- il y a 1 jour
Samedi 25 avril 2026, retrouvez Clémentine Colin Richard (Administratrice de Paraboot et Présidente de la Fédération Française de la Chaussure) et Marie-Pierre Rixain (députée de l'Essonne) dans SMART WOMEN, une émission présentée par Marie-Claire Capobianco.
Catégorie
🗞
NewsTranscription
00:03bonjour bienvenue dans smart woman l'émission qui donne le pouvoir aux femmes donc chaque mois
00:09mes invités à la fois des responsables de collectifs de réseaux des grands témoins de
00:15tous horizons des dirigeants d'entreprises alors essentiellement des patronnes de PME TI donc des
00:22profils très différents mais qui partagent une conviction qui est celle que les femmes doivent
00:27prendre leur juste place la moitié bien évidemment leur juste place dans toutes les sphères de pouvoir
00:33économique politique médiatique scientifique et la question du pourquoi la réponse est simple pour
00:40plus de performances économiques pour plus de rationalité et d'équilibre dans les prises de
00:46décisions et une meilleure représentation sociale alors aujourd'hui pour en parler je vais recevoir
00:51tout d'abord Marie-Pierre Rixin qui est députée de l'Essonne qui a porté la loi éponyme sur
00:57l'égalité justement hommes femmes avec l'installation d'un pourcentage de femmes dans les instances
01:04dirigeantes alors comme la loi vient de passer une étape formelle de résultats à atteindre Marie-Pierre
01:11Rixin pourra nous dire ce qu'il en est justement et nous partager son sentiment par rapport à tout ça
01:16et puis ensuite je ferai le portrait de clémentine colin richard qui est actionnaire administratrice du groupe
01:26Richard Pontvert plus connu sous le nom de Paraboot la marque Paraboot bien sûr donc à la fois grande
01:32tradition française d'excellence et c'est la quatrième génération depuis l'installation en 1908 dans le
01:39Voiron donc voilà une belle PME à découvrir par l'intérieur voilà le programme donc tout de suite
01:46je vais accueillir Marie-Pierre Rixin bonjour Marie-Pierre Rixin merci ravi de vous retrouver sur ce plateau
01:57puisque vous y étiez venu une première fois en avril 2024 déjà deux ans et j'ai sauté en fait
02:03vous dire
02:04entre parenthèses bien sûr le notre interview demeure tout à fait disponible en replay sur
02:09bsmart et sur les plateformes de streaming et aujourd'hui j'ai souhaité vous recevoir à nouveau
02:14parce que la loi qui porte votre nom et que vous aviez fait promulguer fin 2021 si je me souviens
02:20bien
02:20a passé une étape importante puisqu'il y avait une première échéance formelle en mars 2026 en termes
02:26d'atteinte des objectifs que vous aviez proposé donc première question bien où en est-on qu'est ce que
02:33ça a donné au niveau des entreprises donc effectivement cette loi fixe notamment des objectifs chiffrés aux
02:38entreprises de plus de 1000 salariés sur deux périmètres à la fois les COMEX CODIR comme on dit
02:44et parmi les cadres dirigeants donc avec un premier échelon en effet 1er mars 2026 de 30% et puis
02:51d'ici
02:522029 de 40% donc eh bien en effet nous pouvons déjà adresser un premier bilan et le bilan est
03:00positif
03:00puisque au 1er mars dans les entreprises du CAC 40 nous sommes à 30% de femmes dans les COMEX
03:08et les CODIR
03:08et dans les entreprises du SBF 120 nous sommes à 31% donc on veut dire que les entreprises cotées
03:14ont en effet en moyenne atteint en moyenne cet objectif sachant que des entreprises ont par ailleurs
03:21dépassé ces objectifs on a par exemple 7 entreprises du CAC 40 qui sont déjà quasiment à 40% donc
03:28en moyenne
03:29effectivement on a des entreprises qui ont compris l'importance de cette dynamique évidemment dans un souci de performance et
03:38de recrutement en élargissant un vivier et qui leur permettent ensuite eh bien d'atteindre des objectifs qu'ils n
03:47'arrivaient pas à atteindre jusqu'à présent.
03:48Mais non mais c'est très clair en fait de toute façon bon je crois qu'on en a pas
03:51mal discuté ensemble et avec beaucoup d'autres mais l'aspect quota qui est souvent critiqué bon bah a la
03:58grande vertu que de l'efficacité donc il y a un moment où il faut savoir ce qu'on veut
04:01et donc on en passe par là donc donc bravo pour tout ça.
04:05Si vous deviez aménager aujourd'hui la loi est-ce qu'il y a des points sur lesquels vous reviendriez
04:10ou que vous souhaiteriez développer davantage ou pas ?
04:14Alors évidemment dans un dispositif législatif tout peut être encore rendu plus performant il y a certainement des points qui
04:24peuvent être interrogés notamment par exemple le nombre de salariés, le périmètre des entreprises concernées.
04:30Il me semble que 1000 salariés reste encore un périmètre qui reste pertinent. Je crois que les entreprises en deçà
04:39n'ont pas nécessairement encore les ressources pour pouvoir eh bien peut-être mettre en place des législations plus contraignantes.
04:49Aujourd'hui la difficulté peut-être qui repose auquel les entreprises sont confrontées c'est de se dire vous savez
04:56la répartition entre la féminisation des fonctions support et des fonctions opérationnelles.
05:02Il ne me semble pas que cela relève de la loi. Je ne pense pas que ce soit au législateur
05:06d'intervenir sur ce point.
05:07Il y a certainement et ça n'est pas uniquement un point qui a été observé en France je pense
05:14notamment à la Grande-Bretagne qui fait partie également des pays européens les plus performants sur le sujet observe la
05:20même dynamique.
05:21Il y a certainement un déficit de pouvoir pour les femmes qui ont encore des difficultés à intégrer ce que
05:27l'on appelle des fonctions tremplin et qui ensuite sont des fonctions qui in fine permettent eh bien d'obtenir
05:35des places par exemple de CEO ou de direction générale.
05:37Donc effectivement il y a encore un plafond de verre non plus là sur le fait d'incorporer des comex
05:45ou des codires mais sur le fait d'occuper des postes qui ensuite mécaniquement permettent d'occuper des places de
05:52direction générale.
05:53Mais on peut se dire aussi je crois que c'est une réflexion que les entreprises peuvent mener et je
05:57sais qu'elles le font pour certaines que l'on peut aussi occuper des fonctions de direction générale sans nécessairement
06:03traditionnellement avoir occupé en amont
06:05des postes qui jusqu'à présent traditionnellement permettait d'occuper des postes de direction générale.
06:11Je crois qu'il y a une réflexion plus globale sur la manière dont chacune et chacun exerce ses talents
06:16à l'intérieur de l'entreprise et la manière aussi dont on configure à l'avance des postes de direction
06:23générale.
06:23Non mais c'est vrai que les parcours ont tout leur sens et qu'on peut faire varier les parcours
06:27et vous avez raison de souligner je crois que effectivement c'est pas la loi d'en décider mais il
06:32est évident qu'il y a beaucoup plus de femmes dans les fonctions,
06:34enfin la tête des fonctions qu'à la tête des business et c'est ça sans doute qu'il faut
06:37malgré tout infléchir.
06:40Donc vous avez parlé spontanément en Grande-Bretagne, quelle est finalement la place et l'évolution surtout de la place
06:47de la France au sein des pays notamment européens mais pas que dans cette dynamique justement d'égalité de pouvoir
06:55professionnel ?
06:56Alors ce qui est certain c'est que depuis l'adoption de la loi la France a gagné 10 points
07:01donc en l'espace de 5 ans, 4 ans sur la place des femmes dans les instances de direction.
07:09Donc ce qui a permis à la France d'intégrer le club des 4 pays les plus performants en la
07:16matière, c'est-à-dire des pays qui ont 30% de femmes dans leur comex et codire.
07:21Donc il y avait en effet la Norvège, la Suède et la Grande-Bretagne, il y a maintenant la France.
07:25D'accord.
07:25Nous sommes vraiment rentrés dans ce club-là.
07:27Nous avons dépassé depuis maintenant 2 ans les États-Unis sur ce point qui sont péniblement à 27%.
07:35Et nous sommes surtout, ça c'est le dernier rapport de la Banque mondiale que Christine Lagarde d'ailleurs avait
07:43largement mis en avant récemment au moment du 8 mars.
07:46Nous sommes le deuxième pays au monde derrière le Canada en matière de législation, en matière d'égalité professionnelle, ce
07:54qui permet vraiment à la France d'être un étalon sur le sujet.
07:58Et évidemment la place des femmes dans les comex et les codires a permis à la France vraiment de cranter
08:04des places supplémentaires.
08:06Non mais ça c'est vrai qu'il y a une évolution très significative après la loi Copé-Zimmermann qui
08:11avait elle permis au niveau des conseils d'administration,
08:13donc c'est des progrès sensibles. Donc là, la loi porte sur cette égalité professionnelle qui est très importante.
08:21Mais il y a aussi un autre sujet qui est assez structurant et dont on parle aussi, qui est celui
08:26du rapport finalement des femmes avec l'argent et notamment avec l'investissement.
08:30C'est cet angle-là que je souhaite le prendre. Et vous soulignez l'importance de ce point, notamment dans
08:37la perspective de ce qu'on appelle la grande transmission dans le monde économique
08:41qui est en fait le nombre important d'entreprises qui vont changer de main par succession et par transmission aux
08:48descendants.
08:49Et le chiffre, alors il y a plusieurs chiffres qui sont donnés, mais enfin le chiffre que j'avais retenu
08:53moi, c'est qu'au moins 40% des entreprises qui vont être transmises
08:58le seront à des femmes, ce qui sera quand même très nouveau. Qu'est-ce qu'on peut en dire
09:04de ça ?
09:04En fait, la problématique de cela, c'est la place des femmes comme sujet économique. Au fond, les sujets que
09:12vous évoquez ici dans cette émission,
09:15qui sont à la fois les sujets de transmission de patrimoine, mais également la manière dont les femmes peuvent être
09:21femmes d'entreprise
09:22et la manière dont elles peuvent être financées, par exemple, reposent de manière générale sur leur statut de sujet économique.
09:30Et d'ailleurs, l'égalité professionnelle, bien évidemment, en fait partie parce que lorsqu'il y a des écarts de
09:35rémunération entre les femmes et les hommes,
09:37ce sont autant de difficultés que les femmes ont pour constituer des économies, pour par exemple ensuite s'engager dans
09:45un projet entrepreneurial.
09:46Donc on voit à quel point tout cela évidemment s'emboîte.
09:49C'est très lié.
09:50Et très lié. Donc aujourd'hui, en effet, il y a un élément que l'on pourrait qualifier de «
09:55game changer » véritablement qui s'annonce,
10:00qui est cette grande transmission qui est à la fois celle en effet de la transmission d'entreprise,
10:06mais plus largement celle de la transmission de patrimoine entre les générations.
10:10Donc il y a effectivement un certain nombre de chiffres qui sont évoqués. Je ne vais pas revenir là parce
10:14qu'ils peuvent être discutés.
10:18En tout cas, ce qui est certain, c'est qu'une grosse partie de cette transmission va passer notamment par
10:23les mains des femmes pour plusieurs raisons.
10:25Ce qui est nouveau.
10:26Absolument, pour plusieurs raisons. D'abord pour des raisons démographiques, pour des raisons également liées à l'espérance de vie,
10:33mais également au fait aussi qu'il y a de plus en plus de femmes qui vivent seules et qui,
10:39voilà, de couples séparés par exemple.
10:41Et donc il y a effectivement cette transmission qui va s'opérer.
10:45Donc ça, c'est majeur parce qu'il ne s'agit plus aujourd'hui de se poser la question de
10:51savoir si les femmes sont des sujets économiques.
10:52Les femmes vont être par définition des sujets économiques.
10:57Et les acteurs économiques, je pense notamment aux acteurs bancaires par exemple, ont non-conscience.
11:02Et aujourd'hui, ça tarde en fait à se demander comment ils vont s'adresser à cette cible en particulier,
11:10qu'ils avaient peut-être négligé jusqu'à présent.
11:14Donc il s'agit à la fois de se demander en effet comment les femmes vont pouvoir transformer cette épargne
11:23en investissement.
11:24Parce qu'on sait aujourd'hui que les femmes épargnent davantage.
11:28Et tout cela s'explique évidemment par la manière dont les femmes peuvent rencontrer des difficultés.
11:33Qui conçoivent leur rôle.
11:34Absolument.
11:35Et puis, voilà, dans un souci de protection d'elles-mêmes.
11:39Mais aujourd'hui, il faut effectivement qu'on arrive à faire passer cette épargne,
11:43la transformer en investissement.
11:45Parce qu'on sait à quel point c'est une manne essentielle pour notre économie.
11:50Donc les acteurs l'ont compris.
11:51Et aujourd'hui, je crois qu'ils...
11:53Il y a une vraie mobilisation autour du sujet.
11:55Mais c'est vrai que ce sera encore un nouvel élément probant dans le rôle des femmes.
12:00Parce qu'à nouveau, dans la performance économique, la performance de croissance du pays,
12:04les femmes ont un grand rôle à jouer.
12:06Bon, mais donc nous allons observer.
12:07Nous pourrons reparler de tout cela.
12:08En tout cas, merci pour ce que vous faites.
12:12Et bravo pour cet engagement qui est à la fois tenace et concret.
12:15Donc vous savez que nous sommes nombreuses et nombreux sans doute aussi à soutenir ces initiatives.
12:20Et on pourra en reparler avec plaisir sur ce plateau.
12:24Merci Marie-Pierre.
12:29Bonjour Clémentine Conner-Richard.
12:31Bienvenue dans Spartoman.
12:33Bonjour Marie-Claire.
12:34Bonjour.
12:35Alors Clémentine, je le disais en introduction,
12:36vous faites partie de la quatrième génération
12:38aux commandes d'une marque iconique du Made in France.
12:42Je veux dire Paraboot.
12:44Mais en réalité, d'ailleurs, c'est pas...
12:46On connaît le nom de Paraboot, mais le vrai nom du groupe,
12:49c'est le groupe Richard Ponvert.
12:51Et puisqu'on est dans une émission sur justement l'égalité homme-femme,
12:55je propose que nous commencions par l'anecdote du nom.
12:58Parce que c'était quand même ancien en plus.
12:59Allez-y, parlez-nous du nom.
13:01Oui, je vous remercie de me donner cette occasion.
13:02C'est vrai qu'on parle souvent de Paraboot,
13:04mais Paraboot en fait est une des marques du groupe.
13:06Donc le groupe s'appelle Richard Ponvert.
13:08Et c'est vrai que c'est une petite fierté pour nous,
13:09parce qu'en fait, Richard n'est que le nom de famille de mon arrière-grand-père,
13:14qui est le fondateur de toute cette belle histoire.
13:17Mais pour ça, il a eu besoin de sa femme,
13:19qui était Julienne Ponvert.
13:21Et c'est vrai qu'on a une certaine fierté à avoir les deux noms sur le fronton,
13:24parce que je pense qu'à l'époque, c'était pas commun.
13:27L'époque, c'est 1908, il faut le rappeler.
13:29Voilà, exactement.
13:30On date ça de 1908, il y avait peut-être quelque chose avant.
13:33Mais bon, comme j'aime à dire,
13:34soit mon arrière-grand-père était en avance sur l'égalité homme-femme,
13:38soit mon arrière-grand-mère avait déjà un petit caractère bien trempé dans le féminisme.
13:42C'est bien, donc voilà, les deux noms, dès le départ, sur les deux noms,
13:47sur le nom du groupe.
13:48Alors, j'ai eu envie de vous inviter,
13:51non seulement parce que l'histoire du groupe est très intéressante
13:54et vous allez en parler, bien évidemment,
13:56mais aussi parce que vous avez choisi, en fait,
13:59d'exercer la gouvernance du groupe,
14:02non pas en prenant la direction opérationnelle,
14:06mais au contraire,
14:07enfin au contraire, pas au contraire d'ailleurs,
14:08mais simplement en étant très active au sein du bord,
14:13donc en tant qu'administratrice auprès d'un DG salarié.
14:16Alors ça, on va y revenir,
14:17parce que c'est un aspect tout à fait intéressant de la pensée que vous avez eue,
14:21mais on va commencer quand même par le début.
14:23Donc, vous avez démarré, vous étiez enfant,
14:26et donc vous étiez, vous avez grandi aux côtés d'un père
14:28qui était très, très investi dans l'entreprise.
14:31Donc lui, c'était son grand-père qu'il avait fondé.
14:34Donc, votre père très investi,
14:36et néanmoins, il vous a tenu, me dites-vous,
14:39et votre frère de la même façon,
14:41donc ce n'est pas du tout parce que vous étiez une fille,
14:43et votre soeur aussi,
14:44mais ce n'est pas le côté fille qui jouait,
14:46c'était vraiment...
14:47Il vous a tenu assez éloigné.
14:48Donc, quelle était à l'époque
14:50votre perception de l'affaire familiale,
14:53et pourquoi d'ailleurs vous en tenait-il éloigné ?
14:56Alors pour moi, il y a plusieurs facteurs, en fait.
14:59Alors déjà, parce que papa était la troisième génération,
15:01et que j'ai grandi avec l'adage,
15:03la première génération crée,
15:05la deuxième prospère,
15:06et la troisième mange la grenouille.
15:08Et il s'avère que quand papa est arrivé
15:09aux commandes de l'entreprise,
15:11à peu près dans les années 70-74,
15:13en effet, l'entreprise était en difficulté,
15:15et il aurait bien pu être la génération 3
15:18qui bouffe la grenouille.
15:19Donc, il s'est jeté, je dirais, à corps perdu
15:22pour que cet adage n'ait pas lieu.
15:24Démenti.
15:24Voilà, soit démenti.
15:26Donc, c'est sûr que nous, en tant que famille,
15:28ça n'a pas été forcément facile.
15:31Et donc, voilà, on avait un papa relativement absent,
15:35enfin, dédié à l'entreprise,
15:36et ce qu'il en a fait est juste fantastique.
15:39On a encore cette chance aujourd'hui.
15:42Donc, forcément, moi, ça a posé beaucoup de questions
15:44sur l'histoire de l'entreprise.
15:46Finalement, c'était aussi la connaissance de ce père.
15:48C'était aussi la connaissance de l'histoire familiale,
15:50tout simplement.
15:51Et moi, j'interprète le fait qu'il nous en ait tenu éloignés
15:55parce qu'en fait, il ne nous souhaitait pas
15:57tous ces tracas, je vais appeler ça simplement comme ça,
16:01de l'entrepreneuriat et encore plus de l'entrepreneuriat familial.
16:05Oui, donc, c'était vraiment cette volonté de protéger.
16:08Bon, alors, de ce fait, vous avez commencé effectivement
16:10par des études de biologie, donc pas du tout dans le même sens.
16:13Puis après, vous êtes allé vers le commerce quand même.
16:15Et puis, vous avez décidé de travailler à la création de produits
16:18et ça vous a permis de démarrer par des marques tout à fait formidables
16:22comme Hermès, comme Charles Jourdan.
16:25Mais à un moment, vous vous êtes dit, mais pourquoi pas paraboute ?
16:28Alors, je pense que je me le suis dit depuis très, très longtemps.
16:32Pourquoi pas paraboute ?
16:33Ce qu'il y a, c'est que papa n'était pas prêt.
16:37Et en fait, je dois mon entrée dans l'entreprise dans les années 2000,
16:40enfin en 2000, après la naissance de ma première fille,
16:43en fait, au directeur commercial de l'époque qui, lui, me voyait graviter autour.
16:48J'allais sur les salons, je participais dans des boutiques et autres.
16:51Et qui m'a dit, mais ta place est là et tu en as envie.
16:54Et en fait, bon, qui, je pense, est chargé de convaincre mon père
16:59de me faire entrer dans la société.
17:01Mais alors justement, alors donc, c'est en 2000.
17:03Donc là, vous entrez effectivement.
17:05Votre père accepte.
17:06Je suppose qu'il en a été quand même très fier après.
17:08Enfin, il n'a pas dû le montrer au départ.
17:09Ça, vous lui poserait la question.
17:11Il ne l'a pas dit.
17:13Et alors, qu'est-ce que vous avez fait au sein du groupe, là,
17:15pendant quelques années ?
17:16Parce que vous avez été en fonction opérationnelle
17:18pendant 17 ans, si je ne me trompe pas.
17:20Tout à fait.
17:21En fait, je suis rentrée, alors, très loin des études que j'avais faites,
17:25qui étaient plutôt, voilà, de direction de collection, création de produits.
17:30Je suis rentrée, en fait, pour administrer et organiser
17:33notre filiale de boutique qu'on avait créée en 88.
17:37Et il y avait déjà 5, 6 magasins à travers la France.
17:40Et il fallait organiser un peu les choses,
17:42surtout qu'on avait la volonté de se développer.
17:44Donc, ce n'était pas un projet de création de collection,
17:46mais c'était un projet d'un nouveau métier,
17:48d'intégrer un nouveau métier à la fabrication de la chaussure,
17:51qui était la distribution en propre.
17:52Et donc, en fait, voilà, je suis rentrée responsable de ce réseau.
17:56Et j'ai pris la direction générale dans les années 2010.
18:00Et donc, vous avez exercé pendant 17 ans.
18:04D'ailleurs, votre frère était également dans l'entreprise.
18:08Néanmoins, vous avez à un moment décidé, en famille,
18:10donc les trois frères resteurs et votre père,
18:13vous avez décidé de confier la direction générale à un salarié.
18:18Alors, en fait, c'est un peu le destin et la vie
18:22qui a aussi mené à ces décisions-là.
18:25En fait, mon père a été victime d'un AVC assez grave en 2013
18:30et a été écarté, en fait, du jour au lendemain
18:32de ses fonctions de direction et de président.
18:35Et avec ma sœur et mon frère, en fait,
18:37on a recréé la gouvernance qui, sur le papier, existait,
18:41mais qui était vraiment animée et validée par papa.
18:45J'ai eu la chance que mon frère et ma sœur m'aient suivi
18:47dans ce projet-là.
18:49Et on a eu à cœur de tout remettre à plat
18:51avec un chantier qui arrivait vite,
18:54qui était notre nouvelle usine.
18:56Voilà, il n'y avait pas d'usine de chaussures
18:57qui s'était construite en France depuis à peu près 30-40 ans.
19:00On a décidé de rester sur le territoire isérois,
19:03de faire une belle usine.
19:04On a à peu près investi 10 millions d'euros
19:06pour réunir nos deux anciens sites de fabrication
19:09et d'engager, en effet, une nouvelle ère de gouvernance
19:13par la quatrième génération.
19:15Peu de temps après ça, en fait,
19:16le directeur général de l'époque,
19:18qui avait pris un peu la suite de papa aux opérations,
19:20a décidé de faire valoir ses droits à la retraite.
19:23Donc, s'est posé la question d'en effet, quelle suite ?
19:25Oui.
19:27Et on a décidé entre nous, alors avec papa,
19:30qui est toujours avec nous et a toute sa tête,
19:34en fait, que ça ne soit pas quelqu'un de la famille,
19:37que ça ne soit pas non plus quelqu'un issu des salariés,
19:40comme ça avait pu être le directeur général transitoire,
19:43on va dire, auparavant.
19:44Et on a mené un recrutement, en fait.
19:47On a choisi quelqu'un, voilà, pas de la famille,
19:50pas de l'entreprise, pas du serail,
19:51il ne venait pas de la chaussure.
19:52Et Éric Forestier nous a rejoints il y a six ans, maintenant.
19:55Six ans.
19:57C'est un choix qui est assez courageux, à certains égards,
20:01parce que ce n'est pas très évident
20:02d'avoir quelqu'un d'extérieur à l'entreprise, carrément,
20:05qui puisse, dans une entreprise familiale,
20:07arriver à véritablement faire sa place
20:09et satisfaire tout le monde.
20:11Et je crois que ça tient aussi beaucoup,
20:12de ce que vous m'avez dit,
20:13à la façon dont vous avez, vous, décidé d'être
20:17dans le conseil d'administration,
20:19et donc d'être très présent.
20:20C'est-à-dire que ce n'est pas un conseil lointain
20:22d'une famille détentrice, mais pas impliquée,
20:25au contraire, vous êtes très impliquée.
20:28Et donc, parlez-nous de la façon dont vous concevez
20:30ce rôle d'administratrice, dont vous l'exercez,
20:32et ce que vous y trouvez, finalement.
20:35Oui, en effet, c'est vrai qu'on n'a peut-être pas
20:36une gouvernance banale de ce côté-là,
20:39quoique, je suis sûr qu'il y a des tas de formes
20:41de gouvernance.
20:42En fait, nous, on a décidé de prendre quelqu'un d'extérieur
20:44à la famille pour gérer l'opérationnel.
20:47Par contre, la famille reste totalement impliquée
20:49au sein du conseil d'administration.
20:51Je veux dire, on retrouve mon père,
20:53on retrouve ma soeur, mon frère et moi,
20:55on retrouve un cousin, qui est une branche aussi
20:57de la famille et qui est aussi détentrice d'action,
20:59puisqu'on est une entreprise 100% familiale.
21:02Et on œuvre, je ne dirais pas au quotidien,
21:04parce que ce n'est pas notre job, le quotidien,
21:06mais on œuvre sur la stratégie moyen-long terme,
21:10et on accompagne énormément Eric et son co-dire
21:13dans toutes les discussions.
21:14Et donc, vous jouez ce rôle-là, vous,
21:17prioritairement, à la fois d'accompagnement,
21:19à la fois de communication externe,
21:21vous assurez finalement la communication du groupe aussi.
21:23Oui, alors ça, c'est une belle proposition
21:28que m'a fait Eric, peu de temps après son arrivée,
21:30parce que, voilà, j'ai participé à son recrutement,
21:33j'avoue que je partageais, et je partage toujours énormément,
21:35sa vision, sa mode de management et autres.
21:38Et en fait, il m'a rapidement proposé en disant
21:40« Écoute, moi, je suis dans l'opérationnel et il y a du boulot. »
21:44C'est sûr.
21:45Par contre, l'entreprise a besoin aussi d'une notion
21:47de communication institutionnelle, d'image,
21:50et qui mieux que quelqu'un de la famille pour, voilà,
21:53pour incarner cette image-là.
21:54Et en fait, il m'a proposé d'être cette ambassadrice.
21:58Je l'en remercie, et ça fait maintenant quasiment six ans
22:01qu'on travaille côte à côte pour ça, que je le fais.
22:03Et ça m'a amenée à prendre des belles responsabilités,
22:07puisque ça fait cinq ans, bientôt, que je suis à la tête
22:09de la Fédération Française de la Chaussure.
22:10Oui, alors on va venir à la Fédération,
22:13mais avant, en tant que, justement, chargée de la communication,
22:16parlez-nous de ce qu'est Paraboot aujourd'hui.
22:19Parce que la marque, on la connaît, mais de l'intérieur, c'est quoi ?
22:22Non, alors, Paraboot aujourd'hui, c'est surtout un groupe, voilà,
22:27familial, indépendant.
22:28On gère plusieurs marques.
22:30Donc, Paraboot, en effet, est la marque la plus connue.
22:32Mais on a lancé l'année dernière une marque qui était déjà dans notre patrimoine
22:37qui a plus de 100 ans, qui est la marque Galibier,
22:39pour retourner finalement aux prémices de la marque qui était plutôt la montagne,
22:44l'esprit des sentiers, de la haute d'or, de la randonnée.
22:48Et on a aussi Paraboot Pro, puisque ce qu'on sait peu, c'est que Paraboot, bien sûr,
22:52c'est à peu près 90% de notre chiffre d'affaires des chaussures prêt-à-porter pour l'homme,
22:57pour la femme.
22:58Alors, prêt-à-porter, mais qui ont quand même aussi un usage encore professionnel,
23:01parce qu'elles sont issues du monde agricole.
23:03C'est de là que venait ma famille.
23:05Donc, on a le même modèle qui peut être utilisé vraiment de manière très, très différente.
23:10Et par aussi deux, voire trois, voire quatre générations d'une même famille.
23:14Et en même temps, on a cette division de Paraboot Pro,
23:17qui sont des chaussures professionnelles, soit de sécurité, soit de travail.
23:22Aujourd'hui, on dédie beaucoup à la chaussure d'apparat.
23:24Donc, un certain nombre de nos chaussures défilent au 14 juillet.
23:26D'accord.
23:27Elles sont au pied de police, de gendarmes, qui encadrent les présidents, entre autres.
23:32Et c'est une fierté pour nous, parce que c'est basé sur ce qu'on est intrinsèquement,
23:35c'est-à-dire des savoir-faire.
23:38La défense, en fait, de ces savoir-faire, de fabrication traditionnelle,
23:42mais qui sont toujours aussi innovantes aujourd'hui.
23:44Et c'est le challenge qu'on s'est donné avec cette nouvelle usine
23:48et les 145 personnes qu'on emploie sur le site.
23:52Mais je n'oublierai pas les 60 personnes qu'on a dans les boutiques.
23:54Donc, aujourd'hui, on approche de l'ETI.
23:56200, c'est ça ?
23:57On approche de l'ETI, tout doucement.
23:59Avec un chiffre d'affaires, d'ailleurs, qui est tout à fait significatif.
24:02Oui, sur la production, aujourd'hui, on atteint 30 millions.
24:0530 millions, oui, c'est ça.
24:06Donc, belle entreprise, effectivement, en accélération.
24:10Oui, surtout avec 60% de résultats faits à l'étranger sur des marchés très diverses.
24:16Et puis, avec une gestion qui, par écho à ce que vous avez vécu,
24:21à des moments difficiles, est très rigoureuse et très prudente,
24:24avec quasiment tout qui est autofinancé aujourd'hui.
24:27Donc, c'est une de vos fiertés, je sais.
24:30Alors, justement, venons-en à vos autres engagements,
24:32puisqu'à côté de cela, vous êtes engagée,
24:34puisque vous vous êtes présentée à la présidence, en fait, de la Fédération française de la chaussure.
24:39Vous avez été élue première femme à exercer ce mandat.
24:42Comment vous le concevez ?
24:43Qu'est-ce que ça vous apporte ?
24:45Comment vous l'exercez ?
24:47Alors, pour moi, papa a toujours été investi à la Fédération.
24:50Alors, il n'en a jamais été président,
24:51mais il a été président de la Commission sociale et formation,
24:54qui, pour moi, est une présidence importante.
24:58On a toujours eu ce lien au territoire, ce lien au métier.
25:02Et en fait, pour moi, c'était assez normal de voir
25:05quelles pierres on pouvait apporter à notre édifice.
25:07C'est ce qu'on fait sur le territoire.
25:08Là, le territoire est plus grand, au niveau national.
25:10On n'est plus au niveau isérois.
25:13Mais c'était de montrer, de mettre en lumière tous les savoir-faire,
25:16toute l'hétérogénéité, en fait, des technologies
25:19et des produits qu'on fabrique sur notre territoire,
25:22d'en être un peu fiers.
25:23Je pense qu'aujourd'hui, on a besoin, en fait, de totems.
25:26On parle de sens.
25:28On parle de sens.
25:29Et en fait, pour moi, le sens était là, en fait,
25:31de dire, oui, j'ai la chance d'avoir une entreprise qui va bien,
25:34qui est très connue nationalement, internationalement,
25:36dont la notoriété est forte, dont les savoir-faire sont forts.
25:39Mais en fait, il y a plein d'autres personnes, un peu comme nous,
25:42à leur niveau.
25:43Et moi, j'avais envie d'être leur ambassadrice aussi.
25:46Et c'est comme ça que vous avez donc commencé votre mandat
25:50en ayant cette envie de donner une image peut-être un petit peu différente.
25:55Enfin, différente, du moins, de la faire évoluer.
25:58Je ne sais pas si elle était différente.
25:59En fait, c'était de la remettre à sa juste place.
26:02Et puis de repositionner la chaussure.
26:03Parce qu'en fait, la chaussure, alors, on n'est pas de la maroquinerie,
26:06mais on n'est pas du prêt-à-porter, on est de l'accessoire.
26:09Bon, voilà, ça me paraissait un petit peu désuet.
26:13Et dire que la chaussure avait toute sa place,
26:15que c'était un produit assez complexe, méritant,
26:19et qu'il fallait nous compter en tant que tel.
26:21Bien sûr.
26:22Et alors, il y a un petit peu aussi le fil rouge permanent,
26:25qui est le cuir.
26:26Je sais que c'est quelque chose qui compte aussi beaucoup pour vous.
26:29Bon, on n'a pas beaucoup de temps,
26:30mais malgré tout, ce cuir, vous dites que c'est vraiment,
26:33en termes de matière, une matière noble d'une part,
26:36et puis une matière très utile,
26:37avec vraiment économie circulaire par excellence.
26:41Donc, dis-nous deux mots sur le cuir.
26:43Le cuir, c'est déjà la base, en fait, de notre filière,
26:45la base des chaussures.
26:46Les chaussures paraboutes sont fabriquées à 99,9% en cuir.
26:50On a de temps en temps de la toile.
26:52Mais il y a surtout que c'est un produit remarquable.
26:54Pour moi, c'est une des premières industries d'économie circulaire.
26:57Oui.
26:58Puisqu'en effet, les animaux sont élevés pour leur viande
27:00ou tout le lait qu'ils ont pu nous apporter.
27:03Mais il faut bien faire quelque chose quand ils sont menés à l'abattoir.
27:07Il faut bien faire quelque chose qu'on appelle le cinquième quartier,
27:09l'éco-produit dont la peau fait partie,
27:11qui se transforme en cuir.
27:13Et c'est une matière, déjà, elle est biosourcée.
27:16C'est une matière qui permet de ne pas devenir un déchet.
27:18Et c'est une matière qui, en plus, a des qualités intrasèques
27:21et une longévité dans le temps
27:22qui permet un usage, des réparations,
27:26enfin, multiples facettes.
27:28Et j'aimerais bien qu'aujourd'hui, on puisse l'apporter haut et fort
27:31comme elle nous porte depuis des années, en fait.
27:33Bon, c'était le message de la fin.
27:35On avait dit qu'on parlerait du cuir.
27:37C'est chouette.
27:37Donc, merci beaucoup pour ce témoignage
27:39et merci pour cet éclairage un petit peu singulier,
27:43malgré tout, sur la façon de concevoir la gouvernance
27:44dans une PME familiale.
27:47C'était très intéressant.
27:48Merci beaucoup.
27:49Ben, écoutez, on est ravis de cette expérience.
27:51Alors, notre émission se termine.
27:53Donc, je vous donne rendez-vous le mois prochain.
27:55Là, je recevrai une ex-ministre
27:59et j'aurai également une dirigeante absolument passionnée
28:03par l'hôtellerie.
28:04Voilà, je n'en dis pas plus.
28:06Merci.
Commentaires