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  • il y a 4 mois
Mardi 7 octobre 2025, retrouvez Sophia Chraibi (Avocate, 26Bastille Avocats) dans LEX INSIDE, une émission présentée par Arnaud Dumourier.

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Transcription
00:00On poursuit ce Lexi Inside, on va parler de l'ordonnance relative au crédit à la consommation.
00:16Quels sont ses objectifs ? Est-ce une réponse suffisante aux dérives du crédit instantané ?
00:22On en parle tout de suite avec mon invité, Sophia Schraibi, avocate au sein de 26 Bastille Avocats.
00:28Bonjour Sophia. Bonjour Arnaud.
00:30Alors on va parler ensemble de cette ordonnance relative au crédit à la consommation.
00:35Pour commencer, pouvez-vous nous rappeler les grandes lignes de cette ordonnance ?
00:39Oui, alors pour reprendre un petit peu le contexte, c'est une ordonnance qui date de septembre 2025,
00:44qui vient de transposer en bref français une directive européenne qui date d'octobre 2023
00:48et qui entrera en vigueur en novembre 2026.
00:53Cette ordonnance, elle a trois objectifs principaux.
00:56La première, l'harmonisation dans le droit des États membres du droit de la consommation.
01:04Ensuite, la protection des emprunteurs en difficulté.
01:07Et enfin, la lutte efficace contre le surendettement.
01:10C'est les trois grands objectifs de cette ordonnance.
01:14Concrètement, et en application, la chose qui va être très importante,
01:19c'est le champ d'application de l'ordonnance,
01:21puisqu'on va voir intégrer à la protection du droit de la consommation
01:26des crédits à la consommation qui n'étaient pas concernés par cette protection.
01:31Des types de crédits, par exemple ?
01:32Par exemple, on va avoir des crédits de moins de 200 euros,
01:36donc ce qu'on appelle des microcrédits, des crédits dits gratuits,
01:38des crédits de très courte durée, mais aussi les paiements échelonnés.
01:42Vous savez, lorsqu'on fait un achat en ligne,
01:45on nous propose via ce qu'on appelle des BNPL de payer en plusieurs fois.
01:51Donc ces crédits-là, en l'occurrence, ce mode de financement-là,
01:55sera inclus dans le champ d'application de cette ordonnance.
02:00Il y a d'autres crédits, notamment les contrats de location avec option d'achat.
02:04Ça, c'est très utilisé par les Français,
02:06notamment en matière d'automobiles ou d'électroménagers.
02:11Donc il y a un champ d'application qui sera élargi
02:13et ensuite des dispositions plus précises,
02:16notamment qui vont porter sur les devoirs du prêteur.
02:18Le prêteur va notamment devoir modifier les informations précontractuelles
02:24actuellement délivrées aux consommateurs
02:27pour qu'elles soient plus claires, plus adaptées au profil
02:31et à la situation particulière des emprunteurs.
02:35Également, les prêteurs devront modifier les publicités.
02:39Donc il va y avoir un encadrement de la publicité,
02:42une interdiction de mettre en avant le fait que le crédit est une amélioration
02:48de la situation financière des emprunteurs, comme ça peut être le cas parfois,
02:51une interdiction également de mettre en avant les paiements différés.
02:55Donc davantage d'obligations qui pèsent sur les prêteurs.
02:58Tout à fait, davantage d'obligations et une obligation d'analyse de la solvabilité
03:04des emprunteurs, ce qui n'était pas réellement une obligation auparavant
03:10sur les crédits à la consommation.
03:11Et c'est souvent ce qui est reproché à ces acteurs du crédit.
03:14Tout à fait, oui.
03:15Donc là, on va avoir une obligation d'analyse de la solvabilité,
03:18un renforcement en tout cas de ce cadre-là,
03:20avec notamment la consultation, ce qui n'était pas le cas,
03:24des fichiers, des incidents de remboursement des crédits.
03:28Alors c'est des contraintes qui sont plus importantes selon vous ?
03:31Oui, c'est des contraintes qui sont plus importantes
03:33et c'est surtout des contraintes qui seront imposées à des acteurs
03:36qui n'étaient pas concernés auparavant
03:38par les dispositions du droit de la consommation.
03:44C'est les acteurs qui sont par exemple ceux qui permettent
03:46l'échelonnement des paiements sur Internet, c'est ça ?
03:49Tout à fait, les FinTech.
03:50Et les BNPL, comme je vous en ai parlé précédemment.
03:53Alors est-ce que selon vous, ces mesures qui visent
03:55à protéger le consommateur, elles seront efficaces ?
03:59Alors, c'est l'objectif, qu'elles soient efficaces.
04:03Pour la lutte contre le surendettement,
04:05il faut s'intéresser aux raisons du surendettement
04:07et aux statistiques actuelles.
04:10On a une étude de la Banque de France en 2024
04:13qui vient nous exposer le fait que les crédits à la consommation
04:18représentent plus ou moins 43% de l'endettement global des Français.
04:23C'est très important.
04:24C'est très important.
04:26Et d'ailleurs, ça ne prend pas en compte
04:28certains crédits qui n'étaient pas dans le champ d'application
04:32de la réglementation et qui le sont aujourd'hui,
04:34notamment les paiements différés et les microcrédits.
04:38Donc en réalité, on est à plus de 43%
04:40de représentation du crédit à la consommation
04:44dans l'endettement global des Français.
04:45Les situations d'endettement, actuellement,
04:50on peut les identifier.
04:50Il y a trois grandes situations d'endettement.
04:53Il y a les gens qui rencontrent, les foyers français
04:55qui rencontrent des difficultés d'ordre structurel,
04:58socio-économique.
04:59Il y a des Français qui, sans nécessairement être
05:02en état de pauvreté, vont avoir des budgets limités
05:06et qui vont rencontrer des événements,
05:08notamment des pertes d'emploi.
05:09C'est quatre dossiers sur dix, la perte d'emploi
05:10dans les surendettements,
05:12qui vont à une situation de la vie
05:15qui va mettre à mal l'économie
05:19et l'équilibre budgétaire.
05:21Et ensuite, des foyers qu'on va considérer
05:23comme étant des comportements budgétaires à risque.
05:28Mais ça, c'est très minoritaire.
05:30Et donc, les leviers qui sont mis en place,
05:31les leviers concrets qui sont mis en place
05:33par cette ordonnance font effectivement aider,
05:35notamment avec des propositions.
05:38Alors ça, c'est une obligation aussi pour les prêteurs,
05:40des propositions de rééchelonnement des crédits
05:42lorsque les emprunteurs se retrouvent en difficulté.
05:44C'est une nouvelle levier.
05:47Souvent, ce qui se passait, c'était quand on était au tribunal,
05:49quand on est surendetté,
05:51c'est le juge qui proposait de rééchelonner les dettes.
05:54Là, ça se passerait en amont, c'est ça ?
05:55Ça se passerait en amont, tout à fait.
05:57Et donc, ces leviers-là vont avoir un effet,
05:59en tout cas on l'espère, sur les situations de surendettement.
06:02Mais comme les raisons qui conduisent
06:06et qui amènent les situations de surendettement
06:08sont variées, ça ne sera pas suffisant.
06:11Il faudra nécessairement que ce soit accompagné
06:12de préventions socio-économiques
06:15et également d'une éducation financière des Français.
06:20Donc on a vu l'impact sur les consommateurs.
06:24Est-ce que, selon vous,
06:25les prêteurs sont prêts à intégrer
06:27ces nouvelles mesures qui sont plus contraignantes ?
06:29Alors, il y a deux types de prêteurs.
06:33On va avoir les établissements traditionnels
06:36et on va avoir les nouveaux acteurs du marché.
06:38Et l'impact ne va pas être le même
06:40et donc leur capacité à se mettre en conformité
06:44avec ces dispositions ne sera pas appréhendée
06:47de la même manière par ces différents acteurs.
06:49Pour les établissements classiques,
06:52il y a une conformité, une mise en conformité.
06:55Ça va être un travail de mise en conformité
06:57parce qu'ils vont déjà avoir tout en place,
07:00mais il faudra l'adapter.
07:01Il faut savoir qu'il y a un délai qui est donné.
07:06C'est quoi comme délai ?
07:07Alors, on a jusqu'à novembre,
07:09le 20 novembre 2026, très exactement.
07:11Donc il y a un délai qui a été accordé
07:12pour que tous les établissements
07:13puissent se mettre en conformité.
07:15Ça a été accordé en connaissance de cause
07:17en se disant que ça va être compliqué
07:19pour ces acteurs de tout revoir,
07:21notamment la publicité,
07:23toutes les informations précontractuelles.
07:24Il va falloir revoir les contrats,
07:26renforcer les systèmes de vérification
07:29de la solvabilité puisqu'il y a une nouvelle obligation
07:31en la matière.
07:33Ça va surtout être très compliqué
07:34pour les nouveaux acteurs
07:35puisque ces nouveaux acteurs
07:37n'entraient pas dans le champ de la réglementation.
07:40La plupart du temps,
07:41je pense notamment au BNPL
07:43qui proposait les échelonnements,
07:45les paiements fractionnés,
07:47ces crédits n'étaient pas appréhendés
07:50par le droit de la consommation.
07:51Donc ils vont devoir mettre en place un process ?
07:53De création, tout simplement.
07:55Donc pour les établissements traditionnels,
07:57il va y avoir un travail de mise en conformité
07:59et pour les nouveaux acteurs,
08:00ce sera réellement un travail de création.
08:03Et ça va impacter leur modèle économique
08:06parce que ces acteurs-là,
08:08leur stratégie marketing
08:12reposait justement sur la facilité d'accès
08:14à ces microcrédits,
08:16sur le fait qu'ils n'étaient pas appréhendés
08:18par cette réglementation.
08:20Et aujourd'hui,
08:20ils vont être soumis aux mêmes exigences
08:22de responsabilité
08:23que les plus gros établissements
08:25et les établissements traditionnels
08:27et ça va être plus compliqué pour eux.
08:28Oui, parce que pour eux,
08:28c'est un changement de modèle.
08:29C'est un changement de modèle économique.
08:31Donc on va voir un peu
08:32comment tout ça va se mettre en place.
08:36Merci Sophia Schraiby.
08:38Je rappelle que vous êtes avocate
08:39au sein de 26 Bastilles Avocats.
08:41Merci beaucoup.
08:43Tout de suite, l'émission continue.
08:44On va parler pollution industrielle
08:47et justice environnementale.
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