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Manuel Cervera-Marzal, sociologue et chercheur à l'Université de Liège et chercheur associé à l'EHESS, et Hadrien Mathoux, journaliste chez Marianne, sont conviés pour un débat autour de "l'invasion du terrain identitaire" par la France Insoumise. Punchline sur punchline, je pense qu'ils savent pour qui voter en 2027.

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Sources
Manuel Cervera-Marzal https://www.youtube.com/watch?v=1Rd1dqcvim0
Musique https://www.youtube.com/watch?v=39PVEaSytpo

Réponses au quiz de fin :

/!\ Description à ne pas lire avant d'avoir vu la vidéo entièrement
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Qu'est-ce que la villa Montmorency ?
C'est un quartier de Paris où vivent les français les plus riches, enfermés derrière des barricades.

Pourquoi le terme identitaire ne veut rien dire ?
Il désigne bien trop de choses.

Dans quel pays la gauche gouverne avec un programme d'extrême-droite ?
Danemark et Suède.

#cervera #politique #LFI #quentin #extrait #ethiqueettac

Catégorie

📚
Éducation
Transcription
00:00Je trouve qu'on est envahi par cette rhétorique comme quoi les années 30 se répéteraient aujourd'hui.
00:04Je ne pense pas que ce soit une bonne manière de poser les choses.
00:06Manuel Cerver-Marzal, on précise par ailleurs que c'est évidemment un terme qui est venu dans un contexte particulier,
00:11celui de la mort de Quentin de Ranque.
00:14Qui n'était pas un enfant de cœur qui méritait sa mine de silence,
00:16mais un jeune néo-nazi dont on a vu les tweets grâce à Mediapart.
00:26La France insoumise, dans son discours, fait monter au premier rang des priorités cette approche identitaire.
00:34Et on espère le faire en parlant de thématiques.
00:37On pense évidemment à la Palestine, on pense à la thématique de l'islamophobie,
00:41la thématique des violences policières mais pris sous l'angle du racisme.
00:45Donc voilà, pour moi, il n'y a vraiment pas juste un constat.
00:48Il y a une stratégie politique qui est de surmobiliser une partie de la population
00:54pour évidemment avoir plus d'électeurs et de le faire donc sur des bases identitaires.
00:57Je reste un instant, Manuel Cerver-Marzal, sur ce concept.
01:01Et ce concept seulement de Nouvelle-France, on tirera après les fils vers la créolisation.
01:06Mais est-ce que ce concept de Nouvelle-France revient effectivement,
01:09comme le signale Adrien Matou, au fond, à aborder petit à petit,
01:14et d'une manière plus frontale qu'autrefois, les questions identitaires ?
01:17Mais en fait, je ne comprends pas pourquoi vous dites identitaires,
01:20parce que ça ne veut rien dire ce terme.
01:21C'est utilisé parfois pour désigner des groupes antiracistes ou féministes,
01:25mais parfois aussi pour désigner des groupuscules d'extrême droite,
01:28comme Génération Identitaire, qui tape des migrants à la frontière franco-italienne,
01:31ou pour désigner la politique de Nicolas Sarkozy,
01:34quand il crée le ministère de l'identité nationale et de l'immigration.
01:37Parfois, c'est pour des mouvements indépendantistes.
01:38Vous voyez bien, tout ça, c'est des choses qui n'ont strictement rien à voir,
01:41mais qu'on qualifie d'identitaires.
01:43Alors les questions d'identité, est-ce que c'est plus juste ?
01:44Non, mais identité, ce n'est pas le bon terme, en fait.
01:46Identité, ce n'est pas le bon terme, il n'est pas pertinent,
01:48il ne permet pas d'y voir plus clair.
01:49Parfois, d'ailleurs, au lieu d'identitaires,
01:51enfin, vous avez dit identitaire, Adrien Matou,
01:53parfois, vous dites communautaire à la place,
01:55pour dire que la France insoumise exacerbe des communautés repliées sur elles-mêmes,
01:59qui se couperaient une fois de plus de l'universalisme et de la République.
02:03Mais, excusez-moi, le vrai communautarisme, aujourd'hui, il est où ?
02:06C'est un communautarisme bourgeois et c'est un communautarisme blanc,
02:09enfin, il faut le dire, excusez-moi de cette parenthèse,
02:11on parle depuis la maison de la radio dans le 16e arrondissement,
02:14j'ai marché rien que 5 minutes à pied pour venir ici,
02:16je suis passé à côté de la Villa Montmorency,
02:18une gaitite community dans laquelle sont cloisonnés,
02:20enfermés derrière des barricades,
02:23les milliardaires français dans leur grande majorité.
02:29Et même dans ce studio, alors je ne sais pas si on est tous milliardaires dans ce studio,
02:32je ne le suis pas, mais par contre, le communautarisme blanc,
02:35mais bien sûr, mais bien sûr, Quentin, tous les lieux de pouvoir dans ce pays,
02:38que ce soit du pouvoir politique, du pouvoir économique ou du pouvoir intellectuel,
02:41on est à France Culture, sont des lieux d'une blanchité criante.
02:46Donc, l'identitarisme, s'il y en a un, mais je ne pense pas que le concept soit pertinent,
02:49mais s'il y en a un, il est ici, il n'est pas du côté des opprimés,
02:51c'est pour ça que je ne parlerai pas de questions de parties identitaires,
02:56mais minoritaires, parce qu'ils défendent les personnes qui sont minoritaires,
02:59pas au sens numérique du terme, il y a plus de femmes que d'hommes aujourd'hui en France,
03:02mais minoritaires au sens politique, au sens opprimés, exploités et dominés.
03:06Notre désaccord, à mon avis, il porte sur l'efficacité de la stratégie,
03:09c'est-à-dire que moi, je considère que la manière, en tout cas,
03:13dont la France Insoumise cherche à surmobiliser ses électeurs,
03:17elle braque trop de gens, et elle braque aussi des électeurs socialistes,
03:20puisqu'on constate que les alliances PS et LFI ne marchent pas beaucoup,
03:26on constate qu'il y a beaucoup d'électeurs socialistes
03:28qui vraiment sont très fâchés contre Jean-Luc Mélenchon.
03:31Alors moi, je trouve que les fâchés pas fâchaux, comme disait Manuel,
03:35donc ces électeurs de classe populaire qui votent pour l'URN ou qui sont tentés de le faire,
03:41aujourd'hui, ils sont quand même ouvertement dénigrés par des membres de la France Insoumise
03:45qui les décrivent comme d'indécrotables racistes isolés dans leur campagne.
03:49Bon là, je pense qu'ils sont complètement abandonnés par la France Insoumise.
03:54Oui, mais le problème, c'est que c'est pas juste, justement, excusez-moi Quentin,
03:57mais c'est pas juste une question d'efficacité électoraliste,
03:59et il faut pas prendre les choses que par ce petit bout de la lorgnette.
04:01Si à un moment, la France Insoumise estime que c'est pas sa priorité de parler aux macronistes de gauche,
04:06parce que pour leur parler, il faut lui représenter des mesures...
04:09C'est sa priorité, quand même, de gagner les élections ?
04:11Bah oui et non, pas à tout prix, en fait.
04:13Si pour gagner les élections, il faut faire un programme social libéral,
04:15comme celui qui a fait la gauche, qui a tout privatisé sous Jospin à l'époque,
04:18qui est un programme qui creuse les inégalités de façon abyssale,
04:22si c'est gagné au prix du reniement, non.
04:24Si pour gagner, il faut ramener à soi des électeurs du RN,
04:28c'est-à-dire en tenant des discours racistes,
04:29ou en fait en ne disant rien du racisme,
04:31parce que c'est une façon de lui permettre de se perpétuer,
04:33vous serez élu, mais sur un programme comme les socialistes danois et suédois l'ont fait.
04:39Vous êtes élu, c'est la gauche qui est au pouvoir,
04:41mais avec les idées et le programme de l'extrême droite.
04:43Est-ce que la France Insoumise veut faire ça ?
04:45Je crois que non, et je pense qu'elle a raison.
04:46Je vous arrête l'un et l'autre parce que je voulais vous faire réagir
04:48à une autre expression qui a été employée par la France Insoumise
04:51durant ses campagnes municipales,
04:52celui de « front antifasciste »
04:54qui est venu parfois remplacer le barrage contre l'extrême droite,
04:59que là aussi, en une minute chacun, même pas,
05:02Adrien Matou, comment est-ce que vous analysez cette évolution sémantique ?
05:08Peut-être comme une tentative de faire renaître un front républicain
05:12qui est un petit peu moribond et qui mobilise de moins en moins.
05:15Moi, personnellement, je suis en désaccord avec cette analyse.
05:17Je considère que le fascisme est quelque chose d'assez situé
05:21et qu'aujourd'hui, le front antifasciste de la France Insoumise
05:25s'applique à tellement de gens qu'il n'a plus vraiment de sens.
05:27Quand j'entends le front antifasciste contre Jean-Luc Moudinck à Toulouse,
05:30j'ai quand même un sacré doute.
05:33Et plus globalement, je trouve qu'on est envahi par cette rhétorique
05:36comme quoi les années 30 se répéteraient aujourd'hui.
05:38Je ne pense pas que ce soit une bonne manière de poser les choses.
05:41Emmanuel Cerver-Marzal, on précise par ailleurs
05:42que c'est évidemment un terme qui est venu dans un contexte particulier,
05:45celui de la mort de Quentin de Ranque.
05:48Qui n'était pas un enfant de cœur qui méritait sa mine de silence,
05:51mais un jeune néo-nazi dont on a vu les tweets grâce à Mediapart.
05:58Pour comprendre comment ils en sont venus à front antifasciste,
06:00mais vraiment en 30 secondes, j'ai compris,
06:02il faut faire un tout petit peu d'histoire.
06:03Pendant un demi-siècle en France, on parlait effectivement de front républicain.
06:06Et front républicain, c'était très clair pour tout le monde,
06:09c'était contre l'extrême droite.
06:10Et la droite, ça faisait alliance avec la gauche,
06:13et si possible, même si nécessaire, avec des communistes,
06:15contre l'extrême droite.
06:16Le problème, c'est que ça s'est fait par étapes,
06:18mais ces cinq dernières années,
06:21l'idée de front républicain s'est entièrement retournée,
06:24en disant qu'il ne faut pas faire barrage à l'extrême droite,
06:26mais à la France insoumise.
06:27Et donc désormais, pour le bloc central et la Macronie,
06:30le front républicain, ça veut dire qu'on fait alliance
06:32ou on prépare les alliances à venir avec l'extrême droite,
06:35pour exclure la gauche du champ politique.
06:38Et on a des responsables aujourd'hui du pouvoir
06:40et de la majorité présidentielle qui appellent,
06:42non pas à combattre la France insoumise,
06:44mais à l'interdire, d'accord ?
06:45La France insoumise, pour eux,
06:46ce n'est plus un adversaire à combattre,
06:48c'est un ennemi à interdire et à abattre.
06:50Et donc à partir de là,
06:51la France insoumise se retrouve coincée,
06:53elle ne peut plus revendiquer le front républicain,
06:55puisque le front républicain,
06:56dans la majorité des discours des éditocrates
06:58et des responsables politiques,
06:59c'est contre la gauche.
07:00Donc du coup, il leur faut une autre chose,
07:02c'est le front antifasciste.
07:04Et je pense qu'ils ont bien raison
07:05quand on voit la fascisation avancée
07:07de la société française.
07:08C'était une minute, mais c'est...
07:41Sous-titrage Société Radio-Canada
07:44...
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