00:00On voit bien aujourd'hui que faute de nous opposer à cette guerre, cet illimitisme de Donald Trump s'accélère.
00:09Et le résultat, c'est que c'est nous qui payons l'addition.
00:12Ne l'oublions pas, les Américains, entre le Moyen-Orient et les États-Unis, il y a une mer et
00:18il y a un océan.
00:19Nous, nous sommes dans la proximité de ces conflits et c'est nous qui en payons le prix.
00:25S'il y a demain un risque migratoire, s'il y a un risque terroriste, et le risque terroriste, ce
00:29n'est pas quelque chose d'hypothétique, il est là.
00:32S'il y a un risque de prolifération qui s'accroît dans les prochaines années, nous serons ceux qui payent
00:38l'addition.
00:45Vous faites le constat de deux hommes sans limite, si je vous suis Donald Trump et Benjamin Netanyahou, peut-être
00:50pour des raisons différentes.
00:51Quelle peut être la voix de la France ? Vous avez été l'homme à la tribune de l'ONU
00:55qui a dit non, il y a plus de 20 ans de ça à la guerre en Irak.
00:57Aujourd'hui, au-delà de la condamnation, on voit bien qu'aujourd'hui, on se fâche avec Donald Trump, mais
01:03qu'on n'ose pas aller trop loin, on a peur de plein de choses, des droits de l'homme
01:05ou d'autres choses.
01:06Au-delà des mots pour condamner aujourd'hui cette guerre et la façon dont elle est faite, qu'est-ce
01:10qu'on peut faire ?
01:11Alors d'abord, au-delà des mots, encore faudrait-il employer les mots.
01:14Vous trouvez que la France ne les utilise pas ?
01:16Je n'ai pas entendu un discours, je n'ai pas entendu une prise de position des Européens qui traduise
01:22le rejet, la condamnation de la politique menée par Donald Trump.
01:26Peut-être parce qu'ils sont divisés entre les Espagnols qui interdisent le survol de leurs avions, la France qui
01:30ne l'interdit mais pas tout le temps, les Anglais qui se font taper sur les doigts.
01:34L'Europe, quel téléphone ? Quel numéro de téléphone ?
01:36Peut-être. Mais il n'empêche que l'un des grands dirigeants de cette Europe, et je pense qu'il
01:42revient à la France de jouer ce rôle, pourrait s'élever et poser clairement cette opposition.
01:49On voit bien aujourd'hui que faute de nous opposer à cette guerre, cet illimitisme de Donald Trump s'accélère.
01:58Et le résultat, c'est que c'est nous qui payons l'addition. Ne l'oublions pas, les Américains, entre
02:04le Moyen-Orient et les États-Unis, il y a une mer et il y a un océan.
02:09Nous, nous sommes dans la proximité de ces conflits et c'est nous qui en payons le prix.
02:14Mais s'il y a demain un risque migratoire, s'il y a un risque terroriste, et le risque terroriste,
02:19ce n'est pas quelque chose d'hypothétique, il est là.
02:21S'il y a un risque de prolifération qui s'accroît dans les prochaines années, nous serons ceux qui payent
02:28l'addition.
02:28C'est pour cela que les Européens doivent marquer clairement le rapport de force vis-à-vis des États-Unis.
02:34Nous ne sommes plus dans le même bateau. Nous n'avons plus les mêmes intérêts.
02:38Et nous devons le dire aux États-Unis, quelles qu'en soient les conséquences, je ne fais pas partie de
02:43ceux qui sont en faveur de la politique du pire.
02:45Je ne crois pas qu'il nous appartient aujourd'hui de quitter l'OTAN.
02:48Mais jouons désormais entièrement dans le cadre du pilier européen de l'OTAN.
02:54Accélérons nos efforts. Faisons un effort supplémentaire pour, entre Européens, être capables de prendre la relève.
03:00Parce qu'il y a un risque supplémentaire.
03:02C'est que les États-Unis laissent tomber l'Ukraine, et que l'Ukraine se retrouve face à une Russie
03:08qui tire quelques bénéfices de la situation actuelle,
03:11notamment du fait de sa rente pétrolière.
03:13J'essaye de remettre de la réalité de l'Europe quand je vous écoute.
03:17On a du mal à construire simplement un avion avec les Allemands.
03:20Si demain, effectivement, un homme ou une femme en Europe se lève pour dire ces cas de vérité à Donald
03:26Trump,
03:26et que, imaginons que ce soit Emmanuel Macron, et que dans la foulée, les États-Unis nous mettent 30%
03:30de droits de douane,
03:31est-ce que vous ne reviendrez pas sur ce plateau pour dire, c'est scandaleux, il ne fallait pas aller
03:35jusque-là ?
03:35C'est-à-dire, on voit bien qu'aujourd'hui, il y a beaucoup de voix en Europe qui ont
03:39envie de se fâcher avec Donald Trump,
03:40mais qu'elles n'osent pas parce qu'il a aussi la toute-puissance économique.
03:43Mais il ne s'agit pas de se fâcher avec Donald Trump.
03:45Il s'agit tout simplement de prévenir Donald Trump de ce qui va se passer.
03:49Vous pensez vraiment qu'on peut lui faire peur ?
03:51Mais en 2003, qu'est-ce qui s'est passé avec Jacques Chirac ?
03:53Nous avons dit à George Bush ce qui allait se passer.
03:57Mais il y allait quand même.
03:58Et le chaos en a été la conséquence.
04:01Et il y allait quand même comme aujourd'hui.
04:01Vous croyez que le peuple américain n'est pas capable, à cinq mois des échéances des midterms,
04:07de se rendre compte que ce type d'aventure, encore et encore, conduit et les Etats-Unis, et le Moyen
04:13-Orient, et l'économie humaine.
04:14Donc notre espoir, c'est le peuple américain.
04:15Et l'économie humaine.
04:16Mais notre espoir, c'est la démocratie.
04:18Notre espoir, c'est de ne pas infantiliser nos peuples.
04:22Notre espoir, c'est de rester capable de mener des politiques humaines.
04:26C'est d'être capable de mener le monde avec réalisme.
04:29C'est les trois quarts de la planète qui sont en attente d'un leadership européen.
04:33Mais le problème, c'est que ce ne sont pas les trois quarts de la planète qui votent pour élire
04:36le président américain,
04:37mais les citoyens américains.
04:38Oui, mais au bout du compte, l'addition risque d'être encore plus redoutable par Donald Trump.
04:42Mais une fois de plus, si personne ne dit à Donald Trump son fait,
04:47si personne ne prévient Donald Trump des risques qu'il prend,
04:50non seulement aujourd'hui pour les soldats américains,
04:53mais pour l'ensemble de la planète,
04:54nous sommes tous aujourd'hui à subir les conséquences de cette politique
04:59qui a une traduction dans le déséquilibre économique du monde tragique.
05:04Je pense que ça mérite au moins que les Européens aient le sursaut,
05:08la dignité de dire les choses aux Etats-Unis et au reste du monde.
05:13Et dans cette addition de la guerre dont vous parlez, Dominique de Villepin,
05:15il y a évidemment la flambée des carburants.
05:18Vous allez nous dire dans un instant ce que vous feriez
05:20si vous étiez aujourd'hui en responsabilité.
05:23Mais est-ce que vous seriez cigale ou fourmi ?
05:26Est-ce que vous diriez je saupoudre, je vise les professions qui soufflent le plus
05:29ou j'ouvre grand les vannes et tant pis pour le déficit ?
05:32Je serais responsable.
05:34Oui, mais...
05:34Oui, oui, mais qu'est-ce que ça veut dire ?
05:36Permettez-moi de le dire.
05:37Responsable, ça veut dire quoi ?
05:39C'est-à-dire qu'il faut protéger les plus vulnérables.
05:41Et en particulier ceux qui, dans notre territoire,
05:44subissent les conséquences tragiques et ne peuvent plus travailler,
05:47ne peuvent plus utiliser leur voiture.
05:50Et c'est pour cela que je suis pour que les maires et les intercommunalités
05:53puissent distribuer des chèques carburants
05:55à ceux qui, en dessous d'un certain seuil de ressources,
05:58ne peuvent pas aujourd'hui travailler.
06:01Deuxièmement...
06:01Pardon, des chèques carburants pour tous les automobilistes
06:04en dessous d'un certain seuil de revenus ?
06:05Non.
06:06Pour ceux qui, dans les territoires,
06:08ont absolument besoin de leur voiture.
06:11Si vous êtes à Paris, vous prenez le métro, vous prenez le bus,
06:13il y a d'autres moyens dans les grandes villes, c'est le cas.
06:15Qui les finance, ces chèques carburants ?
06:16Eh bien, c'est à partir des moyens dont nous disposons,
06:20des ressources dont nous disposons,
06:22encore, même si la pelote s'est beaucoup rétrécie,
06:26compte tenu de l'état de nos finances publiques,
06:28que nous pouvons dégager une marque.
06:29Donc je suis pour des aides ciblées.
06:30On l'a fait pour les producteurs.
06:32Donc vous avez un montant en tête.
06:34Le gouvernement est bien placé pour le faire.
06:36Le gouvernement, il a dit 70 millions,
06:38pour l'instant, sur les professions les plus ciblées uniquement.
06:41Il ne pourra pas en rester là.
06:42Il faudra, et il faut prendre en compte cette réalité-là.
06:45Deuxièmement, il faut une politique d'écrètement.
06:47L'écrètement, ça veut dire que quand les prix vont monter
06:50au-delà d'un certain seuil, prenons 2,50 euros,
06:54eh bien, il faudra alors faire en sorte que nous puissions,
07:02quand le prix baissera, écréter.
07:05C'est-à-dire qu'à périmètre constant, nous allons lisser le prix.
07:09C'est-à-dire qu'on fixe pour plusieurs mois le prix à 2,50 euros.
07:12On fixe un prix maximum.
07:13Quand il est au-dessus, c'est l'État qui paye.
07:16Exactement.
07:16Quand il est en dessous, il se rembourse.
07:18Exactement.
07:18C'est-à-dire que c'est un système qui permet d'établir
07:20une sorte de caisse de compensation.
07:22Si ça ne redescend pas.
07:22Eh bien, si ça ne redescend pas, on peut quand même penser
07:25qu'il y a un principe de réalité qui jouera
07:28et que ce ne sera pas seulement les Européens
07:32qui s'opposeront alors à Donald Trump.
07:34Il y a aujourd'hui, je crois, un troisième élément
07:38qu'il faut prendre en compte compte tenu du fait
07:39que nous voyons qu'il y a un certain nombre de rentes
07:42et de super-profits qui sont dégagés,
07:44en particulier par les pétroliers.
07:46Il faut que l'ensemble de ces super-profits
07:50puissent être restitués.
07:52Il n'y a pas de raison que dans cette période-là,
07:55quiconque puisse faire des marges importantes.
07:58Pour les citer, il faut une taxe sur les profits totales.
08:01C'est ce que vous demandez par exemple.
08:02Les profits au minimum et les distributeurs sont susceptibles
08:05également d'en faire.
08:07Mettons en place un dispositif qui permettra de faire la lumière.
08:10Il ne s'agit pas de faire un procès d'intention à quiconque.
08:12Il s'agit de poser un principe de justice.
08:15Les Français veulent la clarté et ils veulent la justice.
08:19À partir de là, nous mesurerons combien.
08:24Nous avons encore un effort à faire en matière d'électrification.
08:27Ça veut dire que contrairement à ce qui a été fait depuis quelques années
08:29où nous avons commencé à tourner le dos à notre effort écologique,
08:33nous avons besoin d'avancer dans la voie de la décarbonation.
08:36Il y a là un effort puissant qu'il faut faire.
08:39Ça veut dire que tôt ou tard, les politiques se payent.
08:42Et quand on ne fait pas ce qu'on doit, on s'en trouve en difficulté.
08:46Et d'un mot nationalisé total, comme le propose Fabien Roussel chez les communistes ?
08:51Non, je ne dirai pas jusque-là.
08:52Je crois qu'il faut raison garder.
08:54Mais en tout état de cause, dans cette période exceptionnelle,
08:57ne pas accepter une rente des bénéfices indus,
09:01je crois que c'est la moindre des choses.
Commentaires