00:00Face au brouillard, on ralentit, on vient de l'entendre, cette baisse d'étau qui était attendue,
00:04Jérôme Powell a fait ce qu'on attendait hier soir, vous en pensez quoi Emmanuel Lechypre ?
00:10Alors face au brouillard, on ralentit, mais dans les conditions météo extrêmes,
00:14je vous rappelle qu'il est aussi dangereux soit de freiner, soit d'accélérer.
00:19Donc la bonne décision, ça aurait été de lever légèrement le pied de l'accélérateur,
00:24mais surtout de ne pas faire de manœuvres intempestives,
00:27et cette baisse d'étau est une manœuvre intempestive.
00:30Il faut bien voir le contexte dans lequel on est.
00:32Le contexte économique, il n'est pas clair.
00:34L'inflation montre quand même des signes importants de résistance,
00:38le marché de l'emploi lui donne des signes de fragilité.
00:42Alors un, effectivement on a ce manque de statistiques lié au shutdown,
00:46donc ça, ça n'aide pas effectivement,
00:49mais on est aussi au cœur d'un débat sur quelque chose de plus fondamental
00:55qui est en gros, est-ce que la Fed subit les pressions de Donald Trump ou pas ?
00:59Et le bon signal finalement, ça aurait été de ne rien faire,
01:03parce que là, la Fed entretient les doutes.
01:06Si le marché du travail va mal par exemple,
01:08c'est en partie à cause des mesures protectionnistes de Trump.
01:12Est-ce que c'est souhaitable de les encourager à travers une baisse des taux,
01:16qui par ailleurs favorise la baisse du dollar,
01:18qui n'est pas très bonne pour l'inflation ?
01:20Et puis surtout, encore une fois, ça entretient cette idée que la Fed est potentiellement
01:25sous l'influence de Trump.
01:26Il aurait accédé aux demandes de Trump en faisant ça ?
01:29On l'a vu dans l'histoire, la Fed n'est pas irréprochable.
01:32Il y a eu des périodes dans l'histoire où la Fed a été absolument perméable aux pressions politiques,
01:37il faut se rappeler des années 70, il y a eu Nixon, il y a eu Carter,
01:41il y avait un patron de la Fed qui s'appelait Arthur Burns.
01:43Mais il a résisté jusqu'ici, il part dans six mois.
01:45Alors oui, parce que maintenant, tout ça se fait effectivement au grand jour.
01:50Mais dans les années 70, tout ça existait aussi et ça ne s'est pas fait.
01:54Il n'était pas obligé, enfin je veux dire, de baisser les taux, Powell, hier.
01:59Donc ça entretient cette idée que la Fed n'est pas forcément indépendante,
02:03avec tout ce qui va derrière.
02:05Donc la stratégie sur le dollar, finalement tout ce qui en découle sur aussi les pressions
02:15que pourrait formuler l'administration Trump sur la réglementation bancaire, etc.
02:20Donc c'est assez lourd de conséquences.
02:22Je pense qu'il aurait été plus sage, plutôt que d'entretenir tous ses doutes, de passer son tour.
02:26Oui, d'autant qu'il dit qu'il baisse, mais qu'il ne va pas forcément continuer la prochaine fois.
02:31Jean-Marc Daniel.
02:31Je pense que pour qu'il y ait quelqu'un qui ralentit, celui qui accélère,
02:35il faut qu'il y ait quelqu'un au volant.
02:37Alors là, il n'y a personne au volant.
02:39C'est-à-dire, la voiture est totalement en roue libre.
02:42Elle est partie et puis plus personne ne dirige l'affaire.
02:45Et donc plus personne ne dirige l'affaire.
02:46Pourquoi ? Parce que ça confirme ce qui me semble assez évident depuis 2008-2009,
02:51c'est que les banques centrales sont totalement à côté de la plaque.
02:54C'est-à-dire que le discours en plus de la banque centrale américaine
02:57s'appuie sur la confusion que l'on considère comme étant une bonne chose
03:01et en réalité qui est une source d'ambiguïté sur les missions de la banque centrale.
03:06On dit qu'elle est là pour lutter contre l'inflation,
03:08elle est là pour garantir le plein emploi,
03:09elle est là pour faire en sorte que les taux d'intérêt soient les plus bas possibles.
03:13Or, l'inflation, objectivement, l'inflation est de 3%.
03:16Donc qu'elle nous dise quel est son objectif.
03:19C'est-à-dire, est-ce qu'elle accepte ce que proposait à un moment donné Olivier Blanchard ?
03:22Olivier Blanchard avait dit, compte tenu de la situation des dettes,
03:25on va changer la cible, pour des raisons de clarté,
03:29on va accepter l'idée que désormais la cible d'inflation c'est 3%, voire 4%.
03:33Il avait proposé 4% dans un working paper qu'il avait publié
03:37quand il était à la tête des économistes du FMI.
03:40Donc qu'on nous dise que si à 3% c'est de la nouvelle objectif,
03:44mais qu'on le dise.
03:45Deuxième élément, lutter contre la récession et pour le plein emploi.
03:50On n'a pas les chiffres de l'emploi,
03:51on ne sait pas très bien effectivement les conséquences des mesures protectionnistes,
03:54qu'est-ce que ça va avoir comme conséquence,
03:56ce que dit Donald Trump, de renforcer l'emploi américain,
04:00parce qu'en renvoyant les immigrés,
04:02en empêchant effectivement les entreprises européennes
04:05d'envoyer des produits aux Etats-Unis,
04:08on va avoir la nécessité de créer des emplois aux Etats-Unis
04:11pour se substituer aux productions qui n'arriveront plus de l'étranger.
04:14Donc tout ça est assez confus.
04:16La seule chose qui est à peu près claire,
04:18c'est le fait qu'il a annoncé qu'il allait arrêter de vendre des obligations.
04:22Et donc on est dans une situation où effectivement
04:25le déficit budgétaire ne se réduit pas à la hauteur de ce qu'avait annoncé Donald Trump
04:30au moment où il a été allé chercher Elon Musk,
04:33on va réduire les dépenses, tout ça.
04:35Donc le déficit budgétaire, la dernière évaluation,
04:38c'est 1850 milliards de dollars,
04:40c'est moins que les 2000 milliards qu'avait annoncé
04:42Jeannette Yelen quand elle était secrétaire au Trésor,
04:46quand elle a quitté son poste à la fin de Biden,
04:49mais 1850 milliards de dollars.
04:51Donc il faut les trouver les 1850 milliards de dollars.
04:54Et la seule solution pour être sûr que les gens vont souscrire,
04:56c'est le fait que la réserve fédérale dit
04:58écoutez, s'il y a le moindre problème,
05:00moi je vous rachèterai vos dettes.
05:03Vous pouvez y aller.
05:04Les banques dont on parlait tout à l'heure,
05:06dont on parlait à Étienne tout à l'heure,
05:07en disant que les banques se sentent menacées,
05:09elles vont pouvoir se dire
05:10je vais recommencer à acheter de la dette publique de façon garantie
05:13parce que si jamais j'ai le moindre doute
05:14et si j'ai le moindre problème de liquidité,
05:16je pourrais m'en défaire auprès de la réserve fédérale.
05:18Et donc, on est dans une situation
05:20où on commente une non-décision prise par quelqu'un
05:23qui ne tient pas le volant
05:25et on ne voit pas que le vrai problème en réalité,
05:28c'est la déroute budgétaire américaine
05:30que symbolise à mon avis le shutdown,
05:32la réserve fédérale qui est écoutée
05:34je serai là quoi qu'il arrive
05:35et l'incapacité des Américains
05:37à réduire leur déficit budgétaire.
05:39Confusion totale donc.
05:40Oui, et on voit bien d'ailleurs que
05:42le vrai pouvoir aujourd'hui, paradoxalement,
05:47et c'est quelque chose qu'avait déjà souligné Patrick Artus notamment,
05:50c'est qu'en fait, les banques centrales sont devenues les otages
05:53finalement des politiques budgétaires
05:55et qu'on pensait que ça pouvait être les contrepoids
05:57et aujourd'hui, on voit bien que ça n'est absolument pas le cas.
06:01Donc oui, on a quand même des dérèglements majeurs
06:03aujourd'hui au niveau de la politique économique entre les grands pays.
06:05Ce rapport avec les banques centrales et le pouvoir,
06:08ça risque de ne pas s'arranger.
06:09quoi qu'il arrive.
06:11Merci beaucoup messieurs pour ce débat.
Commentaires