00:00Je trouve qu'on est envahi par cette rhétorique comme quoi les années 30 se répéteraient aujourd'hui.
00:04Je ne pense pas que ce soit une bonne manière de poser les choses.
00:06Manuel Cerver-Marzal, on précise par ailleurs que c'est évidemment un terme qui est venu dans un contexte particulier,
00:11celui de la mort de Quentin de Ranque.
00:14Qui n'était pas un enfant de cœur qui méritait sa mine de silence,
00:16mais un jeune néo-nazi dont on a vu les tweets grâce à Mediapart.
00:26La France insoumise, dans son discours, fait monter au premier rang des priorités cette approche identitaire.
00:34Et on espère le faire en parlant de thématiques.
00:37On pense évidemment à la Palestine, on pense à la thématique de l'islamophobie,
00:41la thématique des violences policières mais pris sous l'angle du racisme.
00:45Donc voilà, pour moi, il n'y a vraiment pas juste un constat.
00:48Il y a une stratégie politique qui est de surmobiliser une partie de la population
00:54pour évidemment avoir plus d'électeurs et de le faire donc sur des bases identitaires.
00:57Je reste un instant, Manuel Cerver-Marzal, sur ce concept.
01:01Et ce concept seulement de Nouvelle-France, on tirera après les fils vers la créolisation.
01:06Mais est-ce que ce concept de Nouvelle-France revient effectivement,
01:09comme le signale Adrien Matou, au fond, à aborder petit à petit,
01:14et d'une manière plus frontale qu'autrefois, les questions identitaires ?
01:17Mais en fait, je ne comprends pas pourquoi vous dites identitaires,
01:20parce que ça ne veut rien dire ce terme.
01:21C'est utilisé parfois pour désigner des groupes antiracistes ou féministes,
01:25mais parfois aussi pour désigner des groupuscules d'extrême droite,
01:28comme Génération Identitaire, qui tape des migrants à la frontière franco-italienne,
01:31ou pour désigner la politique de Nicolas Sarkozy,
01:34quand il crée le ministère de l'identité nationale et de l'immigration.
01:37Parfois, c'est pour des mouvements indépendantistes.
01:38Vous voyez bien, tout ça, c'est des choses qui n'ont strictement rien à voir,
01:41mais qu'on qualifie d'identitaires.
01:43Alors les questions d'identité, est-ce que c'est plus juste ?
01:44Non, mais identité, ce n'est pas le bon terme, en fait.
01:46Identité, ce n'est pas le bon terme, il n'est pas pertinent,
01:48il ne permet pas d'y voir plus clair.
01:49Parfois, d'ailleurs, au lieu d'identitaires,
01:51enfin, vous avez dit identitaire, Adrien Matou,
01:53parfois, vous dites communautaire à la place,
01:55pour dire que la France insoumise exacerbe des communautés repliées sur elles-mêmes,
01:59qui se couperaient une fois de plus de l'universalisme et de la République.
02:03Mais, excusez-moi, le vrai communautarisme, aujourd'hui, il est où ?
02:06C'est un communautarisme bourgeois et c'est un communautarisme blanc,
02:09enfin, il faut le dire, excusez-moi de cette parenthèse,
02:11on parle depuis la maison de la radio dans le 16e arrondissement,
02:14j'ai marché rien que 5 minutes à pied pour venir ici,
02:16je suis passé à côté de la Villa Montmorency,
02:18une gaitite community dans laquelle sont cloisonnés,
02:20enfermés derrière des barricades,
02:23les milliardaires français dans leur grande majorité.
02:29Et même dans ce studio, alors je ne sais pas si on est tous milliardaires dans ce studio,
02:32je ne le suis pas, mais par contre, le communautarisme blanc,
02:35mais bien sûr, mais bien sûr, Quentin, tous les lieux de pouvoir dans ce pays,
02:38que ce soit du pouvoir politique, du pouvoir économique ou du pouvoir intellectuel,
02:41on est à France Culture, sont des lieux d'une blanchité criante.
02:46Donc, l'identitarisme, s'il y en a un, mais je ne pense pas que le concept soit pertinent,
02:49mais s'il y en a un, il est ici, il n'est pas du côté des opprimés,
02:51c'est pour ça que je ne parlerai pas de questions de parties identitaires,
02:56mais minoritaires, parce qu'ils défendent les personnes qui sont minoritaires,
02:59pas au sens numérique du terme, il y a plus de femmes que d'hommes aujourd'hui en France,
03:02mais minoritaires au sens politique, au sens opprimés, exploités et dominés.
03:06Notre désaccord, à mon avis, il porte sur l'efficacité de la stratégie,
03:09c'est-à-dire que moi, je considère que la manière, en tout cas,
03:13dont la France Insoumise cherche à surmobiliser ses électeurs,
03:17elle braque trop de gens, et elle braque aussi des électeurs socialistes,
03:20puisqu'on constate que les alliances PS et LFI ne marchent pas beaucoup,
03:26on constate qu'il y a beaucoup d'électeurs socialistes
03:28qui vraiment sont très fâchés contre Jean-Luc Mélenchon.
03:31Alors moi, je trouve que les fâchés pas fâchaux, comme disait Manuel,
03:35donc ces électeurs de classe populaire qui votent pour l'URN ou qui sont tentés de le faire,
03:41aujourd'hui, ils sont quand même ouvertement dénigrés par des membres de la France Insoumise
03:45qui les décrivent comme d'indécrotables racistes isolés dans leur campagne.
03:49Bon là, je pense qu'ils sont complètement abandonnés par la France Insoumise.
03:54Oui, mais le problème, c'est que c'est pas juste, justement, excusez-moi Quentin,
03:57mais c'est pas juste une question d'efficacité électoraliste,
03:59et il faut pas prendre les choses que par ce petit bout de la lorgnette.
04:01Si à un moment, la France Insoumise estime que c'est pas sa priorité de parler aux macronistes de gauche,
04:06parce que pour leur parler, il faut lui représenter des mesures...
04:09C'est sa priorité, quand même, de gagner les élections ?
04:11Bah oui et non, pas à tout prix, en fait.
04:13Si pour gagner les élections, il faut faire un programme social libéral,
04:15comme celui qui a fait la gauche, qui a tout privatisé sous Jospin à l'époque,
04:18qui est un programme qui creuse les inégalités de façon abyssale,
04:22si c'est gagné au prix du reniement, non.
04:24Si pour gagner, il faut ramener à soi des électeurs du RN,
04:28c'est-à-dire en tenant des discours racistes,
04:29ou en fait en ne disant rien du racisme,
04:31parce que c'est une façon de lui permettre de se perpétuer,
04:33vous serez élu, mais sur un programme comme les socialistes danois et suédois l'ont fait.
04:39Vous êtes élu, c'est la gauche qui est au pouvoir,
04:41mais avec les idées et le programme de l'extrême droite.
04:43Est-ce que la France Insoumise veut faire ça ?
04:45Je crois que non, et je pense qu'elle a raison.
04:46Je vous arrête l'un et l'autre parce que je voulais vous faire réagir
04:48à une autre expression qui a été employée par la France Insoumise
04:51durant ses campagnes municipales,
04:52celui de « front antifasciste »
04:54qui est venu parfois remplacer le barrage contre l'extrême droite,
04:59que là aussi, en une minute chacun, même pas,
05:02Adrien Matou, comment est-ce que vous analysez cette évolution sémantique ?
05:08Peut-être comme une tentative de faire renaître un front républicain
05:12qui est un petit peu moribond et qui mobilise de moins en moins.
05:15Moi, personnellement, je suis en désaccord avec cette analyse.
05:17Je considère que le fascisme est quelque chose d'assez situé
05:21et qu'aujourd'hui, le front antifasciste de la France Insoumise
05:25s'applique à tellement de gens qu'il n'a plus vraiment de sens.
05:27Quand j'entends le front antifasciste contre Jean-Luc Moudinck à Toulouse,
05:30j'ai quand même un sacré doute.
05:33Et plus globalement, je trouve qu'on est envahi par cette rhétorique
05:36comme quoi les années 30 se répéteraient aujourd'hui.
05:38Je ne pense pas que ce soit une bonne manière de poser les choses.
05:41Emmanuel Cerver-Marzal, on précise par ailleurs
05:42que c'est évidemment un terme qui est venu dans un contexte particulier,
05:45celui de la mort de Quentin de Ranque.
05:48Qui n'était pas un enfant de cœur qui méritait sa mine de silence,
05:51mais un jeune néo-nazi dont on a vu les tweets grâce à Mediapart.
05:58Pour comprendre comment ils en sont venus à front antifasciste,
06:00mais vraiment en 30 secondes, j'ai compris,
06:02il faut faire un tout petit peu d'histoire.
06:03Pendant un demi-siècle en France, on parlait effectivement de front républicain.
06:06Et front républicain, c'était très clair pour tout le monde,
06:09c'était contre l'extrême droite.
06:10Et la droite, ça faisait alliance avec la gauche,
06:13et si possible, même si nécessaire, avec des communistes,
06:15contre l'extrême droite.
06:16Le problème, c'est que ça s'est fait par étapes,
06:18mais ces cinq dernières années,
06:21l'idée de front républicain s'est entièrement retournée,
06:24en disant qu'il ne faut pas faire barrage à l'extrême droite,
06:26mais à la France insoumise.
06:27Et donc désormais, pour le bloc central et la Macronie,
06:30le front républicain, ça veut dire qu'on fait alliance
06:32ou on prépare les alliances à venir avec l'extrême droite,
06:35pour exclure la gauche du champ politique.
06:38Et on a des responsables aujourd'hui du pouvoir
06:40et de la majorité présidentielle qui appellent,
06:42non pas à combattre la France insoumise,
06:44mais à l'interdire, d'accord ?
06:45La France insoumise, pour eux,
06:46ce n'est plus un adversaire à combattre,
06:48c'est un ennemi à interdire et à abattre.
06:50Et donc à partir de là,
06:51la France insoumise se retrouve coincée,
06:53elle ne peut plus revendiquer le front républicain,
06:55puisque le front républicain,
06:56dans la majorité des discours des éditocrates
06:58et des responsables politiques,
06:59c'est contre la gauche.
07:00Donc du coup, il leur faut une autre chose,
07:02c'est le front antifasciste.
07:04Et je pense qu'ils ont bien raison
07:05quand on voit la fascisation avancée
07:07de la société française.
07:08C'était une minute, mais c'est...
07:41Sous-titrage Société Radio-Canada
07:44...
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