00:00Face à Emmanuel Lechypre aujourd'hui, c'est Jean-Marc Daniel, emprunt forcé.
00:03Rien que le terme est quand même un peu compliqué, ça fait un peu froid dans le dos,
00:08ça rappelle les années Mitterrand, et si on obligeait les 20 000 grandes fortunes
00:11à prêter de l'argent sans rémunération à l'État, c'est ce que propose un amendement socialiste.
00:16Vous dites oui ou vous dites non Emmanuel Lechypre ?
00:17Moi je dis plutôt oui, alors effectivement, forcé, le terme n'est pas particulièrement bien choisi.
00:23Quand on ne vous demande pas votre avis que c'est obligatoire, c'est forcé.
00:25Oui mais obligatoire déjà, vous voyez, ça sonne mieux qu'emprunt forcé.
00:30Alors d'abord, vous l'avez dit, c'est absolument pas une nouveauté,
00:33la France a déjà expérimenté ce dispositif plusieurs fois dans l'histoire,
00:37alors je vous concède que ça n'a pas toujours été aux heures les plus glorieuses de notre pays,
00:42mais ça a été le cas en 1920, 1916, 1940 et 1983,
00:46qui est quand même l'expérience la plus proche de ce qu'on pourrait vivre.
00:50Alors pourquoi ça a des avantages ?
00:52D'abord parce que ça n'est qu'un emprunt, c'est-à-dire que c'est de l'argent qui sera remboursé,
00:58ça n'est pas un prélèvement obligatoire.
01:01Pourquoi vous me regardez ça ?
01:02Parce que vous pouvez me dire, je vous rembourse en 29, bah non, je vous rembourse plus tard.
01:06Dans l'histoire, ça a toujours été remboursé, parfois un peu tard, je vous le concède,
01:10mais ça a quand même toujours été remboursé.
01:13Ça mobilise du cash très vite, ça n'a aucun impact, effectivement, sauf positif, sur les déficits publics.
01:20C'était l'équivalent de 2,5 milliards d'euros, il me semble, en 1980-83.
01:25Ça cible quand même les détenteurs de patrimoine plutôt que les classes moyennes,
01:29et c'est quand même ça qu'il faut éviter aussi dans ce pays.
01:31Et puis moi, je crois à l'effet patriotique, vous voyez ?
01:36Ah, parce que comme c'est pour financer l'armée, vous dites allons-y, quoi.
01:39On se dit, oui, on finance, et puis c'est plus sympa, je trouve,
01:42de demander une contribution obligatoire que d'imposer.
01:47Même vous, vous rigolez, alors arrêtez Jean-Marc qui est devenu fou, quoi.
01:51Mais alors, effectivement, c'est des heures peu glorieuses,
01:54et si on remonte encore plus loin dans l'histoire,
01:55la première fois que ça s'est fait, c'était pendant la convention montagnarde.
01:59C'est quand même pas, c'est-à-dire à l'époque, on guillotinait les gens,
02:02et on leur piquait leur argent, et on le détruisait par l'inflation.
02:05Vous, vous êtes dans l'ambiance, on guillotinait.
02:08Voilà, voilà.
02:09Alors, néanmoins, je rappelle également que ce qu'on appelle l'impôt sécheresse,
02:14qui avait été lancé par Raymond Barre en 1976, était un emprunt.
02:18Et donc, et c'est un emprunt qui a été pour 5 ans,
02:20et qui a été remboursé en 1981, avec des cris d'orfraie des gens qui ont remboursé,
02:25puisque c'était la gauche qui a remboursé,
02:27un emprunt qui avait été lancé par Raymond Barre.
02:28Donc, on peut considérer que ce n'est pas uniquement la confiscation sociale ou communiste
02:34qui est derrière les emprunts forcés.
02:37Mais, néanmoins, je trouve assez surprenant cette idée.
02:40Alors, les trois raisons.
02:41La première raison, c'est que ça reste un emprunt, donc ça ne diminue pas la dette.
02:45Simplement, ça a comme conséquence, effectivement, de changer le type de prêteur.
02:50C'est une avance de trésorerie, j'en veux.
02:51Oui, c'est sans rémunération.
02:54Oui, c'est sans rémunération.
02:55Mais il n'y a pas d'inflation.
02:57Oui, c'est sans rémunération.
02:58Mais effectivement, c'est un jeu sur les taux d'intérêt.
03:00Mais globalement, la dette ne bouge pas.
03:02C'est-à-dire, la dette reste la même.
03:04Elle continue à être, puisque c'est un emprunt, elle continue à être présente.
03:09Avec comme conséquence, c'est que, deuxième élément,
03:12les gens qui vont effectivement payer pour avoir des emprunts d'État
03:15ne pourront pas acheter des entreprises, des actions.
03:18Alors, si le taux d'épargne ne bouge pas, ça veut dire qu'on détourne une nouvelle fois
03:22une partie de l'épargne des investissements et de la création de richesses
03:26vers la gabagie publique.
03:27Donc, il faut avoir le courage de dire, non, on ne va pas effectivement faire un emprunt,
03:33on va plutôt baisser les dépenses.
03:35Et puis, le troisième argument, c'est que, fondamentalement, effectivement,
03:39taux zéro, mais on a déjà connu ça, les taux zéros,
03:44la Banque centrale a véritablement, effectivement, un certain...
03:47Et donc, si on veut avoir des taux zéros, si on veut avoir des...
03:50Il faut aller voir la Banque centrale et négocier avec la Banque centrale...
03:54Auprès d'elle, pas auprès des riches.
03:55Voilà, une politique monétaire en disant, écoutez, voilà,
03:58on va réduire notre déficit budgétaire,
04:01est-ce que vous prenez l'engagement de racheter telle quantité d'emprunts ?
04:03Parce que je rappelle que les emprunts rachetés par la Banque centrale
04:06sont à taux zéro, c'est-à-dire que la Banque centrale rachète de la dette publique,
04:10elle reverse les intérêts qu'on lui verse,
04:12quel que soit le niveau du taux d'intérêt, à l'État.
04:14Elle fait le contraire aujourd'hui, puisqu'elle évacue son bilan.
04:17Oui, absolument, c'est pour ça qu'il faut, au lieu d'aller voir les riches,
04:20de faire la confiscation, d'en avoir...
04:22Allez voir fêter la garde pour qu'elle baisse les taux.
04:24Faites la garde, c'est-à-dire qu'après...
04:26Surtout qu'elle rachète les emprunts d'État.
04:28Moi, je vois bien que vous vous pincez le nez, là.
04:30Non, je me manque de vous également.
04:32L'emprunt obligatoire.
04:33Mais la réalité, c'est quelles sont les alternatives ?
04:35Qu'est-ce que vous proposez à la place
04:37pour améliorer la situation des finances publiques ?
04:40Si vous prenez un prélèvement obligatoire supplémentaire,
04:44c'est encore pire.
04:45Alors, d'abord, évidemment, parce que ça n'a pas remboursé,
04:47mais vous savez très bien qu'un prélèvement obligatoire en France,
04:50même quand on vous dit qu'il est temporaire,
04:52il n'est jamais temporaire.
04:54Donc, on demande, là, pour le coup, un effort temporaire,
04:57et sous cette forme-là, vous êtes sûr que vous serez remboursé,
04:59quand même, d'une façon ou d'une autre.
05:01Le problème, c'est que dès qu'on parle de prélèvement obligatoire,
05:04vous savez très bien qu'on vous dit pour un an,
05:06et ça ne sera pas le cas.
05:07Et c'est là où vous avez une véritable perte de crédibilité
05:10et une véritable perte de confiance.
05:11Donc, encore une fois, je pense que si vous faites le rapport
05:14coût-efficacité de la mesure,
05:16je ne vous dis pas que c'est la mesure la plus géniale du siècle,
05:19mais je vous dis que ce n'est pas l'idée la plus bête non plus
05:21qu'on ait vu circuler.
05:21Mais on arrive à des raisonnements absurdes
05:23pour ne pas augmenter la progressivité et ne pas travailler plus.
05:26C'est-à-dire que c'est absurde.
05:27La réponse, c'est plutôt travailler plus
05:29et baisser les dépenses publiques
05:31que d'essayer d'aller chercher dans l'histoire
05:33Alors, les amis, encore une fois,
05:35le gros avantage de cette contribution,
05:39de cet emprunt obligatoire,
05:40c'est que l'argent rentre dans les caisses de l'État tout de suite.
05:42Alors, vous pouvez fantasmer sur les Français
05:44qui vont travailler plus, vont devoir travailler plus,
05:46on va créer les conditions pour que les Français travaillent plus.
05:49Vous savez très bien que ce ne sera pas à l'horizon
05:50de plusieurs années.
05:51Donc, encore une fois, le côté immédiat de la mesure
05:53est quand même intéressant.
05:55Si on fait des économistes, c'est immédiat aussi.
05:58Non, il faut voter.
05:59Donc, c'est un peu plus long.
06:00Oui, il y a une asymétrie dans le courage politique.
06:03Je ne vous mets pas dehors,
06:04mais il faut que vous alliez sur la chaîne d'en face à 7h17.
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