00:04Comment accompagner la création d'une collection ?
00:06C'est le sujet qui va nous animer à présent et pour cela nous avons le plaisir de recevoir sur
00:10le plateau de Smart Patrimoine
00:11Laurent Issora. Bonjour Laurent. Bonjour Nicolas, merci pour votre invitation.
00:14Merci d'être avec nous, vous êtes responsable Art Banking au sein de Société Générale Private Banking.
00:20On va essayer de comprendre ensemble comment un banquier comme vous peut accompagner la création d'une collection.
00:25Déjà peut-être la première question qu'on peut se poser quand on a cette envie d'acheter une ou
00:30plusieurs œuvres d'art, de créer une collection.
00:32Est-ce qu'il faut qu'on se pose la question de savoir comment est-ce qu'on se positionne
00:34par rapport à ça ?
00:35Est-ce que c'est de la passion ? Est-ce que c'est la volonté d'un investissement ?
00:38Est-ce que c'est un achat en lien avec peut-être une sensibilité particulière à un artiste ?
00:45Comment est-ce qu'on appréhende cette acquisition ?
00:47Vous avez cité beaucoup d'aspects passionnants de ce sujet.
00:51Je crois qu'il y a une question sur laquelle il faut avoir une vision claire, qui est celle de
00:57savoir qu'une œuvre d'art, un actif de collection, c'est un actif d'une nature tout à fait
01:02particulière.
01:03Il ne s'agit pas d'un objet dont on devrait, comme ça a priori, nécessairement attendre en particulier un
01:10retour financier.
01:11Bien sûr.
01:11C'est très difficile de prévoir l'évolution des prix, qui eux-mêmes dépendent peut-être des faits de mode
01:18et d'autres paramètres dans le futur.
01:20Un actif de collection, ça ne génère pas de rendement régulier, positif, tel que par exemple un bien immobilier qui
01:27produit des loyers,
01:28une obligation qui sert des intérêts, un coupon, ou une action qui produit un dividende.
01:35Une œuvre d'art, ça produit autre chose.
01:38Et ça a raison d'être, en fait, au début, pourquoi est-elle créée ?
01:40C'est pour générer du plaisir.
01:42Un plaisir esthétique, un plaisir intellectuel.
01:45Participer au bonheur du collectionneur, de la collectionneuse, être entouré de belles choses.
01:48Il peut y avoir un élément de fierté et de statut social.
01:51Tout cela, c'est intangible.
01:54C'est impossible de le mesurer en dollars ou en euros.
01:57Et pourtant, c'est bien réel.
01:59Donc, il est important de ne pas partir sur un malentendu, de bien comprendre ce que c'est que la
02:05nature d'une œuvre d'art.
02:06Et puis ensuite, bien sûr, on peut partir dans la construction d'une collection et l'acquisition des premières œuvres.
02:10Et pourtant, il faut quand même intégrer quelques notions financières dans l'administration d'une collection,
02:15puisqu'il faut déjà y intégrer une dimension transactionnelle.
02:19On va acheter, on va vendre des œuvres d'art, on va potentiellement arbitrer, administrer des collections.
02:24Et là-dessus, il faut y rajouter quand même cette touche-là aussi pour bien gérer sa collection.
02:30Absolument.
02:31Le premier point à avoir en considération, c'est le moment où les actifs entrent dans la collection, c'est
02:38-à-dire au moment où on les achète.
02:40Et acheter une œuvre d'art, c'est d'abord réaliser un certain nombre de due diligence.
02:47Sélectionner des actifs de qualité pour un artiste en particulier, deux œuvres ne se valent pas nécessairement.
02:53Et il y a toujours un bénéfice à aller vers les œuvres de la meilleure qualité.
02:58C'est aussi donc faire un certain nombre de contrôles sur le titre de propriété du vendeur,
03:04notamment dans une opération de gré à gré, entre particuliers, c'est extrêmement important,
03:08de vérifier que la personne a bien la capacité de vendre.
03:11Ça va être le contrôle aussi de l'état de conservation de l'objet, de l'authenticité, évidemment.
03:17Et puis ensuite, il faut se poser la question de son objectif, avant même de se poser la question du
03:24prix d'acquisition,
03:25qui évidemment est très important parce que celui-ci peut être négocié.
03:28Mais quel est mon objectif ?
03:29Lorsque j'achète une œuvre d'un artiste émergent, contemporain, évidemment c'est formidable, c'est passionnant,
03:35parce qu'on va contribuer quelque part à un moment important de la vie de cet artiste.
03:39On participe à un écosystème qui va être aussi représenté par le galeriste, le marchand d'art qui le représente.
03:45Et il y a une opportunité, peut-être, avec un niveau de probabilité très incertain,
03:50qu'un jour cet artiste dont on a acheté une œuvre à un prix très bas, gagne significativement en valeur.
03:57Mais lorsqu'on achète une œuvre d'un artiste émergent, contemporain,
04:01si on souhaite revendre rapidement, en général, on est sur un premier marché.
04:07Donc il n'y a pas de marché secondaire.
04:08D'accord.
04:08Il n'y a pas de liquidité.
04:09Il faut bien se poser ces questions-là.
04:10C'est absolument essentiel, parce que si l'idée est de créer plutôt une réserve de valeur,
04:15en se disant, voilà, c'est quelque chose que je pourrais peut-être transmettre à mes enfants, à mes petits
04:18-enfants,
04:19dans ce cas-là, c'est peut-être intéressant de prendre un angle un peu différent,
04:22c'est-à-dire de travailler à l'acquisition d'œuvres d'artistes historiques qui bénéficient d'une cote,
04:29dont les œuvres sont déjà négociées typiquement aux enchères publiques,
04:32qui présentent l'avantage d'une grande transparence,
04:34ce qui nous permet d'avoir des points de référence en termes de prix,
04:37qui permettent de valider le prix qu'on envisage de payer pour une heure,
04:41mais aussi de se conforter quant à l'existence d'un marché secondaire.
04:45Il y a une liquidité.
04:46Et donc, si un jour, moi-même, mes enfants, mes petits-enfants avaient besoin de revendre cette heure,
04:52le fait d'avoir un marché secondaire vivant,
04:54eh bien, va permettre de réaliser ceci sans que le coût de la liquidité soit exorbitant.
04:58Comment intégrer aussi le fait que l'opération soit positive ?
05:03Si je puis m'exprimer ainsi, j'ai des termes financiers, mais l'idée que...
05:06Non, vous avez raison, absolument, Nicolas.
05:07Je pense que l'autre point essentiel,
05:10et même un certain nombre de collectionneurs sophistiqués ne l'ont pas forcément complètement à l'esprit,
05:15c'est qu'une fois que les actifs entrent dans la collection,
05:19eh bien, il s'agit d'objets dont il va falloir gérer,
05:23ou dont on a intérêt à vraiment gérer activement la valeur.
05:28Une gestion active de la valeur, quand on parle d'objets de collection,
05:31ça commence par ce qui est la pierre angulaire du management de collection,
05:33un inventaire de collection.
05:35D'accord.
05:35Et puis, quand on a mis en place un inventaire de collection,
05:37qui vous donne la photographie de la valeur objet par objet,
05:39et puis avec un total, avec des sous-totaux par catégorie,
05:42et puis un total général,
05:43et qu'on met à jour cet inventaire,
05:45on va constater que ces valeurs, elles bougent.
05:47Bien sûr.
05:47Et quand ça monte, quand ça baisse,
05:49bien sûr, ça peut ouvrir la réflexion et déboucher sur des décisions.
05:54Une fois qu'on a mis en place son inventaire de collection,
05:56dans le processus même,
05:57on va peut-être s'apercevoir qu'il y a des lacunes dans cette collection,
06:00des lacunes documentaires, des incertitudes,
06:03quand une attribution travaillée sur ces sujets-là va permettre de consolider la valeur.
06:08Protéger les actifs aussi,
06:10typiquement les assurances d'œuvres d'art,
06:12énorme sujet, très peu en fait, ou assez mal.
06:15pris en compte par de nombreux collectionneurs.
06:17C'est très étonnant, mais c'est comme ça.
06:18Et avoir en tête très rapidement que vendre ou acheter une œuvre d'art,
06:22c'est un coût, et il faut l'intégrer aussi dans l'opération globale.
06:24Absolument.
06:24Ça, c'est quelque chose qui est essentiel d'avoir en tête.
06:28Le côté imprévisible de l'évolution des prix à long terme,
06:31et puis les frais de transaction,
06:32quand même, on parle de 25-30% de frais de transaction,
06:36qui se justifient,
06:37mais qu'il faut vraiment bien avoir en tête,
06:41avant de se lancer,
06:42pour tout simplement partir sur de bonnes bases.
06:45Merci beaucoup, Laurent Issora,
06:47de nous avoir accompagné dans Smart Patrimoine.
06:49Je rappelle que vous êtes responsable hard banking
06:50au sein de Société Générale Private Banking.
06:52Merci beaucoup.
06:53Merci beaucoup, Nicolas.
06:54Merci à vous également de nous avoir suivis.
06:56Et je vous dis à très vite sur Be Smart for Change.
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