- il y a 5 heures
Des centres de soins en zones rurales dans lesquels les médecins peuvent rester une semaine et se relayer : c’est l’idée de l’association Médecins Solidaires. Un système qui a inspiré le dispositif de l’État “Un médecin près de chez vous”, qui est moins flexible, mais complémentaire à la solution de l’association. L’organisme participe à un challenge solidaire avec la plateforme Dift.
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00:03Smart Cause, c'est notre rubrique en partenariat avec Dift, la plateforme qui aide, vous le savez,
00:09des centaines d'associations vérifiées à collecter des dons, à la fois grâce aux mécénats d'entreprise
00:14et puis à des campagnes de collecte grand public. Aujourd'hui, on découvre Médecins Solidaires
00:18avec le docteur Martial Jardel qui est avec nous en duplex. Bonjour, heureux de vous retrouver dans notre émission.
00:25L'aventure Médecins Solidaires a commencé je crois en 2022. Vous étiez combien à l'époque et vous êtes combien
00:30aujourd'hui ?
00:31Bonjour, on était 7 au début et aujourd'hui on est 1030 médecins. On a passé la barre symbolique des
00:381000
00:38et c'est la raison pour laquelle on profite de cette occasion pour aller chercher la générosité du public
00:44pour nous soutenir dans cette démarche qui est je pense un système qui peut vraiment fonctionner
00:49pour lutter contre l'inégalité d'accès aux soins.
00:51Quelques chiffres, 13 centres de santé en France, 16 000 patients suivis et donc plus de 1000 médecins solidaires aujourd
00:59'hui.
01:00Vous nous rappelez le principe de Médecins Solidaires, Martial Jardel ?
01:06Le principe de Médecins Solidaires c'est de se dire, puisqu'on ne peut pas demander beaucoup à peu de
01:10médecins,
01:10peut-être qu'on peut essayer de demander peu à beaucoup en se disant, mais finalement,
01:15est-ce que pour délivrer de la médecine générale à la population,
01:18on est obligé d'avoir un médecin qui décide d'aller s'installer pendant 30 ans ?
01:22Est-ce qu'on ne peut pas s'organiser collectivement, nous médecins, nous qui sommes citoyens et médecins,
01:27nous qui savons en tant que médecins ce que ça veut dire, que de ne pas être suivi,
01:30est-ce que ça peut impliquer comme conséquence, est-ce qu'on ne peut pas s'organiser collectivement
01:34pour apporter très rapidement une solution quand les patients d'un territoire n'ont plus de médecins d'un coup
01:40?
01:41Et donc chaque médecin va venir une semaine se relayer avec l'ensemble du collectif.
01:46Et donc ça va peser très peu sur les épaules de chaque médecin,
01:49puisqu'il va venir une semaine du lundi au samedi.
01:51Et comme on va tout organiser autour pour que ce soit facile et que l'exercice soit immédiatement possible,
01:58parce que le matériel est présent, parce qu'il y a des coordonnatrices qui accueillent les patients, les médecins,
02:02eh bien on va rétablir un accès aux soins dans un village.
02:06Qui sont ces médecins solidaires ?
02:07Ce sont forcément des retraités ou pas du tout ?
02:10Non, alors il y a des jeunes remplaçants qui sortent de la fac
02:14et qui sont ravis de pouvoir découvrir des territoires par ce moyen-là.
02:18Il y a des médecins installés, mais qui sont installés dans des conditions peut-être assez bonnes,
02:23parce qu'ils sont en banlieue d'une grande ville ou dans le centre-ville d'une métropole
02:26et qu'ils peuvent quitter leur territoire pendant une semaine sans mettre en péril l'accès aux soins.
02:31Et puis il y a des médecins retraités, bien sûr, qui jouent un rôle d'amortisseur très important
02:35dans cette crise de l'accès aux soins qu'on est en train de traverser,
02:37puisqu'ils sont assez nombreux, ils sont engagés, ils ont le temps, ils ont envie.
02:40Donc c'est ces trois populations-là, ces trois grandes populations qui constituent l'essentiel de notre collectif.
02:46Ils sont payés, comment ça se passe pour eux ?
02:49Alors oui, ils sont rémunérés, mais ils sont rémunérés 1000 euros la semaine,
02:53ce qui est moins que ce qu'ils pourraient prétendre pour la même quantité de travail plus proche de chez
02:57eux.
02:57Donc il y a quand même une vraie dimension de solidarité.
03:00Il y en a beaucoup qui voudraient être bénévoles, mais on ne leur dit pas non quand même.
03:02On ne peut pas accepter qu'il y ait aujourd'hui en France des médecins généralistes
03:05qui travaillent pour 0 euro, 0 centime.
03:07On ne peut pas dire la médecine générale, ça vaut 0.
03:10Par contre, on a été obligé, parce que les modèles économiques sont évidemment très contraints
03:14et qu'on n'a pas envie de construire un projet déficitaire,
03:17on a été obligé de trouver des endroits où économiser.
03:20Et c'est sur la rémunération des médecins, entre autres, qu'on l'a fait,
03:23ce qui peut être source de discussion.
03:24Il y en a beaucoup qui nous disent que c'est scandaleux,
03:26mais on essaye en tout cas d'être un projet qui soit immédiatement efficace,
03:30immédiatement pragmatique, avec les règles du jeu,
03:32qui sont celles qui sont en vigueur actuellement,
03:34parce que les gens, les patients n'ont pas le temps d'attendre que les règles évoluent.
03:37Il faut qu'il y ait des solutions tout de suite.
03:39Il y a un dispositif gouvernemental qui s'appelle Un médecin près de chez vous.
03:43C'est différent ? Ça marche comment ?
03:45Comment vous l'évaluez, ce dispositif ?
03:48C'est un dispositif qui est effectivement différent,
03:50mais qui est inspiré de notre modèle.
03:51C'est depuis qu'on a inventé Médecin solidaire que ce dispositif a émergé,
03:57qui ne s'adresse pas exactement à la même population de médecins,
03:59c'est-à-dire qui s'adresse vraiment à des médecins plus libéraux,
04:02alors que nous, c'est plutôt tous les médecins,
04:04mais le dispositif gouvernemental,
04:06il s'adresse à des médecins qui vont parfois vouloir inscrire un peu dans leur routine
04:09le fait d'aller un ou deux jours par mois dans un cabinet
04:12qui est dans une zone un petit peu plus sinistrée,
04:14mais pas loin de chez eux,
04:15puisqu'il y a cette espèce de régularité d'aller un ou deux jours tous les mois.
04:19Et donc, c'est un peu une autre démarche, mais qui est tout à fait complémentaire.
04:22Nous, on pense que la solidarité ne peut pas être concurrentielle,
04:25c'est antinomique.
04:26Et donc, on est vraiment, nous, dans l'idée de faciliter l'émergence de ce dispositif,
04:32en tout cas l'émergence du principe de la solidarité.
04:34Il faut que tous les médecins qui ont envie de contribuer
04:36puissent trouver un moyen de le faire.
04:38Et plus il y a de dispositifs qui existent,
04:40plus les médecins peuvent contribuer de la meilleure manière,
04:43celle qui leur convient le mieux.
04:44Alors, quand j'anime ici ou sur d'autres chaînes des débats autour de la santé,
04:51j'ai souvent des interlocuteurs qui me disent
04:52« mais finalement, toute la France est un désert médical ».
04:56Alors, c'est un peu caricatural, mais il y a une part de vérité là-dedans ?
04:59Il y a complètement une part de vérité.
05:02On dit que 87 à 90 % du territoire est un désert médical.
05:06Ça dépend de ce qu'on entend par « désert médical ».
05:08Mais si on veut dire que l'accès aux soins est limité,
05:13oui, c'est quasiment sur l'intégralité du pays.
05:15Il peut y avoir du renoncement aux soins parce que c'est plus difficile d'accès.
05:18Mais il y a des zones qui sont quand même beaucoup plus sinistrées que d'autres.
05:21Et il y a des zones dans lesquelles il n'y a pas d'alternative.
05:23Et ça, c'est assez intéressant et important à comprendre.
05:26On dit « Paris est le plus grand désert médical ».
05:28Oui, d'accord, mais enfin, à Paris, il peut y avoir d'autres alternatives.
05:32Je peux monter dans le métro et aller aux urgences de la Riboisière en 20 minutes.
05:36Je peux trouver un médecin en secteur 2, même si je vais payer plus cher, mais je vais trouver.
05:40Je peux appeler SOS Médecin. Je peux avoir des solutions.
05:44Quand vous êtes dans un territoire rural, quand vous êtes dans le fin fond du cher,
05:48si vous n'avez pas de moyens de mobilité, qu'il n'y a plus de médecin, il n'y
05:50a plus d'accès aux soins.
05:51C'est fini, terminé, basta.
05:53Et c'est ça qui est insupportable.
05:54C'est ça qui est inimaginable.
05:57Il y a beaucoup de gens qui me disent « mais moi, je ne me rends pas bien compte de
06:01ce que ça peut générer
06:01quand on parle de désert médical ».
06:03Mais c'est des gens qui n'ont plus de traitement pour leur pathologie.
06:06C'est des gens qui, concrètement, ont des pertes de chances qui sont intolérables
06:10dans un pays qui est considéré comme la septième puissance du monde en 2026,
06:15d'avoir des gens en même temps, dans le même pays, qui sont très bien soignés pour leur diabète
06:19et puis d'autres qui n'ont pas de traitement.
06:21Et donc, derrière, il y a vraiment une question de vie et de mort, de perte de chances, d'abandon.
06:25Et c'est vraiment insupportable.
06:26Et ça doit nous indigner en tant que citoyens et encore plus en tant que citoyens médecins.
06:31Vous ouvrez, je crois, cette année, six nouveaux centres, c'est ça ?
06:35Donc, il y a un rythme de...
06:37C'est lié au...
06:38Alors, je vais essayer de bien formuler ma question.
06:41C'est lié au nombre de médecins volontaires qui vous contactent et qui disent « on est prêt à participer
06:47»
06:47ou alors c'est lié à des élus, des maires, des intercommunalités qui vous disent « nous, voilà le lieu,
06:54on est prêt, on a tout préparé, venez ».
06:57Alors, on a à peu près cinq sollicitations par jour de communes pour qu'on vienne ouvrir un centre de
07:02santé chez eux.
07:03Ce ne sont pas les communes qui sont les plus difficiles à trouver, il y a beaucoup de sollicitations.
07:07Nous, c'est l'équilibre délicat de tirer le projet pour qu'il aille à son plein potentiel,
07:12c'est-à-dire qu'on ouvre autant de centres qu'on puisse ouvrir pour que ça réponde à un
07:15maximum de besoins des patients
07:17et en même temps de ne pas aller trop vite au risque de faire des promesses factices
07:22et d'ouvrir des centres dans lesquels il n'y aura pas de médecin.
07:24Et donc, c'est la croissance de notre collectif de médecins qui guide notre action.
07:28On a une croissance pour l'instant qui est continue, qui est stable, mais qui est continue.
07:33On espère qu'elle va devenir exponentielle, qu'à un moment, on va y avoir une espèce de cristallisation
07:38au niveau de l'ensemble des médecins de France pour qu'ils se précipitent pour faire leur semaine chez Médecins
07:45Solidaires,
07:46convaincus que ça puisse fonctionner.
07:48Du jour où on passe de 1 000 médecins à 5 000 médecins,
07:51on peut ouvrir évidemment beaucoup plus de centres de santé
07:54parce qu'on sentira qu'on a derrière une force à le faire.
07:57Mais, Marcial Jardel, jusqu'où ça peut aller ?
08:01Parce que, alors j'ai bien compris le système de rotation, etc.,
08:05mais ces médecins, quand ils viennent une semaine, ils ne sont plus disponibles dans leur cabinet.
08:10Donc, est-ce qu'il y a suffisamment de médecins pour dupliquer le système ?
08:14Je ne sais pas, jusqu'à des centaines et des centaines de centres.
08:19C'est ça, c'est très exactement ça, Thomas Hugues.
08:22L'erreur qu'on fait dans l'analyse, quand on regarde en Zoom,
08:28c'est qu'on pense que tous les médecins sont installés dans un cabinet
08:31en étant à 100% de leur temps de travail.
08:35Et en fait, il y a 40 000 médecins en France qui sont relativement disponibles,
08:40soit parce qu'ils sont remplaçants, soit parce qu'ils sont juste retraités,
08:43soit parce qu'ils sont installés, mais avec une activité en temps partiel,
08:47ils travaillent deux jours par semaine, trois jours par semaine,
08:49et donc ils ont un peu de temps disponible.
08:51Si c'est 40 000 médecins, sur les 100 000 médecins diplômés en France,
08:55il y en a 40 000 qui présentent une disponibilité.
08:58Sur ces 40 000 médecins, s'ils font tous une semaine par an,
09:01on peut ouvrir 800 centres de santé de solidarité, c'est-à-dire 8 par département.
09:07Et si vous considérez que sur 100 départements, il y en a à peu près 50
09:10qui ont de gros besoins et 50 qui n'ont pas tellement de besoins
09:13parce que c'est des bonnes zones de densité,
09:16vous pouvez ouvrir 16 centres de santé pour tous ces départements.
09:19Vous ouvrez 16 centres de santé dans un département comme la Creuse,
09:22le problème est réglé.
09:23Le problème est réglé.
09:24La démonstration est très claire, je suis convaincu grâce à vous.
09:28Un mot quand même, il nous reste une minute de ce challenge solidaire avec DIFT.
09:33Comment ça se passe ? Qu'est-ce que vous en attendez ?
09:36Alors nous, on a envie d'appliquer notre mantra qui est de dire
09:40au lieu de demander beaucoup à peu, on peut demander peu à beaucoup
09:43en se disant que c'est un projet qu'on peut permettre d'être financé
09:48par la générosité citoyenne, par la contribution citoyenne
09:51en se disant que si on demande à beaucoup de citoyens de contribuer un peu,
09:55ça nous permet nous d'aller chercher encore plus loin
09:57pour développer notre système, d'aller diversifier nos financements
10:00et d'être donc dans une démarche qui est encore plus collective,
10:03encore plus citoyenne.
10:05Et donc on lance cette grande contribution qui dure 15 jours.
10:09Ça a commencé le 13 avril, ça a fini le 27.
10:12Et donc c'est ça le projet.
10:14Merci beaucoup, Martial Jardel.
10:16Bon vent à Médecins Solidaires.
10:18On passe tout de suite à notre débat.
10:21Comment vraiment donner leur chance au talent des cités ?
10:24Merci.
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