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  • il y a 2 mois
Ce jeudi 30 octobre, une baisse des taux, et le rapport entre la banque central et les pouvoirs ont été abordés par Jean-Marc Daniel et Emmanuel Lechypre dans leur chronique, dans l'émission Good Morning Business, présentée par Sandra Gandoin, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Face au brouillard, on ralentit, on vient de l'entendre, cette baisse d'étau qui était attendue,
00:04Jérôme Powell a fait ce qu'on attendait hier soir, vous en pensez quoi Emmanuel Lechypre ?
00:10Alors face au brouillard, on ralentit, mais dans les conditions météo extrêmes,
00:14je vous rappelle qu'il est aussi dangereux soit de freiner, soit d'accélérer.
00:19Donc la bonne décision, ça aurait été de lever légèrement le pied de l'accélérateur,
00:24mais surtout de ne pas faire de manœuvres intempestives,
00:27et cette baisse d'étau est une manœuvre intempestive.
00:30Il faut bien voir le contexte dans lequel on est.
00:32Le contexte économique, il n'est pas clair.
00:34L'inflation montre quand même des signes importants de résistance,
00:38le marché de l'emploi lui donne des signes de fragilité.
00:42Alors un, effectivement on a ce manque de statistiques lié au shutdown,
00:46donc ça, ça n'aide pas effectivement,
00:49mais on est aussi au cœur d'un débat sur quelque chose de plus fondamental
00:55qui est en gros, est-ce que la Fed subit les pressions de Donald Trump ou pas ?
00:59Et le bon signal finalement, ça aurait été de ne rien faire,
01:03parce que là, la Fed entretient les doutes.
01:06Si le marché du travail va mal par exemple,
01:08c'est en partie à cause des mesures protectionnistes de Trump.
01:12Est-ce que c'est souhaitable de les encourager à travers une baisse des taux,
01:16qui par ailleurs favorise la baisse du dollar,
01:18qui n'est pas très bonne pour l'inflation ?
01:20Et puis surtout, encore une fois, ça entretient cette idée que la Fed est potentiellement
01:25sous l'influence de Trump.
01:26Il aurait accédé aux demandes de Trump en faisant ça ?
01:29On l'a vu dans l'histoire, la Fed n'est pas irréprochable.
01:32Il y a eu des périodes dans l'histoire où la Fed a été absolument perméable aux pressions politiques,
01:37il faut se rappeler des années 70, il y a eu Nixon, il y a eu Carter,
01:41il y avait un patron de la Fed qui s'appelait Arthur Burns.
01:43Mais il a résisté jusqu'ici, il part dans six mois.
01:45Alors oui, parce que maintenant, tout ça se fait effectivement au grand jour.
01:50Mais dans les années 70, tout ça existait aussi et ça ne s'est pas fait.
01:54Il n'était pas obligé, enfin je veux dire, de baisser les taux, Powell, hier.
01:59Donc ça entretient cette idée que la Fed n'est pas forcément indépendante,
02:03avec tout ce qui va derrière.
02:05Donc la stratégie sur le dollar, finalement tout ce qui en découle sur aussi les pressions
02:15que pourrait formuler l'administration Trump sur la réglementation bancaire, etc.
02:20Donc c'est assez lourd de conséquences.
02:22Je pense qu'il aurait été plus sage, plutôt que d'entretenir tous ses doutes, de passer son tour.
02:26Oui, d'autant qu'il dit qu'il baisse, mais qu'il ne va pas forcément continuer la prochaine fois.
02:31Jean-Marc Daniel.
02:31Je pense que pour qu'il y ait quelqu'un qui ralentit, celui qui accélère,
02:35il faut qu'il y ait quelqu'un au volant.
02:37Alors là, il n'y a personne au volant.
02:39C'est-à-dire, la voiture est totalement en roue libre.
02:42Elle est partie et puis plus personne ne dirige l'affaire.
02:45Et donc plus personne ne dirige l'affaire.
02:46Pourquoi ? Parce que ça confirme ce qui me semble assez évident depuis 2008-2009,
02:51c'est que les banques centrales sont totalement à côté de la plaque.
02:54C'est-à-dire que le discours en plus de la banque centrale américaine
02:57s'appuie sur la confusion que l'on considère comme étant une bonne chose
03:01et en réalité qui est une source d'ambiguïté sur les missions de la banque centrale.
03:06On dit qu'elle est là pour lutter contre l'inflation,
03:08elle est là pour garantir le plein emploi,
03:09elle est là pour faire en sorte que les taux d'intérêt soient les plus bas possibles.
03:13Or, l'inflation, objectivement, l'inflation est de 3%.
03:16Donc qu'elle nous dise quel est son objectif.
03:19C'est-à-dire, est-ce qu'elle accepte ce que proposait à un moment donné Olivier Blanchard ?
03:22Olivier Blanchard avait dit, compte tenu de la situation des dettes,
03:25on va changer la cible, pour des raisons de clarté,
03:29on va accepter l'idée que désormais la cible d'inflation c'est 3%, voire 4%.
03:33Il avait proposé 4% dans un working paper qu'il avait publié
03:37quand il était à la tête des économistes du FMI.
03:40Donc qu'on nous dise que si à 3% c'est de la nouvelle objectif,
03:44mais qu'on le dise.
03:45Deuxième élément, lutter contre la récession et pour le plein emploi.
03:50On n'a pas les chiffres de l'emploi,
03:51on ne sait pas très bien effectivement les conséquences des mesures protectionnistes,
03:54qu'est-ce que ça va avoir comme conséquence,
03:56ce que dit Donald Trump, de renforcer l'emploi américain,
04:00parce qu'en renvoyant les immigrés,
04:02en empêchant effectivement les entreprises européennes
04:05d'envoyer des produits aux Etats-Unis,
04:08on va avoir la nécessité de créer des emplois aux Etats-Unis
04:11pour se substituer aux productions qui n'arriveront plus de l'étranger.
04:14Donc tout ça est assez confus.
04:16La seule chose qui est à peu près claire,
04:18c'est le fait qu'il a annoncé qu'il allait arrêter de vendre des obligations.
04:22Et donc on est dans une situation où effectivement
04:25le déficit budgétaire ne se réduit pas à la hauteur de ce qu'avait annoncé Donald Trump
04:30au moment où il a été allé chercher Elon Musk,
04:33on va réduire les dépenses, tout ça.
04:35Donc le déficit budgétaire, la dernière évaluation,
04:38c'est 1850 milliards de dollars,
04:40c'est moins que les 2000 milliards qu'avait annoncé
04:42Jeannette Yelen quand elle était secrétaire au Trésor,
04:46quand elle a quitté son poste à la fin de Biden,
04:49mais 1850 milliards de dollars.
04:51Donc il faut les trouver les 1850 milliards de dollars.
04:54Et la seule solution pour être sûr que les gens vont souscrire,
04:56c'est le fait que la réserve fédérale dit
04:58écoutez, s'il y a le moindre problème,
05:00moi je vous rachèterai vos dettes.
05:03Vous pouvez y aller.
05:04Les banques dont on parlait tout à l'heure,
05:06dont on parlait à Étienne tout à l'heure,
05:07en disant que les banques se sentent menacées,
05:09elles vont pouvoir se dire
05:10je vais recommencer à acheter de la dette publique de façon garantie
05:13parce que si jamais j'ai le moindre doute
05:14et si j'ai le moindre problème de liquidité,
05:16je pourrais m'en défaire auprès de la réserve fédérale.
05:18Et donc, on est dans une situation
05:20où on commente une non-décision prise par quelqu'un
05:23qui ne tient pas le volant
05:25et on ne voit pas que le vrai problème en réalité,
05:28c'est la déroute budgétaire américaine
05:30que symbolise à mon avis le shutdown,
05:32la réserve fédérale qui est écoutée
05:34je serai là quoi qu'il arrive
05:35et l'incapacité des Américains
05:37à réduire leur déficit budgétaire.
05:39Confusion totale donc.
05:40Oui, et on voit bien d'ailleurs que
05:42le vrai pouvoir aujourd'hui, paradoxalement,
05:47et c'est quelque chose qu'avait déjà souligné Patrick Artus notamment,
05:50c'est qu'en fait, les banques centrales sont devenues les otages
05:53finalement des politiques budgétaires
05:55et qu'on pensait que ça pouvait être les contrepoids
05:57et aujourd'hui, on voit bien que ça n'est absolument pas le cas.
06:01Donc oui, on a quand même des dérèglements majeurs
06:03aujourd'hui au niveau de la politique économique entre les grands pays.
06:05Ce rapport avec les banques centrales et le pouvoir,
06:08ça risque de ne pas s'arranger.
06:09quoi qu'il arrive.
06:11Merci beaucoup messieurs pour ce débat.
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