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  • il y a 2 ans
Vous n'avez pas pu vous inscrire pour visiter l'Assemblée nationale lors des Journées européennes du Patrimoine ? Pas de panique, on a la solution

Comme chaque année, LCP vous ouvre les portes de l'Assemblée nationale pour une émission d'une heure, présentée par Clement Meric en direct du salon Delacroix, accompagné de Marion Becker et Marco Paumier.

Découvertes, histoire du Palais-Bourbon et anecdotes des débats parlementaires, Clément reçoit les historiens Garrigues Jean et Bruno Fuligni.

LCP mobilise son antenne à l'occasion des grands évènements. Journées parlementaires, grands débats, votes et explications de vote, auditions des commissions d'enquête, congrès, session extraordinaire, discours et grandes cérémonies...la vie politique avec l'analyse des meilleurs experts et politologues.

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Transcription
00:00:00Générique
00:00:02...
00:00:20Bonjour et bienvenue dans cette émission spéciale
00:00:23consacrée aux journées du patrimoine.
00:00:25L'Assemblée ouvre ses portes pendant 2 jours.
00:00:27Elle va accueillir quelques 10 000 visiteurs.
00:00:30L'événement affiche complet,
00:00:31mais pour ceux qui n'ont pas eu la chance d'obtenir une place,
00:00:34on vous offre une séance de rattrapage pendant 1h,
00:00:37en direct à l'Assemblée,
00:00:39pour vous faire découvrir toutes les richesses du Palais-Bourbon.
00:00:42Il y a l'hémicycle, évidemment, et bien d'autres salles,
00:00:45comme celle-ci, le Salon de la Croix,
00:00:47où nous nous trouvons pendant 1h.
00:00:49Nous aurons donc 2 guides,
00:00:51Marco Pommier et Marion Becker,
00:00:54qui arpenteront les allées et les salons de l'Assemblée.
00:00:58Et puis, à mes côtés, 2 invités,
00:01:00la présidente de l'Assemblée, Yael Braun-Pivet, bonjour.
00:01:03Bonjour.
00:01:05Et Bruno Fulini, bonjour,
00:01:06historien et haut fonctionnaire à l'Assemblée.
00:01:09On va commencer par vous, madame la présidente.
00:01:12C'est important pour vous d'ouvrir les portes de cette maison,
00:01:16l'Assemblée nationale, au public ?
00:01:18Pour moi, c'est plus qu'important, c'est fondamental.
00:01:21C'est vraiment un réel enjeu démocratique.
00:01:24Ce n'est pas simplement pour le public
00:01:26de pouvoir venir visiter un lieu historique.
00:01:29C'est vraiment pour le public de se réapproprier
00:01:32l'Assemblée nationale, le coeur de notre démocratie.
00:01:35Il faut que les citoyens se sentent chez eux, ici,
00:01:38parce que l'Assemblée nationale, c'est la maison du peuple.
00:01:41Cette maison du peuple ne peut pas être refermée sur elle-même.
00:01:45Elle doit être ouverte, ouverte au monde,
00:01:47ouverte sur la France, sur les Français.
00:01:49C'est une réelle conviction que j'ai depuis...
00:01:52Je suis présidente de l'Assemblée nationale depuis 2022.
00:01:55Comment faire en sorte que les Français aiment
00:01:58l'Assemblée nationale ?
00:01:59Cette politique d'ouverture, il y a les Journées du patrimoine,
00:02:03mais aussi tout au long de l'année.
00:02:05C'est toute l'année, la politique d'ouverture.
00:02:08Nous avons réussi à doubler le nombre de visiteurs
00:02:10qui viennent à l'Assemblée nationale.
00:02:13Nous sommes passés de 100 000 à 200 000 personnes.
00:02:16J'espère que nous pourrons aller encore plus loin.
00:02:19Nous avons créé une accessibilité de l'Assemblée nationale
00:02:24sur Internet, sur le site de l'Assemblée nationale.
00:02:28Aujourd'hui, vous pouvez réserver une visite.
00:02:31Vous n'êtes pas obligé de passer par votre député.
00:02:33Vous pouvez passer par votre député,
00:02:35mais vous pouvez aussi vous inscrire pour visiter en ligne
00:02:39le vendredi, le samedi, pendant les vacances,
00:02:42pendant la semaine, même...
00:02:44Nous avons créé des créneaux le soir.
00:02:47Nous avons aussi organisé des visites pour les enfants,
00:02:50parce que l'éducation à la citoyenneté,
00:02:52c'est quelque chose qu'il faut s'y prendre très jeune.
00:02:55Nous avons formé des guides pour faire des visites
00:02:58pour les 7-12 ans, vraiment médiatisés,
00:03:00dédiés à ce public jeune.
00:03:02Et puis, on a cette politique d'ouverture
00:03:05à travers un certain nombre d'expositions.
00:03:07C'est un point qui vous tient à coeur,
00:03:10faire rentrer l'art et les artistes dans l'Assemblée,
00:03:13avec, notamment, aujourd'hui, ce week-end,
00:03:15et pour quelques jours, quelque chose d'assez important.
00:03:18Exactement. Faire entrer les artistes
00:03:22d'aujourd'hui à l'Assemblée nationale.
00:03:24Parce que l'Assemblée nationale, nous avons,
00:03:27et vous en parlerez, des pièces inestimables,
00:03:30qui, avec les plafonds de Delacroix, par exemple.
00:03:33Mais l'Assemblée ne doit pas s'inscrire uniquement dans le passé.
00:03:37Elle doit s'inscrire résolument dans le présent et dans l'avenir.
00:03:40Il m'a semblé que donner des cartes blanches à des artistes,
00:03:44pour qu'ils puissent venir exposer leurs oeuvres...
00:03:47Mais il faut que ça se connecte avec l'Assemblée.
00:03:50Il faut que ça se connecte avec des débats qui ont lieu.
00:03:52J'ai eu le plaisir d'accueillir une exposition
00:03:56de Christian Guémis, C215,
00:03:58sur son travail en Ukraine,
00:04:00lorsque nous avons débattu dans l'hémicycle
00:04:02sur la situation là-bas.
00:04:05Et là, aujourd'hui, nous accueillons, vous en parlez,
00:04:07ces statues des dix femmes en or des Jeux olympiques
00:04:11que les Français ont pu découvrir,
00:04:13et qui représentent dix femmes exceptionnelles, dix pionnières,
00:04:16et qui nous inspirent tous aujourd'hui.
00:04:20On va aller voir ces dix femmes en or.
00:04:22Merci beaucoup, madame Brode-Pivet,
00:04:24d'être venue nous voir dans le cadre de ces journées du patrimoine.
00:04:27On va voir ces dix femmes en or avec vous, Marion Becker.
00:04:33Effectivement, Clément, cette année,
00:04:35ces journées sont marquées par cette exposition
00:04:38des dix statues réalisées
00:04:39pour la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques.
00:04:42Ces femmes en or sont issues du monde des arts,
00:04:45des lettres, du sport, de la politique.
00:04:47Pour en citer quelques-unes,
00:04:48vous voyez Simone Veil, derrière moi,
00:04:51à la tribune,
00:04:52ou encore Gisèle Halimi, en train de plaider.
00:04:55Elles sont sous bonne garde, sous la garde républicaine
00:04:58qui est présente avec nous aujourd'hui,
00:05:01qui est présente avec ce public à l'Assemblée nationale.
00:05:05Je vais retrouver Vincent. Bonjour, Vincent.
00:05:08Vous êtes venu visiter l'Assemblée nationale.
00:05:11Vous avez été surpris de découvrir ces dix statues
00:05:14des Jeux olympiques.
00:05:15J'en avais entendu parler, mais je les avais oubliées.
00:05:18Quand on rentre, ça fait un très bel effet.
00:05:20Elles sont impressionnantes, en or, dans cette cour,
00:05:24baignées de soleil.
00:05:25Est-ce que vous avez découvert des personnalités,
00:05:28à travers ces statues,
00:05:29des personnalités que vous ne connaissiez pas ?
00:05:32Oui, je ne connaissais pas Alice Mia, par exemple.
00:05:34Pas du tout.
00:05:36Celle-ci, j'ai oublié le nom,
00:05:37mais qui a fait le tour du monde pour une femme.
00:05:40Cette exploratrice.
00:05:41Est-ce qu'il y en a une qui retient votre attention,
00:05:44dont l'histoire vous marque particulièrement ?
00:05:47Il y en a deux.
00:05:48C'est Gisèle Halimi et Simone de Beauvoir,
00:05:50qui s'étaient unis dans le défense de Djamila Boupacha.
00:05:54Une très belle histoire racontée dans un livre
00:05:56qui m'avait marqué et que je retrouve aujourd'hui.
00:05:59Merci à vous, Vincent. On vous souhaite bonne visite.
00:06:02Clément, si ces statues sont exposées
00:06:04aujourd'hui à l'Assemblée nationale,
00:06:07c'est pour mettre à l'honneur, effectivement,
00:06:09la place des femmes dans la société.
00:06:11Car si certaines sont connues,
00:06:13comme Simone Veil, Gisèle Halimi, Olympe de Gouges,
00:06:16que nous avons citées,
00:06:17le parcours de certaines de ces femmes
00:06:20a été occulté, voire oublié,
00:06:22comme celui d'Alice Guy.
00:06:24Vous la voyez ici, derrière sa caméra.
00:06:26C'est la première femme réalisatrice de fiction
00:06:29pour le cinéma. Elle a réalisé plus de 300 films.
00:06:32Elle a même été la première directrice des studios Gaumont.
00:06:36Et pourtant, elle a largement été oubliée
00:06:39par notre histoire.
00:06:40Pour rester dans l'esprit des Jeux olympiques,
00:06:43je vous propose de traverser cette cour
00:06:45et de nous rendre vers Alice Mia,
00:06:47qu'a citée Vincent tout à l'heure.
00:06:49Elle était nageuse, hockeyeuse, rameuse.
00:06:52Elle s'est battue pour mettre en avant le sport féminin.
00:06:54Elle a fondé les premières fédérations sportives féminines.
00:06:58Et puis, face au refus du Comité international olympique
00:07:02d'intégrer les femmes aux Jeux olympiques,
00:07:04elle a créé les premiers Jeux olympiques féminins.
00:07:07C'était en 1922, à Paris.
00:07:09Merci à vous, Marion Becker,
00:07:11dans la cour d'honneur de l'Assemblée.
00:07:13Nous accueillons Jean Garrigue. Bonjour.
00:07:15Vous êtes historien, professeur des universités
00:07:18à l'Université d'Orléans, spécialiste d'histoire...
00:07:21Monsieur Emmerich, maintenant.
00:07:23Emmerich, spécialiste d'histoire politique.
00:07:26Un mot, peut-être, de ces dix femmes en or.
00:07:28On peut remarquer qu'il y en a deux
00:07:30qui ont déjà leur représentation au sein de l'Assemblée.
00:07:33Oui, c'est vrai.
00:07:34Olympe de Gouges et Simone Veil.
00:07:37Olympe de Gouges n'est pas allée à la tribune du Palais-Bourbon,
00:07:40ça n'existait pas encore à cette époque,
00:07:43mais elle a été une des grandes figures
00:07:45de la Révolution française,
00:07:47je dirais du préféminisme,
00:07:49parce que c'est elle qui a rédigé
00:07:52cette fameuse déclaration des droits de la femme
00:07:55et de la citoyenne en 1791,
00:07:57un peu pour réagir par rapport à l'oubli, justement,
00:08:00des femmes au moment de la première déclaration.
00:08:04Son buste est dans la salle des Quatre Colonnes.
00:08:07C'est une des grandes figures, véritablement,
00:08:09de notre histoire politique,
00:08:11et une figure qui avait été très longtemps oubliée
00:08:14et qui a été réhabilitée...
00:08:15Je crois que c'est en 2016 que son buste a été installé,
00:08:19il me semble, Bruno le sait mieux que moi.
00:08:21Mais voilà, on a une figure emblématique
00:08:25du combat des femmes.
00:08:27Et puis Simone Veil,
00:08:28que, aujourd'hui, la plupart des Français connaissent,
00:08:32il y a eu des films autour d'elle, des documentaires,
00:08:35et qui a été...
00:08:36Qu'on connaît grâce à cette loi
00:08:39sur l'interruption volontaire de grossesse
00:08:42qu'elle a défendue en tant que ministre de la Santé
00:08:45à la tribune du Palais Bourbon, pardon, en 1974.
00:08:49Bruno Fulini, on peut peut-être revenir sur la Cour d'honneur
00:08:52en expliquant qu'elle n'a pas toujours ressemblé à cela
00:08:55pendant l'histoire du Palais Bourbon.
00:08:57Oui, la Cour d'honneur a eu une heure de gloire.
00:08:59C'est à partir de 1848, donc, la République est proclamée,
00:09:04le suffrage universel, qui, à l'époque,
00:09:06est strictement masculin, mais on passe
00:09:08d'un suffrage censitaire extrêmement restreint
00:09:11au suffrage universel, et donc, on décide
00:09:13de donner à élire aux Français 900 représentants du peuple.
00:09:17Problème, ils ne tiennent pas dans l'hémicycle...
00:09:20Qui est juste derrière nous.
00:09:21...qui, lui, à l'origine, contenait environ 300 personnes.
00:09:24Donc, on bâtit, mais en toute hâte,
00:09:26la révolution en février, les élections en avril,
00:09:29on bâtit, en toute hâte, une grande salle en bois peint
00:09:32qui va rester dans l'histoire
00:09:33sous le nom peu glorieux de salle de carton.
00:09:36C'est amusant...
00:09:37Ca a été fait à la va-vite.
00:09:39Ca a été fait très vite. Il y a même eu une grève.
00:09:41Louis Blanc, élu socialiste, est allé voir les ouvriers
00:09:44en disant qu'on ne pouvait pas faire ça à la République.
00:09:47Les députés n'arrivent pas à Paris sans salle de séance.
00:09:50Cette salle a été faite à toute allure.
00:09:52Pour l'anecdote, Victor Hugo, élu député,
00:09:55sous la Deuxième République, n'a jamais parlé
00:09:57dans l'hémicycle du Palais-Bourbon tel que nous le connaissons.
00:10:00Il a parlé dans la cour d'honneur
00:10:02où était bâtie cette salle de carton,
00:10:04mais il est monté à la tribune
00:10:06parce que la tribune avait été démontée et installée là-bas.
00:10:09Très bien.
00:10:10On va évoquer peut-être à présent le Salon de la Croix
00:10:13où nous nous trouvons.
00:10:15La présidente Yael Brune-Pivet a évoqué
00:10:17le fait que de grands artistes ont signé des oeuvres
00:10:20au sein de l'Assemblée. C'est le cas, forcément, ici.
00:10:22Jean Garrigue, pouvez-vous nous décrire
00:10:25ce qu'a représenté Jean Delacroix
00:10:27dans ce salon, sur les plafonds et sur les murs ?
00:10:29Oui. Delacroix, c'est l'un des plus grands artistes
00:10:32de ce qu'on appelle, les historiens appellent,
00:10:35la monarchie de juillet, c'est-à-dire l'époque de Louis-Philippe.
00:10:39C'est un paradoxe de voir qu'une grande partie
00:10:42de l'aménagement de ce Palais-Bourbon,
00:10:45y compris le nouvel hémicycle, celui dans lequel siègent
00:10:48les députés, a été conçu à cette époque par Jules de Joly.
00:10:52Et c'est ce moment-là où Delacroix, justement,
00:10:55a orné toute une partie du Palais-Bourbon,
00:10:58de ses peintures.
00:11:00Je rappelle que Delacroix était ce peintre
00:11:03qui avait peint la liberté au barricade,
00:11:05un tableau très célèbre...
00:11:07-"La liberté guidant le peuple".
00:11:09-"Guidant le peuple au barricade",
00:11:11qui est l'icône de ce qu'a été la Révolution de 1830
00:11:14et de ce qu'est, au fond, la liberté
00:11:17dans l'histoire politique française.
00:11:19Delacroix est un peintre, j'allais dire, politique,
00:11:21même si lui ne revendiquait pas
00:11:24cette participation symbolique à la Révolution,
00:11:28mais c'est le peintre qui a beaucoup compté,
00:11:30on le voit ici dans toutes les peintures
00:11:33de cette salle, au plafond,
00:11:35c'est un peintre qui a beaucoup compté dans l'histoire,
00:11:38j'allais dire, esthétique du Palais-Bourbon.
00:11:41Jean Garrigue évoquait le fait que le parlementarisme
00:11:44est un peu bâti sous la monarchie,
00:11:46et il y a encore des indices de la monarchie
00:11:49dans ce Palais-Bourbon, notamment dans cette alcove.
00:11:52Il faut savoir que ce salon que nous appelons Delacroix,
00:11:55historiquement, ça s'appelait le salon du roi.
00:11:57C'est dans cette pièce que Louis-Philippe Ier,
00:12:00roi des Français et non roi de France,
00:12:02venait pour ouvrir les sessions parlementaires.
00:12:05Dans cette pièce magnifiquement décorée,
00:12:07il y a une niche qui est nue,
00:12:09parce qu'il s'y dressait le trône de Louis-Philippe.
00:12:12C'est Jean-Louis Debré qui a fait mettre une Marianne
00:12:14à la place du trône pour dire que c'est la République.
00:12:17Cette pièce symbolise la France.
00:12:19Sur les pilastres, on a la Méditerranée,
00:12:21l'océan Atlantique et tous les grands cours d'eau
00:12:24qui arrosent la France, le Rhin derrière moi.
00:12:27C'est une pièce en quelque sorte immersive.
00:12:29Symboliquement, c'est toute la France qui est représentée ici.
00:12:33Nous levons les yeux à toutes les activités
00:12:35de la France, du royaume de France.
00:12:37C'est la monarchie de juillet,
00:12:39une monarchie constitutionnelle avec une vie parlementaire.
00:12:42Le roi venait ici pour ouvrir les sessions parlementaires.
00:12:46Un mot aussi de ce qu'on appelle le périmètre sacré.
00:12:48On est ici dans ce qu'on appelle le périmètre sacré
00:12:51et les salons qui sont autour. Pourquoi ce nom ?
00:12:53Ca se relie à l'idée ancienne
00:12:56que le Palais-Bourbon est le temple des lois.
00:12:58Pensez à cette colonnade que tous les Français connaissent.
00:13:01C'est le temple des lois.
00:13:03Il y a une partie qui est tout à fait sacralisée.
00:13:05Quand il y a séance,
00:13:07pas aujourd'hui, mais quand il y a séance,
00:13:09l'hémicycle et tous les couloirs et salons attenants
00:13:13forment un ensemble où ne peuvent entrer que les députés,
00:13:15les membres du gouvernement, les fonctionnaires ou collaborateurs
00:13:19qui ont un rôle particulier dans la séance.
00:13:21La presse n'y a pas accès.
00:13:23La presse est salle des quatre colonnes.
00:13:25Elle attend les entrées et les sorties,
00:13:27mais on ne peut pas accéder dans le périmètre sacré.
00:13:31On va découvrir le reste de ce périmètre sacré
00:13:34avec Marco Pommier.
00:13:35Vous vous trouvez dans les salons attenants au Salon de la Croix.
00:13:39Oui, Clément, je suis dans le Salon Casimir-Perrier,
00:13:42juste à côté du Salon de la Croix où vous êtes.
00:13:45Alors lorsque les ministres arrivent à l'Assemblée nationale,
00:13:48ils rentrent par cette porte.
00:13:50Ils remontent ce Salon Casimir-Perrier
00:13:53qui rappelle un peu les grands édifices de la Grèce antique.
00:13:57Et sur leur passage, quand ils veulent rejoindre l'hémicycle,
00:13:59ils ne peuvent pas louper le bronze du sculpteur Aimé Jules Dalou,
00:14:04oeuvre monumentale qui passe quand même près de 4 tonnes
00:14:07installée en 1891
00:14:10pour célébrer le centenaire de la Révolution française.
00:14:14Un dernier salon bord de cet hémicycle,
00:14:17c'est le Salon Pujol.
00:14:18Venez, je vous y emmène.
00:14:19Il est juste ici, un salon réalisé par, comme son nom l'indique,
00:14:24Abel de Pujol en 1838, réalisé comme son nom l'indique,
00:14:28je vous le disais par Abel de Pujol,
00:14:30mais entièrement décoré en trompe-l'œil.
00:14:32Vous le voyez au plafond, des peintures réalisées en trompe-l'œil.
00:14:36Des peintures réalisées en grisaille.
00:14:38Il s'agit d'une technique pour imiter le marbre ou la pierre,
00:14:42un lieu qui rend hommage à l'histoire,
00:14:45à l'histoire juridique française.
00:14:47Et c'est dans ce salon que les députés de droite
00:14:49se réunissent par tradition.
00:14:50Les députés de gauche, eux, se réunissent dans le Salon de la Croix.
00:14:54On va vous montrer une dernière salle, maintenant.
00:14:57C'est la salle des conférences.
00:14:59On va passer par ce petit couloir des salles que l'on aime
00:15:02vous faire découvrir chaque année sur LCP.
00:15:05Et cette salle des conférences, elle se trouve juste ici.
00:15:08La voici.
00:15:09Alors, c'est une salle réservée aux députés.
00:15:13Les députés qui peuvent s'installer, vous le voyez, à ces tables
00:15:16pour rédiger leur courrier ou encore lire leur message.
00:15:21Des messages qu'ils reçoivent parfois.
00:15:23Venez, on va se frayer un chemin entre les différentes personnes
00:15:25qui font la queue pour rentrer dans l'hémicycle.
00:15:27Pardon, messieurs, dames.
00:15:29Voilà, ce meuble accasié, c'est ici que les députés
00:15:31reçoivent parfois quelques messages.
00:15:33Vous voyez peut-être les noms de certains élus.
00:15:36On l'appelle aussi le piano.
00:15:37Ce meuble accasié, un casier par député.
00:15:41Petite anecdote aussi dans cette salle.
00:15:42On va se refrayer un chemin.
00:15:44Pardonnez-moi.
00:15:45Vous voyez ces fauteuils très larges
00:15:46disposés de chaque côté de la pièce.
00:15:49Pourquoi ces fauteuils larges ?
00:15:50Eh bien, ça permet aux députés de s'asseoir,
00:15:53de lire leur journal sans empiéter sur l'espace vital du voisin.
00:15:57C'est pratique, ça a été pensé ainsi.
00:15:59Même si je vous l'accorde, aujourd'hui,
00:16:00les journaux sont beaucoup moins larges.
00:16:02Ça a l'air très confortable, là où vous vous êtes installés.
00:16:04Merci à vous, Marco Pommier.
00:16:05Bruno Fulini, dans cette salle des conférences,
00:16:07là encore, il y a des traces laissées par la monarchie.
00:16:11Oui, c'est un condensé d'Histoire de France.
00:16:13Il y a des grandes scènes,
00:16:14comme les bourgeois de Calais, des grandes scènes historiques.
00:16:16Et puis, si on regarde bien, vous avez pu voir une cheminée
00:16:18où se trouve une Marianne casquée,
00:16:20environnée par l'Histoire et la renommée.
00:16:22Et au-dessus de Marianne est restée une couronne.
00:16:25Donc voilà, on a une Marianne...
00:16:26La monarchie côtoie la République.
00:16:28Parce que nous sommes dans une maison qui a 300 ans d'âge
00:16:30et où se sont superposés les emblèmes de la monarchie,
00:16:34de l'Empire et de la République.
00:16:36Jean-Garic Gainemaud, peut-être, du bronze de Dalhou,
00:16:39qui représente quand même
00:16:41un événement très important de la Révolution.
00:16:43Qui nous renvoie à la fois à la Révolution française
00:16:46et à la Troisième République, qui en était l'héritière.
00:16:49Parce que Jules Dalhou est un des grands sculpteurs
00:16:51de la Troisième République,
00:16:53qui va d'ailleurs réaliser un triomphe de la République
00:16:56pour le centenaire de la Révolution française,
00:16:58qui va être installé place de la nation
00:17:00et qu'on peut toujours voir place de la nation.
00:17:02Il ne sera installé qu'en 1899.
00:17:05Alors ce bronze représente une des scènes emblématiques
00:17:08de la Révolution française,
00:17:10qui est celle où, un peu apocryphe,
00:17:13où Mirabeau, répondant au duc de Drobrezet
00:17:16qui venait, au nom du roi,
00:17:18demander aux députés de se séparer,
00:17:21de partir de la salle où ils s'étaient réunis,
00:17:24lui dit, nous sommes ici par la volonté du peuple,
00:17:28nous n'en sortirons que par la force des baïonnettes.
00:17:30Il ne l'a pas dit tout à fait comme ça,
00:17:32vraisemblablement, les témoignages...
00:17:34C'est resté dans l'histoire.
00:17:35C'est resté dans l'histoire comme une des scènes clés,
00:17:37véritablement, où, finalement,
00:17:39le contre-pouvoir parlementaire, la nation assemblée,
00:17:43s'érige, justement, face au roi qui était un monarque absolu.
00:17:48On va prendre la direction, à présent,
00:17:49de l'endroit que tous les visiteurs attendent ici,
00:17:52l'hémicycle qui accueille donc 577 députés,
00:17:56mais aussi Marion Becker.
00:17:58...
00:18:02Effectivement, Clément, je suis dans l'hémicycle.
00:18:04C'est véritablement le lieu le plus attendu de cette visite.
00:18:08Et regardez, les spectateurs, les visiteurs, ce matin,
00:18:12ont la chance de pouvoir visiter cet hémicycle
00:18:15en compagnie de Yael Braun-Pivet,
00:18:16qui leur explique le fonctionnement, ici,
00:18:19de l'Assemblée nationale,
00:18:21une visite privée particulière
00:18:23avec la présidente de l'Assemblée nationale.
00:18:27Alors, effectivement, cet hémicycle,
00:18:29c'est le coeur battant de l'Assemblée nationale.
00:18:31C'est là où sont votées solennellement les lois.
00:18:34Cet hémicycle a été aménagé par l'architecte Jules de Jolie
00:18:38entre 1828 et 1832.
00:18:41Les députés siègent, vous le voyez, sur ces bancs rouges,
00:18:44à côté de moi,
00:18:45sous ces immenses colonnades de marbre blanc,
00:18:49et puis sous cette immense verrière,
00:18:51qui se trouve à 19 mètres au-dessus de nos têtes.
00:18:55Au premier rang, ce sont les ministres qui siègent,
00:18:58et puis les parlementaires.
00:19:00Et les parlementaires, vous le voyez, je vais vous montrer.
00:19:02Donc, s'assoient ici, sur les bancs, ils ont chacun leur place.
00:19:05Et puis, il y a un petit boîtier.
00:19:07Ce petit boîtier, quand je l'ouvre, voilà,
00:19:09pour contre-abstention, c'est ici,
00:19:11c'est grâce à ce boîtier qu'ils peuvent voter les lois.
00:19:16En face d'eux, il y a, bien sûr, la tribune,
00:19:19juste au-dessus de Yael Bourron-Pivet, qui s'exprime.
00:19:22C'est ici que les différents orateurs s'expriment,
00:19:25prennent la parole.
00:19:27Et juste au-dessus, le perchoir, c'est là que la présidente
00:19:29de l'Assemblée nationale préside les séances.
00:19:33Et je vais terminer, Clément, vous racontant une petite anecdote
00:19:37sur cet hémicycle.
00:19:38Il est surélevé, ainsi que les salons à Tenant.
00:19:42C'est-à-dire qu'il est un peu plus haut
00:19:44que le reste de l'Assemblée nationale,
00:19:45et c'est ce qui a permis aux députés
00:19:48de continuer à siéger pendant la crue exceptionnelle de la Seine
00:19:51en 1910. C'était en janvier.
00:19:54Les députés ont continué à examiner le budget.
00:19:57Pourquoi ? Parce qu'ils ne voulaient pas affoler la population.
00:20:01Ce sont des petites barques, des petits canaux
00:20:03qui emmenaient les députés jusqu'ici, jusqu'à ces entrées.
00:20:07Vous pouvez le voir, d'ailleurs, sur des cartes postales de l'époque
00:20:10qui témoignent de cet épisode totalement inédit
00:20:14dans l'histoire de l'Assemblée.
00:20:16Merci à vous, Marion Becker.
00:20:17C'est étonnant ce que nous racontait Marion à l'instant
00:20:20sur ces crues exceptionnelles de 1910.
00:20:23Il y avait un vrai enjeu politique pour les députés
00:20:25à continuer de siéger malgré cette situation-là ?
00:20:27Oui, car il faut rappeler que sous la Troisième République,
00:20:30le centre de la vie politique n'est pas à l'Elysée.
00:20:33Le centre de la vie politique est au Palais Bourbon,
00:20:35à ce qu'on appelait à l'époque la Chambre des députés,
00:20:38devenue Assemblée nationale.
00:20:39Donc l'idée de continuer, malgré tout,
00:20:41malgré cette crue qui, j'allais dire, envahissait Paris,
00:20:45et de venir comme ça, en bateau, à l'Assemblée,
00:20:48et en surélevant l'hémicycle, était quelque chose d'essentiel.
00:20:52Comme, par exemple, quelques années auparavant, en 1893,
00:20:55quand un anarchiste lance une bombe à clous
00:20:58dans l'hémicycle de l'Assemblée, du Palais Bourbon,
00:21:02vous avez une suspension de séance,
00:21:04et très vite, on reprend les débats,
00:21:07parce que c'était l'essentiel de la vie publique
00:21:09qui se jouait ici,
00:21:12ce qu'on est un peu en train de retrouver aujourd'hui
00:21:14dans les circonstances que vous savez.
00:21:16Et je crois que pour les plus curieux,
00:21:17à l'extérieur de l'Assemblée, il y a encore une marque
00:21:19qui est à l'angle de la rue Aristide-Briand
00:21:21et de la rue de l'Université, qui marque la hauteur de la crue.
00:21:24La hauteur maximale de la crue, et on se rend compte
00:21:26qu'effectivement, on avait, sans ces petits bateaux
00:21:28qu'on avait surnommés les torpilleurs,
00:21:30parce qu'ils étaient manœuvrés par des marins,
00:21:31les députés auraient eu les pieds dans l'eau pour arriver.
00:21:34Ils ont eu du courage, parce qu'on était en février,
00:21:36il faisait très froid, il n'y avait plus de lumière,
00:21:38il n'y avait plus de chauffage,
00:21:39et donc ils ont siégé avec leur manteau.
00:21:40Mais Jean-Garrick l'a dit, il ne fallait surtout pas donner
00:21:43au pays ni un sentiment d'affolement,
00:21:45ni l'impression que la République tombait en délicatessence,
00:21:48donc ils ont tenu.
00:21:49Il y a beaucoup d'éléments remarquables
00:21:50dans cet hémicycle.
00:21:51En quelques mots, peut-être, on peut s'attarder
00:21:53sur le bas-relief de la tribune.
00:21:54Oui, parce que, ça a été dit, l'hémicycle que nous connaissons
00:21:58date de 1832, mais avant, il y avait l'hémicycle
00:22:01du Conseil des 500, puisque c'est depuis 1798
00:22:05que des députés siègent au palais Bourbon,
00:22:08et la partie centrale, le perchoir, siège de la présidente,
00:22:12et puis la tribune où s'expriment les orateurs,
00:22:14date des origines, date de 1798.
00:22:16C'est une œuvre compliquée, mais le bas-relief
00:22:20qui orne la tribune est l'œuvre d'un élève de David
00:22:23qui s'appelait Lemault.
00:22:24On y voit l'histoire et la renommée,
00:22:27l'histoire qui est inscrite sur ces tablettes,
00:22:29ce qui se passe dans l'hémicycle,
00:22:31la renommée avec sa trompette qui clame la gloire des orateurs.
00:22:34Puis si on regarde bien entre les deux,
00:22:36il y a un petit dieu Janus, vous savez,
00:22:37ce dieu romain à double visage
00:22:39qui contemple à la fois le passé et le futur.
00:22:42C'est le dieu préféré des historiens, je crois.
00:22:44Merci à vous, Bruno.
00:22:46On va se rendre à présent dans la salle
00:22:47qui est la plus connue, la plus fréquentée par les journalistes
00:22:50et aussi par certains députés.
00:22:52C'est là où vous vous trouvez, Marco Pommier.
00:22:56Oui, Clément, vous parliez tout à l'heure du Périmètre sacré.
00:22:58Eh bien, je suis en train d'en sortir
00:23:00pour rejoindre cette salle des quatre colonnes.
00:23:02Pourquoi ? Parce qu'il y en a deux de chaque côté de cette salle.
00:23:05Dans cette salle, il y a aussi deux monuments aux morts.
00:23:08Le premier est ici, des monuments aux morts
00:23:10qui rendent hommage aux deux guerres mondiales du XXe siècle.
00:23:14Le deuxième monument aux morts se trouve dans la niche d'en face
00:23:17avec cette statue en marbre représentant la République.
00:23:21Et vous pouvez peut-être le voir juste derrière, il y a des noms.
00:23:23Ce sont les noms des députés et des fonctionnaires
00:23:26morts pendant la Seconde Guerre mondiale.
00:23:28Alors, cette salle des quatre colonnes, vous le disiez,
00:23:30c'est sûrement l'un des lieux les plus connus du grand public,
00:23:33après l'hémicycle, bien sûr,
00:23:34car c'est ici que les journalistes interviewent les députés.
00:23:37Et nous, journalistes, on peut aussi interviewer les députés
00:23:40dans la salle des pas perdus.
00:23:42Elle est juste ici.
00:23:44Vous allez voir, c'est un lieu très solennel,
00:23:47une salle longue de 20 mètres,
00:23:49traversée par la présidente de l'Assemblée nationale
00:23:52et ses vice-présidents lorsqu'ils veulent rejoindre l'hémicycle,
00:23:55entourée généralement d'une double haie d'honneur
00:23:58de garde républicain,
00:24:00un cérémonial que vous connaissez bien si vous regardez LCP.
00:24:03LCP, par exemple, le mardi, pour les questions au gouvernement
00:24:06et au fait, pourquoi cette présence symbolique
00:24:08de la garde républicaine dans cette salle des pas perdus ?
00:24:11Tout simplement parce que l'armée doit protéger la République.
00:24:15Merci, Marco Pommier.
00:24:17Jean Garrigue, c'est effectivement une symbolique forte,
00:24:20cette haie d'honneur à chaque séance
00:24:22pour la présidente de l'Assemblée.
00:24:24Oui, tout à fait, qui marque la solennité de ce moment,
00:24:27la centralité du débat parlementaire
00:24:30dans nos institutions, car nous sommes, malgré tout,
00:24:32toujours dans un régime parlementaire.
00:24:34Et effectivement, la vocation des militaires
00:24:38à protéger ce lieu, on a parlé tout à l'heure
00:24:41d'un périmètre sacré, mais d'un endroit où, précisément,
00:24:44le débat, le consensus et le dissensus
00:24:47s'expriment en permanence et doivent être, je répète,
00:24:50protégés comme un trésor.
00:24:52Sauf que dans l'histoire, ça n'a pas toujours été le cas.
00:24:57Les militaires, notamment, au moment du coup d'Etat
00:25:01du 2 décembre 1851, de Louis-Napoléon Bonaparte,
00:25:04qui était président de la République,
00:25:06qui avait prêté serment de fidélité à la République,
00:25:09ça ne l'a pas empêché d'occuper, de faire occuper
00:25:12par une partie des militaires qui lui étaient fidèles
00:25:15les lieux stratégiques de la République,
00:25:19de ce qu'on appelait à l'époque la Seconde République,
00:25:21et là, effectivement, on peut dire que l'armée a un peu failli.
00:25:26Les députés se sont réfugiés dans d'autres endroits
00:25:29de la capitale, où ils ont été ensuite arrêtés.
00:25:31C'est toute une histoire, mais c'est vrai que...
00:25:34C'est passé en pleine nuit, ils sont rentrés
00:25:37dans le palais Bourbon, ils ont arrêté le caisse-terre.
00:25:40C'était vraiment un coup d'Etat.
00:25:41C'était un coup d'Etat, mais réalisé à minima,
00:25:44parce qu'il a suffi d'occuper des points stratégiques
00:25:47et notamment de neutraliser cette opposition parlementaire
00:25:51qui était quand même très virulente.
00:25:53Bruno Filippini, on va revenir sur l'appellation de Salles
00:25:56des Pas Perdus. Il y a une explication à cela.
00:25:58En effet, c'est la salle où, historiquement,
00:26:01les citoyens pouvaient entrer au palais Bourbon
00:26:03et demander à voir leur député.
00:26:05Ils n'entraient pas au Périmètre sacré,
00:26:07mais ils pouvaient aller jusque-là et faire passer un petit mot.
00:26:11Le député venait ou ne venait pas.
00:26:13Il y avait des dames en particulier qui cherchaient des veuves,
00:26:16qui cherchaient à obtenir une concession d'un bureau de tabac
00:26:19et qui pouvaient y passer la journée.
00:26:21Les gens venaient avec leurs provisions.
00:26:23On a des gravures où on voit des scènes de petits marchés.
00:26:26Tout ça a basculé en 1887,
00:26:30parce que parmi les visiteurs, il y a eu un certain Aubertin,
00:26:33un personnage un peu fantasque, un inventeur, un poète,
00:26:36qui a demandé à voir un député qui n'était pas n'importe qui,
00:26:39Jules Ferry, le père de l'école laïque.
00:26:42Et donc, Jules Ferry a visé qu'un électeur,
00:26:45qui plus est un Lorrain, cherche à le voir,
00:26:47eh bien, s'y rend, sauf qu'Aubertin,
00:26:49complètement égaré, c'était un dément,
00:26:52sort une arme et lui tire dessus.
00:26:54Et Ferry ne va pas être tué, mais il va être blessé.
00:26:57Et deux blessures qui vont écourter sa vie,
00:27:00parce qu'elles n'ont pas l'air graves,
00:27:02mais elles vont avoir des incidences cardiaques
00:27:04telles que, moins de 6 ans plus tard, il s'éteint
00:27:07alors qu'il vient d'être élu président du Sénat.
00:27:09C'est un des premiers attentats de l'histoire de France ?
00:27:12Il y en a eu beaucoup d'autres,
00:27:14mais dans l'enceinte du Palais Bourbon,
00:27:16c'était évidemment exceptionnel,
00:27:18et surtout sur une personnalité aussi importante,
00:27:21ancien président du Conseil.
00:27:22Ca a amené, pour la première fois,
00:27:25une restriction importante de l'accès
00:27:28à cette salle des pas perdus,
00:27:31qui est devenue une salle plus solennelle,
00:27:33qui a perdu ce petit côté de marché aux ambitions
00:27:36et de point de rencontre entre électeurs et élus.
00:27:39On va s'arrêter, à présent,
00:27:41sur une des plus belles salles du Palais Bourbon,
00:27:44mais que le public ne peut pas voir cette année,
00:27:47elle est en pleine restauration.
00:27:49Il s'agit de la bibliothèque de l'Assemblée.
00:27:51Marco Pommier et André Laffont nous font découvrir ce très beau chantier.
00:27:58Marie-Danielle Pessard, il y a un an,
00:28:00nous étions avec vous dans cette bibliothèque.
00:28:02Le chantier de restauration n'avait pas encore débuté.
00:28:05Aujourd'hui, le temple du savoir de l'Assemblée
00:28:08est méconnaissable.
00:28:09Il s'est passé beaucoup de choses depuis un an.
00:28:12On a commencé par la dépose de l'ensemble
00:28:15des 54 000 ouvrages
00:28:17qui étaient situés dans toutes les bibliothèques
00:28:20de cette bibliothèque.
00:28:21Vous avez retiré 54 000 livres ?
00:28:24On a retiré les 54 000 ouvrages, on les a dépoussiérés,
00:28:27et on est allés les stocker au sud de Paris.
00:28:30Pourquoi ce chantier titanesque ?
00:28:32L'air était beaucoup trop sec.
00:28:34Et donc, les ouvrages, les 54 000 ouvrages,
00:28:37le cuir, le papier,
00:28:39étaient en train de s'abimer de manière assez conséquente.
00:28:42On va prendre un peu de hauteur pour aller voir de plus près.
00:28:46Les travaux ont bien avancé.
00:28:48On va monter juste au-dessus de cet échafaudage.
00:28:50C'est parti, je vous souhaite bien.
00:28:54On va par là.
00:28:58C'est la trappe secrète.
00:28:59Oui, c'est ça.
00:29:01On y va.
00:29:18Bonjour, Aïna Moiselli-Dedal.
00:29:20C'est vous qui dirigez le chantier de restauration
00:29:23des peintures de Gênes-de-la-Croix.
00:29:24C'est une sacrée responsabilité. Ca date du XIXe siècle, tout ça.
00:29:28Oui, ça date de 1847.
00:29:31C'est un chantier assez énorme, 650 mètres carrés.
00:29:36Nous sommes une très grande équipe,
00:29:3825 conservateurs-restaurateurs,
00:29:41associés à une équipe de doreurs.
00:29:44Là, nous sommes au niveau de la coupole de la science.
00:29:47L'année dernière, on avait pu observer des chantiétesses,
00:29:50notamment au niveau d'Hippocrate.
00:29:52Là, franchement, cette coupole est métamorphosée.
00:29:55Comment vous en êtes arrivés à ce résultat ?
00:29:57On travaille toujours couche par couche.
00:29:59Donc on a d'abord enlevé la dernière strate,
00:30:02c'était la poussière et la crasse.
00:30:03Mais cette couleur n'était pas encore la vraie
00:30:06parce qu'elle était encore jaunie, verdie.
00:30:09Donc après avoir ôté progressivement les couches de vernis,
00:30:13nous avons découvert ce bleu magnifique, lumineux.
00:30:18Est-ce que vous avez fait des découvertes
00:30:20au cours de cette restauration ?
00:30:21Oui, pas mal.
00:30:23On voit Pline l'Ancien.
00:30:25Oui, qui était en Sevelie
00:30:29lors de l'éruption du Vesuve.
00:30:32Et lui, il est effrayé parce qu'il voit la lave qui arrive.
00:30:35Et ici, on voit un paysage
00:30:38et les petits personnages qui fuient.
00:30:40C'est ça qui est charmant.
00:30:42Vous voyez ces personnages qui jouent un rôle.
00:30:45Vous voyez ces personnages qui mesurent un centimètre, ici.
00:30:50Est-ce que ça sera visible d'en bas ?
00:30:52Je pense qu'on va les voir.
00:30:54On reviendra pour l'inauguration, c'est promis.
00:30:56Merci infiniment, Alina Mosquelit-Dotal.
00:30:58Merci à vous, Marie-Daniel Pessah.
00:31:00Merci.
00:31:06C'est magnifique.
00:31:07Rendez-vous normalement au printemps prochain
00:31:09pour la réouverture de cette bibliothèque de l'Assemblée.
00:31:12Pendant ce reportage, Bruno Fulini,
00:31:14vous évoquiez une anecdote sur le fait
00:31:17qu'en 1870, il a fallu restaurer cette bibliothèque.
00:31:21Oui, parce que pendant le siège de Paris, en 1971,
00:31:24malheureusement, un obus prussien a traversé la toiture
00:31:28et les peintures de Delacroix.
00:31:30Il a fallu en refaire une partie.
00:31:31Il y a eu une autre campagne de restauration
00:31:33au début des années 30.
00:31:35Mais là, cette campagne-là, elle est particulièrement importante.
00:31:38Si vous voulez, quand on va rouvrir cette bibliothèque,
00:31:41ça va donner quelque chose de véritablement sublime.
00:31:44Il faut s'imaginer cette grande nef
00:31:46avec, d'un côté, Orphée enseignant la poésie au grec,
00:31:49de l'autre, Attila, suivi de ses hordes barbares,
00:31:52détruisant l'Italie et les arts,
00:31:53et au milieu, une demi-douzaine de coupoles
00:31:56dans lesquelles on a toutes les disciplines de l'esprit humain.
00:31:59C'est une oeuvre, en fait, cette bibliothèque.
00:32:01C'est peut-être l'oeuvre majeure de Delacroix,
00:32:03et on va la redécouvrir dans quelques mois.
00:32:06Je pense que tous les amoureux du Palais Bourbon
00:32:08sont très impatients de ce moment.
00:32:10Je crois qu'il lui a fallu neuf ans pour réaliser toutes ces peintures.
00:32:14Oui, parce que le pauvre, à chaque session parlementaire,
00:32:16les députés avaient besoin de la bibliothèque pour travailler,
00:32:19donc il devait démonter ses échafaudages
00:32:21et revenir après la session pour les remonter
00:32:24et reprendre le travail.
00:32:25Donc ça s'est écoulé, effectivement, sur neuf années.
00:32:28Jean Garrigue, cette bibliothèque,
00:32:31elle a beaucoup de trésors, d'oeuvres remarquables.
00:32:34Quels sont les principales, à vos yeux ?
00:32:37C'est un trésor artistique,
00:32:39c'est un trésor littéraire,
00:32:42un trésor historique, j'allais dire archéologique.
00:32:45Vous avez toute une série de documents
00:32:47qui n'ont pas de prix,
00:32:49comme par exemple les minutes du procès de Jeanne d'Arc.
00:32:52C'est quelque chose...
00:32:54Un manuscrit du roman de La Rose, par exemple,
00:32:56des choses qui remontent à l'histoire médiévale.
00:32:59Et puis, pour l'histoire plus récente,
00:33:02on pourrait parler du masque mortuaire de Mirabeau,
00:33:05on pourrait parler de l'épée,
00:33:09de Floquet, lorsqu'il se bat en duel,
00:33:12Charles Floquet, contre le général Boulanger,
00:33:15qui avait attaqué le monde parlementaire
00:33:17en 1888-1889.
00:33:21Il y a La Nouvelle Héloïse,
00:33:24le manuscrit de Jean-Jacques Rousseau.
00:33:27J'en oublie.
00:33:28Il y a même une version de La Marseillaise
00:33:31signée de Roger Delisle.
00:33:32Vous avez aussi, je crois,
00:33:34la première version de la Constitution de l'an I, 1793.
00:33:38Vous avez une série de trésors qui sont incomparables.
00:33:42Et c'est très important parce qu'on est dans un lieu
00:33:46qui est le conservatoire aussi de toute notre histoire,
00:33:49au-delà même de notre histoire républicaine,
00:33:51de toute notre histoire politique et autre.
00:33:54Bruno Fellini, il y a en tout 600 000 ouvrages,
00:33:57pas que dans la bibliothèque, dans les sous-sols de l'Assemblée.
00:34:00Et puis, il y a aussi une mystérieuse salle des coffres.
00:34:03Une pièce forte qui, il faut s'imaginer,
00:34:05un coffre-forme à la dimension d'un petit appartement
00:34:08où sont concentrés un millier de pièces exceptionnelles,
00:34:11celles que vient d'évoquer Jean Garrigue.
00:34:13J'évoquerai aussi, commençons par le commencement,
00:34:15le serment du jeu de paume, le fameux serment du jeu de paume.
00:34:18Le manuscrit original est là, avec toutes les signatures.
00:34:22Et vous pouvez déchiffrer Mirabeau, Robespierre, Guillotin.
00:34:24Ils sont tous là. Ça, c'est un document sublime.
00:34:27Il y a également le grand discours de Victor Hugo, de 1850,
00:34:31sur la laïcité de l'enseignement.
00:34:33Un discours très important dans la vie politique de Hugo
00:34:36et dans l'histoire républicaine,
00:34:37parce qu'il devient le chef de file de la gauche.
00:34:40Le brouillon du discours est conservé
00:34:43dans la pièce forte de la bibliothèque du Palais-Bourbon.
00:34:46Jean Garrigue évoquait l'attentat d'Auguste Vaillant dans l'hémicycle.
00:34:50Les fameux clous qui se sont répandus dans l'hémicycle
00:34:54ont été enlevés des bancs, désincrustés,
00:34:57et sont dans une petite enveloppe conservée à la bibliothèque.
00:35:00On conserve absolument tout, même les débris d'une bombe.
00:35:04On va se rendre à présent dans cet hôtel
00:35:07qui est accolé au Palais-Bourbon,
00:35:09l'hôtel de la C, qui sert à la fois de résidence et de bureau
00:35:12au président de l'Assemblée, Marion Becker.
00:35:14Et sur place, Marion, je crois que vous allez nous faire découvrir
00:35:17le rez-de-chaussée de ce bâtiment.
00:35:22Exactement, Clément.
00:35:23Nous sommes tout d'abord au cabinet du départ.
00:35:25Vous me direz pourquoi ce nom ?
00:35:27Eh bien, parce que tout simplement, c'est d'ici
00:35:29que la présidente de l'Assemblée nationale part,
00:35:32se dirige vers la séance qu'elle préside.
00:35:36Alors, seules sept députés sont habilités à présider la séance,
00:35:39bien sûr la présidente, et puis les six vice-présidents.
00:35:42Et dans ce cabinet du départ,
00:35:44je voudrais vous raconter une anecdote
00:35:46sur ce bureau, ce bureau noir que vous voyez derrière moi.
00:35:51C'est une légende, un bureau maudit,
00:35:53depuis que Napoléon Ier y a signé son décret d'abdication.
00:35:57C'était en 1814.
00:35:59Le bureau se trouvait alors à Fontainebleau.
00:36:01Mais depuis, on dit qu'y signer un document porterait malheur.
00:36:06Et pourtant, Philippe Seguin,
00:36:08alors président de l'Assemblée nationale,
00:36:10un jour devait se presser et a signé un document sur le bord.
00:36:14Et derrière, se seraient pris les pieds dans un tapis,
00:36:17ce qui fait dire aux superstitieux
00:36:19que cette superstition est bien réelle.
00:36:22Alors, je vous propose maintenant de continuer la visite
00:36:26de cet hôtel de la Cesse.
00:36:28C'est un hôtel aussi de réception.
00:36:31Il fait partie, dit-on, des plus beaux hôtels de la République,
00:36:35des plus beaux salons de la République.
00:36:37Nous traversons des salons d'apparat,
00:36:39mais aussi de réception.
00:36:41Ici, vous le voyez, c'est le salon des éléments,
00:36:44avec effectivement l'eau, la terre et puis tous les autres éléments.
00:36:48Vient ensuite le salon de musique.
00:36:52Tous ces salons ont été restaurés il y a deux ans.
00:36:54C'est pour cela qu'ils sont si magnifiques,
00:36:56que vous voyez ces dorures si éclatantes,
00:36:59ces lustres, ces horloges.
00:37:01Toutes ont été restaurées.
00:37:03Ce sont des lieux dignes d'un musée.
00:37:06Ce dernier salon, c'est celui des saisons,
00:37:10avec ses allégories, vous le voyez au plafond,
00:37:12qui ont été peintes par François-Joseph.
00:37:15C'est ici que la présidente de l'Assemblée nationale
00:37:17reçoit les dignitaires étrangers,
00:37:19les représentants des parlements étrangers.
00:37:22Juste au bout se trouve le salon des Jeux.
00:37:24C'est un salon qui a une importance particulière.
00:37:27Je me faufile auprès des visiteurs.
00:37:31Voilà, vous le voyez, ce salon des Jeux.
00:37:34C'est ici que se tient la conférence des présidents
00:37:37chaque semaine.
00:37:39Ici se réunissent la présidente de l'Assemblée nationale,
00:37:41ses six vice-présidents,
00:37:43les vice-présidents des commissions permanentes,
00:37:46les présidents également des groupes politiques
00:37:49de l'Assemblée nationale
00:37:50et le ministre des Relations avec le Parlement.
00:37:53Et autour de ces tables,
00:37:55il dresse l'agenda, l'ordre du jour
00:37:58de l'Assemblée nationale.
00:38:01Merci beaucoup, Marion Becker.
00:38:04Jean-Garrick, on peut peut-être expliquer au public
00:38:07c'est quoi cette conférence des présidents ?
00:38:10Qu'est-ce qui s'y dit ? Qu'est-ce qui s'y décide ?
00:38:12Rôle très important.
00:38:13Si on peut considérer que la présidente de l'Assemblée
00:38:16est une sorte de général de l'Assemblée,
00:38:20ce serait son état-major,
00:38:22plus encore que le cabinet de la présidente.
00:38:26Là, vous avez les présidents de commissions,
00:38:28les présidents de groupes, les vice-présidents.
00:38:30C'est là que se décide l'agenda de l'Assemblée nationale,
00:38:34l'ordre du jour, les sessions, les niches parlementaires.
00:38:38C'est là que tout se décide,
00:38:40y compris l'ordre d'intervention.
00:38:43C'est un moment indispensable de la vie parlementaire.
00:38:47C'est un moment démocratique aussi.
00:38:49Chacun peut intervenir,
00:38:51les représentants des différentes couleurs
00:38:53de l'Assemblée nationale.
00:38:55Quelquefois, ça peut être un tout petit peu explosif,
00:38:58mais généralement, ça se passe quand même
00:39:01de manière très positive.
00:39:02C'est ça qui est intéressant aussi,
00:39:04c'est qu'on a l'exemple, là, d'une coopération
00:39:07de toutes les familles politiques
00:39:09derrière la figure de la présidente.
00:39:12En ce qui concerne le nom de cet hôtel,
00:39:14Hôtel de Lassay, il y a eu une petite histoire dans la grande.
00:39:18Il y a eu une histoire d'amour.
00:39:19Il y a eu une histoire d'amour entre la duchesse de Bourbon,
00:39:23qui s'était fait construire ce palais,
00:39:25et son amant, le marquis de Lassay.
00:39:27Et pour se rencontrer...
00:39:31Pour avoir son amant à proximité.
00:39:33Il y avait une galerie de bois
00:39:35qui a ensuite été transformée
00:39:38au moment de la monarchie de juillet, justement,
00:39:42pour devenir un lieu de passage officiel,
00:39:46alors que c'était auparavant un lieu de passage,
00:39:49j'allais dire, intime.
00:39:50Bruno Fichelini, c'est aussi un bâtiment
00:39:53qui a une fonction importante
00:39:55pour les présidents d'Assemblée qui se succèdent,
00:39:58parce qu'ils ont une fonction de représentation,
00:40:00les présidents de l'Assemblée nationale.
00:40:02Oui, l'Hôtel de Lassay est la présidence de l'Assemblée nationale,
00:40:04et les très beaux salons que nous avons vus, j'insiste,
00:40:07ne sont pas des pièces d'habitation,
00:40:08ce sont des pièces de réception
00:40:10pour des remises de décorations,
00:40:12pour des colloques, pour toutes sortes de cérémonies,
00:40:15et aussi, bien sûr, pour l'accueil des chefs d'Etat,
00:40:18des chefs de gouvernement ou présidents d'Assemblée
00:40:20des grands pays étrangers.
00:40:22Par exemple, au printemps dernier,
00:40:24il y avait un anniversaire en France
00:40:27qui était les 80 ans,
00:40:30comment dirais-je, de l'ordonnance
00:40:32qui avait reconnu le droit de vote aux Françaises,
00:40:35et du coup, Yael Brune-Pivet a reçu toutes ces homologues femmes
00:40:38présidentes d'Assemblée du monde entier.
00:40:40Donc il y a comme cela des rendez-vous
00:40:42qui relèvent de ce qu'on appelle maintenant
00:40:43la diplomatie parlementaire.
00:40:44Le terme, à l'origine, était considéré
00:40:47comme un petit peu polémique ou contradictoire.
00:40:50Aujourd'hui, vous avez des colloques
00:40:51sur la diplomatie parlementaire,
00:40:53parce que les parlements échangent entre eux,
00:40:55se reçoivent, échangent aussi
00:40:58sur un certain nombre de pratiques,
00:41:00coopèrent parfois, et donc l'Hôtel de la Ceye
00:41:03est vraiment l'un des instruments
00:41:05de cette diplomatie parlementaire.
00:41:07On a évoqué avec Marion
00:41:08quelques éléments remarquables de cet Hôtel de la Ceye.
00:41:10Vous le connaissez bien. Est-ce qu'il y a d'autres choses
00:41:13intéressantes à découvrir ?
00:41:15Il y a autant héroïque
00:41:17que la bûchesse de Bourbon et du marquis de la Ceye.
00:41:19Il y avait même un souterrain
00:41:21qui permettait d'aller très discrètement
00:41:22d'un palais à l'autre.
00:41:24Alors évidemment, maintenant, c'est beaucoup plus pratique
00:41:25avec la galerie des fêtes qui les réunit.
00:41:28Le souterrain n'existe plus ?
00:41:30Le souterrain est devenu une gaine technique.
00:41:31Donc voilà, on ne l'emprunte plus au quotidien.
00:41:35Et puis, comment dirais-je,
00:41:37c'est devenu un lieu de travail aussi,
00:41:40c'est-à-dire qu'au-delà des salons,
00:41:42en 1848, l'Hôtel de la Ceye a été surélevé d'un étage.
00:41:46C'est là que se trouve le vrai bureau de la présidente,
00:41:49le bureau du départ étant un bureau d'apparat.
00:41:51Et puis, beaucoup plus tard, dans les années 90,
00:41:53les combles ont été transformés en bureaux et salles de réunion
00:41:57pour permettre à la présidence d'avoir un cabinet
00:41:59avec des collaborateurs, un secrétariat,
00:42:03des salles de réunion et de pouvoir fonctionner.
00:42:06Donc on a en fait, ce qui était au départ
00:42:09une demeure aristocratique d'un seul niveau, trois niveaux.
00:42:11Et puis, historiquement, au moment de la Révolution,
00:42:14quand l'Hôtel de la Ceye cesse d'être l'Hôtel de la Ceye,
00:42:17il est d'abord une école.
00:42:18Et en fait, ça a été l'embryon de l'école polytechnique,
00:42:22qui a tenu ses premiers cours à la Ceye
00:42:25avant que l'hôtel connaisse ce destin.
00:42:27On évoquait la fonction de représentation
00:42:30de la présidente de l'Assemblée.
00:42:31Marion Becker, vous êtes justement dans une salle d'apparat
00:42:34qui sert notamment à recevoir les invités de la présidente.
00:42:39Oui, Clément, nous sommes dans la Galerie des Fêtes,
00:42:42ici de l'Hôtel de la Ceye.
00:42:44Elle n'est pas sans rappeler la Galerie des Glaces
00:42:46du Palais de Versailles.
00:42:48Il faut savoir qu'elle n'a pas toujours existé.
00:42:51Ce n'est qu'en 1809 qu'un passage, alors boisé,
00:42:55reliait l'Hôtel de la Ceye au Palais Bourbon,
00:42:58qui se trouve de l'autre côté. C'était une galerie en bois.
00:43:01Elle a été transformée en Galerie des Fêtes en 1848
00:43:04par l'architecte Alain Bézard.
00:43:07C'est la Galerie des Fêtes, à Jules de Jolies.
00:43:10Vous pouviez y admirer les lustres monumentaux.
00:43:14Et puis cette table du banquet,
00:43:17elle a été dressée exceptionnellement
00:43:19pour les Journées du Patrimoine.
00:43:21C'est avec ce type de table
00:43:23que les réceptions officielles sont organisées.
00:43:27Cette salle sert également à recevoir
00:43:30notamment des colloques, des expositions.
00:43:33C'est une salle, vous le voyez, magnifique,
00:43:37derrière, également, la Galerie des Tableaux.
00:43:39Et moi, je vous propose d'aller tout au départ de cette salle.
00:43:43Vous entendez derrière moi la garde républicaine.
00:43:47Nous allons aller à l'entrée de cette salle,
00:43:49car elle relie le Palais Bourbon, et cela a un sens.
00:43:52Nous sommes ici, donc, à l'entrée.
00:43:54Le président de la République a le droit d'être reçu
00:43:58ici, à l'Hôtel de la Ceye,
00:43:59mais il n'a pas le droit de franchir ce seuil,
00:44:02celui qui mène au Palais Bourbon.
00:44:04Car, en raison de la séparation des pouvoirs,
00:44:09le pouvoir exécutif n'a pas le droit d'entrer
00:44:13dans le lieu du pouvoir législatif.
00:44:16Voilà pour cette petite explication
00:44:21politico-historique et cette séparation des pouvoirs
00:44:26entre l'Hôtel de la Ceye et le Palais Bourbon.
00:44:30Merci à vous, Marion Becker.
00:44:32Bruno Fulini, c'est une symbolique forte,
00:44:35mais ça ne vaut pas tout le temps,
00:44:37cette règle qu'évoquait Marion ?
00:44:39Ca vaut quand il y a séance,
00:44:41mais on pourrait trouver des exceptions.
00:44:43Sous la Vème République, le général de Gaulle
00:44:46est venu au Palais Bourbon.
00:44:47François Mitterrand est venu dans la cour d'honneur
00:44:50pour une grande cérémonie après la mort de Pierre Mendes France,
00:44:53mais il n'y avait pas séance.
00:44:55On ne veut pas que le président de la République
00:44:58puisse peser et influer sur les débats.
00:45:00Ce qui ne s'est jamais produit,
00:45:02c'est que le président rentre dans l'hémicycle
00:45:04et prenne la parole devant les députés.
00:45:06Non, il a le droit de le faire par un message
00:45:09qu'il fait lire par les présidents de l'Assemblée
00:45:11ou à Versailles.
00:45:12A Versailles, on fait venir en congrès
00:45:15les députés et les sénateurs.
00:45:16Il est arrivé que des présidents de la République
00:45:19soient dans l'hémicycle, mais ce n'était pas des séances.
00:45:22En 1919, quand le président américain Wilson
00:45:25vient en Europe, c'est la 1re fois
00:45:27qu'un président des Etats-Unis vient en voyage officiel
00:45:30en France. C'est un événement extraordinaire.
00:45:32Le président Wilson prend la parole.
00:45:34C'est le 1er chef d'Etat étranger à prendre la parole
00:45:37et le président français est assis dans l'hémicycle.
00:45:40Mais ce n'est pas une séance parlementaire,
00:45:43c'est une réception.
00:45:44Vous vouliez rebondir aussi sur la fonction de diplomatie
00:45:47parlementaire qui incombe à la présidente de l'Assemblée.
00:45:50On y était presque, d'ailleurs, avec cet exemple.
00:45:53Raymond Poincaré et Georges Clemenceau,
00:45:55qui était le président du Conseil de l'époque,
00:45:58étaient très jaloux de la notoriété du président américain
00:46:01qui est resté plusieurs mois en France
00:46:03pour négocier le traité de Versailles.
00:46:05Pour revenir à la diplomatie parlementaire,
00:46:08elle peut prendre plusieurs aspects.
00:46:10Jacques Chaban-Delmas, qui a été le 1er président
00:46:13de l'Assemblée nationale sous la Vème République,
00:46:16qui avait forcé le passage parce que le général de Gaulle
00:46:19ne voulait quelqu'un d'autre à la tête de l'Assemblée,
00:46:22bref, Jacques Chaban-Delmas avait été missionné
00:46:25en quelque sorte par le général de Gaulle
00:46:27pour s'entretenir avec John Fitzgerald Kennedy,
00:46:30le président des Etats-Unis.
00:46:32Ca a beaucoup marqué Jacques Chaban-Delmas,
00:46:34qui se voyait ensuite comme un Kennedy français.
00:46:37Ca n'a pas réussi jusqu'au-delà de ses expériences.
00:46:40Il a été Premier ministre, mais n'a pas réussi
00:46:43à devenir président de la République.
00:46:45On a un exemple là où le président de l'Assemblée nationale
00:46:48peut jouer un rôle important avec un des plus grands de ce monde,
00:46:52le président américain.
00:46:53Bruno Fulini, il y a une nouveauté cette année
00:46:56dans le cadre de ces Journées du patrimoine.
00:46:58Vous y êtes pour quelque chose, en partie.
00:47:00C'est juste à côté de cette Galerie des Fêtes,
00:47:03la Rotonde. Expliquez-nous.
00:47:05Il y a une grande Rotonde,
00:47:07qui est le lieu où s'articulent, en quelque sorte,
00:47:09le Palais Bourbon historique et la Galerie des Fêtes,
00:47:12qui va vers l'Hôtel de la Saie.
00:47:14Après la disparition d'un bureau de tabac très ancien
00:47:18qui s'y tenait,
00:47:19c'était devenu une pièce un peu triste, un peu morne.
00:47:22Et donc, Yael Brune-Pivet a accepté
00:47:24de transformer cette pièce pour en faire une salle des bustes.
00:47:27Il y avait des bustes de grands orateurs
00:47:30et des bustes de Mariannes dispersées au Palais Bourbon,
00:47:33pas toujours dans des lieux valorisés.
00:47:35Et donc, six bustes ont été installées là.
00:47:37Et ça fait un ensemble assez extraordinaire.
00:47:40Lorsque Yael Brune-Pivet va présider la séance,
00:47:42ou un vice-président ou une vice-présidente,
00:47:45il passe entre Lamartine et Victor Hugo, par exemple.
00:47:48Ce qui ravive des souvenirs démocratiques intéressants.
00:47:50Ces bustes ont été choisis sur quels critères ?
00:47:53D'abord, c'est des bustes existants,
00:47:55qui étaient déjà dans les collections du Palais Bourbon.
00:47:58Certains étaient dans des recoins, dans des couloirs.
00:48:01Le pauvre Dupond-Lheur était derrière un porte-manteau
00:48:03à l'entrée de la buvette.
00:48:05C'était pas juste pour un grand républicain.
00:48:07Contez-nous son histoire.
00:48:08Il a été député de la Révolution jusqu'en 1848.
00:48:13A la fin de sa carrière, c'est lui qui est dans l'hémicycle
00:48:16au moment où on proclame la République.
00:48:18Il a été le premier, non pas président de la République,
00:48:21mais président du Conseil des ministres de la République.
00:48:23Il est l'ancêtre de tous nos présidents de la République.
00:48:26On ne pouvait pas le laisser derrière un porte-manteau.
00:48:29Il y avait un autre personnage, Armand Falière,
00:48:32dont le buste se trouvait dans les réserves,
00:48:35dans les sous-sols.
00:48:36Il était même assez poussiéreux.
00:48:38Le buste a été restauré.
00:48:39Il faut savoir qu'Armand Falière,
00:48:41avant de devenir président de la République en 1906,
00:48:44a été un parlementaire important, président de la Chambre,
00:48:47président du Sénat, ministre.
00:48:49Et puis, surtout, c'est un homme qui a tenté
00:48:51et qui a presque réussi à abolir la peine de mort
00:48:55sous la Troisième République.
00:48:56En tant que président de la République,
00:48:58il graciait systématiquement ce qui a mis le bourreau au chômage
00:49:02et qui a obligé le Parlement à engager un débat.
00:49:04Et dans un premier temps,
00:49:06l'abolition semblait proche d'être votée.
00:49:10Et puis, il y a eu un fait divers abominable
00:49:12exploité par la grande presse,
00:49:13qui a retourné l'opinion, qui a fait glisser les indécis.
00:49:16Donc, il faudra attendre 1981.
00:49:18Mais c'était un abolitionniste convaincu,
00:49:20ce qui ne l'a pas empêché d'être un président extrêmement populaire.
00:49:24Lorsqu'il était à l'Elysée,
00:49:26chaque jour, il allait faire sa petite promenade
00:49:27aux Champs-Elysées, dans le quartier,
00:49:29comme ça, sans escorte, sans protection.
00:49:31Un jour même, un garçon de café lui a tiré la barbiche.
00:49:34Bon, voilà.
00:49:35C'est un président bonhomme qui avait des vignes aussi,
00:49:40qui avait son clôt.
00:49:41Et donc, il n'était jamais à Paris en septembre
00:49:44parce qu'il voulait superviser les vendanges.
00:49:46Un avocat, paysan, bonhomme assez sympathique.
00:49:48Mais avec des convictions très fortes.
00:49:50C'était un avocat, ennemi de la peine de mort.
00:49:52Et puis, vous évoquiez Victor Hugo.
00:49:54Victor Hugo, il a été à la fois député et sénateur.
00:49:57Oui, il a été trois fois député,
00:49:59enfin, représentant du peuple, en 1848, 1849.
00:50:02Après, il part en exil,
00:50:03le fameux coup d'Etat de Louis-Napoléon Bonaparte.
00:50:06Quand il revient, il est élu représentant du peuple de nouveau.
00:50:08Il siège à Versailles, d'abord à Bordeaux,
00:50:11puis à Versailles, il démissionne.
00:50:13Et plus tard, en 1875, il est élu sénateur.
00:50:16Il le restera jusqu'à sa mort.
00:50:17On va le surnommer, d'ailleurs, le poète-sénateur.
00:50:20On va quitter, à présent, les dorures et les lustres
00:50:23pour prendre un peu l'air avec Marco Pommier,
00:50:25qui se trouve au pied de ce qu'on appelle la colonnade.
00:50:28Marco, on a commencé l'émission avec les femmes en or
00:50:31qui ont marqué la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques.
00:50:34On finit de l'autre côté du Palais Bourbon
00:50:36avec, là aussi, un clin d'oeil aux Jeux olympiques.
00:50:39Musique de fanfare
00:50:41Oui, presque un ultime clin d'oeil, Clément,
00:50:44avec ces statuettes exposées sur le parvis du Palais Bourbon.
00:50:49Six réinterprétations de la Vénus de Milo.
00:50:52Vous le voyez, réinterprétations selon des sports universels.
00:50:56Le tennis, le surf, le basket ou encore la boxe et le javelot.
00:51:02Une Vénus de Milo qui a, vous l'avez peut-être remarqué,
00:51:05retrouvé symboliquement ses deux bras,
00:51:07sauf une, celle en orange,
00:51:09celle qui tient un arc dans sa main avec une flèche
00:51:13pour représenter le para-tir à l'arc.
00:51:15Pour la petite histoire, c'est Laurent Perbos,
00:51:18artiste contemporain et plasticien,
00:51:20qui a créé ces statuettes sportives
00:51:22dans le cadre d'une Olympiade culturelle
00:51:24avec pour message le respect et l'égalité pour tous,
00:51:27mais aussi l'inclusivité,
00:51:29valeur centrale de l'olympisme des oeuvres.
00:51:31Vous le voyez aux couleurs très vives.
00:51:33Vous ne pouvez pas les rater si vous passez devant l'Assemblée nationale.
00:51:36Des couleurs qui rappellent un peu
00:51:38celles des anneaux olympiques, des Jeux olympiques.
00:51:41Le jaune, le bleu, le rouge ou encore le vert.
00:51:44Des statuettes qui vont être retirées lundi,
00:51:47après ce week-end des journées du patrimoine.
00:51:50Et oui, Clément, tout a une fin, malheureusement.
00:51:52C'est ici, aussi, devant cette colonnade du Palais-Bourbon,
00:51:55que le parcours de nos visiteurs s'arrête
00:51:58face à cette place emblématique,
00:52:01la place de la Concorde,
00:52:03place emblématique de ces Jeux olympiques,
00:52:05et Jeux paralympiques, d'ailleurs,
00:52:07place sur laquelle les performances sportives et artistiques
00:52:10nous ont fait vibrer cet été, Clément.
00:52:13Merci, Marco Pommier.
00:52:14Il ne reste que quelques jours pour profiter de ces statues.
00:52:17Un mot de cette colonnade, Bruno Fulini. Elle date de quand ?
00:52:20Elle date de 1809.
00:52:22Il faut savoir que le Palais-Bourbon des origines
00:52:24tournait le dos à la Seine.
00:52:26Il donnait sur la rue de l'université.
00:52:28Et tout change au XIXe siècle
00:52:29avec la création du pont de la Concorde,
00:52:32qui est bâti en partie avec les pierres de la Bastille.
00:52:34Quand on traverse le pont, on fout le pied, l'arbitraire royal.
00:52:37Et donc, il y a l'idée de créer un ensemble
00:52:40avec une colonnade qui, à la fois,
00:52:41magnifie ce qui est devenu le Temple des Lois
00:52:44et qui répond à la colonnade de l'église de la Madeleine
00:52:47qui est en face. Ce qui fait que la colonnade
00:52:49n'est pas tout à fait dans l'axe du Palais-Bourbon.
00:52:52Il y a une petite pièce intermédiaire
00:52:54qu'on appelle la fosse aux lions.
00:52:55Et surtout, cette colonnade a été construite pour Napoléon,
00:52:58parce que c'était Napoléon Ier
00:53:00qui venait ouvrir les sessions du corps législatif.
00:53:03Et donc, il montait ses marches.
00:53:05Ça n'a jamais été l'entrée du Palais-Bourbon, la colonnade,
00:53:07sauf pour une personne, Napoléon Ier.
00:53:10Et puis, cette colonnade, cette partie du Palais-Bourbon,
00:53:13elle est aussi rentrée dans l'histoire à plusieurs reprises.
00:53:16Il y a eu l'Hong Kong-Bretagne en 1870.
00:53:18Et puis, le 6 février 1934, ça s'est passé juste à côté.
00:53:22Assiégés.
00:53:23Alors, là, ils n'ont pas réussi à franchir les grilles
00:53:26dans cette fameuse émeute du 6 février 1934.
00:53:29Qui se tenait sur la place de la Concorde, juste en face.
00:53:31Et puis, la place de la Concorde,
00:53:33où les ligues d'extrême droite
00:53:35et les associations d'anciens combattants,
00:53:36y compris d'ailleurs communistes,
00:53:38manifestaient contre l'investiture
00:53:42d'un nouveau président du Conseil,
00:53:44qui était Édouard Daladier.
00:53:45Et ce qui s'est passé ce jour-là a été tragique,
00:53:49parce qu'il a fallu que l'armée et la police réagissent.
00:53:53Il y a eu plusieurs morts pendant la nuit,
00:53:55mais on a protégé le Palais-Bourbon
00:53:58comme sanctuaire, justement, de la vie politique républicaine.
00:54:03Pour Gambetta, en septembre 1870,
00:54:06là, on est au moment de la proclamation
00:54:08de la Troisième République.
00:54:10C'est une séance très, très longue
00:54:12qui suit le désastre de Sedan,
00:54:14la capitulation de Napoléon III.
00:54:17Et Gambetta vient haranguer
00:54:20ceux qui essayent d'envahir le Palais-Bourbon.
00:54:24Il les harangue à l'intérieur de l'hémicycle,
00:54:25mais aussi...
00:54:27Sur les marches, devant la colonnade.
00:54:28Il y a plusieurs représentations.
00:54:30C'est une scène emblématique,
00:54:32avec Gambetta, qui a été celui, sans doute,
00:54:35qui a véritablement imposé la figure
00:54:38de président de la Chambre des députés,
00:54:40qui en a fait, véritablement, une profession, en tout cas,
00:54:44qui en a fait, à l'époque,
00:54:45quasiment la fonction la plus importante de la République,
00:54:49parce qu'on était dans un régime républicain et parlementaire.
00:54:52Bruno Fiolini, sur ces deux événements,
00:54:54vous avez des petites anecdotes à ajouter.
00:54:57Sur le 6 février 1934, les députés étaient à l'intérieur.
00:55:00Ils surveillaient ce qui se passait.
00:55:02Vous imaginez dans quel état, comment dirais-je,
00:55:06de tension a lieu cette séance.
00:55:07J'ai lu le compte-rendu de la séance.
00:55:09Il y a beaucoup d'interruptions.
00:55:11On a des témoignages de députés qui quittaient l'hémicycle
00:55:14pour aller à la buvette, pas pour boire un verre,
00:55:17mais parce que depuis la buvette, on domine la place de la Concorde.
00:55:20Donc, ils voyaient les manifestants en face,
00:55:23la manifestation qui se durcissait,
00:55:25le tout petit cordon de garde mobile qui est devant...
00:55:29Qui était sur le pont, pour bloquer l'accès via le pont.
00:55:32Et qui va finir par tirer à balles réelles,
00:55:35parce qu'ils sont débordés par cette masse de manifestants
00:55:39et aussi d'activistes. Il y a des manifestants pacifiques,
00:55:42et puis il y a des activistes, en particulier des Ligueurs,
00:55:45qui viennent pour vraiment essayer de s'emparer du Palais-Bourbon.
00:55:48Les blessés ont même été accueillis à l'intérieur du Palais-Bourbon.
00:55:51Une infirmerie va être aménagée à l'intérieur du Palais-Bourbon
00:55:55et aussi dans la Cour d'honneur.
00:55:57Il y a au moins 18 morts et des dizaines de blessés
00:56:00des deux côtés, qu'il faut bien soigner.
00:56:03Et donc, on improvise une sorte d'infirmerie de campagne
00:56:07au Palais-Bourbon, au soir du 6 février 1934.
00:56:09On a parlé de la colonnade, on n'a pas parlé du fronton.
00:56:12Si la colonnade n'a pas beaucoup bougé,
00:56:14le fronton, lui, il n'a pas toujours représenté les mêmes choses.
00:56:17Bien sûr, parce que le fronton originel, en 1809,
00:56:19à qui rendait-il hommage ?
00:56:21Évidemment, il célébrait la gloire de Napoléon.
00:56:24Et donc, c'était Napoléon, avec tous les drapeaux pris à l'ennemi.
00:56:27Ce fronton, évidemment, a disparu après Waterloo, après 1815.
00:56:32Et là, on a une figuration un petit peu différente.
00:56:34Par ailleurs, si vous regardez avec attention,
00:56:36vous voyez écrit Assemblée nationale.
00:56:38Mais Jean-Garic l'a dit, avant la guerre,
00:56:40c'était la Chambre des députés.
00:56:42Et donc, il a fallu, en 1945,
00:56:44remplacer les vieilles lettres en cuivre,
00:56:47Chambre des députés, on en voit encore des petites traces,
00:56:50et puis mettre Assemblée nationale.
00:56:52Et d'après la légende,
00:56:53c'est dans une entreprise de pompes funèbres
00:56:55qu'on a trouvé des lettres métalliques dorées
00:56:57qui ont permis de composer le nom de la nouvelle institution.
00:57:01Eh bien, écoutez, on arrive au terme de cette émission.
00:57:04Merci beaucoup.
00:57:06Alors, on me dit qu'on a encore un petit peu de temps.
00:57:08On peut peut-être évoquer d'autres événements
00:57:11qui ont pu se produire dans cette zone du Palais-Bourbon ?
00:57:16Eh bien, on n'a que l'embarras du choix.
00:57:20C'est aussi, pendant très longtemps,
00:57:22la zone qui a été le point de fragilité du Palais-Bourbon,
00:57:24c'est-à-dire la zone par laquelle le Palais-Bourbon était envahi.
00:57:27Il y a un petit muret qui donne, justement,
00:57:29sur le Jardin de la Buvette,
00:57:31et qui permettait aux Parisiens d'envahir le Palais-Bourbon
00:57:34quand ils étaient mécontents.
00:57:35C'est ce qui s'est produit à plusieurs reprises.
00:57:37En 1848, en 1849,
00:57:39ce qui est arrivé en 1870.
00:57:41Et il y avait même un certain Clémenceau
00:57:43à la tête des envahisseurs républicains
00:57:45qui venait pour en finir avec le corps législatif impérial.
00:57:49Et alors, sous la Troisième République,
00:57:50un caisseur qui s'appelait Madier de Mongeau,
00:57:53s'est dit, c'est quand même embêtant
00:57:54qu'on puisse si facilement envahir le Palais-Bourbon.
00:57:56Et donc, il a fait poser en haut des grilles
00:57:58des pièces métalliques très pointues
00:58:00qu'on a appelées des artichauts,
00:58:01parce qu'ils en ont un petit peu la forme.
00:58:03Et il y a eu, à cette époque-là,
00:58:05tout un débat pour savoir s'il n'était pas antidémocratique
00:58:08d'empêcher le peuple d'envahir le Palais-Bourbon.
00:58:10Et les artichauts sont toujours là.
00:58:12Ils ont même été restaurés.
00:58:13Donc, ce sont à la fois des objets historiques
00:58:15et des pièces défensives tout à fait efficaces.
00:58:19Oui, comment dire ? Dissuasives.
00:58:23Eh bien, voilà, on arrive au terme de cette émission.
00:58:25Merci beaucoup à tous les deux, Bruno Fulini et Jean Garrigue,
00:58:29pour vos explications qui nous ont été très précieuses.
00:58:31Et puis, merci également à nos deux guides,
00:58:34Marion Becker et Marco Pommier.
00:58:36On va conclure avec vous, Marco,
00:58:39avec vous et avec un orchestre, je crois.
00:58:43Oui, l'orchestre de la Garde républicaine.
00:58:45Alors, vous allez sûrement me dire
00:58:48que ça vous fait penser à la cérémonie d'ouverture
00:58:50des Jeux olympiques, à Ayanna Kamoura,
00:58:51le Pont des Arts, bien sûr.
00:58:53Or, c'est pas tout à fait le cas,
00:58:54parce qu'il y a plusieurs formations musicales
00:58:57dans cette garde républicaine.
00:58:58Et aujourd'hui, il ne s'agit pas de celle
00:59:00qui a participé aux Jeux olympiques.
00:59:02En attendant, nous avons quand même
00:59:03un quatuor à cordes avec nous.
00:59:05Nous avons deux violons, un alto et un violoncelle.
00:59:08Ces messieurs-dames vont nous jouer un morceau
00:59:10d'humoresque de Dvorak.
00:59:12C'est tout de suite. Messieurs-dames, c'est à vous.
00:59:15Merci à vous de nous avoir suivis.
00:59:17Je vous laisse le faire.
00:59:18Je vous laisse le faire.
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Ribie
il y a 5 jours