00:00C'est Jean-Marie Daniel, on va bien sûr parler de Sébastien Lecornu, Premier ministre depuis hier soir.
00:05Est-ce qu'il est, selon vous, l'homme de la situation ? Est-ce qu'il va aggraver ou améliorer les choses, Emmanuel ?
00:11Sébastien Lecornu, c'est simple, c'est le choix le plus coûteux socialement, politiquement et économiquement pour la France.
00:17Socialement, parce que quand même, la veille d'une journée de mobilisation et de protestation comme aujourd'hui,
00:23dire aux Français, finalement, je ne tiens aucun compte de votre vote, de vos aspirations, que ce soit d'ailleurs à gauche ou à droite,
00:32c'est quand même un choix qui va être socialement générateur de colère et donc problématique.
00:37C'est un choix qui est politiquement coûteux parce qu'aucune opposition aujourd'hui n'est satisfaite
00:43et qu'il va y avoir des tractations sans fin, chacun va monnayer le plus cher possible son soutien.
00:50Ça veut dire que l'horizon politique ne s'éclaircit pas.
00:52Il faut savoir qu'une des raisons qui a fait pencher la balance en faveur de Sébastien Lecornu,
00:58ça a été notamment sa capacité à faire passer, avec la bienveillance de tous les grands partis, sa loi de programmation militaire.
01:05Mais la réalité, c'est que tout le monde était d'accord, c'était extrêmement consensuel comme sujet.
01:09Ça ne fait pas de lui un fin négociateur.
01:11Mais voilà, exactement, ça c'est une illusion.
01:13Et puis c'est le choix économiquement le plus coûteux parce que c'est le choix qui entretient
01:18ce qui coûte le plus cher à l'économie française aujourd'hui,
01:20c'est-à-dire l'incertitude politique.
01:23Ce coût, on le connaît, l'OFCE l'a chiffré, une douzaine de milliards d'euros,
01:27mais ça c'était jusqu'à il y a quelques semaines.
01:28Or on voit bien, si vous voulez, que tant qu'on n'est pas au clair sur les grandes stratégies
01:34et les grandes orientations de la politique économique,
01:36les ménages, ils épargnent et les chefs d'entreprise, ni ils embauchent, ni ils recrutent.
01:41Et que donc, ça va continuer à nous coûter cher.
01:43On était à une douzaine de milliards d'euros, nous dit l'OFCE.
01:46Là, si on se prend un demi-point durablement de hausse des taux d'intérêt
01:49par rapport à avant la dissolution, c'est encore un dixième de point de croissance,
01:52c'est encore 3 milliards.
01:53Donc la facture, pour le moment, elle commence à être salée pour l'économie française,
01:56une quinzaine de milliards d'euros.
01:58Et ce qui est dingue, c'est qu'on va finir par avoir cramé plus avec ce coût économique
02:05que tous les milliards qu'on essaye de chercher en économie budgétaire.
02:09Donc non, ce n'est pas un bon choix, Sébastien Lecornu.
02:11Jean-Marc ?
02:12Non, je ne suis pas d'accord avec ça.
02:13D'abord, je pense qu'effectivement, on surdétermine, on suranalyse la situation économique
02:20par rapport à la situation politique.
02:21On vient de parler du Japon, personne n'a remarqué qu'il n'y avait plus de Premier ministre
02:25au Japon.
02:25Le véritable problème du Japon, c'est les droits de douane de Trump.
02:28Il n'y a plus de Premier ministre au Japon.
02:29Ils sont dans la même situation que nous.
02:31On a besoin de gouvernement, Jean-Marc ?
02:32On a besoin d'un gouvernement pour prendre quelques décisions, mais tout ne dépend pas
02:36du gouvernement.
02:37Les gens qui se lèvent le matin pour aller travailler ne se demandent pas si le ministre
02:40de l'économie est content ou pas qu'il vienne travailler.
02:42Et donc, je pense qu'il y a effectivement une réalité qui est une réalité qui est
02:46liée à des problèmes plus structurels que l'existence ou la non-existence de tel
02:50ou tel individu et de tel ou tel, et la présence ou la non-présence de tel ou tel individu
02:54à Matignon.
02:54La deuxième chose que je mettrai en avant, c'est qu'effectivement, l'économie française
02:58a des problèmes qui sont des problèmes structurels et il y a un héritage qui est quand même
03:02le discours de Beyrou que la classe politique a subi, a vécu, où il dit « vous avez maintenant
03:07le choix entre le compromis ou l'impuissance ». Ça fait maintenant un peu plus d'un an que
03:11ça dure.
03:12Je pense que les gens ont réalisé que c'est ce choix-là qu'il va falloir.
03:15Ils ont choisi l'impuissance.
03:16Ils ont choisi l'impuissance, que pour sortir de l'impuissance, ils ont espéré qu'il
03:20y ait soit une nouvelle dissolution, soit une démission du président de la République.
03:24Celui-ci a annoncé que ce serait ni l'un ni l'autre, donc il va falloir essayer de
03:27trouver le compromis.
03:29Et le personnage de Sébastien Lecornu a deux avantages.
03:31Le premier, c'est que les deux précédents étaient nés sous Vincent Oriole.
03:35Personne ne se souvient de quand exactement Vincent Oriole était à la tête de ce pays,
03:41quand il était président de la République.
03:43Là au moins, il est né sous François Mitterrand.
03:44Il a 39 ans.
03:45Il n'a même pas 40 ans, il est assez jeune.
03:48Il a un passé qui est assez court, mais qui est assez actif.
03:51Il a effectivement été le négociateur des problèmes, des programmes militaires,
03:55mais il a été aussi un des hommes clés de l'affaire des Gilets jaunes.
03:58Donc c'est quelqu'un qui a une certaine réputation d'une ouverture d'esprit.
04:04Oui, mais vous dites, Lecornu ou son frère, c'est pareil.
04:06Oui, le véritable enjeu pour moi, c'est effectivement ce que je disais hier.
04:10C'est que ce qu'a dit Bérou hier, qui était déterminant,
04:14c'est le fait qu'il l'ait dit, c'est l'impuissance ou le compromis.
04:18Et j'ai apporté un diagnostic, maintenant, personne ne peut nier le fait que la dette est là,
04:25que le déficit extérieur est là, et dire qu'on va manquer de consommation.
04:29Et c'est non.
04:30Les gens ont compris.
04:30Donc là, vous dites qu'on n'a pas tout perdu, quand même.
04:32On n'a pas tout perdu, on ne part pas de zéro, et je pense que les gens ont conscience que l'enjeu,
04:35c'est pas, est-ce qu'on ne pourrait pas augmenter encore le pouvoir d'achat sans travailler ?
04:38Est-ce qu'on ne pourrait pas continuer à avoir une vie qui est une vie de...
04:42Vous n'écoutez pas assez le Parti Socialiste ?
04:44Oui, oui, le Parti Socialiste, c'est 1,5% de l'élection présidentielle.
04:48Alors, d'abord, je ne vois pas en quoi, finalement, le choix de Sébastien Lecornu
04:52n'est pas la perpétuation du choix de l'impuissance,
04:55puisque ce ne sera sans doute pas celui du compromis,
04:57puisque personne ne veut de compromis.
04:59Et puis après, ce que dit Jean-Marc sur la place du politique,
05:02dans l'économie, dans le quotidien des gens, ça c'est vrai en régime de croisière.
05:05Sauf que la réalité, c'est qu'aujourd'hui, quand vous regardez les enquêtes
05:07qui sont faites auprès des patrons, prenez l'enquête BPE auprès des petites et moyennes entreprises,
05:1260% des patrons vous disent que l'incertitude politique
05:16a un impact fort sur leur activité.
05:18Donc, on n'est pas en régime de croisière,
05:20on est en situation de crise politique qui est plus forte encore que la crise économique.
05:24Et puis, pardon, dans la surévaluation du court bilan de M. Lecornu dans son histoire,
05:30déjà, sa loi de programmation militaire, encore une fois,
05:32c'était quand même la loi la plus facile à faire passer de toutes ces dernières années.
05:35Et puis, rions sur l'affaire des Gilets jaunes,
05:37parce que Jean-Marc est bien placé pour le savoir.
05:39Celui qui calculait, Jean-Marc, en Macron, etc.,
05:44qu'est-ce qui a mis fin aux Gilets jaunes ?
05:46Ce n'est certainement pas les grands débats dont l'idée géniale a germé dans le cerveau de M. Lecornu.
05:51C'est quand même l'échec.
05:51C'est du quoi qu'il en coûte.
05:5210 milliards d'abord de chèques.
05:5417 milliards.
05:55Le Macron, c'est 17 milliards.
05:56Et bien voilà.
05:57Mais c'est ça qui a sauvé Camille.
05:58Oui, enfin, il y a eu le grand débat après.
06:00Les grands débats, ça n'a certainement rien.
06:01Juste pour conclure, deux choses.
06:03La première, c'est que la croissance, la dernière évaluation de la Banque de France,
06:05montre qu'il y a une forme d'inertie de la croissance.
06:07On est à 0,3%.
06:08Derrière le discours qui est où on ne va pas investir, on regarde la réalité,
06:12c'est que quand vous êtes un patron, vous regardez votre demande,
06:15vous regardez les anticipations que vous faites,
06:17la capacité à écouler votre stock.
06:19Et la deuxième embarque que je ferai, c'est qu'effectivement,
06:22l'histoire du compromis, je pense que maintenant,
06:25la classe politique a le sentiment,
06:27et notamment les gens qui veulent gagner les élections...
06:29Et on cherche le plus petit, plus petit, plus petit compromis.
06:31Qui veulent gagner en 2027,
06:33ils ont intérêt à ce qu'on soit débarrassé d'un certain nombre de problèmes.
06:36Vous aussi, vous êtes né sous Vincent Auriol,
06:38et vous aussi, vous êtes naïveté, pourtant, toujours confondante, mon cher Jean-Marc.
06:42Je suis né sous René Cotty.
06:45Encore une erreur !
06:46Encore une erreur !
06:49Je ne vous dirai pas sous qui je suis née, personnellement.
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