00:00Face à le chiffre ce matin, c'est Jean-Marc Daniel. Ce matin, on a un contraste quand même, il saute aux yeux.
00:04D'un côté, Philippe Aguillon, le chantre de l'innovation critique de la surfiscalité,
00:08et de l'autre, le gouvernement qui s'apprête à taxer les riches et les entreprises et à alourdir le coût du travail.
00:13Du coup, la question ce matin, est-ce que les prix Nobel d'économie, ça sert à caler les armoires ?
00:18C'est vrai que c'est un peu désespérant. Prenons le seul cas de la France.
00:22On a quand même, en l'espace de dix ans, eu trois prix Nobel d'économie.
00:27Jean Tirole, 2014, Esther Duflo, 2019, Philippe Aguillon, hier.
00:33Et on se dit quand même, à E3, il couvre finalement tout le spectre des problèmes dont souffre la France.
00:39Si vous prenez Jean Tirole, par exemple, sur l'inefficacité de l'État, sur la concurrence insuffisante,
00:45je rappelle ce que nous dit l'OCDE, si on avait en France le niveau de concurrence
00:49qu'ont la moyenne des pays de l'OCDE, on aurait un million d'emplois en plus.
00:53Là, il a lui montré comment, effectivement, avec toutes ces politiques incitatives,
00:59on pouvait avoir une administration plus efficace, une politique concurrentielle juste qui ne nuit pas à l'innovation.
01:05Si on regarde les travaux d'Esther Duflo, certes, c'est des travaux qui s'appliquent beaucoup aux pays en développement,
01:11mais il y a énormément de leçons à tirer des travaux d'Esther Duflo en France sur l'expérimentation des politiques.
01:18Nous, on fait toujours des grandes lois qui, fondamentalement, n'ont jamais aucun impact.
01:20– C'est comment sortir de la pauvreté, les travaux d'Esther Duflo.
01:22– Oui, comment sortir de la pauvreté, mais par exemple, sur l'éducation,
01:24tout ce qui consiste à tester sur des échantillons des politiques économiques
01:28pour voir si elles sont efficaces ou pas, sur la rénovation énergétique, sur l'éducation, etc.,
01:32on pourrait tester.
01:33Et alors, Philippe Aguillon, sur innovation et justice sociale,
01:37parce que c'est quand même ça son sujet,
01:39c'est comment faire qu'on innove à l'américaine et qu'on protège à la Scandinave,
01:42là-dessus, on pourrait quand même utiliser tout ce que disent nos prix Nobel.
01:47Et la réalité, c'est que quand on regarde l'État de la France,
01:50on se dit, mais finalement, personne n'écoute ces gens-là.
01:53Et donc, on se dit, finalement, les prix Nobel, pour nous, à quoi ça sert ?
01:57Il faut quand même rappeler que la France, c'est le troisième pays
01:59en matière de prix Nobel d'économie, après les États-Unis et le Royaume-Uni.
02:03Alors, vous pourrez m'objecter que ces prix Nobel français
02:04sont à moitié aussi des prix Nobel américains.
02:06– Jean-Marc.
02:07– Alors, la question que pose Emmanuel, effectivement,
02:10est une question qui s'adresse plus globalement à la profession d'économiste.
02:13C'est-à-dire, dépendamment des prix Nobel, à quoi servent les économistes.
02:16Et donc, je rappelle quand même, il y a une anecdote célèbre,
02:18la visite par la reine d'Angleterre de la LSI,
02:21où elle demande aux gens qui sont là,
02:24« À quoi vous servez ? Vous n'avez rien vu venir
02:26et vous êtes incapables d'apporter des solutions. »
02:28Et je rappelle la réponse que je lis tous les matins en me levant,
02:32c'est l'incapacité à prévoir la date.
02:34L'important, c'est la gravité de la crise
02:36et à endiguer celle-ci,
02:38bien qu'elle ait de nombreuses causes,
02:39doit être interprétée comme un échec de l'imagination collective
02:41de nombreuses personnes brillantes.
02:44Donc, les économistes, effectivement, acceptent l'idée
02:46qu'ils n'ont pas vu venir la crise
02:47et ils sont incapables de l'endiguer.
02:49Ça ne veut pas dire pour autant qu'il ne sert à rien.
02:51C'est-à-dire qu'il y a quand même trois éléments,
02:54comme toujours, qui sont à mettre en avant.
02:55Le premier élément, c'est le fait qu'il n'y a pas pire sourd
02:58que celui qui ne veut pas entendre.
03:00C'est-à-dire, Philippe Aguillon lui demande des rapports,
03:02il a fait un rapport sur l'intelligence artificielle,
03:04il a mis en avant un certain nombre de propositions,
03:06on a parlé de Jean Tirole,
03:08il y a un moment où, après, l'économiste,
03:09il est là pour donner des conseils,
03:11il n'est pas là pour...
03:12Pas de sa faute si on ne l'écoute pas.
03:13Si on ne l'écoute pas,
03:13il n'est pas là pour prendre des décisions en tant que telles.
03:16Le deuxième élément, c'est qu'effectivement,
03:18les savoirs économiques sont des savoirs
03:21qui sont partagés au niveau international.
03:22Donc, le fait d'avoir des économistes brillants
03:24ne signifie pas pour autant
03:25qu'on doit se contenter de ce que disent ces économistes.
03:29Et donc, il y a tout un tas de choses à avoir,
03:30à prendre en compte.
03:31Le fait que les Américains, effectivement,
03:33c'est le pays qui a le plus d'économistes
03:37ayant eu le prix Nobel,
03:38ne signifie pas qu'ils soient mieux lotis que nous.
03:41Ils ont le PIB par habitant deux fois supérieur à nous, quand même.
03:43Oui, sauf qu'ils ont une dette absolument colossale.
03:46Et des inégalités un peu violentes.
03:47Et des inégalités.
03:48Et des pays qui se sont développés,
03:49qui ont fait la course en tête,
03:50comme l'Allemagne et le Japon,
03:51ce sont des pays qui n'ont pas le prix Nobel d'économie.
03:53C'est-à-dire que ça, déjà...
03:54Il n'y a pas de corrélation, quoi.
03:55Voilà.
03:55Et le troisième élément que je mettrais en avant,
03:57c'est le fait qu'effectivement,
03:59l'évaluation que l'on peut faire
04:01des recommandations des économistes
04:03corresponde à des choix qu'apportent les économistes.
04:06Le premier principe mis en avant
04:09par Nicolas Grégory Mankiw,
04:10qui est au travers des dix principes
04:12à essayer de résumer ce que savent les économistes
04:14et ce que peuvent apporter les économistes,
04:15c'est-à-dire que la vie repose sur des arbitrages.
04:19Et donc les économistes, ils disent
04:20vous avez le choix pour ça et ça.
04:22Et c'est après aux hommes politiques de choisir.
04:24Il y a plusieurs choses à leur charge et à leur décharge.
04:27Un, en France, les économistes,
04:28ils ne sont pas très audacieux,
04:30ils n'osent pas participer au débat public.
04:31Ils ont toujours peur de se mouiller,
04:32ils ont peur pour leur carrière.
04:34Les économistes américains, pour le coup,
04:35se mobilisent beaucoup plus.
04:37Vous avez souvent des pétitions de prix Nobel
04:38qui manifestent contre telle ou telle politique.
04:40Donc un, ils n'aident pas à contribuer au débat public.
04:44À leur décharge, il y a chez les économistes,
04:47dans les erreurs qu'on leur reproche,
04:48ce qui relève de l'imprévisible
04:50et ce qui relève de la faute professionnelle.
04:52Honnêtement, la crise de 2008,
04:54ne pas voir qu'il y avait un problème
04:56sur les subprimes
04:58et sur la façon dont la sphère financière
05:02était gangrénée, finalement,
05:03par ces contrats de titrisation, etc.
05:06C'est une faute professionnelle.
05:07Le fait de ne pas anticiper
05:09la faillite de Lehman Brothers,
05:11qui relève quand même d'un événement
05:13qu'on ne pouvait pas prévoir,
05:14et qui déclenche la crise,
05:16ça, on ne peut pas leur reprocher ça.
05:19Et puis, ils ont aussi un troisième inconvénient
05:21qui joue en leur défaveur, les économistes.
05:24C'est qu'il n'y a pas de monde.
05:26Donc, tout ce qu'on ne fait pas,
05:28ça ne se voit pas.
05:29Et c'est bien ça, le drame en économie.
05:31C'est-à-dire qu'en gros,
05:32entre des politiques qui auraient permis
05:33de créer de la croissance des emplois,
05:35des entreprises, etc.,
05:37et celles qui ne le permettent pas,
05:38on ne le voit pas.
05:39parce qu'une entreprise qui ne s'est pas créée,
05:43personne n'en est conscient, finalement.
05:44Il nous reste 15 secondes.
05:45Est-ce que donner le prix à Philippe Aguillon,
05:47c'est ne pas le donner à Thomas Piketty ou Zuckman ?
05:50Est-ce qu'il y a un choix ?
05:51Ah bah oui, il y a un choix.
05:52C'est-à-dire qu'il y a un choix
05:53qui est celui de Philippe Aguillon.
05:54Et en fait, hier,
05:54quand on a parlé des prix Nobel, d'ailleurs,
05:56moi, je n'ai pas cité Philippe Aguillon
05:57pour une raison simple.
05:58c'est qu'en fait,
05:59on pensait qu'il l'aurait,
06:00avec le groupe qui a travaillé
06:03sur la croissance endogène,
06:04c'était Paul Romer,
06:05et donc moi, je pensais que son tour était passé.
06:07Mais non, la grande différence,
06:08c'est que Philippe Aguillon,
06:09il dit, attendez,
06:10la répartition,
06:12la redistribution, c'est très bien,
06:15mais avant, la priorité absolue,
06:17c'est l'innovation, l'innovation, l'innovation.
06:18Pas d'innovation, pas de croissance,
06:20pas de bras, pas de chocolat, en gros.
06:21Alors que Thomas Piketty et Zuckman,
06:23eux, ce qu'ils veulent juste,
06:24c'est l'égalité, l'égalité, l'égalité.
06:28Je pense que personne,
06:30dans le monde économique international,
06:32et dans la façon dont on détermine le prix Nobel,
06:35n'a envisagé à un seul moment
06:36de donner le prix Nobel d'économie
06:37à Thomas Piketty et à Gabriel Zuckman.
06:40Je pense que c'est une pensée
06:42très franco-française,
06:44de l'idéologie dominante française.
06:45Le reflet de nos débats actuels.
06:48De croire qu'on prend ces gens-là au sérieux
06:49au niveau international,
06:50est totalement absurde.
06:51J'en remarque, Esther Duflo...
06:53Alors, Esther Duflo, c'était autre chose.
06:55C'était l'économie comportementale,
06:56et c'était un côté...
06:57On va essayer de monter une émission spéciale
06:59avec tous nos prix Nobel d'économie.
07:01Ben oui, c'est écoutez,
07:02il faut se donner des défis,
07:03je me lance.
07:05Esther Duflo, il faut aller assez vite,
07:06puisqu'elle va déménager.
07:07Elle va venir en Suisse,
07:08c'est beaucoup plus près quand même
07:09que les Etats-Unis.
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