- il y a 11 heures
Najat Vallaud-Belkacem alerte sur l’emprise croissante des écrans et des algorithmes sur nos vies personnelles et démocratiques. Elle plaide pour une régulation plus forte des plateformes et pour une éducation numérique permettant de reprendre le contrôle de notre attention. Une réflexion engagée pour repenser collectivement notre rapport au numérique.
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00:00...
00:06Très heureuse de recevoir Najat Vallaud-Belkacem dans la grande interview de Smartech.
00:09Bonjour.
00:10Bonjour.
00:11Bienvenue sur la chaîne Bsmart.
00:13Ancienne ministre, je ne vais pas tout citer, mais notamment de l'éducation nationale.
00:16Vous êtes aujourd'hui la présidente de France Terre d'Asile.
00:19Et je vous reçois pour votre ouvrage,
00:22« Sevrage numérique. Enquête sur notre rapport aux écrans et comment nous en libérer » par Hucher Talendier.
00:27Alors, je voulais vous poser une première question, peut-être un peu surprenante,
00:30mais vous avez arrêté de fumer ?
00:33Non, je continue.
00:35Mais vous avez essayé d'arrêter le smartphone.
00:37C'est comme ça que démarre votre livre.
00:40Vous nous expliquez que vous tentez le sevrage des écrans et qu'en fait, c'est un échec.
00:46Oui, parce que je pense que je suis aux prises comme tout un chacun, n'est-ce pas ?
00:50Vous allez le reconnaître.
00:51Oui, oui, je le reconnais.
00:52Avec le smartphone sur le bureau, voyez.
00:55Sur présence du numérique dans nos vies, et notamment de ce petit écran qu'est le smartphone,
01:00il faut vraiment qu'on ait conscience que ça a bouleversé nos existences depuis quelques années.
01:05Je crois qu'on le sait, mais de façon confuse.
01:08Et donc, la question que je me pose, moi, c'est,
01:12est-ce que c'est possible de se défaire de cette dépendance ?
01:15Mais vous faites vraiment le parallèle avec la cigarette.
01:17Pour vous, on est vraiment sur un problème de santé publique ?
01:22Ah oui, complètement.
01:24J'irais même parfois plus loin que la cigarette ou l'alcool, d'une certaine façon,
01:28parce que ce temps incroyable qu'on y consacre, il peut être infini.
01:33En fait, rien ne l'arrête.
01:34Alors qu'un paquet de cigarettes, au bout d'un moment, vous avez fini de le fumer, vous voyez.
01:38Et là, avec toutes les mécaniques, justement, de dépendance développées par les plateformes
01:43pour nous retenir en ligne le plus longtemps possible, ce qu'elles appellent l'engagement.
01:46C'est-à-dire le fait que les internautes passent tellement de temps en ligne
01:50qu'ils y livrent leurs données qui sont collectées, revendues à des marques
01:54qui peuvent nous envoyer des publicités ciblées.
01:56En tout cas, pour nous, comment ça se manifeste ?
01:59Par une incapacité, une impossibilité de se défaire, finalement,
02:04de cette emprise du numérique et du smartphone.
02:07On va faire la comparaison avec plein d'autres choses qu'on a aujourd'hui adoptées,
02:12plein d'outils de modernité, on va dire, dont on aurait énormément de mal à se passer.
02:17Là, le sujet, c'est que, en fait, vous dites qu'il y a trois grands problèmes.
02:20C'est le temps qu'on y passe, les réseaux sociaux, qui sont pour vous un problème en soi,
02:26et les contenus illicites.
02:29Je vais peut-être préciser une chose par rapport à ce que vous venez de dire,
02:31mais d'abord, reprenons-les les trois.
02:33Le temps qu'on y passe, il faut vraiment avoir conscience que c'est exponentiel.
02:37C'est-à-dire que, vraiment, aujourd'hui, je ne sais pas, par exemple, vous prenez un petit de moins
02:43de trois ans.
02:44Il y a dix ans, il passait deux heures par semaine devant l'écran.
02:48Aujourd'hui, il est à six heures par semaine.
02:50En moyenne, donc, pour des petits...
02:52Il est moins de trois ans.
02:53Voilà, pour des petits, donc toute la recherche vous dit que, attention,
02:57il ne faut pas d'écran à cet âge-là, pas du tout d'écran,
02:59parce que ça atrophie les capacités cognitives.
03:02On voit bien comment on en arrive là, c'est-à-dire, on va faire patienter le bébé,
03:06on va acheter la paix sociale, etc., etc.
03:09Mais, de fait, le nombre d'heures consacrées à cela est impossible.
03:13Pour nous autres adultes...
03:15C'est pas que le smartphone, c'est la télé, enfin bon...
03:16Absolument.
03:17Pour nous autres adultes, on est à 56 heures par semaine, en moyenne.
03:2256 heures par semaine.
03:23C'est-à-dire qu'à l'échelle d'une vie, c'est 27 ans.
03:26Donc, en fait, le temps, en tant que tel, est un problème.
03:29Ça n'est pas que ce qu'on y voit, c'est les yeux rivés sur écran,
03:33c'est tout un tas de choses qu'on ne fait plus par ailleurs.
03:35Parce qu'on n'a plus le temps, évidemment, de lire, de contempler la nature,
03:40de s'ennuyer, de laisser son cerveau au repos pour processer ce qu'il a à processer.
03:45Enfin, voilà.
03:46Le deuxième sujet, comme vous le disiez, les réseaux sociaux,
03:49c'est pas un problème en soi.
03:50C'est les mécaniques addictives et de dépendance
03:53qui ont été développées par les plateformes ces dernières années,
03:56notamment à partir de 2017.
03:58Facebook en étant un petit peu le fer de lance,
04:01avec des algorithmes qui font tout pour nous retenir sur la base de quoi ?
04:05Sur la base d'émotions négatives.
04:07Parce que si, à la limite, ils nous retenaient sur la base de pédagogie,
04:11nous apprendre des choses, etc.
04:12Why not ?
04:13Mais non, là, c'est sur la base de contenus clivants.
04:16Parce que la colère et la peur, émotions négatives,
04:19sont ceux qui vous engagent le plus.
04:21Or, ces plateformes cherchent à nous engager, à nous retenir.
04:24Et donc, ça a été la prime depuis quelques années.
04:27Du pillage de notre attention.
04:29Absolument.
04:30Et c'est du pillage de notre attention,
04:32mais, encore une fois, avec quel type de contenu ?
04:34Ça a été la prime sur la plupart des réseaux sociaux,
04:37au contenu le plus sensationnaliste, trash, polarisant, de haine,
04:42et donc de désinformation et de fake news.
04:45Puisque la désinformation et la fake news, j'allais dire,
04:47répondent le plus facilement à tout ce que je viens de dire,
04:49le sensationnalisme, etc.
04:51Qui pose des questions de démocratie.
04:54Exactement, démocratique.
04:55Donc, ça, c'est un énorme sujet.
04:57Vous prenez l'exemple, d'ailleurs, de l'ENA Situation,
05:00qui a essayé de se désintoxiquer des réseaux sociaux.
05:03Et vous dites qu'elle en retient,
05:04c'est trois choses négatives, finalement,
05:06qui lui pesaient et dont elle a pu se débarrasser
05:08pendant cette pause numérique.
05:10C'est notamment la captation d'attention.
05:13C'est le fait de ne pas pouvoir faire autre chose
05:14pendant ce temps-là, en fait.
05:16C'est la haine, quand même, qui se déchaîne.
05:19Parce que, en fait, la mécanique des réseaux sociaux,
05:22c'est aussi une mécanique de fonctionnement en meute
05:24du fait des outils de la viralité,
05:27qui, encore une fois, n'existaient pas autrefois.
05:29Vous voyez, on pourrait avoir des réseaux sociaux,
05:31on en avait autrefois,
05:33sans les outils de la viralité,
05:35que sont les likes, les retweets, etc.
05:37C'est l'arrivée, vraiment, des algorithmes de...
05:40Exactement.
05:40C'est-à-dire qu'à un moment donné...
05:42Pour garder...
05:43Absolument.
05:44Ça a cessé d'être humain.
05:46Exactement.
05:47Ça a cessé d'être humain, à un moment donné.
05:49C'est-à-dire que, moi, je me souviens de la promesse
05:52des acteurs du numérique,
05:53quand Internet est arrivé au début,
05:55on doit avoir à peu près le même âge,
05:57vous vous en souvenez ?
05:58C'était beau, quoi.
05:59C'était très idéaliste.
06:01Ça allait repousser les frontières.
06:02On allait se rencontrer,
06:03même si on appartenait à des mondes différents,
06:06creuser la curiosité pour l'autre, etc.
06:09Mais ça existe toujours, ça,
06:10de la Lobel, aujourd'hui ?
06:11Non, je ne...
06:11Cet Internet-là existe,
06:13ce partage de la connaissance existe aujourd'hui.
06:15Enfin, moi, en tout cas,
06:16je connais un Internet positif.
06:19Oui, tout comme sur Internet,
06:21en effet, il y a Wikipédia, etc.
06:23et parfois des contenus pédagogiques de qualité.
06:27Mais ça n'est pas la majorité du genre.
06:29C'est un peu comme autrefois
06:30quand vous interrogiez les Français
06:32sur leurs pratiques télévisuelles
06:33et qui vous disaient dans les sondages
06:35« Ah, moi, je regarde d'abord Arte. »
06:37Oui.
06:37Après, quand on allait creuser la réalité,
06:39on se rendait compte
06:39qu'ils ne regardaient pas d'abord Arte.
06:41Ce n'est pas vrai.
06:41Donc, en fait,
06:42il y a ce qu'on aimerait,
06:45ce qui est beau sur le papier,
06:46et puis la réalité.
06:47La réalité, c'est que votre attention aujourd'hui,
06:49elle est d'abord captivée,
06:51capturée par TikTok, Instagram, etc.
06:54des micro-vidéos de plus en plus courtes,
06:57conçues,
06:57pas pour que vous en reteniez quelque chose,
06:59mais simplement pour que vous scrolliez à l'infini,
07:02en effet, sans plus vous poser de questions.
07:04Et donc, cet usage-là d'Internet,
07:06il est terrible parce que c'est un usage passif, en fait.
07:09Autrefois, quand on allumait Internet,
07:11on y allait pour un usage actif.
07:13On y allait pour consulter notre boîte mail
07:15ou pour regarder une vidéo YouTube
07:16qu'on nous avait conseillée bien précisément, etc.
07:19Aujourd'hui, vous ouvrez votre téléphone
07:22et directement, vous êtes happée par des notifications.
07:24Et en fait, vous êtes comme ça,
07:27emprisonnée, en quelque sorte,
07:29sans plus avoir conscience du temps qui passe.
07:31Et trois heures plus tard, vous dites
07:32« Mais qu'est-ce que j'ai fait ?
07:34Qu'est-ce que j'ai fait ?
07:35Le sommeil qui va me manquer ?
07:37Je n'ai rien appris de particulier.
07:38J'aurais mieux fait de lire un bon livre. »
07:40Voilà.
07:41Il y a eu une initiative, d'ailleurs,
07:42je trouvais intéressante,
07:43qui proposait non pas de faire une pause du smartphone,
07:46parce que très difficile,
07:47mais de faire une pause des applications sociales,
07:50des réseaux sociaux.
07:53Et là, parce que vous avez quand même fait une proposition
07:55qui a fait beaucoup de bruit
07:57sur une mesure que vous avez proposée assez radicale
08:00de limiter à 3 gigaoctets de contenu par semaine
08:04pour les utilisateurs français.
08:06C'était une provocation, non ?
08:08Je ne sais pas.
08:09Alors, ce n'était pas une...
08:10Parce qu'il y a aussi...
08:11Ce que je veux dire,
08:12c'est qu'on peut s'intéresser, effectivement,
08:14à une problématique,
08:15ces applications sociales
08:17qui nous font passer notre temps
08:19à rien faire qu'à consommer.
08:21Mais il y a aussi plein d'autres usages,
08:22aujourd'hui, du smartphone.
08:23Mais juste pour revenir sur l'histoire des 3 gigas,
08:25ce n'était pas une provocation,
08:27c'était un raisonnement.
08:29C'est-à-dire,
08:30dans la tribune à laquelle vous faites allusion,
08:32qui date d'il y a un an et demi,
08:34et d'ailleurs, ce sont les réactions à cette tribune
08:36qui m'ont poussée à mener mon enquête.
08:39Parce que les réactions ont été, en effet, très vives.
08:41Dans cette tribune, qu'est-ce que je disais ?
08:43Je disais, j'ai un problème, nous avons tous un problème,
08:45pas que les enfants, stop,
08:47ça c'est une erreur de considérer
08:48que seuls les mineurs auraient été un problème
08:50avec la surprésence des écrans, nous aussi.
08:52Et en fait, c'est un problème collectif
08:54et pas un problème individuel.
08:55Parce que si on le prend à l'échelle individuelle,
08:57je vais me rationner, je vais me raisonner,
08:59je vais me réguler,
09:00c'est David contre Goliath.
09:01En face de nous, on a des plateformes
09:02qui développent des techniques
09:03pour nous retenir malgré nous,
09:05et qui sont plus fortes que nos cerveaux.
09:07Donc, si c'est un problème collectif,
09:09ça veut dire qu'il faut que nous ayons
09:10un débat collectif.
09:13Moi, je crois beaucoup aux politiques,
09:15c'est-à-dire aux biens communs,
09:17à l'intérêt général,
09:17à quelque chose qui transcende les individus
09:19pour créer des règles communes.
09:22Ces règles communes,
09:23on pourrait imaginer qu'elles passent,
09:24y compris par moins d'Internet.
09:27C'est un peu comme les antibiotiques,
09:29le numérique,
09:30ça n'a pas à être automatique,
09:31en quelque sorte.
09:32C'est bien, c'est utile,
09:33c'est bien d'avoir des antibiotiques aussi,
09:35mais on n'en prend pas tout le temps.
09:36On vous a répondu,
09:37ce qui est vrai,
09:38à 3 gigas par semaine,
09:40c'est rien du tout.
09:40Si on regarde deux films,
09:42Netflix,
09:42c'est mort.
09:43Non mais ça,
09:44c'est un exemple pour donner,
09:46pour ouvrir la conversation.
09:47Mais franchement,
09:48ouvrons-le à cette conversation,
09:49parce qu'elle est extrêmement pertinente.
09:52Enfin, je veux dire,
09:52honnêtement,
09:53on a su réguler et nous réguler
09:55dans tellement de domaines
09:57dans notre vie collective.
09:58On finit par l'oublier,
09:59parce que j'ai l'impression
09:59qu'on est tous en dépression collective,
10:01mais je vous assure
10:02qu'on a su faire des choses géniales.
10:03Je prends souvent,
10:04je fais l'analogie
10:05avec le monde de l'industrie automobile.
10:08Oui,
10:08les voitures,
10:09c'est extrêmement utile
10:10par rapport à quand on se déplaçait à cheval.
10:12Et puis à un moment,
10:13on s'est rendu compte
10:13que les voitures,
10:14c'était aussi accidentogène.
10:15Et à ce moment-là,
10:16qu'a fait le régulateur,
10:18les pouvoirs publics,
10:19c'est-à-dire nous,
10:20collectivement,
10:20qu'avons-nous fait ?
10:21Nous avons tout régulé.
10:22Nous avons dit,
10:23les constructeurs automobiles,
10:25vous ne pouvez pas construire
10:26des voitures
10:27qui dépassent
10:28telle possibilité de vitesse.
10:29Vous devez la brider,
10:30cette vitesse.
10:33La ceinture de sécurité ?
10:34Vous devez accepter
10:35la ceinture de sécurité,
10:36même si vous n'aimez pas ça.
10:37Regardez,
10:37ça ressemble un peu
10:38au rationnement.
10:39Les gens n'aimaient pas ça.
10:41La ceinture de sécurité,
10:42vraiment,
10:42ça a été dur de l'installer.
10:44Mais pourtant,
10:44c'était pour leur bien,
10:45c'était pour notre bien.
10:47Les radars sur les routes,
10:49le code de la route,
10:50évidemment,
10:51le tableau de bord
10:52sur toutes les voitures.
10:53Aujourd'hui,
10:53vous n'auriez pas
10:54un constructeur automobile
10:55qui vous dirait,
10:56ben non,
10:56je ne mets pas de tableau de bord,
10:57je trouve ça moche.
10:58Donc en fait,
10:59on a besoin
10:59de régulation collective.
11:01Et le numérique,
11:02c'est une industrie
11:03comme les autres.
11:04Donc il y a une autre piste
11:06que vous explorez.
11:07Parce que vous parlez quand même
11:09de ces plateformes sociales,
11:10à un moment,
11:11comme des mafias,
11:12des cartels.
11:14Là,
11:14il y a vraiment
11:14quelque chose à faire.
11:16Il y a un travail
11:16à faire sur ces industries.
11:18Bien sûr.
11:18Pourquoi j'en parle
11:19comme des cartels
11:20ou des mafias ?
11:21Parce que vraiment,
11:22je suis frappée
11:23de la puissance
11:24qu'elles ont prise
11:24ces dernières années.
11:25En gros,
11:26on estime que les cinq
11:28GAFAM,
11:28pour aller vite,
11:29ont la puissance
11:31financière
11:33des Etats-Unis
11:34et du Japon réunis.
11:35Vous vous rendez compte ?
11:37Qu'on a le sentiment
11:38quelque part
11:39qu'on ne peut rien faire
11:40contre ces entreprises
11:40parce qu'elles sont
11:41trop fortes
11:41et trop puissantes.
11:43Et que,
11:43en fait,
11:44ce qui nous amène
11:44à avoir ce sentiment,
11:45en réalité,
11:46c'est que depuis des années,
11:48elles ont déployé
11:48un lobbying intense
11:49auprès des gouvernements
11:51dans les différents pays
11:52pour les empêcher
11:53de les réguler.
11:55et ces liens incestueux,
11:57ces liens étroits
11:58qu'elles ont développés
11:59avec le gouvernement
12:00se font au détriment
12:01de notre propre protection
12:03et de notre propre santé publique.
12:05Ça,
12:05c'est déjà un énorme problème.
12:06Deuxièmement,
12:07ce sont des entreprises
12:08qui savent très bien
12:10que leur produit est toxique.
12:11Ce que je vous expliquais
12:12sur les mécaniques
12:13de dépendance
12:14dans les algorithmes,
12:15la haine,
12:16le pourrissement
12:17du débat public,
12:18etc.
12:19Honnêtement,
12:20elles savent tout ça.
12:21Elles savent aussi
12:22que les pensées suicidaires
12:23ont explosé
12:24chez les jeunes
12:25ces dix dernières années
12:27et que c'est évidemment
12:28lié à ce qu'ils voient
12:29sur ces contenus.
12:31Effectivement,
12:31on sait qu'elles savent
12:32puisqu'il y a des lanceurs
12:33d'alerte
12:34et notamment
12:34une lanceuse d'alerte
12:35française Hogan
12:36qui nous l'a prouvé.
12:38Et donc,
12:38non seulement elles savent
12:41puisqu'y compris en interne
12:42parfois certains cadres
12:43tirent la sonnette d'alarme.
12:44Mais ils ont des comités
12:45d'éthique pourtant.
12:46Elles se sont dotées
12:47de comités
12:48soi-disant d'éthique
12:49mais en fait,
12:51elles n'arrêtent pas
12:52leur programme
12:53malgré ce savoir-là.
12:55Et non seulement
12:55elles n'arrêtent pas
12:56mais elles rendent
12:57les produits
12:57encore plus toxiques.
12:58Je veux dire,
12:58l'infinite scroll
12:59que vous évoquiez tout à l'heure,
13:01de scroller à l'infini
13:01que ça ne s'arrête jamais,
13:02ça n'existait pas
13:03il y a dix ans.
13:04Rappelez-vous,
13:04c'est des nouveautés.
13:05C'est une logique économique.
13:06Là, c'est-à-dire
13:07que la remise en question,
13:08c'est sur leur business model.
13:10En fait,
13:11seuls
13:12les super profits
13:13qui sont les leurs
13:14les intéressent
13:15vraiment au détriment
13:16de tout le reste.
13:17Et la dernière chose
13:18qui me faisait
13:19les rapprocher de la mafia,
13:20c'est que,
13:21tout en sachant
13:22leurs produits toxiques,
13:23elles essayent
13:23de recruter
13:24de plus en plus jeunes
13:25comme en mafia.
13:26C'est-à-dire que
13:27Frances Hogan,
13:28justement,
13:29nous a appris
13:31comment en interne
13:32chez Facebook,
13:33vous aviez
13:34toute une réflexion
13:35programmatique
13:36sur nos prochains horizons,
13:37qu'est-ce qu'on va faire,
13:38etc.
13:38Et y compris,
13:39il y a une slide
13:41qui laisse entendre
13:42que le prochain horizon
13:43pour Facebook,
13:43c'est d'aller choper
13:44les moins de trois ans,
13:45de zéro à trois ans.
13:46Enfin, je veux dire,
13:47quand on sait,
13:48vraiment,
13:48tous les spécialistes
13:49de la petite enfance
13:50vous disent
13:50aucun écran
13:51pour les moins de trois ans,
13:52comment une entreprise
13:53peut décemment
13:54avoir ça
13:54comme projet,
13:56évidemment,
13:58en toute obscurité.
14:01C'est-à-dire que
14:01si Frances Hogan
14:02ne nous apprenait pas ça,
14:03il n'y aurait aucune transparence
14:04sur ce projet-là
14:05de l'entreprise.
14:06Donc, c'est ça
14:06qui me paraît énorme.
14:08Alors, vous avez l'impression
14:09qu'on va dans le bon sens
14:10aujourd'hui,
14:11du côté du politique,
14:11en Europe,
14:12puisqu'on parle
14:13de l'interdiction
14:14des réseaux sociaux en France
14:15pour les moins de 15 ans,
14:16on parle d'instaurer
14:17une vérification
14:18de l'âge systématique
14:19quand on se connecte
14:20sur ces plateformes.
14:21Ça vous semble
14:22être une prise
14:23de conscience suffisante ?
14:24Non.
14:25Mais non, pas du tout.
14:27En fait,
14:28si on peut être un peu,
14:30je veux dire,
14:31cash et honnête
14:32sur ce plateau,
14:34j'hallucine sérieusement
14:36devant l'absence
14:37de sérieux
14:40des pouvoirs publics
14:42face à ce sujet
14:43du numérique.
14:43Est-ce que vous pouvez dire ça ?
14:44Mais parce qu'il est temps
14:45de se réveiller,
14:46le problème est gravissime,
14:48il est de la même ampleur
14:49que les questions
14:50de changement climatique,
14:52par exemple.
14:54On dirait qu'il n'y a pas
14:55beaucoup plus de sérieux
14:56dans la prise en compte
14:56des changements climatiques,
14:57mais il est temps
14:59de se réveiller.
14:59Il faut qu'il y ait
15:01une lucidité collective
15:03sur le fait
15:04que la mécanique
15:05à l'œuvre
15:06est terriblement délétère.
15:08Terriblement délétère.
15:09On est en train
15:09de perdre en capacité
15:11d'attention,
15:12en capacité cognitive,
15:13en capacité à faire démocratie,
15:14à vivre ensemble.
15:15On est de plus en plus
15:16ultra polarisé.
15:17Tous ces outils
15:18font évidemment
15:19la part belle au populisme,
15:21à tout ce qui va
15:23petit à petit
15:23défaire nos états de droit.
15:25On le sait.
15:26Enfin, je veux dire,
15:26le trucage des élections
15:28présidentielles,
15:28on en a eu une à venir
15:29dans un an.
15:30Aujourd'hui,
15:30on a installé
15:32Vigilum, par exemple,
15:33sur le sujet
15:34des ingérences étrangères
15:35au niveau de l'État.
15:36Non, mais c'est bien,
15:37mais on ne se donne pas
15:38assez de moyens.
15:39On ne se donne pas
15:39chez les tout-petits
15:40et à l'école.
15:41Qu'est-ce qui manque ?
15:42Ce qui manque,
15:43concrètement,
15:44c'est que ces plateformes,
15:46en fait,
15:46il faut un rapport
15:47de force avec elles.
15:48Il faut vraiment cadrer
15:49jusqu'où on peut
15:51laisser piller notre attention.
15:53En fait, c'est ça.
15:53Est-ce qu'on peut imposer
15:54un autre modèle économique
15:56à un groupe ?
15:57Alors, moi,
15:57je suis, par exemple,
15:58très favorable.
15:59International,
16:00américain, en l'occurrence.
16:01D'abord, moi,
16:01je suis très favorable
16:02à ce que préconise
16:04un certain nombre
16:05de chercheurs,
16:05qui est la création
16:06d'une régie publicitaire
16:08pour contrôler,
16:09parce que finalement,
16:09le système de ces plateformes,
16:11vous l'avez compris,
16:12c'est une économie
16:12de la publicité.
16:13Oui.
16:14Puisque pour nous,
16:14c'est gratuit.
16:15Ça veut dire que c'est nous
16:16le produit, en réalité,
16:17et que la façon dont tout ça
16:20fait du profit,
16:21c'est que nos données
16:22sont collectées,
16:23revendues à des marques
16:24à prix d'or,
16:26qui ensuite nous envoient
16:27des publicités ciblées
16:28jusqu'à nous pousser
16:29à l'acte de consommation.
16:31Donc, ce système-là,
16:32en fait,
16:33il conduit à tous les travers
16:34que j'ai développés,
16:36puisque par définition,
16:38l'intérêt de ce système,
16:39c'est de nous maintenir
16:40captifs en ligne.
16:40Donc, il faut remettre en cause
16:42le système publicitaire.
16:44À minima,
16:45créer une régie publicitaire,
16:46parce que la vérité,
16:48c'est que les marques
16:48en question,
16:49les entreprises,
16:51il n'y a pas beaucoup
16:52de transparence
16:53pour elles non plus
16:53de savoir si réellement
16:56ce que leur vendent
16:57les plateformes
16:58en termes de nombre
17:00de followers,
17:01d'usagers, etc.,
17:03est réel ou pas.
17:05Donc, en fait,
17:05on a l'impression
17:06d'être dans un monde
17:07qui est tellement peu régulé,
17:09contrairement au reste,
17:10parce que, par exemple,
17:11quand une marque
17:12va acheter de la publicité
17:13à la télévision
17:14ou sur des panneaux
17:15dans la rue, etc.,
17:16elle sait à combien
17:17d'usagers
17:18elle va s'adresser.
17:20Ici, dans le numérique,
17:21on est dans un système
17:22beaucoup trop obscur
17:24pour être parfaitement honnête.
17:25Et donc, je pense
17:26qu'on peut mieux le réguler.
17:27Je voudrais qu'on résume
17:28vos points de vue
17:29dans une interview
17:31avec des questions
17:31très binaires
17:32que je vais vous poser.
17:33Si vous pouvez répondre,
17:34pas forcément de manière binaire,
17:35mais rapidement.
17:36Oui ou non,
17:37l'idée de limiter
17:38à 3 gigaoctets par semaine
17:39notre consommation
17:40d'internet,
17:40c'était de la provoque ?
17:42Non, c'était un raisonnement...
17:44Enfin, je ne sais pas,
17:44moi, je fais...
17:45Ah, pardon.
17:46Mais juste, je fais confiance
17:47à l'intelligence des gens.
17:48Bon, donc,
17:49je les incite
17:49à lire cette tribune.
17:51Pour ou contre
17:52un ministère du numérique
17:54vraiment de plein exercice ?
17:56Ah oui, oui, oui.
17:57Bien sûr, pour moi,
17:58c'est un peu comme si aujourd'hui,
17:59vous me disiez,
18:00faut-il un ministère
18:01de l'écologie ?
18:02Ben oui, en fait,
18:02c'est évident.
18:03J'aime ou j'aime pas
18:04le numérique à l'école ?
18:06J'aime le numérique à l'école
18:07quand il a un usage pédagogique
18:10encadré par des enseignants,
18:11etc.
18:12Par contre,
18:13les enfants qui...
18:14les élèves qui sortent
18:14leur smartphone
18:15pour le consulter
18:16à chaque intercours
18:17quand ça n'est pas même
18:18en cours,
18:19ça, c'est un problème.
18:20Je suis pour les casiers
18:21sécurisés à l'entrée
18:21des établissements.
18:23Vous croyez
18:24ou vous ne croyez pas
18:24qu'on peut imposer
18:25un autre modèle économique
18:26que celui de l'attention ?
18:28Oui, je pense qu'on peut.
18:30Moi, j'ai vraiment foi
18:31dans le politique.
18:32Je pense qu'une fois
18:33que la lucidité...
18:34Et d'ailleurs,
18:34cette lucidité,
18:35je vais vous dire,
18:36si elle ne vient pas
18:36des politiques eux-mêmes,
18:37elle viendra des actions
18:38en justice
18:39d'un certain nombre
18:40d'usagers
18:42et à un moment,
18:43ça fera jurisprudence.
18:44Dernière question.
18:44En 2027,
18:45vous vous voyez où ?
18:48Ça ne fait pas partie
18:49de mon livre,
18:50donc ça sort du cadre.
18:52Merci beaucoup,
18:53Nazareth Allomacasse
18:54d'être venue
18:54dans Smartech
18:56pour la grande interview.
18:57On a parlé ensemble
18:58de votre livre
18:58« Sevrage numérique en quête
19:00sur notre rapport
19:01aux écrans ».
19:02Et comment nous en libérer
19:03paru aux éditions Talendier.
19:05C'était Smartech,
19:06merci à tous
19:06de nous avoir suivis.
19:08On se retrouve dès demain
19:09pour de nouvelles discussions
19:10sur la tech.
19:10Sous-titrage Société Radio-Canada
19:14Sous-titrage Société Radio-Canada
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