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  • il y a 5 mois
Ce mardi 14 octobre, la véritable nécessité des prix nobel de l'économie a été abordée par Jean-Marc Daniel et Emmanuel Lechypre dans leur chronique, dans l'émission Good Morning Business, présentée par Laure Closier, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Face à le chiffre ce matin, c'est Jean-Marc Daniel. Ce matin, on a un contraste quand même, il saute aux yeux.
00:04D'un côté, Philippe Aguillon, le chantre de l'innovation critique de la surfiscalité,
00:08et de l'autre, le gouvernement qui s'apprête à taxer les riches et les entreprises et à alourdir le coût du travail.
00:13Du coup, la question ce matin, est-ce que les prix Nobel d'économie, ça sert à caler les armoires ?
00:18C'est vrai que c'est un peu désespérant. Prenons le seul cas de la France.
00:22On a quand même, en l'espace de dix ans, eu trois prix Nobel d'économie.
00:27Jean Tirole, 2014, Esther Duflo, 2019, Philippe Aguillon, hier.
00:33Et on se dit quand même, à E3, il couvre finalement tout le spectre des problèmes dont souffre la France.
00:39Si vous prenez Jean Tirole, par exemple, sur l'inefficacité de l'État, sur la concurrence insuffisante,
00:45je rappelle ce que nous dit l'OCDE, si on avait en France le niveau de concurrence
00:49qu'ont la moyenne des pays de l'OCDE, on aurait un million d'emplois en plus.
00:53Là, il a lui montré comment, effectivement, avec toutes ces politiques incitatives,
00:59on pouvait avoir une administration plus efficace, une politique concurrentielle juste qui ne nuit pas à l'innovation.
01:05Si on regarde les travaux d'Esther Duflo, certes, c'est des travaux qui s'appliquent beaucoup aux pays en développement,
01:11mais il y a énormément de leçons à tirer des travaux d'Esther Duflo en France sur l'expérimentation des politiques.
01:18Nous, on fait toujours des grandes lois qui, fondamentalement, n'ont jamais aucun impact.
01:20– C'est comment sortir de la pauvreté, les travaux d'Esther Duflo.
01:22– Oui, comment sortir de la pauvreté, mais par exemple, sur l'éducation,
01:24tout ce qui consiste à tester sur des échantillons des politiques économiques
01:28pour voir si elles sont efficaces ou pas, sur la rénovation énergétique, sur l'éducation, etc.,
01:32on pourrait tester.
01:33Et alors, Philippe Aguillon, sur innovation et justice sociale,
01:37parce que c'est quand même ça son sujet,
01:39c'est comment faire qu'on innove à l'américaine et qu'on protège à la Scandinave,
01:42là-dessus, on pourrait quand même utiliser tout ce que disent nos prix Nobel.
01:47Et la réalité, c'est que quand on regarde l'État de la France,
01:50on se dit, mais finalement, personne n'écoute ces gens-là.
01:53Et donc, on se dit, finalement, les prix Nobel, pour nous, à quoi ça sert ?
01:57Il faut quand même rappeler que la France, c'est le troisième pays
01:59en matière de prix Nobel d'économie, après les États-Unis et le Royaume-Uni.
02:03Alors, vous pourrez m'objecter que ces prix Nobel français
02:04sont à moitié aussi des prix Nobel américains.
02:06– Jean-Marc.
02:07– Alors, la question que pose Emmanuel, effectivement,
02:10est une question qui s'adresse plus globalement à la profession d'économiste.
02:13C'est-à-dire, dépendamment des prix Nobel, à quoi servent les économistes.
02:16Et donc, je rappelle quand même, il y a une anecdote célèbre,
02:18la visite par la reine d'Angleterre de la LSI,
02:21où elle demande aux gens qui sont là,
02:24« À quoi vous servez ? Vous n'avez rien vu venir
02:26et vous êtes incapables d'apporter des solutions. »
02:28Et je rappelle la réponse que je lis tous les matins en me levant,
02:32c'est l'incapacité à prévoir la date.
02:34L'important, c'est la gravité de la crise
02:36et à endiguer celle-ci,
02:38bien qu'elle ait de nombreuses causes,
02:39doit être interprétée comme un échec de l'imagination collective
02:41de nombreuses personnes brillantes.
02:44Donc, les économistes, effectivement, acceptent l'idée
02:46qu'ils n'ont pas vu venir la crise
02:47et ils sont incapables de l'endiguer.
02:49Ça ne veut pas dire pour autant qu'il ne sert à rien.
02:51C'est-à-dire qu'il y a quand même trois éléments,
02:54comme toujours, qui sont à mettre en avant.
02:55Le premier élément, c'est le fait qu'il n'y a pas pire sourd
02:58que celui qui ne veut pas entendre.
03:00C'est-à-dire, Philippe Aguillon lui demande des rapports,
03:02il a fait un rapport sur l'intelligence artificielle,
03:04il a mis en avant un certain nombre de propositions,
03:06on a parlé de Jean Tirole,
03:08il y a un moment où, après, l'économiste,
03:09il est là pour donner des conseils,
03:11il n'est pas là pour...
03:12Pas de sa faute si on ne l'écoute pas.
03:13Si on ne l'écoute pas,
03:13il n'est pas là pour prendre des décisions en tant que telles.
03:16Le deuxième élément, c'est qu'effectivement,
03:18les savoirs économiques sont des savoirs
03:21qui sont partagés au niveau international.
03:22Donc, le fait d'avoir des économistes brillants
03:24ne signifie pas pour autant
03:25qu'on doit se contenter de ce que disent ces économistes.
03:29Et donc, il y a tout un tas de choses à avoir,
03:30à prendre en compte.
03:31Le fait que les Américains, effectivement,
03:33c'est le pays qui a le plus d'économistes
03:37ayant eu le prix Nobel,
03:38ne signifie pas qu'ils soient mieux lotis que nous.
03:41Ils ont le PIB par habitant deux fois supérieur à nous, quand même.
03:43Oui, sauf qu'ils ont une dette absolument colossale.
03:46Et des inégalités un peu violentes.
03:47Et des inégalités.
03:48Et des pays qui se sont développés,
03:49qui ont fait la course en tête,
03:50comme l'Allemagne et le Japon,
03:51ce sont des pays qui n'ont pas le prix Nobel d'économie.
03:53C'est-à-dire que ça, déjà...
03:54Il n'y a pas de corrélation, quoi.
03:55Voilà.
03:55Et le troisième élément que je mettrais en avant,
03:57c'est le fait qu'effectivement,
03:59l'évaluation que l'on peut faire
04:01des recommandations des économistes
04:03corresponde à des choix qu'apportent les économistes.
04:06Le premier principe mis en avant
04:09par Nicolas Grégory Mankiw,
04:10qui est au travers des dix principes
04:12à essayer de résumer ce que savent les économistes
04:14et ce que peuvent apporter les économistes,
04:15c'est-à-dire que la vie repose sur des arbitrages.
04:19Et donc les économistes, ils disent
04:20vous avez le choix pour ça et ça.
04:22Et c'est après aux hommes politiques de choisir.
04:24Il y a plusieurs choses à leur charge et à leur décharge.
04:27Un, en France, les économistes,
04:28ils ne sont pas très audacieux,
04:30ils n'osent pas participer au débat public.
04:31Ils ont toujours peur de se mouiller,
04:32ils ont peur pour leur carrière.
04:34Les économistes américains, pour le coup,
04:35se mobilisent beaucoup plus.
04:37Vous avez souvent des pétitions de prix Nobel
04:38qui manifestent contre telle ou telle politique.
04:40Donc un, ils n'aident pas à contribuer au débat public.
04:44À leur décharge, il y a chez les économistes,
04:47dans les erreurs qu'on leur reproche,
04:48ce qui relève de l'imprévisible
04:50et ce qui relève de la faute professionnelle.
04:52Honnêtement, la crise de 2008,
04:54ne pas voir qu'il y avait un problème
04:56sur les subprimes
04:58et sur la façon dont la sphère financière
05:02était gangrénée, finalement,
05:03par ces contrats de titrisation, etc.
05:06C'est une faute professionnelle.
05:07Le fait de ne pas anticiper
05:09la faillite de Lehman Brothers,
05:11qui relève quand même d'un événement
05:13qu'on ne pouvait pas prévoir,
05:14et qui déclenche la crise,
05:16ça, on ne peut pas leur reprocher ça.
05:19Et puis, ils ont aussi un troisième inconvénient
05:21qui joue en leur défaveur, les économistes.
05:24C'est qu'il n'y a pas de monde.
05:26Donc, tout ce qu'on ne fait pas,
05:28ça ne se voit pas.
05:29Et c'est bien ça, le drame en économie.
05:31C'est-à-dire qu'en gros,
05:32entre des politiques qui auraient permis
05:33de créer de la croissance des emplois,
05:35des entreprises, etc.,
05:37et celles qui ne le permettent pas,
05:38on ne le voit pas.
05:39parce qu'une entreprise qui ne s'est pas créée,
05:43personne n'en est conscient, finalement.
05:44Il nous reste 15 secondes.
05:45Est-ce que donner le prix à Philippe Aguillon,
05:47c'est ne pas le donner à Thomas Piketty ou Zuckman ?
05:50Est-ce qu'il y a un choix ?
05:51Ah bah oui, il y a un choix.
05:52C'est-à-dire qu'il y a un choix
05:53qui est celui de Philippe Aguillon.
05:54Et en fait, hier,
05:54quand on a parlé des prix Nobel, d'ailleurs,
05:56moi, je n'ai pas cité Philippe Aguillon
05:57pour une raison simple.
05:58c'est qu'en fait,
05:59on pensait qu'il l'aurait,
06:00avec le groupe qui a travaillé
06:03sur la croissance endogène,
06:04c'était Paul Romer,
06:05et donc moi, je pensais que son tour était passé.
06:07Mais non, la grande différence,
06:08c'est que Philippe Aguillon,
06:09il dit, attendez,
06:10la répartition,
06:12la redistribution, c'est très bien,
06:15mais avant, la priorité absolue,
06:17c'est l'innovation, l'innovation, l'innovation.
06:18Pas d'innovation, pas de croissance,
06:20pas de bras, pas de chocolat, en gros.
06:21Alors que Thomas Piketty et Zuckman,
06:23eux, ce qu'ils veulent juste,
06:24c'est l'égalité, l'égalité, l'égalité.
06:28Je pense que personne,
06:30dans le monde économique international,
06:32et dans la façon dont on détermine le prix Nobel,
06:35n'a envisagé à un seul moment
06:36de donner le prix Nobel d'économie
06:37à Thomas Piketty et à Gabriel Zuckman.
06:40Je pense que c'est une pensée
06:42très franco-française,
06:44de l'idéologie dominante française.
06:45Le reflet de nos débats actuels.
06:48De croire qu'on prend ces gens-là au sérieux
06:49au niveau international,
06:50est totalement absurde.
06:51J'en remarque, Esther Duflo...
06:53Alors, Esther Duflo, c'était autre chose.
06:55C'était l'économie comportementale,
06:56et c'était un côté...
06:57On va essayer de monter une émission spéciale
06:59avec tous nos prix Nobel d'économie.
07:01Ben oui, c'est écoutez,
07:02il faut se donner des défis,
07:03je me lance.
07:05Esther Duflo, il faut aller assez vite,
07:06puisqu'elle va déménager.
07:07Elle va venir en Suisse,
07:08c'est beaucoup plus près quand même
07:09que les Etats-Unis.
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