00:00Je connais très peu de gens qui disent, ah ça y est j'ai compris, puis maintenant je vais faire
00:02comme si j'avais plus compris, c'est assez rare.
00:05Mais dans le monde politique, c'est très très difficile d'amener cette grille de lecture.
00:09Alors, je ne sais pas pourquoi, on peut tenter plusieurs hypothèses.
00:13La première, c'est parce qu'il y a peu de gens qui ont des formations scientifiques dans le monde
00:15politique.
00:17On a quand même beaucoup beaucoup de gens qui n'ont pas regardé ça à un moment de leur vie.
00:24La deuxième raison, c'est que la limite et la démagogie, c'est deux choses qui ne vont pas ensemble.
00:30Or, comme la démocratie est fondamentalement démagogique, comme le disait le grand maître Tocqueville, c'est difficile de marier les
00:37deux.
00:38Donc, c'est probablement aussi, parce qu'une fois qu'on a compris qu'il y avait des limites, c
00:43'est difficile de tout promettre.
00:51Jean-Marc, vous qui connaissez notre upper class de grands leaders charismatiques et solaires, censés gouverner, anticiper et prévoir,
01:01quel regard vous portez sur ce monde ?
01:05J'ai un regard très extérieur sur le monde politique, parce que c'est un monde que je fréquente assez
01:09peu à titre personnel.
01:10J'ai un regard beaucoup plus informé, j'ai envie de dire, sur le monde économique, parce que c'est
01:16mes clients.
01:17Et donc, c'est des gens que je fréquente beaucoup plus.
01:21Alors, dans le monde économique, j'ai beaucoup de mal à faire la part des choses entre les gens qui
01:24ont compris et qui sont prisonniers de leur inertie,
01:27et donc qui ont du mal à changer les choses, et ceux qui n'ont pas compris.
01:31Je pense qu'il y a des deux, et j'ai beaucoup de mal à faire la part des choses.
01:35Dans le monde politique, je pense qu'on a encore beaucoup, beaucoup de gens qui n'ont pas compris.
01:39C'est-à-dire qu'ils n'ont pas compris que la société moderne était basée sur un ensemble de
01:45flux physiques,
01:46du transport, de la transformation, de la conversion, etc.
01:49Tous les objets qui sont présents dans cette pièce, en fait, c'est des ressources naturelles transformées.
01:53Donc, il y a eu des flux physiques de transformation et de transport pour leur permettre d'être dans cette
01:56pièce.
01:57à partir de ressources naturelles.
01:58Donc, le système économique est un vaste système de transformation basé sur des flux physiques.
02:02Il se trouve que les flux physiques ont une mesure pour les compter, c'est l'énergie.
02:06Donc, à partir du moment où on a une grille de lecture énergétique de ce qui se passe dans le
02:09monde,
02:10on comprend un certain nombre de choses et on comprend les tendances lourdes qui sont à l'œuvre.
02:16On n'a pas besoin d'être un génie.
02:18Tendances lourdes, c'est-à-dire factures, prix d'électricité, prix de plein, prix de l'alimentation.
02:21Non, c'est-à-dire augmentation des pouvoirs d'achat, apparition du temps libre, urbanisation,
02:25modification de la structure des métiers, importance de ceci ou cela.
02:28Je vais prendre un exemple, le camion.
02:30Qui parle des camions ? On ne parle pas souvent des camions.
02:33Si, nous, on adore.
02:34Alors, vous adorez des camions.
02:34Il est resté des grands enfants.
02:35Bon, alors, je ne regarde pas, c'est Thinkerview.
02:36Mais sinon, on parle...
02:38Comment ça ? Qu'est-ce que c'est que cette histoire ?
02:40On parle quand même beaucoup plus souvent des voitures que des camions.
02:43Or, en attendant, le camion est considérablement plus indispensable à la vie moderne que la voiture.
02:48Parce que nous, on a des jambes.
02:50Donc, si demain matin, il n'y a plus de voitures en France...
02:52Enfin, allez, supposons que demain matin, on garde un quart de nos voitures.
02:56Bon, tout le monde va râler.
02:58On se lèvera deux heures plus tôt pour aller au boulot.
02:59On prendra un vélo, la voiture du voisin, un bus, un vélo, puis un bus, puis un train.
03:03J'en sais rien.
03:04Enfin, on finira par se démerder.
03:06Mais le système flottera encore pour une bonne partie des gens.
03:10Si demain matin, je supprime les trois quarts des camions dans ce pays, on meurt de faim dans un certain
03:14nombre d'endroits.
03:14Enfin, je veux dire, c'est le globule rouge de l'économie, le camion, aujourd'hui.
03:18Qui est simplement conscient de ça ?
03:21Les syndicats de routiers.
03:22Un peu.
03:24Mais ce que je veux dire, c'est qu'une partie du pétrole qu'on importe aujourd'hui sert à
03:28ça.
03:30Donc, fondamentalement, plus de camions et plus de bateaux, plus de mondialisation, plus d'économie, plus de transport de marchandises.
03:35Et le pétrole sert à ça.
03:38Les engrais, c'est pareil.
03:39Les engrais ont permis d'augmenter les rendements céréaliers par un facteur 3 à 5.
03:43Et c'est ça qui permet aujourd'hui de nourrir les gens pour pas cher.
03:45Car on mange pour pas cher, il faut le rappeler.
03:48Comparé à ce que c'était il y a un siècle ou deux.
03:51Et ça, c'est du gaz.
03:53Donc, en fait, les hydrocarbures ont vraiment fondamentalement changé la façon dont on vit.
03:57Même le charbon.
03:58L'acier, c'est du charbon.
04:00Et l'acier est un des piliers de la civilisation moderne.
04:03On en fait 2 milliards de tonnes par an.
04:04C'est-à-dire 250 kilos par terrien et par an.
04:07Ça fait quand même beaucoup.
04:08Trois fois notre poids d'acier à chacun.
04:10Pour faire les infrastructures, les bâtiments, les moyens de transport sur terre, sur mer, etc.
04:17Sans acier, c'est pareil.
04:18La civilisation moderne ne serait absolument pas ce qu'elle est.
04:21Donc, il y a une dépendance aux matières et aux ressources et à l'énergie
04:26qui est assez facile à expliquer, dès qu'on prend le temps,
04:29mais qui est totalement masquée dans le monde moderne par la convention qui s'appelle l'argent.
04:35Argent, politique, pas comprendre.
04:37L'argent.
04:38Déjà l'argent.
04:38Donc, aujourd'hui, on est dans une civilisation d'urbain.
04:42C'est-à-dire couper des flux physiques qui nous permettent d'être nourris, habillés, etc.
04:45Tout ça se passe loin.
04:46On ne voit pas les mines sous notre nez.
04:48On ne voit pas les champs sous notre nez.
04:49On ne voit pas les usines sous notre nez.
04:51Tout ça sort du supermarché.
04:53Ou maintenant, sort du livreur qui vient poser ça sur le pas de la porte ou au point relais.
05:00Et on ne comprend pas la dépendance de la civilisation moderne à tous ces flux physiques
05:04qui prennent part partout et qui sont essentiellement assis sur des énergies fossiles.
05:09Et une fois qu'on a compris ça, ce qui, encore une fois, n'est pas très compliqué à comprendre
05:12dès qu'on regarde, mais moi, j'ai mis du temps.
05:14Parce qu'on ne m'a pas mis ça sous le nez spontanément.
05:16C'est un peu par hasard que j'ai découvert tout ça.
05:19À Polytechnique, vous n'avez jamais appris ça ?
05:21Non, à Polytechnique, on ne fait pas ça.
05:22À Polytechnique, on nous a appris des trucs extrêmement sophistiqués
05:25dont je ne me suis jamais servi ensuite.
05:29La thermodynamique, un minimum, quand même.
05:30Non, la thermodynamique, ça n'en prie pas.
05:32C'est assez avant, la thermodynamique.
05:33Non, non, je ne sais pas, Alix, qu'on a vu l'équation de Schrödinger.
05:38Enfin, l'équation de Schrödinger, c'est très joli pour encadrer sur son mur.
05:40Mais à part ça, les gens qui s'en servent au quotidien, il n'y en a quand même pas
05:44beaucoup.
05:45Et aujourd'hui, je vais rarement au-delà de la règle de 3, moi, dans ce que je fais.
05:50Mais donc, la compréhension de cette réalité physique, en fait,
05:55elle amène une grille de lecture.
05:57Une fois qu'on y a goûté, c'est très, très difficile d'en ressortir.
06:00Je connais très peu de gens qui disent « Ah, ça y est, j'ai compris. »
06:02Puis maintenant, je vais faire comme si je n'avais plus compris.
06:03C'est assez rare.
06:05Mais dans le monde politique, c'est très, très difficile d'amener cette grille de lecture.
06:09Alors, je ne sais pas pourquoi.
06:11On peut tenter plusieurs hypothèses.
06:13La première, c'est parce qu'il y a peu de gens qui ont des formations scientifiques dans le monde
06:15politique.
06:17On a quand même beaucoup, beaucoup de gens qui n'ont pas regardé ça à un moment de leur vie.
06:24La deuxième raison, c'est que la limite et la démagogie, c'est deux choses qui ne vont pas ensemble.
06:30Or, comme la démocratie est fondamentalement démagogique, comme le disait le grand maître Tocqueville,
06:35c'est difficile de marier les deux.
06:38Donc, c'est probablement aussi un…
06:41Voilà, parce qu'une fois qu'on a compris qu'il y avait des limites, c'est difficile de tout
06:44promettre.
06:46Mais, enfin voilà, toujours est-il qu'aujourd'hui, cette grille de lecture, elle manque.
06:49Et c'est ça qui conduit à promettre des choses qui ne se réalisent pas
06:53ou à ne pas comprendre qu'il va nous tomber dessus des choses
06:56qui vont, à un moment ou à un autre, se réaliser sous une forme qui reste à définir.
07:00Mais, je veux dire, on est capable de voir arriver globalement les problèmes.
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