre box par rapport à des grands groupes.
06:52Pourquoi ? Parce qu'on était une filiale d'un grand groupe.
06:55On avait, je crois, compris les codes de ce nouveau monde du digital.
06:59Et on a fait ce choix un peu chahuté, à l'époque, de faire une petite entreprise par un chercheur
07:04de l'ESPCI qui avait monté sa boîte.
07:06Alors que la R&D, à l'époque, était énorme.
07:10C'était, je crois, le début d'un changement.
07:14La R&D nous a aidés à industrialiser tout ça.
07:16Mais effectivement, on avait fait ce choix volontariste.
07:19Et on ne l'a pas regretté, pour être honnête avec vous, parce qu'ils nous ont permis d'aller
07:22beaucoup plus vite et de courir après Xavier Niel,
07:24qui avait fait le même choix, lui aussi, de bâtir sa propre start-up et de faire...
07:28Donc, tout ça, c'est les prémices de ce monde.
07:30En fait, ce qui s'est passé dans le digital il y a 15 ou 20 ans, avec l'IA,
07:33va se propager partout.
07:34Et donc, il faut apprendre cette nouvelle grammaire, essayer de réfléchir.
07:39Donc, ce livre, vous le disiez, il cherche essentiellement à provoquer un débat pour essayer de trouver des nouvelles méthodes
07:47et de passer à l'échelle d'après.
07:50Vous avez raison, on en a besoin pour les start-up.
07:52Je crois aussi qu'on en a besoin pour les grands groupes.
07:54Et donc, il y a un certain nombre de paris à faire.
07:56Le monde de la santé l'a fait, je crois, pour son plus grand bénéfice aujourd'hui.
08:00Le monde du digital est complètement construit comme ça.
08:02En fait, les grands groupes du digital achètent massivement de la R&D à l'extérieur.
08:06Quand on voit Microsoft, il est dans OpenAI et toutes les grandes boîtes d'IA.
08:13Ces règles vont se propager progressivement.
08:16C'est un changement de logiciel.
08:18Et j'essaye de participer, de le formaliser et de trouver, de proposer des pistes qui doivent être ensuite, je
08:24pense, reprises,
08:25travaillées secteur par secteur, entreprise par entreprise.
08:28Et bien voilà, donc si vous voulez un livre de grammaire digeste,
08:31très sympa à lire, vraiment,
08:33pour comprendre comment on passe à l'ère de l'innovation entre grandes entreprises et start-up,
08:38je vous le conseille.
08:39Paul Forst-Fournier, merci beaucoup.
08:40Je rappelle que vous êtes le directeur exécutif en charge de l'innovation de BPI France.
08:43Et ce livre s'appelle « Innovation au carré », paru chez Anne Carrière.
08:47Merci beaucoup.
08:48Merci.
08:49Merci.
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