00:01Musique
00:09Le dernier quart d'heure de Smart Bourse, chaque soir c'est le quart d'heure thématique.
00:13Le thème ce soir c'est celui de cette crise du golf, de ce choc d'offres de la macroéconomie
00:19et des banques centrales.
00:21Puisqu'on est en train de conclure une séquence intense de 24-48 heures avec un déluge de données macroéconomiques
00:29notamment et de communication de banque centrale.
00:31Nadia Garbi est avec nous à distance pour évoquer ses sujets économistes chez Pictet Wealth Management à Genève.
00:36Bonjour et bienvenue Nadia, merci beaucoup d'être avec nous.
00:40Commençons quand même avec la banque centrale européenne.
00:43Comment est-ce que Christine Lagarde a réussi à obtenir une unanimité aujourd'hui au sein de son conseil des
00:50gouverneurs pour maintenir évidemment les taux directeurs ?
00:53Quel a été si je puis dire le prix de cette unanimité, de ce consensus Nadia ?
01:00Oui alors je dirais que c'était l'absence des faits de second tour pour le moment dans les données.
01:06Au fond on avait un communiqué de presse qui a été très équilibré, qui balance un peu les risques sur
01:13l'inflation avec les risques de ralentissement de la croissance.
01:18Un peu plus explicite sur les risques liés à l'inflation qui sont maintenant clairement à la hausse.
01:24Donc somme toute au fond si on regarde on n'avait pas assez de données pour réagir en tout cas
01:28maintenant.
01:29Oui bon et donc pas assez de données, une unanimité mais la promesse que non seulement on va rediscuter de
01:39la hausse de taux le 11 juin prochain,
01:41elle a été discutée au cours de ce conseil des gouverneurs, Christine Lagarde l'a dit explicitement,
01:46avec l'intuition que cette hausse pourrait bien quand même se matérialiser le 11 juin Nadia.
01:54Est-ce que c'est votre scénario chez PICT Wealth Management ?
01:56Alors effectivement, autant le communiqué de presse était balancé, autant la conférence de presse, en tout cas le ton était
02:02plutôt je dirais au quiche.
02:04On a eu Christine Lagarde qui explicitement mentionnait qu'on s'éloigne du scélario central.
02:11On a aussi beaucoup débattu des potentielles hausses de taux à la BCE.
02:18Donc je dirais qu'elle a été claire aussi sur le fait que tout dépend de l'évolution de ce
02:24conflit et des prix de l'énergie.
02:26Il nous reste six semaines, on est déjà fin avril, ça paraît compliqué de voir une issue favorable très rapidement.
02:34Donc je dirais que voilà, Lagarde a clairement préparé le terrain pour une potentielle hausse de taux en juin,
02:40et voir d'autres hausses de taux en fonction des données qui vont être publiées entre maintenant et les prochaines
02:48semaines.
02:48Oui, Christine Lagarde dit qu'on aura six semaines avant le rendez-vous du 11 juin, c'est bien le
02:53temps qu'il nous faudra pour prendre la mesure des conséquences de ce conflit,
02:58de ce choc d'offres généré par cette crise du Golfe.
03:01Christine Lagarde, et j'imagine derrière le staff des économistes, qui rejette, qui repousse l'idée de stagflation.
03:08Alors je sais que c'est un débat qui fait rage chez les économistes, mais Christine Lagarde aimerait que ce
03:12concept, cette notion, soit rattachée au passé,
03:16notamment aux années 70, elle estime que ce n'est pas un concept qui s'applique aujourd'hui.
03:22Pourtant quand on voit la première estimation de croissance de la zone euro au premier trimestre,
03:26la France est à zéro, l'ensemble de la zone est à plus 0,1,
03:29avec une inflation en fin de trimestre ou au début de deuxième trimestre qui commence à courir à plus de
03:342% maintenant.
03:36Oui, alors effectivement, comme elle l'a mentionné, au début de l'année on avait plutôt bien commencé au fond
03:41en zone euro,
03:43avec une demande domestique résiliente, assez forte dans certains pays.
03:48Effectivement ce chiffre de croissance de 0,1% à dessus est en dessous des attentes.
03:54Maintenant c'est aussi lié à des effets un peu pays.
03:56Alors la France effectivement a déçu, l'Irlande aussi a pesé dans ce chiffre de la zone euro.
04:02On a tout de même une résilience de la demande domestique, notamment en Espagne et en Allemagne,
04:08mais il est vrai qu'une croissance de 0,1%, ça reste très faible pour la zone euro.
04:14Et d'un autre côté, on a aussi plusieurs indicateurs dans les enquêtes.
04:18On a eu cette semaine l'enquête de la Commission européenne, la semaine dernière les PMI,
04:24et tout se pointe vers une diminution du momentum de l'activité au début du deuxième trimestre.
04:33Donc on peut s'attendre à une croissance au fond qui va être proche de 0 au deuxième trimestre.
04:38Et d'un autre côté, vous avez des pressions inflationnistes, aussi dans les enquêtes, très clairement,
04:44notamment chez les consommateurs et dans l'industrie.
04:47Est-ce que cette modération de la croissance non voulue, Nadia, est-ce qu'elle permet de se rassurer sur
04:53le front de l'inflation à venir ?
04:55Ou est-ce que dans le sillage et la mémoire du choc inflationniste, il y a quand même un risque
05:01de voir cette diffusion,
05:03cette inflation globale énergétique essentiellement, se diffuser et pénétrer le cœur inflationniste, Nadia ?
05:11Et on sait qu'une fois que le cœur est touché, d'une certaine manière, on a du mal à
05:15en ressortir.
05:17Oui, alors c'est vrai que Christine Lagarde a beaucoup insisté sur les attentes d'inflation.
05:21Au fond, elle a dit que la BCE regarde un certain nombre de critères,
05:25mais il est vrai que les attentes d'inflation seront clés entre maintenant et les prochaines semaines.
05:31Mais elle a aussi mentionné le marché du travail.
05:33Et ici, au niveau des salaires, alors ils vont être très attentifs aux négociations salariales qui vont venir ces prochains
05:40mois.
05:41Et de ce côté-là, pour l'instant, la BCE ne voit pas vraiment de pression.
05:45Maintenant, je dirais que ce qui effraie un peu la BCE, au fond, c'est que 2022, ce n'est
05:49pas si loin.
05:50La BCE a plutôt réagi tardivement en 2022.
05:54On n'a pas vraiment envie de commettre cette même erreur.
05:57Les attentes d'inflation restent peut-être plus fragiles.
05:59Donc, la BCE, au fond, a envie de se dire, voilà, là, on est prêt.
06:03On ne va pas surréagir aujourd'hui, mais on est prêt à réagir en juin si les prix de l
06:08'énergie restent très élevés.
06:09Une BCE qui s'en tiendrait au mandat, rien qu'au mandat.
06:14Et on peut l'imaginer, on peut le comprendre quand on regarde la BCE comme une institution telle qu'on
06:19la connaît, Nadia.
06:20Et donc, qui répondrait de manière préventive, en tout cas pour une question de politique de risque,
06:26qui répondrait avec une ou deux hausses de taux.
06:28Qu'est-ce que ça coûterait à l'arrivée à la zone euro, Nadia ?
06:33Oui, alors, c'est vrai que notre vue, ces six hausses de taux, il y a, elles seront relativement, je
06:38dirais, limitées.
06:39Effectivement, une, deux hausses en comparaison à 2022, où la situation était totalement différente.
06:45Il y a une grosse différence aussi, c'est que la réaction des gouvernements, la réaction fiscale,
06:51est tout de même beaucoup plus modérée en 2026 qu'elle ne l'a été en 2022.
06:56Donc, voilà, on se retrouve dans une situation où la BCE se dit, on va « manager », entre guillemets,
07:02les attentes, même si peut-être ça va nous coûter un peu en croissance, mais pas tant que ça, une
07:08ou deux hausses.
07:09Donc, « manager » un peu ces attentes d'inflation.
07:12Je pense que là, c'est vraiment la clé et ce que veut faire la BCE, c'est plutôt, voilà,
07:16même si ça nous coûte un peu en termes de croissance, on veut « manager » ces attentes d'inflation.
07:22Bon, du côté de la réserve fédérale américaine, Nadia, j'imagine que Kevin Walsh a suivi avec attention
07:28la dernière conférence de presse de Jérôme Poel hier.
07:31Il a sans doute remarqué le niveau de dissidence historique au sein du board,
07:35avec, alors, toujours un Stephen Myron qui demande des baisses de taux,
07:39mais, à l'inverse, trois membres de Fed Régional, il est vrai,
07:45mais trois membres qui demandent un rééquilibrage de la communication vers quelque chose d'un peu plus hawkish,
07:50considèrent que la communication était encore peut-être trop doviche du côté de la réserve fédérale américaine.
07:55Si j'étais dans la tête de Kevin Walsh, je me dirais qu'il doit se préparer à un comité
08:01d'accueil sérieux
08:02pour la prochaine réunion, qu'il présidera, celle du 16 et 17 juin.
08:07Oui, alors, tout à fait, au fond, le consensus au sein de l'FOMC n'est pas si unanime.
08:14Donc, c'est vrai qu'effectivement, on a eu ces trois décidents qui poussent vraiment vers une communication un peu
08:19plus symétrique.
08:20On doit parler des hausses autant que des baisses.
08:24Donc, effectivement, Kevin Walsh va se retrouver dans une situation, je dirais, un peu plus compliquée
08:30que si on avait ce consensus qui plaide pour un assouplissement de la politique monétaire.
08:36Maintenant, on le sait aussi, ce n'est pas un fan de la communication prospective.
08:41Donc, il va aussi vouloir un peu mettre sa patte, je dirais, sur ce sujet.
08:46Est-ce que chez PK Wealth Management, vous avez toujours une vue, dans un sens ou dans l'autre,
08:50sur ce que sera le prochain mouvement de la Fed ou est-ce que ça devient très compliqué désormais, Nadia
08:54?
08:55Oui, alors, pour l'instant, on a cette vue un peu de statu quo prolongée jusqu'à, en tout cas,
09:00la deuxième partie de l'année.
09:02On a toujours un biais plutôt à l'assouplissement.
09:05Mais il est vrai que, comme pour la BCE, tout dépend aussi de l'évolution de ce conflit, des prix
09:10énergétiques.
09:11Et si, effectivement, plus ce conflit se prolonge, plus on risque de voir, voilà,
09:17plutôt des hausses de taux un peu partout, enfin, en tout cas, dans les pays développés.
09:22Bon, à suivre, effectivement, mais c'est toujours ce facteur temps, cette durée du conflit
09:26qui influence beaucoup les scénarios encore très mouvants désormais pour la suite de l'histoire macroéconomique.
09:34Merci beaucoup, Nadia. Nadia Garbi qui était avec nous en visio à distance depuis Genève chez PICT Wealth Management.
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