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62 % des dirigeants en France sont des enfants de cadres, contre seulement 4 % d’enfants d’ouvriers, selon une étude du club du 21e Siècle. Face à ce constat, le programme d’excellence PEEQ accompagne les jeunes défavorisés dans leurs études. Il leur permet de développer leurs compétences et de saisir des opportunités professionnelles.
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00:06Le débat de ce Smart Impact, je vous présente tout de suite mes invités, Inge Dira, bonjour.
00:10Bonjour.
00:10Vous êtes la directrice du programme PEC pour Programme d'Excellence pour les élites de nos quartiers.
00:16Et Déborah Kjangebeni, bonjour.
00:17Bonjour.
00:18Bienvenue, heureuse de vous accueillir.
00:19Vous venez de terminer vos études en finance d'entreprise et vous avez bénéficié de ce programme que vous allez
00:24nous présenter.
00:25C'est quoi alors ?
00:26Alors, PEC, c'est un programme d'excellence et d'égalité des chances qui s'adresse à des étudiants de
00:32milieu modeste,
00:33qu'on accompagne pendant 40 semaines aux méthodes, aux codes du monde professionnel.
00:39Et ensuite, on leur donne l'accès à des opportunités structurantes de stage dans des métiers qui sont des métiers
00:45cœur des entreprises.
00:46Donc, ça va être stratégie, développement durable, finance.
00:51C'est des métiers accélérateurs de carrière pour ces jeunes.
00:55Pourquoi vous l'avez créé, ce programme ?
00:58Le déclic ou le constat que vous avez fait qui vous a poussé à dire qu'il faut créer un
01:03programme comme celui-là ?
01:04Alors, le constat, il est assez évident et assez partagé.
01:09C'est qu'aujourd'hui, les élites économiques en France sont assez peu diverses.
01:15Quant au regard, je pense que 62%, il y avait eu une étude du club du XXIe siècle qui disait
01:22que 62% des dirigeants en France sont des enfants de cadres et seulement 4% des enfants d'ouvriers.
01:28Donc, il y a assez peu de diversité à ce niveau-là.
01:31Et donc, c'est de là qu'est née la volonté de PEC, de créer un programme où l'égalité
01:36des chances se passe par un accès à des opportunités qui permettent d'être dans le cœur des fonctions de
01:42l'entreprise.
01:43On va comprendre comment ça marche.
01:44Quelles études vous venez de terminer ?
01:47Alors, j'ai terminé des études en finances d'entreprise que j'ai faites dans une école de commerce.
01:53C'était sur une durée de 5 ans et au préalable, j'avais réalisé mon bac en économique et avec
02:00une spécialité par contre en mathématiques.
02:03Et donc, ce programme d'excellence, il dure 40 semaines, c'est ça ?
02:08C'est un vrai accompagnement de longue durée.
02:11Comment ça s'est passé ? Qu'est-ce que vous en avez retiré ?
02:14Alors, comment ça s'est passé ? Donc, ça a été un programme effectivement très structurant qui s'est articulé
02:19autour notamment de cours,
02:20mais aussi de projets un peu plus sur le moyen terme ou sur le long terme.
02:25Ce que j'en ai retiré, c'est beaucoup de bienfaits.
02:27J'ai pu vraiment développer des compétences professionnelles, humaines, relationnelles,
02:32qui m'ont permis ensuite de pouvoir accéder justement au stage que j'ai pu réaliser grâce au programme
02:40et qui par la suite m'ont permis aussi de pouvoir me distinguer dans l'entreprise dans laquelle j'ai
02:46été.
02:46Alors ça, vous nous direz quel stage qu'est l'entreprise, mais je vais vous titiller un peu.
02:52L'école dans laquelle vous étiez, elle ne vous proposait pas ça ?
02:55Alors, elle ne proposait pas des accompagnements aussi structurants pour pouvoir accéder à des stages, notamment de fin d'études.
03:03On avait quelques partenaires, mais il n'y avait pas forcément cette relation entre l'école et l'entreprise
03:08qui ensuite pouvait bénéficier aux étudiants.
03:11Et donc moi, dans mon cas, par exemple, pendant le stage de fin d'études, celui que j'ai réalisé
03:15grâce au programme PEC,
03:17j'ai eu pas mal de... ça a été assez compliqué de pouvoir le trouver via les canaux, on va
03:22dire, un peu plus classiques
03:23et via les canaux proposés par mon école.
03:27Donc là, le programme PEC a vraiment une force, je pense, en plus, pour chacun des étudiants.
03:34Inguidira, vous parliez des codes et des réseaux, en fait.
03:37Ce sont ces deux piliers qui sont effectivement importants dans un début de carrière, de haut niveau,
03:43on arrive avec son diplôme, parfois, on n'a pas forcément les codes et on n'a pas du tout
03:49les réseaux.
03:49Tout à fait. Donc les jeunes qu'on reçoit en entretien, c'est souvent les premiers de leur famille à
03:55faire des études supérieures.
03:56Leurs parents n'évoluent pas dans le milieu du business et loin de là.
04:01Et donc, quand on les interroge, en fait, ils postulent par les canaux traditionnels.
04:06Ils n'ont pas de possibilité de s'appuyer sur le réseau familial,
04:10pas la possibilité de s'appuyer sur un réseau d'alumnis, d'écoles, etc. structuré.
04:15Et du coup, ils essuient deux fois plus de refus que les candidats de grandes écoles
04:21qui vont avoir à la fois le réseau familial, à la fois le réseau de l'école
04:25et en plus une marque qui leur permet de se distinguer.
04:27Est-ce qu'il y a aussi, tout simplement, une discrimination à l'embauche ?
04:31Disons les choses.
04:33Quand on s'appelle Déborah Kian Ghebeni,
04:35c'est plus difficile de trouver un stage ou un job que quand on s'appelle Claire Meunier.
04:41Voilà.
04:42Oui.
04:43Oui, on peut le dire, je pense.
04:45Oui, il faut dire les choses.
04:46Il faut dire les choses, effectivement.
04:47Même si ça progresse, c'est encore une réalité en France.
04:48Il y a encore une réalité, effectivement.
04:51Et c'est pour contrer cette réalité que vous vous êtes dit, il faut créer ce programme ?
04:54Aussi, pas seulement, mais aussi pour ça ?
04:57Alors, nous, on s'attaque plus au sujet du manque d'accès à des opportunités.
05:04Parce que les jeunes auxquels on s'adresse, en fait, sont dans des établissements
05:08où les partenariats avec les entreprises sont moins structurés.
05:12Sont dans...
05:13Alors, Déborah est en école, mais on a beaucoup qui sont dans des universités périphériques.
05:17Où, du coup, en fait, la marque est moins forte que s'ils sortaient d'établissements.
05:24La marque de l'université, vous voulez dire ?
05:26Voilà, la marque de l'établissement.
05:27Et donc, au moment de leur recherche de stage, ça va être plus compliqué pour eux.
05:31En première année de master, on ne leur demande pas de faire de stage ou parfois un stage de trois
05:35mois.
05:35Tandis qu'un étudiant qui est HEC va faire une césure de deux fois six mois,
05:40va aller en échange dans un établissement à New York, etc.
05:43Et donc, au moment où il lance sa recherche de stage, il a plus de cartes à mettre en avant
05:47qu'un étudiant des quartiers qui a moins d'expérience, moins d'exposition au monde de l'entreprise.
05:56Pourtant, ils ont beaucoup travaillé.
05:57Ils ont fait du Uber, du Frishti, du McDo.
06:00Ils ont énormément travaillé, mais ils n'ont pas ces mêmes expériences.
06:04Alors, je disais, la discrimination, elle existe,
06:07mais je pense qu'il y a beaucoup d'entreprises qui font évoluer leur modèle,
06:11sortent de biais de recrutement, etc.
06:13Et font en sorte que ça s'améliore.
06:15Il y a du côté des entreprises une demande pour un programme comme le vôtre,
06:20pour justement aller chercher des candidats qui sortent du moule des grandes écoles,
06:26qui est un peu la solution simple.
06:29Alors, oui, tout à fait.
06:31Aujourd'hui, on a une quinzaine d'entreprises partenaires qui sont des grands groupes,
06:34comme Orange, comme BNP Paribas, comme Hermès, comme BPI France,
06:40et une quinzaine d'autres entreprises.
06:42Donc, il y a une vraie demande de la part de ces entreprises
06:45d'aller recruter des candidats en dehors des viviers traditionnels.
06:49Comment ça se passe ? Parce que vous avez fait ça en cumulé avec vos études.
06:53Donc, c'est une charge de travail supplémentaire.
06:56Exactement. Donc, comme j'expliquais, j'étais en période de recherche de stage.
07:01Donc, je n'avais plus tellement de cours, mais vraiment, j'avais un semestre dédié à ma recherche de stage.
07:07Mais à côté de ça, effectivement, quand j'ai commencé le stage,
07:11j'avais mon job étudiant, j'avais les cours qu'on avait aussi du coup à PEC,
07:16les ateliers qu'on avait, les travaux qu'on devait aussi préparer de notre côté.
07:21Donc, c'était un rythme très soutenu.
07:24Les semaines étaient danses.
07:26Les semaines étaient très, très danses.
07:28Mais c'était pour le mieux, puisque ça nous permet de pouvoir développer notre capacité à travailler,
07:36notre capacité aussi de résilience, à pouvoir nous organiser.
07:39Et ce qui est notamment un point clé en entreprise.
07:42Vous envoyez des bienfaits, là, vous commencez à travailler.
07:45Alors, dans quelle entreprise vous travaillez, si vous pouvez le dire ?
07:48Oui, je travaille dans une entité de BNP Paribas.
07:52Et donc, les semaines aussi sont parfois assez chargées.
07:54Donc, c'est pour ça que le fait d'avoir pu s'entraîner à justement s'organiser,
08:00à pouvoir structurer ces semaines, aussi porte ses fruits aujourd'hui dans la carrière que je réalise.
08:08Ce stage, ce premier emploi, vous pensez que vous l'auriez trouvé sans le programme PEC ?
08:13Honnêtement, non.
08:14Honnêtement, non, parce que j'ai aussi des camarades qui sont sortis du même cursus que moi
08:19et qui, aujourd'hui, peinent encore un peu à trouver leur premier emploi.
08:23Et c'est vrai que, comme il le disait, le programme PEC, c'est vraiment un accélérateur.
08:27Parce qu'il y a quand même cette relation aussi de confiance entre le programme et les entreprises
08:31qui fait que les relations sont aussi un peu privilégiées.
08:35Ce qui nous permet, nous, de pouvoir, certes, bénéficier de ce canal-là,
08:39mais pour autant, voilà, de nous différencier, d'essayer de faire de notre mieux pour nous démarquer,
08:43donc vraiment, par notre travail aussi.
08:45Mais sans PEC, je ne pense pas que j'aurais pu, en tout cas, trouver ce poste-là dans une
08:52entreprise
08:52et dans un grand groupe comme BNP Paribas.
08:57Ingedira, on parle de postes à fort potentiel dans les entreprises.
09:01De quoi il s'agit ?
09:03Et est-ce que ces postes, ils étaient un peu « réservés » ou plus difficilement accessibles
09:09pour les talents et les diplômés de haut niveau des quartiers ?
09:14Exactement. Alors, ça va être des postes.
09:16Nous, ce qu'on dit quand on parle aux entreprises, c'est des postes où vous pourriez mettre quelqu'un
09:20qui sort d'une grande école.
09:21Donc, ça va être des postes en finance, en stratégie d'entreprise, en développement durable,
09:27en conseil interne, parfois sur des postes en data, en IA.
09:32Donc, on est sur des postes où, habituellement, on irait plutôt recruter dans des grandes écoles
09:35et où, là, en fait, ils vont recruter des étudiants du programme PEC.
09:39Et donc, c'est un pari.
09:41C'est un pari.
09:42Parfois, on a le feedback de certains managers qui sont habitués à prendre le clone numéro 355-356
09:49et on arrive avec une proposition différente.
09:52Et ce qui est bien, c'est que les entreprises, et notamment les dirigeants de ces entreprises,
09:57où des entités sont accueillies, nos étudiants s'engagent et disent
10:02« Moi, je veux dans mon équipe quelqu'un du programme PEC. »
10:05Et c'est comme ça que ça peut se réaliser.
10:06Oui, il y a un effet, il y a un cercle vertueux qui se met en œuvre, en quelque sorte.
10:13Donc, il y a ces postes à fort potentiel d'un côté et puis des talents à fort potentiel de
10:18l'autre
10:19qui ne se rencontraient pas forcément avant que ce programme existe, d'après vous.
10:23C'est-à-dire, est-ce que, malgré la qualité des études, le niveau de diplôme,
10:28on se retrouvait avec des talents qui rentraient dans les entreprises à un niveau
10:32ou alors avec une perspective de carrière qui n'était pas adaptée, finalement,
10:38ou équivalente à la qualité du diplôme ?
10:40Alors, exactement. En fait, aujourd'hui, quand on regarde les débouchés qu'auraient ces étudiants,
10:45on regarde les statistiques à l'université.
10:47Bon, les jeunes, en fait, quand même trouvent du travail.
10:50En 6-12 mois, je pense que c'est ça les statistiques à l'université.
10:54Ils arrivent à trouver un emploi.
10:56Ils sont sur un salaire de sortie de 30 à 38 cas.
11:00Donc, voilà, ils trouvent un travail.
11:02Mais PEC permet d'aller plus loin et de les positionner sur des trajectoires
11:07auxquelles ils n'auraient pas accès par le filtre CV.
11:09Après, nous, on donne le coup de pouce de départ.
11:12Ensuite, les gens comme Déborah font leur preuve et saisissent la chance.
11:18Et c'est ensuite eux qui se positionnent une fois qu'ils sont en entreprise.
11:21C'est par leur travail.
11:22C'est parce qu'ils ont justement tout bien fait jusqu'à ce stade-là
11:25qu'ils arrivent ensuite à concrétiser.
11:27Bon, est-ce que vous dénotez dans le bureau, là, sur le plateau de travail, là où vous travaillez ?
11:35Non.
11:35Vous ne vous sentez pas toute seule ?
11:36Non, je ne me sens pas toute seule.
11:38Justement, il y a eu un bon accompagnement aussi qui a été fait avec le programme
11:42qui nous a permis aussi de nous gagner en confiance,
11:44de savoir comment nous positionner, comment communiquer aussi nos forces.
11:47Mais aussi nos axes d'amélioration.
11:49Et il y a ce travail-là aussi qui permet ensuite d'être plus à l'aise, on va dire,
11:53en entreprise
11:53et de vraiment pouvoir démontrer, on va dire, ce que l'on a apporté
11:57sans forcément avoir de complexe.
11:59Ça vous arrive de vous dire, tiens, là, je suis en train de faire ça ?
12:02Un cas d'école, dans l'entreprise, une réunion, une interaction avec un N+, un collègue, etc.
12:08Dire, ah, ça, c'est vraiment ce que le programme m'a...
12:10Je l'ai appris dans le PEC.
12:12L'analyse, oui.
12:14Pour le coup, moi, j'ai un métier dans lequel il y a beaucoup d'analyse qui est demandée.
12:18Effectivement, on avait des travaux, des ateliers qu'on faisait avec les étudiants du programme PEC.
12:24Un petit consulting où on devait vraiment solutionner une problématique en vraiment peu de temps,
12:30avec un peu d'informations.
12:31Et c'est parfois, effectivement, des méthodes que j'appliquais à ce moment-là,
12:34que je continue d'appliquer aujourd'hui dans mon emploi.
12:36Et je me dis, effectivement, merci, PEC.
12:39Il y a une petite lumière dans le cerveau.
12:40Il y a une petite lumière, voilà.
12:41Ah, oui, OK, c'est là que je l'ai appris.
12:42Est-ce que ça marche dans l'administration aussi ?
12:45Est-ce que vous réussissez à placer des talents dans les administrations ?
12:48Ou est-ce que c'est un peu plus...
12:50Très sincèrement, pour l'instant, on n'a pas essayé.
12:55On travaille essentiellement avec des entreprises.
12:59Donc, je ne pourrais pas répondre à la question pour dire est-ce que c'est...
13:02C'est vous qui ne le souhaitez pas ou vous vous êtes dit non,
13:04ce n'est pas notre ADN d'aller vers l'administration ?
13:09Pour l'instant...
13:09On pourrait faire le même constat dans la haute administration.
13:12Très certainement.
13:13Après, ça fait simplement quatre ans qu'on existe.
13:16Donc, on avait l'enjeu de faire la preuve du concept auprès des entreprises,
13:20ce qui est, je pense, le cas aujourd'hui.
13:21Et ensuite, on pourra explorer d'autres choses.
13:23Mais pour l'instant, on était sur les entreprises.
13:26Merci beaucoup à toutes les deux.
13:28Bravo, c'est un super programme.
13:29Je suis ravi d'en avoir parlé et de le faire découvrir à nos téléspectateurs et téléspectatrices.
13:35On continue évidemment de dérouler le fil de cette émission.
13:40C'est le grand entretien à venir.
13:41Arnaud Nodan, le président du directoire de BDO France, tout de suite.
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