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L'astrophysicien Aurélien Barrau alerte les futurs ingénieurs de CentraleSupélec sur l'autonomie du système technique. Il décrit notre civilisation occidentale comme la plus meurtrière de l'histoire pour la biosphère et dénonce l'illusion de l'abondance.
Ce discours radical questionne notre ontologie et la survie du vivant face à une technologie devenue incontrôlable. Entre métastases systémiques et révolution nécessaire, il livre une analyse chirurgicale de notre monde.
Retrouvez ce moment fort produit par la chaîne CentraleSupélec pour repenser nos véritables désirs face au désastre.

#Barrau #Technologie #Écologie #Civilisation #Effondrement

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Réponses au quiz de fin :
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Quelle est la civilisation la plus meurtrière pour la biosphère ?
➡ la civilisation occidentale.

Comment s'appelle l'effet d'un remède qui devient toxique ?
➡ l'effet paracétamol.

À quoi Aurélien Barrau compare-t-il les logiciels autonomes ?
➡ des cellules malignes.

Catégorie

📚
Éducation
Transcription
00:00La sphère technique a, dans une certaine mesure, déjà pris son autonomie.
00:06Ce sont des machines qui construisent des machines.
00:09Ce sont des logiciels qui conçoivent des logiciels.
00:12Sous notre contrôle, évidemment, et avec notre intervention.
00:16Mais quelque chose se déploie déjà en parallèle.
00:21Si, par exemple, vous demandez à l'administration de l'école centrale
00:24de faire preuve d'humanité, dans une situation d'injustice criante, par exemple,
00:28la réponse la plus probable du ou de la secrétaire que vous allez voir sera
00:33« J'aimerais beaucoup, mais je ne peux pas avec ce logiciel. »
00:38Le logiciel ne veut pas.
00:46Bien sûr, il y a d'autres causes que le réchauffement climatique
00:52à la disparition en cours de la vie sur Terre.
00:55Sur exploitation, destruction des habitats, pollution, invasion biologique
01:02due aux espèces introduites par l'homme, etc.
01:05Mais le dire comme ça, c'est encore, voire trop petit.
01:09La véritable éthiologie, il me semble qu'il faut la chercher en amont,
01:14au cœur de notre ontologie, c'est-à-dire de notre construction du réel,
01:19dans notre fascination pour les rapports de domination et d'exploitation
01:24des humains et des non-humains.
01:28Alors, sous couvert de respectabilité, nous feignons de ne pas comprendre
01:32que nous sommes, nous autres, occidentaux,
01:36la civilisation la plus meurtrière qui a jamais habité cette planète.
01:44On le redit. Nous sommes, vous, moi, la civilisation la plus meurtrière
01:49du point de vue de la biosphère qui a jamais habité cette planète.
01:55Ce n'est pas une croyance, ce n'est pas une idée, ce n'est pas une posture,
01:59c'est un fait.
02:02En résumé, quelles que soient nos convictions et nos désirs,
02:07il est acté que le monde tel qu'il est ne tiendra pas.
02:12Mais ce n'est qu'un petit bout de la question.
02:14La partie intéressante est, puisqu'il faut qu'on le veuille ou non,
02:20une révolution.
02:22Laquelle allons-nous mener ?
02:25Est-ce qu'on va s'embourber dans une dernière éjaculation nihiliste
02:28de plaisir mortifère et prédateur
02:31ou usé de cette contrainte
02:34pour nous interroger sur ce qui est véritablement désiré ?
02:41Il y a quelques jours, avant-hier, je crois,
02:44le journal d'universitaire La Conversation
02:47titrait pour l'un de ses articles
02:49« Sortir du capitalisme,
02:52conditions nécessaires mais non suffisantes
02:55face à la crise écologique ».
02:57C'est tout à fait exact.
02:59Nous sommes ici face à quelque chose qui est plus profond
03:03qu'une simple nécessité de renouvellement du système économique,
03:07ce qui pourtant semble déjà infaisable
03:10à la plupart de nos dirigeants.
03:13De grâce.
03:14Si vous réfléchissez à ces questions,
03:17dites-vous bien que même les plus grandes remises en cause
03:21sont encore trop petites.
03:24Nous vivons quand même dans un temps, n'est-ce pas,
03:27où l'accueil d'un malheureux bateau de réfugiés fait polémique,
03:33alors même qu'aujourd'hui même,
03:36on révèle qu'une enquête accablante
03:41montre que les secours français ont, l'année dernière,
03:45sciemment laissait se noyer des dizaines de pauvres gens
03:48qui tentaient de survivre en mer.
03:50Alors bien sûr, on peut moquer la bêtise de Trump
03:54ou le bellicisme de Poutine.
03:56Très bien, j'applaudis, je soutiens.
03:59On les aime pas.
04:00Mais le sale, c'est quand même ici aussi,
04:04en notre nom et avec notre aval.
04:06Et je ne vois pas que l'évolution de l'opinion publique
04:10pousse aujourd'hui vers une épiphanie d'entraide,
04:14de commun, de déconstruction et de partage,
04:17tout au contraire.
04:19Alors soyons, pour aller vers la fin,
04:22un peu plus spécifiques
04:23et revenons au cœur de ce qui nous intéresse.
04:28Je crois qu'il y a deux enjeux fondamentaux.
04:31Le premier consisterait à bien identifier,
04:36si l'on peut dire, le système prédateur.
04:39En ce sens, je trouve que les travaux de Catherine Thomas
04:43sont particulièrement intéressants.
04:45Et par d'autres voies, d'ailleurs,
04:46j'étais arrivé à peu près à la même conclusion qu'elle.
04:49Il repose sur un constat.
04:52Globalement, aujourd'hui, la technique tue.
04:55Naturellement, je le dis une dernière fois,
04:58on pourra toujours trouver ici et là
05:00quelques bienfaits.
05:01C'est exact.
05:03Et personne ne le nie.
05:04Et personne ne veut revenir à l'âge de Pierre.
05:07Mais on ne peut pas éternellement
05:09se laisser leurrer
05:10par ce que j'appelle l'effet paracétamol.
05:13C'est-à-dire, j'ai un peu mal à la tête,
05:15je prends un cachet, j'ai moins mal à la tête.
05:17Donc je prends 40 cachets
05:18pour n'avoir plus du tout mal à la tête.
05:20Ah, ben non, là, ça ne marche plus.
05:22Je suis mort.
05:23Ou pour le dire de façon un peu moins triviale,
05:26au concept de pharmacone,
05:28voire la pharmacie de Platon,
05:30théorisée par Derrida.
05:32Entre le poison et le remède,
05:34tout est une question de dosage.
05:38Ainsi en va-t-il de notre technophilie aveugle
05:42qui ne comprend pas
05:43que ce qui peut être effectivement bienvenu
05:46à dose infinitésimale
05:48devient nécessairement létal
05:51lors d'un gavage.
05:54Ce que je trouve pertinent,
05:56c'est de noter sur les pas donc de Mme Thomas
05:59que la sphère technique
06:02a, dans une certaine mesure,
06:05déjà pris son autonomie.
06:07Ce sont des machines qui construisent des machines.
06:10Ce sont des logiciels
06:12qui conçoivent des logiciels.
06:13Sous notre contrôle, évidemment,
06:15et avec notre intervention.
06:17Mais quelque chose se déploie déjà en parallèle.
06:22Si, par exemple,
06:23vous demandez à l'administration
06:24de l'école centrale
06:25de faire preuve d'humanité
06:26dans une situation d'injustice criante,
06:29par exemple,
06:30la réponse la plus probable
06:31du ou de la secrétaire
06:33que vous allez voir sera
06:34« J'aimerais beaucoup,
06:36mais je ne peux pas avec ce logiciel. »
06:39Le logiciel ne veut pas.
06:41Dans une certaine mesure,
06:43les machines ont déjà un peu pris le pouvoir.
06:48Nous en sommes parfois les hôtes consentants,
06:52parfois les hôtes consternés.
06:54Demandez à votre maman ou à votre grand-père
06:56d'acheter un billet de train sur Internet,
06:58vous allez tout de suite sentir
06:59la montée d'adrénaline.
07:01Oui, oui, ils préféraient aller au guichet.
07:04Et ça ne veut pas forcément dire,
07:05figurez-vous, qu'ils sont séniles.
07:07De mon côté, je vois une sorte
07:10de développement quasi cancéreux, ici.
07:15Là encore, je trouve que l'analogie
07:16est frappante.
07:17Regardez, mutation, métastase,
07:19prolifération.
07:20Mais ce qui est le plus important,
07:22c'est l'autonomie.
07:24Les cellules malignes
07:26vivent leur propre mécanisme de sélection.
07:30Elles échappent à l'homéostasie
07:33et à la sénescence.
07:35Elles ont bien sûr besoin
07:37d'un hôte pour exister,
07:39comme les machines.
07:40Mais elles n'en dépendent plus que marginalement,
07:44jusqu'à son trépas.
07:46Je crois que nous sommes dans une situation
07:48qui est relativement analogue.
07:51Ceci posé,
07:52et c'est important,
07:54parce que je crois qu'il est pertinent
07:55d'intégrer que nous faisons face
07:57à un ennemi qui est à la fois intérieur
07:59et étranger,
08:01la question cardinale
08:03est bien évidemment
08:05celle des leviers d'action.
08:08Bon.
08:08Je vous conseille la lecture
08:11d'un texte saisissant
08:12de Donnella Midos.
08:15La femme du fameux Denis
08:18est l'une des autrices
08:20du rapport du MIT de 1972
08:22qui annonçait la catastrophe actuelle.
08:25Au passage, au passage.
08:27Et à propos des conclusions essentielles
08:29de ce rapport,
08:31je suis quand même un peu stupéfait
08:32fait qu'il ait fallu 51 ans
08:34à nos politiques
08:36pour assimiler quelque chose
08:37aussi trivial
08:38quand vous le lisez.
08:40Qu'ils découvrent aujourd'hui
08:41la nécessité d'une sobriété
08:45dont ils n'ont en réalité
08:47pas commencé à cerner
08:48la véritable profondeur
08:50ne peut quand même pas poser
08:51une question,
08:52ne peut pas ne pas poser
08:54une question de compétence.
08:57D'ailleurs, le dire ainsi,
08:58c'est-à-dire en termes de prélèvement
09:00et de ressources,
09:01c'est déjà commettre
09:02une erreur cardinale
09:04parce que c'est s'enfermer
09:05dans le système de valeurs
09:07qui rend essentiellement
09:08tout impossible.
09:09Celui où l'on considère
09:11que fermer un réseau social
09:13pour réentendre les chants d'oiseaux
09:15et redécouvrir les livres
09:17est une atrophie
09:19ou une agression.
09:21Ce que je veux dire,
09:22c'est que vous avez remarqué
09:23depuis quelques jours,
09:25il nous est expliqué dans les médias
09:26que l'Europe, les Etats-Unis,
09:29l'Occident
09:29va devoir comprendre
09:31que, je cite,
09:33« l'abondance, c'est terminé ».
09:36Oui, enfin,
09:37ça invite quand même
09:37à deux remarques, n'est-ce pas ?
09:38La première,
09:39c'est que l'abondance,
09:40ça n'a jamais été pour tout le monde,
09:42donc certains n'auront pas de mal
09:43à le découvrir.
09:44Et deuxièmement,
09:46c'est que l'immense majorité
09:48de cette dite abondance,
09:50en réalité,
09:51c'est un poison addictif
09:53qui génère des dépendances
09:55et atrophie nos possibles.
09:57C'est ça qui est dingue.
09:58En réalité,
09:59l'immense nécessité
10:00de ce qu'il va nous falloir perdre
10:07ne s'instancie
10:08comme une perte de confort
10:10que du point de vue
10:11d'un système de valeurs
10:12qui, quand on y réfléchit,
10:13est totalement délirant.
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