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Jean-Marc Jancovici, ingénieur et cofondateur du Carbone 4, analyse la déconnexion brutale entre les lois de la physique et les décisions de nos dirigeants.
Face à l'incompétence de la classe politique, il expose l'aveuglement d'une élite formée hors du réel. Entre dépendance au pétrole, flux de camions et limites énergétiques, cette intervention sur Thinkerview déshabille les promesses électorales impossibles.
Découvrez pourquoi notre économie est un système physique que l'argent ne peut plus masquer. Un constat glacial sur l'avenir de notre civilisation industrielle.

#Jancovici #Politique #Énergie #Économie #Physique

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Quelle ressource permet la fabrication de tous les objets de cette pièce ?
➡ le pétrole.

De combien les engrais ont-ils multiplié les rendements céréaliers mondiaux ?
➡ facteur trois à cinq.

Quelle ressource fossile est indispensable pour produire les engrais modernes ?
➡ le gaz.

Catégorie

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Éducation
Transcription
00:00Je connais très peu de gens qui disent, ah ça y est j'ai compris, puis maintenant je vais faire
00:02comme si j'avais plus compris, c'est assez rare.
00:05Mais dans le monde politique, c'est très très difficile d'amener cette grille de lecture.
00:09Alors, je ne sais pas pourquoi, on peut tenter plusieurs hypothèses.
00:13La première, c'est parce qu'il y a peu de gens qui ont des formations scientifiques dans le monde
00:15politique.
00:17On a quand même beaucoup beaucoup de gens qui n'ont pas regardé ça à un moment de leur vie.
00:24La deuxième raison, c'est que la limite et la démagogie, c'est deux choses qui ne vont pas ensemble.
00:30Or, comme la démocratie est fondamentalement démagogique, comme le disait le grand maître Tocqueville, c'est difficile de marier les
00:37deux.
00:38Donc, c'est probablement aussi, parce qu'une fois qu'on a compris qu'il y avait des limites, c
00:43'est difficile de tout promettre.
00:51Jean-Marc, vous qui connaissez notre upper class de grands leaders charismatiques et solaires, censés gouverner, anticiper et prévoir,
01:01quel regard vous portez sur ce monde ?
01:05J'ai un regard très extérieur sur le monde politique, parce que c'est un monde que je fréquente assez
01:09peu à titre personnel.
01:10J'ai un regard beaucoup plus informé, j'ai envie de dire, sur le monde économique, parce que c'est
01:16mes clients.
01:17Et donc, c'est des gens que je fréquente beaucoup plus.
01:21Alors, dans le monde économique, j'ai beaucoup de mal à faire la part des choses entre les gens qui
01:24ont compris et qui sont prisonniers de leur inertie,
01:27et donc qui ont du mal à changer les choses, et ceux qui n'ont pas compris.
01:31Je pense qu'il y a des deux, et j'ai beaucoup de mal à faire la part des choses.
01:35Dans le monde politique, je pense qu'on a encore beaucoup, beaucoup de gens qui n'ont pas compris.
01:39C'est-à-dire qu'ils n'ont pas compris que la société moderne était basée sur un ensemble de
01:45flux physiques,
01:46du transport, de la transformation, de la conversion, etc.
01:49Tous les objets qui sont présents dans cette pièce, en fait, c'est des ressources naturelles transformées.
01:53Donc, il y a eu des flux physiques de transformation et de transport pour leur permettre d'être dans cette
01:56pièce.
01:57à partir de ressources naturelles.
01:58Donc, le système économique est un vaste système de transformation basé sur des flux physiques.
02:02Il se trouve que les flux physiques ont une mesure pour les compter, c'est l'énergie.
02:06Donc, à partir du moment où on a une grille de lecture énergétique de ce qui se passe dans le
02:09monde,
02:10on comprend un certain nombre de choses et on comprend les tendances lourdes qui sont à l'œuvre.
02:16On n'a pas besoin d'être un génie.
02:18Tendances lourdes, c'est-à-dire factures, prix d'électricité, prix de plein, prix de l'alimentation.
02:21Non, c'est-à-dire augmentation des pouvoirs d'achat, apparition du temps libre, urbanisation,
02:25modification de la structure des métiers, importance de ceci ou cela.
02:28Je vais prendre un exemple, le camion.
02:30Qui parle des camions ? On ne parle pas souvent des camions.
02:33Si, nous, on adore.
02:34Alors, vous adorez des camions.
02:34Il est resté des grands enfants.
02:35Bon, alors, je ne regarde pas, c'est Thinkerview.
02:36Mais sinon, on parle...
02:38Comment ça ? Qu'est-ce que c'est que cette histoire ?
02:40On parle quand même beaucoup plus souvent des voitures que des camions.
02:43Or, en attendant, le camion est considérablement plus indispensable à la vie moderne que la voiture.
02:48Parce que nous, on a des jambes.
02:50Donc, si demain matin, il n'y a plus de voitures en France...
02:52Enfin, allez, supposons que demain matin, on garde un quart de nos voitures.
02:56Bon, tout le monde va râler.
02:58On se lèvera deux heures plus tôt pour aller au boulot.
02:59On prendra un vélo, la voiture du voisin, un bus, un vélo, puis un bus, puis un train.
03:03J'en sais rien.
03:04Enfin, on finira par se démerder.
03:06Mais le système flottera encore pour une bonne partie des gens.
03:10Si demain matin, je supprime les trois quarts des camions dans ce pays, on meurt de faim dans un certain
03:14nombre d'endroits.
03:14Enfin, je veux dire, c'est le globule rouge de l'économie, le camion, aujourd'hui.
03:18Qui est simplement conscient de ça ?
03:21Les syndicats de routiers.
03:22Un peu.
03:24Mais ce que je veux dire, c'est qu'une partie du pétrole qu'on importe aujourd'hui sert à
03:28ça.
03:30Donc, fondamentalement, plus de camions et plus de bateaux, plus de mondialisation, plus d'économie, plus de transport de marchandises.
03:35Et le pétrole sert à ça.
03:38Les engrais, c'est pareil.
03:39Les engrais ont permis d'augmenter les rendements céréaliers par un facteur 3 à 5.
03:43Et c'est ça qui permet aujourd'hui de nourrir les gens pour pas cher.
03:45Car on mange pour pas cher, il faut le rappeler.
03:48Comparé à ce que c'était il y a un siècle ou deux.
03:51Et ça, c'est du gaz.
03:53Donc, en fait, les hydrocarbures ont vraiment fondamentalement changé la façon dont on vit.
03:57Même le charbon.
03:58L'acier, c'est du charbon.
04:00Et l'acier est un des piliers de la civilisation moderne.
04:03On en fait 2 milliards de tonnes par an.
04:04C'est-à-dire 250 kilos par terrien et par an.
04:07Ça fait quand même beaucoup.
04:08Trois fois notre poids d'acier à chacun.
04:10Pour faire les infrastructures, les bâtiments, les moyens de transport sur terre, sur mer, etc.
04:17Sans acier, c'est pareil.
04:18La civilisation moderne ne serait absolument pas ce qu'elle est.
04:21Donc, il y a une dépendance aux matières et aux ressources et à l'énergie
04:26qui est assez facile à expliquer, dès qu'on prend le temps,
04:29mais qui est totalement masquée dans le monde moderne par la convention qui s'appelle l'argent.
04:35Argent, politique, pas comprendre.
04:37L'argent.
04:38Déjà l'argent.
04:38Donc, aujourd'hui, on est dans une civilisation d'urbain.
04:42C'est-à-dire couper des flux physiques qui nous permettent d'être nourris, habillés, etc.
04:45Tout ça se passe loin.
04:46On ne voit pas les mines sous notre nez.
04:48On ne voit pas les champs sous notre nez.
04:49On ne voit pas les usines sous notre nez.
04:51Tout ça sort du supermarché.
04:53Ou maintenant, sort du livreur qui vient poser ça sur le pas de la porte ou au point relais.
05:00Et on ne comprend pas la dépendance de la civilisation moderne à tous ces flux physiques
05:04qui prennent part partout et qui sont essentiellement assis sur des énergies fossiles.
05:09Et une fois qu'on a compris ça, ce qui, encore une fois, n'est pas très compliqué à comprendre
05:12dès qu'on regarde, mais moi, j'ai mis du temps.
05:14Parce qu'on ne m'a pas mis ça sous le nez spontanément.
05:16C'est un peu par hasard que j'ai découvert tout ça.
05:19À Polytechnique, vous n'avez jamais appris ça ?
05:21Non, à Polytechnique, on ne fait pas ça.
05:22À Polytechnique, on nous a appris des trucs extrêmement sophistiqués
05:25dont je ne me suis jamais servi ensuite.
05:29La thermodynamique, un minimum, quand même.
05:30Non, la thermodynamique, ça n'en prie pas.
05:32C'est assez avant, la thermodynamique.
05:33Non, non, je ne sais pas, Alix, qu'on a vu l'équation de Schrödinger.
05:38Enfin, l'équation de Schrödinger, c'est très joli pour encadrer sur son mur.
05:40Mais à part ça, les gens qui s'en servent au quotidien, il n'y en a quand même pas
05:44beaucoup.
05:45Et aujourd'hui, je vais rarement au-delà de la règle de 3, moi, dans ce que je fais.
05:50Mais donc, la compréhension de cette réalité physique, en fait,
05:55elle amène une grille de lecture.
05:57Une fois qu'on y a goûté, c'est très, très difficile d'en ressortir.
06:00Je connais très peu de gens qui disent « Ah, ça y est, j'ai compris. »
06:02Puis maintenant, je vais faire comme si je n'avais plus compris.
06:03C'est assez rare.
06:05Mais dans le monde politique, c'est très, très difficile d'amener cette grille de lecture.
06:09Alors, je ne sais pas pourquoi.
06:11On peut tenter plusieurs hypothèses.
06:13La première, c'est parce qu'il y a peu de gens qui ont des formations scientifiques dans le monde
06:15politique.
06:17On a quand même beaucoup, beaucoup de gens qui n'ont pas regardé ça à un moment de leur vie.
06:24La deuxième raison, c'est que la limite et la démagogie, c'est deux choses qui ne vont pas ensemble.
06:30Or, comme la démocratie est fondamentalement démagogique, comme le disait le grand maître Tocqueville,
06:35c'est difficile de marier les deux.
06:38Donc, c'est probablement aussi un…
06:41Voilà, parce qu'une fois qu'on a compris qu'il y avait des limites, c'est difficile de tout
06:44promettre.
06:46Mais, enfin voilà, toujours est-il qu'aujourd'hui, cette grille de lecture, elle manque.
06:49Et c'est ça qui conduit à promettre des choses qui ne se réalisent pas
06:53ou à ne pas comprendre qu'il va nous tomber dessus des choses
06:56qui vont, à un moment ou à un autre, se réaliser sous une forme qui reste à définir.
07:00Mais, je veux dire, on est capable de voir arriver globalement les problèmes.
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